« Mauvaise nouvelle » signe un très beau papier sur « La Guerre de France ; Paul Sunderland est un EXCELLENT lecteur

Lire l’article sur le site où il est paru : http://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=livres-la-guerre-de-france-de-christian-de-moliner–1363

Dans un futur proche (entre 2035 et 2040), la France se compose en gros de trois entités rivales :

  • L’Etat, qui semble ne plus contrôler grand-chose en matière de sécurité.
  • Le Front des croyants, organisation islamiste responsable d’attentats innombrables sur le territoire français.
  • L’Armée secrète française, composée de nationalistes tout aussi déterminés que les précédents.

L’enjeu n’est ni plus ni moins que la maîtrise du territoire. Cette guerre n’a pas commencé dans un monde fictif mais, selon l’auteur, à l’occasion des attentats du 13 novembre 2015. Il n’est donc pas aisé de dire à quel point ce roman est une anticipation. Dans ce contexte, la dernière chance pour la paix se joue à l’initiative des Russes et des Saoudiens : la conférence de Chisinau, Moldavie, doit déboucher sur un accord de cessez-le-feu entre les nationalistes et les islamistes.

Une étudiante en journalisme, Djamila Loufi, est approchée par les services secrets français afin de servir d’intermédiaire entre les deux factions ennemies. Le choix n’est pas fait par hasard : Djamila, qui jusque-là se croyait née de père inconnu à la suite du viol de sa mère, apprend qu’elle est la fille de François Bavay, le chef de l’Armée secrète. Elle ne dispose pas d’ailleurs d’une grande marge de manœuvre : si elle ne coopère pas, sa meilleure amie Pauline, qui a été kidnappée, mourra.

Kidnappée par qui ? Les Français ? Peut-être, mais c’est là une des ambiguïtés voulues du roman : on ne sait pas qui manipule qui, en définitive. Avant même son arrivée à Chisinau, Djamila est victime de tentatives de meurtre. Ou d’intimidations ? Le danger demeure omniprésent tandis que, sur fond de surveillance russe, Djamila, contre son gré, fait la navette entre François Bavay et El Idrissi, l’émir du Front des croyants.

Tout procède par écartèlements. Que ce soit à l’interne ou dans son rayonnement, la France n’est plus rien. Intra-muros, le pays est quotidiennement défiguré par des attentats commis par le Front des croyants et l’Armée secrète. Climat psychique sinistre que nous commençons à bien connaître : « La vie continue… était désormais le leitmotiv d’un peuple extraordinairement résilient. » « Les Français dominaient les tueurs en faisant comme s’ils n’existaient pas, comme s’il n’y avait pas plusieurs milliers de morts chaque année. Il n’existait pas d’alternative. Au début, on avait multiplié les commémorations et les meetings de protestations, avant de comprendre l’inanité de ces rassemblements. » Par le biais d’une comptabilité macabre, les deux adversaires ne peuvent paradoxalement s’entendre que sur la base d’un accord voyant la création de deux zones géographiques d’exclusion mutuelle, à l’intérieur de la France métropolitaine. Les critères d’appartenance à l’une ou l’autre zone sont d’ailleurs assez intéressants ; nous allons y venir.

Même si l’Etat tente de sauver la face, la France, dans ses rapports à l’extérieur, semble morte. Pourtant, et c’est un autre paradoxe, ce cadavre est l’objet de convoitises géopolitiques : autour de la conférence de Chisinau se tiennent, plus ou moins visibles, les Russes, les Saoudiens et les Américains. Christian de Moliner touche ici du doigt un très ancien et très sensible débat sur l’identité, pour ne pas dire le rôle providentiel de la France dans l’Histoire mondiale, rôle fait d’éminence et d’abaissement dans l’ordure. Que l’on s’attache à la prophétie de saint Rémi (le Grand Monarque) ou au débarquement des saintes Maries en Camargue (avec le Graal), ces traditions n’envisagent de toute façon la France que comme royaume.

Côté Front des croyants, il faut renoncer à la loi républicaine et se soumettre à la loi coranique (pléonasme). Sur un territoire en principe régi par la première, nous voyons là une extrapolation possible, dans ses conséquences extrêmes, de l’abandon de l’autorité, pour ne pas dire de la « trahison des clercs ». Cela dit, insistons quelque peu sur le discours tenu à ce sujet par le chef du Front, un homme austère répondant au nom d’El Idrissi : « Nous, les croyants, nous ne pouvons pas et ne souhaitons pas conquérir la France tout entière, et nous ne voulons pas la convertir à la foi du Prophète. » Le même déclare : « Les terroristes qui se réclament de l’islam ne m’obéissent pas. » S’agit-il là d’un discours hypocrite derrière lequel se retrancher en cas d’échec des négociations ?

El Idrissi, en tout cas, est d’apparence plus hiératique que Bavay. Son nom évoque le prophète Idris, équivalent musulman du prophète hébreu Hénoch et aussi, selon certaines traditions, d’Hermès Trismégiste. Il peut également faire penser à la figure du Mahdi, rédempteur eschatologique dont plusieurs personnes ont déjà revendiqué la fonction au cours des siècles. De nom d’état civil, point. Ce qui est ici bien souligné par l’auteur, c’est la différence entre le discours à prétentions traditionnelles avancé par El Idrissi et celui, d’aspect plus « profane » (ce qui ne veut pas dire illégitime), de Bavay. La Guerre de France oscille, de par ses protagonistes et ses péripéties, entre le roman apocalyptique et la tragédie grecque. Dans la perspective musulmane aussi, il est question de fin des temps et de dévoilement. El Idrissi serait donc une sorte d’hypostase, la manifestation dans l’Histoire de quelque chose de plus grand que le seul individu ayant revêtu sa fonction et avec lequel Djamila Loufi se retrouve en contact. Bavay, en comparaison, est plus « historicisé », il se réfère moins à l’aspect providentiel des événements et se tourne davantage vers l’influence civilisatrice, pourrait-on dire « horizontale », qui a été celle de la France. Cela dit, la figure d’El Idrissi demeure ambivalente dans la mesure où il ne détient peut-être pas entièrement le contrôle du mouvement qu’il prétend diriger ; d’autres personnes se tiennent peut-être derrière lui, dans l’ombre ; des factions dissidentes du Front des croyants entendent peut-être faire valoir leurs propres revendications. En cela, El Idrissi aurait un point commun (en dehors de leur point de vue concordant sur la fin désormais consommée de l’Etat de droit en France) avec Bavay qui, lui-même, a maille à partir avec des éléments de son propre camp refusant la moindre compromission avec le Front.

Reste le « cas » Djamila Loufi. Ici revient avec force l’aspect plus spécialement tragique du roman, dans ce personnage qui éprouve les pires difficultés à se positionner idéologiquement d’une part et à traiter la vérité irréfutable de sa double origine : elle est bel et bien la fille de Bavay. La petite histoire vient se mêler à la grande, mais les souffrances, de part et d’autre, sont terribles. C’est précisément parce qu’elle est la fille de Bavay qu’elle peut approcher celui-ci dans le jeu dangereux des négociations avec le Front des croyants. Malgré cela, et autant le dire de manière brutale, Djamila Loufi peut donner l’impression d’être une impulsive petite dinde survitaminée à la bien-pensance. Son père lui détaille sa vision pour la France : « Ma zone sera basée sur la religion et la culture, et non sur la race. Un pur aryen converti à l’islam ne pourra pas y habiter, mais un Arabe qui a rompu avec la foi de ses ancêtres sera le bienvenu, s’il respecte nos valeurs. » Pour autant, tout ce que sa fille trouve à lui répondre est un discours préfabriqué : « votre racisme est odieux », « préjugés tenaces, idée haineuses et arguments nauséeux ». N’est-elle rien d’autre qu’une excroissance docile de son alma mater ? Christian de Moliner présente en effet Sciences-Po comme une université pratiquant l’auto-censure et dans laquelle les étudiants n’abordent que des thèmes jugés neutres. Lui-même est-il en phase avec le personnage de Djamila Loufi ou a-t-il sciemment élaboré une caricature ? Dans une de ses rares notes de bas de page, il propose la définition suivante du terme « remigration » : « La remigration est une théorie raciste qui propose d’expulser les musulmans hors de France et d’imposer une immigration à l’envers vers les pays du Maghreb. » Ce n’est pas tout à fait ce que dit François Bavay, c’est même en définitive (outre la réaction de Djamila) plus proche du discours d’El Idrissi : « La  »remigration »est une illusion et une chimère. » On peut en conclure que La Guerre de France ne fera pas l’unanimité chez les réactionnaires.

Il n’en demeure pas moins que ce roman est un prudent exercice de futurologie, prudent et pessimiste malgré la toile de fond des négociations visant un accord durable entre les groupes en présence. Comme le dernier roman de Jean-Louis Costes, La dernière croisade, qui est une autre spéculation sur l’avenir proche (quoique proposée dans une perspective très différente), La Guerre de France (publié chez Pierre-Guillaume de Roux) narre des événements très ponctuels dans le temps et l’espace et dont les conséquences n’auront de cesse de se déployer à grande échelle. Le pessimisme qu’on y inhale à grandes goulées vient de l’écart minimal entre le futur imaginé et notre actualité. On n’y trouvera donc pas les allégories et ironies propres à une certaine science-fiction, mais une ambiance oppressante bien restituée, même s’il n’est pas demandé d’avoir de l’empathie pour la protagoniste.

Soirée Christian de Moliner présenté par Paul-François Paoli du Figaro à la Nouvelle Librairie

Rappel ! c’est ce mardi 19 février soir à la Nouvelle Librairie, 11 rue de Médicis, dès 18h, une soirée présentée par Paul-François Paoli du Figaro – Christian de Moliner dédicacera ses livres, un verre de l’amitié sera offert, et nous serons tous solidaires de la Nouvelle Librairie ! Fiers d’y être accueillis et de résister à l’ignorance, la bêtise et la haine des antifa !

« Juste avant ma mort » de Christian de Moliner aux éditions Picollec (parution 19/02/19)

Parution le 19/02/19

Résumé : Polémiste aigri et rageur, Augustin Miroux est atteint d’un cancer du poumon au stade terminal. Alors que sa femme tourne doucement la page de leur vie commune, il s’enfuit à Dijon, sa ville natale pour se confronter aux fantômes de son passé. Il contacte la fille d’une camarade de classe dont il redoute d’avoir provoqué jadis le suicide et se fait passer auprès d’elle pour son père qu’elle ne connaît pas. Lui qui est froid et distant avec ses fils, construit rapidement une relation chaleureuse avec sa fausse enfant, mais celle-ci dérape et Augustin est à nouveau saisi par le vertige du mal. Sombrera t-il, comme jadis, dans un cloaque pestilentiel ? Ou parviendra t-il enfin à surmonter ses démons ?

Ce roman poignant et captivant dresse le portrait attachant de deux êtres qui essayent, en se rapprochant, de donner un sens à leur vie marquée jusqu’alors par la solitude.

Biographie

Christian de MOLINER est né le 2 décembre 1956 à Dijon.
Il est marié à Sylvie et est le père d’Anne. 
Il est agrégé de mathématiques et à été longtemps professeur de classes préparatoires au lycée Wallon de Valenciennes. 
Il est passionné d’histoire et de chroniques anciennes.
En préretraite il se consacre désormais à son métier de coeur l’écriture. 
Il a publié une vingtaine de romans et deux livres d’informatique.

Sputnik a souhaité interviewer Christian de Moliner

 

Dans un roman futuriste et prophétique, des nationalistes russes et des islamistes saoudiens tentent de trouver une issue à une guerre civile en France. Comment est-ce possible? Christian de Moliner donne à Sputnik certaines clés pour résoudre cette énigme.

«La guerre civile fait rage en France»: dès le 4e de couverture de ce roman, nous voilà plongés dans le vif du sujet. Si cette phrase peut propulser le lecteur dans la sphère rassurante de l’invraisemblable, une fois que l’on a lu dans le même paragraphe que cette guerre imaginaire «oppose islamistes et nationalistes», on atterrit dans un présent nettement moins hypothétique et l’on perd quelques plumes d’optimise au passage.

Pourtant, la question se pose: pourquoi les Russes sont-ils immédiatement associés au sujet? Christian de Moliner, l’auteur du roman, développe son hypothèse:

«Quand on regarde bien, les nationalistes identitaires en France se tournent de plus en plus vers la Russie. On voit une certaine vénération de la Russie de M. Poutine. J’estime que s’il y a un conflit d’ordre religieux qui éclatait en France, naturellement, les plus extrémistes nationalistes se tourneraient vers la Russie qui serait la protection des chrétiens.»

Une opinion qui risque de semer un doute dans l’esprit du futur lecteur, puisque les fameux nationalistes identitaires ne sont pas forcément plongés dans la chrétienté (encore moins les nationalistes extrémistes). Mais admettons ce parti-pris de l’auteur. Mais dans ce cas, l’héroïne du roman ne devrait-elle pas être une #JeanneDArc, un symbole de l’opposition à l’«envahisseur»? Pourtant, l’héroïne est bien différente de cette image d’Épinal:

«J’ai voulu choisir une fille qui soit de nom arabe et musulmane, mais non croyante, précise à Sputnik l’auteur, par contre, son père est nationaliste. Je pensais que pour l’intrigue du roman, c’était très important.»

Jusque-là, tout va bien, il est très intelligent de semer la graine du conflit au cœur du personnage principal pour que sa vie intérieure reflète en permanence le conflit extérieur, amplifiée. La connaissance de soi, l’évolution de l’âme du protagoniste sont toujours intéressantes à observer, d’autant plus qu’elle grandit avec le déroulement des évènements. Mais l’auteur en décide autrement:

«J’ai aussi voulu placer quelqu’un qui ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Placée au centre de l’intrigue, l’héroïne se rend compte qu’elle est indispensable pour faire un lien entre les différents partis, mais ne comprend absolument pas ce qui se passe. Elle sent qu’elle est manipulée, mais ne sait pas comment. Je voulais y mettre une fille pour que ça soit quelqu’un de fragile.»

Comme l’action du roman se situe dans 20 ans, vers 2038, les choses peuvent encore évoluer. Mais pour l’auteur, il est clair que «cette probable guerre civile se basera sur le fond ethnique et religieux, les deux confondus.» Se voulant être une prophétie du futur, l’histoire de la «Guerre de France» est pourtant solidement ancrée dans le passée, puisque les deux factions de cette guerre civile se sont inspirées d’exemples historiques: le «Front des croyants» fait référence au «Front islamique du salut» (FIS) lors de la guerre civile en Algérie et s’oppose à «L’Armée secrète française», qui est une sorte d’«Organisation de l’armée secrète», (OAS), «ceux qui ont essayé de lutter contre l’abandon de l’Algérie française en 1960», précise l’auteur.

Et les Russes dans cet imbroglio franco-français? Bonne nouvelle pour nos collègues de RT: la chaîne d’information existerait toujours dans 20 ans, puisque l’un de ses journalistes arbore ouvertement sa casquette «médiatique» dans le roman de Christian de Moliner. Pourquoi donner des éléments si concret? Insinuer que c’est juste une couverture? Pas de réponse précise de la part de l’écrivain: «Je ne sais pas si la chaîne existera encore… Le temps que j’écrive mon roman, ils ont changé le nom. Dans l’intrigue, il lui fallait avoir une couverture. Et, dans un ancien temps, beaucoup avaient une couverture de journaliste.» Pour jouer les méchants, devrions-nous ajouter?

Christian de Moliner ne déplace pas par hasard une grande partie de l’action de son livre à Chișinău, capitale moldave, puisque les discussions autour du statut de la Transnistrie reviennent régulièrement dans la presse occidentale, un élément reconnaissable de plus pour assurer le succès du roman. Et cela permet également de «repasser une couche» sur le rôle du réseau prorusse dans le conflit imaginaire français, sans trop s’y avancer:

«Je suis au courant qu’en Moldavie existent deux courants: pro-UE et prorusse, dit Christian de Moliner. Pour l’instant, ce sont les pro-Européens qui sont au pouvoir. Mais l’action se passe dans 20 ans et c’est sciemment que j’ai dit que les « Russes se sentent chez eux en Moldavie », parce que je pense que tôt ou tard l’influence russe va de nouveau s’étendre sur la Moldavie.»

Mais, malgré l’apparition d’agents du GRU, le service de renseignement militaire russe, dont le profil reste flou et quelque peu schématique, le vrai nœud gordien de l’intrigue du roman est étatique. C’est là que réside l’inquiétude de l’auteur, toujours nourrie par les réminiscences historiques de 1958, juste avant le retour du général de Gaulle, quand «le gouvernement était complètement dépassé».

«C’est ce parallèle historique que je prends. La guerre d’Algérie- c’est ce qui risque de se passer en France: la guerre ethnique et religieuse. On a occulté le côté religieux de la guerre d’Algérie, mais qui existait.»

Christian de Moliner n’a peur de rien, ni d’éventuelles critiques, ni des représailles islamistes, puisqu’il a «déjà écrit un livre sur l’Islam et n’a pas été attaqué». Pour lui, il n’y a pas de danger de ce côté-là, «d’autant plus que je présente honnêtement le point de vue islamiste. Je ne juge pas,» se défend l’auteur. Mais cela ne l’empêche pas d’enfoncer le clou:

«La guerre serait telle que le gouvernement serait complètement impuissant.»

Il ne vous reste plus qu’à lire l’ouvrage paru aux Éditions Pierre Guillaume de Roux et à juger par vous-même s’il s’agit d’un «thriller mené à cent à l’heure», comme le mentionne sa notice promotionnelle, d’une sombre prophétie ou encore d’un roman d’espionnage… ce qui risque d’être le plus alléchant pour le lecteur français, par ces temps où l’actualité ramène tous les jours son lot de spéculations sur les agents de l’ombre.

Boulevard Voltaire met en lumière « La Guerre de France » par une interview

Livre : La Guerre de France, de Christian de Moliner

Christian de Moliner, les lecteurs de Boulevard Voltairevous connaissent bien à travers vos chroniques, notamment économiques, et vous venez de publier, chez Pierre-Guillaume de Roux, un roman, La Guerre de France, dans lequel vous racontez la guerre civile entre islamistes et nationalistes qui déchirerait notre pays en 20… en quelle année, selon vous ?

Selon moi, elle a déjà commencé. L’attentat du Bataclan marque le début de cette guerre civile ethnique et religieuse. Les événements que je décris se déroulent entre 2035 et 2040. Dans mon récit, la crise actuelle s’est amplifiée. Aux attentats d’extrémistes musulmans se rajoutent des représailles sanglantes de nationalistes. Ceux-ci assassinent des civils musulmans dans la rue. J’ai pris pour modèle la guerre d’Algérie où, au sein de chaque communauté, des terroristes s’efforçaient de tuer le maximum d’innocents appartenant à l’autre camp.

La question de la partition de notre territoire est évidemment au cœur de votre roman. Annoncez-vous la fin de la France ?

Quelle France ? Celle qui a existé jusqu’en 1970 et qui n’évoluait que très lentement est morte en quatre décennies. Il y a peu de rapports entre notre pays actuel et celui de Charles de Gaulle. Le Général serait horrifié, sans doute, s’il revenait à la vie, mais nous ne pourrons jamais retourner en arrière, sauf si une dictature sanglante se mettait en place et ordonnait des expulsions massives. Je redoute une telle dérive, car le prix humain à payer serait alors terrifiant.

Mon thriller décrit une des solutions possibles : donner l’indépendance aux enclaves musulmanes en échange de la création d’une zone autonome où aucun fidèle du prophète n’aurait le droit de résider. Un début de séparation ethnique qui permettrait de « préserver » la France de toujours dans une fraction de l’Hexagone. Mais cette solution est raciste et elle ne serait acceptable que dans le cas où, comme dans mon livre, la France est en plein chaos.

L’idéal, bien sûr, serait l’intégration des musulmans dans un modèle laïque, où les communautés coexisteraient sans tensions et où aucun culte ne serait privilégié. Cette « fusion » harmonieuse semble malheureusement impossible et les fidèles rigoristes (un tiers des musulmans) s’éloignent de plus en plus de leurs compatriotes athées, chrétiens et juifs ou même des croyants modérés.

Autre solution : une soumission à la Houellebecq. Dans ce scénario, nous finirions par donner les clés du pouvoir aux musulmans (pourtant minoritaires), qui nous « octroieraient » un statut de dhimmitude. Malheureusement, la politique actuelle favorise cette option, car nous réagissons de plus en plus mollement aux empiétements de l’islam dans la vie courante. Dans ce cas, nous assisterions à la fin définitive de la France. Nous devrions même, en principe, changer de nom, car la nouvelle entité n’aurait plus rien à voir avec l’ancienne.

Cette guerre civile est-elle encore évitable ? Si oui, comment ?

Le nombre de musulmans ne cesse d’augmenter. En face, les nationalistes se renforcent d’année en année. Ils rejetteront de plus en plus l’islam (au point de frôler le racisme) et pourraient être tentés par la lutte armée, surtout si les attentats sanglants reprennent. Et il suffit, parfois, d’une atrocité pour basculer en quelques jours dans l’horreur. Le FLN, en 1955, était sur la défensive et le mouvement indépendantiste s’essoufflait. Le conflit était de basse intensité. Les massacres effroyables de femmes et d’enfants européens à Philippeville ont entraîné des représailles sans nuances qui ont révolté la majorité des musulmans algériens : ils sont passé du côté du FLN. Enfin, le pire n’est jamais sûr.

Votre héroïne porte un patronyme arabe et est née d’un père européen. Est-ce qu’au fond, votre livre ne pose pas à la fois la question de l’identité individuelle, familiale et celle de l’identité nationale ?

Si ! Djamila est entièrement « assimilée ». Quand on le lui demande, elle ne peut même pas dire si elle est musulmane ou athée. Elle est française à la mode Zemmour, même si son prénom est arabe. Elle n’adhère, en fait, à aucun culte, comme beaucoup de nos compatriotes dont les ancêtres étaient chrétiens ou juifs. L’identité nationale représente nos valeurs communes : respect de la loi, celui de toutes les religions sans exclusive, de la démocratie, du droit de vote. Mais elle se heurte frontalement avec l’islam des intégristes.

Et pour conclure ?

« La guerre de France » est inévitable et a déjà commencé. Elle est actuellement assoupie, mais elle risque de reprendre à tout moment et de s’aggraver, et j’ai donné les diverses façons d’y mettre fin. Cela dit, mon roman est avant tout un thriller que j’ai essayé de rendre palpitant et j’espère que je ferai passer un bon moment à mes lecteurs !

Propos recueillis par Georges Michel

Profession spectacle rapproche Christian de Moliner de Claire Bauchart

AU RIVAGE DES MOTS : ÉLÉONORE DE MONCHY, CLAIRE BAUCHART ET CHRISTIAN DE MOLINER

(…) Dans La Guerre de France, Christian de Moliner se lance dans un roman d’anticipation : la guerre civile fait rage en France entre islamistes et nationalistes, au rythme d’attentats réguliers et sanglants. Un sommet est organisé en Moldavie pour faire taire les armes. En marge des négociations officielles, tout juste bonnes à donner le change aux journalistes, des échanges ont lieu entre les deux parties, menés (contre son gré) par une jeune femme, Djamila Loufi, musulmane par sa mère et – ce qu’elle apprend dans les premières pages – fille du leader nationaliste. (…)  Lire la totalité de l’article sur le site ici : https://profession-spectacle.net/au-rivage-des-mots-eleonore-de-monchy-claire-bauchart-et-christian-de-moliner/

Robert Redeker trouve que « La Guerre de France » est un très bon roman (sa chronique sur la radio juive)

De quoi la situation française est-elle grosse ? L’office du romancier ne tient pas seulement dans l’exploration du présent, comme fit Balzac, mais aussi de celle des possibilités les plus plausibles, sans devenir nécessaires pour autant. Michel Houellebecq s’y exerça en écrivant Soumission. Christian de Moliner, s’appuyant sur un constat sociologique, culturel et politique, analogue à celui qui inspira Houellebecq, le complétant, s’applique au même exercice avec son dernier roman La Guerre de France.[i]Ce titre est à la fois beau et terrible –  sans doute par sa facture classique. La réalité que son récit instaure s’avère atroce : notre pays, la « douce France », est déchiré jusqu’au feu et au sang par une guerre civile mettant aux prises les islamistes et les nationalistes.

Ainsi avons-nous affaire à un roman d’anticipation politique se déployant selon les codes et les arcanes d’un roman noir, qui surprend le lecteur par son rythme, celui de la série télévisée. La série est la grande invention esthétique de ce nouveau siècle ; La Guerre de Franceen adopte le rythme. Campons le décor – pas plus, pour ne dévoiler la narration. Une jeune femme (Djamila et Anne à la fois) est attirée dans un engrenage qui va la placer au cœur des négociations de paix appelées à déboucher sur le découpage de notre pays en offrant une région aux musulmans, qui serait régie par la seule charia, et une autre, autour de Boulogne-sur-Mer, aux nationalistes purs et durs, interdite, celle-là, aux musulmans. Le premier acte de cette guerre, inaperçu alors en sa vérité, fut l’attentat du Bataclan. Cette situation autorise l’auteur de dresser le portrait de ce qui peut nous arriver – c’est un futur qu’il donne à voir, mais, heureusement, un futur seulement contingent. Ce livre ressuscite en son lecteur les souvenirs de la récente guerre de décomposition de la Yougoslavie – en particulier sous deux aspects : d’un côté par l’affrontement entre les musulmans, caporalisés derrière le drapeau de l’islamisme, et les nationalistes intransigeants, et de l’autre côté par la partition et le dépeçage résultant de cette guerre. Car c’est bien sur l’éventuelle décomposition de la France que ce livre offre des aperçus.

Parlons philosophie. Tout le monde se souvient que Thomas Hobbes a trouvé les termes permettant de sortir de la guerre civile qui ravagea l’Europe durant le XVIème siècle, anarchie que le penseur anglais assimilait à l’état de nature, la guerre de tous contre tous. La guerre civile était alors le vrai nom de l’Europe, ou bien son synonyme. Le roman de Christian de Moliner dévoile cette situation, à laquelle Hobbes voulut mettre fin, comme devenant notre avenir imminent, comme revenant. Parlons politique. Ce fut Richelieu qui, en imposant l’Etat moderne, mit à mort ce désastreux et inhumain état de guerre civile. Avant son action, catholiques et protestants se partageaient le territoire national. Il existait en France des enclaves protestantes fort ressemblantes à l’enclave musulmane exigée par le chef des islamistes du roman, El Idrissi. Dans ce climat de partition du royaume la violence idéologique régnait : aux sanguinaires Michelinades de Nîmes répondirent à dix ans de distance les non moins sanguinaires massacres de la Saint Barthélémy. Richelieu fut à la politique ce que son aîné Hobbes fut à la philosophie : le point final de la guerre civile, l’entrée dans la modernité politique. Le livre de Christian de Moliner projette dans le futur, avec des acteurs inédits (islamistes et nationalistes remplaçant protestants et catholiques), une situation politique qui caractérisa la préhistoire de la modernité.

A la faveur d’un suspense haletant, le lecteur suit deux pistes : celle du drame familial de cette jeune femme, Djamila-Anne, bref la petite histoire, et celle de la grande histoire, cette  tragédie où règnent la mort et les passions ravageuses, le mal et la destruction comme le signale Hegel. La grande histoire où, toujours selon Hegel, les individus sont sacrifiés. Bref, la politique et la géopolitique.  Dans ce proche avenir, brossé par le romancier, nous reconnaissons sous des traits amplifiés une réalité que nos yeux ont vu naître du temps où l’on commençait à parler des territoires perdus de la République. De ces « territoires perdus… » au dépeçage national, passant par la guerre,  supposé par le romancier la conséquence va de soi.  La Guerre de Franceest son apocalypse. Même si aucun avenir n’est sûr dans l’histoire, ce roman, en développant une des possibilités en germe dans notre présent, sonne, à côté de ceux de Michel Houellebecq et de Boualem Sansal, comme un avertissement.

[i]Christian de Moliner, La Guerre de France, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 213 pages, 19,90€

Robert Redeker, professeur agrégé de philosophie, pose ici à l’occasion de la sortie de son livre « Le Soldat Impossible », aux Editions Pierre Guillaume de Roux.
C’est lors d’une visite chez son éditeur que ce boulimique des tribunes et des polémiques a accepté de prendre la pause quelques instants. Rappelons qu’en 2006, après avoir publié dans les colonnes du Figaro une tribune, il avait reçu des menaces de mort d’un djihadiste fou, décédé depuis dans une opération kamikaze contre la CIA en Afghanistan.