Edmonde Charles-Roux écrit sur les entretiens d’Antoinette Fouque avec Christophe Bourseiller (La Provence, 9 mai 2010)

edmonde-charles-roux.jpgDimanche 9 Mai 2010 – Dimanche 9 mai 20100
 
WEEK-END LIVRES
 
Antoinette Fouque, et si nous parlions des femmes ?
 
La militante se livre au gré d’entretiens menés par Christophe Bourseiller
 
Signalons la naissance en librairie d’une nouvelle collection intitulée « Qui êtes-vous ? ». Dans cette collection viennent de paraître les entretiens de Christophe Bourseiller, fils de la superbe comédienne que fut Chantal Darget et beau-fils d’Antoine Bourseiller, jadis directeur du théâtre d’Aix-en-Provence. Il s’entretient avec Antoinette Fouque, née en 1936 à Marseille, d’un père corse, d’une mère calabraise et analphabète.
 
Christophe Bourseiller en présentant cette collection s’interroge : « Tandis que les ténors pérorent sous les sunlights que devient la pensée, la vraie, celle qui sonde, reflète et modèle le réel ? Se cache t-elle derrière le babillage médiatique ? »
 
Cette collection a pour but de faire connaître ceux qui vivent et créent en dehors des chapelles, des sectes intellectuelles et des élites autoproclamées. Appelons les « des inclassables ».
 
bour.jpgAntoinette Fouque est de celles-là. Elle nous signale les dates phares qui jalonnent sa vie. Ce sont comme autant de naissances successives.
 
Il y eut d’abord 1936, l’année de sa naissance : Antoinette Fouque vint au monde en plein Front populaire. Viennent ensuite 1964, date à laquelle elle mit au monde sa fille Vincente. Ce fut sa naissance psychique : expérience unique, singulière, charnelle. Vint ensuite 1968, l’année de ses 22 ans, date de sa naissance politique lorsqu’elle rencontra Monique Wittig, écrivain reconnu et à l’indéniable aura. Elle fondèrent ensemble le mouvement de Libération des Femmes qui aura 42 ans cette année.
 
Antoinette Fouque mena un travail intense sur le terrain qui, loin d’attiser la guerre entre les sexes, voulait les réconcilier afin qu’ils vivent dans une société où l’indépendance sexuelle, économique et politique des femmes ne serait plus mise en question.
 
En 1973, Antoinette Fouque fonde la première maison d’édition des Femmes en Europe. Puis elle fait paraître des livres écrits sur les femmes et par les femmes. Puis vient le temps où s’ouvrent des librairies comme à Marseille et parfois des galeries des femmes.
 
La création des librairies, des livres et des journaux fut suivie d’une autre nouveauté, la création d’une Bibliothèque des Voix entièrement féminine créée pour accueillir des livres-audios rendant la culture accessible à une catégorie sociale interdite de lecture pour cause de maladie, d’éloignement, d’ignorance ou de misère.
 
Antoinette Fouque parle avec chaleur de sa double ascendance méditerranéenne : « Elle nous renvoie à la Méditerranée et aux gens de la mer » nous dit-elle… Je suis née au bord de la Méditerranée et je l’ai quittée, la mère, la mer et le soleil, l’éternité  retrouvéee sous le manteau de la Bonne Mère à laquelle je n’ai jamais renoncé. Je n’ai pas besoin de revenir à mon pays natal, je le porte en moi ».
 
Un petit livre extrêmement riche parce qu’il dit l’essentiel. Il nous livre la trame d’une vie sur laquelle se sont fixés durablement tant de généreux motifs.
 
Edmonde Charles-Roux de l’Académie Goncourt
 
« Qui êtes-vous ? Antoinette Fouque – Entretiens avec Christophe Bourseiller », Bourin éditeur, 148 pages, 19 euros.

Laureline Amanieux, superbe lectrice d’Antoinette Fouque (www.agoravox.fr 15.01.10)

« Qui êtes-vous Antoinette Fouque ? » sur Agoravox – Par Laureline Amanieux (15.01.10)

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Antoinette Fouque, voilà une femme qui a consacré sa vie à penser la femme, dans toutes ses dimensions, à additionner ses capacités et non à les soustraire. Qu’une femme puisse réaliser sa vie amoureuse et professionnelle, qu’elle puisse aimer un homme et une femme (Fouque parle même d’homosexualité native pour la femme), qu’elle puisse être mère et continuer à travailler, décider du moment où elle aura un enfant si elle le souhaite, qu’elle prenne la pleine maîtrise de sa force pro-créatrice : c’est tout l’enjeu de son combat depuis plus de quarante ans. 

Que la femme soit surtout un mouvement, celui qui est propre à l’enfantement au sens réel ou symbolique. Antoinette Fouque fait cette superbe proposition de parler d’un génie de l’enfantement comme on parle d’un génie masculin pour telle ou telle invention matérielle ou intellectuelle, car « vous revivez sur le mode actif ce que vous avez vécu passivement ». De fait, les femmes sont des héroïnes aussi en tant que portant un enfant, et l’élevant ; la grossesse est un paradigme de l’éthique pour madame Fouque car la femme accueille alors un autre en soi, sans même connaître son visage, ce qu’elle nomme « l’hospitalité charnelle » qui renouvelle l’humanité. Aussi Antoinette Fouque défend-elle autant le droit à l’avortement que la grossesse choisie, que la gestation pour autrui (GAP), comme don qu’une femme peut faire à une autre femme en portant leur enfant dans un encadrement éthique, sans aucune dimension marchande. Et les femmes possèdent aussi un génie dans les autres domaines.

A aucun moment, la pensée d’Antoinette Fouque n’élimine ou ne réduit les fondamentaux des hommes. En permanence, elle cherche un rééquilibrage qui n’annule pas leur différence, un « contrat humain » de respect et confiance entre hommes et femmes. Par rapport aux courants féministes qui prônent l’indifférenciation sexuelle ou rejettent le matriciel, la particularité d’Antoinette Fouque est de marteler « qu’il y a deux sexes », ce qui définit pour chacun un ensemble de capacités et pour les deux, une complémentarité. 

Bien sûr c’est sur le rôle féminin qu’elle insiste ; c’est celui qui a été limité au cours de l’Histoire et qui l’est encore dans le monde comme en France. Face au littéraire Barthes qui définissait le féminin comme « passif » au psychanalyste Lacan qui considérait qu’ « elle n’existe pas » dans notre champ symbolique, Antoinette Fouque investit tour à tour la pensée et l’inconscient pour y déterminer l’existence d’une femme active. A côté des trois stades libidinaux déterminés par Freud, elle en ajoute un quatrième : celui de la génitalité, la libido creandi, cette puissance d’engendrer propre à la femme. A l’âge où l’écrivain Balzac considérait la femme vieille, « trente ans », Antoinette Fouque choisit de parler de seconde naissance : à 32 ans, elle co-fonde le MLF (Mouvement de Libération des Femmes). 

A une femme représentée par ses seins et ses fesses, sa beauté réelle mais extérieure, des auteurs comme elle pensent plutôt l’intériorité de la femme et valorisent son Vagin et son Utérus.
Eve Ensler, dans le texte théâtral et l’engagement politique, a popularisé le mot « vagin » et créé le mouvement des « guerrières du vagin ». « Les Monologues du Vagin » sont toujours à l’affiche au théâtre Michel à Paris. Antoinette Fouque revendique l’Utérus naturel, contre la recherche scientifique pour créer un utérus artificiel, arrachant ainsi aux femmes leur génie premier et privant l’enfant de la transmission d’inconscient à inconscient. Comme les psychanalystes ont parlé d’envie du pénis chez la petite fille, madame Fouque théorise « l’envie de l’utérus » qui « devrait se transformer en admiration de l’utérus et en gratitude envers son oeuvre ». 

Elle appelle à « chercher une transmission symbolique équivalente, paritaire à la symbolisation monothéiste, dieu, père et fils ». Elle la lit à son tour dans les mythes grecs : Zeus qui avale Métis enceinte pour accoucher d’Athéna jusqu’aux religions monothéistes qui éliminent la Terre-mère etc… pour favoriser une création ex-nihilo qui a évacué la femme ou inverser les rôles (Eve naissant de la côte d’Adam…). 

gimbutas.jpgJe sors ici du livre d’entretiens « Qui êtes-vous ? Antoinette Fouque », avec Christophe Bourseiller, pour rappeler ceci. Notre Histoire l’avait oublié mais l’archéologie le redécouvre : abondances de statuettes de femmes qui mettent en valeur le ventre de la grossesse datant de 9000 ans avant J.C., ou de sigles sur les pierres exprimant le V de la vulve, ou d’autres signes associés à la femme comme le serpent symbole d’éternité et de renouvellement, lié à la Terre dont il émerge et dans laquelle il revient, autant d’images symboliquement détournées dans les siècles suivant en imaginaire du mal (cf « Le Langage de la Déesse » de Marija Gimbutas, éditions Des femmes, 2005, que je recommande tout particulièrement)

A chaque époque, les grands mythes de l’humanité sont réécrits : Fouque nous incite à déplacer notre regard aujourd’hui vers la femme. Les courants écologistes en valorisant de nouveau la figure grecque de Gaïa, déesse de la Terre-mère créatrice de vie avant la formation du panthéon dirigé par Zeus, remettent à l’ordre du jour l’image symbolique d’un féminin originel pour nous inciter à modifier nos comportements.

Revenons aux entretiens d’Antoinette Fouque. Faire un détour symbolique par des référents mythologiques, ce n’est pas chercher à développer une croyance nouvelle autour d’une déesse par opposition au dieu masculin des trois religions monothéistes. Antoinette Fouque pense la femme dans la laïcité, en dehors de toute réappropriation par un pouvoir religieux ou politique. La femme peut être la plus grande ennemie d’elle-même, quand elle défend des valeurs qui l’emprisonnent et un pouvoir qui la domestique : la renvoyant à une infériorité de salaire, un manque d’utilité, et à des craintes d’infidélité par exemple. A l’inverse, des hommes appellent à sa pleine libération, et Antoinette Fouque de citer un magistral extrait du poète Rimbaud. La femme est en mouvement vers son accomplissement, et doit rester dans ce mouvement.

Dans ces entretiens, on découvre donc une pensée vaste, audacieuse qui se décline en actions concrètes. Car où symbolise-t-on ? Dans les récits, nos histoires à lire tous les jours comme les grandes histoires que sont les mythes de l’humanité. Alors Antoinette Fouque a créé les éditions des Femmes pour encourager les récits sur les femmes par des femmes, et rendre visible leur art littéraire ; elle a fondé l’espace des Femmes, rue Jacob à Paris, pour
accueillir leur voix, et la première bibliothèque orale de livres-audios rendant la culture dite, accessible à tous (il y aurait plus d’un article à écrire à ce sujet, ne serait-ce que sur la voix de Fanny Ardant lisant Duras…).

Sa force est de lancer surtout toute femme en quête de ses propres pouvoirs intérieurs car être une femme, c’est se battre contre des inégalités, et aussi se rendre plus loin que la lutte : exister pour créer.

Laureline Amanieux

Au Canada ! Yves Gauthier signe un joli papier sur Antoinette Fouque (site www.infoculture.ca, 07.01.10)

Sur le site www.Infoculture.ca http://www.infoculture.ca/?page=6&view=2&numero=12902

afouque.jpgANTOINETTE FOUQUE
Entretiens avec Christophe Bourseiller

2010-01-07

Les entretiens faits par Christophe Bourseiller avec Antoinette Fouque n’ont rien de banal. Le résultat, sous forme de livre, permet aux lecteurs de découvrir une femme à l’intelligence vive, aux idées novatrices et au besoin irrépressible de les traduire en actions structurantes.

Cofondatrice du MLF en 1968, psychanalyste, députée européenne et éditrice, Antoinette Fouque a dédié sa vie tout entière à la condition féminine… créatrice des «Editions des Femmes», cette femme de renommée internationale dévoile sa perception de la condition féminine. « Notre MLF voulait la révolution culturelle et la révolution sexuelle » nous dit Antoinette Fouque.

Elle a été de tous les combats pour la femme depuis les derniers quarante ans. Mentionnons ses luttes contre l’excision, pour le droit à l’avortement, contre la violence conjugale ou la liberté d’expression. Antoinette Fouque croit fermement et est intimement persuadée que les femmes sont le principal moteur pour faire avancer la justice et la démocratie dans le monde.

La femme, cette créatrice de vie humaine, possède des valeurs intrinsèques qui lui sont propres. C’est pourquoi elle a souhaité dès le début de sa réflexion joindre la psychanalyse à la politique. Car selon Antoinette Fouque, il faut bien se connaître avant de revendiquer des changements qui nous concernent. Elle place la procréation au centre de tout. Cette revendication ne laisse personne indifférent. « Le XXI ème siècle sera génital ou ne sera pas ».

Cofondatrice du Mouvement de Libération des Femmes, pionnière d’un certain « féminisme », Antoinette Fouque est aujourd’hui une théoricienne inclassable. On sait que le mouvement des femmes se divise depuis l’origine en deux branches. La première privilégie le social et milite pour les droits des femmes. La seconde est plus philosophique. Elle s’interroge : qu’est-ce qu’une femme ? C’est tout le travail d’Antoinette Fouque. En quoi consiste l’être-femme ? Très critique à l’égard du féminisme, Antoinette Fouque place notamment la maternité au cœur de la féminité et en tire toutes les conséquences même les plus anticonformistes.

Voilà une lecture qui fera du bien à tous ceux et celles qui profiteront de l’occasion pour mieux connaître cette femme d’entre les femmes, une géante parmi les géants. À lire absolument.

www.bourin-editeur.fr

Par Yves Gauthier

Têtu annonce les deux livres phares d’Antoinette Fouque de cet hiver ! (comme auteure et comme éditrice !) (janvier 2010)

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af.jpg TÊTU NEWS – Jan 2010

Mémento
Après L’Imparfaite, revue sociologique érotique décloisonnée des étudiants de Sciences-Po Paris, voilà Monstre, une revue « gay » qui revitalise un adjectif qui n’était plus assez transgressif, devant les très à la mode bobo ou queer. C’est « justement cela qui laisse le champ libre à sa réactivation », dixit les fondateurs de Monstre. * Aux éditions Bourin : Qui êtes-vous Antoinette Fouque ? Interviewée par Christophe Bourseiller, elle expose sa pensée phare, qui place la procréation au coeur de l’éthique et de la libido des femmes. A méditer… * Fouque encore, avec, aux éditions Des femmes « Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes. Souvenirs, Monologues, Pamphlets et Prières », édition augmentée des Monologues du Vagin, sous la direction d’Eve Ensler et de Mollie Doyle.

France Infos interviewe Antoinette Fouque lors de la Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes (le 25 novembre 2009 à 15 h 46) – Questions posées par Laurence Jousserandot

afouque.jpgRésumé

L’invitée du jour est Antoinette Fouque, cofondatrice du MLF , présidente de l’Alliance des femmes pour la démocratie et éditrice, elle lutte contre les violences faites aux femmes. Elle réclame un Grenelle sur la condition des femmes. La violence faite aux femmes a été déclarée « Grande cause Nationale » pour 2010. Antoinette Fouque vient de publier « Qui êtes vous, Antoinette Fouque ? » chez Bourin-Editeur (le 13.11.09). 

Interview par Laurence Jousserandot
 
 – Cofondatrice du MLF, Présidente de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie, éditrice aussi, la lutte contre la violence faite aux femmes grande cause nationale pour 2010, c’est ce que vous réclamiez, vous depuis longtemps, c’est une victoire ou c’est le constat aussi d’une catastrophe ?
 
 – Les deux, mon colonel. Vous savez, depuis quarante ans la planète se dégrade mais en 2002 Jacques Chirac a dit « La maison brûle, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas » à Johannesburg et depuis il y a eu un Grenelle de l’environnement et tout, toutes les politiques de droite et de gauche intègrent la dimension écologique.
 
Depuis quarante ans – je réponds à votre question – la situation des femmes s’est mondialement dégradée, comme toutes les situations humaines – il y a la crise – mais nous avons fait plus de progrès en quarante ans qu’en deux mille ans, avec la maîtrise de la fécondité, l’entrée massive des femmes dans le monde du travail, surtout en Occident. Il y a quarante ans, les femmes possédaient 1% des richesses mondiales ; aujourd’hui, c’est 2%. Vous me direz « ce n’est rien », mais elles produisent deux tiers des richesses mondiales. Les femmes produisent deux tiers des richesses mondiales, donc j’appelle depuis des années à quelque chose comme un Grenelle des Femmes, qui serait à la fois une prise de conscience et surtout une volonté politique, une globalisation d’un programme politique sur la condition des femmes, comme ça a été fait en Espagne, je l’ai signalé, depuis près de vingt ans.
 
Donc prendre conscience des violences, de la misère des femmes, de la pauvreté – ce sont les pauvres parmi les pauvres – mais aussi de la formidable richesse qu’elles donnent à l’humanité. Sans planète Terre il y a plus d’humanité, c’est pour ça qu’il faut sauver la planète. Si les femmes deviennent une espèce en voie de disparition comme les ours blancs, plus d’humanité non plus.
 
 – Alors, Antoinette Fouque, vous avez quand même beaucoup parlé du phénomène de « retour de bâton », est-ce que vous pourriez nous expliquer en quelques mots ?
 
 – Non, le retour de bâton, écoutez : une longue évolution, comme celle dans laquelle nous sommes entrées, de condition historique des femmes, qui est très récente puisque le droit de vote pour les femmes est du début ou de la fin du XXème siècle – il y a encore des pays où c’est très problématique – il y a des avancées mais pas de manière linéaire.
 
Il faut compter les avancées, tous les droits acquis et surtout compter avec une contamination par le bien. S’appuyer sur le progrès, prendre conscience de ce qui reste à faire, avoir des politiques globales puisque le monde c’est chez nous. Il y a une jeune femme d’origine indienne qui a été brûlée, comme Sohane a été brûlée vive en 2002, comme Ghofrane a été lapidée – peu importe leurs pays d’origine – c’est chez nous que ça se passe. Là c’est à Meaux, donc il faut globaliser ces politiques, penser non seulement les violences, que les femmes sont des victimes mais surtout que les femmes sont des créatrices de richesses et peut-être la dernière ressource de l’humanité pour sortir de la crise de toutes les crises que nous allons encore traverser.

Christine Clerc rend compte du spectacle de Eve Ensler et du nouveau livre d’Antoinette Fouque (Valeurs actuelles du 3 décembre 2009)

cclerc.jpgQuelle semaine ! Par Christine Clerc
Pour un peu de tendresse
Christine Clerc le jeudi, 03/12/2009
dans VALEURS ACTUELLES

Attention! Là, nous entrons “dans le dur”! Il ne s’agit plus de discuter du sexe des anges – de savoir si les femmes constituent “une minorité visible” ou plus de la moitié de l’humanité. Il n’est plus temps de se déterminer pour ou contre la parité. Le sujet, c’est la mort. Cent cinquante-sept femmes tuées chaque année,rien qu’en France, par leur compagnon ; des dizaines, des centaines de milliers violées, torturées, massacrées dans le monde. À l’invitation des Éditions des Femmes, la dramaturge américaine Eve Ensler, auteur des Monologues du vagin (traduits en 45 langues et joués en France devant plus de 700 000 spectateurs) réunit ce lundi soir au Théâtre Michel plusieurs stars – Marie-Christine Barrault, Andréa Ferréol, Christine Orban, etc. – qui lisent chacune un témoignage.

42061081.jpg5342.jpgDéfilent les villages africains en flammes, les femmes enceintes éventrées, les fillettes excisées, les petites prostituées asiatiques qui mourront du sida à 17 ans, l’adolescente bosniaque emmenée par les soldats… Pourquoi cette haine,parfois attisée par les grands prêtres, du corps de la femme ? Et pourquoi cette lâcheté générale devant les atrocités qu’on lui fait subir ? « J’aimerais que tous ces événements ne se soient pas déroulés comme je vous les ai racontés », conclut l’écrivain Carol Michele Kaplan dans le beau texte lu par Daniel Mesguich, où elle imagine qu’un homme, témoin de l’horreur, s’est dressé en chevalier blanc pour intervenir. «Mais ce n’est pas le cas : le soldat a tué… et je n’ai pas pris la parole pour défendre la jeune fille fouettée à mort. J’ai tourné le dos… »

La philosophe Antoinette Fouque a son explication, qu’elle nous livre dans un ouvrage d’entretiens avec Christophe Bourseiller : contrairement à ce qu’ont prétendu Freud et Lacan,les femmes n’envient pas le sexe des hommes,mais les hommes envieraient – certains,jusqu’à la fureur– la capacité des femmes à donner la vie. (…)

Dans le site de L’Express, Julie Saulnier a pensé à recueillir la pensée d’Antoinette Fouque (formulée notamment dans son nouveau livre chez Bourin Editeur) – le 26 novembre 2009

meres-celibataires-enfants_113.jpgA l’occasion de la journée internationale contre la violence faite aux femmes, regards croisés sur la condition des femmes en 2009 : Julie Saulnier a notamment interviewé Antoinette Fouque pour le site de L’Express
Combiner vie professionnelle et vie personnelle n’est plus mission impossible en 2009
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aflivre.jpgAntoinette Fouque est la présidente de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie et l’une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes créé en 1968. Elle est l’auteur Des Mots pour agirs contre les violences faites aux femmes.
sazzedine.jpgSaphia Azzeddine est l’auteur de Mon Père est femme de ménage et Confidences à Allah.
Favier-e84ad.jpgCarine Favier est la présidente du Planning familial.
« Etre une femme est à peu près la même chose qu’être un homme en 2009, à quelques détails près: les salaires, les baffes et dans certains pays les droits. »

Qu’elle est la condition des femmes en 2009 ? Qu’est-ce qu’être une femme en 2009 ?

Carine Favier, présidente du Planning Familial: « C’est difficile à dire car il y a un grand fossé entre les mères de familles mono-parentales qui vivent souvent dans des situations précaires et les femmes diplômées conscientes de leur droit et qui luttent pour les faire progresser. Mais malgré toutes ces différences, je pense que ce qui rassemble les femmes d’aujourd’hui est la volonté de mener de front leur vie professionnelle, leur vie affective et familiale. Rares sont celles qui sont prêtes à renoncer à un emploi pour avoir des enfants ou vice-versa. »

Antoinette Fouque, présidente de l’Alliance des femmes pour la démocratie: « Depuis plus de quarante ans, nous nous sommes battues pour que les femmes deviennent citoyennes à part entière et qu’elles aient le droit de réaliser l’intégralité de leurs compétences. Et nous avons gagné en droits et en libertés plus que jamais dans l’histoire. Les Françaises ont le plus fort taux de fécondité de l’Union européenne et une activité professionnelle tout en élevant leurs enfants. Elles s’affirment pleinement créatrices dans tous les domaines. »

Saphia Azzeddine, écrivaine: « D’une part, je ne m’envisage pas uniquement en tant que femme. Et puis je ne milite pas, j’écris des bouquins ou les femmes disent ce qu’elles pensent. Je pense qu’être une femme est à peu près la même chose qu’être un homme en 2009, à quelques détails près: les salaires, les baffes et dans certains pays les droits. Plus sérieusement, une femme en 2009 c’est s’accommoder de nos illusions de femmes libres et toujours relativiser nos désillusions. Sans ça, la femme 2009 serait un kamikaze. »

Quelles sont les principales difficultés auxquelles sont confrontées les femmes ?

A.F : « Mais la crise économique et le backlash, ce qu’il faut bien appeler une contre-libération menaçante, mettent en péril celles qui sont en situation fragile, c’est-à-dire une majorité des femmes qui sont 75% des plus pauvres en France comme dans le monde, et la pauvreté ne cesse de se féminiser.
L’Observatoire National de la Délinquance vient d’annoncer pour 2008 une forte augmentation du nombre des
violences contre les femmes.  Une femme meurt tous les deux jours et demi du seul fait des violences conjugales. Au niveau mondial, ce sont 160 millions de femmes qui manquent à l’appel de la population mondiale du fait des violences et des discriminations qu’elles subissent. Oui, la situation des femmes se dégrade comme se dégrade celle de la planète, mais la conscience, elle, se développe. L’écologie fait désormais partie à part entière des programmes politiques. Il faut que l’ensemble des partis et des gouvernants mettent en oeuvre une écologie humaine au coeur de laquelle se trouvent les femmes. Il faut une politique globale pour les femmes, une prise de conscience et une volonté politique. »

C.F : « L’égalité est encore loin d’être acquise: le taux de chômage chez les femmes est plus important que chez les hommes, les salaires moins élevés, la précarité est souvent plus importante… Même en ce qui concerne les études, il existe une différence flagrante. D’après un sondage réalisé en 2009, 61% des parents sont prêts à prendre en charge l’intégralité des frais de scolarité de leur fils. Ce chiffre tombe à 48% pour les filles [ndlr: enquête Ipsos/Crédit Agricole]. Les femmes souffrent également de discriminations notamment au moment de leur recherche d’emploi. »

S.A : « Les gouttes de pipi sur la cuvette des wc, les blagues de cul pas drôles et ces hommes qui entendent oui alors qu’elles disent non. En effet, se rendre compte que des fondamentaux que l’on croyait acquis soient remis en cause. »

Quelles évolutions avez-vous constaté sur cette question depuis le début de votre engagement ?

C.F : « Aujourd’hui, les notions de parité et d’égalité paraissent évidentes. Les femmes savent qu’elles doivent lutter pour leurs droits. La possibilité de travailler a permis d’élargir l’autonomie des femmes même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous avons constaté au Planning familial que la situation des femmes a plus changé dans les mentalités que dans la réalité: elles veulent qu’on les traite d’égal à égal avec les hommes; elles ont parfois même l’impression que c’est déjà le cas, mais lorsqu’on regarde les études faites sur le sujet, on se rend compte qu’on est encore loin du compte. »

S.A : « Qu’il y ait une journée de la femme au mois de mars et qu’on nous offre des fleurs. Non je plaisante, c’est même une régression. Le numéro vert par contre, ça c’est bien! Sauf quand la mâchoire est cassée et donc là ça ne sert à rien. »

Comment lutter contre la violence faites aux femmes ?

C.F : « Il est très important de travailler sur la prévention. Avec le Planning Familial, nous organisons régulièrement des ateliers ou des forums pour améliorer les relations entre les filles et les garçons. Il est indispensable de faire comprendre aux gens, même aux plus jeunes, que les différences biologiques ne doivent pas être un prétexte aux différences sociales. Nous organisons également des groupes de parole, notamment avec les auteurs de violences, pour leur faire prendre conscience de la gravité de leurs actes. »

A.F : « J’ai proposé en 2008 un Grenelle des femmes, non seulement sur les violences mais sur l’apport vital des femmes à la société. Il faut un Grenelle des femmes pour connaître et reconnaître ce que l’humanité leur doit, ce qu’elle peut en recevoir. Pour, face à la guerre économique, préparer la venue de l’économie de mise au monde, de création, de créativité, dont elles sont porteuses.

S.A : « D’un point de vue physique, rendre les coups autant que cela est possible et partir après le premier coup, pas le deuxième. »

Que pensez-vous de la loi proposée par Michèle Alliot-Marie ?

C.F : « Le Planning Familial n’est pas à l’origine de cette loi mais nous en sommes globalement plutôt satisfait. Nous regrettons simplement qu’elle n’aborde pas du tout l’aspect préventif qui est essentiel à nos yeux. De plus, nous sommes contre la création de tribunaux spéciaux pour juger les auteurs de violences faites aux femmes. Il est important que les coupables soient punis mais nous ne voulons d’une judiciarisation à l’extrême de ces questions. »

Et pour vous, c’est quoi être une femme aujourd’hui ?
Comment a évolué le statut des femmes dans notre société ?

Madeleine Chapsal, téléspectatrice de « Ce soir ou jamais »… a bien lu Antoinette Fouque (le Populaire du 27.11.09)

Dans le Populaire du Centre du 27 novembre 2009, Madeleine Chapsal, qui a regardé l’émission de Frédéric Taddeï mardi 24 novembre, nous en livre ses impressions…

 

Madeleine-Chapsal.jpg QU’EST-CE QU’UNE FEMME ?

 

En ce  mois de novembre, deux dates  ont concerné la condition des femmes. Le 25, la Sainte-Catherine,  fête traditionnelle de la  couture, silencieux métier,   sous-payé,  où l’on trouve normal de cantonner  les femmes.  Le  26 : journée   pour dénoncer le  fait qu’il   meurt une femme  tous les deux jours  sous les coups de son compagnon, d’autres étant estropiées. 

  Ce qui dépasse l’entendement  c’est qu’on n’en soit pas autrement scandalisé et  qu’il y en ait encore pour dire et penser, comme  chez Taddei à la télévision : « L’homme a besoin d’affirmer sa virilité !  »

C’est pour étudier les racines d’une misogynie toujours  active  qu’il faut lire le petite livre consacré à  Antoinette Fouque, la fondatrice du MLF – Mouvement pour la Libération des femmes.

Née en 1936 , à  Marseille, cette femme remarquable, à la fois psychanalyste, philosophe, écrivain, élue au Parlement européen, fondatrice d’une maison d’édition, Les Editions des Femmes et de   librairies en France, n’a cessé d’agir et de réfléchir à la question qu’avait posé Sigmund Freud sans pour autant y répondre : qu’est-ce qu’une femme ?

Antoinette Fouque nous fait faire quelques pas en avant. Déjà en rappelant  qu’il y a deux sexes, ce que cherche à  nier un  féminisme  dont Antoinette se sépare pour parler  de « féminologie » ;   nouvelle science sociale qui se donne pour objet  une « peuplade », les femmes,  dont l’histoire  n’existe qu’en ombre portée de celle des hommes.  

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aflivre.jpgDans « Qui êtes-vous Antoinette Fouque ? » elle dénonce quantité d’abus criminels, l’excision, la lapidation, dont un primordial :    des millions de femmes dans le monde se voient refuser le droit  à l’instruction. Pourtant,  ajoute-t-elle  : « Je  connais des régions de l’âme et du cœur,chez  des êtres ne sachant ni lire ni écrire qui sont d’une richesse bien supérieure à ce qu’on trouve chez de plus instruits. » Cet antiféminisme, chez  nous insidieux,  Fouque en voit le germe dans  le déni masculin d’une réalité  qu’ils prennent pour une infériorité   :  ce sont les femmes qui portent les enfants !  D’où  jalousie :  ils auraient une envie secrète de l’uterus comme nous, d’après Freud, l’envie du pénis…

Bien d’autres idées neuves et bouleversantes se trouvent dans ce petit livre  où parle une femme qui s’est installée d’emblée dans l’altérité . Une façon de vivre et de penser   loin d’être acquise dans nos sociétés,   même par les femmes qui parviennent au pouvoir (casées  par les hommes que cela arrange…).   Or pas de progrès humain possible si l’on n’accepte pas l’idée qu’il existe deux sexes à la fois  différents et égaux :  aucun ne devant être soumis à l’autre !  La misogynie, ultime racisme et colonialisme, dont témoigne violemment la burka…

 

 Qui êtes-vous Antoinette Fouque ?

Entretien avec Christophe Bourseiller

Editions Bourin, 19 euros, 154 pages.

Ouest-France et la « féminitude » – Le 25 novembre 2009

afouque.jpgOUEST-FRANCE – 25 novembre 2009
 
REGARDS : Il faudrait peut-être parler de « féminitude » comme Aimé Césaire a parlé de « négritude ». L’égalité hommes-femmes est encore loin d’être acquise, selon Antoinette Fouque dans son dernier livre d’entretiens avec Christophe Bourseiller (« Qui êtes-vous Antoinette Fouque ? », Bourin-Editeur)