Sylvie Ferrando sur le prestigieux site La Cause littéraire ouvre le bal pour « L’Ombre de la Terre »

Le lent récit d’un oubli, le récit d’une ou de deux années, mois par mois, le récit d’un journal sous forme poétique, à la fois carnet de voyage et récit d’un amour fervent et passionné, puis manqué, non partagé, délité, le récit d’une rupture amoureuse, d’un oubli.

Voyage intérieur et voyage extérieur se mêlent tout au long des vers et des phrases au rythme parfois mélodieux, parfois haché.

D’une île de la mer Egée, puis de New-York jusqu’à Salamanque, en passant par Paris et Ville d’Avray, la poétesse-narratrice emmène son lecteur dans un voyage de réflexion sur l’ailleurs, l’amour, l’oubli et la rupture. Le voyage à la fois comme stimulant de l’amour et comme remède lorsqu’il s’est enfui.

Il s’agit d’un lent découpage du temps, mois par mois, parfois à rebours : l’été, août dans les îles grecques, à Hydra où : 

« Je vais à la terrasse des cafés du port

attendre

qu’on drisse les auvents

[…]

dans la lumière sourde ».

C’est ensuite l’entrée progressive dans un hiver météorologique et sentimental ; le retour à Paris depuis New-York, en octobre :

« Dans l’intervalle du ‘jet-lag’ :

trottoir sous le soleil

où ni les pieds ni les yeux ne se posent,

veines et iris et paupières de coton,

la nuque plus molle qu’une tige,

je foule plusieurs mondes ».

A Ville d’Avray, où se trouve la maison de l’ancien amour, vide de l’amour absent :

« Il pleut

L’hiver nous rejoint

dans le parc de feuilles.

Mortes elles recouvrent

l’herbe et les arbres bas,

les perrons et les massifs,

les allées ».

[…] 

« Aujourd’hui la clémence

de l’automne

Prodigue mille étés ».

Puis c’est décembre et l’approche de Noël :

« Je me suis réveillée comme une brassée de glaïeuls.

Rien ne me reliait assez fort au jour

et je me rendormis ».

[…]

« Mon âme est lourde comme un vol de canards

Sur une eau pleine de phosphate.

Les sapins se vendent à l’arraché ».

Arrive janvier, où une part du mystère est levée, car cette histoire d’amour enfui, enfoui, est un secret que dévoile peu à peu la poésie.

« Nos baisers furent rêvés

Ton bateau a quitté le port d’Hydra

Et depuis,

Nos mémoires se sont tues ».

Enfin, c’est avril et l’arrivée sur Salamanque, en autobus, depuis Madrid ; Salamanque, ville parée de souvenirs :

« Salamanque comme un palais du Rajasthan,

cité de la Renaissance »

[…]

« Cependant sur le bottin son nom

ne se trouve plus.

Plus de vingt ans j’ai gardé ce nom

tombé de lui-même ».

La poétesse-narratrice, seule, solitaire, mais non isolée, entrera « dans l’inconnu, l’esprit désert ».

Sylvie Ferrando

La Rock Star et les femmes : encore un article superbe sur « Ambassador Hotel » de Marie Desjardins

Le par Isabelle Brisson

À travers la radiographie ou le scanner d’une Rock Star archétypale, la Québécoise Marie Desjardins – de passage à Laurens (Hérault) – nous parle de Roman Rowan, son héros d’« Ambassador Hotel », un pavé de 587 pages rédigé en trois ans, « le roman que toutes les femmes doivent lire pour connaître les hommes ».

50 ans d’histoire du rock

Par respect pour les artistes qu’elle a connus, Marie a brouillé les pistes afin de décrire le plus précisément possible la psyché d’une Rock Star sur le retour. « Pour atteindre une vérité que la biographie factuelle ne donne pas », estime-t-elle. Ici il s’agit d’un britannique du type Mike Jagger, personne la plus vue sur la planète. En fin de parcours, à près de 70 ans, Roman Rowan fait le bilan de 50 ans d’adulation, de travail et d’épreuves. Le 4 juin 1968 son groupe de rock émergeait lors de l’assassinat de Bob Kennedy à l’Ambassador Hotel, rasé depuis. L’ouvrage est aussi 50 ans d’histoire du rock et de la société dans 25 villes aux États-Unis, Mexique, Argentine, Roumanie, Russie, France, … Et bien sûr l’histoire des femmes qui ont compté pour lui.

Roman et ses femmes 

La troisième partie du livre est dédié aux femmes qui ont compté pour Roman. La sienne doit accepter d’être trompée. Elle ferme les yeux sur ses écarts, pourvu qu’il revienne à la maison. Elle doit être solide, froide, choisir d’en faire un père et profiter de son argent. Son ex-compagne a partagé ses dix meilleures années, rongée par l’inquiétude, elle lui fait vivre un enfer, il la quitte, elle ne s’en remettra jamais. Sa mère, une intellectuelle qui ne s’est pas réalisée dans sa profession, trouve dur que son fils abandonne ses études pour le rock et reste sur ses principes. Sa sœur enfoncée dans une grande frustration vit dans la middle class londonienne. Sa fille, perdue, gâtée, hyper encadrée par sa mère trouve difficilement sa voie. Enfin, sa groupie, une ado qui se fait engager comme fille au pair, se suicide dans le garage de Roman en écrivant « I love you » sur son pare-brise.

Un mâle fini

« J’ai la fascination de la puissance des Rock Stars », avoue Marie qui a aussi publié un livre sur Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. Dans son dernier livre, elle montre l’envers de la médaille. Comment ses personnages arrivent au dernier concert, ce que représentent les coulisses, la solitude au-delà des partouses. Comment ils vivent et ce qu’ils pensent de leur succès. Roman commence à comprendre ce qu’il a provoqué et voit qu’il a abusé de tout, trop bu, fumé, baisé, … Son corps est épuisé, sa virilité ne suit plus. C’est un mâle fini. Il n’a pas eu de véritable histoire d’amour. C’est l’échec de la Rencontre. Son égo surdimensionné lui a interdit de se connecter avec son véritable alter ego.

Pourtant notre héros peut aussi se montrer un tendre. Il est le roi d’un groupe avec ses attentes, ses succès et ses failles, un profil qui touche le cœur du lecteur et le mène de façon originale dans un monde musical particulier.

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

Lire de Marie Desjardins Ambassador Hotel (mai 2018, €19), Sylvie Johnny love story (Éditions du Cram)
Voir Bohemian Rapsody, A star is born
Écouter Mon pays c’est l’amour, album posthume de Johny Halliday

Regards sur la ville offre une critique très élogieuse d' »Ambassador Hotel »

Ambassador Hotel, la mort d’un Kennedy, la naissance d’une rock star de Marie Desjardins


4
juin 1968, Ambassador Hotel, Los Angeles. Right, un nouveau groupe rock britannique, y débarque pour enregistrer un album. La nuit même, Robert (Bob) Kennedy est assassiné dans les cuisines. Un meurtre inspirant qui donnera le jour au titre Shooting at the Hotel qui devient instantanément un succès et propulse le chanteur, Roman Rowan, au rang de rock star.

Par Corinne Bénichou

Quelque cinquante ans plus tard, la formation fait sa dernière tournée mondiale. Occasion d’un bilan et d’un retour sur le passé, d’une réflexion sur les tristes circonstances d’une chanson mondialement connue.

Au fil des pages, le lecteur découvre la vie de Roman Rowan (enfance, famille, ascension vers la popularité, rivalités, querelles, femmes, luxure, tournées internationales) associée à une introspection du personnage principal. Peu à peu, les vérités sont dévoilées dont la déroute d’un amour avorté lié au secret d’une vie avec une belle Cubaine.

Bronte le génie contrarié, Clive l’ami fidèle, Jill son épouse et Chance sa fille, constituent une galerie de personnages secondaires bien définis influant plus ou moins sur l’humeur et les décisions du monsieur !

Marie Desjardins décrit de belle façon l’archétype d’une célébrité des années 60 encore actif à soixante-dix ans, au sein d’un groupe dinosaure fictif, pour un dernier tour de piste, dans un récit bien ficelé.

Entre le thriller psychologique et la biographie détaillée, sur fond d’Histoire rigoureusement documentée, les pistes y sont habilement brouillées, plus réelles que le réel.

Ce roman est un portrait finement rendu et représentatif d’une époque, du rock et d’un chanteur en fin de parcours, sans oublier les concerts (le frisson des guitares, l’angoisse avant l’entrée sur scène, la relation électrique avec le public).

Dans la mouvance des Jim Morrison ou Mick Jagger, sans obtenir la même notoriété, l’homme est doté d’un charisme qui lui apporte une indéniable attraction auprès de la gente féminine. La couverture du livre est d’ailleurs significative de ce style d’artistes !

Excellent moment de lecture dans un univers auquel le commun des mortels n’aura jamais accès et qui, grâce à cet ouvrage le vivra par procuration !

Publié aux éditions du CRAM

Yozone remet (déjà !) à l’honneur l’écrivain François COUPRY !

L’excellent Hilaire Alrune a déjà lu « Merveilles » de François Coupry !

Merveilles
Francois Coupry
Pierre Guillaume de Roux-FCD livres, contes paradoxaux, 575, pages, novembre 2018, 23 €

« Jour de Chance » (Presses de la Renaissance, 1982), « Nos amis les microbes (Une Journée d’Hélène Larrivière) » (Presses de la renaissance, 1989), « Le Fils du Concierge de l’Opéra » (Gallimard, 1992, « Le fou rire de Jésus » (FCD livres, 2016), « La femme du futur » (Pascal Galodé, 2012). Cinq « contes paradoxaux » d’un peu plus d’une centaine de pages chacun, cinq romans brefs ou cinq novellas, composant un fort volume de presque six cents pages, richement illustré par Cyril Delmote.

« Jour de Chance »

« Le soleil, vous savez ce que c’est : une grosse araignée jaune dans le ciel bleu, une grosse araignée avec des pattes velues, des pattes qui descendent, comme des rayons, jusque sur les mains et les yeux de chacun d’entre nous. Et les rayons de l’araignée dirigent mes mains qui dirigent les ficelles de mes jambes. »

Il se nomme Nabucco – personnage que l’on retrouvera dans d’autres récits de l’auteur – c’est un avatar (parfois) de François Coupry lui-même, c’est un innocent, ou très exactement l’inverse : un personnage qui feint l’innocence pour mieux révéler les travers de notre monde. Le voilà, existant et inexistant tout à la fois, refusant le nom de Coupry, cherchant à naître dans une société qu’il feint de découvrir, essayant pour cela de se faire admettre, en vain, à la crèche (mais naître dans l’esprit du lecteur, c’est déjà une première étape), cherchant ensuite, selon une chronologie qui lui est propre, mais apparaît logique, à payer ses impôts, à se faire emprisonner, à se faire interner à l’asile d’aliénés, au parc zoologique, en enfin, à se faire inhumer. Las, si le fossoyeur accepte de le considérer cliniquement mort, il se trouve que sans permis d’inhumer aucun enterrement n’est possible, et le pauvre Nabucco, dépourvu d’identité, ne saura se faire délivrer une telle autorisation. Comment diable exister ? Ne serait-il pas “(…) l’homme moderne, débarrassé de toute culture malheureuse, de toute mauvaise, ou trop bonne, conscience : un être sans être, sans consistance aucune, sans poids, sans histoire personnelle, et mené, sans jugement de valeur, par la communion des évènements mondiaux. Un être sans âme, d’une totale sensibilité. Un individu non individuel, omniprésent. Un corps ouvert, sans commencement ni fin. Une amibe. Un mutant. Le premier humain de l’avenir de l’homme (…)” Comment exister vraiment ? Détourner un avion ou tuer son prochain ne sert à rien dans ce monde de bienveillance infinie, battre la campagne pour y trouver une juriste-fermière capable de convaincre un tribunal de sa culpabilité non plus. Fantaisiste, drolatique, ce « conte paradoxal » mérite bien son nom. En décrivant un monde retourné comme un gant, comme pourrait l’être au sens propre un meilleur des mondes, Nabucco/Coupry illumine ses travers comme pourrait le faire une fable voltairienne : bien plus incroyable que la science-fiction la plus audacieuse, bien plus invraisemblable que le conte de fées le plus débridé, bien plus inacceptable que le fantastique le plus terrifiant, c’est, simplement, un monde où tout le monde serait bon.

« Nos amis les microbes (Une Journée d’Hélène Larrivière) »

« Peut-être que cette image de toi s’est multipliée dans ton ventre. Peut-être qu’il y a e toi des milliers d’Hélène Larrivière, rousses et toutes nues, qui grouillent et qui dansent.  »

Initialement publié sous le titre « Une journée d’Hélène Larrivière » aux Presses de la Renaissance en 1989, « Nos amis les microbes » décrit, du point de vue des microbes, l’existence oisive et insouciante – qui trouve plus d’un écho dans notre monde – de ceux qui dévorent leur propre maison et scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ces êtres minuscules, microbes ou virus, perpétuellement enivrés de sang, gavés de viande et d’os, festoient et s’amusent dans ces architectures baroques que sont les intérieurs d’un corps humain. Tout continuerait à aller pour le mieux dans l’indifférence générale si leur grand penseur Yrpuoc ne les éveillait à une forme de conscience, transformant le credo des uns – « Il y a toujours quelque chose à ne pas faire » –, en affinité pour la pensée, en inquiétude pour le futur, jusqu’à ce qu’ils trouvent une structure de nourriture qui se régénère, sans comprendre qu’il s’agit d’une prolifération tumorale. Penser, mais penser juste ou penser faux ? Entre intuitions vertigineuses – “Et j’en déduis que nous ne sommes que la projection de l’imaginaire flottant du Grand Corps Humain dans lequel nous vivons” – et paralogismes regrettables, nos microbes se mettent en guerre, “Car certains d’entre nous à l’exemple de Patrace, se sont mis à réfléchir. Et comme lui ont senti une présence étrangère grandir dans leur corps ! Et comme lui ont éclaté, délivrant un e rousse nue !” Voilà donc déclarée une guerre grotesque aux rousses envahissantes, les microbes ayant rencontré un autre type d’infection, parasitaire celle-là, comme la larve qui de l’intérieur ronge son hôte avant de s’en extraire comme si ce dernier n’était plus rien d’autre que son propre suaire. Entre parasitisme tel que le décrit la zoologie, donc, et thème science-fictionnesque classique – nul n’a oublié la fameuse « Invasion des profanateurs » de Jack Finney, ni ses multiples déclinaisons ou héritiers cinématographiques – nos microbes découvrent, parfois de manière grotesque (quand une scène romantique dans la magnifique baie du cristallin se transforme en séance gore de plomberie artérielle), nos microbes, dont un certain Nabucco, découvrent l’amour, le doute, la honte, la guerre : on s’arme avec les objets que l’on trouve dans la cervelle, mais dont se déversent également des nuées de choses inutiles obstruant les canaux de circulation. Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que ce récit en apparence décousu conservera in fine une véritable cohérence, le microscopique se révélant à plus d’un titre comme le reflet du macroscopique, avec une happy-end pour Hélène Larrivière, siège et lieu de l’histoire – mais, on s’en doute, comme dans tout bon récit fantastique qui se respecte, les dernières lignes viennent rebattre les cartes. Bien plus qu’au fameux « Voyage fantastique » d’Isaac Asimov, on pense à Swift, et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet auteur apparaît, aux côtés de Lewis Carroll et J.R.R. Tolkien, sur les rayonnages de la bibliothèque rose de l’utérus. Un récit certes incontrôlé (mais comment s’en étonner quand il est question de la croissance anarchique d’une tumeur ?), avec une tendance carnavalesque à partir en tous sens et à en rajouter dans la facétie, un récit généreux qui brasse et pulse et charrie quelques trouvailles.

« Le Fils du Concierge de l’Opéra »

« Alors je m’aperçus que mes mouvements étaient circulaires, et chaque fois que je croyais pousser mes pas vers les murs extérieurs de cette bâtisse, des couloirs me ramenaient vers le centre qu’occupait la grande salle de spectacle. »

Un leitmotiv, une formule dont on devine l’importance et que même après lecture l’on gardera en mémoire : “Aujourd’hui, rien d’extraordinaire, rien que le train-train du merveilleux”. « Le Fils du concierge de l’opéra  » est assurément le conte paradoxal le plus connu de ce recueil, et il en est certainement le meilleur. Maîtrisé d’un bout à l’autre, ce récit profondément humain, poétique, poignant, initialement publié chez Gallimard en 1992, a reçu l’année suivante un Grand Prix de l’Imaginaire amplement mérité.

Être le fils du Concierge de l’Opéra, être destiné à lui succéder, est-ce un honneur, est-ce une malédiction ? Tout régir dans cet opéra-monde, tel un démiurge, est-ce un destin acceptable. Ne vaudrait-il pas mieux gagner l’extérieur, l’ailleurs, le vaste monde, le vrai, pour y faire d’autres découvertes ? Entre révoltes enfantines et adolescentes – “Vous êtes devenus les navets prétentieux d’un imaginaire déchu” – entre foucades diverses et recherche de vraie vie à vivre des mois durant sur une scène, entre amours naissants pour une Valentine hélas destinée à n’être qu’ouvreuse, bienvenue dans ce bâtiment-monde où les oiseaux parlent, où l’on n’imagine guère que les avions n’aient pas besoin de fils pour voler, où l’on découvre les mers, l’exotisme, la planète entière sous forme de décors, et où l’on pourrait, peut-être, s’insurger contre le ressassement sans fin des mêmes figures, les Desdémone, les Carmen, les Tosca, les Violetta au motif que « Oui, tout cela n’était qu’un drame, et point la vie. » Nous n’en dirons pas plus si ce n’est que cette histoire d’un naufrage effroyablement lent est au contraire à la fois un drame et la vie, un récit plein d’émotion qui sonne juste d’un bout à l’autre.

« Le fou rire de Jésus »

« C’était moi le vautour, moi qui tournais au-dessus de la tête du Galiléen crucifié, dans le crépuscule de Jérusalem, moi qui lui dressais une couronne de mes ailes, de mon bec, de mes serres, moi qui riais au-dessus de sa tête, de ce même rire de complicité dont, la veille, lors de son procès, nous avions tenté tous deux de dissimuler l’ardeur, ce rire qui éclatait au-dessus de la Croix, ce rire que les gens pouvaient peut-être entendre, déchirant les nuages, découvrant un soleil d’aurore, formant non plus une couronne de douleur mais une auréole d’une lumière de gloire dans les cieux. »

Un narrateur installé dans le Grèce contemporaine dont on devine, après l’affaire des enseignes, puis la condamnation du Christ, qu’il n’est autre que ponce Pilate, narre, sous forme d’une lettre à Vitellus, sa rencontre avec le Galiléen, et chercherait, à l’en croire, à prouver enfin que l’homme de Nazareth n’était autre que Dieu. Un fou rire commun avant une condamnation historique, un Dieu qui lui aurait fait don d’immortalité, lui aurait épargné la mort pour qu’il puisse témoigner dans les siècles futurs. Le récit des errances d’un personnage à travers les siècles, qui, d’un point de vie antique – à moins qu’il en soit un simple mythomane – observe effaré les évolutions contemporaines, se lamente de ce monde où la corruption n’est plus ce qu’elle était et où « l’on ne peut plus uriner que dans des endroits introuvables », un monde d’aliénation perpétuelle qui fait regretter des temps passés où, affirme-t-il, « même les esclaves étaient plus libres ». Critique sociale, donc, ce « Fou rire de Jésus » faussement léger, mais ambitieux, traite également des mille et une réécritures des textes, des interprétations, des fantaisies de la mémoire, qu’elle soit individuelle ou collective. Un récit qui brasse large, dérive et divague à travers temps, à travers l’esprit quelque peu perturbé du narrateur, qui amuse et qui donne à réfléchir.

« La femme du futur »

« Et point parce que, encore une fois, comme en ma vie d’avant, je recherchais l’oubli, fuyant ma vérité, mais parce que, maintenant, tout m’était revenu en mémoire, en un rêve où j’étais transparente, où je passais à travers les miroirs, je savais déjà tout et j’étais affolée, les portes de mon château intime s’étaient réouvertes, les unes après les autres, en un fracas de grincements de gonds, de craquements de serrures.  »

Belle et originale idée que cette entrée dans le monde futur, où, avant même votre naissance, alors que vous n’existez pas encore, les dieux vous demandent en quel être humain vous souhaitez vous incarner. C’est en 2187 que naît donc la narratrice, sorte d’Alice dans un pays du futur où tout ne serait que merveilles, à tel point que, même à ses yeux encore naïfs, bien des éléments paraissent douteux. Des richesses universelles et une oisiveté impossible allant à l’encontre des vieux traités d’économie du XXIème siècle, des familles qui jouent à vivre comme dans les temps passés, un monde dans lequel elle ne manque pas de se demander « où sont les pauvres, les opprimés, les ratés » mais où, lui explique-t-on, « personne, maintenant, ne se pose plus vraiment le problème de la misère, à part vous peut-être, mais il faut vraiment être une enfant ! », et où il existerait peut-être encore, pour le symbole, un « dernier des prolétaires ». Ironie grinçante, donc, pour ce monde dans lequel il reste possible, pour ceux qui seraient effrayés par une telle vie de bonheur, de prendre place à bord d’un train spécial, qui les emmènera directement vers la vieillesse.

On s’en doute : un tel monde d’« Harmonie Flamboyante » n’est que prétexte à humour grinçant, voltairien ou swiftien, et les déboires de notre Alice, qui se souvient d’avoir tour à tour été, entre autres réincarnations animales, entre autres réincarnations humaines plus banales, Anna Karenine, Yseut, Emma Bovary et quelques autres, découvrira, ballotée entre utopie et dystonie, une étrange et complexe existence qui lui montrera que tout n’est pas que merveilles, que si elle est la plus belle et la plus intelligente elle ne le sera en définitive pas tant que ça, que si dans ce futur où « La mort était inadmissible, impensée ; la mort n’existait plus dans nos idées », l’on peut toutefois apercevoir un cadavre décomposé à la descente d’un avion. La voilà à chercher à comprendre, à réinventer des thèses anciennes, à démontrer – belle idée que celle de ce Congrès Mondial sur l’Existence du Réel – que tous les objets, contrairement à ce que l’on pouvait croire, ne se réparent pas systématiquement eux-mêmes, et qu’il y a ici et là plus d’une faille dans ce monde idéal.

On trouvera dans cette « Femme du futur  » des thèmes développés dans ses roman « La Terre ne tourne pas autour du soleil » (Gallimard, 1980), comme la remise en cause de l’héliocentrisme, l’immortalité, la destruction et la fondation de civilisations nouvelles, abordées à travers le regard de ces personnages (presque) innocents que sont les enfants, et l’on y trouvera également l’inévitable Nabucco, camé littéraire propre à l’auteur. Riche aventure, elle aussi par moments décousue, elle aussi par moments divagante, que celle de cette « Femme du futur » embringuée dans un monde qui ressemble aussi à un purgatoire, une utopie qui apparait aussi comme une « fin de l’histoire » où ne subsiste qu’une humanité composée de personnages médiocres, incultes, qui plus est incapables de s’en rendre compte. Une utopie que la prétendue innocence de la narratrice permettra de dynamiter pour un retour à plus âpre et plus signifiant.

Au total

Avec François Coupry, on est souvent aux marges de la science-fiction. À travers ces cinq courts romans, on trouvera une fin du monde, plusieurs tableaux d’utopies ou de dystopies, et des thématiques souvent abordées dans la littérature de genre, comme celle de l’immortalité. « Contes paradoxaux » ou fictions des marges, littérature de l’imaginaire au sens large qui refuse de s’inscrire directement dans un genre et trouve ses racines ailleurs, dans une longue tradition littéraire – les Swift, les Voltaire et bien d’autres – ces cinq récits, en apparence disparates, sont animés par des intentions, des techniques, des sujets similaires. Chez François Coupry, le monde est un théâtre perpétuel sur la scène duquel on n’hésite pas à pratiquer l’excès, le baroque, l’outrance, le grotesque, à virevolter d’une thématique à une autre, à partir dans tous les sens comme sur d’autres scènes – celles d’un cirque, celles d’une foire. Ceci explique pourquoi la plupart de ses récits – à l’inverse d’un « Fils du concierge de l’opéra » policé, homogène, contrôlé, maîtrisé – peuvent conduire les lecteurs à perdre le fil, à décrocher, à chercher partout – comme l’on cherche dans un brocante la pièce unique – le propos essentiel, la destination où l’auteur souhaite les mener. Pourtant, ces contes drolatiques, il faut le goûter, et tant pis si l’on n’est pas emmené comme on pourrait l’être dans un thriller ; il faut prendre son temps, écouter l’auteur expliquer et réexpliquer le monde, mais aussi l’enchanter et le réenchanter, usant de l’image, de l’absurde, du saugrenu, du nonsense, de l’humour pince-sans rire et de l’artifice classique du faux Candide. On devine chez François Coupry une jubilation de l’écriture qui n’est pas sans danger pour un lecteur parfois frustré de s’égarer dans l’écheveau, parfois ravi de découvrir l’inattendu. Ruptures de cohérence, changements de tonalité, tendance à en faire trop ? Certes, mais les amateurs de scénettes et d’images y trouveront leur compte, et verront dans ces thématiques entremêlées, dans ces rugosités narratives le reflet d’un réel qui n’est pas toujours univoque, pas toujours harmonieux, et rarement dépourvu d’angles ou d’aspérités. Bateleur graphomane, parfois – mais en cela en harmonie avec ses personnages – un tantinet prolixe et déstructuré, mais toujours intéressant, toujours foisonnant, l’auteur s’amuse et amuse. À l’ère des « beaucoulogies » qui en disent peu en trop de trop gros volumes, François Coupry lui, en met beaucoup dans chacun de ses courts romans.

________________________

Titre : Merveilles – cinq contes paradoxaux
Auteur : François Coupry
Couverture et illustrations : Cyril Delmote
Éditeur : Pierre Guillaume de Roux-FCD livres
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 575
Format (en cm) : 15 x 24 x 5
Dépôt légal : novembre 2018
ISBN : 9782363712752
Prix : 23 €


François Coupry sur la Yozone :

- « L’Agonie de Gutenberg »

Hilaire Alrune
11 janvier 2019

Eric Poindron dans Causeur inclut Christine Fizscher dans son « année poétique »

Poètes: ceux que j’aime prennent le train

Retour sur l’année poétique 2018

Ouvrons 2019 avec une sélection des poésies de 2018.

Nous l’avons encore entendu ce matin, dans le train, chuchoté, certes, mais articulé en conscience : « La poésie ne sert à rien. ». Et comme aurait pu l’écrire un autre poète, suisse et voyageur, égaré dans les îles d’Aran, « Mais c’est ce rien qui m’intéresse. »

Comment ne pas songer à ce bon mot de ce tout aussi bon Gérard de Nerval lorsqu’il écrit : « Il y a ici des médecins et des commissaires qui veillent à ce que l’on n’étende pas le champ de la poésie aux dépends de la voie publique. »

Les trains nous conduisent toujours vers l’enfance

Eugène Guillevic, le Breton et l’apprenti, a raconté que lorsqu’il a tendu à sa mère ses premiers poèmes, il aurait mieux fait de lui tendre de suite la seconde joue puisqu’elle lui a donné une gifle en guise de lecture.

Ainsi les trains nous conduisent toujours vers l’enfance. Et la poésie – qui ne sert à rien – , elle aussi.

Dans Les souvenirs m’observent, Tomas Tranströmer, poète absolument poète et prix Nobel de littérature en 2011, en octobre – car c’est important les saisons -, écrit : « J’espérais tout le temps que les cours prendraient fin, pour que je puisse enfin me jeter à corps perdu dans ce qui m’intéressait vraiment : l’Afrique, l’univers sous-marin, le Moyen Âge. »

Début d’année et période de jolies résolutions obligent, il est peut-être temps de ne rien changer et de continuer à lire de la poésie.  Aussi j’emprunte des trains et des poètes.

A travers la vitre, après la pluie, les pluies, toutes les plu
ies, il est de nouveau un ciel dans le ciel. Faites un vœu, ou plusieurs ; écrivez-les. C’est le moment. Et ce vœu, c’est peut-être un poème comme un aveu.

On ne naît pas impunément à Reims

S’il est bien un poète qui fait aveu de tout bois, c’est Marc Alyn, dans Le temps est un faucon qui plonge, ses mémoires.

« Chaque jour j’écris le premier mot de mon langage.

Je suis neuf jusqu’au crépuscule.

Chaque baiser de l’aube sur la bouche des arbres

Me fait don d’une peau nouvelle. »

Marc Alyn est un jeune homme d’âge mûr qui a connu beaucoup de monde. Ami de Roger Caillois ou de Lawrence Durrell, voyageur vénitien et collectionneur d’Orient(s), créateur de la collection Poésie Flammarion, le mémorialiste se raconte sans excès, pas à pas, et mot-à-mot choisis avec grâce. Marc Alyn, poète alchimiste et alchimique pour de vrai, a conscience que l’ange au sourire s’est presque penché sur son berceau. On ne naît pas impunément à Reims, ville de Paul Fort et du « Grand Jeu » de Roger-Gilbert Lecomte et Roger Vailland. Marc Alyn loue l’existence de Fantômas, fait chanter les tarots et célèbre le chemin de la Gnose.

Les derniers étourneaux de l’Est 

Marc Alyn est un solide et soliste compagnon de route, toujours sur « la ligne de départ, aspirant à rejoindre l’Ordre clandestin des poètes : Templiers privés de règle et de Grand Maître, en marche vers le feu. »

Un faucon plonge et, à travers la vitre, les derniers étourneaux de l’Est font leur bagage.

«  Un oiseau est du ciel. Il est plus proche de l’éternité que du monde » ; confie l’abbé Rancé à la marquise de Sablé ; et Pascal Quignard dans Sur l’idée d’une communauté de solitaires – Arléa 2018 -, de nous le faire remarquer. J’alterne les regards, des oiseaux aux poètes, et confond les cartes comme l’on rebat des campagnes ou des paysages.

Dans Compris dans le paysage, donc, Georges Guillain écrit :

Quand même / il n’y a pas de poésie descriptive / rien ne se représente ou n’est jamais là / totalement / que nous / du ciel / et dessous / la main qui tremble simplement / ces gros paquets de partout de nerfs / aboutissant à des images /

alors / on dira / que sur les toits ce sont des souvenirs d’école /des histoires qui glissent / un coin du monde saisissant / par les yeux / bien maté / qui nous traverse / se reconstruit, en sens inverse.

Les paysages s’effacent derrière les paysages

Chez Georges Guillain, les paysages s’effacent derrière les paysages – ce mystère du paysage –  et les hommes qui file vers l’est en une douloureuse rhapsodie. Voyager avec Georges Guillain et ses dahlias de lumière, c’est voyager avec un ami.

Lecteur des deux rives, vous êtes : quel flâneur êtes-vous ? Lecteur des deux rives, vous êtes : quelles sont ces deux rives. Lecteur des deux rives, vous êtes : qu’attendez-vous de l’autre rive ? A ces questions, Flora Bonfanti, répond dans Lieux exemplaires :« La parole devient come un une note ; elle quitte le signe, devient chose. Sa forme n’est plus qu’une carcasse enceinte d’une semence de feu. Elle est moelle durcie. La sens a laissé en résidu sa fore même., sans marge : pierre volcanique de l’ancien magma. Les yeux du lecteur rallument le magma – qui, dans tous ses états, garde son épaisseur et la densité de ses courbes. C’est ce que nous appelons le poétique. » Il existe chez cette toute jeune poète de grande conscience, qui s’interroge sur le mal et explore le silence, une grâce d’écriture retenue et une maturité inouïe.

Le bruit du temps

Poète des saisons, douloureuses ou jubilatoires, Christine Fizscher, elle, dans L’Ombre de la terre, nous invite en sa maison et en ses vides, et retient les nuits qu’il lui reste ici.

« Ici veillera le séquoia funèbre,

Le foudroyé

Oh ! Le temps d’été, vent,

 Ici la nuit qui était à nous. »

Puis le 20 octobre – car c’est important les saisons – elle écrit :

« Ce matin aura été un matin

Sans tour Eiffel à l’horizon.

l’automne incendiait la forêt et le jours, gris, épais, lourd

mais allumé,

descendait sur l’autoroute. »

Christine Fizscher connait le bruit du temps qui broie et file, et goûte le plaisir de la compagnie des poètes ; et même seule, la voila bel(le) et bien accompagnée.

S’il y en a un qui ne perd jamais de vue la tour Eiffel, c’est bien Bernard Ollier, l’homme fou et sage, l’homme des livres d’artistes, l’arpenteur des sommets métalliques. Chez Pierre Mainard, l’éditeur scrupuleux et réjouissant, on lira l’étonnant Bernard Ollier exagère La tour Eiffel. Et le poète n’y va jamais de main ni de lettre morte. Il agrandit, escalade, échafaude. Avec lui tout va, car le bâtiment va ; et à tout va !« C’est sa force à la Tour Eiffel : des siècles que ça va durer, alors que toi, tu ne sais même pas pour toi.

Tu ne sais même pas pour toi, c’est toute la différence avec la Tour Eiffel.

La tour Eiffel, je te rappelle, qui sait, elle ! qui sait qu’on sait pour elle !
Si bien qu’elle sait qu’elle n’a pas besoin de savoir. Tranquille, la Tour Eiffel.

Tu te rends compte, aucun effort à faire, elle est sur d’avance et de tout temps, universellement sue qu’elle est, elle est sue d’être, c’est ça une Tour Eiffel.

Être sue et en tout temps, à toute heure, voilà comme elle est, la Tour Eiffel. »

Ce Bernard Ollier-là, n’est pas si loin d’être un zouave et c’est un sacré ingénieur du langage.

Le train arrive et il me reste un autre zouave pour la fin de route. Un poète encore, un poète toujours, jeune, increvable, irrévérencieux, magnifique. Il s’appelle Hans Limon : gourmand de vie et gourmet de mots. Il a lu ses classiques, et se faufile à leur suite à grands bruits pour faire entendre ses propres mots. Avec lui, ça charrie du verbe et convoie de l’énergie.

Mort à la poésie

Dans Poéticide, un recueil solide, solaire et de grand vent, le voilà Diogène et qui écrit à tue-tête : « Tu veux exterminer la poésie ? Alors prends ce couteau à pain sur ma table de cuisine, juste à côté de mon horoscope, et va poignarder le soleil, le point du jour qui maquille les toits des masures, les gamins qui sourient aux mendiants, les poules qui caquettent à heures fixes, Londres et ses pestilences, les opéras gouffres, les femmes et leurs tectoniques multiples, les quintes merveilleuses, les merdes fécondes, poignarde la terre entière, la terre infestée d’hommes, et alors même que tu l’auras fait, il te restera les idées, qui flottent un peu partout dans l’atmosphère, et les autres espèces, et les autres planètes, et les autres galaxies, et les autres univers ! Peine perdue ! Peine perdue ! »

Si Raymond Queneau célèbre les fous littéraires dans Les Enfants du limon, il faudrait, dare-dare – avant qu’on nous ne le pique -, dans les enfants du fou poète, célébrer le Limon !

Grincement d’essieu et le train est presqu’à quai ; je n’ai pas vu les poètes passer.

Amis, J’ai eu vent des peines dites indicibles et de votre disposition mélancolique, des joies de mots acrobatiques. À la nuit tombée, les filles fantômes et filantes sont des étoiles comme les autres.Le temps est un flocon qui tombe

Et les poètes, mes héros de l’enfance.

Le Temps est un faucon qui plonge, Marc Alyn, éd. Pierre-Guillaume de Roux.

Rentrée littéraire de janvier 2019, POESIE « L’Ombre de la Terre » de Christine FIZSCHER

Rentrée littéraire de janvier 2019 – Pour une année poétique – Parution le 18 janvier 2019

L’Ombre de la Terre, le premier recueil de poésie de l’écrivain Christine FIZSCHER

Editions DUMERCHEZ

54 pages * 15€ *ISBN 978-2-84791-192-3

Contact presse : 06 84 36 31 85 / guilaine_depis@yahoo.com

L’OMBRE DE LA TERRE est enrichi de photographies de Jonathan ABBOU.

Christine FIZSCHER a aussi publié :

Pluies d’été (sous le nom de Christine Guinard), Dumerchez, 1999

La Nuit prend son temps, Le Seuil, 2007, dont sont tirés deux des poèmes de L’OMBRE DE LA TERRE

La Dernière femme de sa vie, Stock, 2011

Une FEMME poète : Lectrice chez Gallimard, Flammarion, Julliard et aux côtés d’Ivan Nabokov pour «Feux croisés» chez Plon, Christine FIZSCHER a aussi collaboré à la revue « Les Temps modernes » de 2000 à 2009.

Assumant pleinement et jusqu’au bout sa féminité, elle s’étonne que la poésie, quintessence de l’expression verbale, compte si peu de représentantes lues et honorées par le passé et dans la France contemporaine : si la poésie est l’art synthétique de transmettre l’universel et l’intemporel, les femmes passant pour extérioriser davantage leurs émotions, devraient en être les fers de lance. Métaphysiquement inquiète jusqu’à la torture, la chair et la littérature l’ancrent au monde et justifient sa vie.

Nourris de mélancolie, ses poèmes intimes pris dans une narration s’inscrivent dans une temporalité, expriment un double amour et le deuil d’une maison et de ce qui n’a pas pu y être vécu.

Ces poèmes vont basculer au rythme des saisons : solaires et radieux pendant la splendeur de l’été, ils vont s’enfoncer dans l’ombre de la Terre lorsqu’arrive l’hiver. Cette ombre de la Terre qui isole les artistes et enfants de Saturne, les fait rester à l’extérieur de la vie – plus vivants peut-être encore.

« La nuit prend son temps (roman dont la rédaction fut concomitante aux poèmes de L’OMBRE DE LA TERRE») fournit des réponses à une question centrale. Christine FIZSCHER fouille son désir, et l’illusion de son désir, dans un texte sûr, parfois puissamment érotique et superbement écrit.» Vincent ROY, Le Monde des Livres, 2007

« Christine Fizscher (…) a su trouver les mots pour l’écrire (ndlr : ce qui n’est plus, ce qui a brûlé), et le sens du récit. »  Mohammed Aïssaoui, Le Figaro Littéraire, 2011

« Christine Fizscher possède une très belle plume »  Nils C. Ahl, Le Monde des Livres, 2011

« Christine Fizscher signe sa présence d’incontestable écrivain » Joël Schmidt, Réforme, 2011

« Le livre de Christine Fizscher est saisissant, il a ses défauts, plein, mais un souffle qui les emporte, loin, dans un monde que les anxieux connaissent : la douceur d’écrire, la fragilité du résultat. »  Christophe Donner, Le Monde Magazine, 2011

Les éditions Bernard Dumerchez : Diffusées par les Belles Lettres, elles ont publié à ce jour plus de 250 ouvrages de poésie, littérature, théâtre et autres. Attachant une attention toute particulière à l’objet livre, chaque publication est souvent associée à un artiste contemporain et déclinée dans un ouvrage de bibliophilie. Une exposition « Bernard Dumerchez, éditeur, une vie de livres et d’art » a eu lieu en 2018 au musée départemental de l’Oise pour ses 35 ans d’édition.

Lettre de François CHENG,  de l’Académie française, reçue par Christine FIZSCHER en réponse à l’envoi de « L’OMBRE DE LA TERRE »