OPERATION CORONAVIRUS : un texte inédit de Marc Lumbroso

Balustrade Coronavirus, auteurs vertus du confinement

Balustrade coronavirus, auteurs sur les vertus du confinement

Marc Lumbroso, auteur de « Itinéraire d’un Juif français ordinaire »

Mon président, l’air grave et l’œil bleu sombre, m’affirme que le pire est à venir et que si je veux sauver ma peau et celle des autres, je dois me planquer, me terrer, me confiner, me blottir au fond de mes draps, faire le dos rond et espérer ! 

Moi, qui n’ai connu que la paix, les 30 glorieuses ; qui n’ai pensé qu’à mon bien être, celui des miens et de ceux que j’aime en toute bonne conscience ; on m’annonce que je suis en guerre ! Contre un ennemi, réductible certes, mais invisible, redoutable et vengeur. Situation ubuesque pour un enfant gâté du siècle !

Du fond de ma solitude et de mes angoisses entretenues par des médias, aussi moralisateurs qu’amplificateurs, me voilà plongé dans les réminiscences de mes plus jeunes années, au sortir de la terrible guerre où il n’était question que de bombardements, de morts de barbarie de haine, de pénuries et de danger permanent ! Lire la suite de son texte en cliquant ICI https://guilaine-depis.com/coronavirus-la-contribution-de-marc-lumbroso/

 

Opération Coronavirus, la contribution de Marc Lumbroso

Le cauchemar Corona

Nous vivons un moment terrible, certains disent historique !

Je ne le croyais possible que dans les films catastrophes !

J’espère que je fais un mauvais rêve avant de m’éveiller dans un rayon de soleil !

 

Mais non ! Mon président, l’air grave et l’œil bleu sombre, m’affirme que le pire est à venir et que si je veux sauver ma peau et celle des autres, je dois me planquer, me terrer, me confiner, me blottir au fond de mes draps, faire le dos rond et espérer ! 

Moi, qui n’ai connu que la paix, les 30 glorieuses ; qui n’ai pensé qu’à mon bien être, celui des miens et de ceux que j’aime en toute bonne conscience ; on m’annonce que je suis en guerre ! Contre un ennemi, réductible certes, mais invisible, redoutable et vengeur. Situation ubuesque pour un enfant gâté du siècle !

 

Du fond de ma solitude et de mes angoisses entretenues par des médias, aussi moralisateurs qu’amplificateurs, me voilà plongé dans les réminiscences de mes plus jeunes années, au sortir de la terrible guerre où il n’était question que de bombardements, de morts de barbarie de haine, de pénuries et de danger permanent ! 

Il n’est rien de tout cela, grâce au ciel, mais le scénario est comparable ! C’est clair, Satan nous joue un mauvais tour ! En attendant, je me morfonds au fond de mon canapé, en proie à toutes les pensées et tribulations en tous genres initiées par ce drame que nous vivons. Dès lors qu’il est en grand danger, l’être humain vaniteux ingrat et repu de toutes ses certitudes à quatre sous, se souvient brusquement de l’existence du ciel.

 

Serait-ce un signe, un avertissement, un pré déluge ? L’homme a-t-il oublié ou travesti sa condition, ses origines, sa finitude ; comme pour s’enivrer ? 

Sans revenir à l’âge de pierre, nous voilà privés de nos habitudes, de notre environnement, de notre douce insouciance et précipités dans un état primaire et anxiogène ? Serait-ce une plongée au sein de notre paradis perdu ? 

Est-ce que ce terrible épisode, cette mise entre parenthèses, ce drame épouvantable qui frappe tant des nôtres nous replace dans notre statut d’êtres de la terre ! 

 

À genoux, à plat ventre, mordons la poussière et ouvrons les yeux sur la réalité, en espérant qu’il ne s’agisse que d’un avertissement ! 

 

Marc Lumbroso

18 03 2020

JForum.fr reprend le splendide article de Maya Nahum sur Marc Lumbroso

JForum.fr reprend le splendide article de Maya Nahum sur Marc Lumbroso

Itinéraire d’un Juif français ordinaire de Marc Lumbroso

« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.

Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

      Résultat de recherche d'images pour "Marc Lumbroso: itinéraire d’un Juif français ordinaire"C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune Polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle.

Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ».

De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Maya Nahum

www.causeur.fr

Tribune Juive vous conseille à tous « Itinéraire d’un Juif français ordinaire »

Tribune juive reprend le splendide article de Maya Nahum sur Marc Lumbroso

Maya Nahum. “Marc Lumbroso: itinéraire d’un Juif français ordinaire”

« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.

Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Marc Lumbroso

Marc Lumbroso, né dans une famille juive de Tunisie, est un producteur de musique français, éditeur et un directeur artistique. Il a publié les disques de Jean-Jacques Goldman, Vanessa Paradis, Maurane, Patricia Kaas, Mc Solaar, Keren Ann, Raphael et Christine and the Queens. Il a également édité la musique du film Les Choristes.

Source: Causeur. 16 mars 2020.

Maya Nahum, née à Tunis, diplômée d’histoire et de lettres, est écrivain et auteur à Causeur.

Un livre fort de Marc Lumbroso « tout en nuances et modération » d’après Maya Nahum dans Causeur

Marc Lumbroso: itinéraire d’un Juif français ordinaire par Maya Nahum


Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

 Maya Nahum

Breizh info décortique l’essai de Marc Lumbroso, le juif Français ordinaire – Merci à Christian de Moliner

 

Chronique littéraire. Itinéraire d’un juif français ordinaire, un livre de Marc Lumbroso, critiqué par Christian de Moliner

 

L’identité française est au cœur des problèmes de notre pays. Que signifie être Français ? Quel devoir implique cette nationalité ? La question se pose surtout pour ceux qui sont nés hors de France ou dont les parents sont venus d’un autre pays. Il existe beaucoup de Français de papier, qui vivent sur notre sol, ont la carte d’identité, peuvent voter, mais préfèrent et de loin leur seconde nationalité, celle de leurs parents ; ils sont en sécession, selon les propres mots du Président Macron. Or leur poids est de plus en plus important dans notre société et ce problème grandissant sera difficile à résoudre. Peut-être même est-il insoluble.

Les Juifs pourraient faire partie de ce problème : ils ont une religion et des coutumes particulières et surtout possèdent un pays de substitution : Israël. Mais même s’ils sont nés pour une partie d’entre eux en Afrique du Nord, ils ont pour la plupart opté pour la France et se sentent pleinement citoyens de notre pays, même s’ils soutiennent pour la plupart Israël. Nous avons le cas d’Éric Zemmour qui au fil de ses livres qui sont autant de succès, célèbre notre pays et insiste sur le choix qu’il a fait, lui le juif berbère de choisir de s’intégrer dans notre peuple. Les deux allégeances ne sont pas incompatibles loin de là.

Marc Lumbroso vient de sortir un livre décrivant son itinéraire dans un livre paru aux éditions l’Harmattan. Ses ancêtres étaient originaires de Livourne (en Italie), ils avaient émigré à Tunis au dix-neuvième siècle bien avant le protectorat français. Mais la mémoire collective de cette famille garde le souvenir d’une origine encore plus lointaine : les Juifs Livournais descendaient en effet d’israélites chassés du Portugal et d’Espagne vers 1492. M. Lumbroso, né en 1943 à Tunis, est le dernier d’une famille de 3 enfants ; il est né deux ans après la mort à la naissance de son frère et a souffert d’être un enfant de substitution. À peine sorti de l’enfance, Il a perdu sa mère emportée par un cancer à 48 ans. Il a suivi sa scolarité d’abord dans une école de l’alliance israélite puis au lycée Carnot de Tunis et enfin dans un établissement secondaire tenu par les jésuites dont 40% des élèves étaient chrétiens, 30% musulmans et 30% juifs, symbole d’une société tunisienne harmonieuse, malgré l’existence de trois communautés religieuses différentes. De son enfance et de son adolescence, il a gardé un attachement à Israël après une année chez les scouts israélites, une connaissance de l’Hébreu et de sa religion, mais s’il se sent de culture juive, il est plutôt agnostique, laïque et avant tout français. Après le bac obtenu en Tunisie, M. Lumbroso est parti pour Paris effectuer des études à l’institut dentaire où il a rencontré sa femme. Il a fait son service militaire en 1968 avant de retourner terminer sa formation. Il a commencé par la suite une vie professionnelle bien remplie. Il est devenu également adjoint au maire du 16ième arrondissement, il est entré au grand Orient de France et au B’nai B’rith une association laïque juive.

Le livre de M. Lumbroso est touffu et nullement linéaire, il aborde plusieurs sujets qui finalement convergent pour brosser un portrait de notre pays. À travers les multiples détours et digressions, l’auteur précise son attachement à Israël, même s’il rappelle qu’il ne peut être tenu responsable des décisions, parfois contestables, du gouvernement de ce pays. Il avance néanmoins que l’indignation sur les événements de Cisjordanie et de Gaza est sélective, puisque des massacres bien plus graves perpétrés au Yémen, en Syrie en Iran ou en Irak n’ont aucun écho en France. J’ajouterai à cette liste le massacre ignoble de chrétiens en Afrique. Autre thème largement abordé par M. Lumbroso le problème du multi-communautarisme et de la sécession des musulmans. Il rapporte une anecdote qui lui semble caractéristique de notre époque : une jeune femme lui a demandé de pouvoir se marier voilée, ce qu’il a refusé. Elle a obtenu gain de cause dans une autre mairie de quartier, la loi étant floue sur ce sujet.

En conclusion, l’essai de M. Lumbroso est intéressant, car il relativise le choix d’une partie des intellectuels musulmans de dénigrer et de critiquer leur propre pays. Une autre voie est possible

Christian de Moliner

Crédit photo : DR
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