Pierre Ménat, un ancien ambassadeur de France écrit sur l’Europe

CURRICULUM VITAE, Pierre Ménat,

auteur de « France cherche Europe désespérément »

Sont en gras les lignes concernant l’expérience européenne de Pierre Ménat

Situation actuelle

Ministre plénipotentiaire hors classe honoraire.

Président de la société Pierre Ménat Conseil (PMC)

Senior adviser chez Lysios Affaires publiques.

Senior adviser auprès de la société Villepin international

Assesseur à la Cour nationale du droit d’asile.

Chargé d’enseignement sur l’Union européenne à l’Institut d’Etudes politiques de Toulouse.

Carrière professionnelle

Ambassadeur pour les régions Limousin et Midi-Pyrénées (2015).

Ambassadeur de France aux Pays-Bas et représentant permanent de la France auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (juillet 2011-septembre 2014). En charge de la négociation au nom de la France du plan de désarmement chimique de la Syrie.

Ambassadeur de France en Tunisie (2009-2011).

Directeur de la coopération européenne puis directeur de l’Union européenne au ministère des affaires étrangères (2007-2009). Direction traitant de l’ensemble des questions européennes et notamment chargée d’animer la présidence française du Conseil au second semestre 2008.

Ambassadeur de France en Pologne (2004-2007). Missions : accompagner les débuts de la Pologne dans l’UE  et soutenir les grands investisseurs (Orange, Canal Plus).

Directeur de la coopération européenne au ministère des affaires étrangères (2002-2004). Grandes négociations : Convention européenne, élargissement, euro, OMC.

Ambassadeur de France en Roumanie (1997-2002) : préparation de l’adhésion du pays à l’UE et l’OTAN ; préservation de la francophonie ; soutien aux investisseurs français.

Conseiller du Président de la République  pour les questions européennes (1995-1997). Dossiers de cette période : la préparation de l’euro ; la gestion européenne  de la reprise des essais nucléaires ; le traité d’Amsterdam.

Chargé de mission (questions européennes) auprès de M. Alain Juppé, Ministre des affaires étrangères (1993-1995). Principaux dossiers : Gatt (bouclage des négociations de l’Uruguay Round) préparation de la présidence française du Conseil du premier semestre 1995.

Sous-Directeur des questions politiques à la direction des Nations unies et des organisations internationales du MAE (1992-1993).

Conseiller pour les questions politiques  à la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, (1988-1992).

Conseiller technique au cabinet du Ministre des affaires étrangères (M. Jean-Bernard Raimond), chargé des affaires européennes (1986-1988).

Rédacteur en charge de politiques communes européennes à la direction des affaires économiques et financières (1982-1986).

Nommé et titularisé secrétaire des affaires étrangères (1erjuin 1982).

Scolarité à l’ENA (1980-1982).

Chef de cabinet du Secrétaire Général de la Préfecture de la Seine-Saint-Denis (1974-1979).

Animateur à l’Office franco-québécois pour la jeunesse (1973-1974).

Diplômes

Diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris (1971).

Maîtrise en droit public (Paris I Panthéon-Assas) (1973).

Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration (promotion Henri-François d’Aguesseau, 1980-1982).

Décorations

Officier de la Légion d’honneur.

Officier de l’Ordre national du Mérite.

Langues

Anglais, espagnol, roumain, polonais, allemand (bases).

Divers

Activités d’enseignement : à l’Ecole française des attachés de presse (1975-1980) ; dans des structures de préparation à l’ENA (Paris, Rennes, Grenoble) ; à l’Ecole nationale d’administration (maître de conférences à l’ENA à de nombreuses reprises dans les années 1980 et 1990).

Membre du jury de sortie de l’ENA (questions internationales) : 1986 et 1987.

Président du jury de sortie de l’ENA (questions européennes) : 2004, 2008 et 2015

Publications :

« France cherche Europe désespérément », L’Harmattan, 2019

« Un ambassadeur dans la révolution tunisienne ». Editions Pepper-L’Harmattan, Paris, octobre 2015.

A venir : « Attendre » Editions du Panthéon, novembre-décembre 2017.

Présentation longue par Pierre Ménat de « France cherche Europe désespérément »

Dans quelques semaines sortira mon nouveau livre « France cherche Europe désespérément ».

Mon objectif est de mettre à votre disposition l’expérience et l’observation que j’ai acquises comme acteur secondaire, modeste, mais ayant eu le privilège de vivre de l’intérieur, à des postes divers, trente années de marche de l’Europe.

En mai prochain, les peuples des Etats de l’Union européenne seront appelés à élire le nouveau Parlement européen.

Cet acte politique citoyen interviendra dans une planète  en alerte rouge.  Les désordres économique, militaire, terroriste, migratoire, démographique, démocratique sont à l’œuvre, amplifiés par la  révolution numérique qui bouleverse les modes d’information. Face à ces dangers, nous sommes en panne de leadership. Les Etats-Unis, qui prétendaient régenter le monde après l’effondrement de l’ordre de Yalta, sont contraints d’y renoncer du fait de leurs erreurs. La nature ayant horreur du vide, place est faite à des Etats qui jouent le chacun pour soi.

Alors que la mondialisation angoisse les peuples autant qu’elle ne les rapproche, jamais le rôle de l’Europe comme puissance d’équilibre n’a été aussi nécessaire ; mais jamais l’Union européenne n’a été aussi contestée en son propre sein.

Le sujet est immense. Je propose de le traiter sous un angle particulier, celui de la responsabilité de la France.

En cherchant désespérément une Europe à son image, notre nation  s’est cherchée elle-même, ne s’est pas retrouvée et a saisi l’occasion pour se déchirer un peu plus. Une double fracture entre la France et l’Europe d’une part,   avec elle-même de l’autre, a été consommée lors du referendum négatif de 2005.

Or, à l’heure du Brexit, le rôle de la France, en concertation avec tous ses partenaires et d’abord l’Allemagne est essentiel.

Comment notre pays peut-il remplir pleinement cette vocation, alors que le débat européen divise les Français ?

Pour répondre à cette question, deux approches étaient possibles. La première est la polémique : je me suis efforcé de l’écarter. La seconde, que j’ai adoptée, consiste à tout remettre sur la table.

C’est une invitation au voyage à laquelle je vous convie. Un voyage dans le temps passé, au fil du roman de l’Europe qui s’écrit depuis soixante dix ans, en privilégiant l’initiative et le prisme de la France. Puis dans le temps présent : avant de relancer l’Europe, il nous faut analyser tous les termes du débat. Aucun ne doit être occulté : souveraineté, libéralisme, austérité, possibilité même d’une Europe-puissance et bien d’autres sujets. Il nous faut ensuite déterminer pourquoi et comment le modèle européen s’est éloigné des aspirations françaises. Le modèle européen et pas seulement celui de l’Union car autour de celle-ci gravitent d’autres institutions comme le Conseil de l’Europe, le vaste espace de la géométrie variable et celui, immense, des relations bilatérales, que vient d’illustrer le traité d’Aix-la-Chapelle.

Enfin, des pistes de réconciliation seront proposées.

Je compte sur vous tous, non pas évidemment pour partager mes idées, mais pour saisir cette occasion de débat. Je fais un pari que je sais risqué : j’espère seulement qu’en lisant ce livre, chacun apprendra quelque chose.

                        *

D’abord, un voyage dans le temps passé , au fil du roman de l’Europe qui s’écrit depuis soixante-dix ans, en privilégiant l’initiative et le prisme français. Comme souvent, les premières étapes ont posé les jalons des succès et échecs futurs.

Nous partirons de 1948, quand deux débats fondateurs sont lancés : le premier entre fédéralistes et partisans  de l’Europe des nations ; le second entre atlantistes et tenants d’une  Europe indépendante.

Ces débats entrecroisés s’illustrent lors des deux premières initiatives concrètes de la construction européenne. Réussite de la CECA qui rassemble l’Europe des Six autour d’une solidarité concrète, le charbon et l’acier. Echec de la Communauté européenne de défense (CED) qui crée une armée européenne sous commandement américain : la France refuse de ratifier le traité en 1954.

Par les traités de Rome (25 mars 1957), les Six créent un Marché commun et une Europe de l’atome, revenant à une approche économique.

Quelques mois après l’entrée en vigueur de ces traités, le Général de Gaulle revient au pouvoir et instaure la Vème République. Désormais, la politique européenne de la France sera menée sous la direction du chef de l’Etat.

Nous marcherons dans les pas des huit présidents français.

D’abord le Général de Gaulle, qui est partisan d’une Europe forte mais indépendante et construite à partir des Etats. Le Général confirme le Marché commun ; propose un plan très ambitieux d’Union politique et de défense, le plan Fouchet, que l’Allemagne accepte mais que les autres refusent parce que ce projet n’est pas assez atlantiste ; impose la politique agricole commune ; s’oppose à la candidature britannique et à la supranationalité qu’incarne Walter Hallstein, président allemand de la Commission de Bruxelles. Le traité franco-allemand de l’Elysée (1963) scelle la réconciliation entre Paris et Bonn.

Ensuite, Georges Pompidou, qui favorise l’élargissement des Six au Royaume Uni (ainsi qu’au Danemark et à l’Irlande) et promeut achèvement comme approfondissement du Marché commun.

De concert avec le chancelier Schmidt, Valéry Giscard d’Estaing prend trois initiatives : la création du Conseil Européen, qui reconnaît pour toujours le rôle dirigeant des Chefs d’Etat et de gouvernements ; l’élection du Parlement européen au suffrage universel ; et la création du système monétaire européen autour d’une monnaie fictive, l’écu, ancêtre de l’euro. Mais les Trente Glorieuses prennent fin. La Communauté fait face à la crise économique, à la tension Est-ouest qui souligne son impuissance et à renégociation permanente qu’impose l’Angleterre de Mme Thatcher. Devenus Dix avec l’adhésion de la Grèce en 1981, les Européens ne règlent leurs contentieux que provisoirement sous la présidence française de François Mitterrand en 1984 à Fontainebleau.

Commence alors une ère de dix ans (1985-1995) qu’on appellera le triumvirat Delors-Kohl-Mitterrand (par ordre alphabétique). Dans cette période, la Communauté passe de dix à 15 membres (Espagne et Portugal en 1986, Autriche, Finlande et Suède en 1995. Mais surtout, le trio est confronté à l’accélération de l’histoire, avec la chute du Mur de Berlin. En dix mois, l’Allemagne est réunifiée. Le traité de Maastricht crée l’Union européenne, sous le nom que nous adoptons aujourd’hui. Il instaure la monnaie unique qui interviendra au plus tard en 1999 ; mais repose aussi sur deux autres piliers : justice et affaires intérieures ; politique étrangère et de sécurité commune. Par referendum, les Français ne ratifient ce traité que de justesse en 1992. Ironie des temps : l’Europe qui devait être renforcée est incapable d’arrêter la guerre à ses portes, en Yougoslavie. Elle hésite quant à la place à réserver aux pays d’Europe centrale et orientale, qui demandent à entrer dans l’Union mais aussi dans l’OTAN.

Nous abordons ensuite la politique européenne de Jacques Chirac (1995-2007)  qui se résume au dilemme : comment réaliser le grand élargissement sans affaiblir l’Union ? Car désormais, c’est certain : les Etats d’Europe centrale et orientale entreront dans l’UE. Préalablement, il faut adapter les politiques et surtout les institutions de l’Union pour que celle-ci puisse résister à ce choc. Tel est le but de la conférence qui s’ouvre en 1996. Malheureusement, au Conseil européen d’Amsterdam qui clôture la conférence, en juin 1997, la France, en cohabitation depuis 12 jours, ne parvient pas à imposer ses vues. Le traité d’Amsterdam fait l’impasse sur le volet institutionnel. C’est un lourd échec. Vingt minutes de réflexion auraient pu nous épargner vingt ans d’errance.

En attendant de reprendre le débat institutionnel, le président, qui cohabite pendant cinq ans avec le Premier ministre Lionel Jospin, doit faire face aux échéances : le passage à l’euro, qui intervient sans être accompagné d’une véritable gouvernance ; le lancement sans filet des négociations d’adhésion de 12 Etats, la récurrente dispute budgétaire ; la relance à Saint-Malo, cette fois-ci avec les Britanniques, de l’Europe de la défense.

Lorsqu’en 2000 la montagne institutionnelle est à nouveau affrontée, c’est pour qu’elle accouche d’une souris : le traité de Nice. L’Union se lance alors dans une fuite en avant, en confiant à l’ancien président Giscard d’Estaing la présidence de la Convention pour l’avenir de l’Europe. Celle-ci adopte en 2003 une ambitieuse Constitution européenne qui finit par être rejetée par les Français lors du referendum du 29 mai 2005.

Entre temps, le président Chirac a été réélu en 2002. Il parvient à renouer la confiance avec le chancelier Schröder, qui a succédé à Kohl en 1998. Tous deux font front contre l’invasion de l’Irak en 2003 ; mais celle-ci déchire à nouveau les Européens, dont une grande partie s’aligne sur Washington.

Le 1ermai 2004, dix Etats ont adhéré à l’UE, rejoints en 2007 par la Bulgarie et la Roumanie.  Mais faute de réforme d’envergure, l’Union n’était pas prête à les accueillir.

C’est alors que débutent les saisons des tempêtes. Elu président en 2007, Nicolas Sarkozy a d’abord à cœur, avec la chancelière Merkel qui a remplacé Schröder en 2005, de clore par un traité simplifié, sans referendum,  la querelle institutionnelle. Mais le traité de Lisbonne, qui entre en vigueur fin 2009, symbolisera surtout le contournement de la volonté populaire.

Nicolas Sarkozy a à peine le temps de développer un projet européen qu’il veut empirique et dérangeant. Il accède en 2008, par le jeu de la rotation, à la présidence du Conseil européen. Il fait face magistralement à la plus forte crise financière que le monde ait connue depuis 1929. Il permet à l’Europe d’exister en intercédant pour mettre fin à la guerre russo-géorgienne de l’été 2008.

Dès 2010, nouvelle tempête : la défaillance d’une Grèce criblée de dettes manque de faire exploser la zone euro. Le président français convainc non sans mal sa partenaire allemande d’inventer des solutions contraires aux traités pour remettre la Grèce, ainsi que d’autres pays touchés par la contagion, sur les rails. Mais en échange, l’Allemagne exige un renforcement des disciplines qui débouche sur le traité budgétaire de 2012.

Elu cette même année, le président Hollande, malgré ses promesses de campagne, ne remet pas en cause ce traité.

En cette deuxième décennie du XXIème siècle, le monde, privé de leadership, se dérègle. L’Union se révèle incapable de jouer son rôle face au terrorisme, à la guerre en Ukraine, au menaçant défi climatique comme à l’afflux de réfugiés à la suite des printemps arabes.

                                   *

Ensuite, un voyage dans le temps présent, au chevet d’une histoire d’amour contrariée entre la France et l’Europe, dont nous espérons qu’elle n’est pas condamnée.

L’état des lieux n’est guère brillant. L’élection du nouveau Parlement européen en mai 2019 sera marquée par la montée des populismes eurosceptiques. Le Brexit décidé par le referendum britannique en 2016 va probablement s’effectuer dans le désordre, faute d’accord du Parlement de Londres sur l’accord de divorce amiable conclu fin 2018. Et la France ? Elle a élu en 2017 un jeune président, Emmanuel Macron, porteur d’un projet européen ambitieux. Le nouveau chef de l’Etat s’engage dans un partenariat renforcé avec une chancelière Merkel affaiblie, qui débouche sur la signature en janvier 2019 du traité d’Aix-la-Chapelle, rénovant celui de l’Elysée. Emmanuel Macron a présenté dès septembre 2017 un plan de relance de l’Europe.

Mais dès la fin 2018, le président est contesté par la crise des gilets jaunes. Un fossé se creuse entre sa volonté européenne et le scepticisme d’une grande partie des Français, qui perçoivent l’Union comme punitive.

La fracture entre la France et l’Europe, qui a éclaté au grand jour le 29 mai 2005, ne fait que refléter une forte division entre les Français. Entre l’élite et le peuple ? En fait entre deux France, dont l’antagonisme apparaît plus clairement d’élection en élection. Les catégories sociales aisées, les grandes métropoles, les Français les plus éduqués et mobiles, le patronat continuent d’adhérer au projet européen.  Les classes populaires, la population rurale – qui pourtant bénéficie de la politique agricole commune – , les ouvriers, les chômeurs, les plus démunis se méfient de Bruxelles, jugée coupable de la dégradation de leur condition. Tout naturellement, ces groupes se tournent vers les formations politiques qui contestent l’Union européenne actuelle.

En y regardant de plus près, on réalise que le débat n’a jamais vraiment eu lieu. Il se réduit à une série de monologues superposés. Face aux coups de boutoirs des eurosceptiques, les tenants de la construction européenne restent sans voix et sont en panne d’arguments.

C’est pourquoi il nous faut remettre sur la table l’ensemble du débat européen, sous la forme de huit questions :

  • Avons-nous abandonné notre souveraineté ?
  • Le traité de Lisbonne a-t-il contourné la volonté populaire ?
  • L’UE manifeste-t-elle un excès de libéralisme ?
  • Est-elle synonyme d’austérité ?
  • L’élargissement a-t-il comporté des effets négatifs ?
  • L’Europe est-elle une passoire face à l’immigration ?
  • La notion d’Europe-puissance est-elle viable ?
  • L’UE coûte-t-elle trop cher à la France ?

Sur chacune de ces questions, il n’est possible de débattre qu’à partir de données factuelles, parfois fastidieuses sans doute, mais qui ne peuvent être éludées.

A l’absence de débat s’ajoute une crise des modèles. Le modèle européen est très complexe. Il ne se limite pas à la configuration des institutions de l’Union, mais s’étend à d’autres organismes comme le Conseil de l’Europe, le vaste espace de la géométrie variable et  l’ensemble des relations bilatérales. Or dans l’ensemble de ces champs, la France a perdu du terrain. A Bruxelles-Strasbourg, elle bénéficiait d’un carré magique : des institutions lui réservant une place de choix, la prééminence de la PAC dans les politiques communes, un bénéfice financier appréciable et un atout pour son rayonnement linguistique. Or les quatre côtés de ce carrés se sont délabrés.

Dans les autres espaces, notre influence s’est également réduite. Dans une Europe à 27, la place de l’Allemagne n’a cessé de se renforcer. Même celle de Londres a concurrencé la nôtre. Dans la durée, nous n’avons cessé de perdre du terrain, sur les plans commercial, politique et sur celui des idées.

Autre réalité : le modèle européen ne vaut que par ses déclinaisons nationales. Nous vivons dans une Europe des nations, celles-ci appliquant les décisions européennes chacune à sa manière et nourrissant la matière européenne de leurs propres substances. Or, paradoxalement à l’heure du Brexit, c’est plutôt un schéma de type anglo-saxon qui a pris le pas sur le modèle social français, que nous rêvons d’exporter sans succès.

Enfin, le modèle politico-administratif français est peu adapté à la réalité de l’Union. Hypertrophie des administrations centrales, compliquée par le dédoublement de la direction de l’exécutif, qui, curieusement, n’a jamais mieux fonctionné sur l’Europe qu’en période de cohabitation ; faiblesse du Parlement malgré des réformes ; rôle insuffisamment développé des régions.

Ce constat nous permet d’esquisser quelques pistes de réconciliation.

D’abord, permettre aux Français de se réapproprier l’idée européenne.  Nous sommes très loin de la formule « L’Europe c’est nous », reprise notamment par le candidat Macron. Pour la plupart des Français, l’Europe c’est les autres, ceux de Bruxelles, de Berlin ou de Varsovie. Quelques idées sont avancées pour tenter de combler ce fossé.

Ensuite, il faut préciser qui fait quoi. Personne ne le sait vraiment. Or, le traité de Lisbonne a eu le mérite non seulement de clarifier les compétences respectives mais de créer un mécanisme de contrôle, peu utilisé, à la disposition des Parlements nationaux. Nous pouvons faire mieux pour respecter ce principe doté d’un nom barbare : la subsidiarité. Sa signification est en fait très simple : l’Europe ne doit intervenir que lorsque c’est nécessaire pour apporter une valeur ajoutée. Pour tout le reste, ce sont les Etats qui agissent. De nombreux exemples peuvent être pris, de la chasse au glyphosate. Mais surtout, il faut que les atteintes à cette règle soient réellement sanctionnées.

Nous pouvons sans changement de traités rendre plus lisibles et efficaces les institutions de l’union européenne.

Il faut également développer un sentiment d’appartenance à la zone euro. Les Français sont attachés à la monnaie unique, mais, pour beaucoup, la considèrent comme une contrainte, voire une punition. Nous devons faire deux choses : démontrer que l’euro est un début de reconquête et non un abandon de notre souveraineté monétaire. Nous avions perdu celle-ci dans les années 1970, lors de l’effondrement du système monétaire international. La meilleure garantie serait que l’euro, notre monnaie, devienne l’égal du dollar tant dans les réserves que dans les paiements. Deuxième chose, qui a été débattue mais non réglée : qui incarne l’euro ? Une banque centrale ne peut être le seul organe de définition d’une politique. Bien sûr, une gouvernance s’est ébauchée sous l’effet de la nécessité mais elle doit être mieux incarnée.

Dans deux domaines-clés, l’énergie-climat et le numérique, il faut que l’on puisse percevoir la valeur ajoutée européenne. Exemple : de considérables décisions énergétiques et climatiques ont été prises à Bruxelles en décembre 2018. En France, personne n’en a parlé.

Nous en venons au domaine sensible de l’asile et de l’immigration. Ici, un seul mot d’ordre : appliquer enfin les décisions déjà prises, avec une vraie politique commune de l’asile, la protection des frontières européennes et un dialogue, que seule l’Europe peut mener efficacement, avec les pays d’origine. C’est l’Union qui détient les clés en matière commerciale et d’aide financière.

Enfin, le sujet le plus difficile : la politique étrangère et la défense. Le plus attendu aussi. La question semble inextricable : comment concilier la souveraineté nationale et le potentiel européen, qui s’est enrichi de divers instruments sans pour autant résoudre le problème. Un problème sur lequel l’Europe s’est brûlé les ailes avec la CED. Une solution innovante, inspirée du plan Fouchet, est avancée.

 

« France cherche Europe désespérément », par Pierre Ménat

Journalistes politiques intéressés par l’Europe, merci de prendre contact avec moi en tant qu’attachée de presse de « France cherche Europe désespérément », le nouveau livre de Pierre Ménat à paraître dans quelques semaines.
Vu la qualité et l’objectivité de son livre sur l’Europe, et surtout sa légitimité à traiter ce sujet de brûlante actualité en ponctuant son ouvrage par ses souvenirs personnels de haut diplomate, d’ambassadeur de France, ce livre publié peu avant les élections devrait attirer l’attention de la presse et avoir la visibilité qu’il mérite !

Merci de me contacter si vous souhaitez le lire en avant-première et/ou entrer en contact avec Pierre Ménat 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com 


Voici sa note d’intention :
Mon objectif est de mettre à votre disposition l’expérience et l’observation que j’ai acquises comme acteur secondaire, modeste, mais ayant eu le privilège de vivre de l’intérieur, à des postes divers, trente années de marche de l’Europe.
En mai prochain, les peuples des Etats de l’Union européenne seront appelés à élire le nouveau Parlement européen.

Cet acte politique citoyen interviendra dans une planète en alerte rouge. Les désordres économique, militaire, terroriste, migratoire, démographique, démocratique sont à l’œuvre, amplifiés par la révolution numérique qui bouleverse les modes d’information. Face à ces dangers, nous sommes en panne de leadership. Les Etats-Unis, qui prétendaient régenter le monde après l’effondrement de l’ordre de Yalta, sont contraints d’y renoncer du fait de leurs erreurs. La nature ayant horreur du vide, place est faite à des Etats qui jouent le chacun pour soi.
Alors que la mondialisation angoisse les peuples autant qu’elle ne les rapproche, jamais le rôle de l’Europe comme puissance d’équilibre n’a été aussi nécessaire ; mais jamais l’Union européenne n’a été aussi contestée en son propre sein.

Le sujet est immense. Je propose de le traiter sous un angle particulier, celui de la responsabilité de la France.
En cherchant désespérément une Europe à son image, notre nation s’est cherchée elle-même, ne s’est pas retrouvée et a saisi l’occasion pour se déchirer un peu plus. Une double fracture entre la France et l’Europe d’une part, avec elle-même de l’autre, a été consommée lors du referendum négatif de 2005.

Or, à l’heure du Brexit, le rôle de la France, en concertation avec tous ses partenaires et d’abord l’Allemagne est essentiel.
Comment notre pays peut-il remplir pleinement cette vocation, alors que le débat européen divise les Français ?
Pour répondre à cette question, deux approches étaient possibles. La première est la polémique : je me suis efforcé de l’écarter. La seconde, que j’ai adoptée, consiste à tout remettre sur la table. 

C’est une invitation au voyage à laquelle je vous convie. Un voyage dans le temps passé, au fil du roman de l’Europe qui s’écrit depuis soixante-dix ans, en privilégiant l’initiative et le prisme de la France. Puis dans le temps présent : avant de relancer l’Europe, il nous faut analyser tous les termes du débat. Aucun ne doit être occulté : souveraineté, libéralisme, austérité, possibilité même d’une Europe-puissance et bien d’autres sujets. Il nous faut ensuite déterminer pourquoi et comment le modèle européen s’est éloigné des aspirations françaises. Le modèle européen et pas seulement celui de l’Union car autour de celle-ci gravitent d’autres institutions comme le Conseil de l’Europe, le vaste espace de la géométrie variable et celui, immense, des relations bilatérales, que vient d’illustrer le traité d’Aix-la-Chapelle. 
Enfin, des pistes de réconciliation seront proposées.

Je compte sur vous tous, non pas évidemment pour partager mes idées, mais pour saisir cette occasion de débat. Je fais un pari que je sais risqué : j’espère seulement qu’en lisant ce livre, chacun apprendra quelque chose.

Pierre Ménat

« Sortir du libéralisme « simpliste » et de la prédominance du cerveau gauche ? » : Bravo à Marjorie Rafécas pour son excellente lecture de Philippe Rosinski

Le coaching, notamment en entreprise, est souvent considéré comme légèrement suspect, dans la mesure où calquer un mode d’emploi sur tous les individus, sans les analyser en profondeur dans la durée, paraît superficiel. Le coaching global, contrairement au simple coaching, prend en compte l’ensemble de l’individu, de sa santé physique à sa spiritualité. Ce type du coaching est en phase avec la société d’aujourd’hui et son changement de paradigme. Comme nous l’explique Philippe Rosinski, l’auteur de Leadership & Coachin global, le monde est assurément complexe, il n’est plus possible de se contenter du modèle cartésien. Le corps ne peut être séparé de l’esprit. Ce mode de coaching s’imprègne du modèle holographique. Tout est interconnecté, chaque partie fait partie d’un tout et inversement. Ce qui évoque instantanément la conception spinoziste du monde. D’ailleurs, Spinoza y est cité plusieurs fois. 

Coaching global, une piste à explorer pour sortir du libéralisme "simpliste" et de la prédominance du cerveau gauche ?
Il s’agit également d’un coaching optimiste et responsabilisant. En effet, il ne revient pas qu’aux hommes politiques et aux dirigeants des multinationales de changer le sens de l’histoire, il faut que chacun se responsabilise. Le coaching global peut avoir de réels effets positifs. On oublie que dans la théorie d’Adam Smith, trop connu pour sa main invisible, la finalité est certes d’atteindre des richesses, mais également dans l’intérêt des pauvres. Il ne fait pas l’apologie de la « rapacité mesquine ». Il faut sortir de l’engrenage du libéralisme « simpliste ». Nous ne tirons jamais les leçons des crashs boursiers, 1929, 2008… Et continuons à nous endetter de façon suicidaire, comme s’il n’y avait pas d’autres issues possibles. L’économie de marché ne peut pas répondre à elle-seule à tous les défis. Il faut de l’éthique et un sens des responsabilités. 

L’éditeur de Philippe Rozinski, a été coach lui-même pendant 20 ans. Son projet est d’aider à promouvoir les valeurs humanistes. Raison pour laquelle il n’a pas hésité à traduire le livre « Global Coaching » de P. Rozinski, reconnu pour le coaching multiculturel qui se confronte aux nouveaux bouleversements techniques, sociaux et écologiques. Son objectif ultime est : coacher pour un monde meilleur. 

Contrairement à certains types de coaching, le coaching global ne se cantonne pas à une approche psychologique. Il doit également être complété par des visions stratégiques et également de solides connaissances en économie. Un peu comme l’intelligence collective, il essaie de créer le maximum de liens entre les différentes disciplines pour apprivoiser la complexité du monde.  

Comme ce coaching intègre six perspectives, spirituelle, culturelle, politique, psychologique, managériale et physique, il est un peu mal accueilli en France à cause de la perspective spirituelle. Car nous sommes dans un pays où la laïcité est un principe très structurant. Et de surcroît, un pays très rationaliste. Les questions de « donner du sens à sa vie » ont été longtemps méprisées par l’entreprise, même s’il semblerait aujourd’hui que ce soit la nouvelle tendance d’après les réseaux sociaux. Il ne faut pas confondre spiritualité et religiosité. Mais notre culture cartésienne voit d’un œil suspect toute connotation spirituelle, et ce surtout dans l’entreprise. 

Côté sport, la corrélation entre l’activité physique et le leadership est clairement établie. L’activité physique joue un rôle certain dans la gestion des émotions. Les émotions positives permettent de renforcer l’humanité et de réduire le stress, ce fameux taux de cortisol qui sur long terme est néfaste. Une vie pleine de vitalité et porteuse de sens est un chemin vers le bonheur car elle procure un bon « flow » (état de grâce), qui sur le plan des neurosciences est prouvé. 

Paradoxalement, l’entreprise favorise les personnes dénuées d’émotions fortes, ces « psychopathes intelligents » qui ne sont pas inquiétés de leurs abus. Or ce manque de compassion ou d’amour empêchent ces « psychopathes » de s’interconnecter avec l’univers holographique, autrement dit de faire face à la nouvelle complexité de nos sociétés. 

Pour les adeptes de Process Communication créé par le psychologue Taibi Kahler, l’auteur a relié les 6 profils de Process com aux archétypes de Pearson. Par exemple le rebelle est associé à l’explorateur-chercheur, le rêveur au sage, l’empathique le soignant, à l’amant… Mais attention, malgré la diversité des profils, l’auteur nous rappelle qu’il est nécessaire d’aspirer à la complétude. 

Ce livre s’adresse aux coachs, aux responsables d’entreprise mais aussi à tous les individus qui se souhaitent se confronter à leur ombre, chère à Jung, pour dompter leurs démons et leurs faiblesses. Et ce, dans l’objectif de créer un monde meilleur… 

Leadership & Coaching global, Philippe Rosinski, Valeurs d’Avenir, 385 pages. 
Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 28 Janvier 2019 à 18:07 

Pop rock Canada : « un roman qui démystifie les mécanismes du rock » (Marie Desjardins)

LIVRES

Le roman Ambassador Hotel

Ambassador Hotel

Roman de Marie Desjardins 

Par Louis Bonneville

Les biographies dédiées aux rockers sont devenues monnaie courante au cours de la dernière décennie. Pas de surprise à ce sujet : la majorité des précurseurs iconiques du rock sont maintenant en bout de vie, ou pire, trépassés. Ce type de littérature est destiné à ceux qui s’intéressent sérieusement à ce style musical, ce qui leur permet de comprendre de l’intérieur la trame du cheminement d’une idole. Par ailleurs, on le sait : le mode de vie de la rockstar en est un d’excès et d’excentricités en tout genre. Manifestement, il réside dans le fondement de ce type de personnalité une prédisposition à un étrange clivage, soit celui qui pousse l’individu à emprunter un parcours éclaté plutôt qu’à épouser une prétendue normalité de vie. Les exemples sont nombreux et souvent tragiques : certains de ces jeunes élus à cette célébrité, en effet, connurent une mort précoce. Référons- nous à la liste (tristement notoire) du club des 27 ans et à sa première génération de défunts, tous morts entre les 3 juillet de 1969 et 1971 : Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison et Alan Wilson (ce membre clé du groupe Canned Heat, rarement mentionné). Ces parcours éclatés témoignent sans conteste de la grande part de détresse psychologique et du dysfonctionnement social de ces légendes du rock. Mais au-delà de ces aspects gravement ténébreux, le fil d’Ariane de la vedette rock profite d’un point phare qui la guide : son succès touche une quantité considérable d’auditeurs. Cela procure à l’artiste l’assurance de sa longévité, étant donné la diffusion de son legs.

Marie Desjardins connaît bien le rouage de la biographie, s’y étant livrée à plusieurs reprises, notamment avec Vic Vogel, histoires de jazz et Sylvie Johnny Love Story. Mais ici, avec Ambassador Hotel, grâce à la forme fictive qu’offre le roman, l’auteure couvre un champ de possibilités beaucoup plus vaste, se libérant ainsi du confinement du genre biographique proprement dit qui oblige à la relation de faits, voire à la censure. Ainsi, le défi que Desjardins s’est lancé en est un de taille : élaborer de toutes pièces une rockstar à la personnalité complexe, tout en lui faisant parcourir le fil historique du hard rock et de toutes ses infimes subtilités.

Baptisé d’un nom prédestiné, Roman Rowan (R&R) est le protagoniste de cette odyssée rock. Il incarne un chanteur anglais charismatique au puissant registre vocal. Il évoque sans équivoque ces leaders qui ont marqué profondément le hard rock : Ian Gillan, Robert Plant, Paul Rodgers, Roger Daltrey et David Coverdale. En parcourant les nombreuses pages de ce roman (574), nous vivons par procuration l’entièreté du passage de la rockstar au sein de ce monde frénétique et énergique. La toile de vie de Rowan se tisse de chapitre en chapitre, de son adolescence à la fin de sa flamboyante carrière, également marquée de diverses frustrations. Une panoplie de personnages stéréotypés (mais non banals) de ce milieu viennent se greffer à ce parcours : musiciens, familles, groupies, agents, journalistes, photographes et autres. La multitude de détails fournis sont d’une telle précision que la conclusion devient évidente : ce chanteur éclectique incarne à lui seul le hard rock, et ce, à travers certains de ses thèmes clés historiques : amours, alcools et stupéfiants, aéroports, chambres d’hôtel, trajets interminables, loges, concerts, enregistrements d’albums, bars, vacances, gloires, échecs, discordes et angoisses.

C’est le 5 juin 1968 que Rowan et son récent groupe, RIGHT, scellent leur avenir en se trouvant à l’Ambassador Hotel, soit au moment fatidique où Bobby Kennedy y est fusillé. Le groupe compose alors le hit « Shooting at the Hotel » qui relate cette tragédie, une pièce qui devient ipso facto le jalon de leur carrière. Cette chanson n’est pas sans être analogue à « Smoke on the Water » de Deep Purple, qui tient aussi la position d’épicentre dans le succès de la formation, et dont les paroles réfèrent également à un malheur auquel le groupe a assisté, en témoin silencieux. RIGHT portera ainsi le poids du succès de cette chanson, tel un stigmate d’une certaine forme d’opportunisme. De fait, le morceau sera le voile ombrageant leur œuvre.

L’éclosion du rock aux États-Unis est somme toute récente. Dans les années cinquante, Sam Philips lance cette musique dans son studio d’enregistrement Sun Records à Memphis. Il met sous contrat des blancs-becs « blancs » et, avec eux, il reconstitue en quelque sorte ce que les frères Chess enregistrent à Chicago. En effet, ce sont Elvis Presley, Carl Perkins et Jerry Lee Lewis qui profitèrent du talent de Chuck Berry, Bo Diddley et Little Richard. Ce Memphis rock and roll et ce Chicago blues/early rock (et autres courants connexes) eurent un écho percutant chez les jeunes Anglais. Rapidement, dans la foulée du British Invasion, ces musiques s’intellectualisèrent (d’une certaine manière) et se métamorphosèrent en diverses avenues. Le hard rock est un de ces dérivés qui eut un fort retour d’écho partout en Occident. Encore aujourd’hui, la boucle retentissante n’est pas refermée. On le constate avec de jeunes groupes tels que Greta Van Fleet qui fait un tabac, se révélant parfait héritier de ce courant musical.

Marie Desjardins a exploré et démystifié ce genre musical du haut et du bas, de l’intérieur et de l’extérieur, et ce, dans son énergie et son émotion. Elle a compilé tous les clichés du genre avec une acuité rare dans leur compréhension – le hard rock est devenu plus réel que nature sous sa plume… Ambassador Hotel est un ouvrage qui se doit d’être exposé, et, corollairement, trouver son lecteur. Avec cette nouvelle et incontournable perspective sur ce mode de vie tordu, Desjardins a relevé le défi.

BANNIERE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
RÉDAC’CHEF: GÉO GIGUÈRE

« une intrigue haletante, à lire d’un trait ! » pour Emile Cougut dans Wukali

L’affaire Mirage Life,

une intrigue haletante, à lire d’un trait! 

http://www.wukali.com/L-affaire-Mirage-Life-une-intrigue-haletante-a-lire-d-un-trait-3559#.XEGclC17RBw

Un roman publié par Le Lamantin, une petite maison d’édition courageuse

An electric intrigue within a dictatorship in South America

Connaissez-vous le Montelagos, cette république d’Amérique du sud ? Sûrement pas puisqu’il est sorti de l’imaginaire de Pascal Framont. C’est une république d’Amérique du Sud, dirigée depuis une trentaine d’années par un dictateur Damiano, inventeur du damianisme, idéologie politique selon laquelle un État doit être géré comme une entreprise. Il est arrivé au pouvoir de façon démocratique sur un programme simple : pour mettre fin aux mafias et à la corruption de toute la société et sortir du peuple de la pauvreté, priorité doit être donnée à l’économie. Tous les citoyens doivent adhérer au contrat de solidarité nationale dont la philosophie se résume au slogan : «  la fin justifie les moyens » . Ils doivent surtout abandonner toutes les libertés publiques pour permettre au gouvernement de pouvoir mettre en place son programme économique sans aucune embûche.

30 ans après, le niveau de vie a fortement augmenté, les systèmes éducatif et social sont gratuits et l’immense majorité de la population approuve l’action de son chef.
Bien sûr, il y a des opposants, la Résistance, mais elle est très minoritaire et à part protester contre l’absence de liberté, n’offre aucun programme alternatif. Bien sûr, ceux qui remettent plus ou moins en cause le contrat de solidarité nationale peuvent s’attirer les foudres de la terrible police politique.

Lucia, mariée, mère de deux enfants, est une jeune femme faisant partie des « étoiles montantes » du pouvoir. Elle travaille comme collaboratrice du ministre de l’économie et fréquente tous les responsables du pouvoir. Son père est commandant dans la police politique, seul son frère se montre, très discrètement critique vis-à-vis du damianisme, mais c’est normal, c’est un artiste.

Un soir, son mari est assassiné devant ses yeux. Très vite, elle s’aperçoit des incohérences de l’enquête policière, d’autant que deux des collègues de son mari connaissent le même sort et qu’elle est victime de deux tentatives d’assassinat.
Obligée de mener sa propre enquête pour connaître la vérité sous peine de partir en exil, elle va voir ses certitudes remises en cause petit à petit. Aussi bien au sein de sa famille qu’au sein du régime, les apparences sont souvent trompeuses, voire très très complexes. Qui croire ? Que croire ? Le régime a permis une vraie richesse et une vraie amélioration de la vie de la population, mais à quel prix ? Qui vraiment détient le pouvoir : Damiano ou un groupe occulte qui tire toutes les ficelles dans l’ombre ? Et même Lucia n’est-elle pas instrumentalisée ? Et par qui ? Le régime ? La Résistance ? Soit un autre groupe qui souhaite lui aussi la fin du régime ?

Écrit comme un vrai thriller, voire un roman feuilleton du XIX siècle, L’affaire Mirage Life, tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Et surtout ne vous attendez pas à une fin à « l’eau de rose ». Si Lucia arrive à sauver sa vie, le moins que l’on puisse dire, elle est obligée de faire un choix qu’elle se refusait de faire.

On y trouve une description des dictatures d’Amérique du sud, mais mâtinées de castrisme et surtout de manipulations politiques parfaitement décrites, manipulations qui finissent par se retourner contre le manipulateur. L’assassinat du ministre de la police politique m’a fait penser à l’assassinat de Kirov à Leningrad, point de départ de la terreur stalinienne.

On n’est aussi pas loin de la théorie du complot suivant laquelle, les vrais dépositaires du pouvoir ne sont pas les hommes politiques mais des individus qui les manipulent dans l’ombre. Des inconnus, qui ne se connaissent pas individuellement mais qui décident de l’avenir de la société. Et ne parlons pas des opportunistes qui savent exploiter à leur profit tous les événements.

Un livre dense, non dépourvu de philosophie politique qui pose le problème du but, de la fin des actions politiques et des moyens mis en œuvre pour y parvenir.

Émile Cougut

Un premier thriller d’un auteur bien construit selon Argoul

Pascal Framont, L’affaire Mirage Life

Pascal Framont, L’affaire Mirage Life

Ce premier roman, premier thriller d’un auteur néophyte amateur d’histoire et de cinéma qui a beaucoup vécu à l’étranger, est presque une réussite. Presque parce qu’un premier roman n’atteint jamais la plénitude qui vient avec l’expérience ; réussite parce que ce thriller déroule une histoire bien ficelée qui tient en haleine jusqu’au bout.

Le personnage principal est une femme dont le seul défaut est qu’elle laisse à l’état de quasi ectoplasmes tous les autres figurants. Luisa Portero est conseillère ministérielle dans une « république » autocratique sud-américaine fictive et voit son mari Gustavo assassiné sous ses yeux lors d’un cambriolage qui tourne mal. Elle est choquée puis s’interroge : des invraisemblances dans le scénario la font douter. Pourquoi les « voleurs » n’ont-ils pris que les ordinateurs et disques durs et pas le portefeuille pourtant en évidence dans la veste du défunt ?

La police criminelle du pays enquête mollement, tendant vers l’affaire classée ; la police politique est bien trop dangereuse pour la solliciter, d’ailleurs le père de Luisa, qui y travaille, lui déconseille. Le pays est dirigé par le président Roberto Damiano d’une main de fer dans un gant de velours, selon cette devise de toutes les dictatures qui en dit long : « la fin justifie les moyens ». Ce fut la devise de Lénine et Staline comme celle de Hitler et Mao, celle de Castro et de Chavez comme celle de Mélenchon sur les traces de Robespierre. Certes, le pays sous-développé a pris son essor économique. Les gens vivent matériellement mieux – à condition qu’ils la ferment – la police politique y veille, adossée à un puissant réseau de délation jusqu’à l’intérieur des familles. Des « villes thématiques » renouvellent le développement et attirent les touristes : ce sont des cités quasi autonomes où se rassemblent les fans d’une discipline comme les mathématiques, les échecs, la poésie. Gustavo travaillait à ce projet dans la société Mirage Life.

Mais pourquoi son fondateur a-t-il jeté l’éponge ? Pourquoi ces inexplicables retards, obstacles administratifs, réticences ? Après Gustavo, plusieurs autres cadres de Mirage Life sont morts dans des « accidents » qui ne semblent rien devoir à la malchance. Luisa doute, Luisa enquête, Luisa veut savoir et saura. Non sans mettre en danger a propre vie et celle de sa famille.

La progression de l’enquête est bien menée, mais linéaire. Le style thriller est l’application du cinéma en littérature ; il procède par découpages, retours en arrière, séquences d’action alternées avec séquences de présentation, chapitres courts et percutants qui se terminent par une question. Le roman n’atteint pas cette technique, écrit au passé et trop rationnel peut-être. La passion en est en effet absente. Les « enfants » sont là comme décor pour poser un couple idéal, comme un bracelet au poignet de maman, mais aucune empathie n’est sollicitée du lecteur. On ne sait rien de David et de Mélissa, sinon qu’ils sont petits et ne cessent d’être conduits à l’école. Le père est assassiné, la mère menacée, mais les enfants ne sont pas touchés. Bizarre…

Un thriller s’ancre dans le présent et dans le connu, pas dans l’imparfait ni dans un pays fictif. Des invraisemblances sautent aux yeux, comme cet usage immodéré du téléphone mobile qui peut être tracé et écouté, les appareils jetables en vente libre, ces courriels échangés sans conséquences, ces filatures trop grossières pour être pro, cette absence totale de pression de la part de Mainland, avatar des Etats-Unis grand voisin. Le damianisme ressemble au macronisme, la dictature policière en plus. « Je suis aux premières loges pour constater que l’art et les richesses de l’esprit n’ont pas de place dans cette société. Tout est tourné vers la consommation à outrance, qui plus est dans un contexte d’absence totale de liberté d’expression. Un artiste qui ne peut rien dire se retrouve en état de mort cérébrale », déclare son propre frère à Luisa p.215. Un peu hypocritement, avouons-le.

Reste que le roman est plutôt bien écrit et à rebondissements jusqu’à la fin. Un happy end sans tempérament mais qui prépare une suite.

Pascal Framont, L’affaire Mirage Life, 2018, éditions Le Lamantin, 403 pages, €19.00 e-book Kindle €4.99

Le littéraire a remarqué « L’Ombre de la Terre » de Christine Fizscher

http://www.lelitteraire.com/?p=46909

Christine Fizscher, L’ombre de la terre

Que reste-t-il de nos amours ?

Dans ce beau livre, tout va finir par se clore. Mais la bles­sure fut longue à cica­tri­ser. Il a presque fallu que le hasard s’en mêle :- « sur le bot­tin son nom / ne se trouve plus./ Plus de vingt ans j’ai gardé ce nom / tombé de lui-même ». Com­bien de pluies d’hiver et d’été avant que ce nom plonge « dans l’inconnu, l’esprit désert » ?
Chris­tine Fiz­scher dit le tra­vail du temps, de l’oubli. Le faut-il ? Il le faut. Non vers un impon­dé­rable som­meil mais pour accep­ter qu’oublier est un mal néces­saire afin, au fond de soi, de pou­voir se recon­naître. L’âme est par­fois encore “lourde comme un vol de canards / Sur une eau pleine de phos­phate. Les sapins se vendent à l’arraché ». Et l’amour doit subir le même sort afin de ne plus res­ter l’hôte de l’hôte, de l’autre. Avec lequel on fit pour­tant un.

Pour y arri­ver des voyages sont néces­saire. La poé­tesse les évoque. L’amour plonge peu à peu dans la faille du temps, dans sa brèche. L’auteure fait bar­rage afin que l’eau dor­mante rem­place l’eau bouillon­nante. C’est d’une cer­taine manière faire appel du vide. Au vide à com­bler.
L’amour se quitte pro­gres­si­ve­ment au moment même où il sem­blait ne pas pou­voir s’estomper. De lui, il ne res­tera même plus la mala­die, l’addiction, l’alcoolisme. Mais pour y par­ve­nir, “la nuque plus molle qu’une tige, foule plu­sieurs mondes ». La vic­time de l’amour  doit dépla­cer ses propres bases et en chan­ger les cadres  : New-York, Ville d’Avray, Sala­manque. Et d’autres lieux encore pour réap­prendre à ne plus vivre que par l’autre.

S’ins­crit le sourd récit de l’oubli entre car­net de voyage et chant de ce qui fut si fort et s’est délité. Pluie d’amour, pluie d’indifférence. C’était et ce n’est plus.
Qui n’a pas connu cela ne peut se dire vivant.

jean-paul gavard-perret

Chris­tine Fiz­scher, L’ombre de la terre, Dumer­chez, jan­vier 2019, 54 p. — 15,00 €.

Sylvie Ferrando sur le prestigieux site La Cause littéraire ouvre le bal pour « L’Ombre de la Terre »

L’ombre de la terre, Christine Fizscher (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando 08.01.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

L’ombre de la terre, Dumerchez, janvier 2019, 54 pages, 15 €

Ecrivain(s): Christine Fizscher

Le lent récit d’un oubli, le récit d’une ou de deux années, mois par mois, le récit d’un journal sous forme poétique, à la fois carnet de voyage et récit d’un amour fervent et passionné, puis manqué, non partagé, délité, le récit d’une rupture amoureuse, d’un oubli.

Voyage intérieur et voyage extérieur se mêlent tout au long des vers et des phrases au rythme parfois mélodieux, parfois haché.

D’une île de la mer Egée, puis de New-York jusqu’à Salamanque, en passant par Paris et Ville d’Avray, la poétesse-narratrice emmène son lecteur dans un voyage de réflexion sur l’ailleurs, l’amour, l’oubli et la rupture. Le voyage à la fois comme stimulant de l’amour et comme remède lorsqu’il s’est enfui.

Il s’agit d’un lent découpage du temps, mois par mois, parfois à rebours : l’été, août dans les îles grecques, à Hydra où : 

« Je vais à la terrasse des cafés du port

attendre

qu’on drisse les auvents

[…]

dans la lumière sourde ».

C’est ensuite l’entrée progressive dans un hiver météorologique et sentimental ; le retour à Paris depuis New-York, en octobre :

« Dans l’intervalle du ‘jet-lag’ :

trottoir sous le soleil

où ni les pieds ni les yeux ne se posent,

veines et iris et paupières de coton,

la nuque plus molle qu’une tige,

je foule plusieurs mondes ».

A Ville d’Avray, où se trouve la maison de l’ancien amour, vide de l’amour absent :

« Il pleut

L’hiver nous rejoint

dans le parc de feuilles.

Mortes elles recouvrent

l’herbe et les arbres bas,

les perrons et les massifs,

les allées ».

[…] 

« Aujourd’hui la clémence

de l’automne

Prodigue mille étés ».

Puis c’est décembre et l’approche de Noël :

« Je me suis réveillée comme une brassée de glaïeuls.

Rien ne me reliait assez fort au jour

et je me rendormis ».

[…]

« Mon âme est lourde comme un vol de canards

Sur une eau pleine de phosphate.

Les sapins se vendent à l’arraché ».

Arrive janvier, où une part du mystère est levée, car cette histoire d’amour enfui, enfoui, est un secret que dévoile peu à peu la poésie.

« Nos baisers furent rêvés

Ton bateau a quitté le port d’Hydra

Et depuis,

Nos mémoires se sont tues ».

Enfin, c’est avril et l’arrivée sur Salamanque, en autobus, depuis Madrid ; Salamanque, ville parée de souvenirs :

« Salamanque comme un palais du Rajasthan,

cité de la Renaissance »

[…]

« Cependant sur le bottin son nom

ne se trouve plus.

Plus de vingt ans j’ai gardé ce nom

tombé de lui-même ».

La poétesse-narratrice, seule, solitaire, mais non isolée, entrera « dans l’inconnu, l’esprit désert ».

Sylvie Ferrando