Lettre ouverte au Président Vladimir Poutine par Christian Mégrelis qui l’a connu il y a 30 ans (02/03/22)

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Lettre ouverte au Président Vladimir Poutine par Christian Mégrelis qui l’a connu il y a 30 ans 

Le 2 mars 2022

Au Président Vladimir Poutine. Lettre ouverte

Cher Vladimir Vladimirovitch, 

Voilà trente ans que nous nous sommes rencontrés pour la première fois à la mairie de Léningrad, fraîchement rebaptisée Saint Petersbourg. Vous développiez un Comité international pour la renaissance de Saint Petersbourg et m’aviez aimablement proposé d’y participer. Votre premier adhérent était le Prix Nobel d’économie Wassily Leontief, personnalité hors du commun, que j’ai donc connu grâce à vous. Nous avons évidemment discuté de la perestroïka de Mickael Gorbatchev dont j’assurais la promotion en Europe, et de l’avenir de l’Union soviétique qui vivait ses derniers mois. Les élections des maires de Moscou et de Saint Petersbourg au scrutin libre étaient une bonne perspective pour l’établissement de la démocratie en URSS.

Ce premier contact m’est revenu à l’esprit en cette période de guerre européenne qui a été comme un cavalier de l’Apocalypse surgissant dans la paix générale. Je n’ai aucune compétence pour savoir qui a raison et qui a tort dans la vieille querelle entre la Russie et l’Ukraine qui traine depuis 30 ans. L’épisode de la Crimée m’a paru secondaire puisque cette péninsule a été conquise par la Russie sur la Turquie et que sa donation à l’Ukraine, signée par Nikita Khrouchtchev, s’est faite sans consultation de la population. Les territoires russophones d’Ukraine s’accommodaient alors de la tutelle ukrainienne mais les choses ont changé.

Bref ce qui me préoccupe est l’avenir de deux peuples que je connais bien et que j’aime beaucoup : les Russes et les Ukrainiens. Chez aucun de mes amis des deux côtés de ce qui était voici encore une semaine une frontière je ne décèle la moindre animosité. Par contre, je constate une désespérance universelle et la certitude qu’il n’y aura, au bout de cette aventure militaire, que des pleurs et des grincements de dents dont la Terre entière risque de vous tenir pour responsable.

A nos âges, Vladimir Vladimirovitch, vous, maître du monde et moi heureux grand-père, que pouvons nous espérer d’autre que de laisser un bon souvenir ? Voilà un langage que j’ai tenu à d’autres chefs d’Etat. Certains ne l’ont pas écouté et sont morts en le regrettant. J’espère que vous y penserez au milieu des mille difficultés que vous rencontrez à chaque instant.

Après la renaissance de Saint Petersbourg qui nous a réunis, il faut aujourd’hui penser à la renaissance de la Russie qui va être le chantier du siècle pour lequel la planète entière est prête à participer dès que les troubles en Ukraine seront apaisés. J’espère vivement que, comme tous les Russes, vous y pensez.

Veuillez agréer, cher Président, l’expression de ma haute considération.

Christian Mégrelis, auteur de « Le naufrages de l’Union soviétique – choses vues »

L’auteur : Christian Mégrelis : X, HEC, Sciences-Po, est chef d’entreprises, essayiste et écrivain. Après quelques années au Ministère de la Défense, il s’oriente vers une carrière internationale. Il crée sa start-up en 1970. Tourné vers les marchés internationaux, son groupe, installé en Russie depuis 1989, intervient sur tous les continents pour étudier et construire des projets industriels et d’infrastructures. Auteur de plusieurs ouvrages publiés aux Etats-Unis, en France et en Asie sur la géopolitique, les relations internationales, et le christianisme. Son ouvrage Keys for the future, publié en 1981 aux Etats-Unis, anticipait déjà la fin de l’URSS.

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déjà diffusée ici

Christian Mégrelis publie dans Causeur

30 ans après…la Russie

ou :Supplément aux « Lettres de Russie-1839 » d’ Astolphe de Custine.

Décembre 2021.La France s’expose à Moscou, dans ses plus beaux atours. Mille ans d’amitié franco-russe, exposition à  l’initiative de l’Ambassade de France qui a la mémoire longue, pendant que la Russie fait de même à Paris avec l’exposition Répine, le plus grand peintre russe du XIX -ème siècle dont l’œuvre phare, « Les bateliers de la Volga » a fortement marqué les esprits à l’époque de l’école naturaliste française, dans le sillage de Zola.

On y apprend que la dynastie capétienne, une des plus longue de l’histoire du monde, n’existe que par le remariage en 1051 de Henri Ier, veuf sans enfant, avec une princesse Anne de Kiev, fille du roi Iaroslav. Le lectionnaire byzantin offert en dot à Henri 1er a été présenté à tous les sacres des rois de France pendant près de mille ans.

Et chacun sait que la langue de cour à Saint Pétersbourg au XVIIIème et au XIXème siècles était le français. On connait la célèbre exclamation de Voltaire à la Grande Catherine : « Catherin je suis, Catherin je mourrai ! »

Le pacte franco-russe de 1894 a marqué le début de la première révolution industrielle de la Russie, avec les investissements massifs des entreprises françaises et la création des grandes industries textiles, minières et sidérurgiques et la construction du méga projet du Transsibérien. Provoqué par la révolution de 1917 financée par l’Allemagne, le retrait de la France a été une des conséquences de la plongée de l’Union soviétique dans une ère de tyrannie obscurantiste qui a duré 75 années, dans la droite ligne de l’autocratie fustigée par Custine.

Obsédés par les souvenirs des révolutions de 1789 et de 1917 et des massacres qui les ont accompagnées, les putschistes de 1991, comme ceux qui les ont arrêtés, ont réussi à mener une double révolution pacifique qui a mis fin à la plus grande imposture politique du XXème siècle et à l’URSS qui en était la fille naturelle. La nouvelle Russie est née de cette tourmente géopolitique majeure. Le plus vaste empire de l’histoire s’est effondré sur lui-même sans un coup de feu et dans l’allégresse générale.  Une première absolue dans l’histoire de l’humanité

Les débuts de la nouvelle Russie étaient problématiques. Plus un sou en caisse, des têtes nucléaires éparpillées sur un territoire immense, à la merci de seigneurs de la guerre locaux, une administration totalement corrompue,  des pénuries généralisées, des frontières improvisées. Le monde retenait son souffle. La raison russe l’a  emporté  et ce qui aurait pu amorcer la fin de la civilisation est devenu un mouvement pacifique d’abolition de la tyrannie.

Si les premiers pas des  républiques néees de l’éclatement de l’URSS furent pacifiques, on le doit à la sagesse de dirigeants de fortune pour la plupart issus de la nomenklatura soviétique. Mais leur incompétence se manifesta  dans le domaine économique où les privatisations s’accompagnèrent d’un des plus grands pillages économiques de l’histoire de l’humanité. En l’espace de dix ans, entre le mur de Berlin et la crise de 2008, à la faveur des décrets de convertibilité du rouble de 1992 et 2006, des centaines de milliard de dollars ont disparu des caisses des entreprises exportatrices de matières premières (pétrole gaz, cuivre, charbon, bois, pêche entre autres) et de produits de base (engrais, aluminium, produits semi finis), privant une économie exsangue de ses ressources. On a vu apparaitre sur la scène mondiale ces étranges nouveaux « grands ducs » dilapidant des fortunes usurpées et totalement stériles, en grands « robber barons » de bandes dessinées (les vrais  « robber barons » américains, eux, avaient construit les Etats- Unis).

Malgré les immenses efforts qui ont présidé à la mise en ordre de marche d’un système déconstruit, les erreurs initiales, dont les principaux responsables sont morts ou exilés, pèsent encore lourd.

30 ans après » la plus grande mutation géopolitique de l’histoire » selon Vladimir Poutine, la fin du communisme et de l’URSS, qui n’ont fait aucune victime, la Russie a-t-elle besoin de nous ? Et avons-nous besoin d’elle ?

Dans un monde globalisé, tout le monde a besoin de tout le monde. Une fois ce truisme asséné, la géopolitique s’invite à la table.

La Russie, même détachée des acquis de l’URSS, est toujours un empire eurasiatique, héritier à la fois des mongols de Gengis Khan et des slaves de la grande plaine cis-ouralique. Cette double descendance a été remise à l’ordre du jour par la conquête des steppes asiatiques au XVIIème siècle et l’irruption des russes sur le Pacifique en 1639. La Russie coiffe littéralement l’Asie du sud, menace le Japon et jouxte l’Amérique depuis la vente, en 1867 de l’Alaska aux Etats-Unis. Sa population est le reflet de sa géographie. Slaves, tatars, turkomans, mongols vivent en bonne intelligence, ayant tous adopté la culture russe, même s’ils  gardent leur religion.

On ne peut véritablement dialoguer avec un état que lorsqu’on a compris les ressorts de son ambition. Les français, nombreux à Saint Pétersbourg depuis la révocation de l’édit de Nantes, régents de la Nouvelle Russie et d’Odessa à travers le duc de Richelieu, son  gouverneur en 1803, savaient de quoi ils parlaient lorsqu’ils plaidaient déjà pour une alliance franco-russe au moment de l’invasion napoléonienne. A sa concrétisation, en 1894, la Russie commença enfin sa révolution industrielle et la France était au cœur du projet.

Suivant l’exemple des Etats Unis qui, après la Révolution française répudiaient leurs dettes vis-à-vis de la France sous le prétexte qu’ils devaient l’argent à un roi qui n’existait plus, Lénine dénonça toutes les conventions financières avec la France sous le prétexte que l’argent avait été prêté au tsar, qui n’existait plus. La crise qui s’en suivit a marqué des générations de français. La Russie de 1991 n’a pas pris la dimension de ce scandale dans la mémoire française. Il faut continuer de lui expliquer.

« Comment, vous défendez la Russie de Poutine, qui est indéfendable ? «  me dira-t-on ! A quoi je demanderai où en était la démocratie en France en 1819, à l’époque de  Custine,  30 ans après 1789 ?

Il s’agit de savoir si la France a, ou non, intérêt à renouer avec la Russie. L’exposition en cours est un geste dans ce sens, en rappelant ce que les deux nations doivent l’une à l’autre et en mettant en évidence un « soft power » que la France est la seule à avoir. La relation entre deux Etats ne doit pas dépendre de dirigeants forcément provisoires, mais de données économiques et géo politiques étayées par le tropisme réciproque de deux peuples.

A cette aune, la réponse est évidente. Chaque fois que la Russie s’est allié à nos voisins de l’est, les choses ont mal tourné pour la France, quel que soit son régime politique. Chaque fois que les deux pays ont travaillé ensemble, c’est le contraire qui s’est passé. C’est précisément ce que montre l’exposition de Moscou qui dégage un fort potentiel émotionnel. Les Russes en sont à requalifier nos conflits en querelles de famille !  On est loin de la Russie de Custine !

Hélas, il manque à cette empathie une politique, des projets et des hommes qui la matérialiseraient.

La France désindustrialisée n’a plus grand-chose à apporter à une Russie qui est comme chez elle en Allemagne 70 ans après avoir conquis Berlin, et qui ouvre toutes les portes aux entreprises allemandes. Même chose avec le Japon. Et la prise en main de la Sibérie par les capitaux chinois n’est qu’une question de temps. Et pourtant ce qui existe marche : Renault, Total, Auchan (premier employeur étranger en Russie), mais on les compte sur les doigts d’une main. Il suffirait d’un bon accord économique et financier pour que tout démarre. Nous devrions peut-être prendre exemple sur les allemands dans nos protestations sociétales et géopolitiques teintées de naïveté. Ne pas nous laisser entrainer par des européens anti russes historiques comme les Baltes et la Pologne qui, eux, ont vraiment des raisons de se méfier. Montrer à des dirigeants qui en ont toujours fait preuve à notre égard, du même respect que celui du Président Jacque Chirac, dernier chef d’Etat à avoir une juste vue de l’importance de la Russie pour la France.

Des projets ? Il y en aurait beaucoup, dans l’espace, l’industrie navale, l’IT, le développement de la Sibérie, terre du XXIIème siècle avec le réchauffement. A condition de les conduire d’état à état . Le détour par l’Europe nous met forcément dans le sillage de l’Allemagne ,ne nous laissant que des miettes. Pas besoin de beaucoup d’imagination mais de beaucoup de travail et de confiance. Alors, une expérience de trente ans en Russie m’autorise à dire que ça marche. Le marquis , engoncé dans ses préjugés aristocratiques, avait prédit une éternité autocratique. Trente ans après la renaissance de la Russie, lentement mais sûrement, un grand retour de la France en Russie pourrait ressusciter une vision commune qui s’était arrêtée en 1917.  Il suffirait de le vouloir.

Christian Mégrelis

Auteur de « Le naufrage de l’Union soviétique : choses vues » Transcontinentale d’Ed. 2020

Chef d’entreprise, vice-président de l’IUE (International Union of Economists)- Académie des Sciences de Russie.

« un petit livre écrit avec jubilation » (sur Christian Mégrelis)

Christian Mégrelis, Le naufrage de l’Union soviétique

Christian de Sinope est né Mégrelis en France et devenu étudiant prodige. Il est entré à polytechnique à 18 ans, a fait HEC et Sciences-po, été sous-lieutenant en Algérie comme Chirac, et s’est retrouvé à la direction générale de l’armement comme haut fonctionnaire avant de rejoindre la Banque française du commerce extérieur avant de créer en 1971 EXA international, société de promotion des exportations françaises. À ce titre, il a lié des contacts avec les anciens dirigeants de l’Union soviétique et à assisté à la chute de l’empire communiste comme conseiller économique du président Gorbatchev durant les 500 Jours (1989-1991) ainsi qu’à la transition hypercapitaliste des années Eltsine où il a rénové les usines du communiste juif américain Armand Hammer.

A 83 ans, il livre ses souvenirs de « choses vues » en trois parties, le voyage, après le naufrage, et maintenant. « J’ai vu sombrer le dernier empire occidental » écrit-il p.222. Dans un pays trop centralisé où règne le Comité central coopté de vieillards, la culture de l’irresponsabilité conduit les industries à attendre les ordres de Moscou et les agriculteurs à ignorer les saisons par soumission aux horaires des bureaucrates, avatar de nos 35 heures partout et en tout service. La recherche ne s’effectue que par espionnage avec l’aide des partis communistes occidentaux et des taupes homosexuelles anglaises. Seul les zeks du Goulag, ces esclaves modernes non payés et à peine nourris, bâtissent et construisent à moindre coût. Une fois le système effondré après Brejnev, rien ne va plus. La passivité, la vodka et la baise libre engendrent l’irresponsabilité générale où seuls les plus malins arrivent à devenir les plus forts.

L’auteur analyse assez bien le fonctionnement du dinosaure bureaucratique qui était l’empire multinational issu du stalinisme et qui a été bousculé par les jeunes komsomols devenus oligarques sans changer de privilège ni de caste. Pour lui, les exemples divergents de la Russie et de la Finlande depuis 1917, pays très proches par la population, le climat et l’éducation, montrent combien la dictature totalitaire d’un peuple aboutit à le déresponsabiliser de toute initiative et de toute volonté au travail. La civilisation russe remonte à Byzance et aux Mongols, un césaropapisme fondé sur l’image du tsar comme pivot central et centre de tout pouvoir. La Russie n’a connu son Moyen Âge qu’au moment de la Renaissance en Europe et elle connaît son épisode de libéralisation capitaliste qu’au moment où la social-démocratie devient écologisme. Durant les années Eltsine, la Russie était le Far-West européen, visant à une improbable synthèse entre le libéralisme social de l’Europe du Nord et du despotisme asiatique. Aujourd’hui, la chienlit c’est fini. L’autoritarisme a repris ses habitudes d’autocratie et le peuple s’en contente mais le pays stagne.

Comme la Russie est depuis longtemps rejetée par l’Occident au prétexte de dictature et de menace communiste, elle tente de se tourner vers l’Asie mais, s’il existe certains intérêts économiques à court terme sur l’exploitation des ressources avec les Chinois, ou de stratégie militaire avec certains pays arabes, « aucun grand créateur russe n’est allé puiser aux sources orientales » p.228. Plus de 80 % de la population russe habite du côté européen de l’Oural et la population diminue inexorablement faute de croire en l’avenir et de système de santé au niveau.

L’auteur a un petit côté observateur ingénu comme « Fabrice à Waterloo » qu’il cite p.220. Le drame de la Russie d’aujourd’hui est pour lui que les grandes fortunes se trouvent à l’étranger et ne financent pas l’économie locale, faute de confiance envers les institutions. La main-d’œuvre reste mal formée, les travailleurs venus des ex-républiques soviétiques étant moins chers. Faire émerger des entrepreneurs est donc une gageure. Les cadres partis à l’étranger ne reviennent pas.

Ce livre de souvenirs et de réflexions, édité dans sa propre maison d’édition fondée en 1985 pour la Bible se lit facilement et rappelle des faits d’évidence. Des anecdotes personnelles sont ponctuées d’articles publiés en leur temps et la conclusion est une analyse d’une Russie éternelle qui change trop peu et trop vite, auprès de laquelle les Allemands, par principe de réalité, savent trouver leur intérêt économique tandis que les Français restent soumis à l’idéologie américaine et ne concrétisent pas leur image culturelle pourtant valorisée.

À la date du 30e anniversaire de la chute de l’URSS, ce petit livre écrit avec jubilation est une bonne introduction à l’histoire récente et au caractère de cette Russie si proche et si lointaine, avec Poutine en grand méchant loup que l’auteur s’amuse à écrire « Putin » pour son ambiguïté en français.

Christian Mégrelis, Le naufrage de l’Union soviétique – choses vues, 2020, Transcontinentale d’éditions, 261 pages, €19.11

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com