Seconde partie de l’entretien avec Antoinette Fouque par Jocelyne Sauvard (Sitartmag, juin 2008)

0f1da6c809449dec966f25a797bfe4a9.jpg Antoinette Fouque
de Mai 68 à Octobre 2008 et prolongations

Les révolutions psychanalytique, politique et éthique apportées par Antoinette Fouque comptent cette année quatre décennies, c’est aussi dans « la foulée de Mai » qu’elle devient la cofondatrice du MLF, en octobre 1968. Son travail théorique et son action sont évoqués à travers un essai collectif signé par douze intellectuels, Penser avec Antoinette Fouque, et un recueil de témoignages et d’entretiens avec l’éditrice, femme de mouvement et de pensée, publié à la rentrée : Génération femmes.

Les années qui précèdent 1968 oscillent entre l’ ombre : séquelles de la guerre d’Algérie, mort de Kennedy, Vietnam, « tiers-monde », apartheid, libertés faibles, peine de mort, chômage (restreint à nos yeux) qui semble grimper, et le mouvement culturel qui se dessine : accent mis sur la philosophie, la linguistique, l’anthropologie, la psychanalyse, le théâtre qui sort timidement des institutions, le Nouveau Roman, la pensée de Lacan. Peu de noms se déclinent au féminin.

Entretien avec Antoinette Fouque

a3ae77cb4cf1cef90a878b71c155dd0b.jpg Vous étiez alors lectrice au Seuil, enseignante et vous suiviez les séminaires de Lacan, comment voyiez- vous les antécédents de Mai ?

On a beaucoup parlé des Trente Glorieuses du point de vue économique. Ce qu’on oublie de dire, c’est que la décennie 60 a été une décennie glorieuse du point de vue de la culture et de la civilisation. Les années 60 ont vu la naissance d’un mouvement de pensée d’une modernité inédite dans la culture française, donc au coeur de la culture occidentale : les Modernes, contre les Anciens, ont lutté contre tous les conservatismes intellectuels, universitaires en particulier. Se sont affinés le travail de Roland Barthes, la pensée de Lacan, et la naissance radieuse et dès longtemps préparée de Jacques Derrida. On lisait Leroi-Gourhan, Lévi-Strauss, Althusser, du côté du marxisme… Comme on a parlé du siècle des Lumières, on peut parler pour ces années, d’une décennie des Lumières, d’une véritable Renaissance, c’est-à-dire d’une revivification d’une pensée tout à fait contemporaine.

J’étais en prise directe avec cette effervescence autour de la psychanalyse, de la philosophie, de l’anthropologie, de la linguistique, et des Revues… Je faisais une thèse avec Roland Barthes sur les avant-gardes française et italienne, j’étais lectrice au Seuil où l’un de mes articles sur les Novissimi dans les Cahiers du Sud, avait été remarqué. J’allais aux séminaires de Lacan avec qui j’ai commencé une analyse en 1968. Tout ceci allait avec une lutte pour affirmer la levée d’interdit : avant que les étudiants de Nanterre protestent contre la séparation des filles et des garçons, en mars 68, le mouvement de pensée avait protesté contre la censure des écrits de Sade, contre la censure des publications. Nous étions engagés contre toutes les censures.

A quel moment est venu en vous cette idée : créer un mouvement des femmes ?

Au cours de Barthes, j’ai rencontré Josiane Chanel qui m’a présenté Monique Wittig, écrivain qui avait eu le Prix Médicis pour L’Opoponax en 66, mais qui était très maltraitée dans le milieu littéraire. Une misogynie violente régnait dans la République des Lettres. Je la ressentais aussi. Les femmes n’y existaient littéralement pas, sauf comme hystériques, comme valeur d’usage ou d’échange. Elles n’étaient pas sujets, et encore moins sujets d’une théorie ou d’un discours – même pas objets d’une théorie. Nous en avons parlé.

Et à partir de mai, une fois les premiers frémissements de la révolte amorcés, une fois la Sorbonne occupée ( une majorité de garçons tenant les porte- voix) cela s’est passé comment ?

Le 13 mai 1968, Monique m’a entraînée à la Sorbonne occupée, et à plusieurs dans une salle de philo, nous avons créé un Comité d’Action Culturelle. Nous nous sommes battues pour garder l’initiative et défendre notre salle que certains voulaient nous reprendre. Beaucoup d’acteurs et de comédiennes : Bulle Ogier, Marc’O, Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon, Danièle Delorme, beaucoup d’ écrivains : Duras, Sarraute, Blanchot, des jeunes ouvriers, des femmes sont venus. On parlait, on écrivait de petites pièces de théâtre qu’on allait jouer dans la rue. Notre salle était un lieu où mijotait très fortement la culture. Ce Comité illustrait l’alliance du mouvement ouvrier, du mouvement étudiant et des femmes, la troïka dont Auguste Comte disait, un siècle auparavant, qu’elle rassemblait les trois forces de proposition à venir.
En France, je pense que c’est cette pensée moderne, que j’ai affirmée dans le mouvement des femmes et qui imprégnait toute l’intelligentsia française, qui a permis de ne pas déraper dans le terrorisme et le sang, tout en maintenant l’esprit de révolte et de modernité. Elle a permis de passer de cette révolution qu’a été mai 68, à la démocratisation de la société française puis à la venue de la gauche au gouvernement.

Le mouvement s’était étendu à Lyon, Tokyo, Mexico, Los Angeles, Rome… quelle furent les suites pour le Mouvement des femmes alors en gestation ?

Au début de l’été , nous sommes partis dans ma voiture avec Marc’O et Dominique Issermann en Italie raconter Mai 68 à Moravia, à Bertolucci, à Rome, à Bologne, ville communiste mais un communisme italien à la manière de Gramsci, culturel, contemporain…
Puis, avec Josiane Chanel, nous sommes allées dans une maison au bord de la mer, près de Marseille, à la Redonne, où Monique Wittig nous a rejointes avec son copain du moment, Jean-Pierre S ., philosophe, normalien, cinéaste de retour du Vietnam où il avait filmé avec Joris Ivens et Marcelline Lorridan. Nous voulions faire un groupe. Nous avions constaté que les femmes à La Sorbonne ne pouvaient pas parler, que seuls les hommes parlaient dans les AG – et nous avions autre chose à dire qu’eux. Nous nous considérions comme plus modernes, conscientes de la modernité des femmes. Nous avons eu tout de suite l’idée qu’il fallait garder vivant ce qui de 68 nous avait revigorées, tout en se démarquant d’un mouvement qui était aussi très machiste, très guerrier. Il y avait partout, en mai, des affiches qui disaient « le pouvoir est au bout du phallus » « Le pouvoir est au bout du fusil » ; c’était l’idée de terrorisme et du viol des filles, tout ensemble. Nous ne voulions ni de la guerre, ni des machos.

Et les femmes, alors ? Quels moyens avaient-elles pour se faire entendre ?

Les femmes n’avaient pas droit au chapitre. Tant qu’elles étaient à l’université, elles étaient des « hommes comme les autres » et dès qu’elles avaient un enfant, elles n’avaient plus qu’à se blinder chez elles. D’autre part, en mai il y a eu la soi-disant libération sexuelle, en fait, celle des hommes. La loi sur la contraception avait été votée en 67, mais la pilule n’était pas remboursée. La libération sexuelle a précédé la libération contraceptive. Les filles se retrouvaient enceintes, et il leur fallait avorter – un des premiers secteurs de lutte a été la dépénalisation de l’avortement.

Dans les semaines qui suivent, vous faites la première réunion et allez à la rencontre des femmes de ces banlieues dont on ne parlait pas encore en terme de violence, quel était alors leur mal être ?

Dès octobre, nous faisons les premières réunions du mouvement que nous programmons non mixte, dans un studio que nous prête Marguerite Duras, rue de Vaugirard. Nous étions une quinzaine alors, Judith, Anne et Suzanne monteuses, Sophie, Hélène devenue psychanalyste, Josiane Chanel, Monique Wittig, puis Françoise Ducrocq, Nelcya Delanoé… Par la suite, nous avons fait des réunions dans les banlieues : Sarcelles, Villiers le Bel…. En gardant la nostalgie de mai à la Sorbonne. Les femmes étaient enfermées et crevaient dans les quartiers. Ce dont elles souffraient, c’est de tout ce qui existe encore aujourd’hui : les discriminations, le manque d’emploi, la charge des enfants, pas de crèche… Cela a duré pendant des mois pour ne pas dire des années… C’est ainsi que le MLF est né.

Un Mouvement de libération installé dans la ligne ébauchée en Mai 68 ou en mutation ?

Le principe sur lequel on n’a pas transigé était la non mixité absolue. En situation de mixité, ou bien les jeunes femmes se censuraient elles-mêmes et ne disaient rien, ou bien les hommes ne les laissaient pas parler. Mais il y avait un double mouvement. Il fallait reconnaître qu’on était nées en politique grâce à 68, et, en même temps, en critiquer les dérapages, les effets pervers qu’il fallait essayer d’analyser et de contrer.
Ce dont nous avons parlé aux premières réunions, a été la sexualité, le viol, l’inceste, l’avortement, la violence, et nous avons travaillé cette sexualité meurtrie… J’ai tout de suite eu conscience qu’il fallait absolument parvenir à articuler sans les confondre deux scènes : celle du plus que privé, et celle de l’engagement politique. Il y avait beaucoup de folie dans la politique, dans la révolution ; la psychanalyse était donc nécessaire. Mais la psychanalyse – seul discours qui existait sur la sexualité – était aussi remplie d’erreurs et de contraintes. Les textes de Freud qui pouvaient nous être utiles, nous condamnaient à sa vision. Il fallait donc à la fois utiliser ces instruments et les critiquer aussi, les refondre. C’était une double déconstruction, du politique par le psychanalytique et de la psychanalyse par le politique. C’est pourquoi j’ai créé tout de suite ce groupe Psychanalyse et Politique. Je ne m’étais alors jamais engagée dans un mouvement politique, je n’ai fait le MLF que sur les questions politiques qui m’impliquaient charnellement et intellectuellement : ma condition non pas féminine, mais ma condition de femme dans l’histoire, à partir de Mai 68…
Nous avons finalement décidé de faire une grande réunion publique à Vincennes le 30 mai 70, après un an et demi d’existence, presque deux. Certaines avaient décidé de porter des T-shirts sur lesquels était inscrit : « Nous sommes toutes des hystériques », « Nous sommes toutes des mal-baisées ». Pour ma part, j’ai pris la parole pour dire : « Nous femmes, allons réussir là où l’hystérique a échoué »… A partir de ce meeting, le mouvement s’est diffusé. Une femme professeure à Vincennes, Christiane Dufrancatel, a exigé que, comme tous les autres groupes révolutionnaires nous ayons une salle pour nous réunir et nous nous y réunissions presque tous les jours. Nous écrivions des tracts et en particulier un qui, à notre insu, a servi de base au texte que Wittig a donné, signé par quelques-unes, à L’Idiot International de Jean Edern-Hallier qui l’a publié sous le titre : « Combat pour la libération de la femme ». Puis il y a eu le combat pour le droit à l’avortement. C’était vital. Dans le slogan : « Un enfant si je veux, quand je veux », je voyais au-delà du refus de la maternité prescrite, imposée, la libération de la procréation désirée.
En 1973, alors que pour certaines le mouvement s’essouflait, j’ai créé les éditions Des femmes pour passer de la parole à l’écriture, pour que se poursuive quelque chose du mouvement de civilisation, d’une révolution du symbolique…

La suite appartient à aujourd’hui – Antoinette Fouque multiplie les actions, les colloques, les manifestes, les créations, l’ouverture de lieux – et à demain auquel, par ses avancées théoriques sur la différence des sexes, elle ouvre de nouvelles voies, afin de faire évoluer le monde des femmes et de leur création.

article de et propos recueillis par Jocelyne Sauvard
(juin 2008 )

Jocelyne Sauvard est écrivain (romans, théâtre) et journaliste. Elle anime aussi une émission littéraire sur Idfm98, « Parlez-moi la vie ». http://www.jocelynesauvard.fr

Entretien Benoite Groult/Marc Alpozzo (« Les Carnets de la Philosophie », été 2008)

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Entretien avec Benoîte Groult
Propos recueillis par Marc Alpozzo
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Marc Alpozzo : Votre dernier ouvrage La touche étoile, le qualifiez-vous de « roman » ?

Benoîte Groult : Oui ! C’est un roman ! Parce que Alice, je l’ai faite pire que moi, si j’ose dire. Elle est née en 12 ou 15, elle n’a pas eu le droit de vote avant 45 ans, donc elle n’a jamais été une citoyenne. Moi, je suis née en 1920, donc j’ai eu le droit de vote de justesse, et de justesse j’ai eu les différents droits.
Donc c’est très romanesque au fond. J’ai connu ce qu’il y avait avant, mon éducation catholique c’était presque le dix-neuvième siècle, faîte par des femmes et qu’avec des petites filles. J’ai voulu faire une femme encore plus marquée que moi par les siècles passées, les habitudes. Et il y a également une héroïne plus jeune, sans quoi, je suis certaine que les gens auraient fermé le livre aussitôt.

Alice est une femme du siècle dernier, elle en a connu toutes les étapes. Mais on ressent en ce personnage des regrets.

Certainement ! Pour sa vie personnelle, et professionnelle : elle s’est occupée du courrier du cœur alors qu’elle aurait voulu faire autre chose, et aurait sûrement pu faire autre chose. C’était tellement difficile pour une femme née en 1915. Aujourd’hui, certes ça n’est pas facile, mais le choix est là !

Le thème de ce roman, c’est la vieillesse.

Etrangement, quand je l’ai apporté chez Grasset, qui est mon éditeur depuis toujours, ce n’était plus la même équipe, elle est composée d’hommes exclusivement, et on m’a reproché de parler de la vieillesse, d’être encore féministe, et puis de n’avoir plus rien écrit depuis neuf ans, craignant que les femmes m’aient oublié. Ils croyaient de fait, que le livre ne partait pas avec les fées sur son berceau. Au bout de trois semaines, le livre explosait, et c’est celui qui a le mieux marché chez Grasset de toute l’année. Ils n’avaient donc rien compris à cette nécessité des femmes de lire des livres sur ce qu’elles pensent de la vie, et pas seulement ce que les hommes en pensent. Il y a une véritable existence du féminisme. Mais on n’ose plus dire que l’on est féministe, aujourd’hui.

N’y a t-il pas quelque chose de négatif dans le féminisme, une sorte d’anathème. Par exemple, il y a aujourd’hui un féminisme américain très redoutable. Ne trouvez-vous pas le mouvement dévoyé à présent ?

Le féminisme est un mouvement varié. On voudrait que les féministes partent d’une seule voie, qu’elles soient toutes d’accords. Alors que c’est une révolution qui concerne l’Afrique, l’Orient, les pays développés. Forcément il y a des écoles différentes. J’étais par exemple, contre l’idée d’Elisabeth Badinter qui était contre la parité politique, et toute mesure qui favoriserait les femmes en politique. Alors qu’on est défavorisées en tant que femmes. Elle voulait que nous soyons des individus comme les autres. Mais nous ne sommes pas des individus comme les autres ! Pas encore. Ségolène Royal n’a pas fini de souffrir. La parité politique est une plaisanterie en France. On est 18%. Avant-dernières en Europe. On ne s’occupent pas des affaires de l’Etat. Quant aux travaux domestiques, ce sont toujours les femmes qui s’en occupent. Or, aujourd’hui elles travaillent. C’est donc miraculeux que les femmes parviennent tout de même à profiter de leur liberté en France. Mais les hommes doivent descendre de leur pied d’estale, et je peux comprendre que ce soit très dur !

Les femmes ont fait le chemin en Occident surtout…

Certainement. Mais enfin, les jeunes femmes qui ont fait des études dans le monde, il y en a de plus en plus. En ce qui concerne l’excision, de plus en plus de femmes osent en parler en n’excisent plus leurs filles. Le Burkina-Faso a déclaré cela illégal. Les mutilations sexuelles sont en voie de diminution. Je n’ai pas dit disparition. Il reste des superstitions très tenaces. Ce sont des pays de traditions. Et comme les filles ne vont pas à l’école, car quand il y a de l’argent c’est pour le fils, c’est encore délicat. Dans un pays où les femmes n’ont aucune liberté, ce sera en effet très long.

Dans quel sens voyez-vous le combat des femmes évoluer aujourd’hui ?

Je viens de recevoir une lettre d’Yvette Rudi me disant que le front machiste s’organise au PS pour barrer la route à Ségolène Royal. Et comme chez eux il n’y en a pas un qui sort du lot. Hm ! N’empêche, ils préfèrent perdre que la voir gagner !

Voient-ils cela comme un précédent ?

C’est vrai que, symboliquement, ce serait extraordinaire. Le passage à l’acte reste tout de même difficile. La femme cela continue de paraître comme un acte fondateur, révolutionnaire. Mais les femmes continuent de manquer de confiance en elles. Et puis c’est l’habitude. Même les académiciennes continuent de se laisser appeler « Madame l’académicien »… Alors que l’Académie est le gardien du bon langage. Pourtant elles n’osent pas bousculer les conventions ! Et elles sont au sommet de l’intelligence. C’est impressionnant !

N’est-ce pas parce que la femme est finalement éduquée pour être obéissante ? Elle n’a pas le droit d’être révolutionnaire.

Oui ! La femme en effet ne doit pas être révolutionnaire. On a pris les grands moyens quand la femme explosait. Elle est guillotinée. Pas le droit de monter à la tribune, mais le droit de monter à la guillotine. C’est un combat à la vie à la mort.

Puisqu’on parle de la mort, ce roman parle bien sûr du combat des femmes, et au centre, un personnage aux côtés d’Alice, Moïra ?

C’est la destinée. Je dis que Moïra s’ennui dans l’immortalité, et donc, elle aime bien voir les histoires humaines, la passion, l’amour, même le malheur, cela la distrait. Donc, elle essaye d’infléchir le destin des hommes. Car elle sait qu’il y a des croisées des chemins plusieurs fois dans la vie. On n’a pas un destin dans la vie, mais plusieurs. Il faut cependant savoir quel est le moment pour choisir. Cela reste beaucoup le hasard. Je suis sûr qu’il y a des occasions dans la vie où l’on peut changer d’existence.

Vous ne pouviez en effet croire au destin sans quoi vous n’auriez pu être féministe, et combattre contre ce que les grecs appelaient autrefois l’ordre du monde pour justifier la place de chacun dans la cité.

En effet, on disait que c’était la destinée des femmes alors qu’en vérité c’était la loi des hommes. Le droit romain c’était épouvantable. Les femmes n’avaient même pas de nom. Elles avaient le nom de la famille. Pas de prénom.

Vous dîtes également des choses terribles sur la vieillesse.

Qui me semblent vraies. J’avais d’abord acheté tout ce qui avait été publié sur la vieilless
e. Mais ils étaient écrits par de jeunes gens. Ils avaient soixante ans ! C’était la jeunesse de la vieillesse. La vieillesse est de plus en plus longue aujourd’hui. Sa prolongation entraîne de plus en plus de complications.

Votre roman met d’ailleurs en lumière le regard terrible sur la vieillesse, aujourd’hui. La touche étoile, c’est en réalité cette touche qui permet de mourir dans la dignité.

Oui ! En fait, c’était une entourloupette. Puisque je ne pouvais pas en parler officiellement. C’est la touche qui coupe certaines communications. J’ai imaginé que Moïra pouvait appuyer sur la touche étoile. Mais ce serait trop beau si c’était comme ça.

C’est vrai que nous n’avons pas encore trouvé un remède contre la vieillesse, malgré la diabolisation à laquelle se livre la société.

Non ! Et puis on a envie de survivre même dans un fauteuil roulant. Ce doit être très dur d’avoir envie de mourir. J’admire ceux qui le font. Je ne sais pas si j’aurais ce courage. J’essaye de me le donner. Se dire, allez j’arrête aujourd’hui ! On doit se dire encore une minute monsieur le bourreau. Qui veut mourir ? Inutile donc de redouter une ruée pour mourir.

Votre personnage a tellement aimé la vie, et les jouissances de la vie, qu’il ne veut ni les perdre, ni voir ses enfants assister à son dépérissement.

Et puis il y a eu cette espèce de rupture dans la civilisation qui est l’arrivée de l’électronique, et d’autres méthodes que les vieux apprennent très difficilement. Mes petites filles me considèrent comme une retardée. Alors qu’avec ma grand-mère, on jouaient aux dames, aux mêmes jeux. Je suis mise à la retraite d’office, aujourd’hui.

Vous déplorez cette évolution ?

Je trouve cela dommage, car on se trouvent de plus en plus seuls. Alors qu’avec mon père, mon grand-père nous connaissions les mêmes récitations. Nous parlions de l’histoire de France de la même façon. Nous avions des repères, et des points de contact. Alors que je n’en ais plus avec mes petites filles.

Vous pensez à un effondrement des valeurs ?

Un changement complet !

Dans un passage terrible de votre roman, vous dîtes bien que l’homme peut vieillir, il ne disparaît pas dans la société, ce qui est le cas de la femme.

Oui ! Car elle est considérée comme un objet sexuel ! Quand je voyage avec ma petite fille, c’est à elle que l’on prend la valise, pas à moi ! On ne me voit même pas ! Il y a trop de vieux. Cela ennui les jeunes. C’est un sentiment horrible. On nous pousse vers la sortie, et en même temps, la science nous garde trop longtemps.

Ce qui est dommage, et vous le dîtes dans votre livre, c’est que l’on ne prend plus en compte la sagesse de ces gens qui ont vécu.

Ils s’en moquent de notre sagesse. Cela leur est égal notre expérience. Ils ont une autre vie. Le monde est entrain de changer complètement ! Ils ont sans doute raison ! Ce n’est pas nous qui pouvons leur apporter des solutions. Le communisme c’est terminé. Le catholicisme est très flanchant. La patrie ne fera plus mourir personne et tant mieux. Je comprends qu’ils soient affolés par le spectacle de ce bloc de vieillesse qui s’installe dans tous les pays développés. Ma fille aînée à soixante ans cette année. C’est horrible, les générations ! Tout est bouleversé par le fait que l’on vieillisse. Pour moi, l’idée qu’elle puisse être vieille, c’est épouvantable ! Comment allons nous résoudre cela ?

On a l’impression que tous ces combats, dont certains auxquels vous avez participé, arrivent à leur aboutissement, et dérégulent. Il faut donc trouver une autre vision du monde.

Cela dérégule, en effet ! Mais la vieillesse, quoi qu’il en soit, reste le même naufrage pour tout le monde.

Vous avez lu, pour les éditions des femmes, votre roman qui est paru également en cd, pensez-vous que le combat continue ou qu’il a trouvé son terme ?

Oui ! Il continue ! Il y a eu l’âge d’or après 75, et des ouvrages que l’édition des femmes a publiés et qui n’auraient trouvé d’édition nulle part sinon ! Le féminisme est un humanisme qui n’a pas encore terminé son travail sur la terre. Ça n’est pas une mode, même si on me le reproche aujourd’hui. J’ai commencé à quarante ans. Avant, je ne savais même pas que cela existait. On n’en parlait pas ! Il y a eu 1968 et soudain des réunions de femmes ! Certes, j’aurais voulu faire de la politique, mais je n’osais pas prendre la parole. Les hommes n’écoutaient pas les femmes. C’est terrible cela car cela vous fige dans le sous-développement. Aujourd’hui, c’est bien différent, heureusement ! Même s’il reste encore des forteresses. Dans les professions de prestige, les barrages sont toujours là. Bien que les jeunes filles pensent que tout est fait, et que le féminisme est un vieux combat dépassé, ça n’est pas vrai ! Nous pouvons reculer ! Par exemple, la presse féminine vante le retour à la maison. J’ai l’impression de lire la presse de ma jeunesse, avant que les combats féminins soient menés par les journaux féminins. Aujourd’hui, on est retourné à la femme objet. Il n’est plus question que de se gonfler les seins pour répondre aux fantasmes des hommes. Comment peut-on ainsi encourager des centaines de millions d’opérations des seins, en disant que si l’on ne se gonfle pas les seins, on ne trouvera jamais l’amour ?

Comme vous êtes une avant-gardiste, on peut dire que, dans la même veine, ce roman milite pour droit à l’euthanasie.

En effet, les soins palliatifs sont une plaisanterie en France. Ils refusent deux malades sur trois. C’est d’ailleurs tromper les gens, et ce n’est pas mourir dans la paix mais dans des conditions affreuses. Il faut qu’on change cette loi ! On entend déjà des voix en faveur du droit à l’euthanasie. Il ne faut pas que tous ces gens soient obligés d’aller mourir en Hollande ou en Suisse comme cela arrive de plus en plus. C’est impressionnant tout de même ce retard.

Quels sont vos espoirs par rapport à tous les combats que vous avez menés au cours de votre vie ?

J’espère qu’on aura une présidente de la République. Certes, c’est un parti pris, mais symboliquement, il est important qu’il y ait de plus en plus de femmes à la tête des Etats. Cela ne changera pas vraiment la société mais cela changera dans la tête et dans les ambitions des femmes. Se dire ah ! tiens une femme peut être présidente. Prenons le risque !

Bibliographie indicative

La touche étoile, Le livre de poche 2008, et La bibliothèque des voix, Des femmes, 2007, lu par l’auteure

Ainsi soit-elle, La part des choses, Les vaisseaux du cœur, publiés aux éditions Le livre de Poche.

Anne de Bascher dans Ouest-France du 28.07.08 (par Anne-Lise Fleury)

9de8c8a4c85e9fe04151c9b4aa0b86c9.jpg Romancière et femme de passions

C’est un personnage ! Anne de Bascher signe, au château de la Berrière à Barbechat, un nouveau roman, Alba, une fresque qui parle des femmes.

Ouest France lundi 28 juillet 2008 par Anne-Lise Fleury

Alba : « Un roman féministe peut être plus efficace pour la réflexion et l’adhésion qu’un discours politique ».

Au château de la Berrière, à Barbechat, au calme des douves et protégée par les murs de vieilles pierres, Anne de Bascher a écrit Alba, roman sorti début juillet. « J’avais envie de rassembler les sujets qui me tiennent à coeur : la résistance dans la région, la musique classique, les chevaux, la vigne, l’architecture… » Ainsi que des images de femmes, fotes, déterminées, libres, indépendantes… Dans Alba, Correspondance à une voix, elle balaie sur fond de saga familiale et aristocratique, tout un pan de l’histoire, de cla seconde guerre mondiale aux années soixante.

« Je suis très féministe, j’ai fait partie du MLF (Mouvement de libération des femmes) », lâche Anne de Bascher, le regard bleu, déterminé et chaleureux. (1) « Je suis fière de m’être battue pour l’abolition des discriminations, notamment sexuelles. J’ai aussi écrit ce livre car un roman féministe peut être plus efficace pour la réflexion et l’adhésion qu’un discours politique. »

Autre raison qui l’a poussée à écrire et qu’elle donne, dans un sourire lumineux : « J’ai écrit aussi ce que j’aurais voulu lire. J’ai écrit ce que je n’ai jamais lu sur des histoires d’amour entre femmes. » Anne de Bascher n’a jamais fait mystère de son attirance « pour mes semblables. Ce que j’assume parfaitement ! »

Dans le château familial de la Berrière, à Barbechat, où elle vit depuis les années 1980, elle se consacre actuellement à la promotion de son livre sorti aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque. « Je me suis beaucoup amusée avec ces personnages. Ecrire Alba a été un bonheur total. J’avais hâte, chaque jour, de retrouver mes héroïnes. » Même si, pour cela, elle s’est astreinte à une « ascèse de bénédictin : de 6 h à 14 h tous les jours. »

La romancière refuse toute idée d’autobiographie : « Rien à voir. Je ne suis pas Roxane… » Elle n’est aucun des personnages, mais elle les habite tous. « Alba était dans ma tête depuis longtemps. » Soudain, elle s’arrête au milieu d’une phrase, la cigarette en suspens. « Je n’écrirai jamais un roman aussi fort que celui-là, c’est certain. »

Revenir à la Berrière pour écrire

Entourée de ses 17 chats, au milieu des rosiers de son jardin qu’elle entretient avec passion, Anne de Bascher trouve à Barbechat la paix nécessaire pour écrire. « Depuis toujours, je sais que je veux revenir à la Berrière pour écrire. » Une enfance dans le Limousin et au Vietnam pour cause de père diplomate, des études d’archéologie à Paris (elle sort major de l’Ecole du Louvre) forgent une personnalité libre, qui évolue dans un monde aristocrate, sans toujours en respecter les conventions. Ce qui n’est pas pour lui déplaire. Même si on sent, à certains silences, que la vie ne l’a pas épargnée.

Après avoir été rédactrice-conceptrice dans la pub, elle revient à Barbechat où elle entretient la propriété familiale et épaule sa mère sur l’exploitation viticole pendant quelques années. Anne de Bascher se taille alors un beau succès œnologique et médiatique avec sa Cuvée des Rebelles : « vendangée uniquement par des femmes… »

Anne de Bascher écrit depuis toujours. « J’ai écrit des pièces de théâtre, des contes pour enfants, beaucoup de nouvelles, des synopsis de films… Je n’ai rien édité de tout cela. Je vais m’y mettre… »

En 1992, elle signe son premier roman Dilemma. Qu’elle édite et distribue elle-même, à 3000 exemplaires. Tous épuisés. Alba est un peu la suite de ce premier roman. « J’espère que des lectrices en le refermant se diront : je suis fière d’être une femme ! »

Alba, Correspondance à une voix, Editions Des femmes-Antoinette Fouque 20 euros

Elle est également signataire du « Manifeste des 343 salopes », dont Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve ou Gisèle Halimi, qui réclamait, en 1972, un avortement libre.

Alba sur Tasse de thé

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Bonjour Guilaine, « Alba, correspondance à une voix » d’ Anne De Bascher sera sur Tasse de Thé à notre prochaine mise à jour :
http://www.tassedethe.com/cadres/souscadre/courts/bibliotheque.htm

La Quinzaine littéraire consacre toute une page à Michèle Ramond ! (Jacques Fressard, 16 juillet 2008)

… à propos d’un livre qu’elle traduit chez Gallimard…

…Et en profite pour citer « Lise et lui »………

La surprise permanente, un article de Jacques Fressard

Saul Yurkievich, Bonheurs du leurre, trad. de l’espagnol (Argentine) par Michèle Ramond, Gallimard éd., 142p., 17,50€

Toute représentation, par la plume ou le pinceau, suppose un leurre. Nous y reconnaissons une figure qui est absente. C’est un piège bienheureux pour l’oeil, un caprice fertile pour l’esprit. Le titre original du livre – posthume en sa version traduite – de Saul Yurkievich l’exprime fort bien en un mot valise, Trampantojos, qui contracte tous ces termes en une seule diction. Et Michèle Ramond l’a fort bien adapté vers le français, en prenant du champ mais en restituant l’effet d’allitération et le jeu des vocables. (…)

La belle Arielle Dombasle lit Lewis Carroll pour la Bibliothèque des Voix

arielle-dombasle-20060328-118064.jpglg_image.jpgLewis Carroll
Alice au pays des merveilles
lu par Arielle Dombasle
Coffret 2 Cassettes/ou 3 CD – 32 euros

Le 4 juillet 1862, au cours d’une promenade en barque avec ses deux sœurs, Alice Liddell demande à Charles Lutwidge Dodgson de lui raconter une histoire. La petite fille lui inspire, à lui le mathématicien-logicien passionné de phénomènes occultes, cette tumultueuse plongée souterraine dans le monde du rêve.
Un monde hors temps, peuplé de créatures furieusement déraisonnables, où le lapsus est roi. Elle l’explore, étonnée mais toujours lucide et désireuse, avant tout, de grandir. “ Pleine de confiance, notera-t-il, prête à accepter les pires invraisemblances avec cette foi profonde que seuls connaissent les rêveurs. Et, pour finir, curieuse, curieuse de manière extravagante, dotée de cette ardente joie de vivre que l’on ressent uniquement durant les heureuses heures de l’enfance, quand tout est neuf et beau. ”
A la demande d’Alice, encore, Charles écrira l’histoire. Pour la publier, il prendra le nom de Lewis Carroll.
Conteuse à son tour, Arielle Dombasle joue de toutes les ressources de sa voix, et du chant, pour incarner les multiples personnages du rêve malicieux d’Alice. 333277.jpg

Le Nouvel Ouest a aimé « Alba » ! (Jean-Yves Paumier sur Anne de Bascher)

N°148, juin 2008
Parcours d’une rebelle – Par Jean-Yves Paumier

50a331d0f894f0c1621cfaed856103f4.jpg Ce roman de plus de cinq cents pages n’est en fait qu’un long monologue épistolaire. Entre Roxane et son amie Alba, les souvenirs de jeunesse et de pensionnat ont fait place à une complicité sans faille dans la remise en cause d’un ordre trop bien établi. Une chronique des années 1950-1960 sur fond de saga familiale et aristocratique.

Anne de Bascher livre, avec cette correspondance intime, un récit vif et touchant des situations que la vie lui offre, de la découverte de l’amour aux côtés de la belle pianiste Salomé, à la lutte pour s’intégrer dans un monde viticole misogyne.

Abordant de nombreux thèmes, l’ouvrage décrit des liens puissants et complices, des situations surprenantes, des atmosphères houleuses et oniriques où le bonheur côtoie le drame, la tristesse la liesse. Les rencontres avec des personnalités fortes qui jalonnent la route de la jeune narratrice offrent autant d’occasions pour ébaucher, avec humour et intelligence, un hymne aux amitiés et aux amours féminines.

D’une plume soignée, abordant des sujets aussi variés que le monde d’un pensionnat, de la Résistance, de la musique classique, des arts, des chevaux, de la viticulture… Alba met principalement en scène des femmes audacieuses, douées, déterminées. Des rebelles dans l’âme, d’irrésistibles conquérantes. L’auteur confirme toute la qualité de style qu’avait déjà montré son premier roman Dilemma, paru il y a une quinzaine d’années.

Anne de Bascher partage son temps entre la mise en valeur d’un patrimoine du XVIIIème siècle, une propriété familiale à Barbechat et l’écriture, passion d’une femme érudite, diplômée en histoire de l’art, en archéologie gréco-bouddhique, en langues et civilisations indiennes (Hindi). Ce n’est pas par hasard qu’elle a réservé l’appellation de Cuvée des Rebelles à un Muscadet Sèvre et Maine sur Lie vinifié à l’ancienne et produit amoureusement en quantité limitée.

Anne de Bascher
Alba, correspondance à une voix
Editions Des femmes-Antoinette Fouque

Claude Delay, marquée par Antoinette Fouque

delay.jpgCe qui m’a frappée en elle, au premier abord, c’est son regard, attentif. Antoinette se déplace avec l’inconscient. Et elle va à toute allure. Pas une piste ne lui échappe. Je lui ai confié mon manuscrit. C’est le pouvoir de son magnétisme, à l’écoute immédiate des forces et des êtres. Dans le désert de l’édition, entre les standards et l’indifférence, j’avais rencontré une femme, une soeur des mots et des pulsions qui font écrire. Je ne l’oublierai jamais.
Quand elle s’est retirée, ce fut une agonie pour la rue de Seine où sa Librairie tenait toujours sa lampe allumée. Le retour d’Antoinette signifie le courage d’écrire et de vivre.
C.D.
Ses deux livres publiés aux éditions Des femmes :

Claude Delay
Les Ouragans sont lents
185 p. – 11 € – 1988
Une femme se perd… Nora s’enlise dans l’illusion du désert. Son mariage faussement protecteur, sans enfant, son métier de décoratrice exercé à poser le masque sur les maisons des autres, l’inflexible échéance du temps, tout la renvoie à son vide. Derrière elle, une enfance en miettes décompose aussi le passé.
Entre son amie Carmen, peintre de talent, qu’épanouissent les amants comme autant de couleurs, et la cliente Bébé, collectionneuse vorace, ou le triomphe de l’argent, Nora n’est que manque.
En profondeur et non sans brutalité, Claude Delay circonscrit ce manque au monde.
Corps et bien d’autrui sont aussi des apparences. Écoutant la crise de son héroïne dont elle reproduit le leitmotiv, l’écrivain, lentement, la guide vers la sortie. Une femme va-t-elle naître ?
On retrouve ici les qualités qui ont fait le succès du Hammam, le précédent roman de Claude Delay.
Psychanalyste et écrivain, elle parvient à faire entrer ses héros dans son champ d’investigations personnelles, à intégrer à la fiction une somme d’expériences acquises grâce à son activité de théoricienne et de praticienne.

Passage des singes
142 p. – 11 € – 1994
La mort de son père déclenche pour Dora, l’entrée dans le cycle de la perte. Ses chiennes-loup, Dalida et Zelda la précèdent sur le chemin inéluctable de l’adieu : chiennes-compagnes avec lesquelles elle partage toute son intimité. Elle va les perdre l’une après l’autre. Le temps bourreau décide seul pour chacun de nous. Sous le récit affleure l’explosif, la révolte contre le renoncement et la séparation de nos amours animales.
Une œuvre forte et généreuse, dont l’auteur nous entretient davantage de ce que ses chiennes lui ont donné que de sa peine de les avoir perdues.

Claude Delay, lauréate du 12e prix littéraire “30 millions d’amis” est diplômée de l’Institut d’Études politiques, licenciée en psychologie, diplômée de psychopathologie et de techniques projectives, et membre affilié de la Société de Psychanalyse de Paris.

« J’ai cherché » disponible en livre audio au Festival d’Avignon (V. Dréville et Ch. Juliet) dès le 18.07.08

4b7e36d67e8c61a540cf1b501d444125.jpgAvec Valérie Dréville, sortie en AVANT-PREMIERE AU FESTIVAL D’AVIGNON DES LE 18 JUILLET 08

J’ai cherché

Charles Juliet
Lu par l’auteur et Valérie Dréville
ISBN : 3328140021066
Texte inédit – 1 CD – 18 €
Office 04/09/2008

Dans un recueil de poèmes en prose inédit, Charles Juliet nous livre des fragments de mémoire, moments d’enfance, vécus au fil des saisons. Ces textes constituent un chemin dans l’introspection, fait de souvenirs autant que de blessures. En filigrane sont évoquées la disparition prématurée de la mère, à jamais présente, la figure de la mère adoptive essentielle à ce besoin d’amour, la renaissance par l’écriture. L’acte de création poétique est, en effet, évoqué ici comme la pierre angulaire de la quête des origines.

« mais après

tant d’errances

de ratages

de jours morts

j’ai trouvé l’accord

suis à l’unisson

avance de ce pas serein

qui se règle

sur celui de la vie »

3666acd14a4ddb0123d52e4fea080b55.jpg Charles Juliet est né en 1936 à Jujurieux. Les traumatismes de son enfance marqueront à jamais son œuvre, expression de la solitude. L ’internement et la mort de sa mère, l’éloignement de son père, lui font redouter un nouvel abandon même lorsqu’il est recueilli par une famille de paysans suisses. A vingt-trois ans, il décide de se consacrer à l’écriture. Son premier livre, Fragments écrit à 15 ans, est publié en 1995 chez P.O.L. Il est notamment l’auteur de Lambeaux, un texte autobiographique et Traversée de nuit, (1997), Lueur après labour (1997), Ténèbres en terre froide (2000), L’Incessant (2002)…

Texte de Claudie Cachard témoigne sur son expérience dans le catalogue des trente ans des éditions Des femmes

cachard.jpgcatalogue.jpgJ’ai reçu la nouvelle d’une reprise de l’activité éditoriale des Editions Des femmes avec un soulagement à la mesure du regret de ne plus les savoir éditrices, oeuvrant sur les terrains où elles s’étaient tant engagées. Promesse nouvelle en faveur d’ouvrages passés, présents, à venir, cette décision est porteuse de leurs partages et transmissions.
Tel, déjà, ce livre-anniversaire, consacré à des vies de livres et à des textes actuels poursuivant leurs chemins ou en empruntant d’autres. Presque vingt années se sont écoulées, depuis qu’un premier manuscrit gravit l’escalier de la rue de Mézières et fut, sans autre contact préliminaire, déposé aux Editions Des femmes.
 
Quel pouvait être, alors, le mouvement incitant ma voix intérieure du moment à dépasser ses réserves, pour faire état de convictions l’engageant à ne plus rester limitée aux cercles clos de l’intime ? Elle m’avait auparavant, invitée à l’écrit, passage et alliance possibles entre mes deux langues maternelles aux prises avec d’inépuisables concurrences… Faufilés dans l’écrit, les accents de l’étrangère, la Hongroise, ont pu y parcourir la française, restreinte aux partages du dehors. La voix intérieure avait déjà obtenu d’autres gains de cause. « Deviens psychiatre et psychanalyste. Décris ce que tu sens et penses. Pense et sens ce que tu écris… Chemine où cela te convient, comme tu es. Au carrefour, entre raisons et déraisons, les existences souffrantes témoignent de singulières pluralités humaines… »
Ce premier livre prenait ses distances avec des logiques psychanalytiques réticentes à de nouvelles orientations de pensée. Il insistait en faveur d’une psychanalyse dont les spécificités consistent précisément à mettre les fantasmes en question et non à confirmer des théorisations devenues intouchables. « Publie moi », osait donc demander cet ouvrage personnel. Naïvement, il semblait même, alors, ignorer ses proximités avec des questionnements proches poursuivis aux Editions Des femmes… L’accord fut obtenu, rapide et sans réserves, offrant à L’Autre Histoire la charge – mais n’était-ce pas plutôt la chance, ou encore l’honneur – d’inaugurer en 1986 une collection intitulée « La psychanalyste » dirigée par Antoinette Fouque.
En 1989, Les Gardiens du silence continuent ce cheminement critique. Largement lu, puis devenu indisponible, ce livre a poursuivi son trajet en Hongrie, où l’éditeur de psychiatrie et de psychanalyse, Animula, l’a publié en 1999, sous le titre A csend örzöi, Les veilleurs du silence. (…)
Paraître chez les femmes, comme il se disait alors, conciliait voix intérieure et ex/position de questionnements-limites tout en confirmant l’intérêt de recherches concernant les confins du psychisme. (…)
Entre dedans et dehors, entre singulier et pluriel… des entre-nous se rencontrent là où des identités en mouvement invitent aux appels des terres d’incertitude.
Des parcours longent leurs lignes de crête et y tracent des chemins. Ecrits et publiés, devenus geste de passage, ils se partagent, à livre ouvert.
C.C.