Un extrait du nouveau livre de Pierre Ménat dans Economie Matin

L’UNION EUROPÉENNE EST-ELLE ÉLOIGNÉE DES CITOYENS ? (EXTRAIT)

Emploi, santé, immigration, climat, retraites : telles sont les principales préoccupations des citoyens européens. L’accès au système de soins et la confiance en celui-ci se sont élevés au premier rang en 2020 du fait du coronavirus. Or ces mêmes citoyens, au demeurant inégalement confiants dans leurs gouvernements nationaux, n’ont pas l’impression que l’Europe soit en mesure de faire mieux et davantage. Dans la plupart des cas, ils ne savent d’ailleurs pas quelle pourrait être la valeur ajoutée de l’UE.

Il faut reconnaître que la crise sanitaire née de la pandémie de COVID 19 a initialement montré la faible réactivité de l’Union européenne. Certes, la santé est de compétence nationale, mais face à un phénomène touchant tous les États membres et au-delà l’ensemble des pays du continent, on aurait pu s’attendre à des initiatives rapides sur deux plans : la solidarité face à la maladie (par exemple au travers de la mise en commun de certains matériels ou de la recherche) et surtout des mesures énergiques face à la crise économique qu’engendre ce virus. Il a fallu attendre des semaines pour que des initiatives, d’une portée encore incertaine, soient prises.

Pour l’immigration, le cadre européen semble adapté, mais les décisions sont peu appliquées. En ce qui concerne le changement climatique, l’attitude de l’Union européenne, comme nous l’avons vu, est très honorable, mais son action est mal connue des opinions. Dans son discours de démission du gouvernement, en août 2018, Nicolas Hulot n’a même pas prononcé le mot « Europe ». En revanche, dès qu’un problème se pose, comme pour le chômage ou les retraites, les responsables politiques nationaux, pas seulement ceux de la mouvance populiste, sont prompts à montrer Bruxelles du doigt.

Cet éloignement des citoyens des décisions européennes varie selon les pays. Après le grand élargissement, les Européens de l’Est semblaient plus enthousiastes à l’égard de l’Union que leurs voisins de l’Ouest déjà blasés. Mais cette période n’a pas duré : les peuples de certains nouveaux États membres n’ont pas tardé à être sensibles aux discours stigmatisant les atteintes par Bruxelles à leur souveraineté, qu’ils pensaient avoir recouvrée après 1989.

Si l’on prend le cas des Français, force est de constater qu’ils n’ont aucunement le réflexe de se demander ce que l’Europe peut leur apporter dans leur vie quotidienne ou lors d’une crise. Ils entendent au contraire que l’Union est une gigantesque machine dont le seul objectif est de les punir ou de leur porter préjudice. Il n’est pas certain que l’annonce des 40 milliards d’euros dont bénéficiera notre pays dans le plan de relance suffise à corriger cette tendance.

Au-delà des excès ou insuffisances de la parole politique, cette situation reflète trois déficits. D’abord un déficit d’information. Quand entend-on parler de l’Europe ? D’abord, lorsque le Conseil européen se réunit, car les déplacements du chef de l’État sont suivis par les médias. On voit le président arriver à Bruxelles ; des images de la salle où s’attablent une quarantaine de chefs d’États ou de gouvernement et quelques autres personnalités sont diffusées. Puis, pendant des heures, les caméras nous montrent le bâtiment du Conseil ; les commentateurs ne peuvent rapporter que des bruits de couloirs. Enfin, tard dans la soirée ou dans la nuit, la réunion s’achève. Le président donne sa conférence de presse lors de laquelle il rend compte des discussions. Il parle par exemple du coronavirus ou de CFP (cadre financier pluriannuel). Les journalistes présents sont des spécialistes des sujets européens ; ils posent des questions ne pouvant être comprises que par les initiés, de même que les réponses qui leur sont apportées.

On parle aussi un peu d’Europe lors des campagnes électorales, notamment celle de l’élection des députés européens. Les eurosceptiques s’en donnent à coeur joie. À leur propagande, nul n’ose répondre. Paradoxe absolu : la campagne pour les élections au Parlement européen s’est déroulée sans véritable débat sur l’avenir de l’Union. Chacun est resté dans son couloir. Et le plus grave est qu’après le scrutin, tout a continué comme avant.

Ce qui nous manque : une information factuelle, explicative, systématique sur les principaux enjeux européens. Celle-ci ne peut reposer que sur le seul gouvernement, qui serait taxé de propagande. Les médias ont une responsabilité importante. Leur problème ? « Quand on fait des sujets sur l’Europe, ça n’intéresse pas, l’audience baisse, la chaîne concurrente qui diffuse un reportage sur Johnny et les autres qui passent des séries-cultes vont faire un malheur à l’audimat ». Or il faut faire comprendre aux Français que les décisions prises à Bruxelles ont autant, sinon beaucoup plus d’impact sur leur vie que les déclarations faites dans la cour de l’Élysée.

[…]

Le deuxième déficit tient à la quasi-ignorance de la notion de citoyenneté européenne. Celle-ci a été instaurée par le traité de Maastricht, et elle figure à l’article 9 du traité sur l’Union européenne : « Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre. La citoyenneté de l’Union s’ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas ». Or dans leur immense majorité, les Européens ignorent qu’ils sont aussi citoyens de l’Union européenne. Le sauraient-ils qu’ils se demanderaient, avec raison, ce que cette qualité leur apporte. Elle n’est pourtant pas sans conséquence. Elle permet par exemple aux nationaux de tout État membre de se présenter à certaines élections dans un autre État, ou de concourir à des fonctions publiques. Certes, cela n’intéresse pas ceux de nos compatriotes souvent réticents à l’idée de s’éloigner de leur domicile pour leur activité professionnelle, mais cela concerne les centaines de milliers de Français résidant dans un autre État membre.

Par ailleurs, le traité de Lisbonne a institué un droit d’initiative populaire, jusqu’ici ignoré. Si au moins un million de citoyens provenant « d’un nombre significatif d’États membres » le souhaitent, ils peuvent inviter la Commission européenne à présenter une proposition. Or les citoyens ou leurs représentants, prompts à interpeller leurs gouvernements et souvent critiques envers la Commission européenne, ont la possibilité de se grouper avec leurs « concitoyens » d’autres États pour solliciter une proposition de la part de l’exécutif européen. Ils ne le savent pas.

De manière générale, cette notion de citoyenneté européenne mériterait d’être développée. C’est à juste titre que la France a proposé que les élections au Parlement européen se déroulent dans le cadre d’une circonscription électorale unique dans toute l’Union, avec présentation de listes transnationales. Cela permettrait d’éviter que les campagnes électorales en vue de ce scrutin se concentrent sur les seuls sujets de politique intérieure nationale et évoquent enfin les enjeux européens, qui sont quand même la raison d’être des élections européennes. Cette idée a été repoussée par le Parlement européen pour 2019. Gardons-la à l’esprit pour l’avenir.

Déficit de proximité enfin. « L’Europe, c’est loin. L’Europe, c’est les autres (tel l’enfer sartrien) ». C’est ce que pensent les Français. Ils n’ont pas de sentiment d’appartenance à l’Union, ne se sentent pas proches des Estoniens ou des Bulgares. Là encore, une fracture existe. Les jeunes, notamment diplômés, et les catégories aisées ont l’habitude de voyager. Certains citoyens engagés, notamment les agriculteurs, ont parfois l’occasion de rencontrer leurs homologues d’autres États européens. Mais il demeure un grand nombre de Français qui n’ont jamais pris l’avion. Certes pourraient-ils communiquer sur le net, mais l’obstacle des langues reste dirimant. Ce n’est pas seulement de l’Union européenne que les Français se sentent éloignés mais aussi des nationaux d’autres États.

Ceci est un extrait du livre « Dix questions sur l’Europe post-covidienne : Entre défiance et puissance » écrit par Pierre Ménat paru aux Éditions Pepper (ISBN-10 : 234321154X, ISBN-13 :  978-2343211541). Prix : 12 euros.

Reproduit ici grâce à l’aimable autorisation de l’auteur et des Éditions Pepper.

« Dix questions sur l'Europe post-covidienne : Entre défiance et puissance » de Pierre Ménat

Pierre Ménat dans Le Point par Emmanuel Berretta

Un nouveau traité européen, pourquoi pas ?

Telle est la proposition de Pierre Ménat, ancien diplomate et conseiller de Jacques Chirac, qui publie « Dix Questions sur l’Europe post-covidienne. »

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Modifié le – Publié le | Le Point.fr

Entre les éructations d’Erdogan et la crainte d’un reconfinement, y a-t-il encore de la place pour la réflexion européenne ? C’est parce que nous le croyons que le livre de Pierre Ménat Dix Questions sur l’Europepost-covidienne (L’Harmattan, 97 pages) mérite d’être lu. Cet ancien conseiller aux affaires européennes du président Chirac pose 10 questions « entre défiance et puissance » (tel est le sous-titre) au moment où tous se demandent si l’Europe est capable tout à la fois de protéger les Européens, de bâtir des stratégies industrielles, de défendre une monnaie forte face au dollar, de contrer le retour des grands empires ou s’il ne vaudrait pas mieux revenir au « chacun chez soi »…

Pierre Ménat propose, in fine, un nouveau traité. On entend déjà les sceptiques s’indigner d’un nouveau transfert de souveraineté. La source d’inspiration de ce diplomate retraité est puisée dans l’œuvre inachevée d’un grand homme : le général de Gaulle, promoteur d’un plan Fouchet mort-né. On ne fera pas de l’Europe une puissance respectée et respectable sans se choisir des partenaires fiables et susceptibles d’affirmer une position dans le monde.

Le retour du plan Fouchet

Revenons donc à la source : le général de Gaulle distinguait nettement le marché commun de la souveraineté en matière de défense et de politique étrangère. Il jugeait du reste la seconde plus impérieuse que le premier. Le plan Fouchet a été rejeté au début des années 1960, car, comme le rappelle Pierre Ménat, les Belges et les Néerlandais ne le trouvaient pas assez atlantiste et souhaitaient y inclure le Royaume-Uni. Ils redoutaient l’hégémonie de la France, surtout entre les mains du général…

Or, Pierre Ménat fait l’inventaire des obstacles révolus : le Royaume-Uni est entré, puis sorti de l’Union ; les États-Unis se désengagent ou le prétendent de la sécurité européenne ; le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement, créé dans les années 1970, a pris un essor considérable, conformément à ce que souhaitait de Gaulle… L’auteur y voit donc une opportunité : « Rassembler, écrit-il, ceux des États européens qui auraient la volonté de s’engager dans une Union étroite mais respectueuse des identités nationales. Mettre sur pied un Conseil de sécurité européen, indépendant des institutions de l’UE, qui traiterait des affaires étrangères et de la défense, mais qui pourrait élargir son action à d’autres domaines non couverts, ou insuffisamment, par les traités actuels, comme la santé, la culture ou la recherche. Bien entendu, un lien s’établirait entre cette Union politique et l’Union européenne. »

Josep Borrell, vaillant mais peu écouté

D’abord, on notera que la Commission et le Parlement n’en sont pas. Les institutions de l’UE ont été édifiées un peu au petit bonheur la chance des ouvertures politiques en ratant plusieurs fois le coche de l’approfondissement au moment des élargissements successifs. On se retrouve au bout du compte avec un ensemble qui poursuit plusieurs logiques sans jamais les rattraper : un bout de fédéralisme par-ci, un morceau de confédération par-là, une couche d’organisation internationale qui n’accueillerait pas seulement ses membres à part entière mais en associerait d’autres (Suisse, Norvège…) selon les compétences, les terrains de jeu… L’architecte de l’Europe n’existe pas. Ou plutôt, ils sont plusieurs, ont vécu à plusieurs époques, sous l’influence de divers courants. Imaginons une cathédrale commencée au XIe siècle, poursuivit dans le style Bauhaus, retouchée par Le Corbusier et dont l’emballage final aurait été confié à Christo et vous aurez une image assez exacte du monument européen. Pierre Ménat sollicite donc un dernier coup de main : celui du général de Gaulle pour achever l’Europe politique. Il faudrait aussi décider du sort de l’Otan, dont la Turquie est membre, ce qui laisse songeur… Là, l’auteur ne tranche pas.

Il existe bien cependant un « haut représentant pour les Affaires extérieures » au sein de l’UE. Il a même statut de vice-président de la Commission et jouit d’une administration volumineuse. Depuis que l’Espagnol Josep Borrell occupe le poste avec l’instauration de la Commission von der Leyen, le Catalan ne manie pas la langue de bois, mais, pour son plus grand malheur, il ne dispose que d’une épée… de bois. Ses analyses sont fameuses, mais ses moyens d’action inexistants. Appeler à des cessez-le-feu sans être en mesure de faire peser la moindre menace sur les belligérants est un exercice déprimant dont Josep Borrell s’acquitte non sans une certaine abnégation. Quand il ne dit rien, on enrage de l’impuissance de l’Europe. Quand il parle, on se moque de son impuissance à être écouté des puissants.

À quoi va servir la Conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Pour faire cesser cette comédie, Pierre Ménat propose donc de passer aux choses sérieuses : quelques États européens – et pas les 27 – sautent le pas d’une vraie politique étrangère commune. Ce Conseil de sécurité serait composé idéalement de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Pologne et… du Royaume-Uni. Londres, en effet, ne serait pas obligé de réadhérer à l’UE puisque ce traité serait indépendant des institutions. Angela Merkel avait formulé l’idée d’un Conseil de sécurité, mais elle le situait au sein de l’UE avec des membres tournants. Tant que la règle de l’unanimité demeurera, l’UE ne sera jamais à l’abri d’une prise d’otage par l’un des siens pour obtenir gain de cause sur un tout autre sujet. Pour passer cet obstacle, un nouveau traité de défense qui ne regrouperait que les États vraiment motivés.

« On objectera qu’il serait vain de créer une structure supplémentaire alors qu’il en existe déjà tant. Mais face aux immenses enjeux de la souveraineté européenne, qui peut prétendre que les structures actuelles sont adaptées ? Il faut donc essayer, le jeu en vaut la chandelle », conclut l’auteur. Le seul dirigeant capable de porter ce projet est par définition français : en l’occurrence, Emmanuel Macron ou la personne qui lui succédera. Macron reprendra-t-il le flambeau tombé à terre du général de Gaulle ? Et qui trouvera-t-il à Berlin, Londres, Rome, Madrid ou Varsovie pour l’aider dans cette entreprise jadis gâchée… La Conférence sur l’avenir de l’Europe qui doit, en principe (sauf reconfinement général), s’ouvrir avant la fin de cette année et s’étaler jusqu’au printemps 2022 est le lieu pour débattre et trancher cette immense question. Osera-t-on, à la fin, en cas de nouveau traité, quel qu’il soit, faire voter les peuples ? Difficile d’imaginer que l’Europe puisse se passer de cette assise populaire pour se projeter avec force dans les grands défis du siècle. Il faudrait accepter que ceux qui n’en voudront pas s’écartent pour laisser passer les autres.

Dix Questions sur l’Europe post-covidienne, Entre défiance et puissance, de Pierre Ménat, L’Harmattan, éditions Pepper

Vincent Hervouët reçoit Pierre MENAT « 10 Questions sur L’Europe post-covidienne » sur Télésud

Émission « Le nouveau monde » le 22 octobre sur Télésud. Au menu: les religions et l’Europe. Vincent Hervouët reçoit Pierre Conesa, auteur de « Avec Dieu, on ne discute pas!  » ed. Laffont et Pierre MENAT « 10 Questions sur L’Europe post-covidienne »

Revoir l’émission ici : 

https://www.youtube.com/watch?v=RODVKQ7_KY4&feature=share&fbclid=IwAR2f4RqfGQxQMLfVBlhtPtzZ-_y0gtCzuu6YXZmjhQBOze53S76s2Jtgce4

Une excellente lecture approfondie du nouveau livre de Pierre Menat par Argoul

Pierre Ménat, Dix questions sur l’Europe post-covidienne

Ancien ambassadeur de France en Roumanie, Pologne, Tunisie et Pays-Bas, Pierre Ménat actualise son livre France cherche Europe désespérément après la pandémie de Covid-19. Face au duel global de la Chine et des États-Unis, l’Europe reste coincée entre défiance et puissance. En 10 questions, il rappelle l’origine des interrogations des citoyens et propose quelques solutions.

Tout d’abord, l’anxiété. L’Europe vieillit, sa population ne représentera que 6 % de la population mondiale en 2050. Les ressources naturelles sont limitées, la mondialisation fait concurrence, les idées sont en crise. Les Européens cherchent donc des refuges dans la famille, la religion, la nation. L’expression publique de cette frustration du peuple contre ses élites se radicalise – à l’américaine – ce qui ne risque pas de faire avancer les choses. Il faudrait donc à l’Europe une politique industrielle, des négociations réciproques pour les échanges, une politique monétaire de l’euro pour le rendre égal au dollar. Quant aux défis écologiques, l’Europe prend sa part et ne doit pas se culpabiliser, renvoyant plutôt les excités aux plus grands pollueurs de la planète que sont les Américains les Chinois. En revanche les intellectuels, bien absents, sont appelés à la rescousse pour penser le nouveau monde.

Si les Anglais s’en vont, par souci de commercer librement et surtout de s’aligner sur les États-Unis, l’essentiel de leur commerce reste tourné vers les pays européens, tandis que les États-Unis regardent vers le Pacifique. Le plus sage pour les Anglais du Brexit serait de conserver une relation forte dans la défense et les affaires étrangères avec l’Europe.

Le sentiment d’impuissance des citoyens en Europe vient de ce que la souveraineté des états a été déléguée en catimini depuis les années 50. Dans les faits, seulement cinq compétences exclusives ont été déléguées par les Etats : l’union douanière, les règles de concurrence, la politique monétaire pour l’euro, la conservation des ressources de la mer commerciale commune. Tout le reste est partagé ou en appui, notamment la santé :« l’Union n’a pas de compétence en la matière » p.9. Mais il existe un déficit d’information aux citoyens. Un rapport de 2005 en France remis à Dominique de Villepin est resté lettre morte. Or il existe une citoyenneté européenne selon l’article 9 du traité : elle permet de voter aux élections locales et un droit d’initiative populaire au niveau européen. Qui le sait ? Qui l’utilise ?

L’ultralibéralisme est une idéologie française qui distord la revendication historique libérale qui a conduit à l’indépendance américaine et à la révolution française. La défense de la dépense sociale française, qui représente plus que les dépenses de l’État, est un intérêt particulier dans toute l’Europe. Le retour de l’Etat dû au Covid ne devrait pas durer au-delà de la pandémie. Le droit et les institutions l’emportent même si l’Europe à 27 est partagée entre le Nord plus ouvert au large et le Sud plus étatiste parce que plus clientéliste. La France se situe en pays intermédiaire : ses citoyens manifestent surtout un conservatisme anti-industriel et radicalisent l’écologie pour « répondre à la rage ambiante ».

Reste une ambiguïté entre l’Europe à 27 et la zone euro à 19. La politique monétaire devrait faire partie de l’Europe, ou du moins les pays réunis autour de l’euro devraient avoir une représentation qui ne soit pas confondue avec celle des 27. Avec le Covid, les critères de Maastricht sont suspendus et la Commission pourra directement recourir à l’emprunt pour 900 milliards d’euros, deux fois le budget communautaire, même si l’interdiction de financer directement les Etats demeure. Manque cependant une gouvernance politique des crises, criante durant la débâcle financière de 2008, la crise grecque, et la pandémie Covid.

Un point sensible, laissé de côté par la pandémie, reste l’immigration. Elle représente 500 000 à 1 million de personnes par an dans toute l’Europe. C’est une compétence partagée de l’Union où Schengen fonctionne mais pas Dublin. Les solutions existent et ne sont pas mises en œuvre, par exemple le demandeur d’asile n’a pas à choisir son pays d’accueil. Il faudrait augmenter les moyens de Frontex et négocier des accords supplémentaires avec les pays limitrophes. On ne peut laisser non plus la charge de premier accueil aux Etats du sud tel que la Grèce ou l’Italie.

Au total, que signifie la souveraineté européenne ? Après le Covid, nous nous apercevons que la Chine est devenue une puissance mondiale d’influence, tandis que les États-Unis imposent leurs lois nationales et leurs GAFAM aspirateurs de données tout en se dégageant de l’OTAN. La souveraineté européenne est donc toute relative puisque nous dépendons des autres pour beaucoup de nos industries, de nos matières premières et de notre santé. À quelle fin récupérer cette souveraineté ? Dans le domaine monétaire, économique et politique : il nous faut encourager la recherche, développer le numérique, élaborer une véritable autonomie stratégique dont la pandémie a montré la carence, une politique industrielle, une sur les flux migratoires et développer une force d’intervention autonome. « Je propose que soit élaboré un traité d’union politique sur le modèle du plan Fouchet » p.95. Ce serait un projet collectif pour une diplomatie européenne.

Au total, ce petit livre fait le point sur l’Europe aujourd’hui du point de vue politique, un sujet important pour les Français et que la pandémie met en lumière de façon très crue.

Pierre Ménat, Dix questions sur l’Europe post-covidienne – Entre défiance et puissance, septembre 2020, L’Harmattan/éditions Pepper, 99 pages, €12.00

Pierre Ménat, France cherche Europe désespérément, février 2019, L’Harmattan/éditions Pepper, collection Témoignages dirigée par Sonny Perseil, 319 pages, 29€

Pierre Ménat est aussi l’auteur d’un roman chroniqué sur ce blog

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

L’Europe vue par ce blog

Pierre Ménat invité à analyser dans Causeur l’Europe post Covid

Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

Pierre Ménat analyse l’Europe post-Covid

Dix questions sur l’Europe post-covidienne, tel est le titre de mon nouveau livre qui vient de paraître aux éditions Pepper-L’Harmattan. La pandémie de Covid-19 a accru l’anxiété d’un monde déjà en proie au doute et à l’inquiétude.

Le retour en force des États

Cette crise est d’abord la revanche des États. À l’intérieur des frontières, même les plus libéraux le reconnaissent : seule la puissance publique a la capacité matérielle et financière de lutter contre l’épidémie et ses désastreuses conséquences économiques. Et dans l’ordre international, les États redeviennent des acteurs majeurs. 

Tout naturellement, cette crise conduit à repenser le débat européen. Parmi bien d’autres, dix questions se posent. Quel rôle pour l’Europe dans un monde anxiogène ? Les effets du Brexit, le respect de la souveraineté des États, l’avenir du dogme libéral doivent être regardés sous un jour nouveau. Comment l’Europe peut-elle s’assurer que la reprise économique sera la plus verte possible ? Comment mieux gérer la zone euro, rapprocher l’Europe des citoyens, faire face au défi migratoire ? Le modèle institutionnel est-il adapté ? Et enfin, que signifie « la souveraineté européenne » ?

À ces questions, je propose mes réponses et les soumets à votre jugement.

Attardons-nous sur la dernière d’entre elles : la souveraineté européenne. Cette notion est mise en avant dans les discours du président Macron. Mais que signifie-t-elle ?

Le peuple européen reste introuvable

La souveraineté est une prérogative des États, un privilège des nations et en démocratie, l’apanage du peuple. Or, il n’existe ni État, ni nation, ni peuple européens.

Aussi cette souveraineté européenne est-elle exercée non par un seul titulaire mais plusieurs.

L’Union européenne assure les fonctions de souveraineté qui lui ont été déléguées par les États-membres, dans la limite de ses compétences. Celles-ci sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou la politique commerciale, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, mais inexistantes pour la diplomatie, la justice, la santé ou la défense. 

Dans ces derniers domaines, les instruments forgés au fil du temps restent de caractère intergouvernemental. Cela veut dire que personne ne tient la main de la France quand elle envoie des soldats sur théâtres extérieurs, vote au Conseil de Sécurité, ou gère son système de santé.

Une Europe à la souveraineté floue et dépendante de l’extérieur

Quant aux États non-membres, ils détiennent eux aussi une part significative de la souveraineté européenne. On pense naturellement au Royaume-Uni, mais aussi à la Suisse ou à la Norvège.

Entre les États et l’Union se situe une zone grise. On y trouve le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. On y trouve l’espace à géométrie variable qui abrite par exemple Airbus ou Ariane Espace. Et bien sûr les relations bilatérales, parmi lesquelles le partenariat franco-allemand.

La souveraineté européenne pourrait résulter de la confédération de toutes ces énergies. Mais cela n’est pas suffisant. Car malheureusement, il est trop de cas où cette souveraineté est exercée par des acteurs extérieurs à notre continent. C’est vrai en matière énergétique, économique, industrielle, diplomatique ou militaire. 

La dépendance de l’Europe envers les deux superpuissances du XXème siècle est considérable. La boîte à outils des États-Unis demeure bien fournie quant à la monnaie, au commerce, à la technologie, aux forces militaires. Quant à la Chine, elle ne procède pas par décret mais par influence en tant qu’atelier du monde, géant numérique, bailleur de fonds. La crise du Covid a tardivement provoqué une prise de conscience de cette dépendance mais le mal est fait.

Même des puissances moyennes comme la Turquie tiennent les Européens sous leur coupe, notamment par la menace d’une vague migratoire.

Cette réalité relativise la querelle entre « européistes » et « patriotes ». Les uns comme les autres pourraient s’accorder sur un objectif commun : récupérer des pouvoirs que le Vieux Continent a laissé échapper à son contrôle.

Reprendre le contrôle

Comment y parvenir ? La réponse varie selon trois grands domaines.

Pour la monnaie, l’Europe a fait le plus difficile en se dotant, du moins pour les membres de la zone euro, d’une devise unique. Nul ne sait comment nos États auraient résisté aux crises – subprimes, défaillance de la Grèce, Covid – sans la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions sont faites pour que l’euro soit géré de manière plus efficace et plus démocratique, en équilibrant le rôle de la BCE par une direction politique plus assurée.

Pour l’économie, le plan de relance adopté  par le Conseil Européen constitue un premier déblocage de l’instrument budgétaire, complété par la mise au rancart des critères de Maastricht. Mais des initiatives plus hardies sont nécessaires pour reconquérir notre indépendance industrielle ou numérique.

Souveraineté politique enfin. Celle-ci passe par la reconquête de la maîtrise des frontières communes du continent. Mais l’Europe doit aussi prendre en charge sa sécurité collective. Il ne faut pas se bercer de mots, s’illusionner sur des concepts ronflants comme l’autonomie stratégique ou le Schengen de la défense. L’Europe doit constituer la force diplomatique dont le monde a besoin.

Aborder ce problème sous l’angle de votes à la majorité ou d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU n’a aucun sens. La souveraineté politique ne peut émerger des institutions européennes actuelles, trop diluées pour permettre l’émergence d’un projet marquant une volonté collective. C’est pourquoi je préconise de reprendre l’ambitieux plan Fouchet présenté par le Général de Gaulle en 1961, par la création d’un Conseil de Sécurité européen où siégeraient des États-membres de l’Union mais aussi des États non-membres comme le Royaume-Uni.

Lettres capitales, lecteur fidèle des livres de Pierre Ménat, en rend compte le premier

Pierre Ménat : «Dix questions sur l’Europe post-covidienne: Entre défiance et puissance»

Nous ne soulignerons jamais assez l’importance des ouvrages sur l’Europe, surtout lorsqu’ils ont le mérite de la rigueur, du regard objectif et de l’esprit d’ouverture. C’est le cas du nouveau livre de Pierre Ménat, diplomate, ancien conseiller pour les affaires européennes et ambassadeur de France, Dix questions sur l’Europe post-covidienne: Entre défiance et puissance, où ceux qui s’intéressent à ces questions auront l’occasion de profiter des bénéfices d’une analyse minutieuse de dix aspects du mécanisme de fonctionnement de l’Union européenne, surtout en cette période de crise où la Covid semble avoir tout mis devant une évidente et inédite urgence. Il s’agit, comme ce fut le cas de son précédent livre, France cherche Europe désespérément (2019), « de repenser le débat européen », dans un climat « impensable quelques mois auparavant ». Sont abordés – tels qu’annoncés dans l’Avant-propos – des aspects concernant le rôle de l’Europe dans le monde, les effets du Brexit, la question de la dévolution à l’Union de parts de souveraineté, du dogme libéral et de la reprise économique, de la protection des frontières externes, de la souveraineté européenne et, enfin, du modèle institutionnel idéal.

Ce sommaire ambitieux trouvera peut-être la réprobation et le réquisitoire faits à la fois par des eurosceptiques et euro-indifférents qui ont toujours dénoncé l’excès de telles entreprises qu’ils considèrent avec indulgence, sinon avec une certaine arrogance. « Encore un livre sur l’Europe », s’exclament-ils à chaque parution, d’un ton rappelant le fameux « in aqua scribere » des Antiques.

Il revient à la critique objective de défendre la démarche de Pierre Ménat en redisant d’abord son premier souci d’analyse politique et institutionnelle fidèle aux documents et à l’objectivité du regard historique face à l’engrenage décisionnel et à la facilité avec laquelle des responsables nationaux sont « prompts à montrer Bruxelles du doigt dès qu’on problème se pose ». Il ne s’agit sans doute pas d’un regard de sycophante de la part de quelqu’un qui connait de l’intérieur de fonctionnement de l’Europe. Il suffit de se pencher sur un ou l’autre des sujets abordés, que ce soit sur l’analyse pertinente du Brexit, sur la souveraineté et sa ramification sociale de la solidarité dans des temps de crise comme c’est le cas de celui que nous vivions actuellement ou sur la doctrine libérale qui est, selon de nombreux citoyens européens le talon d’Achille de l’UE. Sur ce thème de la souveraineté, Pierre Ménat rappelle que l’Union Européenne assure ces fonctions de souveraineté « dans la stricte limite de ses compétences ». « Les attributions de l’Union – écrit-il – sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou l’Union douanière, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, inexistantes pour la diplomatie, la santé ou la défense ». De quoi répondre, selon nous, à des commentaires trop fréquents ces derniers temps sur le manque de solidarité devant la crise de la Covid. Même les grands journaux et les media ont fait semblant d’ignorer cette évidence, alors qu’il ne s’agit que d’une vérité que la réalité tient à nous renvoyer dans les cordes de nos limites de pensée.

Sans doute, chacun de ces sujets mérite de s’y arrêter longuement, tellement leur complexité et leur importance sont grandes. Le lecteur retrouvera des réponses à ces questionnements.

Disons juste en guise de conclusion que ce livre de Pierre Ménat a, par-dessus des mérites déjà cités, celui de sortir des sentiers battus, s’élevant avec autorité au-dessus des clichés, sans pour autant tomber dans l’académisme.

Dix questions sur l’Europe post-covidienne: Entre défiance et puissance se construit sur le schéma de cette dichotomie largement argumentée qui alimente les deux poumons de notre perception de l’Europe et du quotidien. Au fond, un livre sur nous-mêmes, sur qui sommes-nous mais surtout sur ce que nous semblons ignorer de l’être.

Pierre Ménat, Dix questions sur l’Europe post-covidienne: Entre défiance et puissance, Éditions Pepper, 2020, 104 pages.

Pour plus d’informations sur Pierre Ménat : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_M%C3%A9nat

« Dix questions sur l’Europe post-covidienne – Entre défiance et puissance » de Pierre Ménat

« Dix questions sur l’Europe post-covidienne » Entre défiance et puissance de Pierre Ménat

Parution fin septembre 2020 – L’Harmatten Editions Pepper – 12,50 €

Contact presse pour le recevoir / interviewer l’auteur :

guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Avec la pandémie du Covid 19, l’anxiété du monde s’est encore accrue. Nous aimerions compter sur une Europe qui rassure. Or l’Union européenne est confrontée à la crise la plus grave de son histoire.

Face à ce tsunami, l’Union a révélé ses potentialités, en apportant une réponse monétaire et budgétaire inédite, mais aussi ses faiblesses : la dépendance du continent envers l’extérieur et notamment la Chine fut cruellement soulignée. La crise a accentué un malaise déjà installé.

La nécessaire puisse,ce européenne ne pourra devenir réalité que si les Européens se départissent de leur défiance, qui reste forte envers l’Union.

C’est ce dilemme que ce livre analyse à travers dix questions sur les grands choix européens, de l’euro à l’immigration, des suites du Brexit à l’écologie. Au coeur de tous les débats revient la notion de souveraineté européenne, prérogative exercée à la fois par les Etats, qui en sont les principaux détenteurs, et par l’Union européenne, qui en est attributaire déléguée.

Le modèle institutionnel actuel peut fonctionner, sous réserve d’être amélioré, pour l’économie et la monnaie. Mais ce modèle est inadapté à la politique étrangère et à La Défense, domaines pour lesquels le plan Fauchet présenté par le Général de Gaulle en 1961 pourrait être repris.

Un livre essentiel pour comprendre les choix à faire pour que l’Europe donne enfin la mesure de ses potentialités.

Après France cherche Europe désespérément, Pierre Ménat actualise ici sa réflexion avec le Brexit et à l’heure du Covid. L’auteur, qui a été ambassadeur de France en Roumanie, en Pologne, en Tunisie et aux Pays-Bas, est ancien directeur Europe du Ministère des Affaires étrangères.