La critique coup de coeur superbe de Charles-Henri Dahlem

La critique coup de coeur superbe de Charles-Henri Dahlem

Une heure avant la vie

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En deux mots
Dans les pays lointains où elle a grandi, L. cherche à meubler sa solitude et va trouver refuge dans les livres. Lorsqu’au sortir de l’adolescence, elle sert de guide à un artiste-peintre parisien, elle va trouver le moyen de s’émanciper. Une nouvelle vie va alors s’offrir à elle.

Une vie de femme, un parcours initiatique, une envie irrépressible d’émancipation. En suivant L. qui tente d’avancer dans la vie sans tout comprendre de la vie que mènent ses parents, on découvre une ferme volonté d’avancer mais aussi un parcours semé d’épreuves.
Parmi les images qui restent gravées dans la mémoire de l’enfant revient d’abord cette insulte proférée par une gitane à sa mère, cette conne qui n’a pas su garder son mari et qui déstabilise les deux promeneuses. L’angoisse qui l’étreint lorsque sa mère lui annonce que le P’tit Prince, son frère né dans la joie quelques mois plus tôt, est gravement malade et qu’elle part avec lui à l’hôpital. Un événement qui lui permettra toutefois de se rapprocher de ce père trop absent. Il ira jusqu’à accepter de l’emmener avec lui à la chasse, lui fera découvrir Hemingway et deviendra son superman.
Loin de tout, au gré des affectations, elle va aussi trouver un point d’ancrage dans ses lectures. Une bibliothèque qui va devenir un centre de formation pour l’adolescente en mal d’ami(e)s.
Puis viennent les premiers émois amoureux, la rencontre avec Grégoire l’artiste-peintre qui fait partie d’un groupe de touristes qu’elle est chargée de guider. Cet homme plus âgé a surtout pour L. l’aura du parisien, habitant cette ville fantasmée au cours de ses lectures et qu’elle rêve de découvrir.
Si c’est grâce à lui qu’elle prendra son envol, on comprend très vite que ce mariage est d’abord un moyen de s’évader. L’écriture tout en subtilité de Svetlana Pironko laisse deviner que l’amour pour Grégoire cache l’envie d’une autre vie, plus riche, plus dense. On va dès lors suivre le couple à Paris, à Séville, à Venise ou encore en Toscane. Mais on va surtout suivre la trajectoire d’une femme avide de connaissances, de culture, d’expériences.
En découvrant le milieu de l’édition, elle se sent enfin dans son élément. Les idées, la création et même la séduction forment alors un feu d’artifice qui permettent à L. se s’épanouir. De ses rencontres dans les salons professionnels jusqu’à la tanière d’un écrivain britannique.
Si l’on retrouve dans ces lignes bon nombre d’éléments autobiographes, c’est d’abord la volonté et l’envie qui donnent à ce roman une belle énergie. En voulant donner raison à Hemingway, après Paris est une fête elle se rappellera que Le soleil se lève aussi, prouvant qu’il est bon de rêver sa vie… avant de la vivre.

Une heure avant la vie
Svetlana Pironko
Éditions Le passeur
Premier roman
267 p., 18 €
EAN 9782368909621
Paru le 1/09/2022

Où?
Le roman est situé en Asie centrale, notamment au Kazakhstan, puis à Paris et Londres. Mais on y voyage aussi beaucoup.

Quand?
L’action se déroule de la fin du siècle passé à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le soleil se lève sur le petit aéroport d’Assouan. Sur le désert nubien… Comme sur la steppe de la Faim ce matin lointain, avant la chasse au loup. C’est le même soleil qui se lève. Il se lève sur un monde différent. Sur une vie différente. Mais c’est le même grand disque incandescent, et elle trouve de la consolation dans cette pensée. »
Une heure avant la vie est un voyage – celui de L., une femme-luciole qui parcourt le monde, des steppes d’Asie centrale jusqu’à Paris et plus loin encore. Intrépide, elle puise sa force dans l’amour inconditionnel de son père et dans des livres qui ont le pouvoir de changer une vie.
Tour à tour lucide, ironique, émouvante ou mélancolique, L. nous entraîne dans sa quête. Que cherche-t-elle? Et que va-t-elle trouver?

Les premières pages du livre
« Un gros mot
Dans ses souvenirs d’enfance, c’est toujours l’été.
Elle marche dans la rue avec sa mère. Main dans la main. Elle est trop grande pour qu’on lui tienne la main, mais aujourd’hui maman est une copine. Elles sont allées au cinéma. Pas le cinéma du quartier, où travaille son grand-père. Elle y va quand elle veut. Avec Nina ou même seule. Le vrai cinéma, en ville ! Et avant, une glace à «La Reine des neiges».
Elles ont vu Le Lac des cygnes. Elle a un peu pleuré à la fin. Elle n’aime pas pleurer.
Après, maman lui a acheté un petit sac à main au «Monde des enfants». Presque un vrai sac de dame qu’elle porte maintenant à son coude, Comme fait maman quand ils sortent avec papa. Le sac de maman est plus beau — il est en cuir marron qui est comme du bois poli. Lisse et brillant. Papa le lui a rapporté d’une mission. Et aussi une paire de chaussures qui va avec.
Papa part souvent en mission. Elle aime bien. Il rapporte toujours des cadeaux pour elle et pour maman.
Son sac est rouge. C’est joli, mais elle voudrait un jour avoir le même que celui de sa mère. En attendant, elle parade avec son cadeau écarlate. Et ce n’est même pas son anniversaire!
Elle sent la main de sa mère serrer plus fort la sienne. Il y a une femme, une vieille femme qui fait signe à maman de s’approcher, d’un doigt crochu. Une gitane.
Elle se recroqueville intérieurement. Elle a peur des gitanes — elles crient, gesticulent, abordent des passants qui essaient toujours de les fuir.
La vieille parle à sa mère, mais la regarde, elle. Deux yeux perçants très noirs la fixent. Elle a peur de détourner son regard.
La gitane veut lire la main de maman. Mais comment? Les mains de maman sont blanches et lisses sans rien d’écrit dessus ou dessous.
Maman dit non, merci, pas besoin, et accélère le pas, en lui serrant la main encore plus fort. Elle doit courir maintenant pour suivre. Elle entend la gitane rire derrière elles:
— Pas besoin de lire ta main pour dire que ton mari ne t’aime pas, pauvre conne!
Maman ne se retourne pas. Elle, si. Elle jette un regard qu’elle veut assassin à cette vieille, si laide et si méchante. «Conne toi-même», articule-t-elle, à peine audible.
«Conne» est un très gros mot. Elle le sait. Papa aime maman. Maman est belle. Même si elle a grossi cet été.
Elles tournent dans une petite rue. Sa mère s’arrête et lui lâche la main. Elles sont toutes les deux essoufflées.
Elle enlace les jambes de sa mère et pose sa tête sur son ventre arrondi. Elle attend des mots rassurants qui ne viennent pas. Elle lève la tête. Des larmes silencieuses coulent sur les joues de sa mère. Une tombe sur son front. Elle ne savait pas que les gros mots faisaient si mal. Elle espère que la gitane aussi est en train de pleurer.

Cette nuit, elle fait un rêve. Elle est seule sur un manège qui tourne. C’est un beau manège, avec des animaux en bois, de toutes les couleurs. Il est posé, bizarrement, au milieu de la cour de la maison de ses grands-parents. Elle voit, tour à tour, le grand portail vert, la maison, le potager, le plus beau coin du jardin où sa grand-mère fait pousser des dahlias et des glaïeuls, et la pergola couverte de houblons. Toute sa famille est réunie sous la pergola. Même Mourka et Plimus.
Un autre tour, et de nouveau le portail. Il est en train de s’ouvrir en grand tout seul. Elle voit une vieille femme entrer. C’est elle! La gitane ! Sa robe noire, son grand châle aux roses rouges, ses longs cheveux mal peignés, son sombre visage tout ridé. Ses yeux…
Le manège tourne, mais elle ne veut pas perdre la vieille de vue. Elle l’entend marmonner. Des gros mots encore? Elle se détourne et cherche des yeux sa mère.
Ce qu’elle voit la tétanise. Ils sont tous en train de se transformer en animaux. Pas en bois. Des vrais… Ce grand éléphant, là, c’est grand-papa. Maman se transforme en girafe. Longue, fragile et pleine de grâce, elle se meut vers le portail ouvert. Le lion… Papa! Elle voudrait crier, mais aucun son ne sort de sa gorge. Ils partent tous. Même Mourka et Plimus.
Ils sont partis.
Elle est seule.
Elle se réveille.
Elle a peur pour la girafe. »

À propos de l’auteur
PIRONKO_svetlana_©DRSvetlana Pironko © Photo DR

Svetlana Pironko vit entre Paris et Dublin. Après avoir été traductrice, agent littéraire et éditrice, elle signe son premier roman. De son enfance au Kazakhstan, elle a gardé l’amour des grands espaces et des longs voyages. Elle s’épanouit dans la sérénité des aéroports, où il fait si bon lire et écrire, mais elle aime plus que tout revenir à son port d’attache, Paris.

 

Le Figaro interviewe Christian Mégrelis sur Gorbatchev

«Gorbatchev emportait l’admiration», le récit d’un collaborateur français

Mikhaïl Gorbatchev s'adressant à la télévision soviétique en 1986.
Mikhaïl Gorbatchev s’adressant à la télévision soviétique en 1986. TASS / AFP

ENTRETIEN – Christian Mégrelis a travaillé pour l’ancien dirigeant soviétique de 1989 à 1991.

ENTRETIEN – Christian Mégrelis a travaillé pour l’ancien dirigeant soviétique de 1989 à 1991. Christian Mégrelis est un homme d’affaires. Après la chute du mur de Berlin, il participe au programme des 500 jours afin de transformer l’économie soviétique et conseille Mikhaïl Gorbatchev dans les négociations avec l’Union européenne en 1991. Un épisode qu’il raconte dans son ouvrage Le naufrage de l’Union soviétique : choses vues, aux éditions transcontinentales.

LE FIGARO.- Comment avez-vous rencontré Mikhaïl Gorbatchev ? Christian Mégrelis.- J’ai été introduit au Kremlin grâce au professeur Svatislav Chataline afin de participer au plan des 500 jours qui devait permettre de libéraliser l’économie soviétique. Vaste projet ! En parallèle, Mikhaïl Gorbatchev m’a demandé de mener une campagne à l’étranger pour promouvoir les investissements en URSS. Je suis arrivé en Russie pour faire des affaires avec la Perestroïka, et j’ai sympathisé avec Gavriil Popov, qui deviendra maire de Moscou. Il avait une équipe qui prenait le pouvoir économique sous le contrôle de Gorbatchev. Enfin, j’ai participé aux négociations avec Bruxelles en 1991 qui aboutiront aux accords TACIS (un programme d’aide de la Commission européenne pour aider à la transition vers une économie de marché, NDLR). Pour l’anecdote, j’ai même rédigé et porté la première lettre de Gorbatchev à Jacques Delors (président de la Commission européenne de 1985 à 1995, NDLR). Comment Gorbatchev se comportait-il au travail ? Il était très formel, je ne peux pas dire qu’il était sympathique. Gorbatchev était cassant et très content de lui-même. Néanmoins, il emportait l’admiration puisqu’il faut bien admettre que c’était un homme extraordinaire et très supérieur, avec une grande vision. Il avait aussi, ce qui lui sera reproché plus tard, une attention particulière pour ce qui venait d’Europe de l’Ouest.

Pour moi, il était l’un des plus grands hommes du XXe siècle, au même rang que Churchill. Il a réussi à débarrasser la Russie du système communiste sans verser une goutte de sang. Souvenons-nous que les Occidentaux, eux, ne voyaient pas d’autres solutions qu’une guerre nucléaire pour détruire le communisme. Comment définiriez-vous ses projets de Glasnost et de Perestroïka ?

Je dirais qu’ils symbolisaient l’entrée de l’URSS dans le monde réel alors qu’elle vivait dans un monde imaginaire… Une situation qui est revenue aujourd’hui. Vladimir Poutine, avec sa guerre, renverse toutes les vérités et ment. Pour justifier son invasion de l’Ukraine, il prétend que l’Otan envahit l’Ukraine. Ce système négationniste rappelle Hitler.

Comment les Russes se souviennent-ils de Gorbatchev ? Ils en ont une très mauvaise opinion. S’il a bien réussi sa communication internationale, il l’a ratée en interne. Dès qu’il était attaqué, il ne répondait pas. Par exemple, la disparition de l’URSS lui est attribuée à tort. Le traité de Minsk, créant la Communauté des États Indépendants (CEI), a bel et bien été signé par Boris Eltsine. Par la suite, Gorbatchev entretenait un rapport très froid avec la Russie et surtout son ennemi, Eltsine. Il ne lui a jamais pardonné d’avoir sacrifié l’URSS à son ambition. Quel rapport entretenait-il avec la France ? Il y avait un rapport très particulier. Il passait par un personnage amusant appelé Domung, un gérant de coopérative agricole dans les environs de Toulouse, à Noé. Il était communiste fervent et ami de tous les secrétaires généraux. Domung l’invitait, ainsi que Raïssa, sa femme, en France. Il lui avait même donné les fameuses cartes de crédit Gold qui ont fait scandale (Raïssa se serait servie d’une Gold Card réservée à la clientèle huppée d’American Express, un privilège que ne partageaient pas les Soviétiques, NDLR).

Gorbatchev n’était pas très cultivé, mais aimait surtout les beaux hôtels, les belles piscines, le luxe et les paysages français. Plus tard, il lui sera reproché de donner l’impression de se plaire plus en Europe de l’Ouest qu’à l’Est.

Mort de Mikhaïl Gorbatchev, interviewer Christian Mégrelis son ancien conseiller

Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, est mort à l’âge de 91 ans.
Pour interviewer son ancien conseiller (seul conseiller non russe à avoir vécu en direct du Kremlin la fin du communisme)
Christian Mégrelis
(auteur de « Le Naufrage de l’Union soviétique – choses vues »), intervenant régulier de LCI, CNEWS, TV5 Monde, France Inter etc Russie
contact presse 06 84 36 31 85
guilaine_depis@yahoo.com
Retrouvez beaucoup de ses interviews sur mon site (5 liens ci dessous et argumentaire du livre plus bas en jpeg)

https://guilaine-depis.com/category/actu-christian-megrelis/

https://guilaine-depis.com/category/actu-christian-megrelis/page/2/

https://guilaine-depis.com/category/actu-christian-megrelis/page/3/

https://guilaine-depis.com/category/actu-christian-megrelis/page/4/

https://guilaine-depis.com/category/actu-christian-megrelis/page/5/

Rachilde et Esteban Frédéric point commun le piano dans La Cause littéraire (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Rachilde, Homme de lettres, Cécile Chabaud (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge le 30.08.22 dans La Une CEDLes ChroniquesLes Livres

Rachilde, Homme de lettres, Cécile Chabaud, éditions Ecriture, août 2022, 240 pages, 18 €

Rachilde, Homme de lettres, Cécile Chabaud (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

La vie d’artiste est souvent vallonnée d’ombre et de lumière. Mais celle des femmes artistes du XIXème siècle était redoutablement chaotique tant l’énergie, l’audace, voire la folie étaient nécessaires pour s’échapper de la gangue fangeuse. C’est toute l’œuvre et le talent de Marguerite Eymery, femme de lettres autoproclamée « Rachilde », que retrace avec brio Cécile Chabaud, professeur de lettres.

C’est toujours dangereux de convoquer les morts quel que soit le siècle. Et pourtant le spiritisme était à la mode au XIXème siècle. Était-ce lié à l’influence du spirite Allan Kardec ? Comme le pratiquait Victor Hugo dans l’espoir de retrouver sa fille Léopoldine, les grands-parents de Marguerite, Urbain et Isoline, avaient l’espoir d’entrer en communication avec leur fils défunt. Le spiritisme était une façon de prolonger la vie et l’espoir des retrouvailles.

Un soir, lors d’une séance de spiritisme où le ciel était insondable et voilé, Marguerite entendit un fantôme lui parler… C’était un certain « Rachilde », comte Suédois né en 1523 à Göteborg. La sonorité étrangère et exotique de ce nom lui plut et elle décida d’en faire son nom de plume. La musicalité des mots joue parfois la partition du virage d’une vie.

Nocturne, opus neuf, numéro deux de Chopin, Lied de Schubert, doigts électrisés, transe médiumnique… Quel point commun entre ce roman qui nous fait voyager à l’époque de Rachilde, femme de lettres du XIXème siècle et Mon sixième sens du voyant Estéban Frédéric (Editions De Vinci, 2022) ? Le piano. Oui, le piano peut être la meilleure catharsis pour échapper à des dons envahissants. S’acharner à faire galoper ses doigts pour faire danser plus vite ses pensées que les esprits. Comme si les notes musicales pouvaient sauver d’un destin sombre. Gabrielle, la mère de Marguerite (Rachilde) pratiquait la même technique qu’Estéban Frédéric : dès qu’elle était en proie à des visions envahissantes, elle cherchait à apaiser ses tracas avec le Lied de Schubert. Une « harmonie céleste » s’échappait alors du piano de Gabrielle. Mais Marguerite y entendait une ombre de dissonance. Le cri de l’aliénation ? Des voix murmuraient déjà dans la tête de sa mère. Et Marguerite savait déjà au fond d’elle-même que ce piano de Schubert était de mauvais augure. Il faut du talent pour affronter la beauté comme la laideur de l’âme humaine.

Le domaine du Cros dans lequel Marguerite habitait était très sauvage et lugubre. Les disputes incessantes de ses parents alourdissaient encore plus le paysage. Elle décidait parfois de s’aérer, près de l’étang, même en pleine nuit noire. Mais, un jour, elle eut une expérience très désagréable près de cette mare. Une force l’oppressa, la bâillonna, elle ressentit aussitôt une douleur comme un poignard. Démon ou personne humaine ? Elle vit juste s’échapper dans l’atmosphère éthérée un « cadavre blême » marchant sur l’étang. Elle n’osa pas en parler mais garda un long goût amer de cet incident.

Transportée par l’audace du Marquis de Sade et son goût des mots interdits, Marguerite ressentait un besoin irrépressible et salvateur d’écrire. Pourtant si jeune et si frêle, elle ne craignait ni le diable, ni les ambiances dantesques et décadentes.

Un jour, sa mère souffrant d’un ennui infini et de la maltraitance de son mari, décide enfin d’échapper de son destin morne pour fuir à Paris avec sa fille. Arrivée à la Gare d’Austerlitz, Rachilde est aussitôt séduite par l’odeur âcre de la capitale, « cette odeur malsaine et magnifique que les plus grands poètes avaient psalmodiée ». Rapidement, elle est attirée par les bars du Quartier Latin et les hydropathes, qui adoptèrent tout de suite Rachilde, avec son nom si « hydropathesque ».

Après quelques accueils enthousiastes de ses écrits dans la presse, Rachilde se jette enfin à l’eau avec son premier livre « Monsieur de la Nouveauté ». Mais c’est un « four » (à ne pas confondre avec les « petits fours »), c’est-à-dire que le succès ne fut pas au rendez-vous, malgré quelques remarques admiratives.

Rachilde n’oubliera jamais la mauvaise blague que lui a fait subir Abraham Catulle Mendès, lors de sa rencontre avec Victor Hugo. Mais la beauté est parfois d’une ruse au charme invincible. Mendès était malheureusement beau, il oscillait entre un air de « guerrier vandale » et « séraphique » et cela fut un nouveau piège pour Rachilde, malgré la honte éprouvée face à Victor Hugo. Elle fut prise d’une telle passion fulgurante pour cet homme, pourtant totalement indifférent à ses charmes, qu’elle termina hospitalisée en maison de repos, à la suite d’une crise d’épilepsie et d’une paralysie hystérique. Des séances d’électrothérapie s’ensuivirent. Le cœur a ses raisons que la raison ignore… Mais tel un sphynx, elle renaît de ses cendres avec un certain Monsieur Vénus, un roman sulfureux digne de cet épisode foudroyant.

Le goût du scandale et de la décadence conserve : Marguerite, surnommée « Mademoiselle Baudelaire », a vécu jusqu’à 93 ans… Sa prose infamante se moquait des « tiens-toi droite », des corsets pour redresser les femmes… Malgré son nom d’auteur, ses habits androgynes, Rachilde n’était pas si féministe. Elle voulait juste être une femme libre. Et pas une « bas-bleu », comme les femmes de lettres étaient désignées au XIXème siècle. Amie de Sarah Bernhardt, contemporaine de Verlaine, elle aura vécu puissamment sa féminité. En dépit de son amour platonique et de ses longs échanges épistolaires avec Maurice Barrès, elle choisit Alfred Vallette pour filer le parfait amour.

Grâce à la plume précise et élégante de Cécile Chabaud, on s’attache au personnage de Marguerite et on admire l’audace de Rachilde. Une femme de lettres à faire renaître de toute urgence.

Ce roman est un ovni littéraire qui vous fera voyager au XIXème siècle avec douceur et mystère.

Marjorie Rafécas-Poeydomenge

« la beauté du style » et « un certain goût pour l’errance, devenue art de vivre » (sur Svetlana Pironko) dans Actualitté

Une heure avant la vie, de l’amour aux deuils

Traductrice, agent littéraire, et éditrice d’origine kazakh, Svetlana Pironko signe là un premier roman d’inspiration autobiographique. Récit initiatique, intime, Une heure avant la vie nous fait également bourlinguer, des steppes d’Asie centrale à Paris, d’Édimbourg à l’Égypte, en passant par Venise, au gré des souvenirs. Le livre ne contient pas d’intrigue définie, mais la narration se fait par petites touches, de manière quasi impressionniste, autour d’une figure paternelle chérie. Par Etienne Ruhaud.

Il semble difficile, ici, de départager fiction et réalité, inspiration strictement autobiographique. Écrit directement en français par une russophone imprégnée de culture hexagonale, le roman est également rédigé à la troisième personne. Comment savoir, dès lors, dans quelle mesure « Luciole » s’inspire de l’auteure ? Nous suivons en tous cas l’enfance de l’héroïne, petite fille aimée, et aimante, très proche d’un père qu’elle accompagne à la chasse, d’une mère légèrement délaissée, et d’un petit frère qui deviendra architecte.

Issue d’un bon milieu, grande lectrice, la jeune Luciole aime à parcourir les grands espaces d’un pays, méconnu, auquel elle rend une sorte d’hommage distanciée. « Trou perdu d’un pays sans foi ni loi  » (p. 147), le Kazakhstan est toutefois tendrement évoqué, avec une précision quasi ethnologique, notamment lorsque l’auteur raconte un repas, sous la yourte, en compagnie des autochtones.

Passé l’éblouissement du premier âge, nous entrons dans une adolescence studieuse, mais heureuse. Étudiant les Lettres, Luciole travaille, l’été, dans une fabrique de cornichons. Vient enfin le grand voyage vers la France, et plus particulièrement vers Paris, où la jeune femme vit un rêve éveillé entrecoupé de quelques cauchemars, découvrant l’amour à travers diverses aventures, faisant l’expérience éprouvante du deuil, ou plutôt des deuils : celui d’un mariage raté, et de la perte du père, l’être cher entre tous.

Variations, mélange…

Nous sommes d’emblée frappés par le caractère mêlé du roman, par le goût du contraste propre à Svetlana Pironko. Cette variété se ressent tout d’abord à travers la diversité même des paysages. Partis d’Asie centrale, terres presque désertes, nous découvrons un Paris rêvé, aimé, désiré par Luciole, puis voyageons dans la cité des doges, où l’héroïne, brièvement tentée par le suicide, se perd. « Gotham City dans la lumière d’un crépuscule d’hiver » (p. 209), Édimbourg tranche avec l’éblouissant désert nubien. Tout fait sens, relié par le fil de la mémoire, puis de la plume : « C’est le même soleil qui se lève. Il se lève sur un monde différent. Sur une vie différente. Mais c’est le même grand disque incandescent. »(p. 244).

Cette variété, c’est aussi le mélange des registres. Au ton enjoué, enchanteur, du début (notamment lorsque Luciole part chasser le loup avec les hommes de sa famille), répond la gravité de certaines situations, qu’il s’agisse de décrire la crise du couple, et surtout le deuil du père, qui occupe tous les derniers chapitres.

Derrière la mélancolie, la tristesse, pointe un humour noir parfois féroce, entre autres lorsque l’auteure raconte l’avortement de Luciole à l’aune de l’écologie (le fait de ne pas faire d’enfants contribuant à moins polluer, et donc à préserver la planète) : « Elle n’ira pas jusqu’à prétendre qu’elle avait anticipé l’impact de sa décision sur le changement global du climat, mais elle pourrait se targuer d’avoir entendu le message de Mère Nature. » (p. 110).

L’érotisme transparaît également, en filigrane. Une heure avant la vie, c’est aussi l’histoire des hommes que Luciole a connus : son mari Grégoire, mais aussi l’écrivain britannique Edward Clavell, rencontré à la foire du livre de Francfort. « Elle enlève son manteau et le jette sur le lit — comme un matador jette sa cape. Elle se sent désinvolte. Il la fait jouir avec sa main, debout, avant même qu’ils ne se déshabillent. » (p. 263).

La figure du père…

Sous-titré « roman », Une heure avant la vie ne déroule pourtant pas d’intrigue au sens strict. Nous suivons le parcours de Luciole, ainsi, sa vie de jeune kazakhe devenue femme de Lettres. Le fil directeur du livre demeure toutefois la figure paternelle. Ingénieur, volage peut-être, tour à tour adoré puis rejeté par Luciole, l’homme demeure omniprésent. Au début, nous suivons le personnage à la chasse au loup, donc, puis nous apprenons qu’il a quitté la mère de l’héroïne pour une cruche.

Enfin, les cinquante dernières pages sont consacrées à la mort de surhomme (p. 229), et à la douleur ressentie. « C’est son anniversaire aujourd’hui. Il aurait eu soixante-dix-huit ans. C’est abstrait. Juste un chiffre. Il n’est plus là. Elle est amputée de son père. Elle ne sera plus jamais entière » (p. 253). Devenue une autre femme après l’épreuve du deuil, Luciole renaît, en quelque sorte, par l’exercice de l’écriture.

Salvatrice, la littérature accompagne Luciole à chaque page. Le roman abonde ainsi en références : qu’il s’agisse d’auteurs français, russes ou américains. D’ailleurs, chaque chapitre s’ouvre par une citation. Petite fille rêveuse, nourrie de contes, lectrice passionnée de Lermontov, amoureuse d’artistes puis d’écrivains comme Clavell (cf. plus haut), Luciole trouve un apaisement certain dans les livres, auxquels elle consacre d’ailleurs sa vie professionnelle.

Une heure avant la vie se caractérise dès lors par une (très) vaste érudition, et aussi par son lyrisme. Déployant une langue parfaite, souple, poétique, Svetlana Pironko dépeint avec passions lieux et évènements, magnifiant chaque instant de vie, chaque rencontre : « La steppe comme un tapis multicolore pendant les premiers jours de mai. Couverte de tulipes sauvages. Jaune, blanc, rouge. À perte de vue. Leur parfum si fin, si différent. Reconnaissable et pourtant insaisissable » (p. 66).

Un récit vrai

Roman lent, roman de soi derrière le truchement fictionnel, Une heure avant la vie détonnera sans doute lors de la rentrée littéraire, loin des grosses machines habituelles. Amoureuse de la France, de sa langue, Svetlana Pironko aura su magnifier son pays d’origine, tout en demeurant critique, avant de dépeindre, passionnément, Paris et les différentes villes traversées, au cours de voyages.

Roman du souvenir où affleurent des pointes de nostalgie, quelques regrets, Une heure avant la vie déconcertera éventuellement le lecteur habitué au suspense, aux rebondissements. Svetlana Pironko a d’abord voulu narrer une aventure individuelle, un parcours, et non pas construire une narration au sens classique du terme, un polar ou un thriller par exemple. Restent la beauté du style, ainsi qu’un certain goût pour l’errance, devenue art de vivre. Reste également la sincérité propre à l’auteure, dont nous attendons désormais les prochains ouvrages.

Mise au point de Virginie Calmels dont la candidature à la présidence de LR est recevable

Communiqué de presse en PDF du 30 08 22 en CLIQUANT ICI

Version JPEG plus bas

interview Virginie Calmels : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Paris le 30 août 2022      

Voici la preuve formelle de la manipulation visant à m’écarter

de la candidature à la Présidence des Républicains

La Haute Autorité semble, selon la presse, vouloir confirmer sa position d’invalider ma candidature à l’élection pour la Présidence de LR au motif que je n’aurais pas renouvelé mon adhésion prise le 1er novembre 2021 avant le 22 juillet 2022, se réfugiant derrière le guide électoral diffusé aux adhérents le 25 juillet 2022.

Ceci appelle les précisions suivantes :

  1. 1. Sur la validité de mon statut d’adhérent :

Pour se porter candidat à la candidature, les Statuts (article 5) et le Règlement Intérieur (article 4.1) précisent que « l’on est adhérent si l’on est à jour de cotisation au 31 décembre ou au 30 juin précédent l’élection ». Étant à jour le 1er novembre 2021, je suis bien éligible à la candidature et j’ai jusqu’au 31 octobre 2022 pour renouveler ma cotisation annuelle. Il y avait environ 132.000 adhérents dans la même situation que moi au 31 décembre 2022. Le Parti a d’ailleurs communiqué à partir du 25 juillet sur la nécessité de renouveler son adhésion avant le 3 novembre 2022, seule date communiquée aux adhérents, car statutairement il est nécessaire d’avoir renouvelé 1 mois avant le scrutin prévu le 3 décembre 2022.

Le Guide Électoral ne peut modifier les dispositions des Statuts ou du Règlement Intérieur, il ne fait qu’apporter des modalités pratiques relatifs à l’élection.

  1. 2. Sur la privation des droits à parrainer de 84.000 adhérents :

Dans ce même guide, en ne retenant que les adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2022 pour parrainer un candidat à la candidature, environ 84.000 adhérents se voient exclus de leurs droits à parrainer ce qui crée une distorsion des droits entre adhérents, contraire une fois encore aux Statuts.

Il paraît évident qu’on a voulu, sans fondement juridique exclure du processus les adhérents qui s’étaient mobilisés pour la Primaire fin 2021 qui a vu Valérie Pécresse gagner !

Dans quelle association ou institution (club de sport, bibliothèque, plateforme vidéo, etc) alors qu’on a renouvelé sa cotisation annuelle en novembre on perd tous ses droits au 1er janvier ? Si tel était le cas la cotisation serait alors acquittée prorata temporis, ce qui n’est pas le cas chez LR ! A suivre la logique de la Haute Autorité ce serait comme informer le 25 juillet que ceux qui n’auraient pas renouveler leur passeport au 22 juillet ne pourront plus voyager alors qu’il est écrit que leur passeport est valable 2 ans.

  1. 3. Sur la date du 22 juillet 2022 :

Admettons qu’en contrevenance aux Statuts et au Règlement Intérieur, la règle du 22 juillet du Guide Électoral ratifié en Bureau Politique le 19 juillet soit recevable.

Encore eut-il fallu que cette règle puisse s’appliquer à tous les adhérents ?

Or comment une règle peut-elle s’appliquer si elle n’est pas connue des adhérents ?

Il serait d’ailleurs intéressant que la Haute Autorité indique à quelle date les autres candidats à la candidature (tous membres du Bureau Politique) ont renouvelé leur adhésion et on constaterait que pour beaucoup d’entre eux, voire tous, ce renouvellement s’est opéré postérieurement au 19 juillet !

La Haute Autorité prétend que le guide électoral validé en bureau politique le 19 juillet 2022 a été « immédiatement mis en ligne sur le site du mouvement ».

Ceci est un mensonge pur et simple.

L’envoi par e-mail d’Annie Genevard aux adhérents du guide électoral précisant cette date butoir au 22 juillet, ainsi que la publication sur le site, se sont faits le 25 juillet, soit 3 jours après la date butoir !

Preuve d’une manigance grossière visant à fermer le jeu et empêcher toute candidature autre que celle d’un membre du Bureau Politique (étant seul à connaître cette règle) en contrevenance aux Statuts visant à permettre à tout adhérent d’être candidat à la candidature.

  1. a) Un premier mensonge se glisse dans l’e-mail d’Annie Genevard le 25 juillet 2022 en précisant que « le guide électoral a été publié sur le site le 22 juillet » ; il était déjà ridicule de soit-disant publier le 22 un guide avec date butoir au 22 en n’en informant les adhérents que le 25, mais il aurait été carrément grotesque de reconnaître que le guide a été non seulement envoyé mais également publié sur le site www.republicains.fr le 25 avec une date butoir au 22 !
  2. b) Un second mensonge se glisse dans la réponse de la Haute Autorité qui va même jusqu’à prétendre que la mise en ligne s’est faite « immédiatement après le Bureau Politique du 19 ».

Alors que mon intention de me porter candidate à la candidature avait déjà été évoquée avec plusieurs membres du Bureau Politique dès la mi-juillet 2022, j’ai immédiatement compris les manœuvres grossières et le bidouillage auxquels était en train de se livrer la direction du Parti afin de faire barrage à ma candidature, à moins que ce ne soit qu’un problème technique !

Dès lors j’ai fait immédiatement réaliser plusieurs constats d’huissier (procès-verbal de constat de 169 et 597 pages) qui permettent de valider mes affirmations.

De surcroît n’importe qui pourra constater que le nom du fichier du guide électoral porte l’adresse : 2022-07-25-IR-elections2022-guide-electoral.pdf (republicains.fr) soit la date fatidique du 25 juillet !

  1. 4. Alors que j’avais jusqu’au 31 octobre 2022 pour renouveler ma cotisation (étant à jour au 1er novembre 2021), j’ai décidé de renouveler ma cotisation le 26 juillet 2022. J’ai alors reçu un e-mail de l’adresse adhérents@républicains.frme remerciant « d’avoir choisi de rejoindre Les Républicains ou de renouveler mon adhésion». Ce mail a également donné lieu à un constat d’huissier.
  2. 5. Le 27 juillet 2022 j’ai reçu un e-mail de nepasrepondre@republicains.fr m’indiquant « vous n’êtes pas à jour de cotisation, adhérez ou réadhérez avant le 3 novembre pour participer à l’élection du Président des Républicains ». Ce mail a également donné lieu à un constat d’huissier.

Ceci atteste :

  1. a) Que la liste des adhérents dits non à jour n’avait pas été actualisée de ma cotisation de la veille, admettons qu’il ne s’agisse que d’une erreur technique !
  2. b) Que le Parti s’est employé dès l’e-mail d’Annie Genevard du 25 juillet (en application de la règle nouvelle édictée dans le guide électoral du 25 juillet) à faire croire aux adhérents à jour au 31 décembre 2021 qu’ils étaient exclus du process électoral du Président de notre mouvement de façon fallacieuse en indiquant « afin de prendre part à cette échéance majeure, vous devez avoir adhéré ou réadhéré entre le 15 décembre 2021 et le 3 novembre 2022. Vous recevrez cette semaine un mail indiquant votre situation ». Or cette « règle » contrevient aux Statuts et Règlement Intérieur attendu que tout adhérent à LR postérieurement au 4 novembre 2021 est bien à jour de cotisation avant le 3 novembre 2022. Il s’agit là encore d’exclure indûment du processus les adhérents qui s’étaient mobilisés pour la Primaire fin 2021.

Enfin, comme de nombreux adhérents, je reçois des mails envoyés en direct par messieurs Ciotti, Pradie et Nasrou, en violation des règles élémentaires de la RGPD. Le Parti n’a manifestement pas cru bon de faire cesser l’utilisation frauduleuse des fichiers d’adhérents et ne considère pas que la violation de la RGPD pourrait être un motif de non recevabilité de candidature à la candidature !

Ma candidature est donc parfaitement recevable. Et tout ceci pourrait donner lieu à rire s’il ne s’agissait du fonctionnement du Parti qui a donné à la France tant de Présidents de la République et qui prétend demain gouverner à nouveau le pays.

C’est à croire que la candidature d’une femme libre, ne vivant pas de la politique, engagée bénévolement pour tenter de redresser le Parti, ayant passé plus de 20 ans à diriger des entreprises (Canal+, Endemol France, Endemol Monde, FUTURAe) dérange !  Pourtant il est grand temps que le fonctionnement de LR change ! Plus que jamais, je suis confortée dans l’idée que ma candidature a du sens pour en finir avec ces méthodes indignes, pour en finir avec cette absence de respect de nos adhérents, pour en finir avec cet « entre soi » mortifère, pour en finir avec ces « petits arrangements entre amis ».

Je laisse 24h à la Haute Autorité pour se ressaisir

et permettre le débat démocratique que tous les adhérents attendent.