« Applaudissez-moi ! » de Philippe Zaouati choisi comme roman de l’été par H24 Finance

Quelques livres conseillés par les sociétés de gestion pour cet été…

 

5 sociétés de gestion partagent quelques idées de lecture pour vos vacances…

Guillaume Dard, Montpensier Finance

« Un choix de livres pour mieux comprendre le monde tel qu’il est. »

  • Bill Gates, fondateur de Microsoft a décidé de s’engager dans la cause climatique. Il délivre dans son livre-programme « Climat : comment éviter un désastre » un brillant et convaincant message : le zéro carbone est un objectif atteignable si l’on cesse de gaspiller son énergie en fausses solutions…
  • Dans « Scale », Geoffrey West a axé sa recherche sur les principes et les modèles unificateurs reliant tout, sur les cellules et les écosystèmes…
  • Gérald Bronner, grand spécialiste de la sociologie cognitive, dans son livre « Apocalypse cognitive » rappelle que nous n’avons jamais disposé d’autant d’informations et d’autant de temps libre pour y puiser loisir et connaissance du monde…

H24 : Pour consulter la liste complète des suggestions de Guillaume Dard, cliquez ici.

Didier Saint-Georges, Carmignac

« Au risque de paraître un peu perché, 3 classiques indispensables. »

  • Un pour les grimpeurs : « Les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray (1961), le plus beau livre sur l’escalade (et le plus beau titre).
  • Un pour les voyageurs : « L’usage du monde » de Nicolas Bouvier, (1963) le précurseur de Sylvain Tesson.
  • Un pour ceux qui ne peuvent vraiment pas décrocher (à ne pas confondre avec les lecteurs de Lionel Terray) : « John Law » de Nicolas Buat (2015), une rapide histoire de celui qui avait presque réussi à faire croire à tout le monde que la création monétaire pouvait être la solution aux déficits.

Frédéric Rollin, Pictet AM

« L’année nous a malmenés et nous avons besoin d’une vraie coupure. Donc, pas de livre de géopolitique, de finance comportementale ou d’histoire économique. Les progrès de la Chine, les systèmes de pensée rapides ou lents, les bulles des tulipes ou des mers du sud resteront sur les étagères. Voyageons, évadons-nous, rions, c’est mérité. Voici mes conseils pour les lectures d’été. »

  • « Dune » de Frank Herbert. Un classique de la science-fiction. Portés par une écriture simple et directe, vous voyagerez loin. Vous suivrez Paul l’Atréide et sa mère Jessica, la Bene Gesserit dans leur lutte contre les cruels et puissants Harkonnen. Vous serez propulsés sur Dune, la planète la plus inhospitalière de l’Empire, recouverte d’un désert sec gardé par les vers géants et découvrirez les Fremen, peuple du désert. A lire entre juillet et août, avant de se délecter de la version hollywoodienne de Denis Villeneuve, en septembre. Il sera alors trop tard pour construire ses propres images, et ce serait dommage.   
  • « Le bâtard récalcitrant » de Tom Sharpe. Les Anglais ont perdu la maîtrise des mers mais ils écrasent la concurrence dans le domaine de l’humour. Situations scabreuses, répliques fantaisistes, humour noir au scalpel, Tom Sharpe malmène ses personnages avec une ironie cruelle mais bienveillante, et nous rions. Il les bouscule mais il les aime. Nous aussi.
  • « Doggy Bag – Saison 1 » de Philippe Djian. Passions, ambitions, jalousies, machinations, intrigues entrecroisées, retournements de situation, un roman qui s’inspire des meilleures séries télévisuelles et qui les dépasse largement. Une façon agréable de nous désintoxiquer des Netflix et compagnie. Retrouvez le goût de la lecture avec la Saison 1 et dégustez les Saisons 2, 3 et 4.

Pierre Puybasset, La Financière de l’Echiquier

« Mes 3 livres pour cet été. Bonnes vacances ! »

  • « Le monde en 2040 vu par la CIA » du National Intelligence Council. Un ouvrage à lire pour se faire une idée des grandes évolutions à attendre, une lecture pour préparer l’avenir et éventuellement investir.
  • « La Trilogie Berlinoise » de Philip Kerr. L’œuvre de référence de l’auteur qui m’a réconcilié avec le roman policier, les aventures documentées de Bernie Gunther, détective berlinois entre 1930 et 1950, permettent de mieux comprendre cette période.
  • « Chien Blanc » de Romain Gary. Un classique dont on n’oublie pas le contenu. Un roman autour de l’adoption d’un chien qui traite un pan de l’histoire des Etats-Unis et d’une certaine façon son actualité.

Florent Delorme, M&G Investments

« 3 suggestions pour cet été. »

  • Pour avoir le point de vue d’un expert du changement climatique et de la transition énergétique : Jean-Marc Jancovici, « Dormez tranquilles jusqu’en 2100 » (2021)
  • Les propositions de Bill Gates pour réussir la transition énergétique : Bill Gates, « Climat : comment éviter un désastre »
  • Pour ne pas oublier que les politiques monétaires accommodantes ne sont pas sans risque : Jean-Marc Daniel, « Il était une fois…l’argent magique »

H24 : Et pour compléter, 3 livres écrits par… des personnalités du métier wink

  • « Applaudissez-moi », de Philippe Zaouati, Directeur Général de Mirova

Samuel K. est un financier de haut vol. Depuis la crise financière de 2008, il s’est reconverti dans le financement du développement durable. Nous sommes en août 2020, en plein cœur de l’épidémie de Covid-19. Il est convoqué par la brigade financière de Paris pour y être interrogé à propos d’un soupçon de détournement de fonds. A-t-il quelque chose à se reprocher ? La crise sanitaire l’a-t-elle fait replonger dans les eaux troubles de la finance opaque et spéculative ? Par petites touches, en revenant sur ses souvenirs et ses obsessions, il dévoile ses intentions à l’inspecteur qui l’interroge.

  • « L’économie de demain, les 25 grandes tendances du XXème siècle » de Bastien Drut, docteur en économie et responsable de la Macro / Stratégie Thématique chez CPR Asset Management

Ce livre a pour objectif de fournir au lecteur les clés pour comprendre les évolutions économiques de demain. L’auteur se penche sur 25 grandes tendances qui dessineront l’économie post-Covid-19. Certaines d’entre elles sont déjà bien engagées, tandis que d’autres sont en train d’émerger.

  • « L’assurance vie à l’épreuve des crises – Résilience ou résignation ? », de Thierry Scheur, Directeur Commercial & Marketing d’Ageas Patrimoine

L’assurance vie est probablement un des secteurs qui a subi le plus d’évolutions, suite à des secousses réglementaires ou économiques durant ces 20 dernières années ; la récente crise du Covid n’a donc pas épargné ce secteur d’activité qui a dû se réinventer de fond en comble.

Il est étonnant de constater combien ce secteur d’activité, souvent considéré comme un peu vieillot, a su se moderniser sans cesse et trouver des solutions pour toujours aller de l’avant et conserver sa place sur le podium des placements préférés des Fançais.

L’auteur, au travers de cet ouvrage, montre combien l’assurance vie a su faire mieux que résister à la crise car il a su se servir de la crise comme d’un accélérateur de tendances pour évoluer et progresser sans cesse, dans les domaines aussi variés que le juridique, la finance ou la fiscalité, les trois piliers composant l’assurance vie.

Résolument moderne de par certains de ses modes de distribution, de par les produits et les services qu’elle peut proposer, l’assurance vie est armée pour faire face aux crises et trouver encore de robustes capacités de résilience… Une question demeure cependant : à force d’évoluer et de s’adapter, l’assurance vie de demain ressemblera-t-elle encore à l’assurance vie d’aujourd’hui ? Sûrement pas mais elle a de la ressource !

Article rédigé par H24 Finance. Tous droits réservés.

Le site La Cause littéraire applaudit le roman « Applaudissez-moi ! » de Philippe Zaouati

Le site La Cause littéraire applaudit le roman « Applaudissez-moi ! » de Philippe Zaouati

Applaudissez-moi !, Philippe Zaouati (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou 18.05.21 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Applaudissez-moi !, Philippe Zaouati, Éditions Pippa, septembre 2020, 132 pages, 15 €

Ce livre commence un peu comme le récit d’une dérive situationniste, le personnage central raconte comment le dimanche, souvent ses pas le menaient de son domicile de l’île Saint-Louis au 36 quai des Orfèvres où l’attendait le fantôme de Jouvet. Son ton est presque celui de la nostalgie, il a la couleur des murs gris du bâtiment historique de la PJ. Puis d’un coup, la lumière se fait très dure, elle dessine crûment les contours du décor, et le présent frappe le narrateur de face, l’oblige à dissiper les souvenirs, à affronter le présent, désormais le 36 c’est Clichy, le Bastion avec son imposante façade de verre. « Le temps des petits pas est révolu, une brèche s’est ouverte avec l’épidémie, il est peut-être temps d’y engouffrer nos rêves. On me fait patienter dans une grande salle impersonnelle dans laquelle ont été alignées trois rangées de sièges en résine grisâtre ».

La réalité, c’est que nous sommes en août 2020 au cœur de l’épidémie de Covid 19. Samuel K., expert financier, professeur à Sciences Po, va être mis en garde à vue pour « faux et usage de faux, usurpation d’identité, détournement de fonds, escroquerie en bande organisée et abus de bien social ». Faisant sans doute partie de ces gens qui sont capables d’écrire comme ils parlent, ce qui donne beaucoup de fluidité au texte, le père de notre héros, Philippe Zaouati, va raconter en un long monologue ce qui est arrivé à Samuel K.

Survivant de la crise Lehman Brothers de 2008, époque où la finance s’appuyait uniquement sur quelques algorithmes mathématiques pour proliférer, Samuel a vécu une longue période de dépression, après laquelle il renaquit et se relança en créant un capitalisme vert, durable, qui lui paraissait plus en accord avec ses idées et les besoins de ses contemporains. Il s’est fait un nom et est devenu un repère dans ce nouveau monde de la finance. Mais en 2020, le virus est arrivé, les marchés ont accusé le coup. Les habitudes ont changé, c’est l’époque où l’on télé-travaille.

S. K. dirige son entreprise de son loft de la rue Pastourelle. Puis fatigué, il délègue ses responsabilités, il réfléchit. Prête une chambre de son domicile trop grand à une infirmière montée à Paris pour aider ses collègues travaillant dans des hôpitaux engorgés. Et il va se reposer la question, plutôt que de s’enfermer uniquement dans des modèles mathématiques ne faut-il pas s’ouvrir vers l’extérieur ? Lequel et comment ? Quelle sera la chute ? Restera-t-il en prison ?

C’est un petit roman de circonstance, très plaisant à lire en période de pandémie, que nous a concocté l’auteur des Refus de Grigori Perelman. Ne boudons pas notre plaisir.

Jean-Jacques Bretou

Philippe Zaouati, diplômé de l’ENSAE, dirige Mirova, la filiale de Natixis spécialisée dans la finance environnementale, et est par ailleurs Président du think tank « Osons le Progrès ». Il est l’auteur de plusieurs romans dont Les refus de Grigori Perelman, dont la traduction anglaise sera publiée par l’American Mathematical Society.

« Un roman bien écrit, ce qui de nos jours est rare »

Rencontre Zoom pour le premier anniversaire du confinement le 17 mars 2021

Pour l’anniversaire du premier confinement, Mercredi 17 mars 2021, de 19h à 21h,

Balustrade vous invite à une Rencontre Zoom

avec le jeune photographe de 85 ans Philippe Enquin  (pdf du livre de photographies de confinement de Philippe Enquin en cliquant ICI)

et le romancier pionnier de la finance durable Philippe Zaouati (pdf du roman de confinement de Philippe Zaouati en cliquant ICI)

Participer à la réunion Zoom https://sciencespo.zoom.us/j/3235758347

ID de réunion : 323 575 8347

Contact presse guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Cliquez sur les noms des deux auteurs plus haut pour en savoir plus !

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Grand entretien de l’écrivain Philippe Zaouati dans Lettres capitales

Grand entretien. Philippe Zaouati : « La littérature est l’un des derniers lieux où le doute est permis »

 

Applaudissez-moi est le nouveau roman de Philippe Zaouati. Le cadre fermé d’une enquête de la brigade financière conduit à un huis clos où le jeu des questions-réponses n’est que prétexte pour permettre à Samuel K., le héros du récit, de raconter son expérience de vie et justifier ses agissements face aux accusations dont il fait l’objet. Si la maîtrise du suspens renvoie vers le roman policier, la plaidoirie contenue dans ses pages le range du côté humaniste, reflet d’une génération qui refuse de subir les crises financières ou de santé, comme celle du covid-19 que nous vivons.

Bonjour Philippe Zaouati, pour rester sur ce choix d’écriture qui transforme une enquête judiciaire en un mélange de récit romanesque et de huis clos, il serait très intéressant de nous dire comment est née cette idée et comment a-t-elle fait son chemin pour devenir le livre que vous nous présentez aujourd’hui.

D’abord, il y a eu une évidence, une sorte de pulsion. Cette expérience inédite du confinement ne pouvait pas être stérile, ce temps ne devait pas être perdu, le besoin d’écrire est né immédiatement. Ensuite, j’avais l’idée depuis quelques temps d’écrire la suite de mon premier roman « La fumée qui gronde » qui racontait la chute d’un golden boy lors de la crise de 2008. J’avais envie de raconter ce qu’il était devenu, comment on peut renaitre de ses cendres dans notre monde actuel et à quel point la pression du « business as usual » est puissant. Le reste est venu en écrivant …

Choisir comme toile de fond le Grand Huis clos du confinement du début de l’année 2020 vous a sans doute offert une occasion parfaite dans votre travail d’écriture. Comment vous est venue cette idée d’exposition dramatique sous forme de poupées russes de l’incarcération pour offrir plus de force à votre tissu narratif ?

J’aime bien l’idée que les événements ne naissent pas spontanément, qu’il y a des moments d’accélération de l’Histoire, aussi bien au niveau personnel qu’à celui de la société, mais qu’ils puisent leur source bien en amont. Le huis-clos donne une unité de lieu et d’action, à la mode d’une tragédie antique, mais rien n’empêche de voyager dans le temps et dans l’espace. Au contraire, c’est même ce que le confinement nous a poussé à faire, projeter nos rêves ailleurs. C’est aussi ce que fait le principal protagoniste de mon roman, il revient en arrière, il cherche à retisser les fils de son parcours, à comprendre les moments clés, les instants de rupture, ceux où la vie s’accélère brutalement comme dans une chute d’eau.

Cette proximité entre les faits réels et le temps de l’écriture a dû vous conduire vers un sentiment d’urgence face à la rédaction de votre récit. Comment avez-vous écrit ce roman, et d’ailleurs quelle manière d’écrire utilise le romancier que vous êtes ?

Bien sûr il y avait ce sentiment d’urgence parce que le temps du confinement avait une densité particulière et je voulais que le roman soit contenu en quelque sorte dans cette bulle. Pour autant, je n’écris jamais d’une traite. En fait, mon écriture ressemble aussi à ces allers et retours, à cet effet poupée russe. Je peux rédiger un paragraphe du premier chapitre le matin et travailler sur la conclusion du livre le soir. Petit à petit, cela converge. J’essaie autant que possible de me laisser surprendre.

Le titre « Applaudissez-moi » renvoie à l’événement récurrent auquel les Français se sont livrés chaque soir pour remercier le personnel sanitaire. Sans dévoiler la symbolique de ce rituel dans votre récit, que pouvez-vous nous dire de ce choix de titre ? Quel sens donne-t-il à votre roman ?

Certains de mes amis ont cru que c’était une injonction à prendre au premier degré, que je demandais qu’on m’applaudisse. Cela prouve que je dois être beaucoup plus mégalo que je n’imagine. Plus sérieusement, le titre pose la question de la morale de nos actions. Qui doit être applaudi aujourd’hui ? Où se trouve la vertu ? Le personnage principal se trouve face à une perte de repère, mais toute la société avec lui. Paie-t-on suffisamment les éboueurs, les aides-soignantes, les infirmières ? Comment être à la hauteur dans des moments aussi déstabilisants ?

Avant de vous interroger sur l’histoire de Samuel K. et d’essayer de dresser avec vous son portrait, je ne peux pas m’empêcher de penser à celui de Joseph K. Suis-je sur une bonne piste en évoquant cette homonymie entre votre héros et celui du Procès de Kafka ? Avez-vous pensé à celui-ci ?

Difficile de ne pas y penser. On ne donne pas ce nom à un personnage sans avoir une forme de vénération pour l’auteur du Procès. Kafka me semble indispensable pour lire la période inouïe que nous vivions. Dans son dernier essai « Où suis-je ? », Bruno Latour fait d’ailleurs le parallèle entre le confinement et la métamorphose kafkaïenne. Nous sommes devenus des termites écrit-il, nos membres ont perdu de leur utilité, nous sommes lourds et empruntés dans nos nouvelles carapaces, et pourtant cette métamorphose est peut-être une libération. C’est un peu la même chose pour mon personnage, l’enfermement lui ouvre la voie à une nouvelle liberté.

Essayons de dresser un bref portrait de Samuel K. Qui est-il, et pourquoi se décrit-il comme « le vilain petit canard » de la finance? Est-il vrai que sa vie est « d’une banalité à pleurer », comme il le dit ?

Samuel K. est un privilégié. Il dirige un fonds d’investissement à succès, il a fait fortune, il habite dans un luxueux appartement de l’île Saint-Louis à Paris. Il passe sa vie à voyager autour du monde pour ses affaires. Ses jeunes collaborateurs voient en lui un mentor, un modèle qui prouve qu’on peut gagner des millions de dollars et mériter quand même le paradis. Mais cette réussite n’est qu’apparente. Dans le monde dans lequel il évolue, Samuel n’est pas le bienvenu. Il se sent étranger, il n’est pas du sérail, il ne possède pas le bon pedigree. Il détonne, il parle fort, il claque trop de portes au nez des puissants. Est-ce une vie banale ? Évidemment, vu de l’extérieur, la haute finance peut paraitre exaltante, mais quelle existence n’est-elle pas finalement d’une banalité à pleurer ?

Quant au fil narratif de votre roman, il pourrait se résumer ainsi : mars 2020, en pleine pandémie, le monde s’arrête, se confine et l’humanité semble plonger dans « un nouveau Moyen Âge », comme l’appelle Samuel K. qui, à la tête d’une entreprise de financement du développement durable, se décide à agir pour finir par se retrouver dans le bureau de l’inspecteur financier. À ces faits manque la radiographie de l’état d’esprit de votre héros. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

En fait, le confinement est une révélation pour Samuel K. Il découvre à quel point il est enfermé, non pas dans son appartement, mais dans le carcan de ses contradictions. Il a effectivement le sentiment d’être en mission, guidé vers un but qui le dépasse, et en même temps il utilise pour y parvenir des moyens très prosaïques. C’est ce qui explique sans doute pourquoi sa vie est ponctuée de ces moments de rupture, son départ de la banque Lehman Brothers avec un carton sur les bras, son voyage africain, sa rencontre providentielle à Nairobi avec un spécialiste des forêts, et désormais le confinement. Comme s’il devait en permanence se recaler sur sa trajectoire.

Une autre interrogation qui préoccupe l’esprit de votre héros concerne l’art, les libertés individuelles et une vérité que le virus a révélé à notre humanité, son « irrémédiable déclin ».  Vaste programme qui déclenche dans le cœur de Samuel K. un désir de réviser sa vie, de la rembobiner pour mieux saisir le sens de son existence et sa valeur de rite initiatique. En quoi cette suite de flash-back est-elle, selon vous, nécessaire, voire salutaire à travers le sens qu’il tente de donner à ses expériences de vie ?

On a beaucoup parlé de « monde d’après » pendant le premier confinement, comme si une expérience brutale et inattendue devait forcément donner naissance à un monde nouveau, meilleur, purifié. Aujourd’hui, alors que la crise dure, on se prend plutôt à avoir la nostalgie du monde d’avant. Ce sont les deux côtés d’une même pièce. Samuel est fasciné par les chutes Victoria. C’est quoi l’avant et l’après d’une chute ? La rivière coule-t-elle différemment à la sortie de la cataracte ?

La pandémie a renforcé les tenants de l’effondrement. Alors, bien sûr, il y a le changement climatique, la fonte de la banquise et la disparition des espèces, mais l’effondrement qui devrait nous préoccuper tout autant est celui de notre capacité à habiter le monde. C’est pour cela que Samuel s’interroge : si cette période ne donne pas naissance à des œuvres d’art sublimes, alors les collapsologues auront eu raison.

Un autre thème que vous avez déjà traité dans plusieurs de vos ouvrages est celui d’un visage positif, altruiste de la finance. Les expériences de Samuel K. qui, rappelons-le, se trouve à la tête d’une société de financement durable, le conduisent de plus en plus vers ce choix. Pourriez-vous nous en dire plus sur ses convictions ? Que devons-nous comprendre par cette volonté de « réintroduire de l’altruisme » dans un système n’ayant prouvé depuis des années que des failles et un manque cruel d’humanité ? Dans ce sens, est-ce que Samuel K. ne serait en quelque sorte votre alter ego ?

Samuel K. est un banquier, c’est dans cette discipline qu’il excelle. Il essaie donc d’utiliser ce talent pour rendre le monde meilleur, pourquoi pas ? Cela fait des millénaires qu’on a besoin de la finance pour développer des projets, sécuriser le commerce, construire des infrastructures. Lorsqu’il rencontre ce jeune employé de l’ONU à Nairobi qui lui explique comment on pourrait financer la reforestation, il a une épiphanie. Il se rend compte que son métier peut être utile. Il va faire de la finance responsable, de la finance verte. Cela fait évidemment écho à mon parcours personnel. J’ai commencé à m’intéresser à la finance durable au moment de la crise financière de 2008, et comme Samuel je m’interroge sur le bilan de cette expérience. En apparence, elle est réussie. Je disais récemment dans une interview que « nous avons gagnée la bataille culturelle ». Le roman me permet de faire un pas de côté et de me demander si nous ne sommes pas les jouets du système, des alibis naïfs qui permettent la poursuite du « business as usual ».

Samuel K. semble déstabilisé par la rencontre avec Angèle envers laquelle il éprouve « une passion chaste ». Qui est cette femme qui dégageait « un juste dosage de force et de beauté » ? Sans dévoiler l’intrigue du récit, que va-t-elle provoquer dans l’âme de Samuel K. ?

Angèle est une infirmière bordelaise qui vient à Paris pour porter main forte aux équipes de réanimation de l’hôpital de la Pitié. Elle cherche un logement gratuit pour quelques semaines. Samuel décide de l’héberger. Coupé du monde par obligation, il va paradoxalement faire entrer le monde chez lui. Enfin. Pendant son séjour, ils ne vont échanger que quelques phrases, mais Angèle apporte la lumière, comme une révélation. Elle se bat pour maintenir la vie, et cela lui parlait beau et simple, tellement éloigné des montages financiers complexes qu’il utilise en pensant sauver le monde. Elle représente le don de soi.

J’ai beaucoup aimé l’expression « la plus grande escroquerie philanthropique de l’Histoire » que vous utilisez vers la fin de votre roman. À ce sujet, diriez-vous que tous les moyens sont bons pour faire le bien ? Et d’ailleurs diriez-vous qu’il est encore possible et nécessaire de nos jours de croire en ce bien dont la lumière pâlit sous les couches épaisses des privations ?

Je suis comme mon personnage, je navigue entre le désespoir et la pulsion vitale de l’action. Il ne s’agit pas tant de croire dans le bien que d’œuvrer à chaque instant pour s’en approcher. En utilisant pour cela tous les moyens ? Non, je ne pense pas que la fin justifie les moyens. C’est aussi pour cela que le roman est utile, il permet de dépasser les bornes, sans se brûler les ailes. Dans la vraie vie, les règles ne sont pas les mêmes, mais on peut poursuivre des objectifs similaires. On peut aussi faire de la philanthropie sans passer par l’escroquerie, enfin j’espère.

En guise de conclusion, j’aimerais savoir comment avez-vous pu éviter le piège d’une construction romanesque manichéiste dans laquelle votre héros aurait pu tomber et finir par se donner bonne conscience, un peu comme dans le syndrome de Robin des Bois dont vous parlez à un moment donné. Pour le dire autrement, quel sens avez-vous souhaité donner à toute cette histoire bouleversante et unique des temps que nous vivons depuis le début de cette pandémie et à l’avenir incertain qui nous attend ?

Nous sommes de plus en plus confrontés à des versions manichéennes du monde, avec une démocratie qui fonctionne mal et des réseaux sociaux qui exacerbent les points de vue les plus caricaturaux. La littérature est l’un des derniers lieux où le doute est permis. C’est ce que j’ai essayé de faire à travers le personnage de Samuel, il est en équilibre instable. Toute son histoire est faite de chutes et de réinventions. Notre avenir est incertain, mais c’est une donnée de l’existence, la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Propos recueillis par Dan Burcea

Philippe Zaouati, Applaudissez-moi, Éditions Pippa, 2020, 136 pages.

« Un livre qui donne aux lecteurs à penser »

Emile Cougut a bien lu « Applaudissez-moi ! »

Avec son roman Applaudissez-moi!, Philippe Zaouati donne aux lecteurs à penser. La pandémie de la covid 19 continue de sévir, voilà déjà un an que le monde entier entrait en sidération face à ses conséquences. Souvenez-vous, à la mi-mars 2020, la population s’est trouvée confinée chez elle, sans pouvoir franchir la porte d’entrée sauf pour un motif impérieux. Et les premiers écrits romans portant sur cette époque ou l’ayant en toile de fond commencent à paraître. Une réactivité que nous devons saluer.

En arrière-plan, c’est exactement ce qu’est la pandémie dans le court roman de Philippe Zaouati : Applaudissez-moi !, qui vient de paraître aux éditions PIPPA.

Samuel K est le fondateur d’un fonds international spécialisé dans le financement du fondement durable. Durant le premier dé-confinement, il est convoqué à la brigade financière de la Police Judiciaire où il se voit signifier sa garde-à-vue pour « faux et usage de faux, usurpation d’identité, détournement de fonds, escroquerie en bande organisée et abus de bien social », excusez du peu ! Et Samuel, devant l’inspecteur (rectifions et préçisons cependant qu’il n’y a plus, hélas, depuis une réforme Pasqua au millénaire dernier, d’inspecteur de police mais que des officiers…) déroule sa vie, ses motivations.

Ainsi, il est ce jeune prometteur qui en 2008 se retrouve avec le carton contenant ses affaires personnelles, sur le perron de la banque Lehman Brothers qui vient de faire faillite. Il décrit sa dépression, sa fuite en Afrique qu’il découvre, sa rencontre avec un humanitaire spécialisé dans la préservation des forêts, son idée de créer un fonds pour le développement durable. Il est ce patron, sidéré par cette nouvelle crise qui se confine physiquement et moralement, psychiquement dans son immense appartement parisien. En outre il est aussi celui qui accueille une jeune infirmière montée de son Sud-Ouest pour aider ses collègues parisiens.

Or cette rencontre le fait réfléchir sur la vanité de son métier, une sorte de fuite en avant pour créer de l’argent pour ceux qui en ont déjà à plus n’en savoir que faire alors que certains autres, moins privilégiés, se battent et risquent leur vie pour sauver celles des autres humains. C’est à ce moment là qu’il décide, en manipulant une stagiaire, de détourner une cinquantaine de millions d’euros pour les donner à des associations d’aide aux populations réparties sur toute la surface du globe. 

Est-ce légal ? Non, sûrement pas. Est-ce moral ? Philippe Zaouati n’apporte aucune réponse, de fait c’est chaque lecteur qui apporte sa propre réponse. Instinctivement, tout humaniste dira oui. Mais, si on réfléchit bien, quelles sont les vraies motivations de Samuel. Bien sûr on peut se dire que le contact avec la jeune Angèle (l’infirmière) l’a fait évoluer, mais en même temps, il est doté d’un ego surdimensionné : la fraude, sous couvert d’empathie, n’est-elle pas pour lui un moyen de faire parler de lui ? Il sait qu’il finira par passer devant un tribunal, ne cherche-t-il pas une tribune pour faire la une des médias ? Il ne faut pas toujours voir avec un seul angle de perception, la réalité est rarement binaire, surtout quand il s’agit d’agissements humains.

Et je penche pour la second proposition, Samuel est sûrement sincère avec son passé qui l’a traumatisé, mais il fait trop souvent preuve d’une certaine rouerie, d’un recul face aux événements qui semble montrer qu’il ne les subit pas autant qu’il voudrait que l’inspecteur (et à travers ce dernier, le lecteur) le croit. Je n’en veux pour preuve que la réflexion assez cynique qu’il se fait sur les ONG qui veulent préserver la nature africaine. Il a du lire l’excellent livre L’invention du colonialisme vertpour en finir avec le mythe de l’éden africain  de Guillaume Blanc (et dont on peut trouver la critique dans Wukali) qui explique brillamment cette problématique.

Philippe Zaouati l’excellent auteur d’Applaudissez-moi ! , nous laisse juger. Samuel est-il sincère, cynique, égotiste, c’est au lecteur d’en décider

« une histoire essentiellement et simplement humaine » pour Yozone

Applaudissez-moi !
Philippe Zaouati
Pippa, collection Kolam, polar per-Covid, 133 pages, septembre 2020, 15 €

« Quand on s’en limite aux faits, les gens ne comprennent pas. Les gens ordinaires ne prêtent pas attention aux histoires crédibles. »

Convoqué au nouveau Quai des Orfèvres, un banquier arrive dans les locaux de la brigade financière. Il est accusé de faux, usage de faux, usurpation d’identité, détournement de fonds, escroquerie en bande organisée et abus de bien social. Il ne s’empresse pas de nier, il ne semble pas y avoir vraiment de doute. Il parle, un peu comme on déroule un roman. Le roman du vécu, le récit de la trajectoire, la narration d’un très long enchaînement. Son histoire personnelle mêlée à cette même histoire vécue par tous, celle de la pandémie, de la première vague, du premier confinement. Pas de whodunit, donc, mais un peu de mystère, une confession, un monologue, un long aveu potentiel. Un monologue qui apparaît comme une lumière venant éclairer un délit dont on ne sait encore rien.

« Il y avait une forme d’élégance et de noblesse dans cet effondrement. Je ne supportais plus la beauté du paysage, la splendeur colérique, la lumière éblouissante. »

Suivant la tradition romanesque, le narrateur ne se contente pas d’une courte séquence écoulée entre l’intention et la réalisation, mais remonte au passé, aux racines. Les siennes, celles de la finance, celles de ses échecs et en toile de fond de ses effets dévastateurs, inhumains, dont il a fini par prendre conscience après avoir longtemps refusé de les voir. Le parcours des jeunes loups qui, happés par l’excitation, le défi, la frénésie, la soif d’argent, la soif de réussite ou tout simplement le goût du jeu, après s’y être usés et consumés, reviennent en arrière. Leurs yeux lentement se dessillent, le tableau high-tech et doré se lézarde, les revers immonde de la médaille éclate au grand jour. Les traders décrochent, se lassent, abandonnent, font retraite.

Cet « Applaudissez-moi !  » est donc l’histoire d’un recul, ou plutôt de prises de recul successives. Car le suspect n’est pas entièrement naïf, il a déjà pris de plein fouet le krach de 2008 qui ne l’a pas laissé sur le carreau mais l’a conduit à un moment d’oisiveté plus long que prévu, une dérive mêlée de retraite dorée sur le site paradisiaque des Victoria Falls puis dans d’autres endroits, bien plus déshérités, de l’Afrique subsaharienne. Il a découvert le réel, la face obscure de la loi des marchés là où les biens mêmes sont produits. Mais, de nouveau happé, il est revenu à la finance. Même si ce retour s’est fait avec des ambitions différentes, des aspects plus moraux, le narrateur laisse planer le doute sur ses crimes.

« Nous avions programmé sur ordinateur une vision manichéenne du monde, comme la pesée des âmes dans le retable du Jugement Dernier que j’ai admiré tant de fois lors de mes visites aux Hospices de Beaune. »

On l’aura compris : cet « Applaudissez-moi ! » est une histoire de dérive, mais aussi de résilience. Une histoire d’apocalypse – la pandémie, les krachs financiers – mais à considérer au sens premier du terme à savoir au sens de la révélation. Car le narrateur qui au fil de sa première dérive africaine a beaucoup compris, s’il se laisse de nouveau glisser dans le temps mort du confinement, en comprend de nouveau beaucoup, par le biais de cette infirmière de province venue en renfort dans les hôpitaux saturés de la capitale, qu’il héberge dans ses luxueux appartement parisiens. Une infirmière qui ne prononce pratiquement jamais un mot, mais dont la simple présence lui en fait comprendre bien plus que tout discours.

S’il y a dans « Applaudissez-moi ! » une réflexion assez convenue, mais toujours bienvenue, sur un système financier bloqué, verrouillé, immuable, qui pour l’instant non seulement résiste bien à la crise actuelle, mais même s’en trouve conforté, notamment dans ses effets inégalitaires premiers, à savoir enrichir encore les plus riches et dépouiller encore plus les plus pauvres, en un perpétuel ruissellement vers le haut, favorisant des néo-féodalités qui partout deviennent plus visibles (“La coalition historique des seigneurs et des troubadours”, écrit l’auteur, “est désormais celle des consultants, des journalistes et des patrons du CAC 40” »), il y a aussi, en parallèle, une jolie description de cette tentation du lâcher prise que beaucoup auront vécue lors du premier confinement, de ce décrochage que peut favoriser le télétravail, de cette difficulté à modifier les habitudes, de ce désemparement que l’on ressent lorsque l’on découvre, comme c’est le cas pour le narrateur, que l’entreprise peut continuer à fonctionner par elle-même. Un lâcher-prise, un syndrome de glissement qui en ces temps pandémiques en aura emporté plus d’un. Et un désœuvrement qui, tout comme lors de ses premières errances, aura donné au narrateur une belle – et dangereuse – idée. Et qui montre, in fine, si besoin était, que dans le monde de la finance la morale ne peut être qu’un délit ou un crime.

« Je ne pensais qu’à me purifier, à faire disparaître la tache qui me collait à la peau, celle de la richesse sans but, débordante et abjecte. »

Récit de la première vague, du premier confinement et de leurs causes premières, la finance et l’économie détruisant tout, abolissant la nature et favorisant les pandémies dues aux maladies émergentes – nul hasard si l’épouse du narrateur travaille dans le domaine des espèces menacées – , « Applaudissez-moi !  », servi par une écriture particulièrement fluide, apparaît en définitive comme une fable morale appuyée sur un monde sans scrupules, une belle réaction à l’obsession monomaniaque et réductrice du « pognon de dingue », une histoire essentiellement et simplement humaine, en finesse et presque en douceur, l’expression d’une humanité et d’une humanitude qu’il faut à tout prix se garder d’oublier.


Titre : Applaudissez-moi !
Auteur : Philippe Zaouati
Éditeur : Pippa
Collection : Kolam
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 133
Format (en cm) : 11,5 x 18
Dépôt légal : septembre 2020
ISBN : 9782376790464
Prix : 15 €


Hilaire Alrune
21 février 2021