« un récit parfois glaçant sur l’univers des marchés et l’amoralisme assumé du capitalisme »

François Cardinali a lu Philippe Zaouati

Derrière le « théâtre d’ombre » libéral…

Dans Applaudissez-moi (*), Philippe Zaouati signe une espèce de polar économique à travers le portrait d’un financier de haut vol. Une vision assez savoureuse du monde libéral qui répand avec constance une idéologie planétaire.

C’est l’histoire d’un mec. Catégorie col blanc de haut-vol. Samuel K. est un financier au long cours. Depuis la crise financière de 2008, l’homme s’est reconverti dans le financement du développement durable. En août 2020, en plein cœur de l’épidémie de Covid-19, il est convoqué par la brigade financière de Paris pour y être interrogé à propos d’un soupçon de détournement de fonds. A-t-il quelque chose à se reprocher ? La crise sanitaire l’a-t-elle fait replonger dans les eaux troubles de la finance opaque et spéculative ? Par petites touches, en revenant sur ses souvenirs et ses obsessions, il dévoile ses intentions à l’inspecteur qui l’interroge…

Dans le civil, Philippe Zaouati dirige la filiale d’un grand groupe bancaire spécialisé dans la finance environnementale, autre mode de la sphère libérale, il suffit de suivre les médias pour s’en convaincre. C’est dire que l’homme connaît bien les instances qui nourrissent la trame de ce roman, écrit sous Covid-19. Roman court et nerveux, Applaudissez-moi, sait, en quelques lignes bien senties, décrire une atmosphère économique et politique… Et ses dérives.

Ainsi quand son personnage central utilise ses propres armes pour s’attaquer au système, il écrit  sans barguigner : « Connaissez-vous la fameuse théorie ruissellement, qui prétend que l’argent gagné par les riches finit par se déverser dans la société et devenir bénéfice aux pauvres ? Et bien, si cette théorie chère aux économistes libéraux ressemblait un jour à la réalité, il fallait que ce soit ici et maintenant. Qu’une pluie abondante et rieuse se répande sur toutes les infirmières du monde, et même des chutes d’eau, des chutes nourricières, une fumée qui gronde. »

Pour autant, on se doute bien que la soudaine naïveté de Samuel K., qui utilise les failles du système à la façon d’un Robin-des-bois de l’ère numérique, va se heurter au mur du capitalisme. Ce qui rend son geste encore plus désespéré, mais sympathique. Et c’est dans la description de la lutte entre le peau de terre contre le peau de fer que ce court roman est le plus accrocheur. Car l’auteur montre bien le ridicule d’un certain management. « La vie professionnelle est un théâtre d’ombres dans lequel le but du jeu consiste à se montrer indispensable » écrit-il.

Avec ce voyage sur la planète, souvent sans quitter son ordinateur et sa connexion Internet, Philippe Zaouati signe dans ce roman en forme de quasi monologue un récit parfois glaçant sur l’univers des marchés et l’amoralisme assumé du capitalisme.

(*) Ed. Pippa

Philippe Zaouati dans Challenges

Green Economie

Philippe Zaouati (Mirova): « Dans la finance, la bataille culturelle est gagnée »

INTERVIEW – Si plus personne ne remet en cause le rôle majeur de la finance pour répondre aux enjeux climatiques, la question qui se pose est bien celle des modalités d’une action concertée et collective pour que l’impact soit à la hauteur. Pour sauver notre capital naturel, préserver la biodiversité, et pour lutter contre les inégalités. Entretien avec Philippe Zaouati, CEO de Mirova.

Thinkers & Doers – En reprenant le titre de votre dernier roman [1] qui raconte l’aventure d’un banquier reconverti dans la finance durable, pourquoi devrait-on « vous applaudir » aujourd’hui ?

Philippe Zaouati – Peut-être parce que les 150 personnes de l’équipe de Mirova sont mobilisées et très déterminées à montrer que l’investissement, s’il est durable, peut changer le monde! Les solutions que nous avons développées ont pour but d’accélérer la transformation de notre économie vers un modèle durable. Je suis fier avant tout de notre action collective et d’avoir réussi à rassembler cette équipe qui se déploie maintenant partout dans le monde de Paris à Londres, de Boston à Lima, de San Paulo à bientôt Singapour… Les applaudissements, ça doit servir à récompenser le collectif.

En tant qu’acteur de référence de l’ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance), comment allez-vous continuer à faire progresser la finance, et surtout garder votre place de pionnier?

Tout d’abord, je dirais qu’il faut prendre le temps de se réjouir de ce mouvement de « nouveaux convertis ». Au sein de la finance, la bataille culturelle est gagnée. Quelle est l’étape d’après? La première est de garder le niveau d’ambition et de mobiliser les pionniers du secteur pour que nous soyons les gardiens du temple. C’est le sens de l’initiative Finance for Tomorrow par exemple.

Le deuxième point essentiel est de savoir comment aller de l’avant. Ce n’est pas parce que plus d’acteurs intègrent les critères ESG à leur démarche que notre objectif est atteint. Sur le sujet du climat, plus personne ne doute qu’investir en prenant en compte cet enjeu majeur est un moyen d’investir intelligemment et d’améliorer la performance de ses portefeuilles, mais la nature, la biodiversité ne font pas encore l’unanimité alors que le degré d’urgence est le même. Et il y a autre chose: ce sont les inégalités. Celles qui génèrent des fractures sociales, politiques, démocratiques. Ce sujet deviendra, selon moi, majeur dans les années à venir pour l’investissement responsable.

« Créer des coalitions pour modifier le comportement des entreprises »

Sur la question de l’engagement des entreprises, un fonds comme le vôtre, et la finance en général, ont-ils un rôle à jouer pour que leurs actions soient plus concrètes, plus mesurables, plus lisibles ?

Au-delà de l’engagement, il y a un volet pédagogique. Parfois, les entreprises se sentent démunies. Notre rôle est d’être à l’écoute et de les aider à cerner ce qu’un investisseur responsable attend précisément d’elles. Par exemple, à travers le développement du marché des obligations vertes, nous avons beaucoup parlé aux émetteurs, en expliquant aux entreprises quels critères importaient réellement dans cette démarche.

Concernant l’engagement, il faut que nous fassions preuve de modestie. Mirova ne représente aujourd’hui que 20 milliards d’euros, ce qui ne permet pas d’avoir l’impact nécessaire pour modifier le comportement des entreprises. Il est donc fondamental de travailler sur des engagements collectifs, des actions communes et de créer des coalitions. C’est ce que nous faisons par exemple avec la création du Club 30% en collaboration avec Axa, qui rassemble un groupe de décideurs dont l’ambition est d’accroître la diversité des genres au sein des équipes de direction.

Mirova vient d’annoncer le démarrage de la levée de fonds de son 5ème fonds, Mirova Energy Transition 5 (MET5) dédié au financement des infrastructures de transition énergétique et visant une taille au-delà du milliards d’euros. Quelles produits d’investissement proposez-vous pour rester pionnier ?

Des obligations vertes aux énergies renouvelables, nous sommes dans une démarche d’élargissement du périmètre de nos investissements. Nous nous intéressons par exemple à la thématique de la mobilité propre. Nous avons investi récemment dans un développeur de bornes de recharge électrique et dans un réseau de taxis hydrogènes. En parallèle, nous avons également développé des équipes dédiées au capital naturel, un sujet complexe sur lequel peu d’acteurs sont impliqués pour le moment. Nous venons de créer une alliance avec HSBC et Lombard Odier, sous le patronage du prince Charles, visant à mobiliser des capitaux efficacement et les orienter vers la reforestation ou l’agriculture durable.

Par ailleurs, nous lancerons certainement un fond de Private Equity en Europe sur la transition environnementale et de l’économie circulaire. Nous cherchons à nous positionner sur les secteurs où nous pouvons apporter une intégrité et des standards. C’est aussi pourquoi nous avons souhaité produire un document de définition de l’investissement à impact afin d’éclairer les contours et les enjeux de cette notion.

« Créer un lien entre l’entreprise et l’intérêt général »

La Commission européenne s’est emparée du sujet du financement de la transition vers la durabilité et esquisse les plans de construction d’un marché financier durable. Y a-t-il un modèle européen à formaliser?  

En trois ans, la Commission Européenne a mis sur pied un plan d’action global et solide en la matière et c’est remarquable! Nous sommes fiers d’avoir fait partie du groupe d’experts de haut niveau dont les recommandations sont à l’origine de la feuille de route de la Commission européenne en matière de finance durable. C’est ce plan qui est mis en application aujourd’hui, englobant une multitude de sujets tels que la taxonomie, les nouvelles normes et labels, la Sustainable Finance Disclosure Regulation ou encore l’évolution de la directive MiFID.

Pour autant, toutes ces actions ne peuvent aboutir sans créer un lien entre l’entreprise et l’intérêt général, ce qui implique de mesurer ce lien via la comptabilité de l’entreprise. La Non Financial Reporting Directive (NRFD) sera revue cette année, une étape-clé pour l’Europe, et s’inspirera des travaux réalisés par le European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG) sous la direction de Patrick de Cambourg. Comme le dit Olivia Grégoire, Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, il s’agit là d’une « bataille de normes » qui se joue au niveau mondial. Il y a là, un réel enjeu de souveraineté.

Avec le Covid-19, les entreprises se retrouvent face à une crise immédiate. Est ce que les entreprises qui se sont le mieux préparé aux risques « long terme » sont celles qui s’en sortent le mieux lors de cette crise « court terme »?

Je suis convaincu que oui et que c’est ce qui explique pourquoi les entreprises performantes sur le plan de l’ESG s’en sortent mieux depuis le début de la pandémie. Il faudrait que l’on puisse documenter cela. La question de la charge de la preuve. C’est ce qui permet d’accélérer le changement du système actuel vers plus de responsabilité, de durabilité.


[1] « Applaudissez-moi ! », Philippe Zaouati, éditions Pippa, Septembre 2020.

Emission littéraire de 30 minutes « Fréquence Livres » avec Philippe Zaouati

Réécoutez l’émission de Michelle Gaillard ici : https://frequenceprotestante.com/diffusion/frequence-livres-du-09-02-2021/

Imaginez un financier particulièrement doué qui se consacre au développement durable et se retrouve plongé dans la pandémie. Il découvre l’univers des soignants et des associations de solidarité. Que croyez-vous qu’il va faire ? C’est le sujet de Applaudissez-moi où l’auteur, Philippe Zaouati, responsable d’un fonds d’investisse-ment, utilise la fiction pour mieux faire passer son message.

Philippe Zaouati invité de Raphaël Bourgois sur France Culture

David contre Goliath, Main Street contre Wall Street, « Nous assistons à la Révolution française de la finance », a même tweeté, mercredi 27 janvier, un proche de l’ex-président Donald Trump. L’affaire GameStop agite depuis plus d’une semaine le milieu de la finance.

David contre Goliath, Main Street contre Wall Street, « Nous assistons à la Révolution française de la finance », a même tweeté, mercredi 27 janvier, un proche de l’ex-président Donald Trump. L’affaire GameStop agite depuis plus d’une semaine le milieu de la finance : une bande de boursicoteurs s’est constituée sur le réseau social Redit pour faire chuter des fonds d’investissement pesants plusieurs milliards de dollars.

Comment ? L’histoire est complexe, elle met en jeu une société de magasins de consoles et de jeux vidéo, GameStop, qui possède par exemple en France Micromania ; des plateformes de trading en ligne comme la désormais fameuse RobinWood ; et un mécanisme financier appelé vente à découvert ou short selling. Il s’agit, pour faire simple, de parier à la baisse sur une action. Problème, si l’action monte, le parieur peut perdre beaucoup.

Et c’est précisément ce qui s’est passé : des particuliers – plusieurs millions tout de même – se sont coordonnés pour acheter en masse des actions GameStop, la société n’allait pourtant pas très bien et plusieurs géants de Wall Street avaient parié sur sa baisse. Le résultat, c’est que l’action a littéralement bondi, donnant des sueurs froides aux traders… certains ont gagné beaucoup, d’autres perdu énormément.

Mais derrière l’esprit de revanche, et une forme de populisme boursier qui se réjouit de voir des particuliers dégager des mastodontes… l’histoire n’est peut-être pas si univoque. Elle marquerait, selon certains, un véritable tournant dans l’histoire de la finance…

INTERVENANTS
  • Expert en finance durable, directeur général de Mirova, filiale d’investissement solidaire de Natixis, président de Finance for Tomorrow
  • Journaliste et éditorialiste à Alternatives Economiques.
  • économiste, spécialiste de la banque libre et de la régulation bancaire, enseignante à la Neoma Business School de Rouen

Laurent Lemire, excellent lecteur de Philippe Zaouati, l’interviewe sur Radio Notre Dame

 « Décryptage » de Laurent Lemire

5 janvier 2021 : Que se cache-t-il derrière le terme Finance verte ? Réécouter l’émission

https://podcasts.apple.com/us/podcast/5-janvier-2021-que-se-cache-t-derrière-le-terme-finance/id1206375348?i=1000504465027

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Philippe Zaouati, directeur général de Mirova, filiale de Natixis IM, spécialisée dans la finance durable, et fondateur et président du think tank « Osons le progrès ». Il est l’auteur de « Applaudissez-moi ! », publié chez Pippa

_CV_PANCRAZIO.inddLionel Pancrazio, ingénieur, qui publie aux éditions de Boeck « Stratégies durables pour la ville »

Valeurs vertes applaudit Philippe Zaouati

https://valeursvertes.com/applaudissez-moi/

Le premier confinement n’a pas été une traversée lugubre pour tout le monde. Dans son appartement au cœur de Paris Philippe Zaouati a pris le temps d’écrire un roman court qui, sans être autobiographique, révèle certaines fragilités d’un monde où domine une finance trop sûre d’elle-même et qu’il connaît parfaitement.

Dirigeant la filiale d’un grand groupe spécialisé dans la finance environnementale, il manie la plume avec élégance. Avec ce troisième ouvrage, il nous entraîne dans une aventure inattendue où les spécialistes du développement durable reconnaîtront certaines réalités et quelques défenseurs d’une finance verte consentie du bout des lèvres.

Le héros, très à l’aise dans ce monde, a un côté Stendhalien : ses idées se veulent généreuses mais ses actes le sont moins. C’est sa rencontre et sa passion pour Chiara, jeune femme salariée d’une association environnementale et rencontré au Congrès de L’UICN à Honolulu en 2026, qui le fera réfléchir d’une autre manière. Il avoue avoir connu un grand moment de bonheur « pendant lequel nous avons cru modifier la marche du monde, éviter la catastrophe… 10 000 personnes qui bourdonnent entre les réunions privées, les ateliers, les plateaux télés, les projections de documentaires, les stands en tout genre… Nous dansions sur un volcan ! »

Cette rencontre remet en question sa vie de banquier sûr de lui. Il prend conscience de la fragilité de la planète, de la bonne volonté sincère et profonde de Chiara, mais de son inefficacité par manque de moyens financiers. Dans sa tête naît un projet fou. Je ne dévoilerai pas la fin du roman, inattendue, qui achève avec élégance sa construction sophistiquée. A vous de soulever les tapis, de repérer ce qui vous parle. On ne lit pas ce petit livre impunément, il remet les pendules à l’heure des grands prophètes qui se sont drapés dans la cause environnementale et en ont fait un job rémunérateur.

Ne vous attendez pas à trouver des noms, il n’y en a pas. Mais les phrases de Zaouti sont incisives,

évocatrices, et nous décrivent quelques archétypes d’aventuriers sans foi ni loi qui nous font prendre des vessies pour des lanternes en matière de défense de la nature ou d’achats équitables.

Dès les premières pages, le héros se retrouve à la brigade financière avec une accusation longue comme un jour sans pain. Il revit ces années brillantes où éclata la crise mondiale de 2008 : des milliards de dollars partis en fumée en une journée, la myopie des marchés qui s’aggrave.

La description des milieux financiers après le choc vaut le détour. Est-elle seulement le fruit de l’imagination de l’auteur ? Lorsqu’il pense, face à ces jeunes gens brillants pour qui il est un gourou de la finance que celle-ci est totalement irrationnelle : « Que pouvais-je leur dire, j’avais compris depuis longtemps que les marchés financiers sont aussi impénétrables que les voies du ciel ». Bien qu’il écume tous les matins les oracles des gourous du Wall Street Journal ou du Financial Times !

En proie à la solitude liée au Covid dans son grand appartement de Paris, Chiara partie en Suisse, il offre d’héberger gracieusement un soignant. C’est Angèle, une jeune infirmière, qui déboule dans sa vie. Elle travaille à la Salpétrière avec des horaires d’enfer sans jamais se plaindre. Elle le bouleverse. A son départ il écrit : « Je me suis infligé une sorte de coma volontaire. »

Ces deux femmes et son confinement vont l’amener à commettre le délit qui l’a conduit, dès les premières pages du roman, à la brigade financière.

Découvrez son « crime » et je suis sûre que vous applaudirez l’artiste !

« Ce roman ultra contemporain de la finance prédatrice confrontée à la pandémie remet les pendules à l’heure »

Philippe Zaouati, Applaudissez-moi !

Roman du confinement, moment qui met face à soi et à sa solitude lorsque l’on s’aperçoit que l’on n’est indispensable à personne ni au monde. Un financier débarqué de Lehman Brothers lors de la crise de 2008 a créé des fonds internationaux de finance durable grâce à un algorithme de choix des valeurs. Il se retrouve devant la Brigade financière…

Il déroule alors devant l’inspecteur du 36 – non plus quai des Orfèvres mais rue du Bastion dans le 17ème – le pourquoi des soupçons d’escroquerie dont il est l’objet. Il ressortira libre, faute de preuves, après une démonstration brillante d’escroquerie philanthropique pour les infirmières.

Durant son existence de bon élève des grandes écoles aspiré par les montages financiers de haute volée, il s’est laissé vivre, faisant partie de « la caste » comme disent les Italiens. L’effondrement du château de carte de la finance mathématisée à outrance en 2008, l’équivalent de la crise de 1929, lui a fait prendre conscience que la prédation sur les gens, sur l’économie et sur la planète faisait courir à la catastrophe. « Chaque automne, j’explique à mes étudiants de Science Po pourquoi la finance a fait fausse route, comment nous avons voulu éliminer l’émotion et l’intervention humaine de notre métier, comment nous avons érigé les modèles mathématiques et les programmes de trading en dieux suprêmes, et à quel point tout cela était une bêtise. Ils ouvrent de grands yeux étonnés » p.33. Il s’est converti, comme en religion, dans l’écologie à la mode. Il a fondé des fonds « durables » comme il en existe de plus en plus, voués à ne financer que les entreprises dont le projet est éthique, respectueux de l’environnement et contre l’obsolescence programmée.

Les crises du système ont lieu tous les sept ans. « 2001-2015. Un cycle se terminait. Le siècle avait débuté par une explosion de haine. Ce choc foudroyant avait engendré un sursaut collectif, sept années de croissances folles, de dérégulation financière et de guerre contre l’axe du Mal. Pour conjurer le mal, nous avions succombé aux sirènes de la croissance, à la fuite en avant de nos rêves, toujours plus d’objets connectés, de voitures, de voyages, de vêtements, et pour financer cela, toujours plus de dette » p.92.

Et puis le Covid a surgi. Un complot chinois comme le soupçonne l’un de ses adjoints, laissé seul lui aussi. Une interrogation métaphysique pour le dépressif PDG qui s’est mis en retrait de ses conférences, réunions, symposiums et autres présences « indispensables » qui ne le sont en fait pas du tout. « Depuis l’apparition du virus, les privilèges avaient été rétablis. En quelques semaines, notre société avait fait un bond en arrière de plusieurs siècles. Nous étions revenus à l’Ancien régime. L’aristocratie oiseuse s’était installée en télétravail sous des lambris parisiens ou dans le confort discret de riches demeures provinciales, alors que chaque matin, aux aurores, le Tiers-état était jeté dans les rues des villes désertées pour servir, nettoyer faire la police, ramasser les ordures » p.47. Qui est utile dans la société ? Le financier ou l’infirmière ? Le matheux qui joue avec les milliards abstraits ou la technicienne qui soigne au cas par cas ?

Même la finance convertie au vert, au durable, à l’écologique, « est un jeu, une comédie. Il y a des règles. Si vous les respectez, vous gagnez le droit à l’illusion d’avoir transformé les choses. Si vous ne les respectez pas, le jeu vous absorbe comme un sable mouvant » p.74. Les primaires, en retard d’un siècle, incriminent « le capitalisme » ; les plus primaires encore, qui ne comprennent pas et veulent à tout prix donner du sens en distordant toute vérité, croient au Complot mondial. Mais la réalité est pire : « J’ai pris conscience que le verrou ne se situait pas dans le capitalisme ou dans les marchés financiers, mais dans la cohésion sociale de la caste dirigeante. Il est difficile de lutter contre des hommes qui se croient détenteurs d’une légitimité naturelle » p.75. J’en témoigne : le capitalisme n’est qu’un outil d’efficacité économique, applicable au durable et à la préservation de la planète ; le complot n’est qu’une religion de ceux qui n’osent pas penser par eux-mêmes. La caste est toute-puissante – et il est difficile d’agir sans bain de sang : cela s’appelle une révolution…

« Nous ne sommes rien sans les autres. L’économie n’est qu’une coquille vide sans la santé de tous. Au bout du compte, mon intérêt, le vôtre aussi, c’est l’intérêt général » p.130. Depuis le message d’alarme de son contrôleur du système informatique, il invente l’arnaque sans parade et sans preuves, le détournement de quelques pourcents seulement des fonds déposés par les épargnants, mais pour le bien de toute l’humanité souffrante. Nous sommes tous solidaires est un slogan qu’il se contente d’appliquer selon son expertise. Ce n’est pas éthique mais peut-être moral ; le droit est contre lui mais pas le dieu. Peut-être. Le lecteur jugera… si sa propre épargne n’a pas été réduite.

L’auteur, qui dirige la filiale finance durable dans un groupe bancaire, tel un ancien président, ne devrait pas dire ça. Les clients pourraient perdre leur confiance, concept-clé de la finance. Le titre lui-même peut apparaître comme un brin narcissique, en subliminal bien-sûr.

Ecrit au galop, peut-être au dictaphone, ce roman ultra contemporain de la finance prédatrice confrontée à la pandémie remet les pendules à l’heure, rythmé par des paroles de chansons d’une culture plus populaire que classique. Il a de l’allant, il va de l’avant, il prépare les esprits au nouveau monde qui vient. Moins égoïste ?

Philippe Zaouati, Applaudissez-moi ! 2020, éditions Pippa, 133 pages, €15.00

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Temps et contretemps soutient Philippe Zaouati

« Philippe Zaouati change de registre avec ce nouveau roman écrit à la première personne, sur l’histoire d’un financier, Samuel K. aux prises avec la brigade financière. »

« Son style est vif pour susciter l’intérêt de son lecteur qui avale les pages pour en savoir plus. C’est presque un thriller et surtout de la bonne littérature. »

« La pandémie et le contact avec une infirmière dévouée face au COVID, lui font ouvrir les yeux sur la réalité d’un monde inconnu pour lui. Il vivait en «roi du monde quand l’argent semblait la clé magique pour assouvir tous les désirs, quand il croyait avec une naïveté enfantine que sa réussite était méritée». »

« Philippe Zaouati décrit avec précision les sentiments d’un homme fort et invulnérable face à un mal qu’il ne peut pas contrer. Il prouve ainsi que nul n’est à l’abri du malheur. (…) Le héros, soupçonné de détournement de fonds, est à la recherche d’une bouée de sauvetage pour se racheter, qu’il finira par trouver. Une issue étonnante pour lui enlever «la sensation désagréable de vivre dans une une bulle déconnectée de la réalité». »