Philippe Zaouati, un écrivain qui observe la crise derrière les lunettes de son expertise en finance durable

SUPPLÉMENT FINANCE SOLIDAIRE

«On est loin d’être dans un moment de décroissance»

Par Didier Arnaud

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova, filiale de Natixis, une société de gestion spécialisée dans l’environnement responsable.

Il a créé une société de gestion pour investir dans l’économie durable, les énergies renouvelables, le marché des obligations vertes… «Investir dans la nature, c’est rendre son exploitation plus soutenable, tenir compte de l’impact de l’environnement sur la biodiversité… S’occuper du capital naturel, de la culture durable, du recyclable», énumère Philippe Zaouati, 53 ans, directeur général de Mirova. «Au bout du bout, poursuit le financier, il y a ce besoin de s’orienter vers des solutions qui protègent la nature.» 

«Crise». On l’avait joint ce printemps au début du confinement. Depuis, son entreprise connaît «une croissance extrêmement forte. Les performances des fonds responsables sont au-dessus des autres, les plans de relance orientés vers le développement durable marchent. Je crois qu’on a eu cette année, une tendance sous-jacente depuis trois ans, un mouvement très fort de l’économie, et la finance a fini par s’en rendre compte.»

Philippe Zaouati a été précurseur dans le secteur, mais il poursuit ainsi : «La transition écologique et énergétique, la crise sanitaire ont montré que cette rotation se faisait de manière réelle et brutale. En parallèle de cela, se met en place toute la valorisation financière du développement durable. Beaucoup d’entreprises innovent, l’essentiel des plans de relance va s’orienter dans cette direction, le marché financier anticipe cette rotation de l’économie cela « parle » aux épargnants et aux investisseurs qui se disent : « Ça y est, on a de la création de valeur. » Il faut en inventer un écolo productivisme, réussir la transition écologique, il faut investir dans de nombreux domaines. On est loin d’être dans un moment de décroissance, il faut des investissements massifs pour changer de modèle.» 

«Sens». Philippe Zaouati s’inquiète un peu pour la suite. «Cette deuxième phase est plus douloureuse à vivre que la première d’un point de vue moral. Il y a de la lassitude et de la démoralisation qui arrivent, dues à l’absence de visibilité et de perspective. Le problème aujourd’hui, c’est la difficulté d’y voir clair, de se lancer dans de nouveaux projets, de trouver du « long terme ». Cela déprime. Malgré tout, en novembre, on lance une grosse levée de fonds pour investir dans la transition écologique, les énergies renouvelables… Les gens se disent : « Je mets mon argent dans des fonds qui créent de l’emploi, pour moi, cela a du sens. » L’épargne est aussi faite pour répondre à des problématiques sociales.» 

Laisser un commentaire