Jean-Jacques Dayries dans Tropical magazine (2026)

Jean-Jacques Dayries dans Tropical magazine (2026)

Saint-Barthélemy,
une de nos plus belles escales !

Texte : Michèle Dayries – Photos : Jean-Jacques Dayries – Traduction : Ellen Lampert-Gréaux

C’est une de nos plus belles escales ! L’exclamation de Michèle et Jean-Jacques, en 2008, au moment de mouiller leur voilier Whisper à Saint-Barthélemy. Pourtant, ils ont connu beaucoup d’îles magiques : Scilly, Sarq, Minquiers, Lipari, Petites Cyclades, Delos, Polynésie…

Sur l’Atlantique

Suivre le sillage de Nelson des deux côtés de l’Atlantique, de Plymouth à Antigua, de Trafalgar à la Sardaigne. Refaire la traversée de Colomb à son premier voyage depuis l’île de la Gomera jusqu’aux Antilles. Lire l’Odyssée à Ithaque. Visiter le monastère de Jean l’évangéliste à Patmos. Rêver à la Venus de Cnide. Voir les guerriers francs prendre Monemvasia… Tant de souvenirs attachants. De belles soirées au mouillage. Sous les étoiles, quand le vent s’est calmé et que la nuit est douce.

Les escales sont la récompense des navigateurs. L’occasion de découvertes délicieuses : chakchouka d’Izmir, langoustes de Skyros, poutargue de thon de San Pietro, espadon, cannoli et cassates de Sicile, ensaïmada et sobresada des Baléares, horchata de chufa et granizado de limon à Alicante, bellota et tommes de brebis et de chèvre à Séville, vanille de Tahaa, vins pied-de-franc à Madère… A Saint-Barthélemy, chaudrée de poissons de roche, colombo de cabri, sorbet préparé avec un corossol du jardin cueilli le matin même…

Les escales ce sont les rencontres. Une bergère au coin d’un champ à Iraklia. Des armateurs grecs à Chios, leur patrie d’origine. La fête de Pâques à Kythnos avec la population rassemblée dans la petite chapelle. Un couple de Levantins à Téos. Un agriculteur à Huahine. Un autre en Guadeloupe, à échanger des plans de caféier. Un pêcheur de langoustes à Bonifacio. Un pêcheur de bars à Aurigny. Les opérateurs d’une grande madrague en Tunisie…

Notre caillou permet des rencontres magnifiques. Comme ce matin de janvier avec Linus Roth, le virtuose allemand, et son Stradivarius de 1703, le « Dancla ». On ne touche pas les vernis qui ont trois siècles sans précautions.

Michèle et Jean-Jacques Dayries en compagnie de Linus Roth et son magnifique et précieux Stradivarius.

Car, un jour, l’escale est devenue la destination. C’est Ici, à Saint-Barthélemy, qu’ils se sont installés il y a plus de quinze ans et qu’ils ont poursuivi leurs activités depuis leur maison entre Colombier et Corossol. Merveille de l’internet et des téléconférences, quand la seule contrainte à gérer est celle du décalage horaire !

Sur l’image, vous ne pouvez pas reconnaître la magistrate et le banquier d’affaires devenu chef d’entreprise, administrateur de sociétés et finalement romancier. Pourtant, c’est le privilège de Saint-Barthélemy. Accueillir au 16ème siècle les émigrés de l’ouest de la France comme aujourd’hui les voileux et les familles aisées et non conformistes, américaines comme européennes. Les artistes en devenir aussi bien que confirmés.

Jean-Jacques a imaginé ici, à Saint-Barthélemy, un projet littéraire : une série de romans qui décrivent des situations réalistes et des métiers d’aujourd’hui, avec des intrigues palpitantes. On a la chance d’entrer dans des univers habituellement interdits. « Du vécu ! » disent les lecteurs. Les héros sont positifs et courageux. Trois romans publiés depuis 2023 : « Jungle en multinationale » décrit la lutte pour le pouvoir des actionnaires d’un groupe hôtelier ; « Un être libre » est le voyage d’un entrepreneur, inspiré par un conte de Diderot ; « Quatuor » est la rencontre d’un concertiste, d’une économiste et de deux journalistes aux ambitions contradictoires.

Je dois vous dire comment Jean-Jacques a créé son dernier roman. C’était un matin au mouillage dans une crique déserte. A l’aube. Le soleil venait d’apparaître. L’air était doux. Une petite brise de création du monde. Il a pensé : tout cette merveille pourrait disparaître en un instant. Une météorite. La folie d’un dictateur malade qui joue avec des armes. La beauté transformée en chaos de fin du monde. A partir de cette idée est né le roman « Elektra, ce météore… » publié par les « Editions La route de la soie » fin 2026.

Elektra est l’héritière d’un groupe d’armement maritime grec dont les porte-conteneurs et les cargos sillonnent les routes du monde. Elle est libre et ravissante. Capricieuse et décidée. Pour venger son père, victime d’un armement concurrent, elle finance des hackers russes qui s’emploient à infecter les logiciels de navigation des flottes concurrentes. Les navires sont immobilisés par les assureurs. Nombre d’usines et de commerces sont à l’arrêt. Une catastrophe. Le même drame qu’on avait connu il y a quelque temps, alors que la chute d’une météorite inconnue et massive était annoncée. La même panique. Une crise économique identique. A la fin, on en réchappe. Mais la vie ne sera plus la même. « Elektra, ce météore… » était écrit avant l’attaque américaine au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz…

Avant ces quatre romans, un recueil illustré publié en français et en anglais : « Petits contes philosophiques de Saint-Barthélemy ». Une évocation pleine d’humour à propos de notre vie dans l’île et de son histoire (tous ces livres sont disponibles à « La case aux livres » de Gustavia).

Ce qui est merveilleux dans le travail d’un romancier, c’est que la perspective est infinie. Il n’y a pas de vacances ni de retraite. Seulement le plaisir de créer et de transmettre des émotions, de l’expérience. De partager les ressorts d’une fiction. De surprendre. De faire rêver. Alors, ici, à Saint-Barthélemy, Jean-Jacques s’y attelle chaque matin avec un plaisir sans cesse renouvelé.

A corossol.

Un matin studieux…

un article profond de Sonia Bressler, docteur en philosophie sur Elektra de Jean-Jacques Dayries

Elektra, ce météore… quand le monde vacille, nous continuons à jouer au Monopoly

Avec une langue vive et un humour parfois féroce, Jean-Jacques Dayries nous place devant une question embarrassante : savons-nous encore reconnaître les catastrophes que nous préparons nous-mêmes ?

Dans le train où s’ouvre Elektra, ce météore…, une porte reste ouverte alors que le TGV file à pleine vitesse. Un voyageur s’en inquiète. Le contrôleur le rassure : tout est organisé. Devant le nombre de suicides, on laisse désormais la porte ouverte pendant une demi-heure. Ceux qui veulent sauter n’ont plus qu’à s’approcher. Quelques sièges plus loin, deux petites filles jouent au Monopoly.

J’aime cette entrée en matière parce qu’elle dit immédiatement la nature du roman. Le monde se dérègle, mais les adultes continuent à fournir des explications raisonnables. Une solution monstrueuse peut prendre le ton d’une procédure ordinaire. Quant aux enfants, ils apprennent à acheter des propriétés et à ruiner leurs adversaires pendant que le train file vers un avenir incertain. Il y a de quoi rire. Puis l’image reste en tête, et l’on rit moins tranquillement.

Jean-Jacques Dayries possède cet art du décalage. Il place côte à côte des faits qui ne devraient pas pouvoir cohabiter : la perspective d’une catastrophe planétaire et les soucis d’une entreprise ; la peur de mourir et l’envie de faire un tour en décapotable ; l’effondrement des certitudes et la nécessité, pour un directeur financier, de préparer ses comptes. Ses personnages ne sont pas indifférents. Ils ont simplement du mal à renoncer aux gestes qui donnent forme à leurs journées. Qui saurait faire autrement ?

Louis, l’un des fils conducteurs du roman, écrit sur son ordinateur pendant que la menace venue du ciel se précise. Il note ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il ne comprend pas. Son récit donne une place à la peur sans lui abandonner toute la pensée. Autour de lui, la famille cherche à se rejoindre, à se protéger, à maintenir quelques habitudes. Ces scènes donnent au roman sa chaleur humaine : derrière les grands mots de « catastrophe » ou de « fin du monde », il y a toujours quelqu’un dont on attend des nouvelles.

Mais le météore annoncé n’est qu’une partie de l’histoire. L’autre danger porte un prénom : Elektra.

Héritière d’un groupe d’armement maritime, Elektra dirige une entreprise dont les navires parcourent les grandes routes commerciales. Elle veut venger son père d’un armateur rival. Sa décision de recourir à des hackers russes paraît d’abord s’inscrire dans cette guerre entre puissants. Elle atteint bientôt les systèmes de guidage des navires et menace les échanges dont dépendent des entreprises, des travailleurs, des consommateurs, loin de ceux qui ont pris la décision initiale.

C’est là que le roman me semble particulièrement aigu. Nous vivons dans des systèmes si étroitement liés qu’une volonté individuelle, lorsqu’elle dispose d’assez de moyens, peut produire des conséquences presque impossibles à contenir. Elektra poursuit une affaire de famille ; le reste du monde risque d’en payer le prix. Entre l’intention et ses effets, la distance est immense. C’est dans cette distance que se loge notre irresponsabilité contemporaine.

Il serait pourtant trop facile de faire d’Elektra un symbole commode, une incarnation de la démesure que nous pourrions condamner sans nous interroger davantage. Jean-Jacques Dayries lui donne une présence plus troublante. Elle est vive, excessive, séduisante, parfois drôle, parfois insupportable. Elle peut se montrer sûre d’elle et, l’instant d’après, prendre peur devant ce qu’elle a déclenché. Elle a le pouvoir de faire du mal, mais elle n’est jamais réduite à ce pouvoir.

Le roman montre aussi le regard porté sur elle. Dans le monde fermé des armateurs et des banquiers, on se demande si cette héritière dirige vraiment son entreprise. Une réputation circule plus vite qu’une preuve. Ses compétences sont mises en doute, ses sorties deviennent des arguments contre elle. Cette injustice ne diminue en rien la gravité de ses décisions ; elle rend le personnage plus difficile à juger d’un seul bloc. Jean-Jacques Dayries nous oblige à tenir ensemble ce que nous préférons souvent séparer : les préjugés qu’une femme affronte et la responsabilité qu’elle doit assumer.

Et puis il y a la langue. C’est elle qui empêche ce livre de devenir une démonstration pesante. Jean-Jacques Dayries observe les conversations, les réflexes de classe, les petites vanités, les raisonnements parfaitement construits qui conduisent à des conclusions absurdes. Il a le goût des situations cocasses et des détails qui dégonflent les grands drames sans en effacer la gravité. Ses personnages aiment encore bien manger, séduire, conduire, négocier, s’agacer pour des broutilles. Ils sont capables d’une certaine grandeur, mais rarement longtemps sans redevenir ridicules. Autrement dit, ils nous ressemblent.

Comme éditrice, j’ai été sensible à cette liberté de ton. Il faut une vraie confiance dans le roman pour laisser entrer ainsi le comique dans une histoire traversée par la peur. Le rire n’adoucit pas artificiellement le propos : il le rend plus incisif. Nous pouvons sourire du contrôleur, des banquiers ou des certitudes de Louis, puis reconnaître la facilité avec laquelle nous acceptons nous aussi l’inacceptable dès lors qu’il prend une forme familière.

Le titre, Elektra, ce météore…, ouvre alors deux façons de regarder le danger. La météorite vient de l’espace. Nous pouvons la surveiller, la redouter, tenter de nous préparer. Elektra, elle, agit depuis notre monde : celui des fortunes familiales, des échanges internationaux, des technologies et des rivalités humaines. Les deux menaces peuvent ébranler nos vies, mais une seule nous force à examiner nos choix.

Que faisons-nous du pouvoir que nous avons acquis ? À qui demandons-nous de répondre lorsque les effets d’une décision se propagent bien au-delà de ceux qui l’ont prise ? Et pourquoi continuons-nous si volontiers à jouer au Monopoly quand le train roule porte ouverte ?

Je n’attends pas d’un roman qu’il résolve ces questions. J’attends de lui qu’il les rende impossibles à écarter, qu’il donne des visages et des voix à ce que les discours généraux laissent dans l’abstraction. C’est ce que fait Jean-Jacques Dayries, avec une cocasserie qui me paraît essentielle : nous regarder franchement exige parfois de commencer par rire de nous-mêmes.

Au bout de cette lecture demeure aussi quelque chose de plus fragile. Louis écrit. Les personnages cherchent ceux qu’ils aiment. Malgré la peur, malgré leurs erreurs, ils désirent encore faire quelque chose de leur vie. Ce n’est pas une promesse que tout ira bien. C’est peut-être une manière de rester humains au moment même où notre humanité se dérègle.

Jean-Jacques Dayries, Elektra, ce météore…, La Route de la Soie – Éditions, 2026.

Elektra marque un tournant dans l’écriture de Jean-Jacques Dayries, qui s’affine

Jean-Jacques Dayries, Elektra, ce météore…

Un thriller des affaires qui permet d’ouvrir les yeux sur le monde – le réel, le vrai, le pratique. Elektra est grecque, jeune, héritière d’un empire d’armateur. Depuis des générations, sa famille – très importante, la famille, dans les pays méditerranéens – est en butte à une autre famille elle aussi d’armateurs, celle de Périclès. Le vieux veut la ruiner ; elle veut résister et lui rendre la monnaie de sa pièce.

Désordonnée, jouisseuse, violente, Elektra est en excès. Une jeune grecque d’aujourd’hui, pressée de vivre. Elle prend des décisions brusquement, sans connaître, retient le soir un garçon de rencontre, jeune et bien outillé, se laisse prendre en photo par une paparazzi dans un club privé en train de se faire bouffer la chatte – elle se perd. Heureusement, elle a su constituer son équipe. Richard, jeune trentenaire qu’elle finira par « essayer » lui aussi, a le calme et la compétence technique qu’elle ne prend pas le temps d’acquérir ; son père Louis, retraité créateur d’entreprise, à qui elle fait appel, lui fournit l’aura et la légitimité des affaires auprès des banquiers, ainsi que la réflexion stratégique ; son cousin Charles, Grec comme elle et dirigeant d’un groupe hôtelier, vient en renfort masculin pour représenter l’entreprise auprès des Grecs – évidemment machistes – et aider à surveiller ce métier qui ne connaît aucune pause.

L’épouse de Charles, Jeanne, est déjà connue du lecteur ; elle apparaît dans Jungle en multinationale lorsqu’elle est encore étudiante en école hôtelière, puis en femme épanouie dans Un être libre. Cette fois, elle est confrontée au danger de perdre son groupe hôtelier et la fortune de sa famille à cause d’Elektra, de ses manœuvres pour déstabiliser l’empire Périclès.

Toute cette guerre des affaires se passe en situation d’urgence. Une météorite est annoncée, qui va s’écraser sur terre. On ne la connaît pas, on ne sait pas si elle est de glace et de poussières, ou d’un bloc de roche, on ne sait pas où elle va tomber. Seulement qu’elle est de bonne taille et peut faire d’énormes dégâts. Tous les comportements des hommes deviennent alors imprévisibles ; chacun se lâche, on menace, on pille, on viole. On transgresse à tout va puisque la fin du monde est proche. Peut-être, car on ne sait pas si la Catastrophe va se produire. D’où les précautions à prendre : mieux vaut être à la campagne qu’en ville car on peut cultiver des légumes et avoir accès à l’eau quand le robinet est coupé ; mieux vaut avoir au moins deux semaines de provisions devant soi car la logistique sera rompue ; penser aussi que l’électricité sera coupée, comme les transports, les distributeurs de billets…

Jamais notre époque n’a été si proche de croire en la fin de son monde après les attentats islamistes, la crise financière, le calendrier maya, le Covid, les trois guerres en cours en Ukraine, Gaza et Liban, Iran et Yémen, la menace nucléaire de pays voyous comme la Russie, la Corée du nord et l’Iran. Sans parler de l’IA et de la probabilité, selon Anthropic, qu’une IA auto-générative ne finisse par supplanter l’intelligence humaine.

D’ailleurs, Elektra, toujours aussi foutraque, a abordé des hackers russes pour qu’ils infectent les logiciels des cargos concurrents, afin de ruiner Périclès. Non sans conséquences, imprévues par la jeune écervelée, tout à sa vengeance d’Atride : la déstabilisation des livraisons de conteneurs, les accidents de cargos rendus aveugles, le chantage au virus qu’on retourne contre ses intérêts. Richard, dès qu’il est au courant de cette initiative dont elle n’a rien dit, en individualiste gâtée, s’empresse de dupliquer le centre de commandement d’Athènes au Luxembourg, en cas d’infection virale ; de renforcer les protections des logiciels de la flotte ; de former les capitaines à la bonne vieille règle Cras pour la position et aux cartes papier pour la route, comme « avant » le tout électronique.

La fin du monde peut venir de la nature, de l’extérieur ; elle peut aussi venir de nous-même, de l’intérieur. La démesure, la fameuse hubris des Grecs, continue de tenter. L’IA générative est peut-être une tour de Babel destinée à s’effondrer, faute d’intelligence supérieure aux petits esprits qui la conçoivent, étage après étage. Tout événement produit ses ondes de choc, tout comme l’aile d’un papillon peut produire une tornade. L’inconséquence individuelle peut être aussi grave qu’un météore fonçant sur la planète. Louis a peur ; il tient un journal sur ordinateur. Bien que retraité, son couple a « adopté » deux fillettes au nom de printemps, April et May. Ses parents, du genre hippie, les ont laissées dans un square et ne les réclament pas à cause de la fin du monde proche. Encore un comportement égocentré qui se moque des conséquences.

Tout l’inverse de Louis, son épouse Charlotte, ses fils Richard et Yannick, le premier gérant de multinationale, le second fan de courses à la voile. Nul n’est seul, mais en famille ; le couple est une entreprise, comme dans l’industrie et sur un bateau, chacun son rôle, un chef et un travail d’équipe. L’individu est reconnu, mais dans un projet commun, pas comme ego sans entrave.

L’ambition de l’auteur : « Faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un métier, d’une entreprise. Partager avec lui les soucis des décisions à prendre, des difficultés. Avec toujours une intrigue romanesque. Des personnages plausibles et attachants. » C’est plutôt réussi, et dans ce roman particulièrement. Le style de l’auteur s’affine et son sens du récit se précise. Le livre est écrit à plusieurs voix et découpé comme un thriller. Les phrases sont courtes, la morale pratique. Seuls comptent les actes, pas les bonnes intentions.

Jean-Jacques Dayries, Elektra, ce météore…, 2026, Éditions La route de la soie, 215 pages, €18,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Elektra de Jean-Jacques Dayries, « furieusement moderne » selon Wukali

Elektra ce météore, furieusement moderne

Elektra en grec ( Ηλέκτρα ), Électre en français, voici un prénom qui, le moins que l’on puisse dire, porte en lui un signifiant enfoui dans les tréfonds de notre culture occidentale. C’ est loin d’ailleurs d’être le seul, que l’on songe à Pénélope, Ulysse, Hermione ou encore Tristan ou Roméo. Èlectre donc, la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, la sœur d’Iphigénie et d’Oreste ; Électre et la malédiction des Atrides ; Électre qui occupe une place centrale dans l’Orestie d’Eschyle ; Électre un des symboles de la vengeance, qui comme son frère va passer (sans souffrir comme Oreste) des Erynies aux Euménides et qui finira par se marier avec son cousin, grand ami de son frère. Élektra enfin renaissante et furieusement moderne dans ce roman de Jean-Jacques Dayries.

Élektra soit, jeune héritière d’un empire familial d’armateurs (elle est bien entendue grecque !), quelque peu frivole et superficielle, est mue par une idée, se venger du groupe Périclès qui a poussé son père à la presque faillite. Son attitude on ne peut plus erratique effraie Richard, le jeune directeur financier du groupe qui finit par demander de l’aide à son père Louis, jeune retraité mais surtout ayant dirigé des entreprises internationales.

Ce dernier hésite car il veut profiter avec son épouse des deux petites filles qu’ils viennent d’adopter, et en plus, il ne connait strictement rien au trafic maritime. Comme nous sommes chez les Grecs et qu’il s’agit d’une affaire avant tout familiale, il est fait appel à un lointain cousin, Charles, qui gère avec son épouse le groupe hôtelier de la famille de cette dernière.

Les trois hommes vont unir leurs efforts pour sauver l’empire d’Élektra en dépit de l’attitude désinvolte de celle-ci et surtout malgré son impulsivité, l’esprit totalement brouillé par sa soif de vengeance. Aussi va-t-elle passer un accord avec des hackers russes pour qu’ils mettent en panne les systèmes de navigation des navires de commerce (surtout ceux du groupe Périclès). Si la vengeance passe (avec un désordre économique mondial), Elektra change, murit et n’aspire plus qu’à la paix intérieure qu’elle a retrouvée.

Avant ces évènements, Louis a tenu une sorte de journal personnel où il retrace ses impressions, son univers, voire le monde à l’annonce de l’arrivée d’une météorite qui fonce sur la terre et qui risque de causer un séisme pouvant apporter de graves dommages à l’humanité. Ce qui est certain c’est que rien ne peut faire changer sa trajectoire. Et en plus, il est impossible de déterminer son point d’impact et donc ses conséquences.

Jean-Jacques Dayries passe continuellement du « récit de Louis » (son journal) à l’histoire d’Élektra. D’un côté les angoisses de l’homme et de l’humanité avec ses peurs, les égoïsmes de certains, son hédoniste, son acceptation de la fatalité, sa rencontre avec les deux petites filles perdues, sa rationalité, son cartésianisme. Lui ne craint pas l’inconnu, il essaie de toujours penser au jour d’après en acceptant que celui-ci n’aura jamais lieu, tout du moins pour lui. De l’autre, le monde impitoyable des affaires où tous les coups sont permis, les fausses rumeurs, les banquiers plus que timides, les tentatives de prise de contrôle du concurrent, les fragilités de certaines mises en bourse, l’espoir d’un gain d’une plus-value toujours plus importante. Là aussi, celui qui gagne, ou du moins perd le moins dans la tourmente, est toujours calme, prévoyant le coup prochain, non ce qui est mais ce qui sera. Le véritable chef d’entreprise doit être avant tout un visionnaire, mais pas un visionnaire impulsif, mais quelqu’un de calme et cartésien.

Pour ne rien gâter, il faut remarquer, (ce qui hélas n’est pas toujours le cas) que Jean-Jacques Dayries, l’auteur de ce roman, écrit en français avec des phrases « normales », vous savez: sujet+ verbe+complément, et ce dans un style fluide, clair, sans effets de style plus ou moins alambiqués et trop souvent lourds. Un vrai plaisir de lecture, croyez-moi !

Elektra, ce météore
Jean-Jacques Dayries

éditions La Route de la Soie. 18€

Jean-Jacques Dayries dans « Mauvaise nouvelle »

Jean-Jacques Dayries, l’enthousiasme littéraire

Par Guilaine Depis 

Interview littéraire pour Le Cercle Nouvelle Marge qui publie la revue Mauvaise nouvelle

Guilaine Depis : Jean-Jacques Dayries, bonjour, votre trajectoire de vie est assez peu commune. Après avoir fréquenté le milieu des affaires, côtoyé les grands de ce monde, vous êtes en train de donner naissance à une œuvre littéraire. Ce n’est pas sur ce terrain que vous étiez attendu : nous vous aurions plus facilement imaginé publiant des essais sur la réussite dans le milieu de la finance, des guides de l’investissement etc. Avez-vous le goût des chemins les plus escarpés ?

Jean-Jacques Dayries : Au cours d’une vie, il y a sans cesse des bifurcations. Je me souviens que Paul Auster a écrit un gros livre sur ce thème. Que serait-il advenu si j’avais fait ce choix plutôt qu’un autre ? Qu’on le veuille ou non, c’est une question qui vous est posée dès le plus jeune âge. Bien fou celui qui ne doute jamais devant le choix de la route à prendre. Quand vous dirigez une entreprise, c’est un souci quotidien. Celui qui vous retient de commettre une erreur, très souvent. Se poser un instant. Réfléchir encore un peu. S’entourer d’avis éclairés. Décider enfin.

En ce qui me concerne, j’ai fait mien le mot de Michaux : ne pas crever sans avoir fait le tour de sa prison. Quitte à vivre plusieurs vies. Ne pas se contenter d’une seule. Les vivre à fond. Autant qu’il est possible.

J’ai eu une carrière dans l’industrie, puis dans la finance. Avec le privilège de diriger des équipes sur plusieurs continents. En parallèle, j’ai beaucoup navigué à la voile en famille. J’ai été membre du conseil d’administration de plusieurs sociétés cotées et non cotées. Toujours des multinationales. L’expérience de l’équipage d’un voilier est très proche de celle d’un groupe de managers. Les différences culturelles vous enrichissent et vous aident dans l’exercice de vos responsabilités. Tout ce qui vous enrichit repousse les murs évoqués par le poète.

Alors, pourquoi pas la littérature ?

Enfant, j’avais le goût des rédactions au collège. Lecteur compulsif, j’aimais les découvertes. Je me souviens avoir lu Bonjour tristesse lorsque j’avais treize ans, un soir, au pensionnat. Je m’étais dit : Sagan l’a écrit à dix-sept ans. J’ai quatre ans pour faire mieux. Ce sera facile. J’ai pris une autre voie. Jusqu’à ce que ce projet me rattrape. Je ne pouvais plus écrire un livre d’adolescent attardé ! Je n’avais pas envie de donner des leçons de stratégie ou de management. Il y en a beaucoup. Des rayons entiers dans les kiosques des aéroports.

J’ai choisi un autre angle qui est singulièrement absent de la littérature générale. Faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un métier, d’une entreprise. Partager avec lui les soucis des décisions à prendre, des difficultés. Avec toujours une intrigue romanesque. Des personnages plausibles et attachants. Qu’on retrouve d’un roman à l’autre car mes lecteurs m’ont dit plusieurs fois : que se passe-t-il après ?

Du point de vue de l’auteur, c’est un peu plus ambitieux que de faire du nombrilisme glauque et du racoleur intimiste. Ces facilités qui lassent les lecteurs et plaisent aux éditeurs qui plombent ainsi leurs comptes. Il me semble qu’en tant qu’auteur, il y a une responsabilité à élever le débat. À montrer d’autres voies.

Certes, on ne s’attendait pas à me voir sur ce chemin escarpé. C’est seulement parce que peu de personnes s’autorisent le saut dans l’inconnu, loin des bases. La plupart s’enferment dans les murs de ce qu’ils croient connaître. L’air du large leur fait peur.

Je pense que si mes lecteurs apprennent à chaque fois quelque chose ou bien trouvent en me lisant une occasion de réfléchir en plus de se distraire, mon travail est utile. Gratifiant.  

 

GD : Depuis quelques années, vous consacrez une part toujours plus importante de votre vie à l’écriture. Avez-vous parfois l’impression qu’elle vous aspire ? Devient-elle une addiction ? Avez-vous le sentiment de garder le contrôle ? C’est tout de même une occupation célèbre pour ne pas rapporter d’argent. Quel est donc l’intérêt d’écrire ?

JJD : Après une interruption qui se compte en dizaines d’années, j’ai recommencé à écrire en produisant des nouvelles. C’était pendant les longues heures d’avion long-courrier. Le seul moment où j’avais du temps. Des parenthèses forcées, entre deux phases de vie active. Je commençais une histoire au début du vol et je m’appliquais à la terminer avant l’atterrissage. J’en ai écrit beaucoup. Jusqu’à ce qu’un éditeur me dise : c’est bien, mais les nouvelles ne se vendent pas. Il faut écrire des romans.

J’ai suivi le conseil, bien des années après. Cela a donné Jungle en multinationale. Il a été publié en 2023. Puis, un roman par an. C’est un vrai travail. Un roman de deux cents pages vous prend six cents heures. C’est bien sûr un ordre de grandeur. À condition d’être un travailleur assidu. Qui ne gâche pas son temps à rêvasser. Qui n’a pas besoin de longues recherches historiques ou techniques.

Le parallèle avec un sportif de bon niveau est tout à fait judicieux. L’entraînement régulier. La discipline. Le souci de garder l’objectif en vue, sans se lasser. Progressivement, on s’améliore. Une addiction se crée. Elle vous aide. C’est étrange, mais vos personnages se mettent à vivre, presque en dehors de vous. Vous devenez leur obligé. Ils vivent. Nous n’avons pas attendu les chatbots créés par l’IA pour découvrir cet aspect de la création. Je suis certain que Balzac, qui écrivait sur le milieu des affaires de son temps, expérimentait cette illusion : ses héros étaient des êtres vivants.

Ensuite, vient la question des lecteurs. Une fois le roman produit, sa diffusion ne vous appartient plus. Quand on écrit, on pense sans cesse au lecteur. On voudrait qu’il participe à l’aventure. Qu’il y trouve du plaisir. Une forme d’élévation de la pensée. C’est un peu prétentieux ! Le nombre des lecteurs ne permet pas, généralement, de vivre de sa plume. C’est bien connu. En ce qui me concerne, je sais depuis le début que le créneau que j’ai choisi est étroit. Alors j’essaye de l’occuper avec un travail de qualité. Il y a d’autres métiers où la même problématique se pose : la haute-couture ou la fast fashion, la gastronomie ou la street food. Un éditeur bien connu m’a dit : il faut faire du Musso parce que c’est ce qui se vend. J’ai répondu que si je dirigeais une maison d’édition, je serais de cet avis. En tant qu’auteur, mon opinion est différente.

Finalement, c’est parce que je n’ai pas besoin d’en vivre que j’ai la passion d’écrire ces romans qui ont une petite ambition littéraire.

 

GD : Concevez-vous l’écriture de fictions comme un art ? Si l’inspiration vous vient souvent de votre expérience de vie, cela vous réclame-t-il un effort pour mettre en beauté les mots, agencer les phrases, ou jaillissent-elles comme l’eau vive ?

JJD : C’est plutôt, je pense, un travail d’artisan. De longues heures à polir la pièce de bois. À créer des formes. L’ébéniste ou le luthier sont des professions comparables. Ils visualisent l’objet. Ils en réalisent l’esquisse ou les plans. Ils appliquent les techniques qu’on leur a apprises ou qu’ils ont eu le talent d’inventer. Lorsque je rencontre des personnes intéressées par l’écriture, je leur dis toujours : au début, l’auteur a une intention. C’est le fil qu’il va suivre.  Ensuite, tout grand livre a une structure interne. C’est le parti qu’on choisit, comme l’architecte le fait, avant même de dessiner son avant-projet. Ensuite, il faut décider du niveau de langue approprié. C’est celui qui défendra le mieux l’intention de l’auteur. Enfin, le plus important : exercer sa liberté avec naturel. Sans contorsions. Sans préciosité. La personnalité de l’auteur doit être offerte avec honnêteté. Hemingway disait à un jeune auteur : be honest !

En ce qui me concerne, j’ai un certain enthousiasme à créer et développer mes intrigues. J’ai plaisir à partager la connaissance des faits, des lieux. J’espère que le lecteur y est sensible. Je n’ai aucune prétention, hors cet échange.   

 

GD : Vous avez une grande puissance créatrice, puisque vous donnez naissance à des personnages parfois très différents de vous. Telle la Créature de Frankenstein, ces personnages finissent-ils par prendre le pouvoir et vous dicter leurs choix, leurs réactions ? L’œuvre peut-elle échapper au créateur ? Certains de vos personnages ont-ils pu avoir des réactions qui vous ont surpris dans vos romans ?

JJD : C’est la légende de la statue qui est si vivante qu’elle échappe au sculpteur pour vivre sa vie. Parfois, un personnage de fiction devient un mythe. Le mythe est repris par d’autres qui le citent et prolongent son histoire. C’est magnifique d’être capable de créer un tel objet : Goriot, Rastignac, Cyrano… J’ai entendu un jour Jean d’Ormesson dire qu’il avait écrit beaucoup de livres mais n’avait jamais créé un tel personnage. Il en était honteux.

Ce qui est intéressant, c’est de reprendre et de faire vivre le personnage d’un roman dans un autre livre, dans une autre histoire. Il aura vieilli. Son caractère aura pris de l’épaisseur. Le lecteur y gagnera en intérêt. L’auteur sera surpris par une évolution qu’il n’avait pas prévue au départ. Dans mon roman Jungle en multinationale, on fait la connaissance d’une jeune fille qui est étudiante dans une école hôtelière. On la retrouve en jeune femme épanouie dans le roman Un être libre. Puis, plus tard, en dirigeante d’entreprise confrontée au danger de perdre la fortune de sa famille dans le roman à paraître cette année, Elektra, ce météore…  On la reverra dans un autre roman, à paraître bientôt, Colocs et millenials, où sa vie sera bouleversée. En attendant, il y aura eu les affres d’une querelle de succession, la construction d’une multinationale qu’on mettra en bourse, une tentative d’OPA, un délit d’initié… La vie telle qu’elle est.

             

GD : On note dans vos livres une forme de pudeur puisque vous ne vous y exprimez jamais en votre nom à « je ». Pour autant, ils sont nés dans votre tête, ont été écrits avec votre sensibilité singulière. Avez-vous l’impression que l’on vous connaît mieux après avoir lu vos romans ? Des clefs pour comprendre les coups de cœur, coups de gueule, idées de Jean-Jacques Dayries y sont-elles cachées ?

JJD : À quelle personne faut-il écrire ?  Est-on meilleur parce qu’on s’épanche sur ses propres émois ? Pour faire plus crédible ? Pour susciter la compassion ? J’en doute.

Dans mon roman Colocs et Millenials, on passe du il au je, puis à nouveau au il. Le héros explique qu’à la troisième personne il est plus objectif. Quand il s’exprime à la première personne, il est tenté de tricher. Je suis de son avis : la troisième personne est plus honnête.

L’autofiction est un leurre. C’est très pratique quand on a peu à dire. Ou bien pour se plaindre de son sort. Pour attirer le chaland. Et même les jurés du Prix Nobel !

Pour ma part, je n’aime pas ceux qui se plaignent. J’aime les caractères courageux, travailleurs, optimistes. Ceux qui choisissent l’avenir plutôt que le passé. J’ai écrit un petit roman en forme de conte, à la manière du dix-huitième siècle, Un être libre. Le héros est un vieil entrepreneur à qui tout a réussi et qui choisit, l’âge venu, de recommencer l’aventure d’une entreprise. À la troisième personne, c’est un exemple qu’on montre. À la première personne, cela aurait eu l’air d’une pseudo biographie prétentieuse !

Bien sûr, je ne résiste pas à envoyer des coups de patte ou bien à partager des idées qui me tiennent à cœur, en matière d’économie politique par exemple. À faire voyager le lecteur dans des endroits magnifiques que je connais bien. Capri. La Méditerranée. La Grèce. À partager un moment de gastronomie. À montrer le plaisir d’une traversée à la voile, quand le temps est beau et le soleil éblouissant.

J’ai choisi mon intention d’auteur : l’échange et la transmission.

 

GD : Écrivez-vous pour comprendre les autres ou pour approfondir la connaissance de votre être intime ? Votre objectif est-il d’influencer vos congénères, de leur faire prendre conscience de la valeur de la vie ?

JJD : Ni l’un ni l’autre. Je n’ai pas besoin de remplir des pages d’introspection intime pour me sentir plus vivant ou mieux me connaître. Les étagères des bibliothèques sont remplies de livres sur ces thèmes. Je n’ai pas pour objectif de rendre le monde meilleur ou bien de jouer au prédicateur. Il y a foule sur ce créneau.

J’ai le projet de simplement échanger. De transmettre ce que je sais. Une lectrice m’a dit qu’avec moi, elle était une petite souris qui entrait dans des lieux auxquels elle n’aurait jamais accès. Qu’elle comprenait enfin les soucis de personnes qu’elle ne pourrait jamais connaître.

Ouvrir les yeux sur le monde. Mieux le comprendre. Ne plus craindre l’air du large. Voir le monde avec optimisme. Si je peux y contribuer, c’est un émerveillement.

 

GD : La vie peut-elle avoir du sens sans laisser une trace écrite ?

JJD : Bien sûr. Avant l’invention de l’écriture, la vie avait du sens. Aux débuts de l’écriture, l’outil était surtout utilisé pour son utilité immédiate, les comptes, les instructions, les lois. Je crois que l’idée de l’utiliser pour l’édification des générations futures est venue bien après. Depuis l’invention des communications électroniques et l’immense capacité de mémorisation qui l’accompagne, une grande révolution est en marche. Chacun d’entre nous laisse un héritage écrit. C’est vertigineux et au fond généralement fait de fatras sans intérêt. Dans lequel les ordinateurs de l’IA cherchent et compilent comme des fous en espérant trouver quelques pépites qui auraient du sens une fois arrangées proprement.

Nous savons qu’il y a des écrits dont la force traverse les générations. Comme les œuvres des grands créateurs dans les arts majeurs. Ce n’est pas la compilation qui crée une œuvre majeure. C’est l’étincelle qui produit un feu neuf. Jamais vu et utile pendant des générations. C’est la contribution d’un esprit différent, libre de s’écarter de l’ordre établi. Aussi bien dans les sciences dures que dans les disciplines plus subjectives. Il y a très peu de grands créateurs. En littérature, seulement une poignée par siècle. Ce sont eux qu’il faut admirer. Le reste n’est pas indispensable. Ne soyons pas prétentieux !

 

GD : L’image qui se dégage de vous est celle d’un homme heureux, avec une vie conjugale, familiale, professionnelle et sociale épanouie. Pour autant avez-vous ce que Charlotte Casiraghi nomme une « fêlure » ? L’écriture suffit-elle à la colmater ? Est-ce d’ailleurs possible ?

JJD : La famille, c’est un projet. Une entreprise plutôt qu’un objet. Un projet vit dans le temps. Il vit également dans un environnement qui peut être favorable ou non. Comme l’aventure d’une croisière en haute mer, il y a parfois du mauvais temps à étaler. Chacun sait que c’est dans le gros temps qu’on reconnaît les marins d’exception. Les équipages soudés. Je vois bien autour de moi que ce n’est souvent pas le cas. Je vois les fragilités. Les échecs.

J’ai décidé, il y a très longtemps de faire vivre ce projet et de m’y tenir. Femme et enfants sont de la partie. Avec ce qu’il faut de bonté d’âme pour que la réussite soit possible !

La « fêlure », c’est peut-être que l’entreprise est un peu folle, dans la dureté de l’époque. Les comportements de nos concitoyens sont plus ceux de consommateurs égoïstes que ceux d’entrepreneurs décidés.

 

GD : En humanité comme en littérature, croyez-vous un « progrès » possible ? Où pensez-vous que nos classiques comme Molière et Chrétien de Troyes doivent rester les repères fondamentaux de la civilisation ?

JJD : Votre remarque a beaucoup de sens. Les créateurs établissent les repères indispensables. Ceux qui font avancer la civilisation. Admirer l’australopithèque aventureux qui a su entrainer sa horde vers une meilleure nourriture en sortant du continent africain. Prendre modèle sur ceux dont les concepts ont fait avancer la civilisation.

Souvent, les textes fondateurs sont très courts : le Discours de la méthode, l’Esprit des lois. Parfois, ce sont des accumulations volumineuses et géniales en tout point : la Divine comédie, le Ramayana, les Métamorphoses, l’Odyssée…  

Molière et Shakespeare étaient des entrepreneurs de spectacle, des directeurs de troupe et des comédiens. Ils essayaient de gagner leur vie en étant à la mode de leur temps. Je ne pense pas que la postérité était leur objectif. Le miracle a eu lieu : on les joue toujours après plusieurs siècles et ils sont des modèles.

Il n’y a pas de règle imposée.

Votre question rejoint une idée que j’avais en écrivant Un être libre car je souhaitais revisiter Diderot puisque le thème de Jacques le fataliste et son maître me semblait d’actualité. De la même façon, lorsque j’ai imaginé l’intrigue d’Elektra, j’ai pensé aux Atrides et à la fatalité du destin dans une histoire moderne et grecque.

Il y a un certain vertige à mettre ses pas dans ceux des grands maîtres qui nous ont précédés. Ne pas se priver de ce plaisir.

             

GD : Il existe des formes de littératures dans chaque région du monde : avez-vous des curiosités et des préférences pour celles d’autres zones du globe ?

JJD : Je lis beaucoup de littérature anglo-saxonne moderne. Je suis frappé par la liberté de la langue. Par l’inventivité des formules. La langue française me semble plus formatée. Probablement l’influence d’une éducation où l’on apprend à respecter avant tout la norme de ce qui est bien et correct. Je n’hésite pas à emprunter des anglicismes lorsque je le pense utile. On peut défendre sa langue sans refuser les autres. Les enfants bilingues passent sans effort d’une langue à l’autre sans les mélanger. Parfois, on est plus précis dans une des langues que dans l’autre. Parfois, c’est l’inverse. Il faut en profiter. C’est une façon ici aussi de sortir de sa bulle et de respirer l’air du large !

 

GD : L’artiste est-il là pour vous chambouler ? Je vous sais mélomane, la musique vous semble-t-elle avoir une force de frappe supérieure aux livres pour ébranler un être humain ?

JJD : La musique a un impact physiologique démontré : on peut être ému « aux tripes ». C’est tout sauf trivial. Cela remonte à la nuit des temps. La littérature s’adresse à l’intellect. Même si l’on ne se réfère qu’à la tradition orale. Alors, quand les deux arts se combinent avec efficacité, une magie magnifique s’opère. Dans mon roman Quatuor, il y a un portrait contrasté de deux héros. Il est un violoncelliste virtuose. Elle est une économiste réputée. Chacun excelle dans son art. Le lecteur entre dans la construction d’une carrière de soliste, faite de voyages, de concerts, d’enseignement. Il entre aussi dans la vie d’une grande institution où l’économiste produit ses études, ses notes de conjoncture, un nouveau livre. Ils ont tous deux un impact sur leurs contemporains. Certes à leur niveau, qu’on peut trouver modeste par rapport aux grands compositeurs ou bien aux grands économistes qui les ont précédés. Mais ils vivent leur métier avec sincérité. Jusqu’à ce que le destin les frappe. Il n’y a pas de hiérarchie entre leurs disciplines. Je pense que cette réflexion peut se généraliser. Le frisson peut être physiologique ou intellectuel. C’est son existence même qui est précieuse et rare.

 

GD : Lequel de vos livres rêveriez-vous de voir adapté au cinéma ? Et au théâtre ? Et pour quelles raisons ?    

JJD : Comme mes romans sont des portraits d’aujourd’hui, dans un monde réel, avec des intrigues qui sont inspirées de situations vécues, l’adaptation au cinéma ou au théâtre ne serait pas trop difficile. Il y aurait même un côté « reportage en direct » qui pourrait être original et intéressant.

Imaginons Jungle en multinationale comme une série puisque la construction est en patchwork. On s’intéresse tour à tour à chaque personnage et progressivement l’intrigue se développe, entre Paris, la Riviera, la Suisse, l’Italie.

Imaginons Un être libre comme un road movie jusqu’à la chute, dans le Pékin des années soixante-dix.

Imaginons Quatuor en film choral à quatre héros, dans le tourbillon des voyages et de la musique.

Un projet est possible, en gardant l’esprit de la petite souris qui pénètre des lieux très proches et cependant jamais familiers. Sans qu’il soit besoin de crimes ou de maltraitance. En gardant l’ambition d’apporter une réflexion sur notre époque. Un point de vue qui refuserait le côté « grand guignol » de certaines productions.

 

les livres de l’auteur : 

   

 

« Mauvaise nouvelle » interviewe Jean-Jacques Dayries

Jean-Jacques Dayries, l’enthousiasme littéraire

Par Guilaine Depis 

Interview littéraire pour Le Cercle Nouvelle Marge qui publie la revue Mauvaise nouvelle

Guilaine Depis : Jean-Jacques Dayries, bonjour, votre trajectoire de vie est assez peu commune. Après avoir fréquenté le milieu des affaires, côtoyé les grands de ce monde, vous êtes en train de donner naissance à une œuvre littéraire. Ce n’est pas sur ce terrain que vous étiez attendu : nous vous aurions plus facilement imaginé publiant des essais sur la réussite dans le milieu de la finance, des guides de l’investissement etc. Avez-vous le goût des chemins les plus escarpés ?

Jean-Jacques Dayries : Au cours d’une vie, il y a sans cesse des bifurcations. Je me souviens que Paul Auster a écrit un gros livre sur ce thème. Que serait-il advenu si j’avais fait ce choix plutôt qu’un autre ? Qu’on le veuille ou non, c’est une question qui vous est posée dès le plus jeune âge. Bien fou celui qui ne doute jamais devant le choix de la route à prendre. Quand vous dirigez une entreprise, c’est un souci quotidien. Celui qui vous retient de commettre une erreur, très souvent. Se poser un instant. Réfléchir encore un peu. S’entourer d’avis éclairés. Décider enfin.

En ce qui me concerne, j’ai fait mien le mot de Michaux : ne pas crever sans avoir fait le tour de sa prison. Quitte à vivre plusieurs vies. Ne pas se contenter d’une seule. Les vivre à fond. Autant qu’il est possible.

J’ai eu une carrière dans l’industrie, puis dans la finance. Avec le privilège de diriger des équipes sur plusieurs continents. En parallèle, j’ai beaucoup navigué à la voile en famille. J’ai été membre du conseil d’administration de plusieurs sociétés cotées et non cotées. Toujours des multinationales. L’expérience de l’équipage d’un voilier est très proche de celle d’un groupe de managers. Les différences culturelles vous enrichissent et vous aident dans l’exercice de vos responsabilités. Tout ce qui vous enrichit repousse les murs évoqués par le poète.

Alors, pourquoi pas la littérature ?

Enfant, j’avais le goût des rédactions au collège. Lecteur compulsif, j’aimais les découvertes. Je me souviens avoir lu Bonjour tristesse lorsque j’avais treize ans, un soir, au pensionnat. Je m’étais dit : Sagan l’a écrit à dix-sept ans. J’ai quatre ans pour faire mieux. Ce sera facile. J’ai pris une autre voie. Jusqu’à ce que ce projet me rattrape. Je ne pouvais plus écrire un livre d’adolescent attardé ! Je n’avais pas envie de donner des leçons de stratégie ou de management. Il y en a beaucoup. Des rayons entiers dans les kiosques des aéroports.

J’ai choisi un autre angle qui est singulièrement absent de la littérature générale. Faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un métier, d’une entreprise. Partager avec lui les soucis des décisions à prendre, des difficultés. Avec toujours une intrigue romanesque. Des personnages plausibles et attachants. Qu’on retrouve d’un roman à l’autre car mes lecteurs m’ont dit plusieurs fois : que se passe-t-il après ?

Du point de vue de l’auteur, c’est un peu plus ambitieux que de faire du nombrilisme glauque et du racoleur intimiste. Ces facilités qui lassent les lecteurs et plaisent aux éditeurs qui plombent ainsi leurs comptes. Il me semble qu’en tant qu’auteur, il y a une responsabilité à élever le débat. À montrer d’autres voies.

Certes, on ne s’attendait pas à me voir sur ce chemin escarpé. C’est seulement parce que peu de personnes s’autorisent le saut dans l’inconnu, loin des bases. La plupart s’enferment dans les murs de ce qu’ils croient connaître. L’air du large leur fait peur.

Je pense que si mes lecteurs apprennent à chaque fois quelque chose ou bien trouvent en me lisant une occasion de réfléchir en plus de se distraire, mon travail est utile. Gratifiant.  

 

GD : Depuis quelques années, vous consacrez une part toujours plus importante de votre vie à l’écriture. Avez-vous parfois l’impression qu’elle vous aspire ? Devient-elle une addiction ? Avez-vous le sentiment de garder le contrôle ? C’est tout de même une occupation célèbre pour ne pas rapporter d’argent. Quel est donc l’intérêt d’écrire ?

JJD : Après une interruption qui se compte en dizaines d’années, j’ai recommencé à écrire en produisant des nouvelles. C’était pendant les longues heures d’avion long-courrier. Le seul moment où j’avais du temps. Des parenthèses forcées, entre deux phases de vie active. Je commençais une histoire au début du vol et je m’appliquais à la terminer avant l’atterrissage. J’en ai écrit beaucoup. Jusqu’à ce qu’un éditeur me dise : c’est bien, mais les nouvelles ne se vendent pas. Il faut écrire des romans.

J’ai suivi le conseil, bien des années après. Cela a donné Jungle en multinationale. Il a été publié en 2023. Puis, un roman par an. C’est un vrai travail. Un roman de deux cents pages vous prend six cents heures. C’est bien sûr un ordre de grandeur. À condition d’être un travailleur assidu. Qui ne gâche pas son temps à rêvasser. Qui n’a pas besoin de longues recherches historiques ou techniques.

Le parallèle avec un sportif de bon niveau est tout à fait judicieux. L’entraînement régulier. La discipline. Le souci de garder l’objectif en vue, sans se lasser. Progressivement, on s’améliore. Une addiction se crée. Elle vous aide. C’est étrange, mais vos personnages se mettent à vivre, presque en dehors de vous. Vous devenez leur obligé. Ils vivent. Nous n’avons pas attendu les chatbots créés par l’IA pour découvrir cet aspect de la création. Je suis certain que Balzac, qui écrivait sur le milieu des affaires de son temps, expérimentait cette illusion : ses héros étaient des êtres vivants.

Ensuite, vient la question des lecteurs. Une fois le roman produit, sa diffusion ne vous appartient plus. Quand on écrit, on pense sans cesse au lecteur. On voudrait qu’il participe à l’aventure. Qu’il y trouve du plaisir. Une forme d’élévation de la pensée. C’est un peu prétentieux ! Le nombre des lecteurs ne permet pas, généralement, de vivre de sa plume. C’est bien connu. En ce qui me concerne, je sais depuis le début que le créneau que j’ai choisi est étroit. Alors j’essaye de l’occuper avec un travail de qualité. Il y a d’autres métiers où la même problématique se pose : la haute-couture ou la fast fashion, la gastronomie ou la street food. Un éditeur bien connu m’a dit : il faut faire du Musso parce que c’est ce qui se vend. J’ai répondu que si je dirigeais une maison d’édition, je serais de cet avis. En tant qu’auteur, mon opinion est différente.

Finalement, c’est parce que je n’ai pas besoin d’en vivre que j’ai la passion d’écrire ces romans qui ont une petite ambition littéraire.

 

GD : Concevez-vous l’écriture de fictions comme un art ? Si l’inspiration vous vient souvent de votre expérience de vie, cela vous réclame-t-il un effort pour mettre en beauté les mots, agencer les phrases, ou jaillissent-elles comme l’eau vive ?

JJD : C’est plutôt, je pense, un travail d’artisan. De longues heures à polir la pièce de bois. À créer des formes. L’ébéniste ou le luthier sont des professions comparables. Ils visualisent l’objet. Ils en réalisent l’esquisse ou les plans. Ils appliquent les techniques qu’on leur a apprises ou qu’ils ont eu le talent d’inventer. Lorsque je rencontre des personnes intéressées par l’écriture, je leur dis toujours : au début, l’auteur a une intention. C’est le fil qu’il va suivre.  Ensuite, tout grand livre a une structure interne. C’est le parti qu’on choisit, comme l’architecte le fait, avant même de dessiner son avant-projet. Ensuite, il faut décider du niveau de langue approprié. C’est celui qui défendra le mieux l’intention de l’auteur. Enfin, le plus important : exercer sa liberté avec naturel. Sans contorsions. Sans préciosité. La personnalité de l’auteur doit être offerte avec honnêteté. Hemingway disait à un jeune auteur : be honest !

En ce qui me concerne, j’ai un certain enthousiasme à créer et développer mes intrigues. J’ai plaisir à partager la connaissance des faits, des lieux. J’espère que le lecteur y est sensible. Je n’ai aucune prétention, hors cet échange.   

 

GD : Vous avez une grande puissance créatrice, puisque vous donnez naissance à des personnages parfois très différents de vous. Telle la Créature de Frankenstein, ces personnages finissent-ils par prendre le pouvoir et vous dicter leurs choix, leurs réactions ? L’œuvre peut-elle échapper au créateur ? Certains de vos personnages ont-ils pu avoir des réactions qui vous ont surpris dans vos romans ?

JJD : C’est la légende de la statue qui est si vivante qu’elle échappe au sculpteur pour vivre sa vie. Parfois, un personnage de fiction devient un mythe. Le mythe est repris par d’autres qui le citent et prolongent son histoire. C’est magnifique d’être capable de créer un tel objet : Goriot, Rastignac, Cyrano… J’ai entendu un jour Jean d’Ormesson dire qu’il avait écrit beaucoup de livres mais n’avait jamais créé un tel personnage. Il en était honteux.

Ce qui est intéressant, c’est de reprendre et de faire vivre le personnage d’un roman dans un autre livre, dans une autre histoire. Il aura vieilli. Son caractère aura pris de l’épaisseur. Le lecteur y gagnera en intérêt. L’auteur sera surpris par une évolution qu’il n’avait pas prévue au départ. Dans mon roman Jungle en multinationale, on fait la connaissance d’une jeune fille qui est étudiante dans une école hôtelière. On la retrouve en jeune femme épanouie dans le roman Un être libre. Puis, plus tard, en dirigeante d’entreprise confrontée au danger de perdre la fortune de sa famille dans le roman à paraître cette année, Elektra, ce météore…  On la reverra dans un autre roman, à paraître bientôt, Colocs et millenials, où sa vie sera bouleversée. En attendant, il y aura eu les affres d’une querelle de succession, la construction d’une multinationale qu’on mettra en bourse, une tentative d’OPA, un délit d’initié… La vie telle qu’elle est.

             

GD : On note dans vos livres une forme de pudeur puisque vous ne vous y exprimez jamais en votre nom à « je ». Pour autant, ils sont nés dans votre tête, ont été écrits avec votre sensibilité singulière. Avez-vous l’impression que l’on vous connaît mieux après avoir lu vos romans ? Des clefs pour comprendre les coups de cœur, coups de gueule, idées de Jean-Jacques Dayries y sont-elles cachées ?

JJD : À quelle personne faut-il écrire ?  Est-on meilleur parce qu’on s’épanche sur ses propres émois ? Pour faire plus crédible ? Pour susciter la compassion ? J’en doute.

Dans mon roman Colocs et Millenials, on passe du il au je, puis à nouveau au il. Le héros explique qu’à la troisième personne il est plus objectif. Quand il s’exprime à la première personne, il est tenté de tricher. Je suis de son avis : la troisième personne est plus honnête.

L’autofiction est un leurre. C’est très pratique quand on a peu à dire. Ou bien pour se plaindre de son sort. Pour attirer le chaland. Et même les jurés du Prix Nobel !

Pour ma part, je n’aime pas ceux qui se plaignent. J’aime les caractères courageux, travailleurs, optimistes. Ceux qui choisissent l’avenir plutôt que le passé. J’ai écrit un petit roman en forme de conte, à la manière du dix-huitième siècle, Un être libre. Le héros est un vieil entrepreneur à qui tout a réussi et qui choisit, l’âge venu, de recommencer l’aventure d’une entreprise. À la troisième personne, c’est un exemple qu’on montre. À la première personne, cela aurait eu l’air d’une pseudo biographie prétentieuse !

Bien sûr, je ne résiste pas à envoyer des coups de patte ou bien à partager des idées qui me tiennent à cœur, en matière d’économie politique par exemple. À faire voyager le lecteur dans des endroits magnifiques que je connais bien. Capri. La Méditerranée. La Grèce. À partager un moment de gastronomie. À montrer le plaisir d’une traversée à la voile, quand le temps est beau et le soleil éblouissant.

J’ai choisi mon intention d’auteur : l’échange et la transmission.

 

GD : Écrivez-vous pour comprendre les autres ou pour approfondir la connaissance de votre être intime ? Votre objectif est-il d’influencer vos congénères, de leur faire prendre conscience de la valeur de la vie ?

JJD : Ni l’un ni l’autre. Je n’ai pas besoin de remplir des pages d’introspection intime pour me sentir plus vivant ou mieux me connaître. Les étagères des bibliothèques sont remplies de livres sur ces thèmes. Je n’ai pas pour objectif de rendre le monde meilleur ou bien de jouer au prédicateur. Il y a foule sur ce créneau.

J’ai le projet de simplement échanger. De transmettre ce que je sais. Une lectrice m’a dit qu’avec moi, elle était une petite souris qui entrait dans des lieux auxquels elle n’aurait jamais accès. Qu’elle comprenait enfin les soucis de personnes qu’elle ne pourrait jamais connaître.

Ouvrir les yeux sur le monde. Mieux le comprendre. Ne plus craindre l’air du large. Voir le monde avec optimisme. Si je peux y contribuer, c’est un émerveillement.

 

GD : La vie peut-elle avoir du sens sans laisser une trace écrite ?

JJD : Bien sûr. Avant l’invention de l’écriture, la vie avait du sens. Aux débuts de l’écriture, l’outil était surtout utilisé pour son utilité immédiate, les comptes, les instructions, les lois. Je crois que l’idée de l’utiliser pour l’édification des générations futures est venue bien après. Depuis l’invention des communications électroniques et l’immense capacité de mémorisation qui l’accompagne, une grande révolution est en marche. Chacun d’entre nous laisse un héritage écrit. C’est vertigineux et au fond généralement fait de fatras sans intérêt. Dans lequel les ordinateurs de l’IA cherchent et compilent comme des fous en espérant trouver quelques pépites qui auraient du sens une fois arrangées proprement.

Nous savons qu’il y a des écrits dont la force traverse les générations. Comme les œuvres des grands créateurs dans les arts majeurs. Ce n’est pas la compilation qui crée une œuvre majeure. C’est l’étincelle qui produit un feu neuf. Jamais vu et utile pendant des générations. C’est la contribution d’un esprit différent, libre de s’écarter de l’ordre établi. Aussi bien dans les sciences dures que dans les disciplines plus subjectives. Il y a très peu de grands créateurs. En littérature, seulement une poignée par siècle. Ce sont eux qu’il faut admirer. Le reste n’est pas indispensable. Ne soyons pas prétentieux !

 

GD : L’image qui se dégage de vous est celle d’un homme heureux, avec une vie conjugale, familiale, professionnelle et sociale épanouie. Pour autant avez-vous ce que Charlotte Casiraghi nomme une « fêlure » ? L’écriture suffit-elle à la colmater ? Est-ce d’ailleurs possible ?

JJD : La famille, c’est un projet. Une entreprise plutôt qu’un objet. Un projet vit dans le temps. Il vit également dans un environnement qui peut être favorable ou non. Comme l’aventure d’une croisière en haute mer, il y a parfois du mauvais temps à étaler. Chacun sait que c’est dans le gros temps qu’on reconnaît les marins d’exception. Les équipages soudés. Je vois bien autour de moi que ce n’est souvent pas le cas. Je vois les fragilités. Les échecs.

J’ai décidé, il y a très longtemps de faire vivre ce projet et de m’y tenir. Femme et enfants sont de la partie. Avec ce qu’il faut de bonté d’âme pour que la réussite soit possible !

La « fêlure », c’est peut-être que l’entreprise est un peu folle, dans la dureté de l’époque. Les comportements de nos concitoyens sont plus ceux de consommateurs égoïstes que ceux d’entrepreneurs décidés.

 

GD : En humanité comme en littérature, croyez-vous un « progrès » possible ? Où pensez-vous que nos classiques comme Molière et Chrétien de Troyes doivent rester les repères fondamentaux de la civilisation ?

JJD : Votre remarque a beaucoup de sens. Les créateurs établissent les repères indispensables. Ceux qui font avancer la civilisation. Admirer l’australopithèque aventureux qui a su entrainer sa horde vers une meilleure nourriture en sortant du continent africain. Prendre modèle sur ceux dont les concepts ont fait avancer la civilisation.

Souvent, les textes fondateurs sont très courts : le Discours de la méthode, l’Esprit des lois. Parfois, ce sont des accumulations volumineuses et géniales en tout point : la Divine comédie, le Ramayana, les Métamorphoses, l’Odyssée…  

Molière et Shakespeare étaient des entrepreneurs de spectacle, des directeurs de troupe et des comédiens. Ils essayaient de gagner leur vie en étant à la mode de leur temps. Je ne pense pas que la postérité était leur objectif. Le miracle a eu lieu : on les joue toujours après plusieurs siècles et ils sont des modèles.

Il n’y a pas de règle imposée.

Votre question rejoint une idée que j’avais en écrivant Un être libre car je souhaitais revisiter Diderot puisque le thème de Jacques le fataliste et son maître me semblait d’actualité. De la même façon, lorsque j’ai imaginé l’intrigue d’Elektra, j’ai pensé aux Atrides et à la fatalité du destin dans une histoire moderne et grecque.

Il y a un certain vertige à mettre ses pas dans ceux des grands maîtres qui nous ont précédés. Ne pas se priver de ce plaisir.

             

GD : Il existe des formes de littératures dans chaque région du monde : avez-vous des curiosités et des préférences pour celles d’autres zones du globe ?

JJD : Je lis beaucoup de littérature anglo-saxonne moderne. Je suis frappé par la liberté de la langue. Par l’inventivité des formules. La langue française me semble plus formatée. Probablement l’influence d’une éducation où l’on apprend à respecter avant tout la norme de ce qui est bien et correct. Je n’hésite pas à emprunter des anglicismes lorsque je le pense utile. On peut défendre sa langue sans refuser les autres. Les enfants bilingues passent sans effort d’une langue à l’autre sans les mélanger. Parfois, on est plus précis dans une des langues que dans l’autre. Parfois, c’est l’inverse. Il faut en profiter. C’est une façon ici aussi de sortir de sa bulle et de respirer l’air du large !

 

GD : L’artiste est-il là pour vous chambouler ? Je vous sais mélomane, la musique vous semble-t-elle avoir une force de frappe supérieure aux livres pour ébranler un être humain ?

JJD : La musique a un impact physiologique démontré : on peut être ému « aux tripes ». C’est tout sauf trivial. Cela remonte à la nuit des temps. La littérature s’adresse à l’intellect. Même si l’on ne se réfère qu’à la tradition orale. Alors, quand les deux arts se combinent avec efficacité, une magie magnifique s’opère. Dans mon roman Quatuor, il y a un portrait contrasté de deux héros. Il est un violoncelliste virtuose. Elle est une économiste réputée. Chacun excelle dans son art. Le lecteur entre dans la construction d’une carrière de soliste, faite de voyages, de concerts, d’enseignement. Il entre aussi dans la vie d’une grande institution où l’économiste produit ses études, ses notes de conjoncture, un nouveau livre. Ils ont tous deux un impact sur leurs contemporains. Certes à leur niveau, qu’on peut trouver modeste par rapport aux grands compositeurs ou bien aux grands économistes qui les ont précédés. Mais ils vivent leur métier avec sincérité. Jusqu’à ce que le destin les frappe. Il n’y a pas de hiérarchie entre leurs disciplines. Je pense que cette réflexion peut se généraliser. Le frisson peut être physiologique ou intellectuel. C’est son existence même qui est précieuse et rare.

 

GD : Lequel de vos livres rêveriez-vous de voir adapté au cinéma ? Et au théâtre ? Et pour quelles raisons ?    

JJD : Comme mes romans sont des portraits d’aujourd’hui, dans un monde réel, avec des intrigues qui sont inspirées de situations vécues, l’adaptation au cinéma ou au théâtre ne serait pas trop difficile. Il y aurait même un côté « reportage en direct » qui pourrait être original et intéressant.

Imaginons Jungle en multinationale comme une série puisque la construction est en patchwork. On s’intéresse tour à tour à chaque personnage et progressivement l’intrigue se développe, entre Paris, la Riviera, la Suisse, l’Italie.

Imaginons Un être libre comme un road movie jusqu’à la chute, dans le Pékin des années soixante-dix.

Imaginons Quatuor en film choral à quatre héros, dans le tourbillon des voyages et de la musique.

Un projet est possible, en gardant l’esprit de la petite souris qui pénètre des lieux très proches et cependant jamais familiers. Sans qu’il soit besoin de crimes ou de maltraitance. En gardant l’ambition d’apporter une réflexion sur notre époque. Un point de vue qui refuserait le côté « grand guignol » de certaines productions.

les livres de l’auteur : 

   

Jean-Jacques Dayries dans Saisons de culture : de la finance à la littérature

Jean-Jacques Dayries dans Saisons de culture

JEAN-JACQUES DAYRIES

Par Guilaine Depis

Responsable des affaires en Asie du groupe PECHINEY, il a ensuite travaillé dans la banque d’investissement en Europe et aux Etats-Unis à la Compagnie de SUEZ puis au CREDIT LYONNAIS avant de créer AEW Europe, dont il a été administrateur et directeur général. Cette société gère aujourd’hui €40 milliards d’actifs immobiliers à partir de dix filiales dans les principales capitales européennes. Au cours de sa carrière, M. Dayries a été administrateur de nombreuses sociétés, cotées comme non cotées. Il est devenu écrivain.

Jean-Jacques Dayries, vous avez successivement été administrateur et directeur général dans des entreprises très prestigieuses, où vous avez toujours réussi. Depuis quelques années, vous vous lancez à corps perdu dans l’écriture. Fort de cette double expérience pensez-vous que la littérature est un domaine plus difficile pour être reconnu à sa juste valeur ?

La vie est faite de plusieurs phases. La grande phase de la vie active est essentielle. Ce sont les quelques décennies où l’on s’investit dans un projet qui est plus ou moins personnel, plus ou moins imposé. Enfant d’expatrié, je n’ai jamais imaginé vivre dans mon coin, mais plutôt continuer à explorer le monde. En travaillant à l’international, vous avez cette possibilité. Cette chance. Le poète Henri Michaux a écrit quelque part : ‘surtout ne pas crever sans avoir fait le tour de sa prison’. Elle peut être petite ou très grande. J’ai préféré qu’elle soit la plus grande prison possible ! La maxime s’applique à ma vision de la littérature. Au bout du parcours professionnel, avec ses succès et ses difficultés, vous pouvez décider de vous mettre en pause ou non. Lecteur compulsif depuis toujours, j’ai décidé d’une nouvelle phase, celle de la création littéraire ‘à ma façon’. Une ‘prison’ à explorer, en quelque sorte pour citer Michaux à nouveau. Au bout de mes nombreux mandats d’administrateur de sociétés, j’ai consacré de plus en plus de temps à mon travail littéraire. J’ai écrit six livres dont quatre ont été publiés. Cette phase de vie est pleine de liberté. Vous n’avez plus des équipes aux quatre coins de la planète mais votre table de travail, solitaire et exigeante. Des thèmes à explorer, des intrigues à construire, des héros qui vivent et vous habitent. C’est un travail d’entrepreneur, tout à fait passionnant.

La question de la valeur est importante. C’est bien sûr essentiel d’avoir des lecteurs qui partagent votre vision ou bien qui sont émus par ce que vous leur proposez. Dans la vie des affaires, la notion de valeur se mesure vite et facilement dans un résultat annuel ou un cours de bourse. Dans le monde de la littérature et de l’édition, la valeur est une notion plus subjective et le succès ne garantit pas l’estime, comme l’inverse ! Se faire connaître et partager son travail me semble beaucoup plus aléatoire et difficile. Même avec l’aide des réseaux sociaux.

Vous avez évolué dans des milieux brassant beaucoup d’argent. Vous découvrez un monde où 99% des écrivains sont ultra pauvres, ne vivent pas de leur plume, appartenez-vous à ceux qui rêvent de changer le monde afin que les auteurs puissent naturellement vivre de leur art et de leur créativité, ou estimez-vous que le privilège et le charme de la vie d’artiste – y compris les écrivains qui créent de la beauté avec des mots – sont aussi dans cette bohème, cette précarité ?

C’est un fait. Terrible et dérangeant. Toute la chaîne est en difficulté : les libraires, les distributeurs, les éditeurs, les auteurs. En décidant de consacrer de plus en plus de temps à l’écriture, je n’avais pas l’objectif d’en vivre. Je souhaitais simplement raconter des histoires intéressantes, avec des héros attachants. Ecrire est un grand plaisir. Le partager est une grande joie. Mon travail est toujours l’occasion de faire pénétrer le lecteur dans un milieu social, une entreprise ou un métier qu’il aurait peu de chance de voir de l’intérieur. Je m’adresse à un public qui souhaite lire autre chose que de la littérature de gare, des romans policiers, ou les romans pour jeunes femmes qui sont si diffusés. Jamais de sordide ou de misérabilisme, des héros positifs, comme dans la vraie vie. Avec une écriture qui a de la tenue. Sinon, j’aurais honte ! Comme je ne suis pas obligé de faire de la copie alimentaire (dommage pour mon éditeur), je peux essayer de garder un objectif de qualité. Sans l’ambition de révolutionner la littérature. En restant honnête.

Dans la finance, il faut savoir prendre des risques. En littérature, diriez-vous aussi qu’il faut savoir se mettre en danger pour récolter le succès ?

Le premier défi, c’est que brusquement, vos amis et vos relations d’affaires vous voient différemment ! Vous pratiquez un sport difficile dans lequel ils ne se lanceront jamais. Ne serait-ce que parce qu’il faut faire un investissement personnel important. Avec régularité, vous devez retourner à votre table de travail. Un roman de 200 pages, c’est au moins 600 heures de travail. Un investissement d’une année, à condition d’être rapide. Comme pour n’importe quel investissement, ‘no risk, no return’. Vous devez risquer cette aventure pour obtenir un résultat… qui peut être décevant. Être la risée de vos amis. Comme pour toute entreprise, il y a une certaine ivresse à tenter le pari. Car au-delà du succès, c’est totalement gratifiant d’aller à la rencontre de ses lecteurs… une fois le risque pris.

Votre œuvre est constituée jusqu’ici de plusieurs romans « Jungle en multinationale », « Quatuor », « Un être libre » … pour en citer quelques-uns. On devine que vous y avez mis beaucoup de vous, néanmoins en imaginant des personnages et des histoires romancées. Est-ce un moyen de préserver votre vie privée ?

Dans un roman, l’intention peut être autobiographique, c’est trop souvent le cas, ou bien totalement détachée du vécu de l’auteur. Il n’y a pas d’interdit. Ce qui m’intéresse est de peindre un milieu social et des situations réalistes. Des lieux ou des évènements qui me sont familiers. Des personnages qui sont plausibles. Je transmets beaucoup de ce que je sais de la vie des affaires, de l’économie politique, et même de la cuisine ou de la navigation à voile. A travers une histoire romanesque qui me semble plus captivante qu’un étalage nombriliste. Etaler sa vie privée, c’est manquer d’idées ou d’ambition. Quoique… certains ont eu le Prix Nobel en choisissant cette voie.

Schopenhauer disait : Un écrivain doit se fourrer tout entier dans son œuvre ; pensez-vous qu’il a tort, ou bien encore que ce soit possible de se fourrer tout entier dans son œuvre sans faire de l’autofiction ?

Je crois qu’il y a une forme d’engagement dans l’écriture. C’est un sport de haut niveau. Il faut y mettre toute son énergie et mobiliser tous ses atouts. C’est ainsi qu’il faut lire ce propos. Cela ne signifie pas qu’il soit nécessaire de se répandre sur ses propres malheurs ou de se vanter d’exploits improbables. L’autofiction est peut-être un moyen commode de soigner un malheur intérieur. Je n’ai pas de goût pour les gens qui se plaignent. Mon admiration va aux êtres positifs, courageux. Ceux qui ont une vision à partager.

Un écrivain doit-il être pudique sur ses blessures intimes ?

La beauté de l’exercice d’écriture réside dans la liberté qu’il offre. La page est blanche pour tout un chacun. La noircir est un privilège. Il n’y a de contraintes que celles que vous acceptez. Stendhal ne s’exprimait pas sur ses blessures intimes. Proust en a fait son fonds de commerce. Il n’y a pas d’obligation. Tout est permis. Seul compte un résultat que des lecteurs apprécieront à sa valeur. Sans garantie !

L’écrivain est-il là pour rendre son lecteur heureux lors d’un moment de divertissement ou bien pour carrément influer sur le cours de sa vie, chambouler ses certitudes, le faire grandir ?

C’est la plus grande ambition possible : un lecteur qui prend plaisir à lire un texte que vous avez créé avec plaisir. Ce texte peut être ardu et sérieux. Il peut être simplement amusant. Peu importe. Ce plaisir, le lecteur le garde en mémoire. Il peut l’accompagner pendant de longues années. Il y a ceux qui ont lu ‘Cent ans de solitude’ ou ‘Les trois mousquetaires’ et les autres. Quelle responsabilité pour l’auteur !

Votre œuvre comporte de la beauté, mais des fulgurances tragiques (« Quatuor ») ; les drames en littérature sont-ils là pour nous aider à davantage apprécier par contrastes les moments paisibles de la vie ?

Le drame n’est pas nécessaire. Quand on est en manque d’idées, il est facile de créer un accident comme de faire disparaître un personnage. La littérature est pleine de ces facilités. C’est une manière de ‘faire de la copie’. Le tragique doit être justifié par l’histoire qui est racontée. Sinon, on sent la manipulation plus ou moins racoleuse.

On dit souvent que les écrivains sont des écorchés vifs… Etes-vous un homme serein ?

Certainement pas. Mais pas torturé non plus. Seulement désireux d’explorer le monde bravement. Avec un peu d’humour et d’humilité.

En dehors de vos enfants, avez-vous l’impression d’avoir accompli des choses dans votre vie qui vous survivront autant que vos livres ?

Le jour où l’on disparait, on survit dans le souvenir que certains garderont de vous. Les équipiers de Tabarly se souviennent toujours avec émotion du grand marin, timide et taiseux. Mes jeunes collaborateurs qui ont fait de belles carrières un peu grâce à moi, les entreprises que j’ai aidées à progresser, mon équipage familial, c’est ma trace personnelle. Avoir fait plutôt du bien. Mis dans ces livres un peu de ces expériences accumulées. Avec honnêteté.

Depuis peu, vous animez des ateliers d’écriture, que retenez-vous de cette expérience ?

Toujours l’idée de la transmission et du partage. J’essaye d’encourager. De dire que 600 heures pour écrire un roman, c’est finalement accessible. L’essentiel est d’éprouver sa liberté. De se faire plaisir !