Femme actuelle craque pour « Mémé part en vadrouille » de Fiona Lauriol

Témoignage : "J’ai fait un road-trip en camping-car avec ma grand-mère centenaire"iStock
 J’ai compris !

Alors que sa grand-mère âgée de 101 ans dépérit dans un Ehpad, sa petite-fille Fiona lui propose de partir en voyage à bord de son vieux camping-car. Le périple durera près de trois ans.

Fiona Lauriol, 39 ans, voyage depuis sa plus tendre enfance avec ses parents en Europe, Afrique et Asie. Au gré de cette vie itinérante au contact de populations très diverses, la jeune femme s’est forgée une philosophie de vie empreinte de valeurs de solidarité. Pour elle, il est impensable d’abandonner les vieux dans des mouroirs. Elle raconte son road-trip de 15.000 km avec sa grand-mère dans un livre, 101 ans, mémé part en vadrouille, aux éditions Blacklephant. Un petit éditeur breton qu’elle a choisi pour ses valeurs humanistes et son projet de rendre le monde un peu meilleur.

« Avant cette aventure, je n’étais pas proche de ma grand-mère maternelle. Elle vivait en région parisienne, mes parents et moi voyagions souvent par le monde. Je la voyais une ou deux fois par an et elle n’était pas tendre avec moi. Dure, cassante, pas vraiment l’archétype de la mamie gâteau ! Quand j’ai eu 15 ans, elle s’est mis en tête de me marier avec le petit-fils de sa meilleure amie. Comme j’ai refusé, elle m’a fermé sa porte et je ne l’ai plus revue pendant des années.
A 100 ans, suite à une chute, elle a dû entrer dans un Ehpad car elle ne pouvait plus rester chez elle. Le médecin nous a prévenus que son état était préoccupant et qu’elle n’en avait sans doute plus pour très longtemps. Cette annonce m’a fait l’effet d’un électrochoc : même si je n’avais pas une jolie relation avec elle, je n’arrivais pas à supporter l’idée qu’elle allait mourir seule, loin des siens. J’ai convaincu mes parents qu’on aille la chercher et qu’on la ramène chez nous à la Faute-sur-Mer afin de l’entourer jusqu’à la fin de sa vie qui semblait proche.

« Je ne me suis pas laissée tyranniser »

Pour être tout à fait honnête, les débuts de notre cohabitation ont été compliqués. Alors que je l’avais sortie de son Ehpad et que je m’occupais d’elle nuit et jour, elle se montrait très désagréable et me parlait mal. Jamais « s’il te plait », jamais « merci », jamais satisfaite. Elle ne s’adressait à moi que dans son patois natal italien et faisait semblant de ne pas comprendre ce que je lui disais. Ayant un caractère bien trempé, je ne me suis pas laissée tyranniser. J’ai posé mes limites : je ne répondrais plus à aucune de ses demandes sans un minimum de politesse de sa part. Elle a très bien saisi mon petit discours et est devenue plus vivable. Et de manière complètement inattendue, elle s’est mise à aller de mieux en mieux, reprenant chaque jour du poil de la bête.

« Est-ce ainsi que les vieux attendent la mort ? »

Six mois ont passé. Pour moi qui suis habituée à voyager constamment, je commençais à trépigner. Un jour, alors que je la voyais assise dans son fauteuil en train de fixer un mur blanc, le regard vide, une question m’a assaillie : est-ce ainsi que les vieux attendent la mort ? Cela m’a paru affreux. Sans réfléchir, j’ai dégainé une proposition : mémé, ça te dit qu’on parte découvrir le monde dans mon camping-car ? Comme elle ne savait pas ce qu’était un camping-car, je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’une petite maison roulante qui nous permettrait d’aller dans tous les endroits qu’elle avait toujours rêvé de découvrir. La Côte d’Azur, Lourdes car elle était très croyante. « Ma oui, je suis d’accord ! » a été son cri du cœur. Mes parents ont accepté de me laisser partir avec elle, à condition qu’ils puissent nous suivre dans leur propre véhicule, en cas de pépin. Nous ne serions en effet pas trop de trois pour nous occuper d’une centenaire en fauteuil roulant.

« Elle appartient à une autre époque »

Et nous voilà tous partis ! Dans le camping-car, je mets au point une organisation millimétrée. Le soir, je transforme le coin dînette en un lit confortable pour mémé. Moi, je grimpe dans la « capucine », une partie surélevée située au-dessus de la cabine de conduite. Pour sa toilette, j’installe une petite piscine gonflable dans le couloir, j’assieds mémé sur une chaise en plastique et je la douche. Elle râle, prétend que je vais l’user à force de la laver ! Ayant vécu son enfance et sa jeunesse dans un village sans eau courante, elle avait conservé l’habitude de ne pas se laver tous les jours. Face à certaines de ses réactions, je dois sans cesse me rappeler qu’elle est née en 1917 et qu’elle appartient à une autre époque… Nous avançons par sauts de puce de quelques dizaines de kilomètres pour ne pas la fatiguer. Dès que nous arrivons quelque-part, je l’emmène se promener en fauteuil roulant. Elle est émerveillée, n’imaginait pas que tant de beaux paysages puissent exister. Après avoir quitté l’Italie pour la France à 34 ans, elle n’avait plus jamais voyagé.

« Les frustrations l’avaient endurcie »

Partager un si petit espace de vie crée inévitablement de l’intimité et de la complicité entre nous. Plus les semaines passent, plus mémé s’ouvre et même s’adoucit un peu, sa carapace se fendille. En apprenant à la connaître, je réalise que son caractère acariâtre n’est que la résultante de tout ce qu’elle a enduré dans sa vie. A deux ans à peine, elle accompagnait sa mère qui travaillait dans les rizières. Un peu plus grande, sa famille l’envoyait dans les maisons du voisinage pour faire la charité et quémander des restes de nourriture. Enfant, elle avait donc connu l’extrême pauvreté. Jeune fille, elle avait renoncé au grand amour de sa vie, un jeune homme bien trop pauvre pour lui promettre un avenir confortable et sûr. Elle a ensuite fait un mariage de raison avec un maçon, avec qui elle a émigré en France et qui a pu lui offrir une maison et une vie décente. Mais les frustrations accumulées l’avaient endurcie et mémé les faisait payer à tout le monde.

« Elle a vécu plus d’aventures que durant toute sa vie »

Après un premier voyage d’un mois et demi, nous sommes rentrés. Mais elle a exigé de repartir « subito« , la patience n’étant pas son fort. A partir de là, elle n’a plus voulu vivre ailleurs que dans « sa maison roulante » ! Alors nous avons repris la route, cette fois-ci pour l’Espagne et pour plusieurs mois. Là-bas, Mémé a vécu de multiples aventures, plus sans doute que durant toute sa vie : elle a fêté ses 102 ans dans le parc naturel du Cabo de Gata, trempé ses pieds dans des sources d’eau chaude, chanté pour accompagner des musiciens de rue, assisté à son premier concert, s’est approchée au plus près des mines d’or de Rodalquilar, a progressé sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle – pas toujours très facilement praticables en fauteuil roulant ! – faisant tamponner fièrement son Crédential à chaque étape.

« Elle est partie avec un sourire radieux »

En mars 2020, la pandémie nous a pris par surprise. Nous nous sommes retrouvés confinés sur une aire de camping-car, près du village espagnol de Bellus, avec d’autres naufragés de la route. J’ai essayé tant bien que mal de protéger mémé des informations anxiogènes sur ce virus qui l’inquiétait beaucoup, il lui rappelait la grippe espagnole si meurtrière de son enfance. Très vite, ma mémé centenaire est devenue la mascotte de notre camp ! Des journalistes sont même venus faire des articles sur elle. Nous avons été autorisés à repartir en mai, bien décidés à poursuivre notre périple. Mais en juin, ma vaillante mémé a donné des signes de faiblesse. Le Samu l’a transportée à l’hôpital où elle est décédée. Elle est partie avec un sourire radieux illuminant son visage. A cet instant, je me suis dit que je n’avais pas remué ciel et terre pour rien ! Depuis, j’ai tenu les promesses que je lui avais faites : j’ai poursuivi le voyage toute seule jusqu’à son village natal au nord de l’Italie. J’y ai retrouvé trois de ses amies d’enfance, de 100, 98 et 95 ans. Et surtout, j’ai relaté notre périple dans un livre qui j’espère sera un formidable message d’espoir. Pour que la vieillesse cesse enfin d’être considérée comme une déchéance et plutôt comme un moment de vie où tout est encore possible ».

Radio Vinci autoroutes a craqué pour Fiona Lauriol

« 101 ANS MÉMÉ PART EN VADROUILLE » DE FIONA LAURIOL

(diffusé en provence, languedoc, côte d’azur, sud ouest, deux fois à chaque fois)
date 31/12/2021 – 08:58 | micro_reportage Francine Thomas
Finir sa vie dans un Ehpad n’est pas une fatalité. Surtout quand on a une petite fille de la trempe de Fiona Lauriol. Celle-ci a décidé d’emmener sa grand-mère centenaire avec elle, sillonner les routes d’Europe à bord de son camping-car.
Quand Fiona Lauriol reçoit un appel de l’établissement où vit sa grand-mère pour lui annoncer que la fin est proche, la jeune femme ne peut pas se résoudre à la laisser terminer sa vie éloignée des siens. Elle la ramène donc chez elle, la prend en charge, et ô surprise, la vieille femme retrouve des forces. A tel point qu’elles décident toutes les deux de partir en voyage en camping-car. Il fallait pour cela un peu d’audace et la conviction que tout est possible.
« Au départ, elle ne voulait pas trop bouger. Au fur et à mesure du voyage, plus on avançait, plus elle retrouvait de la motricité. Elle s’éveillait et s’émerveillait de tout », nous a raconté Fiona Lauriol dans Marque-pages.
Les deux femmes, accompagnées par les parents de Fiona Lauriol, qui voyagent dans un autre véhicule, parcourent les routes pendant de longs mois. Jusqu’à se retrouver piégées par le premier confinement en Espagne. Elles parviennent à rentrer en France au printemps 2020. Et c’est là que va finalement s’éteindre la grand-mère de l’autrice.

Son récit n’en est pas moins lumineux, tant son témoignage est bourré d’énergie et d’humanité. « On devrait tous partir avec des supers souvenirs qui font rire au-delà de notre dernier souffle (…). Tout est possible pour qui s’en donne les moyens. L’espoir déplace des montagnes et il faut surtout arrêter de se dire qu’arrivé à un certain âge, on doit arrêter de respirer. La vieillesse n’est pas une maladie ! »
Ce témoignage livré par Fiona Lauriol est donc avant tout l’histoire d’une fin de vie pleine de liberté, de défi et de courage.

Argoul a passé un bon moment avec Fiona Lauriol

Fiona Lauriol, 101 ans – mémé part en vadrouille

Fin août 2018, mémé a 101 ans et se morfond en Ehpad. Comme elle est seule, elle est désagréable ; comme elle crie la nuit et embête le monde, on lui donne des somnifères ; comme elle est vaseuse la journée, elle n’a plus le goût à rien. Qu’à chier pour faire chier le monde et engueuler ceux qui s’occupent d’elle comme d’un paquet pour lequel on est payé. D’où la décision de sa petite-fille Fiona, avec l’accord de sa mère Fosca, de retirer mémé de la maison de retraite pour s’occuper d’elle à plein temps.

Non pas qu’il y ait eu tendresse ou lien particulier entre grand-mère, née en 1917, et petite-fille, née en 1982. Mais un souci de la plus jeune, routarde convaincue dès son plus jeune âge ayant parcouru le monde, à ne pas laisser mémé passer le siècle sans lui offrir quelques beaux derniers instants.

Ces instants vont durer des mois car mémé partira définitivement à 103 ans. Mais, entretemps, quel périple ! Partis de Vendée pour la Provence, puis retour en camping-car un peu exigu ; repartis pour l’Espagne puis le Portugal dans un camping-car pour quatre et plus neuf. Les parents viennent aussi, en « fourgon » la première fois, puis en fourgon plus voiture pour se déplacer plus facilement en courses et en visites. C’est tout un convoi étiqueté « 101 ans, mémé part en vadrouille », qui parcourt les routes du sud.

Mémé est ravie. Bien-sûr, je vous passe le premier chapitre de (re) connaissance mutuelle avec merde à nettoyer et change de couches ; comédie pour les médicaments et pour avaler une bouchée ; caprices pour être servie, à bonne température, et qu’on s’occupe d’elle, y compris à trois heures du matin. C’est mémé, c’est-à-dire une vieille retombée en enfance ou presque, partant parfois dans des délires où Fiona qui s’occupe d’elle est l’Autre qu’on peut engueuler à loisir, ou chanter en pleine nuit pour bien la réveiller et avoir de la compagnie. Heureusement pas d’Alzheimer.

Et puis les semaines passent, puis les mois, et chacun trouve ses marques. Mémé est ravie de voir du nouveau chaque jour et de la famille constamment à ses côtés. Elle découvre des fêtes, se déguise, est prise en photo, passe à la télé ! Une belle fin pour une vie commencée dans la misère, mendiant dès 2 ans dans une Italie très pauvre, avant de planter le riz les pieds nus dans l’eau à 12 ans. Tout un monde passé, italien, catholique, macho, où les filles devaient trouver le bon parti qui fait bouiller la marmite et élever la marmaille sans laquelle on n’est décidément pas une femme.

Fiona est le garçon manqué, toujours pas mariée à 38 ans, sans mec ni gosse non plus, en bref une horreur pour mémé. Elle veut l’apparier à tous les mâles en uniforme qui l’impressionnent, surtout les blonds musclés, on ne sait pourquoi. Mais Fiona glisse, bavarde, sourit, traduit, s’exprime en sabir multilingues, s’entremet. Le camping-car est une occasion de se déplacer libre qui permet de s’arrêter presque partout (sur les parkings réservés ou en demandant l’autorisation). Cette indépendance permet le luxe des relations de hasard. Et il y en a !

Sauf qu’en avril 2020, patatras ! C’est le Covid. Les confinements commencent, les déplacements limités, les frontières se ferment. La famille est en Espagne avec ses trois véhicules et elle va passer 57 jours sans bouger du parking de la commune de Bellus, près de Valence en Espagne. Avec plusieurs autres étrangers bloqués aussi, venus de toute l’Europe (dont un Belge particulièrement borné). La vie s’organise.

Tout cela est raconté par le menu d’un ton alerte, avec des anecdotes parfois drôles, toujours d’un optimisme à tout crin. L’autrice, qui habite La Faute-sur-mer où la tempête Xynthia a sévit (et sur laquelle elle a écrit un premier livre), a le chic de se mettre dans des galères faute de se poser un moment pour penser les choses. Ainsi ses locataires ne la payent que lorsqu’elle va les voir – c’est pratique quand on voyage ! Au lieu de rentrer dès la menace pandémique connue (surtout que Macron n’a confiné que tardivement, à cause des politicards qui voulaient absolument être réélus aux municipales), on tergiverse, on discute avec les parents qu’on devine plutôt intellos brouillons. Autodidacte, Fiona fait des cuirs en écrivant notamment « ça va jazzer » au lieu de « jaser » dans le camp, mais elle est sympathique. Son optimisme sans faille en toutes circonstances emporte l’adhésion. Le lecteur passe un bon moment, sur plus de 400 pages sans jamais s’ennuyer.

Un cadeau de Noël qui sera apprécié de celles et ceux qui ont des « mémés » en Ehpad et qui se disent que peut-être une vie en famille serait moins triste pour passer le temps. Car la relation n’est jamais à sens unique.

Un QR code à la fin du livre permet de voir quelques photos de mémé en vadrouille.

Fiona Lauriol, 101 ans – mémé part en vadrouille, 2021, Blackephant éditions, 441 pages, €16.90 e-book Kindle €11.99

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com