Actualités (NON EXHAUSTIF)

« un roman incongru, hilarant et bien conté » selon Argoul

Erwann Créac’h, La montée des marches

L’univers du cinéma (français) vous intéresse ? Un jeune auteur, mais déjà aguerri, vous fait pénétrer les arcanes de ce monde de paillettes qui masque des misères. C’est que l’on n’arrive pas sans efforts constants et obstinés, là comme ailleurs ! Le personnage a mis près d’une décennie à émerger, commençant tout en bas de l’échelle comme « renfort régie », éminemment précaire, avant de trouver de petits boulots çà et là, sans compétence aucune parfois. Il a fini par écrire et réaliser son propre film, mais non sans stress.

Monter les marches se fait en deux étapes : la première est d’être reconnu du métier pour accéder aux forums et au « statut » d’intermittent ; la seconde est d’être consacré par un prix pour un film ou un rôle. A chaque fois, de moins en moins d’élus. Ils se connaissent tous, se recommandent leurs protégés (souvent des filles), se défendent des importuns (évidemment trop nombreux). La couverture dessinée du livre montre un jeune homme à la coiffure nette, mâchoire carrée, regard volontaire porté vers le haut, nœud papillon mais torse nu, devant les marches rouges du tapis du festival à Cannes. Il en veut, vigoureux, amoureux. Tel l’auteur qui accouche de son roman au forceps.

L’ironie est que la promotion canapé joue pour le personnage comme le veut la tradition. Être homme ne dispense pas de coucher. Surtout avec des filles. C’est Anh qui lui met le pied à l’étrier, puis Nadia, Judith, Nathalie, Leila, Mina qui aurait bien voulu…  (…)

Un film « d’auteur » (dont la visée commerciale n’est pas la priorité) se tourne dans « l’urgence » et avec des « bouts de ficelle ». Il n’y a jamais assez d’argent, ni de temps. Notre époque aime l’urgence avec ce sentiment d’être à la pointe du présent et de donner tout ce qu’on a, comme si le travail dans la durée n’avait aucune importance. Quant à « l’artiste », il veut tout, tout de suite, ego narcissique surdimensionné : « Il faut faire un film comme on fait un braquage : la bonne volonté, le temps et même l’émotion des comédiens, il faut tout prendre. Et voler ce qu’on refuse de vous donner » p.268.

Né en 1973, Erwann a exercé plusieurs métiers tels que vétérinaire, acteur de théâtre, figurant puis auteur de cinéma, metteur en scène et producteur de films. Les 30 millions d’amis des bêtes lui ont déjà décerné leur prix littéraire en 2011 pour Carnivores domestiques. A 46 ans, il cherche encore sa voie dans l’écriture après le reste. N’a-t-il pas publié un CD de chansons d’une voix chaude sous le titre évocateur de Je nage en juin de cette année ? Ce second roman fait partie d’une œuvre encore en chantier.

Louons la précision des métiers, fort bien décrits, avec le vocabulaire technique adéquat ; tout comme le cheminement de l’idée de scénario jusqu’au film bradé en streaming trois ans après sa sortie, en passant par les préfinancements et les financements définitifs. Le lecteur a plaisir à s’instruire tout en étant captivé par une histoire à rebondissements. Car les scènes et les éclats ne manquent pas. L’humour masque les émotions de temps à autre, comme p.243 : « Mais… tu bandes ! s’exclame-t-elle comme si elle venait de découvrir une aubergine dans son lit ». C’est incongru, hilarant. L’histoire est plutôt bien contée (…) Restent Solange et Nathalie, que l’on a l’impression de connaître, ou Leïla, bimbo fragile qui court après son potentiel d’actrice sans encore le rattraper.

« Chaque enfant devrait avoir un certain droit d’écoute, d’attention. Ceux qui en ont été privés n’en finissent pas de réclamer leur dû. Plus tard, tous ces enfants qu’on a pas assez écoutés rêvent d’une scène ou d’un plateau de cinéma » p.302. Et l’écrivain qu’est Erwann Créac’h de rêver scénariser et réaliser, à l’image de ce vrai film cité en épilogue, Samson et Delilah, caméra d’or à Cannes en 2009, un film australien. L’imaginaire du désir est plutôt une réussite.

Erwann Créac’h, La montée des marches, 2019, éditions Encre rouge, 309 pages, €21.50

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

« Le don de l’intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabou » dans Paperblog

Le don de l’intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabou

Publié le 10 novembre 2019 par Marjorierafecas

« Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don », constatait Einstein. Plus de 60 ans après, notre société se montre toujours aussi hostile aux intelligences différentes de la sacro-sainte intelligence logique et verbale. Pour cette raison, j’ai trouvé le témoignage de Valérie Fauchet sur sa mediumnité, dans son livre Une voyante passe aux aveux, fascinant. La voyance est une forme d’hypersensibilité qui défie les lois physiques et spatio-temporelles et qui mérite notre attention, au regard de l’intelligence artificielle versus intelligence humaine. Le don de l'intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabouIl existe, malheureusement, des dons que l’on subit. Certaines personnes possèdent en effet le don de « pré-voir ». Contrairement aux surdoués, les dons de voyance sont jugés douteux et sont ignorés par la science. Pourtant, ces personnes « voyantes » n’ont pas décidé d’avoir ces « flashs », ils s’imposent à eux. Comment faire alors pour ne plus voir ?

Dans ce livre Une voyante passe aux aveux, le témoignage de Valérie Fauchet est troublant, sa vie ressemble à un roman fantastique. Pour donner du coffre à ses expériences, et prouver qu’elle n’a pas peur d’être titillée par l’exigence de preuves factuelles, l’auteure a eu la bonne idée d’être interviewée par une magistrate, Marie-Noëlle Dompé. La voyance au tribunal ? Oui, mais il ne s’agit pas pour autant d’un procès. Cette magistrate, aguerrie à l’impartialité, a joué le rôle de l’investigatrice bienveillante pour comprendre comment se manifeste cette méga intuition chez notre voyante peu commune. La voyance apparaît alors sous un autre jour, plutôt comme une hypersensibilité insoutenable. Comme une faille qui attire la lumière d’un flash. Les gens dotés d’une hypersensibilité sont plus facilement fatigués, car ils absorbent énormément les émotions des autres, voire des objets… Car pour Valérie Fauchet, même les objets portent une histoire. La foule est pour elle tel un vampire, elle l’épuise. Ces phénomènes de clairvoyance sont provoqués par des émotions très fortes. Etymologiquement, émotion veut dire « dérangement ». Les artistes peuvent eux-aussi d’ailleurs avoir cette sensibilité médiumnique. Comme le souligne justement l’auteure, les artistes sont « chacun dans leur genre » des mediums, et pourtant personne ne les craint. Car leur don se manifeste dans une expression artistique, un don qui heureusement est reconnu par nos sociétés.

Son témoignage est à certains moments poignant. On est saisi de compassion lorsqu’elle explique qu’elle a découvert son don, en pressentant 8 jours avant, les futurs attouchements de son instituteur… Mais personne ne s’en alerte. Malgré cet épisode douloureux, sa vie ressemble aussi à un conte de fée. Elle voit par exemple des Elfes dans le jardin de sa maison de Rennes. Un peu comme dans les légendes celtes, elle vit des jours enchantés sur l’île aux moines, île dotée d’une énergie très particulière. Les artistes, et en particulier les poètes, sont ses amis. Elle a par exemple le plaisir d’échanger sur l’onirisme et la poésie avec le peintre brésilien Cicero Dias, ami de Paul Eluard, ouvert à la médiumnité. Après sa période bretonne enchanteresse, elle a le coup de foudre pour un appartement rue de Tournon à Paris, qu’elle transforme en cabinet de curiosités. Une vraie vie de bohème s’ouvre alors à elle. Elle apprend alors qu’une célèbre voyante, Mademoiselle Lenormand, habitait dans cet appartement et qu’elle recevait régulièrement Joséphine de Beauharnais. En somme, une jolie coïncidence.

Mais est-il judicieux d’être marié à une voyante ? On sourit lorsqu’elle relate que son don n’était pas un cadeau pour son ex-mari, car elle visualisait toutes ses maîtresses, et ce même à distance… Son mari ne pouvait pas cultiver de jardin secret. Ce qui peut donner l’impression encombrante et obsessionnelle d’être tout le temps espionné…

La voyance souffre aujourd’hui d’une image délétère, elle est perçue comme la misère de tous les espoirs déçus. Elle est souvent l’appât facile de charlatans qui exploitent le mal être des personnes insatisfaites de leur présent. Cette voyance « bas de gamme » et payante est à l’opposé du « connais-toi toi-même ». On gagne souvent plus de temps à chercher à comprendre l’origine de ses désirs, que de tenter de les assouvir à tout prix. Malgré le charlatanisme qui entoure ce don qui défie les lois spatio-temporelles, la « vraie » voyance ou la médiumnité sont une forme d’intuition. Elles échappent certes à l’intelligence logique, mais appréhendent le monde autrement. Einstein soutenait que « le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don ». Notre occident est si rationnel qu’il barre la route à l’intuition. La voyance peut être perçue comme une alchimie des émotions qui nous livre une autre clé d’interprétation de la réalité. A travers son témoignage, l’auteure a cherché à « desorcelliser » la voyance.

Même quand une personne a des « flashs », ces images restent toujours interprétables. Valérie Fauchet insiste sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue, même sur le passé. Sa voyance est la possibilité « d’offrir un autre regard ». La façon de vivre l’évènement prédit est elle-aussi subjective. Par conséquent, attention à l’hubris : ne jamais prédire des choses de façon catégorique. Le doute cartésien doit être la règle, même dans ce domaine de l’intuition. La médiumnité reste un mystère et n’obéit à aucune loi.

Cet ouvrage souhaite offrir une vision moins matérialiste du monde dans lequel nous vivons.

Valérie Fauchet a parfois l’impression d’être à la fois sur terre et dans l’au-delà. C’est dur de vivre cette dualité, c’est comme le destin de mélusine, mi-femme mi-serpent, ce type de femmes dérange…

Notre monde continue de refuser la complexité.

J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteure, suite à la lecture de son témoignage. Je vous ferai part bientôt de nos échanges dans un prochain article…

Une voyante passe aux aveux, Editions Ipanema 2019, 233 pages, 17,90 €

« La vie épique du filleul du Tsar » par François Cardinali dans « Le Dit des Mots »

François Cardinali offre une très belle critique du « Testament du Tsar »

C’est dans le chaos mondial du siècle dernier, entre 1917 et 1945, que nous convie Youri Fedotoff dans Le Testament du Tsar où, sur le prétexte du vol d’une fortune en diamant, il a imaginé un roman épique dans lequel, fidèle à la tradition du roman russe, il fait se croiser une foule de personnages.

Le Testament du Tsar(*) commence dans les bouleversements de la Révolution de 1917. À la veille de son abdication, le Tsar confie secrètement à son filleul Michel Trepchine la régence et une fortune en diamants d’une valeur inestimable. Cet  héritier va s’employer à reconquérir la Russie tombée sous le pouvoir bolchévique. Dans une Europe déchirée par l’iniquité des traités de paix qui ont mis fin à la Première Guerre mondiale et précipitent le monde dans la suivante, les nouveaux maîtres du Kremlin éliminent leurs opposants tout en tentant de récupérer le précieux héritage…

Il serait injuste de résumer l’intrigue du roman de Youri Fedotoff a cette histoire de trésor perdu, tant l’auteur sait multiplier les pistes, promenant son lecteur de continent en continent, en faisant vivre de très nombreux personnages qui se croisent, s’aiment, se trahissent… On sent que l’auteur, né à Paris en 1959,  descendant d’un russe blanc, Dimitri, et  d’une comtesse hongroise, Borbala Nadasdy, a mis beaucoup de souvenirs familiaux dans cette fiction bien documentée.

Tour à tour saga romantique et tragédie historique, ce roman nous fait passer des coulisses du pouvoir soviétique avec la prise du pouvoir par Staline à celles du pouvoir d’Hitler, dont la folie grandissante fait basculer le monde dans le conflit sanglant que l’on sait. Son personnage principal, Michel Trepchine est un aventurier aristocrate que les circonstances poussent à parcourir le monde en risquant bien souvent sa vie. Un homme qui semble avoir neuf vies comme les chats et qui parvient à changer d’identité comme de chemise, ce qui lui permet de surmonter bien des périls et des trahisons. De mourir pour mieux renaître sous une autre identité. Ce qui donne quelques pages saisissantes quand Trepchine, excellent pilote, utilise la voie des airs pour se faire la belle. Ou qu’il parvient à échapper à l’exécution des SS, paradoxalement sauvé par une agent des services secrets soviétiques. Vivant deux grands amours, Michel Trepchine voit ses enfants basculer dans les guerres qui vont embraser le monde et qui, dans les passes les plus difficiles, vont tout mettre en œuvre pour le sauver.Au centre de l’intrigue, il y a cette Russie qui bascule d’un monde à l’autre faisant vivre de terribles souffrances à son peuple. La princesse Tin, avec laquelle Trepchine connaît une passion foudroyante, déclare, pas vraiment adepte, on s’en doute, des révolutionnaires  : « La Russie ne peut exister sans une puissante aristocratie. Sans cette puissance, la myriade des peuples qui la compose se disloquera comme son territoire. Le problème fondamental de la Russie, c’est d’être installée à cheval entre l’Europe et l’Asie. Elle ne sait ni ne peut choisir entre saint Paul et Confucius. Et puis… elle est si jeune ! Songez que cela ne fait que quatre cent ans qu’elle s’est débarrassée des Mongols. La Chine unifiée a plus de deux mille deux cents ans… Même mon « petit » Siam a plus de sept siècles. »

Roman d’aventure doublé d’une belle histoire d’amitié entre deux anciens aristocrates dont l’un soutient les troupes blanches et l’autre, Sacha Boulganov, devient compagnon de route de Trostki, Le Testament du Tsar fait ainsi se télescoper l’Histoire et les petits histoires individuelles et permet à l’auteur de croquer quelques portraits saisissants de figures du conflit de 39-45, de  l’amiral Wilhelm Canaris, responsable de l’ Abwehr , le service de renseignements de l’armée allemande, durant la Seconde Guerre mondiale,  au  général  américain George Patton, aussi célèbre pour ses coups de colère que pour son sens tactique.

Si, finalement, le dénouement compte peu dans ce récit épique, il a le mérite de tenir le lecteur en haleine de bout en bout tant l’auteur sait user d’habiles rebondissements. Et a un sens certain de la description juste des lieux et des êtres.

(*) Editions Y & O

« une fulgurante luminescence qui à chaque frémissement libère des émotions puissantes » selon Lettres capitales, interview

LE BLOG LITTÉRAIRE DE DAN BURCEA

Grand Entretien. Sophie Reverdi: « Ce Jour-Là, Je Me Suis Dit Que Je Voulais Absolument Vivre »

« L’intuition du zéro coupé » de Sophie Reverdi fait partie de ces livres comparables à une fulgurante luminescence qui à chaque frémissement libère des émotions puissantes, faites de larmes et de rires, de peines et de joies, de tout ce que, en fin de compte, l’homme, dans son désir de brièveté sémantique, a décidé d’appeler un récit de vie. Écrit sous la forme d’une longue lettre adressée à ses deux garçons, le livre demande à être lu comme une première partie d’un testament inachevé, transmis de son vivant par une mère qui décide de se raconter et de fixer ainsi à l’aide des mots son portrait et celui des siens. Loin des clichés et des lamentations, cette autobiographie épistolaire refuse tout embellissement pour faire place à la vérité, à l’authenticité, à la fois dans le regard intérieur et dans celui accordé aux autres. Sophie Reverdi réussit à conjuguer la subjectivité, qui est la marque de tout écrit autobiographique, et le besoin de scruter avec un œil attentif le cours des événements pour en filtrer leur substance et y trouver le sens des moments cruciaux qui ont construit sa vie. Ces pages renferment ainsi la douleur de l’exil de ses parents, sa souffrance de fille aimée d’un amour paternel sauvage, « un amour d’ours des Carpates » comme elle le nomme, sa volonté de donner un sens à sa vie, sa passion et le don de soi au service de ses semblables, la promesse de réussir et tant d’autres qui, à eux seuls, suffisent pour remplir la belle et incroyable existence qu’est la sienne.

Ce sont autant de sujets sur lesquels nous avons voulu interroger Sophie Reverdi afin de nous éclairer sur les grandes lignes sur lesquelles repose son bouleversant livre.

Comment décide-t-on d’écrire une longue lettre à ses deux garçons et comment celle-ci devient par la suite un livre ?

Tout bêtement, par amour. Mes fils sont tout, et ce qui compte le plus à mes yeux est leurs vies que je veux pour eux la plus formidable possible, la vie qu’eux, Justin et Valentin, veulent pour eux-mêmes, et c’est à cela que j’aspire depuis leur naissance. Leur naissance était un pur émerveillement, dès que je les ai vus, je suis tombée en pâmoison devant ces deux cadeaux de l’Univers purement radieux et presque miraculeux, et j’ai ressenti une force monter en moi, qui ne m’a plus jamais quittée, et m’a permis pour eux de tenir en n’importe quelle circonstance. Ce livre, ne se voulait pas un testament inachevé de mon vivant, mais une déclaration d’amour intemporelle, qui ne connaîtra jamais aucune limite, si ce n’est le tarissement de la mémoire, un jour venu, de leurs descendances. Il me semblait impérieux de dire encore une fois à mes fils, mais aussi à l’Univers, merci, et à quel point je les aime et comme je suis fière d’eux, de ces hommes merveilleux et talentueux qu’ils sont devenus, de ces belles personnalités que sont les leurs, chacune dans un registre différent, de leurs belles âmes, de leur compassion, de leur droiture, de leur générosité, de leur ouverture d’esprit, de leur gentillesse, de leur dévotion, de leur culture, de leur ouverture d’esprit, de leur créativité, de leur soutien inconditionnel dans tous les choix que j’ai fait pour nous.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour tout écrire ? Selon vos indices, l’écriture de votre livre aurait débuté en 2016.

Effectivement, en réalité, j’ai démarré l’écriture fin 2015, en novembre, et j’ai mis le point final de ce livre il y a un an. J’avais beaucoup de choses à dire, je voulais ne rien oublier et la première version était bien plus épaisse, près de 600 pages, puis j’ai coupé dans le texte, des morceaux de vies qui n’étaient pas indispensables au récit, puis j’ai voulu illustrer le livre de photos, pour les enfants, pour qu’ils puissent mettre des visages sur leurs ancêtres, puis faire une sorte d’album de vie, plutôt que de vacances, j’aime bien cette idée. Plusieurs personnes ont voulu m’en dissuader, mais j’ai persisté dans mon idée, et je suis contente de l’avoir fait. Lorsque je feuillète mon livre, il y a toute notre merveilleuse vie qui défile, et les sublimes visages de ceux que j’aime.

Pourriez-vous nous parler de vos parents, exilés tous les deux de la Roumanie d’après-guerre. Qui étaient-ils et pourquoi qualifiez-vous cet exil comme « un voyage dont aucun n’est sorti indemne » ?

Mes parents, étaient des émigrés roumains qui s’étaient retrouvés à Paris au début des années ’50, après s’être croisé lors d’un mariage à Bucarest, après la guerre, en 1946 ou ’47…. Ma mère avait beaucoup souffert de la guerre, mon père moins, mais ils avaient été marqués au fer rouge tous les deux par ces années de terreur, de discrimination, d’exil aussi de leurs parents et grands parents, comme je l’explique dans le livre. Mon père qui venait d’un milieu très bourgeois et conservateur de Bucarest, était ingénieur polytechnicien, et était tombé, sept ans plus tôt, fou amoureux de ma mère, le jour du mariage de son frère, qui, ce dernier, épousait une cousine du premier mari de ma mère avec qui elle était venue ce jour-là, qui était un violoniste espagnol. Je sais, c’est compliqué, mais, pour résumer tout ça, ma mère venait d’avoir un bébé, et quand mon père la remarqua dans la salle du mariage,  puisqu’elle était d’une beauté hors normes,  elle portait ma sœur Micky, (Maria-Michelina), qui avait quelques mois, et était au bras de son mari. Peu importe, même si le tableau était pourtant clair, mon père avait décidé à cet instant même, qu’elle serait à lui, et il lui fit la cour, par lettres, pendant sept ans, jusqu’à ce qu’il la retrouve à Paris, en 1952. À ce moment là, elle avait été abandonnée par son violoniste espagnol,  depuis déjà quelques années, et finit par céder à mon père. Ma mère, cette beauté unique et envoutante, venait d’un milieu très pauvre, et d’une autre région de la Roumanie, la Bessarabie. Elle avait cependant lu énormément de livres, son père était marchand ambulant de livres, et était d’une culture remarquable, dotée en plus d’un sens de la répartie foudroyant et d’un grand sens de l’humour. À cette époque, elle qui rêvait de devenir comédienne, s’était résolue à devenir esthéticienne, à cause de son accent roumain, et travaillait dans un institut de beauté des Laboratoires Renaud.  Mon père, quant à lui, avait ouvert avec son père, une ferraillerie, les Docks d’Issy-les Moulineaux, où il travaillait la nuit, pour pouvoir se repayer des études à l’École Polytechnique à Paris, puisque son diplôme roumain n’était pas reconnu.  Mais mon père, qui avait promis à ma mère sur tous les saints de l’aimer jusqu’à sa mort et de la protéger, s’acharna contre elle pour mieux la posséder, comme un prédateur sur sa proie, et finit par la détruire, jusqu’à ce que les démons de la guerre, qui hantaient les souvenirs de ma mère, firent une fulgurante réapparition pour hanter nos vies à tous…

Votre enfance se déroule sous le signe du manque d’amour – le premier traumatisme qui vous a construit. Il est décliné de deux façons différentes, opposées même : celle de l’absence de la mère « détruite par les souvenirs cauchemardesques et confus des années noires » qu’elle a vécu en Roumanie et celle de la présence intempestive du père que vous osez qualifier de « pauvre type ». C’est là que naît le syntagme du « zéro coupé » qui donne la moitié du sens du titre de votre livre. Pourriez-vous nous en dire un peu plus, sans trahir le contenu de votre récit et l’intérêt des futurs lecteurs ?

Je ne dirais pas manque d’amour, d’ailleurs à plusieurs passages dans le livre, je tente d’expliquer ce que nous vivions à la maison, mais plutôt, un amour sauvage, barbare, cru, sans filtre, sans respect, sans morale, sans tact, un amour brute et sauvage, presque animal, mais je ne veux pas utiliser ce mot, car si un papa ours, essaye d’apprendre à son petit, à défier les périls de la nature en lui donnant quelques petites leçons de karaté, il ne l’insulte pas, ne le dénigre pas, ne le punit pas, ne le tabasse pas avec un bottin de téléphone pour ne pas laisser de marques sur sa tête, ne l’enferme pas, ni ne l’humilie… Moi j’ai grandi dans cet amour là, et c’était pour moi ce que j’appelle aujourd’hui, l’amour des montagnes sauvages de Roumanie, le seul que je connaissais quand j’étais petite, mais au fond de moi, je savais bien que l’amour pouvait aussi être tendre, doux, serein, émerveillé, reconnaissant, splendide, ensoleillé, délicat et poétique, et que cet amour là, je le portais en moi.

Le second traumatisme – celui de l’obésité – ne tardera pas de montrer son visage d’horreur. Votre séjour, à l’âge de seulement douze ans, au « Camp Colang », aux États-Unis a fait resurgir en vous « la promesse plus importante de la vie ». De quoi s’agit-il et qu’est-ce que cela représentait pour vous à cette époque ?

Oui, après avoir pendant toute ma vie été trimballée de psys en psys, de nutritionnistes en spécialistes,  de centre de cures en hôpitaux pour enfants caractériels,  et dans tout ce que l’industrie de la minceur de l’époque avait à offrir ou pouvait réserver de bonnes surprises à l’enfant gros et malheureux que j’étais, puisque mon père n’arrivait pas à accepter l’échec que j’étais pour lui, et qu’il apparentait mon obésité à une déviance psychologique, à un sort jeté sur lui, ou finalement à la disgrâce d’avoir enfanté une petite fille grosse, paresseuse, sans volonté,  et inutile, qui ne valait même pas la moitié d’un zéro, ce qu’il s’acharnait avec délectation à me répéter, j’atterris à douze ans en Pennsylvanie, dans la première colonie de vacances de Weight Watchers. Et là, stupéfaction et effroi. Stupéfaction car tous les enfants étaient dix fois plus gros que moi, et que du coup, je me demandais comment leurs parents devaient les appeler, les millièmes de zéro ? Mais surtout, je suis en effroi devant la façon intolérable et insensée de la manière dont nous sommes traités, et je ne suis pas la plus à plaindre, vu que je ne suis pas la plus en difficulté. Ces pauvres enfants super obèses, sont sifflés comme du bétail, par les « cancelors », les encadrants , et contraints à des sports éreintants en continu, des journée entières, alors que leurs pauvres petits cœurs, sont déjà soumis à dure épreuve, avec tous le surpoids de leur corps, et toute la tristesse que cette difformité pesante induit dans leurs vies. Alors, du haut de mes douze ans, moi qui par la force des choses apprends en une semaine à parler anglais pour me sauver la peau, je me rebelle, je vais partout dire que cela est inconcevable, que leurs méthodes sont dangereuses, et nous mettent en grand péril, qu’ils n’ont pas le droit, surtout que pour toute alimentation, nous mangeons des bâtons de cèleri trempés dans un ketchup sans sucre innommable et un pauvre petit steak grillé, plat et infecte et sans sel. Alors là, erreur fatale, ma vie là-bas devient encore plus insupportable, ils redoublent de punitions envers moi, j’ai l’impression de revivre les heures noires de ma mère pendant la guerre. Je décide de m’enfuir, et je le fais, soulevant les barbelés du camp Colang, et me retrouve sac à dos et seule sur les routes de Pennsylvanie, mais libre. En marchant, je me fais la promesse de ma vie. Si un jour, je maigris, il faudra que je révolutionne toutes ces ignominies aberrantes et insensées, toute cette incompréhension, de ce que nous, enfants obèses sommes. Si un jour je maigris, j’y arriverai, et je les sauverai tous de cet enfer. Quand je pense qu’aujourd’hui encore, en Chine, où l’obésité est la plus importante du monde avec 500 millions d’obèses, les enfants sont envoyés dans des camps militaires pour maigrir, et qu’en plus ça coute une fortune, j’en suis malade.

Les fugues, la révolte et l’impression de se sentir mal dans sa peau ont eu une conséquence traumatique dans votre adolescence, elle vous poussera dans les cordes ultimes de votre survie. On vous dit que vous allez mourir si vous ne faites rien. Comment avez-vous vécu un tel avertissement ?

Je l’ai vécu, cette sentence de mort, comme un puissant électrochoc, puis comme une révélation et finalement comme une indispensable information et comme un dénouement pour ma survie et mon futur. J’ignorais à l’âge de 18 ans, après avoir vu plus de 50 médecins pendant toute mon enfance, que l’obésité pouvait être morbide, j’ignorais que j’étais malade, qu’il s’agissait non pas d’un sort jeté, mais d’une maladie mortelle, qui planait au-dessus de ma vie. Personne, avant ce grand Professeur Creff, ne m’en avait jamais avertie. Ce jour là, dans son cabinet, je suis sortie différente, et mes parents ont réalisé, mon père surtout,  que ce n’était pas une petite farce de la vie, mais que j’étais malade, et qu’il me fallait urgemment me soigner pour vivre. Ce jour là, mon père décida de ne plus jamais m’appeler le zéro coupé. Mais ce jour-là, je me suis dit que je voulais absolument vivre, et que quelle que soit la solution qui serait proposée, je me jetterai à corps perdu dedans, et c’est exactement ce que j’ai fait.

Votre premier ange gardien sur votre très longue liste de personnes apparues dans votre vie est le professeur Edward E. Mason. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette rencontre et sur les conséquences qu’elle a eu sur vous ?

Le Professeur Edward E. Mason était un très grand monsieur, et il m’a permis de faire et d’être ce que je suis aujourd’hui. Lorsque le Professeur Creff nous a annoncé cette bien triste et effrayante nouvelle dans son cabinet, je lui avais répondu : oui, mais moi je veux vivre, il faut me dire ce que je peux tenter…il doit bien y avoir quelque chose. Nous étions en 1988, et le Professeur Creff avait entendu parler d’une nouvelle médicale important, une opération, que le Professeur Mason avait inventé, la gastro plastie verticale calibrée, et qui était l’ancêtre de l’anneau. Le Professeur Creff nous décrit l’opération, qui consistait à mettre 3 rangées de douze agrafes en acier inoxydable, et un anneau en marlex qui permettaient de réduire la capacité de l’estomac à la taille d’un œuf, après, bien entendu, avoir ouvert l’abdomen dans toute sa longueur, écarter les côtes, sorti l’estomac et puis remettre joyeusement tout en place avant de recoudre. Ma mère avait failli s’évanouir et mon père préparait déjà son speech de refus catégorique. Mais j’ai résisté, j’ai résisté de tout mon petit cœur enrobé de graisse, et j’ai fait même pire que de la résistance ; j’ai fait un chantage récurrent pendant des mois, en leur disant que de toute façon, puisque j’allais mourir, s’ils refusaient de me laisser partir, je prendrais dix kilos par mois, et j’avais mis en place ce protocole à la perfection, je ne voulais rien entendre, je voulais tenter l’opération. Mes parents avaient demandé à des amis médecins américains ce qu’ils en pensaient, et la réponse avait été : une boucherie pour les cow-boys de l’Iowa, en plein milieu des champs de patates… Alors, j’avais commencé à écrire au Dr Mason des lettres désespérées, je le suppliais de m’aider. Dans l’une de ses réponses, il m’annonça qu’il se rendait à Boston ou 300 chirurgiens du monde entier seraient présents pour découvrir sa nouvelle invention, et que je n’avais qu’à convaincre mes parents de m’y accompagner, que cela pourrait les rassurer. Je réussis à les en convaincre et nous partîmes à Boston. En arrivant, complètement acharnée, je téléphonais en secret de ma chambre au Professeur Mason dans sa chambre, avant la conférence. Il me dit de venir le voir. Il fit des calculs savants et me dit que je n’étais pas assez grosse, je me mis à rire, en lui rétorquant que ce n’était pas un problème. Il n’avait pas très envie de rigoler lui, alors, ce magnifique grand monsieur, très droit, très croyant, très humain, me dit la chose suivante, Sophie, c’est une opération très lourde, très invasive, si je t’opère, si j’accepte de t’opérer, il faut que tu me promettes de faire au moins 4 ans de thérapie, pour apprendre à vivre avec ton nouveau corps, car plus rien ne sera comme avant. Mon père m’obligea à trouver un chirurgien français qui nous accompagnerait quelques mois plus tard à Iowa, c’était une condition sine qua non, car personne en France ne connaissait la procédure opératoire de Mason. Le Dr Creff me mit en relation avec un chirurgien français, le Dr Berrod qui fut donc du voyage, avec mon père et moi, au printemps. Lorsque je rouvris les yeux, Mason tenait ma main gauche et mon père, ma main droite, mais la douleur de mon corps coupé en deux fut tellement insupportable, que je me tournai vers mon père en pleurant pour lui demander pardon, mais c’était trop tard. Pendant 8 semaines de convalescence, on tenta de me nourrir dans des petits dés en plastic de compotes et d’aliments mixés, mais je vomissais tout, même une gorgée d’eau, je n’arrivais pas à la garder, Mason me rassurait en me disant que les vomissements ne dureraient pas plus de six mois, que j’allais m’habituer, qu’il fallait être patiente. Mais les vomissements ne se sont jamais arrêtés, et 35 ans plus tard, je vomis encore plusieurs fois par semaine. Néanmoins à force d’avoir mal et de tout vomir, en 18 mois, j’avais perdu 80 kilos, et je m’étais habituée, mais à quoi ? Pendant plusieurs années, j’ai frôlé l’anorexie, je ne mangeais que des glaces light au chocolat, et engloutissais de l’aspirine, car, sous nourrie, j’avais des migraines constantes. Tu parles d’une libération… Alors, j’étais encore loin de mon Saint Graal, cette méthode douce, respectueuse, et facile que je m’étais promis d’offrir aux autres enfants obèses, j’avais maigri, mais à qui pouvais-je promettre de trouver son bien-être ? À personne. J’avais entretenu des rapports très amicaux avec Edward Mason, et nous nous écrivions beaucoup  pour discuter de l’évolution post opératoire et de ma santé générale aussi bien physique que psychique. J’étais la première patiente française à être opérée et, pour lui, c’était très important que tout se passe pour le mieux. Je retournai aussi pendant quinze ans, une fois par an à Iowa pour me faire contrôler, sur une roue, après avoir bu du baryum, un liquide fluorescent qui pouvait, quand je tournais écartelée, comme une souris dans sa roue, détecter une altération de ma poche…. Et Mason, ce monsieur admirable, tenait le registre des gastroplastiés, depuis le premier opéré, et il était conscient de la machine dangereuse qu’il avait inventée, presque malgré lui, mais il voulait que ses opérés puissent vivre et vivre bien, décemment, il était terrifié à l’idée que ce ne soit pas le cas… Il m’avait dit que je faisais partie des 5 % de « total success », c’était un titre honorable, certainement, mais c’était aussi un bien petit pourcentage. Qu’en étaient-ils alors des autres 95%, étaient-ils des « Total failure », ou des « half failure » ? Parce que moi, toute honorée de ce nouveau titre, je passais ma vie avec un doigt enfoncé dans le fond de ma gorge à vomir mes tripes !

Des années plus tard, après avoir rencontré le docteur Albert Chocron, mon Dieu vivant, ou tout au moins sa réincarnation terrestre, et déjà terminé d’écrire mon projet, Edward Mason qui avait tout lu sur ma méthode, et avait consulté nos résultats, m’avait écrit, et cela est visible sur mon site : « que ma méthode était d’un intérêt majeur pour lui ainsi que pour des millions de personnes en attente de traitement. Que Smart and Light était l’unique alternative non intrusive et efficace aux chirurgies de ‘obésité… Quel cadeau, que l cadeau il m’avait fait….

La rencontre d’Emmanuel Reverdi, le mariage et la naissance de vos deux garçons sont arrivés comme une récompense à vos souffrances et comme une fin heureuse à vos recherches d’amour et de vie familiale. Quels souvenirs gardez-vous de ce temps et quelle place occupent-ils dans votre récit ?

Notre rencontre avait été foudroyante et j’ai eu tout de suite le sentiment qu’Emmanuel serait le père de mes enfants. Nous avons vécu une histoire d’amour très forte, qui nous a permis de concevoir ces deux bébés que nous aimons Emmanuel et moi éperdument, même si notre histoire n’a pas perduré dans le temps, elle était écrite, car il nous fallait mettre au monde ces deux petits princes que sont nos fils. Je garde de très beaux souvenirs de notre rencontre, de notre mariage, et de nos premières années de parents. De cette période nous avons aussi hérité de deux objets assez uniques que sont les deux albums de poésie parlée que nous avions conçus pendant ma grossesse à New York, et où les paroles et la musique décrivent l’enivrement de cette période mystique et productive.

Après toutes ces années d’attente, naît en vous une volonté nouvelle, celle du projet Smart and Light. Cette fois, vos anges gardiens s’appellent Françoise Courvalin et le DrAlbert Crochon. S’agit-il du moment fondateur de votre projet ?

Ce n’était pas une volonté nouvelle, ce projet était l’aboutissement de toutes mes expériences, mais aussi de quinze ans de recherches, après avoir maigri, pour trouver mon Saint Graal, celui qu’enfant je m’étais promise de trouver pour sauver d’autres enfants. Smart and Light comme il existe aujourd’hui, existait déjà en moi depuis la Pennsylvanie, cela n’était évidemment pas formulé exactement de cette manière, mais ce que je voulais c’était exactement cela : un programme bienveillant, respectueux, rassurant, stimulant, inondé de bonnes ondes, d’amour, de guidance, d’empathie, mais aussi sain, naturel, basé sur le plaisir des sens, sur le plaisir et la liberté de manger, de la cuisine très gourmande, sans restriction, sans grammage, sans pesage, sans contraintes, une cuisine avec du gout, des saveurs, des couleurs, du sens, une cuisine digne des plus grands restaurants mais facile à refaire chez soi, je voulais que les gens soient heureux, et que sans toutes les contraintes habituelles, ils n’aient aucune excuse à ne pas réussir, voilà ce que je voulais, et Smart and Light, c’est tout ça à la fois, la fusion entre un accompagnement plein d’amour et bienveillant, avec l’atout d’une cuisine alléchante, permissive, qui fasse maigrir, ce n’était pas un pari facile, il m’a fallu du temps, quinze ans, mais après ma rencontre avec Albert Chocron, qui m’avait fait découvrir les principes ingénieux de sa liste d’aliments, le programme avait enfin pris sa première respiration, j’avais enfin réuni tous les ingrédients dont mon programme avait besoin pour devenir réalité. Il est le parrain incontesté, pour ne pas dire le père de Smart and Light. Quant à Francoise Courvalin, cette femme exceptionnelle, cette immense grande dame, elle m’a littéralement portée à bout de bras pour sauver le projet des flots, et à vie, je lui dois ma reconnaissance.

Pourriez-vous nous présenter les grandes lignes de votre projet Smart and Light.

Smart and light est la fusion de deux concepts d’« accompagnement au changement  » et d « ’éducation culinaire et thérapeutique », différents, qui sont indissociables et indispensables à la garantie d’un succès définitif,  pour non seulement maigrir, mais pour ne plus jamais reprendre du poids et pouvoir retrouver une qualité de vie mille fois supérieure à celle d’avant le changement. Non seulement nous accompagnons dans leur voyage de transformation, nos coachés avec une bienveillance toute particulière, avec des liens très forts qui se tissent, et beaucoup d’amour, de stimulation, chaque jour, pendant les deux mois du programme, et ce, par le biais de Messenger, du téléphone, de textos ou de mails, (nous sommes ultra réactifs et répondons à nos clients immédiatement et ils ne se sentent jamais seuls ou perdus) mais nous les rendons aussi très vite autonomes à plusieurs niveaux, ( aussi grâce à nos outils : le Carnet de Route, qui est le livre Bible de la méthode, construit comme un carnet de voyage, très ludique et très efficace, mais aussi à travers les 220 tutoriels vidéos, qui se trouvent sur notre site smartandlight.com, et qui vont les accompagner dans leur quotidien en dehors des séances hebdomadaires de coaching en présentiel avec moi ou l’un de mes coaches certifiés)  et cela fait une grande différence pour les aider :  et le but est surtout de leur permettre de devenir leur propre coach minceur à l’issue de ces deux mois. Mais de plus, nous leur offrons un autre cadeau inestimable, à travers la découverte d’une cuisine gastronomique mais diététique et la plus bio possible, cuisine qu’ils peuvent manger en quantité illimitée, et partager avec leur entourage sans la moindre gêne, puisqu’il s’agit de recettes de très grands Chefs de cuisine adaptée de mon cahier des charges et très faciles à refaire à la maison.

Votre projet, les premiers résultats très encourageants vous amènent en Tunisie. La période tunisienne occupe une place tellement importante dans votre vie. Pouvez-vous nous décrire brièvement l’aspect scientifique et les contacts officiels nécessaires à votre projet ?

Oui, la Tunisie a vraiment été une chance immense et unique pour le projet, car les autorités de santé, et ensuite les académiciens tunisiens, ont eu cette grande humilité et l’incroyable idée, un peu semblable à celle d’Edward Mason dans sa lettre, de m’imposer sur le devant de la scène scientifique tunisienne, comme un expert de l’obésité, moi qui ne suis absolument pas une scientifique, ni même une diététicienne, et de reconnaître haut et fort, que je comprenais peut-être mieux qu’eux, les tenants et les aboutissants de cette maladie tortueuse, qui finalement, selon eux, ne devait pas comme pour d’autres maladies, être interprétée seulement sous un angle scientifique, pour la combattre et l’éradiquer… Que mon parcours, mes expériences, mon vécu, et mes recherches m’avaient menée à comprendre mieux que quiconque la personnalité des obèses, leurs besoins, leurs problématiques et leurs langages, leurs émotions, leurs envies, leurs besoins essentiels, mais aussi à réparer leurs blessures que je pouvais partager avec eux, à dissoudre leurs souvenirs terrifiants parfois, de longues années d’agonie mentale à souffrir de leur état. Les médecins étaient aussi convaincus qu’a travers la jouissance et la liberté du programme alimentaire que j’avais conçu, personne ne pouvait vraiment me résister, et que j’avais peut-être trouvé l’antidote de l’obésité qui faisait de tels ravages dans leur pays et sur le globe. De plus, comme vous avez peut-être remarqué, eux, les médecins, l’avaient en tous cas définitivement remarqué, je ne lâche pas facilement l’affaire… jusqu’à ce qu’elle soit dans le sac. Et cela était et est surement aussi un des atouts du programme, chez nous, on ne baisse pas les bras, on se bat jusqu’à trouver la porte de sortie, avec notre méthode, avec notre amour, avec notre énergie, avec tous nos atouts, pour nos coachés, et en général, on y arrive.

Le second aspect est humain. Vous attachez une telle importance à la valeur humaine des Tunisiens qui ont travaillé avec vous, qui ont été vos amis de cœur, mais aussi à tout un peuple si noble et si beau dans sa manière de vivre. Quels mots choisiriez-vous pour les décrire aujourd’hui ?

Ma famille, la Tunisie et les Tunisiens ont été notre famille, notre nid, notre nid douillet et sincère, et nous les aimons de tout notre cœur. Mon programme est empreint de beaucoup de recettes tunisiennes, très méditerranées, et ensoleillées, et que dire de plus, que nous les aimons, et nous sentons chez nous là-bas. Dans un autre registre, un peu moins gai peut-être, Sidi Bou Saïd, ce lieu magique, mystique et enchanteur m’a réparée de beaucoup d’années d’inconfort et de souffrances physiques et morales, m’a apporté la paix, et j’ai dit à mes fils, que je serais heureuse, qu’un jour, ils portent mes cendres sur le haut de cette colline enchanteresse et poétique, où je me suis sentie chez moi.

Comment avez-vous vécu la Révolution tunisienne de 2011 dont vous faites une description de l’intérieur ?

En Tunisie, on parle toujours du Miracle tunisien, et sur le moment, cette révolution, je l’ai ressentie comme une sorte de miracle, comme quelque chose d’absolument inattendu, bouleversant, puissant, absolument mémorable, hautement symbolique, même si les premiers jours et mois étaient totalement déstabilisants, les gens autour de nous en avaient tellement rêvé, même sans le dire, et ils vivaient littéralement un rêve éveillé, où enfin ils retrouvaient leur liberté et le rêve de démocratie qui était le leur. Je ne comprenais pas tous les enjeux, d’ailleurs je n’étais pas la seule, pendant des mois, personne ne comprenait vraiment ce qu’il se passait avec ce printemps arabe, et nous l’avons vécu, mes fils et moi, comme beaucoup de Tunisiens, avec exaltation et espérance.

De retour en France, vous recommencez à zéro, si j’ose dire. D’où vous vient cette énergie débordante ?  

Oui, presque à zéro, quel chiffre ! Effectivement, nous avons quitté la Tunisie en 48 heures, et sommes rentrés en situation d’urgence avec une lettre du Ministère de l’Intérieur, deux ans après la Révolution, car je me sentais en danger avec mes enfants en tant que Française, (deux jours après l’incendie de l’école américaine à Tunis, et une semaine après l’assassinat de l’ambassadeur américain en Lybie) et j’ai absolument tout laissé et mis les enfants dans un avion avec nos trois allers simples et leurs cartables. J’étais terrifiée et tétanisée. À Paris, rien ne nous attendait, nous n’avions ni toit, ni argent, (que je n’avais pas pu rapatrier) ni beaucoup de soutien familial, ma mère étant décédée en 2004, et mon père avait un Alzheimer… Le retour a été absolument horrible à tous points de vue, je n’arrivais même pas à croire que j’ai pu trouver la force en moi de partir. Je ne sais même pas non plus comment nous avons fait, pour tenir le coup tous les trois, ce sont des souvenirs insupportables dont je n’ai plus envie de parler, le livre le fera pour moi.

Mais, pour résumer, j’ai tenu le coup, et j’ai sauvé le projet, j’ai reconstruit petit à petit tout, notre vie, notre maison, et Smart and Light qui est ma prophétie, et dont la trajectoire, le symbole, le sens et le devenir me portent, et parfois me dépassent, je ne pourrai jamais laisser périr ce projet qui a sauvé tant de vies.

Où en est Smart and Light aujourd’hui ?

Smart and Light se porte comme un charme, je suis tellement heureuse de le voir à nouveau reprendre des couleurs, et continuer à m’offrir les plus beaux témoignages de gratitude de mes clients, qui valent pour moi, tout l’or du monde. Nous avons ouvert deux centres à Paris, aujourd’hui nous sommes situés à la Muette, mais mon ex associée, Jana Vitezova (qui était ma toute première cliente et réussite, puisqu’elle a perdu 63 kilos en 13 mois, et a cofondé le premier centre à Tunis avec moi) est, elle, au Luxembourg et continue à coacher là-bas, une autre de mes clientes, qui a perdu 50 kilos, Hela Jedidi, s’apprête à rouvrir un centre à Sidi Bou Saïd. Nous avons un projet de partenariat en cours avec un des géants de la restauration, car mon rêve, enfin l’un d’eux, serait de faire des fast-food Smart and Light, afin que tout le monde puisse avoir accès à des prix très démocratiques, à de la très bonne cuisine saine et gourmande, qui fasse maigrir plutôt que grossir. Je rêve aussi de pouvoir rencontrer le gouvernement chinois pour leur expliquer ma vision des colonies de vacances pour enfants, et je commence à investiguer dans ce sens, même si on me traite d’utopiste, c’est trop important. J’ai l’immense honneur aujourd’hui, de pouvoir échanger et d’être conseillée à titre amical par l’un des plus éminents spécialistes américains de l’obésité, qui est aussi un spécialiste du mouvement, car je souhaite absolument développer cet aspect plus concrètement dans mon programme dans les années à venir. Je suis aussi en train de mettre au point une certification pour mes clients qui ont maigri et qui veulent à leur tour devenir coach et enseigner ma méthode, ils sont nombreux à me le réclamer depuis des années.  Tous mes outils sont bilingues, français anglais, aussi bien mes livres méthodes que mon site et mon programme en ligne, car nous avons aussi des clients aux USA, au Royaume Uni et d’ailleurs une antenne aux États-Unis, mais je serais très heureuse de pouvoir aussi ouvrir un centre à Londres que j’adore et où il y a aussi un énorme problème d’obésité. Mon livre, « L’intuition du zéro coupé », est actuellement en train d’être traduit en anglais par une de mes clientes et amies, une autre de mes clientes et amies au Mexique est en train de le traduire en espagnol, donc ça bouge et j’en suis ravie. Ah oui, mon fils Valentin a lancé une chaine sur YouTube pour aussi présenter le travail de sa maman (rire).

Interview réalisée par Dan Burcea

Sophie Reverdi, « L’intuition du zéro coupé », CreateSpace Independent Publishing Platform, 2019, 218 p.

Pour d’autres informations sur l’autrice et le livre, veuillez consulter ces liens:

Le clip vidéo sur le livre de Sophie Reverdi, « L’intuition du zéro coupé »
https://www.youtube.com/watch?v=73dPAchzU7Q

Sur le Professeur Mason:
https://www.youtube.com/watch?v=ZKstBXB6ddw

Les lettres de Pr. Mason sur le site de Sophie Reverdi
https://www.smartandlight.com/pf/edward-e-mason/

Un roman « à dévorer par tous les amoureux de Wagner » selon Breizh-Info – Merci à Christian de Moliner

La Défense d’aimer, roman wagnérien de Domitille Marbeau Funck-Brentano

Mme Marbeau a entamé depuis quelque temps sa deuxième vie. Après avoir poursuivi une carrière dans le domaine artistique à Radio France, au ministère de la Culture et à la Sacem avant de bifurquer dans les ressources humaines, elle a pu se consacrer, la retraite venue, à son œuvre d’écrivaine. Son premier roman paru, en 2012, L’écho répété des vagues a reçu « le coup de cœur des bibliothécaires » et figurait dans la dernière sélection du prix des lecteurs de notre temps.

Son nouveau roman La Défense d’aimer reprend le titre d’une œuvre de jeunesse de Richard Wagner et est présenté par une préface du grand chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus.

Il est toujours difficile dans une œuvre littéraire de démêler les éléments autobiographiques de ce qui relève de la fiction romanesque qui sublime et embellit (déforme ?) quelque peu les souvenirs. La Défense d’aimer s’inspire sans nul doute de faits réels, vécus pour l’auteure, il y a 41 ans. Elle avait alors 30 ans, avait connu de nombreux deuils. Elle était attachée de presse à Radio France, était divorcée, élevait seule sa fille. Elle se voulait indépendante, ne pas être « la femme de », celle qui attend en vain le coup de téléphone de « l’élu ». Elle voulait rester la maîtresse de son jeu amoureux.

À 4 ans, elle avait découvert l’œuvre de Wagner, assise sur les genoux de son grand-père, et cette musique s’était imprimée dans sa mémoire. En 1978, elle avait réussi à obtenir des billets pour une semaine complète à Bayreuth, une faveur insigne puisque le nombre de places est limité, alors que les aficionados sont nombreux. De peur qu’on ne lui vole ces précieux sésames, elle les avait si bien cachés qu’elle avait failli ne pas les retrouver lors de son départ.

Le roman est la description minutieuse de cette échappée à Bayreuth et des sentiments éprouvés, sentiments que la musique exacerbe et exalte. Qui ne s’est pas senti ivre et heureux, après avoir entendu une chanson remarquable ? Alors plongée dans le temple wagnérien, dans l’œuvre du génie de Bayreuth, servie par des musiciens d’exception, l’auteure ne pouvait que s’envoler.

Et parallèlement à cet émerveillement provoqué par la musique du conjoint de Cosima Liszt, elle a retrouvé un écrivain, un Don Juan, dont elle a jadis repoussé les avances trop rapides et trop brutales. Placée dans un cadre romantique, va-t-elle succomber à son charme ?

La petite musique littéraire de Mme Marbeau se lit d’une traite. Son récit, écrit au présent de l’indicatif et à la première personne, possède quelques échappées sublimes, quelques assonances particulièrement réussies. Avec ses mots, elle parvient à évoquer la musique du maître de Bayreuth, à la faire sentir au lecteur, ce qui est une prouesse.

Si les caractères des deux principaux protagonistes sont bien rendus et psychologiquement justes, les autres personnages ne sont que des figures de papier. Sans doute, le récit très court (154 pages) ne leur laissait pas la place d’exister. Peut-être aussi est-ce le signe que l’auteure ne les a pas vus lors de son séjour à Bayreuth, prise par la musique de Wagner et par ses jeux amoureux ?

Ce roman est un roman à dévorer par tous les amoureux de Wagner et par ceux qui sont sensibles aux charmes des phrases et des mots et qui savent goûter leur beauté.

Christian de MOLINER, auteur de Juste avant ma mort, et Islamisme radical, comment sortir de l’impasse.

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

François Martini séduit par « Jasmine Catou détective »

Mystères et boule de poils.

Jasmine, chatte ingénieuse.



Dans un appartement parisien, une jeune chatte veille au bien-être de sa maîtresse, laquelle a bien des soucis futiles. Heureusement, la chatte sait résoudre toute énigme insoluble. C’est ainsi que Christian de Moliner s’amuse à imaginer les aventures détectives de la chatte de son agent littéraire, laquelle chatte n’est pas plus sociable que cela, et, perchée à l’abri des visiteurs, elle résout cinq énigmes amusantes.

Sans aucune prétention, ce court recueil ne vise à rien d’autre que divertir son lecteur, ou, je gage, ses lectrices, car c’est un univers féminin que la chatte explore mentalement.

Cinq mystères sont les sujets d’études de l’animal avisé ; tantôt chez Poe, tantôt chez Simenon, voire simplement un rébus, mais à chaque fois comme si la vie de sa maîtresse était en jeu ! Moliner se plaît à tout compliqué et tout dramatiser. Dans le seul but de nous soutirer quelque sourire. Il y parvient très bien.



François Martini

La Cause littéraire a bien lu Valérie Fauchet, Bravo à Marjorie Rafécas Poeydomenge

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge 06.11.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet, Editions Ipanema, octobre 2019, 233 pages, 17,90 €

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Il existe, malheureusement, des dons que l’on subit. Certaines personnes possèdent en effet le don de « pré-voir ». Contrairement aux surdoués, les dons de voyance sont jugés douteux et sont ignorés par la science. Pourtant ces personnes « voyantes » n’ont pas décidé d’avoir ces « flashs », ils s’imposent à eux. Comment faire alors pour ne plus voir ?

Dans ce livre Une voyante passe aux aveux, le témoignage de Valérie Fauchet est troublant, sa vie ressemble à un roman fantastique. Pour donner du coffre à ses expériences, et prouver qu’elle n’a pas peur d’être titillée par l’exigence de preuves factuelles, l’auteure a eu la bonne idée d’être interviewée par une magistrate, Marie-Noëlle Dompé. La voyance au tribunal ? Oui, mais il ne s’agit pas pour autant d’un procès. Cette magistrate, aguerrie à l’impartialité, a joué le rôle de l’investigatrice bienveillante pour comprendre comment se manifeste cette méga intuition chez notre voyante peu commune. La voyance apparaît alors sous un autre jour, plutôt comme une hypersensibilité insoutenable. Comme une faille qui attire la lumière d’un flash.

Les gens dotés d’une hypersensibilité sont plus facilement fatigués, car ils absorbent énormément les émotions des autres, voire des objets… Car pour Valérie Fauchet, même les objets portent une histoire. La foule est pour elle tel un vampire, elle l’épuise. Ces phénomènes de clairvoyance sont provoqués par des émotions très fortes. Etymologiquement, émotion veut dire « dérangement ». Les artistes peuvent eux aussi d’ailleurs avoir cette sensibilité médiumnique. Comme le souligne justement l’auteure, les artistes sont « chacun dans leur genre » des mediums, et pourtant personne ne les craint. Car leur don se manifeste dans une expression artistique, un don qui heureusement est reconnu par nos sociétés.

Son témoignage est à certains moments poignant. On est saisi de compassion lorsqu’elle explique qu’elle a découvert son don, en pressentant, 8 jours avant, les futurs attouchements de son instituteur… Mais personne ne s’en alerte. Malgré cet épisode douloureux, sa vie ressemble aussi à un conte de fée. Elle voit par exemple des Elfes dans le jardin de sa maison de Rennes. Un peu comme dans les légendes celtes, elle vit des jours enchantés sur l’île aux moines, île dotée d’une énergie très particulière. Les artistes, et en particulier les poètes, sont ses amis. Elle a par exemple le plaisir d’échanger sur l’onirisme et la poésie avec le peintre brésilien Cicero Dias, ami de Paul Eluard, ouvert à la médiumnité. Après sa période bretonne enchanteresse, elle a le coup de foudre pour un appartement rue de Tournon à Paris, qu’elle transforme en cabinet de curiosités. Une vraie vie de bohême s’ouvre alors à elle. Elle apprend alors qu’une célèbre voyante, Mademoiselle Lenormand, habitait dans cet appartement et qu’elle recevait régulièrement Joséphine de Beauharnais. En somme, une jolie coïncidence.

Mais est-il judicieux d’être marié à une voyante ? On sourit lorsqu’elle relate que son don n’était pas un cadeau pour son ex-mari, car elle visualisait toutes ses maîtresses, et ce, même à distance… Son mari ne pouvait pas cultiver de jardin secret. Ce qui peut donner l’impression encombrante et obsessionnelle d’être tout le temps espionné…

La voyance souffre aujourd’hui d’une image délétère, elle est perçue comme la misère de tous les espoirs déçus. Elle est souvent l’appât facile de charlatans qui exploitent le mal-être des personnes insatisfaites de leur présent. Cette voyance « bas de gamme » et payante est à l’opposé du « connais-toi toi-même ». On gagne souvent plus de temps à chercher à comprendre l’origine de ses désirs, que de tenter de les assouvir à tout prix. Malgré le charlatanisme qui entoure ce don qui défie les lois spatio-temporelles, la « vraie » voyance ou la médiumnité sont une forme d’intuition. Elles échappent certes à l’intelligence logique, mais appréhendent le monde autrement. Einstein soutenait que « le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don ». Notre occident est si rationnel qu’il barre la route à l’intuition. La voyance peut être perçue comme une alchimie des émotions qui nous livre une autre clé d’interprétation de la réalité. A travers son témoignage, l’auteure a cherché à « desorcelliser » la voyance.

Même quand une personne a des « flashs », ces images restent toujours interprétables. Valérie Fauchet insiste sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue, même sur le passé. Sa voyance est la possibilité « d’offrir un autre regard ». La façon de vivre l’évènement prédit est elle-aussi subjective. Par conséquent, attention à l’hubris : ne jamais prédire des choses de façon catégorique. Le doute cartésien doit être la règle, même dans ce domaine de l’intuition. La médiumnité reste un mystère et n’obéit à aucune loi.

Cet ouvrage souhaite offrir une vision moins matérialiste du monde dans lequel nous vivons. Valérie Fauchet a parfois l’impression d’être à la fois sur terre et dans l’au-delà. C’est dur de vivre cette dualité, c’est comme le destin de mélusine, mi-femme mi-serpent, ce type de femmes dérange… Notre monde continue de refuser la complexité.

Marjorie Rafécas-Poeydomenge

Valérie Fauchet, née en 1968, après des études de Lettres modernes à la Faculté de Rennes, a écrit de nombreux textes de chansons pour des artistes de renom. Il s’agit de son premier témoignage sur sa médiumnité.

A propos du rédacteur

Marjorie Rafécas-PoeydomengeMarjorie Rafécas PoeydomengePassionnée de philosophie et des sciences humaines, l’auteur publie régulièrement des articles sur son blog Philing Good, l’anti-burnout des idées (http://www.wmaker.net/philobalade). Quelques années auparavant, elle a également participé à l’aventure des cafés philo, de Socrate & co, le magazine (hélas disparu) de l’actualité vue par les philosophes et du Vilain petit canard. Elle est l’auteur de l’ouvrage « Descartes n’était pas Vierge ».

« Sortir ici et ailleurs » vante les mérites du roman « Camille » de Thierry Caillat

Encore un ouvrage sur Camille Claudel, mais qui n’est pas une biographie.

 

Un roman plutôt, qui refuse le sempiternel mélodrame de la pauvre Camille vampirisée par le méchant Rodin.
Camille est en effet une vraie fille de son temps, contrainte et dominée, famille, société, manque d’argent ; mais elle est douée pour l’art, source de libération, de liberté peut être… Dur, dur, d’être artiste quand on ne peut être que femme au foyer ou génitrice par obligation..

Elle rencontre Auguste Rodin, elle apprend auprès de lui mais doit rester dans son ombre, les femmes rappelons-le, peinent à être plus qu’objets de luxe ou meubles !
La Belle Epoque (?), affreuse illusion pour la femme qui ne veut pas être cocotte ! Heureusement Camille est douée pour cet art difficile, costaud, qu’est la sculpture, et ses mains parlent pour elle. Elle peut s’échapper…

Car Camille existe en-dehors de Rodin : elle a une famille, une vie, des amies avec qui elle voyage… en Angleterre.
Auguste l’a pourtant formée, aidée, séduite et peut-être un peu aimée. Puis laissée quand… il la suit de loin, lui fournit un peu de travail.
Puis dans la solitude du travail, sa vie se vide.
Mais elle est vivante Camille, et douloureuse, et attachante. Elle souffre et nous fait souffrir au travers du courant de sympathie qui s’est instauré entre Thierry Caillat et elle. Et nous.

L’auteur
Thierry Caillat est un passionné de musique classique, d’architecture et d’urbanisme mais il a fini par céder aux muses de l’écriture et cela donne le roman Camille.
Inscrit dans un atelier, il s’est initié aux gestes de la sculpture, aux sensations des mains, des doigts, à la force des bras qui font l’œuvre.
Camille le roman traverse son regard et notre temps même s’il souffre au travers de son personnage, à cause de cette soi-disant Belle Epoque qui tient les femmes en laisse.

Un livre qui nous fait aimer notre temps bousculé qui donne enfin la parole aux femmes… et plus de liberté à l’art.
Jacqueline Aimar

Camille
Thierry Caillat
Edition L’Harmattan
251 pages
isbn 978-2-343-17648-2