Nelly Carnet repère le livre audio de Charles Juliet et Valérie Dréville dans la revue « Autre sud » (septembre 2009)

julietblog.jpgAutre sud – septembre 2009 – n°46 Chroniques et notes p.155

« J’ai cherché… » de Charles Juliet. Lu par l’auteur et Valérie Dréville, la Bibliothèque des Voix, éditions Des femmes. CD.
 
Un ensemble de textes retrace le trajet de Charles Juliet, de la voix tragique à la voix de l’exultation. Les souvenirs, « de l’enfance à l’âge adulte » en passant par l’école militaire, deviennent des micro-récits autobiographiques scandés, martelés par une voix qui, posée d’une certaine manière, souligne certains des mots les plus importants. Retenons par exemple cette « attente de ne rien attendre » prenant sa source dans la mort portée en soi. Devant la tombe, dans le cimetière de plein champ en surplomb du village, Juliet cherche la mère morte. La voix entendue fait alors résonner toute la lourdeur des mots ressassés. La multiplication des deuils, celui de la mère génitrice puis celui de la jeunesse fraternelle, ne fait qu’accentuer la solitude radicale. Le tutoiement de cette mère inconnue comme au travers l’expression « le tragique de ton regard » permet de confondre la disparue et celui qui en porte le deuil éternel. La faim, le double de soi comme un autre en négatif, harcelant, épuisant et plongeant dans l’ennui, occupent les nuits et les jours de l’auteur qui vit la mort dans le corps et dans l’âme. Il est comme terrifié par lui-même. C’est « la haine de soi/qui s’acharne », dit-il. Solitaire, refoulé dans la cave du monde, il est demeuré en survivance pendant de longues années. Les mots qui demeurent de cette expérience radicale sont devenus la mémoire de cette « descente aux Enfers ».
 
La lecture, qui devient parfois le sujet même des textes, est l’une des autres activités qui aura également occupé Charles Juliet une bonne partie de son existence. L’expérience de la lecture qui nous fait plonger en nous-mêmes et nous sépare du monde quotidien, projette le lecteur, pourrait-on dire, dans un autre enfer fervent et éclairant. Car Juliet a été travaillé par de qu’il lisait et s’est retrouvé écartelé entre deux mondes, interne et externe.
 
D’autres textes sont cependant plus lumineux mais concernent la période la plus récente de la vie de l’auteur. Ils disent son enthousiasme dans le cadre de rencontres. Si certains sont encore frappés de noirceur, ils ne concernent plus l’intériorité de l’auteur mais le chaos du monde dans lequel il vit aujourd’hui.
 
L’écriture, sans doute plus féminine que masculine à cause de sa superposition avec la figure tragique de la mère, est une écriture parturiente. Elle fait naître et laisse parler les morts aussi bien que les « exilés des mots ». A l’écoute des deux voix, on comprend que la conquête des mots fut aussi conquête de soi et de son destin.
 
Nelly Carnet

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