Actualités (NON EXHAUSTIF)

Le visage de la résilience : Agnès Pierre de Alpha and You

Article juillet 2020, par Agnès Pierre

La résilience et notamment sa façon de se développer en se projetant dans un futur désiré et de nouveaux objectifs

Je ne sais s’il y existe une élection du mot le plus populaire de l’année, mais si tel est le cas, assurément résilienceaurait toutes ses chances dans la course en 2020 !

Le plus employé oui, mais je dirais aussi le plus mal employé… car en dépit de sa grande popularité et du florilège de discours grandiloquents sur ce concept, bien peu sont ceux qui perçoivent aujourd’hui véritablement ce qui se joue dans cette capacité de résilience.

Nous traversons une crise d’ampleur inédite, sanitaire, sociale, politique, économique et dont personne ne sait au juste évaluer si le plus dur est derrière nous ou s’il est au contraire à venir.

Au cœur de cette quête d’optimisme et de repères, cette recherche de point d’ancrages auxquels amarrer nos certitudes pour envisager l’avenir, la résilience apparait comme un phare rassurant. Et ceci même au plus haut niveau : Le Président de la République française a décidé le 25 mars dernier, de lancer l’Opération Résilience dédiée au soutien des services publics et des Français dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection.

La résilience est brandie à chaque coin de rue tel un chapelet de gousses d’ail pour repousser les maléfices qui nous menacent. Le genre humain et le modèle économique dominant sont ébranlés, la résilience est appelée à la rescousse.

Bref, vous l’aurez compris, je ne vais pas en rajouter sur le mode panorama général de la résilience.

Je ne vais pas non plus m’attacher à l’aspect purement psychologique de la notion car Boris Cyrulnik[1], s’inspirant des travaux de John Bowlby[2]le fait excellemment bien dans ses ouvrages qui font autorité en la matière.

Alors quoi, me direz-vous ?

Et bien je choisi aujourd’hui de vous raconter à travers des histoires incarnées, dont la mienne, comment il est possible de rebondir en puisant dans des expériences traumatisantes, plus d’énergie qu’ont en possédait précédemment pour avancer dans la vie.

Et quand j’utilise le verbe rebondir, ce n’est pas par hasard.

En effet, la résilience n’est pas la plasticité : il n’est pas question ici de retour à un état antérieur ainsi qu’une simple boule à stress ou un oreiller à mémoire de forme ! Non, la résilience est véritablement ce qui permet de passer à l’étape suivante : quand vous lâchez une balle et quelle rebondit plus haut que le point d’où vous l’avez lâchée, elle est l’image même de la résilience qui par son impact avec le sol capitalise une énergie supérieure à celle d’origine !

Comme vous le savez si vous lisez régulièrement mes articles, les histoires et exemples ont pour moi des vertus pédagogiques incomparables.

Je vais donc vous partager deux histoires.

La première me touche car si mon parcours professionnel s’est déroulé dans des paysages et des environnements variés, je suis particulièrement fière d’avoir travaillé durant douze années au sein de l’ONG Handicap International. Cette ONG vient en aide aux personnes en situation de handicap, partout dans le monde et sa naissance trouve sa source dans l’indignation de médecins face aux ravages provoqués par les mines anti personnel au Cambodge. L’impuissance face à ces dommages infligés aux populations civiles a motivé une action d’une si grande ampleur qu’elle les a conduit jusqu’au prix Nobel de la paix pour la collaboration à la Campagne internationale contre les minesanti-personnel. A l’heure ou les USA réintroduisent dans leur arsenal militaire cette arme qui touche des enfants voici l’histoire de Jerry White[3].

Dans les années 80, ce jeune américain effectuait une année d’études en Israël où lors d’une randonnée avec des amis il perdit la jambe dans un champ de mines… Après plusieurs mois d’hôpital, en proie à un violent désespoir, impuissant, triste et solitaire, il fut rapatrié chez lui, aux USA.

Et ses études terminées il devint ce pour quoi on le trouve aujourd’hui référencé sur Wikipédia : un activiste. Fondateur du Landmine Survivors Network (réseau des survivants des mines), renommé Survivor Corps (corps des survivants), il collabora aux côtés d’handicap International à cette campagne dont je parle plus haut et qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1997.

Le terme d’activiste qui le définit n’est pas anodin, car il a su devenir actif et non spectateur passif de ce qui aurait pu rester la tragédie de sa vie !

C’est ce que les anglosaxons appellent l’empowerment (que l’on peut traduire littéralement par prise de pouvoir), un concept qui mêle acceptation de soi, confiance, estime, ambition et pouvoir.

Le rebond d’une victime effrayée en un survivant passionné est un exemple de résilience, « processus d’adaptation réussie face à l’adversité, aux traumatismes, aux menaces et même aux stress importants », selon l’Association américaine de psychologie. Vous visualisez cette petite balle ?

Ce thème du rebond me touche particulièrement et si vous consultez mes publications, il ne pourra pas vous échapper que mon histoire personnelle est aussi faite de cette étoffe, cette balle est aussi dans le creux de ma main.

En 2014, j’ai reçu en pleine face l’annonce brutale d’un cancer de la moelle osseuse. Le tableau avait le mérite d’être extrêmement simple à comprendre : une moelle osseuse à l’arrêt total, ne produisant plus globule rouge, blancs, ni plaquettes, seulement des blastes (cellules cancéreuses) ; quatre mois d’espérance de vie et une unique planche de salut : la greffe par donneur. Les chances de compatibilité  pour trouver une personne compatible ? Une sur un million !

Je ne me voyais pas comme une personne dotée de ressources exceptionnelles et pourtant cette nouvelle réalité s’est révélée être un puissant catalyseur d’énergies. Dans un récit[4]où j’ai retranscrit ce parcours, on peut assister à une métamorphose en accéléré.  Loin de moi l’idée d’infliger cette épreuve à quiconque pour activer ses ressources, mais j’estime que cette formation éclair a été en ce qui me concerne un privilège dont les effets à long terme sont ancrés dans la personnalité qui a vu le jour à la sortie de cette épreuve.

Je peux en témoigner chaque jour : je ne suis pas revenue à celle que j’étais ce matin de janvier 2014 ! Mon apprentissage et bien entendu le sentiment exacerbé d’urgence, ont fait de moi une personne différente.

Lorsque l’on a rien à perdre, il apparait immédiatement que tout est possible !

Notre recherche de sens à Christophe Alvarez et moi-même, qui cheminait depuis plusieurs années, s’est trouvée comme « augmentée » et a donné naissance à la Méthode Alpha and You®.

Notre méthode  est au cœur même de la résilience : se projetant dans un futur désiré et de nouveaux objectifs

Quand Boris Cyrulnik, en pleine crise de COVID 19 dit : « Être résilient, c’est aller vers un nouveau développement »[5], ceci se traduit concrètement par la mise en place des sept ingrédients de la Méthode présentée dans notre ouvrage Libérez votre Futur.

Les leviers de la résilience y sont travaillés de façon très concrète : comprendre grâce aux neurosciences le piège des biais cognitifs, tirer profit de la neuro plasticité pour changer ses croyances tout en préservant ses valeurs (retrouvez nos articles sur les valeurs et les croyances sur le blog Alpha and You https://alpha-and-you.com/actualites/). Une des conditions de réussite est ce que Jean Christophe Meslin[6]appelle les tuteurs de résilience. La Méthode Alpha and You®, en accord avec cette vision, est basée sur la pédagogie du mentorat.

Enfin, prendre soin de son véhicule autant que de son psychisme est une nécessité qui ne fait pas débat ; la Méthode Alpha and You® vous donnera également des clefs pour raccorder le corps et l’esprit.

Alors, rejoignons Sénèque, « la vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe

mais d’apprendre à danser sous la pluie » et abordons notre Futur avec enthousiasme !

Agnès PIERRE, Co auteure de Libérez votre Futur edt. SOLFIA 2020

[1]Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un neuropsychiatre français. Auteur notamment de « Un merveilleux malheur » (Odile Jacob, 1999), ou « Résiliences. Connaissances de bases » (Odile Jacob, 2012)

[2]John Bowlby, psychiatre et psychanalyste britannique(1907-1990)

[3]Lire son ouvrage paru en 2008 « I Will Not Be Broken »

[4]« Voyage en dysplasie »(en cours d’édition)

[5]Entretien accordé à Alice Pouyat et Publié le 26 Mars 2020 dans la revue  WE DEMAIN

[6]Spécialiste du management de crise

Le Salon littéraire fête la sortie des « Anges de l’Histoire » de Frederika Abbate – Merci à Bertrand du Chambon

Rentrée littéraire septembre 2020

Frederika Abbate : un créateur parmi des créatures…

Bertrand du Chambon

Frederika Abbate, Le Anges de l’histoire, Nouvelles éditions Place, septembre 2020, 206 p.-, 23 €

Cyrille Zola-Place : Nous travaillons pour une création incessante – interview de l’éditeur de Frederika Abbate par Bertrand du Chambon

Cyrille Zola-Place : Nous travaillons pour une création incessante

L’âme lumineuse de Bruno Salazard

CHEMIN DE VIE

Je suis en 1972 en Alsace, d’un père agent EDF et d’une mère à domicile. Deux sœurs m’ont précédé, de 2 et 6 ans. Mon père était originaire du Forez, pupille de l’Assistance Publique parti en Alsace pour un poste à EDF. Ma mère était alsacienne, froide et autoritaire alors que mon père est un tendre, très intelligent en manque de confiance.

Nous avons vécu en Alsace jusqu’à mes 5 ans puis en Savoie, dans un petit village de montagne où l’école avait une classe unique qui se faisait le plus souvent sous les arbres ou au milieu des champs d’alpage. J’étais petit en taille et j’ai sauté le CM2 pour arriver à 1, 22 m en 6ème.

A l’âge de 10 ans, nous sommes partis vivre en Provence où j’ai perdu une certaine naïveté par la rencontre avec une population différente. Ma mère était hospitalisée régulièrement pour dépression et je fuyais la maison dans des activités multiples (modélisme, course à pied, lecture intensive). J’étais réveillé dès 5h le matin et je comblais les heures en lisant. Je courais beaucoup, jusqu’à 140 kms par semaine. Plus tard j’ai couru des marathons (dont un en Ethiopie), les 100 kms de Millau.

J’ai passé les années jusqu’au bac en dilettante, murissant de nombreux rêves. Le bac en poche à 16 ans ½, je m’inscrivais sans conviction en médecine. Je travaillais la nuit comme aide-soignant puis comme infirmier et je passais mes examens sans conviction sur la pratique du métier mais passionné par l’apprentissage des maladies. J’ai fait une pause de deux ans pour être pompier dans mon village et organiser un voyage humanitaire en Afrique.

De retour dans les études après une rencontre amoureuse, nous avons voulu des enfants et ma fille est née lorsque j’avais 23 ans, étudiant en 5èmeannée de médecine. Mon fils est né 16 mois plus tard. J’ai passé l’internat en cherchant une spécialité liée aux enfants. D’abord pédiatrie puis finalement chirurgie plastique pédiatrique. Partant de zéro en chirurgie, je me suis beaucoup investi dans le travail, voyageant dans le monde pour les congrès, pour apprendre auprès des meilleurs chirurgiens de la spécialité. En parallèle, je reconstruisais deux ruines en pierre à La Ciotat et en Ardèche. J’ai appris les métiers du bâtiment, du maraichage avec dans l’idée d’une autonomie de vie possible. Mon fils était un enfant précoce avec une vision lucide et cynique du monde. Suivi à ses onze ans ans par un équipe de psychologues, suite à des prises de stupéfiants et des questionnements sur la vie intenses, je refusais un poste de professeur à l’hôpital et m’installait en libéral pour avoir plus de temps pour les enfants.

Nous avions une relation privilégiée avec les enfants et beaucoup d’admiration les uns pour les autres. Je les emmenais souvent en randonnée à travers le monde et nous partagions le même goût de l’humour absurde. J’ai divorcé à 40 ans et nous sommes allés vivre à Marseille, face à la mer avec mes enfants. J’ai repris des missions humanitaires au Bangladesh, Cambodge, Centrafrique, Gaza, Jordanie, Colombie, Cameroun…

Je diminuais mon activité chirurgicale pour être président de l’ONG HumaniTerra et pour développer une activité entrepreneuriale de centres de médecine esthétique et de cheveux à Marseille. J’ai développé l’ONG avec la mise en place d’une structure salariée pérenne et de beaux projets de développement, de formations, en Asie et en Afrique. Je m’inscrivais en parallèle dans un master de « Politique de Santé » à Sciences Po Paris.

A 18 ans, mon fils s’est suicidé, ce qu’il avait programmé depuis très longtemps dans sa tête. Un gouffre s’est ouvert devant moi car nous étions très proches. Nous parlions beaucoup, nous avions gravi des montagnes dans les Alpes et aux Népal ensemble, soudés. J’ai surmonté cette épreuve avec ma fille et aussi grâce à de solides amitiés anciennes. J’ai décidé de changer de ville et je me suis installé à Toulouse avec une femme rencontrée peu avant la mort de mon fils. J’ai commencé à écrire, ayant accumulé de nombreux idées, histoires, images au fur et à mesure des années. Nous avons, un an et demi plus tard, eu un enfant, un petit garçon. La maman a eu des troubles psychologiques majeurs qui ont conduit à ce que la justice me confie la garde exclusive dès ses 5 mois. Nous nous sommes installés tous les deux à la campagne près de Toulouse, au milieu des arbres, d’un jardin potager et de poules. Je me nourris de cet être extraordinaire et j’écris quotidiennement.

Les histoires que j’écris sont le fruit de ce parcours, où chaque image a été vue pour être écrite, chaque personne rencontrée a été décortiquée pour être dépeinte, chaque paysage a été admiré pour être évoqué. Les thèmes de l’artisanat, de l’agriculture, de l’amitié, de la paternité accompagnent une vision parfois cynique de l’évolution de l’homme que tempère une capacité d’émerveillement et d’émotion qui resurgit régulièrement.

En savoir davantage sur l’auteur d' »Opération Condor », Pablo Daniel Magee

Pablo Daniel Magee

Écrivain / Chargé de projets culturels & humanitaires

Le langage culturel est ma passion. Qu’il est gratifiant de transmettre une idée par un texte ; une composition musicale ; une œuvre d’art plastique ; un scénario de film ou une traduction rigoureuse. À mon sens, permettre au genre humain de communiquer et de manier des concepts concrets ou abstraits grâce à l’alchimie du processus créatif constitue un idéal que je poursuis par mon travail.

Parcours Professionnel

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2020 : Auteur de l’ouvrage Opération Condor, préfacé par Costa-Gavras, paru aux Éditions Saint Simon (Paris) : sept années d’enquête littéraire auprès de personnalités telles que Stéphane Hessel ; Robert Badinter ; Le Pape François ou encore Pierre Rabhi

2019-2020 : Découvreur de talents pour la maison d’édition française We Do Not Work Alone, dédiée à la publication d’objets usuels conçus par des artistes contemporains

2016-2019 : Fondation Celestina Pérez de Almada pour l’alphabétisation – Paraguay
– Coordinateur des projets avec les Nations Unies ; la Fondation Nobel ; le Forum Économique de Davos ; les gouvernements du Cône Sud et l’Union Européenne

2013-2016 : Représentant au Paraguay de l’ONG française Graines d’Énergies, fondée par EDF- Création d’une école de journalisme pour des jeunes en difficulté économique
– Intervention en tant que professeur de journalisme

2011-2013 : Rédacteur pour l’entreprise française de Global Design Made in Mouse
– Recherches et composition de textes historiques portant sur les vignobles de Bourgogne et la gastronomie, avec la complicité du géographe Jean-Robert Pitte, du journaliste Jamy Gourmaud, du philosophe Michel Serres ou du chef Paul Bocuse

2009-2011 : – Membre de l’équipe de production du festival de Jazz à Vienne, plus grand festival du genre en France (Joe Cocker, Diana Krall, George Benson, MC Solaar…)
– Chargé de projets pour la France de l’artiste écologiste Stellest, et développement du contenu d’un site internet ayant fait l’objet d’un cours à l’Université de Chicago

2007-2009 : Assistant de direction au sein de la galerie d’art contemporain Stephen Lawrence Gallery, à Londres

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Autres projets – liste non exhaustive –

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Formation

2019-2020 : Chargé de production pour l’Amérique latine de l’exposition internationale John Lennon, les années New York, par Bob Gruen, photographe officiel de John Lennon

2016-2019 : Écrivains Associés du Théâtre – Paris
– Auteur de deux pièces de théâtre à paraître (Honorablissime et Fanpharaonnes)

2017 : Koreko Gua & 20th Century Fox – Paraguay
– Script Doctor pour le film historique El Supremo Manuscrito
– Traduction du scénario de l’espagnol vers le français pour le Festival de Cannes

2011 : Assistant de reportage pour le National Geographic (branche de Washington D.C)

2009 : Assistant de production chez Pinewood Studios, à Londres, pour les films Sherlock Holmes, The Wolfman et Les voyages de Gulliver pour Universal Pictures

Bénévolat

2013-2020 : Coopération avec l’ONG indigéniste et anthropologique LINAJE du Paraguay
– Professeur de journalisme et de photographie auprès d’enfants indigènes Aché

2015 : – Auteur de l’ouvrage L’eau chante au Lapacho, paru aux Éditions Lapacho
– Réalisateur du court-métrage Pas de temps pour les anges en partenariat avec le Forum Économique de Davos au profit d’orphelins handicapés du Paraguay
– Exposition photographique personnelle au Musée de Penthes de Genève sur les enfants indigènes Aché du Paraguay, au profit de la communauté indigène Aché de Kuetuwive

2014 : Donation au Musée des Mémoires de la dictature du Paraguay de la photographie“Le Petit Chaperon Rouge”, illustrant l’oppression militaire de l’époque dictatoriale

2004-2005 : Représentant de l’ONG espagnole Gam Tepeyac au Pérou
– Professeur de français et d’anglais
– Assistant kinésithérapeute pour des enfants lourdement handicapés

Formation :

2006-2009 : Université de Greenwich, Londres. Littérature, philosophie et journalisme (BA)

2005-2006 : Université d’Aix en Provence. Cours portant sur l’histoire politique de l’Amérique latine

2003-2004 : Pôle Sup, Prépa Sciences Po, Montpellier

2000-2003 : Lycée F. Mistral, Avignon (baccalauréat littéraire)

Pablo Daniel Magee, une vie riche en rencontres extraordinaires (ici avec son préfacier Costa-Gavras)

Voici trente ans presque jour pour jour, que l’année 1990 sonnait le glas diplomatique d’une époque. D’un côté, par la chute du régime du Général Pinochet au Chili, dernière dictature d’Amérique latine et parallèlement, par la fin de la guerre froide dans son ensemble symbolisée par la réunification de l’Allemagne, offrant aux archives contemporaines les images du démantèlement du tristement célèbre Checkpoint Charlie, du Prix Nobel de la paix remis à Mikhail Gorbachev, mais aussi de la révélation choquante faite par le premier ministre italien Giulio Andreotti, le 24 Octobre 1990, de l’existence d’une opération top secrète du nom de Gladio, mettant au jour l’implication d’armées secrètes supervisées par l’OTAN dans les attentats terroristes ayant marqué les années sombres de la guerre froide en Europe. Depuis lors, les historiens européens essayent, non sans mal, d’approfondir nos connaissances en la matière. Pour ma part, c’est en Amérique latine que je me suis rendu afin de tenter de décrypter les circonvolutions politiques de la guerre froide au cœur d’un continent tombé entre les griffes du “Condor”. Vous tenez donc aujourd’hui entre vos mains le fruit du cheminement de sept années de vie dédiées à enquêterSept années d’une investigation menée autour de l’opération Condor, suivant les pas et partageant desmoments complices de l’existence du Docteur Martin Almada, premier “lanceur d’alerte” et découvreur des Archives de la Terreur de l’opération Condor, au Paraguay.

 

Pour écrire Opération Condor,je me suis plongé corps et âme dans les abysses d’un continent à fleur de peau et d’un pays en particulier, le Paraguay, où je vis à présent et qui abrite les Archives de la Terreur aujourd’hui classées Mémoire du Monde par l’UNESCO grâce à la ténacité etaux efforts déployés par le Dr. Almada, efforts pour lesquels ce dernier s’est vu remettre lePrix Nobel Alternatif (le même prix décerné à Greta Thunberg récemment et à Edward Snowden avant elle). C’est sur ces mêmes archives et leur sombre toile de fond que prend assise mon travail d’écriture, déroulant le film de vie authentique et encore trop méconnu de la personne de Martin Almada. Depuis la Guerre civile chinoise à l’opération Condor, les composantes que je décris dans cet ouvrage s’imbriquent et se superposent une à une jusqu’à mettre à nu l’impitoyable mécanisme de la guerre froide en Europe comme en Amérique latine. Fidel Castro, Omar Torrijos et le Général Stroessner, sont autant de personnages qui éclairent, pour le lecteur, ce pan encore bien obscur de l’Histoire.

 

Cette investigation m’a conduit à parcourir le monde et rencontrer des personnalités venues d’horizons les plus divers, telles que le frère d’Ernesto Che Guevara, un Che dont j’ai suivi et recomposé les traces éparpillées par le temps d’un passage fugace au Paraguay qui faillit lui coûter la vie. Ainsi, la lecture du chapitre intitulé L’homme à la pipe, a-t-elle inspiré à Juan Martín Guevara le geste spontané de me prendre dans ses bras et me souffler à l’oreille : “Tu as fait un grand travail pour la mémoire de mon frère. Merci, fils”. Mon épopée littéraire m’a également amené à accompagner le Dr. Almada au Vatican pour une brève rencontre avec le Pape François, acteur involontaire ou pas de l’opération Condor ; vers la dignité chaleureuse de Stéphane Hessel ; la bienveillance de Robert Badinter ; la gentillesse de Plantu, qui m’a ouvert ses archives; la froideur latine de Bianca Jagger ; la passion toujours intacte de Costa-Gavras, qui m’a offert la préface de mon ouvrage; la générosité de celles et ceux qui se sont émus de mon projet et m’ont accompagnés ; et l’humilité touchante de tant de victimes de cette triste opération.

 

De par la longueur et l’amplitude de ce parcours d’écriture ainsi que l’histoire et le rayonnement du Dr. Almada, j’ai constaté combien ce livre est attendu par un lectorat latino-américain et européen réparti de part et d’autre de l’Océan Atlantique. En tant qu’auteur, j’ai la conviction que ce livre surprendra. En effet, je me suis efforcé, afin de garder vive l’attention des lecteurs, d’y glisser différents éléments qu’on ne s’attendraitpas à trouver dans un tel ouvrage. On y apprend ainsi l’origine paraguayenne du célèbre boa ayant avalé un éléphant de Saint Exupéry, mais aussi l’origine indigène guarani du football, le Manga Ñembosarai, en passant par un détour chez Pablo Escobar et, bien entendu, toujours les révélations d’archives qui frappent et surprennent. J’ajoute que ma sécurité et celle de ma famille a été menacée à maintes reprises au cours de ce périlleux chemin d’écriture, incitant les autorités françaises au Paraguay à me proposer une protection policière, ce qui sous-entend la pertinence de mon ouvrage. Fondamentalement, je suis mû par la conviction que ma génération a le droit et le devoir de comprendre les problématiques que j’aborde dans cet ouvrage afin de pouvoir changer ses structures de pensée et, ce faisant, évoluer vers un mode de fonctionnement plus pacifique et altruiste, en adéquation avec les impératifs socio-économiques mais aussi et surtout humains et écologiques de notre temps.

Pablo Daniel Magee

Le parcours d’écrivain de Pablo Daniel Magee écrit par lui-même

C’est l’année de mes dix-huit ans, au cours d’une rencontre avec Jorge Semprún, que j’ai fait mon entrée en littérature.Letempsd’uneheure de dialogue,l’immense personnage me captiva, depuis les impressions gardées de son expérience dans le camp de concentration Nazi de Buchenwald jusqu’à l’évocation de ses écrits,semant dans mon esprit une graine de lumière de même qu’une curiosité : la lumière de l’espoir humain envers et contre tout et la curiosité de lire. Peu après cette rencontre, je me souviens d’une nuit d’insomnie lors de laquelle je tombai sur l’émission télévisée “Culture et dépendances” présentée par Franz Olivier Giesbert. Ce-dernier y recevait l’écrivain Dan Franck pour la présentation de son livre “Libertad !”, dans lequel il présentait une fresque composée de la vie de grands artistes et intellectuels européens entre 1931 et 1939. Sensibilisé à l’art et son histoire très tôt par un père peintre et une mère photographe, cette intervention m’avait fascinée. “C’est cela que je veux faire.”, avais-je simplement pensé. Mais comment devient-on écrivain ? J’aimais lire, à la folie, même ; j’aimais l’histoire et la politique. J’aimais l’Amérique latine… voilà que j’étais bien avancé ! 

 

Comme un coup du sort, je trouvai dans l’amphithéâtre de philosophie de l’université britannique où je suivis mes études, une professeure ayant travaillé sous la direction d’Henri Kissinger lorsque ce dernier était Secrétaire d’État à la Défense sous la présidence de Richard Nixon. Celle-ci nous raconta un jour sur un ton de confidence, avoir assisté à une réunion lors de laquelle des diplomates américains évaluèrent leur stratégie d’appui à la dictature militaire chilienne du Général Augusto Pinochet, en invoquant la mystérieuse dénomination de“Condor”. Cette révélation me poussa à m’intéresser au sujet. C’est dans cette lancée et un peu par hasard que j’ai rencontré Martin Almada quelques temps plus tard, lors d’une réception organisée chez lui, au Paraguay, où je me trouvais en mission pour une ONG française. Dès- lors que j’eus pris place à ses côtés, lui et moi nous retrouvâmes isolés dans la bulle d’une conversation qui fit de nous des ornithologues d’un soir, fins spécialistes en rapaces andins. Notre échange exalté aurait pu durer jusqu’au petit matin. À son terme, amusé par l’espièglerie de cet hôte singulier et instigateur éclairé, fasciné par son récit de vie, stimulé par mon amour pour ce continent et les mots de Semprun, je venais de trouver mon premier sujet d’écriture :lui.

 

Quelques mois plus tard, au détour fortuit d’une pile d’ouvrages, c’est avec Stéphane Hessel que j’eus le privilège de m’entretenir. Je commençais alors mon voyage vers l’histoire paraguayenne : “C’est un petit pays oublié que le Paraguay. Mais voyez-vous, l’avantage de la mémoire, c’est de renvoyer l’oubli à lui-même !”, me dit-t-il. Lui qui citait dans le texte des centaines d’auteurs et savait par cœur, au sens le plus noble du terme, des milliers de vers, connaissait mieux que quiconque la voie du devoir de mémoire dans laquelle il m’encourageait à m’engager. Cette mémoire, c’est à travers la vie de l’un de ses plus fervents défenseurs que j’ai choisi de la faire vivre. Ce-faisant, j’espère humblement contribuer au processus de compréhension, d’intégration et de quête de justice du peuple paraguayen qui m’a accueilli comme un fils, et plus généralement, des peuples du monde blessés par les griffes de l’impitoyable Condor.

Au 30ème anniversaire de la fin officielle de la guerre froide, l’occasion de revenir sur la manière dont la guerre froide a frappé le continent sud-américain.

Le 3 Octobre 1990, soit 30 ans presque jour pour jour avant la sortie du livre « Opération Condor » de Pablo Daniel Magee, la réunification officielle de l’Allemagne qui marque la fin de la guerre froide dans le monde a lieu.

Or, l’Opération Condor symbolise l’incarnation de la guerre froide en Amérique latine. Les archives de l’Opération Condor découvertes par le personnage principal du livre retracent cette guerre froide sur le continent depuis sa naissance jusqu’à la chute du dictateur paraguayen le 3 Février 89, juste avant la chute du mur de Berlin et donc la réunification de l’Allemagne. 

 

Rappel historique sur la réunification de l’Allemagne

La date du 3 octobre 1990 marque la disparition officielle de la RDA et la réunification de l’Allemagne. Moins d’un an après la chute du mur, le 9 novembre 1989, contre toute attente, le rêve est devenu réalité. Divisée depuis quarante ans en deux états antagonistes, la RFA et la RDA,  l’Allemagne a retrouvé une unité politique et territoriale qui symbolise la fin de la guerre froide et le reflux du communisme. Le mouvement a été favorisé par l’émigration massive des Allemands de l’Est vers l’Ouest au début de l’année en raison du marasme économique régnant en RDA. Berlin est également consacrée « capitale de l’Allemagne » et le 3 octobre, « jour de l’unité allemande », devient le jour de la Fête nationale.

L’écrivain Luc-Olivier d’Algange est séduit par les enquêtes de Jasmine Catou

Un article de l’écrivain Luc-Olivier d’Algange sur « Les Exploits de Jasmine Catou » de Christian de Moliner

Avec les Exploits de Jasmine Catou, de Christian de Moliner, voici le retour du Sherlock Holmes félin, dont nous avions déjà suivi les aventures dans deux volumes précédents. L’ouvrage ne s’adresse pas seulement aux amateurs de ces énigmes délicieuses que l’observation et la logique dénouent et dont l’inventeur fut le chevalier Dupin des Contes extraordinaires d’Edgar Poe, il s’adresse aussi à ceux qui aiment les chats, les « amoureux fervents et les savants austères » ; encore que les félinolâtres, aussi anciens que les Egyptiens des Pyramides, ne se limitent pas à ces deux catégories baudelairiennes.

Il y eut les chats d’Ultaïr de Lovecraft, peuplant ces contrées du rêve dont on ne revient pas ; il y eut le chat Murr de Hoffmann, qui sans doute inspira Soséki,  et voici que nous avons, grâce au talent de Christian de Moliner, les récits de Jasmine Catou, écrits à la première personne,-  car chacun devrait savoir que dans une maison, ou un appartement, la première personne est toujours le chat, ou la chatte.

Christian de Moliner n’est ici que le transcripteur des pensées de Jasmine Catou . C’est elle qui analyse, qui raconte sa vie, par laquelle nous découvrons, au passage, celle de sa maîtresse, attachée de presse à Saint-Germain des Près. Nous y croisons des écrivains et des éditeurs, plus ou moins recommandables et sommes ainsi initiés à ce microcosme où fermentent les ambitions et les idéaux,  et quelques écheveaux qu’il appartiendra à Jasmine Catou de dénouer.

Quiconque a déjà observé un chat prendre possession d’un lieu n’aura manqué de remarquer la façon dont tout est examiné, aussi bien par l’œil, la patte que par l’odorat. Rien n’échappe à cette attention aiguisée. Le chat, et Christian de Moliner s’en avise avec justesse, est détective par nature. Un autre agrément de ces ouvrages est que l’on y trouve des « personnages à clefs », que nous devinons parfois, mais dont nous nous garderons de divulguer l’identité. Seule, parmi ces personnages de fiction, – car tout personnage dans une nouvelle ou un roman est toujours de fiction, quand bien même il emprunte les traits de tel ou tel contemporain -, est parfaitement réelle et reconnaissable, avec ses beaux yeux verts, Jasmine Catou. J’oserai la paraphrase : « Jasmine Catou existe, je l’ai rencontrée ».

Ajoutons enfin que Christian de Moliner n’est pas seulement l’auteur de ces aventures plaisantes, il est aussi l’auteur d’ouvrages beaucoup plus sérieux sur de brûlantes questions d’actualités qui engagent l’avenir de notre pays et de notre civilisation, et qui eurent, au demeurant, beaucoup plus d’échos à l’étranger qu’en France.

Luc-Olivier d’Algange