Exposition : Au coeur des bleus camaïeu : Camille Claudel et lui en duo par Isabelle BÉNÉ

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A
u cœur des bleus camaïeu :

Camille Claudel et lui en duo

Une exposition d’Isabelle BÉNÉ

 

Mairie du 8e arrondissement

3 rue de Lisbonne 75008 Paris

du 1er au 14 juin 2018

(sculpture à gauche : l’augure des pawnee)

Invitation au Vernissage

le 31 mai 2018

RSVP par mail à guilaine_depis@yahoo.com

(sculpture à gauche : l’augure des pawnee)

 

17h30 : remise de la médaille de chevalier dans l’Ordre national du Mérite à Isabelle BÉNÉ par Jean-Louis Chambon, Président du Prix Turgot

et discours de Mme la Maire du 8ème Jeanne d’Hauteserre

18h30 : inauguration & cocktail

Contact presse : Guilaine Depis guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

La présente exposition est issue d’un concours auquel Isabelle BÉNÉ a  participé dans le cadre de l’Association des Femmes Françaises Diplômées des Universités (AFFDU).

En 2012, l’Association CAMILLE composée de femmes artistes poursuivait son activité dans le cadre d’un don à l’AFFDU. Forte de la confiance reçue, Evelyne d’AUZAC, alors présidente nationale de l’AFFDU, a organisé un concours autour de la bourse Michelle COQUILLAT, sur le thème des femmes créatrices, et a invité Isabelle BÉNÉ à participer au Jury.

Des années avant cette invitation, Isabelle BÉNÉ avait lu le livre d’Anne DELBÉE, Une Femme, traitant de la vie de Camille CLAUDEL et découvert les oeuvres de cette dernière exposées alors au Musée Rodin.

Ayant gardé très présente l’émotion vive qu’avait suscitée en elle l’histoire de cette artiste, Isabelle BÉNÉ a choisi de concourir. Elle a remporté le prix et repris certaines de ses propres sculptures amorcées à l’époque de la lecture du livre : relatives au duo formé par Auguste RODIN et Camille CLAUDEL, elles traitent aussi de l’enfermement forcé de cette dernière à l’asile pendant trente années. Isabelle BÉNÉ a alors achevé ces sculptures en vue de la présente exposition qui devrait faire écho en vous.

Bertrand du Chambon signe un article MAGNIFIQUE sur « L’agonie de Gutenberg »

Coupry est frais.

Publié déjà, comme le temps passe, par au moins dix éditeurs différents, François Coupry est un récidiviste. On dirait presque un vieux cheval de retour, si ce n’est que la proximité avec le cheval de labour ne lui sied pas du tout ; car François Coupry, avant tout, est léger, drôle, aérien.
C’est une libellule, un papillon, un phasme.Parce que du mimétisme, il s’en sert, le bougre : il imite à merveille le vieil écrivain gâteux, pour mieux dynamiter cette figure fâcheuse ; il simule la colère, le désarroi, la rancœur, mais c’est afin de mieux souligner nos travers, nos ridicules. Il entrevoit des malheurs pires : À l’aube, la police des libraires vint frapper à sa porte : « Monsieur Piano, nous ne sommes pas contents, votre bouquin est à la fois un roman, un recueil de contes, un essai, de la BD, ce n’est pas convenable. […] Où voulez-vous qu’on range votre produit dans nos rayons ? Rangez-vous vous-même et nous saurons où vous aligner ! » Le lendemain à l’aube, on frappa de nouveau, c’était la police de l’économie éditoriale […]

Or le chapitre s’intitule : « Monsieur Piano ne va pas sano », et nous pouvons craindre que ce ne soit toute la société, tout notre environnement imbécile qui n’aille pas tellement sano…
Pour nous le faire sentir, faute de le comprendre, François Coupry use de stratagèmes : Or une réunion vient de se tenir à Tunis entre responsables – de tous sexes – américains, russes, chinois et européens, pour analyser les résultats d’une enquête internationale effectuée auprès des adolescentes et des adolescents, afin de véritablement apprendre leur exact état d’esprit et la situation réelle de leurs cœurs mondiaux et civilisés.
Catastrophe : les résultats de cette enquête, selon Coupry, donnent une image idyllique de la mentalité de nos jeunes gens, partout et toujours ! Et nous qui voulions les dépeindre comme des crétins incultes, illettrés et sourds, fiers d’emmerder leurs parents et leurs profs !… Il fallut donc détruire les résultats de cette enquête, et maintenir la fiction d’une jeunesse composée de barbares abrutis.

Ce n’est là qu’une des nombreuses saynètes farfelues que concocte l’auteur : aimant brouiller les pistes, il nous force à réfléchir, à sortir (un peu) de nos stéréotypes, de nos croyances. C’est Restif de la Bretonne et Léon Bloy tout ensemble, ne rechignant pas à filer sur FaceBook mais gardant, bien serrées contre son encrier, quelques-unes de ses racines :
… un jour ma mère m’affirma : « Au nord d’Avignon, c’est la fin de la civilisation. […] Et dès que je franchis le nord de cette ligne, je me sens en exil. Vivant à Paris ou résidant parfois en Bretagne, je suis à l’étranger. »

Intéressante aussi, cette constatation qui revient plusieurs fois dans cet essai, ou cette réunion d’essais, à savoir que nous sommes perpétuellement jugés et juges, évaluateurs, éleveurs, Savonarole de pacotille et, en un mot : casseurs de couilles. Le tableau, pour outrancier qu’il soit, est effrayant : … nous avons la panique de ne pas être dans la norme. […] Attention, si vous continuez dans cette rue, 70 % des gens sont contre. Prenez sur votre droite au prochain carrefour. Bien : 53 % des gens sont pour. Attention, 90 % trouvent que vous marchez trop vite, ralentissez. Attention, les avis sont mélangés sur votre cravate verte, 68 % préfèrent une jaune. Attention, ne regardez pas cette maison : 74 % la trouvent laide. Attention.
Ainsi l’auteur souligne que ce sont nos hantises qui nous contraignent à tout critiquer, disséquer puis condamner, non pas notre envie de bien faire. Belle évidence, nous dira-t-on, mais ici sainement rappelée avec un humour et un rire sardoniques.

Dans une société où l’on voudrait nous imposer la limitation de vitesse à 80 km/heure, de prendre cinq assurances et à nous contraindre au paiement de celle pour notre téléphone mobile, cette ironie a quelque chose de roboratif.
Mais ce ne serait rien, s’il n’y avait pas ce style vivace, primesautier, taquin, qui emporte l’adhésion :
Il était une fois, en des temps futurs, une impératrice chinoise d’une vallée de l’Himalaya, aux ongles longs et aux yeux en amande, qui changeait de maîtresse tous les cinq ans : elle proclama ouverte la liste des prétendantes, il ne s’en présenta que deux, très jolies dit-on.
En ce minuscule empire, il n’y avait plus de mâles, ce qui est de bon goût et plus simple à gérer.
»

L’air de Coupry est frais : impudemment, il aide à respirer.

Bertrand du Chambon

François Coupry, L’Agonie de Gutenberg. Vilaines pensées 2013-2017, éditions Pierre-Guillaume de Roux, mars 2018, 268 p. -, 23 €

La préface de Guilaine Depis pour le roman « Thanatos et Eros » de Christian de Moliner

thanatos.jpgPréface à Eros et Thanatos de Christian de Moliner

Dans la mythologie grecque, Eros est la personnification de la Vie et Thanatos celle de la Mort.  Freud va s’emparer de cette dichotomie pour élaborer sa théorie d’affrontement des pulsions sexuelles d’autoconservation et d’anéantissement. Chez Christian de Moliner, ce singulier roman – « Eros et Thanatos » – est le théâtre de leur duel : le narrateur, Augustin Miroux, dans le poumon duquel Thanatos déguisé en cancer s’engouffre à grands pas, a bien décidé de puiser force et réconfort dans Eros qui se présente à lui sous les traits harmonieux d’une escort girl tchèque : Lizaviéta.

La soixantaine flageolante, Miroux est un professeur d’université de province las de ses étudiants apathiques qui baillent aux corneilles. Il mène une vie plate et morne avec sa femme Clémence ; ensemble ils constituent le parfait stéréotype du couple à l’ancienne qui se prolonge en dépit d’un désir émoussé voir porté disparu.

Facétieuse, la vie a infligé une rareté génétique à notre anti héros : lui qui n’a jamais fumé de sa vie se retrouve avec une tumeur bronchique. Mais elle lui a aussi réservé une superbe surprise avec le coup d’éclat de l’invraisemblable succès de son essai « Analyse de droite du monde »qui le propulse au cœur du milieu intellectuel européen. Miroux se voit ainsi convié à prononcer « le discours de sa vie » à Prague et pour fêter cet apogée de sa carrière de prof terne aux quinze navets publiés, il décide de profiter du voyage pour s’offrir les services d’une call-girl praguoise durant les quatre jours de son escapade. Puisque la fin approche, autant mettre ce séjour snob et glorieux à profit pour jouir une dernière fois dans les bras d’une bombe qu’il choisit sur un catalogue du net bien faite et distinguée.

Miroux commence à se réjouir de s’être payé pour 10 000 euros l’accompagnement d’une telle créature, rêve qu’il la possèdera et qu’elle sera à son service en permanence… Mais patatras ! Rien ne se passe comme prévu : dès leur rencontre à l’aéroport, la belle Lizaviéta, sa conscience professionnelle en bandoulière, va prendre les choses en mains.

Et le séjour praguois va prendre avec cette inversion des rôles une tournure des plus cocasses, digne de Guitry pour son mordant. L’escort se révèle entreprenante et dirigiste, ayant à cœur de rendre le plus heureux possible son client. Tandis que le pauvre Miroux, torturé par la culpabilité de s’être approprié le corps d’une femme contre monnaie sonnante, aura tôt fait de se retrouver tétanisé dans le lit sous les assauts de la dame dévergondée – en apparence ( ? ) assoiffée de sexe.

Sous les dehors d’une adorable fable qui fait pour son contexte penser à Pretty Woman, Moliner aborde l’un des thèmes les plus fondamentaux de la littérature mondiale : la culpabilité. Son Miroux est aussi torturé que l’homme du Souterrain de Dostoievski. Dévoré par les questions qui l’assaillent sur la sincérité de la pro à l’œuvre, il a bien du mal à éprouver du plaisir. Moliner nous fait pénétrer au scalpel dans les circuits intimes de la pensée de son narrateur. Et comme il est surdoué, par souci d’équité, il note également en italique toutes les impressions et émotions de « l’employée ».

Roman psychologique beaucoup plus sérieux qu’il ne le semble de prime abord, il décortique les moindres idées traversant l’esprit de ses personnages et fait dialoguer leurs consciences en off. On pense à la puissance de l’œuvre d’Emmanuel Bove qui a si bien décrit lui aussi les soubresauts de l’esprit humain.

« Je suis un besogneux de l’écriture et mon style est laborieux. A force de le travailler, j’arrive à le rendre plus léger, plus aérien, mais je dois me battre longtemps avec lui. » nous confie Augustin Miroux.

Pour suivre le travail d’essayiste et l’œuvre romanesque de Christian de Moliner depuis bientôt deux ans, je suis stupéfaite par la cohérence et l’unité de l’ensemble. « Plus un artiste est grand, plus ses obsessions sont les mêmes » disait Cioran. Moliner est donc un grand artiste car ses ouvrages rassemblés sont portés par plusieurs fils conducteurs récurrents. Selon les bons conseils de l’oncle Arthur, Moliner a su se fourrer tout entier dans son œuvre. Il écrit comme il respire et expire des mots écrits. Sa sensibilité magnifique est la matrice d’une œuvre qui questionne le monde en même temps qu’elle transforme en or ses démons extérieurs et intérieurs. 

Guilaine Depis

 

 

« Thanatos et Eros » un roman de Christian de Moliner préfacé par Guilaine Depis

thanatos.jpgPREFACE DE GUILAINE DEPIS pour le nouveau roman de Christian de Moliner « Thanatos et Eros ».

Je crois que c’est la première fois de ma vie que je préface un roman, celui de Christian de Moliner qui est d’une fidélité remarquable à mon entreprise de relations presse Balustrade depuis plusieurs années ; j’aime particulièrement et sincèrement son roman et cet écrivain ; j’ai osé espérer que peut-être mes amis critiques littéraires daigneront accorder une attention plus précieuse à un roman qu’il me tient à coeur de défendre, au point D’ENGAGER MON NOM à ses côtés. Si je trouvais ce roman médiocre, jamais je n’y aurais associé mon nom, histoire de ne pas « griller » ma réputation littéraire en me mêlant à un projet foireux.

Je demande donc à tout critique ayant un tant soit peu d’amitié pour moi de me réclamer en service de presse ce nouveau roman de Christian de Moliner, « Thanatos et Eros » qui n’a RIEN A VOIR avec ses écrits plus politiques sur la société. Le lire vous éclairera aussi sur mes goûts, puisque c’est parce que j’aime et l’auteur, et ce roman, que j’ai souhaité le préfacer.

Pour le recevoir en service de presse 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
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36ème Marché de la Poésie avec le Québec invité d’honneur

Capture d’écran 2018-04-11 à 12.34.19.pngCommuniqué de presse (11 avril 2018)

 

36èmeMarché de la Poésie

6 – 10 juin 2018

 

Le Québec, invité d’honneur

www.marche-poesie.com

Forte du succès remporté en 2017 par l’ouverture des Etats généraux de la Poésie#01, c’est dans le prolongement de cette dynamique que se prépare activement l’édition 2018 du Marché de la Poésie.

Événement phare dans le monde de la poésie, le Marché de la Place Saint Sulpice qui ose faire la part belle à plus 500 éditeurs et revues de poésie, voit son audience et sa portée croître chaque année. Encouragés par vos présences et vos compliments, nous sommes plus que jamais motivés pour faire plus et mieux encore en 2018.

Dans un monde en proie à de multiples dangers, malmené par les fanatismes de tous ordres comme par un matérialisme galopant, la course au profit faisant perdre le sens des choses et de la vie, le poème apparaît plus que jamais comme un lieu refuge, garant de la continuité de ce qui demeure la quintessence de l’humanité : la création de beauté par le langage, la communication des émotions grâce à des mots qui, bien agencés, peuvent constituer un poème, bouleverser et changer le cœur des hommes comme la face de la planète.

Si l’édition 2017 fut consacrée à la visibilité du poème, l’édition 2018 étudiera son devenir. Chacun apportera l’idée personnelle qu’il a de ce devenir, comme ses propositions les plus audacieuses. C’est en considérant avec la même importance les opinions les plus raisonnables que les ambitions les plus surprenantes, qu’une nouvelle fois, le Marché de la Poésie relèvera le défi de faire avancer le chantier, protéger la poésie tout en la soutenant et en la propulsant. Sa promotion prendra encore des formes multiples dont les plus précieuses seront le travail, l’œuvre et les inventions des participants, sans exclusive, inventions dont nous sommes tous friands. 

Marquant un retour à la tradition d’un pays invité d’honneur, le 36Marché de la Poésie a choisi en 2018 d’ouvrir ses portes au Québec. Une trentaine de poètes venus spécialement de ce pays-terre de poètes apporteront leur contribution essentielle au débat sur le devenir du poème et donneront à entendre et à voir la poésie contemporaine québécoise.

L’indéfinissable Jean-Luc Parant, comme Président d’honneur, sera la voûte céleste de l’occurrence 2018, puisque c’est l’obsession de toute son œuvre tant littéraire que plastique : relier l’homme aux astres, associer l’infinitésimal à l’infini, l’intime à l’extime. 

Êtes-vous prêts pour le voyage ? Nous embarquerons du 6 au 10 juin Place Saint-Sulpice tout en vous invitant aussi pour le grand périple dans vos régions de France, quelques fois à l’étranger, par exemple à Barcelone, Liège ou Berlin. Notre Périphériecomptera en effet plus de 40 événementsqui enrichiront le programme du 36eMarché de la Poésie.

Contact presse :

Balustrade Guilaine Depis 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Contact Québec invité d’honneur :

Communications Jo Ann Champagne 07 84 48 31 66 joannchampagne@icloud.com

 

Passez le permis de conduire en candidat libre (guide pratique « Solutions d’argent » chez Jean de Portal)

Capture d’écran 2018-04-11 à 16.46.41.pngLes Editions Jean de Portal ont le plaisir de vous présenter le numéro pionnier de leur nouvelle collection de Guides Pratiques Simplifiés

Contact presse : 06 84 36 31 85 / guilaine_depis@yahoo.com

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Christine Bini voit dans L’agonie de Gutenberg « une fiction globale, dans notre monde (village) global. »

couvcoupry.jpgL’Agonie de Gutenberg de François Coupry

François Coupry, L’Agonie de Gutenberg, éd. Pierre-Guillaume de Roux, avril 2018, 270 pages.

On connaît François Coupry : c’est l’homme-fiction, le maître des souterrains de l’Histoire, le magicien qui manie les doubles, les triples… L’imaginer tenir un journal est impensable. Mais impensable n’est pas coupryen. A partir de 2013, FC – il ne se dévoile, dans L’Agonie de Gutenberg, que sous ses initiales – déboule sur FB (Facebook). Et livre, sous forme de posts hebdomadaires, de courts contes philosophiques, des « mauvaises pensées », des réflexions sur la marche du monde contemporain qui appuient là où ça fait mal, mais qui appuient comme on chatouille, parce que la marche du monde, pour FC, finalement, est une vaste blague. Pas vraiment incompréhensible, mais à coup sûr absurde.

Ubu est partout, ça crève les yeux.

Pourtant, ce n’est pas à Jarry que Coupry se réfère (dans un préambule qu’il intitule « prélude »), mais à Kafka, et à Jules Verne. Deux explorateurs à leur manière, l’un fouillant dans la psyché, l’autre poussant à son terme – anticipant – les possibilités techniques, qui n’étaient pas encore technologiques. Sous ce double parrainage, avec, en sourdine, toujours, une inspiration chinoise et russe, François Coupry « livre » aujourd’hui ses posts FB sous forme, justement, de livre. Parce que « poster » n’est pas publier, pas vraiment. Parce que si l’agonie de Gutenberg est en marche, la transition se fait en biseau, ou en sifflet, comme on le dit dans le management ou dans l’administration, ou dans l’industrie : le nouveau mode de fonctionnement – le nouveau monde – prend place non par paliers, mais par glissement graduel.

Cette transition en biseau est, en fait, au cœur de l’entreprise de L’Agonie de Gutenberg : un journal qui n’en est pas un mais qui en est un quand même, encore ; un mode de diffusion qui ne « revient » pas aux pratiques d’hier, mais qui ne les abandonne pas non plus, pas encore. Le « fond », pour prendre une formulation facile, est induit par « la forme » : chaque post, ou chaque entrée du journal publié désormais sur papier, se doit d’être une histoire. Ces « mauvaises pensées » sont d’ailleurs sous-titrées « Actualités, fables, paradoxes et confidences ». Il ne s’agit pas de parler de soi, ou s’il s’agit de cela, il convient de masquer la confidence – l’étalement impudique – sous la fiction et l’aventure. Et c’est là qu’entre en scène M. Piano.

  1. Piano, c’est le personnage récurrent de L’Agonie de Gutenberg. Il n’est pas toujours présent, mais il est prégnant. A la fois candide et dessalé, matois et sympathique, il est le sujet (et non l’objet) de nos aberrations contemporaines. Car sa surprise nous surprend – il est souvent surpris, M. Piano. Et ses réactions nous interpellent. Il n’est pas vraiment le double de FC, M. Piano, ce serait trop simple. Il est, au contraire, ou en parallèle, un témoin à qui l’on délègue son impuissance, et, parfois, sa sagesse.

A la lecture de L’Agonie de Gutenberg, ce sont nos cinq dernières années qui défilent. Sur lesquelles on revient, tout surpris d’avoir oublié ceci, ou d’avoir raté cela – c’est le fil d’actualité, comme dans Facebook, première plateforme de publication. Mais, au delà du diarisme et de l’évaporation des « posts » FB, une fiction plus ample se dessine : celle du notre monde, envisagé sous l’angle de l’absurde avéré et de la réflexion à contre-courant. « La féminité du Père Noël », « Eloge du mensonge et de l’humanité », « nous, le fleuve » : autant d’entrées de ce journal qui n’en est pas un, pas vraiment, et qui déclinent tous les thèmes balayés par François Coupry dans ses romans.

On est fictionnaire ou on ne l’est pas. Pour FC, la question ne se pose même pas : Fiction, que diable ! Y compris dans l’observation du monde, et de sa marche bancale. Le paradoxe est un mode de déchiffrement. Et l’oxymore, comme on le sait, la marque de la postmodernité. Avec L’Agonie de Gutenberg on entre dans une dimension autre : celle de la filiation diariste couplée aux réseaux sociaux. Ce paradoxe-là – publier ce qui a déjà été publié, et peut-être oublié, perdu dans le grand trou noir du cyberespace – est une des forces de cette publication : le livre est mort, mais il bouge encore. L’internaute zappe, mais le lecteur engrange.

L’Agonie de Gutenberg – titre terrible, terriblement contemporain, mais exempt de toute nostalgie – est à lire comme une fiction globale, dans notre monde (village) global. Les intitulés des pages 80-81 sont, à cet égard, assez significatifs : « L’Imaginaire précède l’existence » et « Quand la réalité embête la fiction ». Incorrigible François Coupry qui, sous couvert d’observation du monde, en revient à ses (merveilleux) démons – oui, nous nous répétons : Fiction, que diable !

A lire sans modération.

Christine Bini

Fulgurances, drôlerie, lucidité : dans « L’agonie de Gutenberg » de François COUPRY

Par Emile COUGUT sur WUKALI

L’Agonie de Gutemberg, les fulgurances de François Coupry

couvcoupry.jpgGloire ou défaite du Livre ?

Do they read, don’t they read… that is the question !

François Coupry est écrivain, et comme bon nombre d’entre eux, il craint (il prédit ?) la fin du livre papier au profit du livre numérique, en quelque sorte la fin de Gutenberg. Soit il n’est pas seul, et la catégorie des tristes prophètes n’en finit pas de nous asséner leurs vérités. On dirait qu’ils vivent en autiste, dans leur monde, sans prendre connaissance des données de la réalité : jamais en France (mais pas que), il n’y a eu tant de nouveaux livres mis sur le marché chaque année. Toutes les études le montrent, le temps moyen passé à la lecture du livre papier augmente depuis 10 ans. Et que dire du secteur de la bande dessinée qui connait une progression vertigineuse. Les éditions pour la jeunesse explosent. Et oui, n’en déplaise à certains, les jeunes lisent beaucoup plus de livres-papier que les jeunes de l’époque où l’auteur était… jeune. Mais là n’est pas le problème. A moins que… A moins que ces livres ne trouve grâce à ses yeux. A la lecture de ces chroniques, il semble que François Coupry fasse partie de cette catégorie de personnages qui existent depuis le jour où l’homo sapiens sapiens a décidé de vivre en société : avec les jeunes d’aujourd’hui, l’avenir est un désastre. Alors si je lui prouve chiffres à la main que les jeunes lisent plus qu’avant, je sais ce qu’il risque de me répondre : « soit, ils lisent plus, mais ils lisent mal, ils lisent pour se distraire et non pour apprendre, pour se cultiver. » On connait la musique, il y a des bons et des mauvais livres (pourquoi a-ton supprimer l’Index ?) et il faut obliger les jeunes à lire ce qui va les instruire c’est à dire ce que lui a lu dans son enfance. François Coupry regrette à longueur de page la méconnaissance des jeunes par rapport à l’histoire et donc leur absence de clés pour comprendre le présent voire l’avenir. Soit, mais je pense qu’il se leurre pas mal, je ne suis pas certain que les gens de sa génération avaient une aussi grande culture générale que ça. Il suffit d’ouïr son entourage, ou pire d’aller au café du commerce (ou regarder son relais médiatique avec les « micros-trottoirs » à la télévision) pour avoir des doutes. Et je ne suis pas certain qu’à l’époque de sa jeunesse beaucoup de personnes pouvaient discourir sur la légitimité de Raoul à être sacré roi des francs à la mort de Robert I ou sur les conséquence du traité de Paris de 1815 par rapport à celui de 1814, et dieu sait que l’histoire de l’Europe en général et de la France en particulier aurait était différente si Napoléon n’était pas revenu de l’île d’Elbe. Et puis, je suis à peu prés certain que les jeunes si décriés par François Coupry ont une culture dans certains domaines comme l’informatique nettement plus importante que la sienne.

Cette position, et bien d’autres, peut paraître quelque peu paradoxal de la part d’un auteur qui s’interroge, souvent avec une vraie finesse d’esprit sur la réalité et la vérité. N’a-t-il pas écrit : « Ce n’est pas le Réel qui engendre la Fiction afin de se donner un sens ; c’est la Fiction qui crée le réel, afin de se donner une Vérité ». Voilà un très beau sujet d’examen voire même de culture générale, et il est certain que les réflexions de François Coupry sont des pierres particulièrement intéressantes à l’approfondissement de cette réflexion.

Mais revenons à L’agonie de Gutenberg. On a compris que François Coupry craint une fin plus ou moins programmée du livre-papier au profit des moyens numériques de lecture. Mais il n’est pas a un paradoxe prés ! Il a commis des chroniques surnommées «  vilaines pensées » de 2013 à 2017 sur la toile et il les a réuni dans un livre papier !
Qu’en penser ? Beaucoup d’ironie, beaucoup de confidences, quelques analyses, quelques personnages récurrents dont Monsieur Piano, des références littéraires comme Les Lettres persanes de Montesquieu. Il en ressort une pensée que Diogène et les cyniques, voire les pessimistes ne renieraient pas. M Piano ne fait rien d’autre que de « chercher un homme ». Et ce avec une pointe bien dosée de misogynie. François Coupry dénonce à mots à peine voilés le progrès et la déshumanisation qu’il engendre. Ces chroniques sont loin de transpirer d’optimisme.

Pour autant, le lecteur de temps en temps s’arrête pour apprécier une fulgurance, pour tourner en lui une évidence qu’il n’avait pas perçue mais que l’auteur décrit dans toute sa nudité. Et oui, grâce aux médias, on ne mange plus (très bonnes charges dignes de la cavalerie lourde contre la nouvelle cuisine et les plats « revisités » (Ah les plaisirs du couscous à la choucroute !)), on déguste. Plus d’un tiers de l’humanité est sous-alimenté, mais nous on déguste (manger étant devenu vulgaire) même le plat le plus simple. Snobisme de l’époque ou les mots à force de se banaliser perdent tout leur sens.

Alors, est-ce que François Coupry n’est qu’un ronchon, un nostalgique « du vert paradis des amours enfantines » si cher à Baudelaire, cette époque que tout un chacun fantasme plus ou moins, mais qui n’a jamais existé réellement, ou alors un grand comique qu’il faut lire au second degré. Car L’agonie de Gutenbergpeut être très drôle (un peu lassant toutefois car, et c’est le problème des journaux, l’auteur a tendance à se répéter), mais à condition de ne pas le lire au premier degré. Si vous ne le faites pas, alors vous risquez de rechercher en vitesse une île déserte où vous ne serez plus en contact avec l’humanité et surtout avec ce « progrès » qui est en train de la détruire. Diogène est loin d’être mort.

Émile Cougut