Dans « A Voix nues » de Sandrine Treiner sur France Culture, Jean-Yves Tadié évoque « La chambre de Léonie » d’Hélène Waysbord qu’il préface pour les éditions le Vistemboir

L’écrivain Jean-Yves Tadié parle de Marcel Proust. Itw de celui-ci. Il évoque notamment le livre d’Hélène Waysbord, « La chambre de Léonie » paru aux éditions Le Vistemboir. Réécouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/en-attendant-vos-memoires

Et s’il n’y avait pas eu Proust… ? Et s’il n’y avait plus Proust ? Et comment expliquer la réapparition-étrange-des fameux « 75 Feuillets et autres manuscrits inédits »….après des décennies d’absence ? S’ils avaient resurgi plus tôt, le travail de Jean-Yves Tadié en eût-il été changé ?

Portrait de Jean-Yves Tadié en 2020 Crédits : Francesca Mantovani/ Editions Gallimard

…Où l’on revient-sans conclusion précise et définitive…- sur le mystère des 75 feuillets inédits de Marcel Proust, que l’éditeur Bernard de Fallois conservait depuis plusieurs décennies.75 feuillets qui pourraient évidemment, selon Jean-Yves Tadié, trouver trace dans une édition complétée d’ A la Recherche du Temps Perdu, dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Une vie sans Proust serait-elle possible ? Eût-elle été possible ? Proust, que Céleste Albaret, qui fut à son service de longues années, jour après jour, nuit après nuit, qualifiait d’ange gardien. Proust fut-il l’ange gardien de Jean-Yves Tadié ? La question n’a sans doute guère de sens : l’essentiel, pour l’universitaire et éditeur, est de faire lire Proust : « on peut ouvrir à n’importe quelle page, lire un passage et l’expliquer, le faire aimer à son auditoire…même à des enfants de l’école primaire ! Cela dit, chacun est libre de ne pas aimer Proust ! Ce qui est triste, c’est de n’aimer personne, de n’apprécier aucun écrivain ».

Jean-Yves Tadié aime rencontrer des « proustiens », mais ne déteste pas la confrontation avec des lecteurs réticents, voire hostiles à l’œuvre de Proust. Une œuvre, encore une fois, qu’il ne raconte pas, mais dont il aime dire la genèse, sa vision de la société- : le peuple de Proust, par exemple, est « celui de Michelet et des cathédrales, des vitraux, des bas-reliefs ».

Michelle Gaillard consacre son émission à « La Chambre de Léonie » d’Hélène Waysbord sur Fréquence Protestante

Réécouter l’émission ici : https://frequenceprotestante.com/diffusion/clin-doeil-du-17-12-2021-2/

Ancienne professeur de lettres, Hélène Waysbord va relire Proust alors qu’elle est en Normandie pendant le confinement. Les correspondances qui vont alors s‘établir avec ses douleurs d’enfance – la disparition de ses parents à Auschwitz -, lui font écrire une leçon de littérature avec un livre inclassable : « La chambre de Léonie » paru aux ed. Vistemboir.

Hélène Waysbord fut aussi conseillère de François Mitterrand pour les grands projets, et présidente de la Maison des enfants d’Izieu.

« une réflexion formidable, et une mise en perspective des vertus de la littérature. » par Christine Bini

jeudi 18 novembre 2021

La Chambre de Léonie de Hélène Waysbord

Hélène Waysbord, La Chambre de Léonie, éd. Le Vistemboir, septembre 2021. 
Il y a bien des manières de parler de ses lectures, ou des auteurs que l’on aime. Hélène Waysbord en revient toujours à Proust, et singulièrement à la tante Léonie, la malade recluse dans sa chambre qui sait tout de ce qui se passe dans le village. Waysbord en revient à Proust, et intègre sa connaissance de l’œuvre à son propre parcours de petite fille juive réfugiée dans un coin de Normandie durant la guerre, de conseillère de Mitterrand qui lui avait confié des responsabilités importantes sur le dossier des grands travaux, et d’électrice consciencieuse confinée soudainement dans sa maison de campagne normande pour cause de virus. Les lectures personnelles, et presque intimes, sont parfois plus intéressantes que les traités universitaires. C’est dans ce genre d’ouvrages que l’on comprend l’importance de la littérature. Que l’on comprend ce que la littérature nous fait, et combien elle nous aide. 

Le confinement a été une sorte de sidération, pour nous tous. Pour Hélène Waysbord, il a été, entre autres, l’occasion d’écouter la voix de Céleste Albaret, à la radio. Cette replongée proustienne appelle le texte. Mais tous les livres importants sont à Paris, inaccessibles, dans la maison normande il n’y a que des ouvrages dénichés en brocante, dans lesquels il faut retrouver le passage que l’on cherche dans une pagination autre que celle de la Pléiade. Jean-Yves Tadié, qui a dirigé la nouvelle édition de La Recherche dans cette collection, signe d’ailleurs la préface du texte d’Hélène Waysbord. Il écrit : «  Si la littérature s’adresse d’abord à la sensation […] elle révèle aussi les secrets de nos vies, les met en lumière et permet de les accepter. » Ainsi Hélène Waysbord explique-t-elle que le prénom de Proust, Marcel, donnait un éclairage particulier à un paysan normand de son enfance qu’elle n’a jamais oublié. 

Cette lecture intime, nourrie de tout le savoir d’une vie – Waysbord, étudiante, a travaillé la métaphore chez Proust quand ce n’était pas encore dans l’air du temps universitaire – est une lecture sensible, bien entendu, mais aussi une lecture essentielle du point de vue non de l’autobiographie, mais du sentiment de sa propre vie : « Il faut un long temps pour décrypter le livre inscrit en soi en caractères illisibles tant que des phrases écrites par d’autres n’ont pas prêté main forte. » Quel bel hommage à la littérature ! Hommage sensé, ressenti et expérimenté. « Il n’est pas question de mémoire. Il s’agit d’une navigation sans boussole dans l’épaisseur du temps où le passé coexiste avec le présent. » La voix de Céleste Albaret à la radio, la publication d’un inédit de Proust, le confinement forcé en Normandie ont permis cette jonction des temps personnels d’Hélène Waysbord : la disparition des parents, la fillette cachée en Normandie, l’étudiante et l’enseignante, la conseillère du Prince et la dépression subséquente… tous les temps regroupés en un mouvement sphérique, cohérent. Comme Proust écrivant le début et la fin de La Recherche dans le même élan. 

Ce livre, tout personnel, parlera à tout lecteur. Parce qu’il n’est pas un témoignage, mais une réflexion formidable, et une mise en perspective des vertus de la littérature. 

*

Hélène Waysbord est née à Paris dans une famille de juifs étrangers, déportés à Auschwitz. Cachée en Normandie et devenue pupille de la nation, elle fit des études classiques et enseigna en classes préparatoires au Lycée Malherbe à Caen. Elle fut à partir de 1982 conseillère de François Mitterrand pour les Grands projets.

Au début des années 2000,  Présidente de la Maison des enfants d’Izieu et haut fonctionnaire au ministère de l’Education nationale, elle conduisit des missions successives sur le thème de la mémoire pour lutter contre l’antisémitisme et le racisme.

L’excellent site Proustonomics de Nicolas Ragonneau nous livre un entretien magnifique avec Hélène Waysbord

Entretien avec Hélène Waysbord

Published by Nicolas Ragonneau on 

Entretien avec Hélène Waysbord pour son livre La Chambre de Léonie, paru au début de l’été aux éditions Le Vistemboir, préfacé par Jean-Yves TadiéUn échange qui se poursuivra avec Hélène, Jean-Yves et moi-même à la Librairie Gallimard Raspail le 25 novembre à 19h.

Par l’exploration de chambres successives, certaines symboliques, romanesques et d’autres bien réelles, Hélène Waysbord mêle, dans La Chambre de Léonie, sa relecture de la Recherche pendant les récents confinements à une évocation de sa vie passée, faites de douleurs indicibles, de rencontres et de combats, des grands travaux mitterrandiens à la conception de la Maison d’Izieu, dont elle a été la présidente de 2004 à 2016, et désormais la présidente d’honneur. Rescapée de la Shoah, Hélène Waysbord livre, d’une voix douce et forte, un témoignage d’une intimité sans pareille.

Au début de votre livre, vous évoquez brièvement votre première lecture de la Recherche, à la fin des années 50. Quel souvenir, quelles impressions en gardez-vous ?
Avant ma décision de consacrer mon année de maîtrise à Proust, je n’ai aucun souvenir précis de lecture. J’avais dû lire un extrait isolé ou deux. L’auteur de la Recherche était très peu cité et très peu lu à l’époque. Je peux imaginer des raisons non formulées ou mal formulées, de l’envie de lire, l’idée d’une œuvre en quête, en mouvement, non figée comme le sentiment intérieur que j’avais de ma vie, recommencée par hasard en un lieu improbable suite à l’arrestation de mes parents. Peut-être le nom de Swann, sa douceur a‑t-il joué. Et surtout un arrière-plan de judéité qui m’avait condamnée et que j’avais refoulée dans la vie villageoise en me conformant au moule commun pour être acceptée et vivre.

Qu’avez-vous appris de l’écriture de Proust avec ce travail ? qu’est-ce qu’on y voit à la lumière des lettres classiques ?
La métaphore, pourquoi ce choix ? L’écriture l’a élucidé bien après et j’ai compris qu’il était en effet très pertinent pour moi. Mon travail était focalisé sur le rôle de l’image si important dans la narration proustienne. La passion de Proust pour les images, les portraits est bien documentée. On sait qu’il les empruntait volontiers aux amis sans les rendre. Il était passionné par les inventions contemporaines, la photo, le cinéma muet. L’œuvre en fait un large usage, une référence artistique permet souvent de mieux caractériser un personnage, d’en fixer les traits, comme pour Odette. C’est un moyen concret de mieux voir et aussi de suivre le récit sans s’embarrasser de psychologie. La métamorphose est de règle dans l’évolution des personnages.
La Recherche est un univers peuplé d’images, tandis que moi je n’en avais aucune pour figurer le monde perdu qui avait été le mien. C’était un monde déserté.

Est-ce que l’exercice de la version en grec et en latin permet d’embrasser plus facilement les longues phrases de Proust ?
Les langues anciennes sont une école de discipline et de rigueur pour entrer dans des schémas syntaxiques très différents de nos usages, et ainsi donner accès à une autre forme de pensée. Les périodes souvent très longues de l’art oratoire romain, ou les incises de l’historien aident à suivre les longs développements proustiens, leur solidité narrative avec ses décrochements.

Votre livre appartient à deux genres nouveaux : le livre “écrit pendant le confinement” et le récit d’une relecture. Cette relecture de la Recherche s’est faite plus de soixante ans plus tard. L’avez-vous relu dans l’édition de votre première impression, celle de Clarac et Ferré, ou dans l’édition de Jean-Yves Tadié ?
Je l’ai relu dans la première édition Clarac où j’ai mes repères de travail. Les travaux sur la lecture ont montré l’importance de l’édition qui est celle d’une première lecture. Proust lui-même s’est exprimé en ce sens. L’édition de Jean-Yves Tadié est d’un apport considérable pour nous livrer une œuvre dont la publication était inachevée au moment de la mort de son auteur. Le travail immense sur les manuscrits dispersés nous permet de lire une version qui est aussi proche que possible de la volonté de son auteur.

Pourquoi, selon vous, la Recherche est-il « un livre de relecture » perpétuel ?
C’est le livre de toute une vie de façon absolue dans la mesure où la moindre note, le moindre billet écrit se retrouve quelques part repris. Dès 1903 dans une lettre à sa mère que je cite, Proust est complètement déterminé et lucide. Il va progresser par reprises successives sans cesse pour être au plus près de la vérité recherchée dans une forme d’art pour moi proche de la peinture de Cézanne. À la différence de Proust Cézanne a travaillé sur un monde circonscrit, celui d’Aix et de la Montagne Saint Geneviève. C’est devenu son Graal. De son vivant il a produit peu de tableaux achevés sur base d’esquisses ajournées et sans cesse reprises dans l’insatisfaction de ne pas avoir atteint l’idéal. En cela il rappelle le travail interminable de Proust.

“J’allais quitter un monde que je m’étais construit, un abri pour la passion qui m’habitait sans que je sache encore quelle zone de douleur elle cachait, sans deviner sous le trouble et l’élan qui portait mon enseignement, une souffrance demeurée muette, l’abandon de moi, l’abandon par moi, d’une silhouette grelottante d’enfant sur le parvis de l’école, une vie soudain désertée, un matin d’octobre… quand le père n’était pas venu me chercher.” Cette seule phrase, si déchirante, fait de La chambre de Léonie sinon un bilan existentiel, métaphysique, mais du moins une sorte de testament affectif. Est-ce qu’on peut dire que cette relecture de la Recherche a été pour vous un révélateur ou un déclencheur de la mémoire involontaire ?

Ma dernière relecture de La Recherche a été un révélateur, le déclenchement de la mémoire involontaire s’est fait avec l’écriture de mon premier livre, L’Amour sans visage (Christian Bourgois, 2013) où j’évoquais un passé perdu sans trace de souvenirs. Cela a demandé beaucoup de temps, un travail déchirant de réappropriation de l’inconscient d’une enfant lors de la rupture tragique qui l’écarte des siens à jamais. Ce fut une écriture frappée du sceau de la catastrophe qui m’a apaisée une fois achevé et qui a donné un visage à mes parents, Jacques et Fanny. Ma dernière relecture pour Léonie m’a révélé le pourquoi de la métaphore qui consiste à mettre une chose à la place d’une autre. Il est difficile d’exprimer cela sans forcer le sens, toujours volatile et incertain dans l’écriture. Mais j’ai compris la force de l’élan qui m’emportait vers la littérature.

À la fin de votre livre, vous écrivez : “Il n’est pas question de mémoire, il s’agit d’une navigation sans boussole dans l’épaisseur du temps où le passé coexiste avec le présent. Le corps parle tel un épiderme mémoriel où les sensations ont tracé leur sillon. Des moments rares qu’on ne commande pas à volonté mais qu’il convient de recevoir comme une grâce et un travail.” Est-ce que Proust permet cela, et pourquoi davantage que d’autres auteurs ?
Proust le permet et même l’a initié. Après lui comment évoquer des images préformées du passé quand il nous propose des expériences vives où présent et passé fusionnent dans un éclair. C’est l’auteur allemand Walter Benjamin, grand admirateur de Proust qui en a le mieux parlé et a tiré de cette expérience sa philosophie du temps. La vie intérieure se moque de la chronologie, elle procède par bonds et saccades.

En janvier 2019, vous avez été reçue au Bundestag avec d’autres enfants cachés, dont l’historien Saul Friedländer. Deux ans plus tard, il publie À la recherche de Proust en mai, et vous La chambre de Léonie en juin. Avez-vous lu son livre et que vous inspire cette coïncidence ?
Lors de la réception au Bundestag j’avais parlé à Saul Friedlander sans savoir à quoi il se consacrait et il m’avait confié que Proust comptait plus que tout. J’ai lu son livre à sa sortie, un témoignage très riche et précis, personnel par un écrivain reconnu ayant traversé des épreuves inouïes. Dans sa conclusion le thème juif est prédominant et il reproche au narrateur sa dissimulation. Dans mon récit La chambre de Léonie, je tente d’analyser le dispositif narratif inventé par le narrateur : aveu et secret, exprimer et dissimuler vont de pair. La contestation morale n’a pas sa place dans l’œuvre de Proust.

Toute votre vie vous avez combattu le racisme et l’antisémitisme et œuvré contre l’oubli. Vous vous êtes engagée politiquement, aux côtés de François Mitterrand. Depuis quelques semaines, les provocations d’Eric Zemmour et sa réhabilitation du régime de Vichy divisent profondément les juifs français. Est-ce qu’on doit selon vous s’inquiéter de ce phénomène de réécriture de l’Histoire (et la séduction qu’elle provoque dans une communauté qui en fut la première victime), ou est-ce que vous le voyez comme une péripétie qui disparaîtra aussi vite qu’elle est apparue ?Les exemples du passé nous incitent à réfléchir. Des provocateurs, méprisés au départ par les puissants au pouvoir comme Hitler l’était des militaires qui le condamnaient à faire antichambre de longues heures d’attente, se sont imposés.
Les tentatives de récrire l’Histoire sont pratique courante dans le monde où nous vivons. Eric Zemmour est un personnage dangereux par le brouillage des catégories qu’il pratique, doué d’un sens du spectacle dont il joue. Hitler s’entraînait au micro et le résultat fut un succès oratoire incontestable dès qu’il s’emparait de la parole. La judéité de Zemmour peut apparaître à certains comme une caution alors qu’elle est un leurre, au bout du compte c’est un antisémite et un raciste. Méfions-nous des histrions.

Hélène Waysbord reçue par l’Institut culturel du judaïsme à Lyon

Hélène Waysbord reçue par l’Institut culturel du judaïsme à Lyon

Hélène Waysbord à l’Institut culturel du judaïsme
Dimanche 7 novembre, Hélène Waysbord était l’invitée de l’Institut culturel du judaïsme pour présenter son dernier ouvrage intitulé “La chambre de Léonie” publié par les éditions le Vistemboir.
Henri Fitouchi, directeur de l’Institut, a accueilli les nombreux participants parmi lesquels Dominique Vidaud, Directeur de la Maison des enfants d’Izieu, partenaire de l’évènement.
Le public a suivi, avec attention et grand intérêt, l’échange de la romancière avec Patricia Drai qui a rappelé le parcours personnel et professionnel de la Présidente d’Honneur de la Maison des enfants d’Izieu.
Hélène Waysbord a évoqué l’œuvre de Marcel Proust qui lui a inspiré ce livre, mais aussi son parcours personnel.
Joëlle Vincent, romancière et poétesse, passionnée de l’œuvre de Proust, a livré une chronique juste et sensible sur “La chambre de Léonie”.
Une séance de dédicaces a clôturé cette après-midi conviviale offrant à Hélène Waysbord le plaisir de prolonger les échanges avec un public ravi.

Zone critique met à l’honneur « La Chambre de Léonie » d’Hélène Waysbord aux éditions Le Vistemboir

Hélène Waysbord : une chambre à soi avec Marcel Proust

Henri Matisse, La Chambre rouge

N’importe quel lecteur et admirateur de Proust sait que la plus grande joie que procure la Recherche du temps perdu consiste en une relecture infinie et à en parler avec d’autres lecteurs. Hélène Waysbord nous fait le don de cet échange à travers son délicat ouvrage La chambre de Léonie, écrit en période de confinement – ce détail n’est pas anodin. Il s’agit bien d’une conversation, au cours de laquelle l’auteure tantôt nous offre sa vision de l’œuvre, tantôt se confie sur son existence. Ces deux angles de composition résultent du rapport singulier qu’Hélène Waysbord entretient avec la mémoire, qui l’a inévitablement menée à pénétrer avec abandon et délice dans la prose proustienne.

« Chaque être sans doute reste le corps vibrant porteur des traces  d’origine qui l’ont comblé, seules quelques-unes seront vivifiées. Proust apprend cela si on s’abandonne à lui. » (p. 119 et 120)

Hélène Waysbord et Marcel Proust : un compagnonnage intime

Au début, il y eut une perte
Celle de ses parents, déportés puis assassinés à Auschwitz à l’automne 1942 puis au printemps 1943, années maudites entre toutes. Perte des repères, perte de l’amour donné, perte du Tout par lequel l’enfant s’attache au monde et s’y reflète, sans effort. Acter cette perte, c’est accepter de ne plus recevoir l’image de son propre reflet dans le monde et par conséquent, demeurer démuni. Isolé. Dépossédé. Hanté. Tout cela, Hélène Waysbord l’a été tour à tour, simultanément, invariablement. Habitée par une histoire qui est la sienne et qui lui échappe, qui la plonge dans le désarroi de l’identité dérobée.

Puis, il y eut la vie.
L’enfance recommencée malgré tout, dénuée d’illusions et emplie de l’incertitude des années de guerre, qui finit enfin, objectivement, mais continue d’habiter une subjectivité dorénavant marquée du sceau de l’effroi. Des études en littérature, une thèse de doctorat sur la métaphore dans l’œuvre de Proust, un mariage, l’enseignement, des activités culturelles auprès du gouvernement de François Mitterand, dans les années 1980. En 2013, Hélène Waysbord publie L’Amour sans visage, chez Christian Bourgois, puis Alex ou le porte-drapeau une année plus tard. Le premier est suivi des lettres que son père écrivit depuis le camp où il était interné avant sa déportation et de leur commentaire rétrospectif par sa fille, Hélène Waysbord. Ces deux récits, surgis des profondeurs de l’enfance orpheline, sont bouleversants comme le sont les témoignages qui exposent le vertige des existences rongées par l’indicible. Elle a longtemps présidé l’Association de la maison des enfants d’Izieu, qui fut un asile temporaire pour quarante-quatre enfants juifs de toutes nationalités, finalement déportés en 1944.

En période de confinement inattendu, Hélène Waysbord prend la plume pour examiner la chambre comme kaléidoscope de la vie morcelée, comme bastide clandestine, qui protège et isole en même temps.

Mais l’auteure de La Chambre de Léonie est avant tout une grande lectrice et spécialiste de Proust. Quoi de plus symbolique que de faire l’inventaire des chambres dans la Recherche du temps perdu, quand on a soi-même été une enfant recueillie, cachée entre quatre murs, puis retenue dans les chambres par la douleur, la stupeur, la mélancolie des jours qui passent sans pouvoir éclaircir les heures troubles du passé ? En période de confinement inattendu, de passage en Normandie en mars 2020, Hélène Waysbord prend la plume pour examiner la chambre comme kaléidoscope de la vie morcelée, comme bastide clandestine, qui protège et isole en même temps. Mais la chambre a surtout été, de tout temps, le lieu par excellence de la lecture solitaire, cette activité qui nous prête des vêtements imaginaires « pour jouer en costumes ces rôles où l’on s’apprend soi-même » (p. 17). Pour Hélène Waysbord, le livre reste ce professeur muet, qui nous offre une possibilité de « proximité immédiate » (p. 117) avec un écrivain aujourd’hui disparu, mais si familier grâce à l’œuvre apte à témoigner de sa présence bien plus intimement – et même, charnellement – que n’importe quelle rencontre : « Je me sentis d’emblée concernée par une lecture du monde qui ne livrait pas ses secrets » (p. 73). La lecture de l’œuvre de Marcel Proust a contribué à éclairer le chemin nébuleux des méandres de la tragédie personnelle d’Hélène Waysbord ; à nommer les minuscules pans de lumière reconquise – tels, dans l’œuvre, « le petit pan de mur jaune » et le « rayon de soleil sur le balcon »  – là où n’importe qui d’autre n’aurait rien vu, rien que des ombres, des traces qu’on soupçonne, à moitié effacées, à moitié ignorées.

Dans La Recherche du temps perdu, la chambre de Léonie est la chambre des chambres, le refuge de la tante malade, de la femme prostrée, mais aussi de la rumeur et de l’observation, dans laquelle le narrateur s’abreuve du thé magique qui lui vaudra d’être, des années plus tard, transporté pour la première fois dans le labyrinthe de la mémoire qu’il parcourt dans son œuvre. De la chambre de sa tante Léonie, le narrateur retient le lit, cette matrice et ce sanctuaire de la création dont on sait par l’entremise de Céleste Albaret que Proust lui-même y écrivit l’intégralité de son œuvre :

[…] Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n’avait plus voulu quitter, d’abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne « descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d’idée fixe et de dévotion.[1]

Le resserrement du monde de Léonie à la ville, puis aux différents contenants dont le dernier est le lit permet à Proust de colorer ce lit-matrice de toute la palette morale de l’intériorité de celle qui s’y tient. En somme, Combray est la métonymie du lit de tante Léonie, et plus encore, en vient à symboliser toutes les âmes ayant été terrassées par un chagrin incommensurable. Cette petite bourgade triste, résumée par son église un peu morne, résonne de l’écho de toutes les voix fluettes qui n’ont plus la force de se révolter contre le désastre, la perte, l’oubli contre lequel il faut lutter. Mais le lit d’une petite bonne femme qui ânonne seule et dont les paroles évanescentes disparaissent à tout jamais fait place, grâce à la vocation du narrateur, au lit comme métaphore de l’intériorité et de la mémoire. Celui sur lequel s’ouvre le roman tout entier annonce tous les autres, surgis de l’imagination du petit Marcel qui se tourne et se retourne, exaspéré mais déjà à demi assoupi, en pensant au baiser trop court que sa mère a bien voulu venir lui donner quelques instants auparavant, et qu’elle a emporté avec elle en fermant la porte de la chambre. Ce lit où il éprouve sa solitude sera, dans une autre dimension, celui où l’écrivain passa, pelotonné, la plus grande partie de sa vie pour composer l’intégralité de son œuvre, enveloppé dans le nuage opaque et presque irréel de ses fumigations contre l’asthme.

Un inventaire poétique

Composé de courts chapitres permettant d’en faire un bréviaire à consulter par entrées, La Chambre de Léonie revient sur quelques chambres de la vie d’Hélène Waysbord

Composé de courts chapitres permettant d’en faire un bréviaire à consulter par entrées, La Chambre de Léonie revient sur quelques chambres de la vie d’Hélène Waysbord, de la chambre « de satin rose dragée », où l’orpheline de cinq ans fut recueillie après la « disparition » de ses parents, à la « Chambre rouge » de Matisse, qui revêt une importance capitale aux yeux de l’auteure, car cette toile lui permit d’envisager, après une phase particulièrement cruelle d’égarement « empli de menaces », « un monde où vivre » (p. 104 et 105). La description qu’elle en fait après l’avoir découverte au Musée de Lille est un enchantement : en pénétrant dans les tourments de sa mémoire, Hélène Waysbord nous donne aussi accès aux étincelles de beauté que ses yeux ne cessent de percevoir, malgré la perte qui revient, le désarroi qui demeure :

La chambre selon Matisse devenait un lieu total de contemplation, de jouissance silencieuse, sans irruption menaçante du dehors avec l’œil de la Gestapo derrière chaque porte, comme un pistolet pointé. (p. 106)

L’œuvre comme chambre où se lover, où trouver refuge contre les abîmes et la folie, mais également où commencer à écrire ce qui se dérobe quand le péril guette, apparaît évidemment en filigrane dans ces lignes. La chambre de Léonie accomplit un doux va-et-vient entre les souvenirs de la jeune orpheline observatrice que fut – et que restera toujours – Hélène Waysbord, et une réflexion sur la lecture, sur l’enchantement permis par la prose proustienne toute droite sortie non pas d’une mais de nombreuses chambres, c’est-à-dire d’un lit d’homme confiné : successivement au Grand Hôtel de Cabourg, à l’hôtel des Réservoirs à Versailles, à Paris enfin. L’auteure rappelle à quel point Marcel Proust était relégué lui aussi par sa santé fragile et ses poumons délicats à l’espace domestique et intime du lit, et aime à penser que malade ou pas, « chacun se cache » dans sa chambre, dans un espace où dissimuler sa différence, ses désirs et ses chagrins honteux, son corps éprouvé. La chambre comme lieu de confinement et refuge au monde extérieur et à sa brutalité, devient sous la plume d’Hélène Waysbord un espace sacré « au sens ancien, dans [lequel] on ne peut entrer » sans avoir sonné (p. 96).

Le charme de ce livre réside dans la confiance qu’Hélène Waysbord accorde au lecteur, dans le fait de bien vouloir lui confier ses tourments fondateurs

Le motif de la chambre fait la part belle aux dispositifs d’observation mis en place dans La Recherche du temps perdu, le roman des apparences et des mirages, mais surtout de la surveillance, voire, de l’espionnage. Aux dires de Céleste Albaret, Proust ne sortait jamais de chez lui qu’avec « un objectif précis en chasseur d’un détail ou en pèlerin de ses personnages » (p. 80). On imagine aisément Hélène Waysbord, à la poursuite d’un passé impénétrable, d’une enfance volée et inconsolée, en investigatrice infatigable, « en recherche d’un père protecteur et idole, abruptement arraché » (p. 54). On croise sans surprise dans La chambre de Léonie un spectre inversé d’Albertine sous la forme de ce père trop aimé et qui n’aime pas en retour, disparu sans crier gare. Une enfant est déplacée malgré elle d’Argenteuil en banlieue parisienne vers un village lointain, anonyme, et trouve refuge au « café en face de la gare », dans « la chambre de satin rose dragée », « où le romanesque prend son envol », et qu’elle préfère à la salle du bas avec « ses contigüités équivoques » (p. 24). Une jeune femme se marie dans les années 1950 et décrit sa relation à l’auteur de La Recherche du temps perdu comme destinée « à durer bien au-delà de ce qu’[elle aurait] pu croire » (p. 72). Il y a quelque chose de Modiano chez Hélène Waysbord : dans la permanence de l’énigme au cœur de l’existence, mais également dans la douceur infinie qui émane de leurs récits respectifs. L’un et l’autre voguent, au gré de leurs gouffres, sur une mer instable mais protectrice. Leur vie apparaît comme une négociation perpétuelle avec le précipice et la matrice. Ils partagent avec Céleste Albaret, l’inoubliable femme de chambre de Proust, le temps propre au célèbre écrivain : celui-ci n’a plus rien de commun avec le temps des autres, celle de l’horloge parlante ou des gares. Il s’étire inconsidérément, mais surtout, dessine une nouvelle dimension : celle où l’identité et la mémoire se confondent.

Le charme de ce livre réside dans la confiance qu’Hélène Waysbord accorde au lecteur, dans le fait de bien vouloir lui confier ses tourments fondateurs, et de les lui laisser associer avec la grâce rédemptrice des récits proustiens, auxquels elle mêle sa voix, dans une fugue envoûtante et poétique.

  • Hélène Waysbord, La chambre de Léonie, Préface de Jean-Yves Tadié, éditions Le Vistemboir, Paris, 2021.

Fanny Arama

[1] Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Gallimard, coll. « Folio », édition présentée et annotée par Antoine Compagnon, 1988, p. 48 (je souligne).

Un superbe article de l’écrivain Marie Desjardins sur « La Chambre de Léonie » dans La Métropole

 

Du côté de l’expérience Proust

Marie Desjardins

C’est un voyage intérieur que propose Hélène Waysbord avec La chambre de Léonie, paru aux éditions Le Vistemboir : un essai tenant du récit, un récit tenant de l’essai, une réflexion psychologique et philosophique, un ouvrage biographique ajoutant à la connaissance de l’auteur d’À la recherche du temps perdu, Marcel Proust. Biographie, en effet, en ce que la biographie est une famille, un ensemble. Dans cette perspective, elle devrait s’écrire avec la majuscule, toutes les biographies, avec une minuscule, étant ses constituants, autant de prismes du kaléidoscope.

La biographie est un genre, si l’on peut dire, car comment atteindre à la vérité du personnage (ce que recommandait André Maurois lui-même) ? Le chemin le plus sûr est sans doute celui de sa propre vérité. Or c’est celui qu’emprunte Hélène Waysbord, conseillère de François Mitterand dans les années quatre-vingt pour les Grands projets. C’est en exposant son sentiment, son expérience, du grand écrivain qu’elle parvient à en fournir un éclairage peut-être pas nouveau, mais personnel et par conséquent unique. Tous les livres sur l’analyse d’une figure sont utiles, fussent-ils littéraires ou non. La recherche ne s’achève jamais. Aussi ne peut-on pas se surprendre d’une énième parution sur Proust, en l’occurrence. Chaque pierre participe à l’édification de la connaissance.

Tout lecteur de Proust, même d’une infime partie de son œuvre, s’il est fasciné par le personnage, yeux sombres, élégant, énigmatique, camélia à la boutonnière, presque mystique dans sa démarche, trouvera donc son compte dans cet essai, ne serait-ce que pour un détail… celui que rapporte Waysbord, par exemple, au sujet de la voix exceptionnelle du créateur de Swann, en citant ce que Cocteau en dit : « Cette voix n’arrivait pas de la gorge, mais des centres elle avait un lointain inouï. »  Le détail est fondamental au tableau, et chaque témoin d’un détail participe à la Biographie. Ainsi, entre autres, Benoist-Méchin relatant sa visite à Proust en 1922, et rappelant le souvenir de ce regard abyssal, brillant littéralement dans la pénombre, surgissant du visage cireux, Proust mourut quelques jours après sa rencontre avec ce jeune intellectuel brillant, collaborateur condamné puis gracié, grand biographe. Waysford et Benoist-Méchin, diamétralement opposés, ont néanmoins dans leur cheminement vers Proust un point commun : ils lui ont consacré une thèse.

La démarche de Waysford est claire : « Comment, se demande-t-elle, faire de Proust mon mystérieux correspondant, personnage et guide à la fois dans mon entreprise audacieuse, sans doute impossible, d’une présence retrouvée ? » Les parents d’Hélène Waysford, juifs, ont été déportés à Auschwitz. Depuis elle n’a jamais cessé d’être à la recherche du temps perdu. La fréquentation de Proust, cet être confiné, devenu orphelin, d’une extrême sensibilité, d’origine juive également, cette pure affinité élective entraîne au moins Waysford sur la voie de l’apaisement. Dans son esprit, le disparu toujours vivant fait œuvre étrange de consolation, un frère dans l’au-delà. C’est l’angle de La chambre de Léonie. Et aussi celui de la genèse de l’œuvre ; « les “écrans” proustiens, qui jalonnent le récit, précise-t-elle, la chambre de Léonie, celle de Vinteuil, ou la cour de l’immeuble du narrateur, sont constitués selon un dispositif identique : cadrage, espionnage, dissimulation. ». Affirmation qu’elle nuance elle-même, englobant dès lors tous les possibles : « Il est tant de façons de lire Proust. »

Par la première phrase, par exemple : « Longtemps je me suis couché de bonne heure. » Si connue, tellement citée… C’est, selon Waysford, « la phrase la plus simple et la plus décantée. […] D’emblée le lieu est privilégié est posé, le lit nocturne, centre du monde à venir. […] Une première phrase qui est le miroir de réfraction où se projettent les nombreuses pages de la Recherche. N’importe qui aurait pu la dire, chacun peut se l’attribuer vu sa simplicité, mais écrire le roman qui suit était réservé à un seul, un grand malade couché, la vie la plus singulière qui soit. »

Cette réflexion si juste est une autre définition de Proust qui étoffe sa Biographie. Celle-là est de Waysford qui, comme son sujet, a accédé à l’écriture par la souffrance, la remise en question, l’affirmation, enfin, à la faveur… d’une pandémie des temps modernes. Son ouvrage est d’actualité, on y lit quelques remarques délicieuses au sujet « d’un minuscule virus » ; comme celle-ci : « le mot confinement, répété à longueur de journée sur les ondes et dans les journaux, avait remplacé la moitié du lexique… » C’est par conséquent lorsqu’elle se retrouve enfermée, comme Proust, que Waysford se met à la rédaction de son expérience avec lui, livrant du coup une foule d’anecdotes éclairant son sujet, bien sûr, mais aussi le parcours général du biographe, dont ses frustrations. Dans le cas de Waysford, l’impossibilité de mettre la main, lors d’une vente à Drouot, sur une lettre capitale de Proust écrite le 18 août 1902 dans laquelle elle comprit que, « dix ans avant la chambre de liège et le retrait, son choix [était] déterminé en tous ses aspects. ». Elle rapporte par ailleurs des joies occasionnelles du biographe à la parution inattendue, notamment, de fragments de nouvelles de jeunesse, dans lesquels la vocation et l’orientation de l’écrivain sont clairement établies.

« J’essaie de suivre l’itinéraire de Proust dans la recherche de son identité profonde. Je retrouve donc ainsi des fragments éclatés de ma propre identité », déclare-t-elle dans une interview lors du festival de Cabourg, en octobre dernier. Un long travail, long d’une vie, personnel, à même le déchirement et la cruauté d’une époque ; « le trou noir de l’arrachement », écrit-elle. Tout ceci a conduit Hélène Waysford à formuler cette conclusion sur Proust, en soi un morceau d’anthologie de réelle critique littéraire, synthétique, exact et limpide : « Chaque être sans doute reste le corps vibrant porteur des traces d’origine qui l’ont comblé, seules quelques-unes seront revivifiées. Proust apprend cela si l’on s’abandonne à lui. »

Quel amour. Quelle leçon de lecture. Comment résister à citer intégralement l’explication que donne Waysford de la méthode de Proust en ce qui concerne ces « traces d’origine » ? Explication qui résume impeccablement cette méthode. « Il n’est pas question de mémoire, il s’agit d’une navigation sans boussole dans l’épaisseur du temps où le passé coexiste avec le présent. Le corps parle tel un épiderme mémoriel où les sensations ont tracé leur sillon. Des moments rares qu’on ne commande pas à volonté, mais qu’il convient de recevoir comme une grâce et un travail. L’intelligence de Proust s’est consacrée à élucider ces instants de temps à l’état pur, arrachés aux contingences du moment, à toute la chronologie de ce qui serait déjà joué. Des images instantanées de l’éternité. »

Il n’y a plus un mot à dire, sinon que le livre qu’on tient dans les mains est par ailleurs très esthétique, tant par son format original, 18 x 18, que par sa couverture très réussie.

Hélène Waysbord, La chambre de Léonie, Préface de Jean-Yves Tadié, Éditions Le Vistemboir, Caen, 2021, 125 pages.