Actualités (NON EXHAUSTIF)

Parution d’un livre historique sur le premier confinement à Paris par le photographe Philippe Enquin

Communiqué de presse officiel en PDF

« DE MON BALCON – Chroniques d’un confinement parisien »

du jeune photographe de 85 ans Philippe Enquin (site officiel https://www.philippeenquin.net), un beau livre historique avec un préambule de François Morel

contact presse pour recevoir le livre / interviewer Philippe Enquin : guilaine_depis@yahoo.com / 06 84 36 31 85

« en résonance avec l’actualité immédiate autour du « racialisme » »

La Croisade du mal-pensant de Christian de Moliner

La Croisade du mal-pensant de Christian de Moliner est un roman ultra contemporain en résonance avec l’actualité immédiate autour du « racialisme ».

La Croisade du mal-pensant

Voici un roman passionnant et mélancolique qui brosse le portrait tout en nuances d’un professeur au soir de sa vie. C’est Une fresque lucide et subtile des conflits générationnels et civilisationnels qui ébranlent nos sociétés. Une histoire qui nous tient en haleine jusqu’à son épilogue sanglant.

Le héros, courageux professeur accusé de non complaisance avec l’idéologie militante des « racisés », nous remémore celle tragique de Samuel Paty face au totalitarisme islamiste.

Samuel Meiersohn est un personnage au premier abord sans charisme auquel on s’attache et on s’identifie au fil des pages.

Résumé

Samuel Meiersohn, un universitaire désabusé et proche de la retraite, entame une croisade contre des étudiants et des professeurs « racisés » qui veulent créer au sein de sa faculté, un espace sans Blancs.

Rejetant le prétendu « privilège blanc », il va se heurter à son administration et à la démission de la société française si prompte en 2019 à accepter les thèses radicales, aussi absurdes qu’elles soient.

Christian de Moliner

L’auteur : Christian de Moliner a publié aux éditions Pierre-Guillaume de Roux un autre roman La Guerre de France (2018) et un essai Islamisme radical. Comment sortir de l’impasse ? (2019).

Collaborateur au Figarovox, Causeur, Boulevard Voltaire, Breizh info …mondialement connu pour avoir créé le buzz en imaginant la partition de la France dès 2018 – (Moliner est plus célèbre en Russie, Angleterre, Hongrie, Roumanie, Italie, Allemagne etc. qu’en France), ses essais de citoyen engagé dans l’analyse des problèmes du vivre-ensemble de son époque nourrissent l’inspiration de ses romans de politique-fiction, et réciproquement afin de former une œuvre littéraire cohérente et forte.

Agrégé de mathématiques et passionné d’histoire, ses connaissances pointues sur l’islam impressionnent beaucoup ses interlocuteurs.

Gary F. Bengier dans Wukali

Emile Cougut a lu « Un voyage sans entraves » de Gary F. Bengier pour WUKALI

Gary F. Bengier l’auteur du livre en rubrique non seulement sait de quoi il parle et est maître dans l’art de communiquer. Son livre Un voyage sans entraves qui connait un immense succès aux USA vient juste d’être traduit en français ainsi que dans huit autres langues dont le chinois. Un livre de science-fiction, voilà qui était inhabituel dans les colonnes de Wukali, et voilà qu’en moins de deux mois, je fais la récession de deux livres appartenant à ce genre littéraire. Je persiste et signe, je ne suis pas du tout spécialiste de la science-fiction, mes références sont plus « classiques », je suis incapable de comparer, d’évaluer par rapport à un autre écrivain, à un style, à des histoires proches. Donc, quand je prends un livre comme Un voyage sans entraves de Gary F. Bengier, j’ai peu, très peu de référents (un peu d’Asimov, quand même), ce qui fait, et ça tombe bien vu le fil conducteur de ce volume, je garde, à peu près intact, mon libre arbitre.

Ainsi nous sommes au XXII siècle, dans les États (tout court, mais nous comprenons sans mal qu’il s’agit des États Unis d’Amérique), après la guerre climatique qui a ravagé la terre. Pour reconstruire les dégâts de celle-ci, les humains ont employé des robots grâce à l’Intelligence Artificielle.

À cet égard, il en est résulté un changement total de la population : tout est devenu technologie (le trans-humanisme est partout), les robots font tout, surtout les métiers pénibles voire dangereux. Résultat, il n’y a plus ou très peu de travail, donc il est interdit, sous peine de prison de travailler plus de 12 heures par semaine. Parfait pour certains, mais la réalité du monde décrite par Gary F. Bengier est très loin d’être idyllique : les moyens de production ont été « nationalisés » et surtout une société hiérarchisée a été établie, chacun ayant une valeur de 1 (les meilleurs ayant tous les droits) à 100 (qui n’ont aucun droit).

De fait on est dans une société de castes mais avec un véritable système d’apartheid : si les « castes inférieures » n’ont pas de droit de vote, les mariages entre valeurs sont interdits, et j’en passe. Un système totalement inégalitaire où chacun est prié de rester à sa place et de profiter des droits que lui ouvre sa classe, sans en vouloir d’autres. Un monde où la vie (quelque soit sa classe) est totalement protégée et où l’effort (surtout physique) est quasiment inexistant grâce au travail des robots.

Joe, le héros, mathématicien et physicien de la classe 42, vient de prendre une année sabbatique et se trouve invité dans une petite une université pour réfléchir à son travail, à la finalité de son travail : l’intelligence artificielle (IA) a-t-elle des sentiments ? Vaste problème sur lequel je reviendrai.

C’est qu’en effet Joe travaille, consulte, boit beaucoup de whisky, abuse de psychotropes et progresse. Lors d’une manifestation contre les inégalités, il prête assistance à une jeune femme (de niveau 76) qui s’avère être la chef de file du mouvement. Celui-ci est durement réprimé, au nom de l’ordre par le terrible ministre de la sécurité publique et son adjoint. Bien sûr, ils vont tomber amoureux l’un de l’autre.

Concomitamment, Joe travaille avec un groupe pour essayer de débusquer un « ver » qui déprogramme des robots les incitant à se retourner contre les humains. C’est alors que Joe et la belle Evie vont être arrêtés, condamnés et bannis pour trois ans dans la zone interdite avec une probabilité de survie de 1% (cette société est évoluée, donc il n’y a plus de peine de mort). En outre ils se retrouvent tout deux dans un monde hostile et sans aucune technologie.

Après bien des épreuves, ils arrivent à apprendre à survivre et sont aidés par un couple qui réside dans cette zone. Nous sommes non dans Robinson Crusoé, mais bien plus dans L’île mystérieuse de Jules Verne. Ce retour à la vie « primitive », fait évoluer la pensée de Joe.

C’est alors qu’à leur peine achevée, ils reviennent « au monde » avec les trois enfants qu’ils ont eus. Retour triomphant, ils sont devenus le symbole de la liberté et de l’égalité. Après un dernier affrontement avec le terrible ministre, la société devient libre, mais le prix à payer pour Joe est très lourd.

Gary F. Bengier est écrivain, technologue et philosophe (voir en appendice*). Et tout cela se retrouve dans ce livre. Car au-delà de l’histoire, il y a avant tout des réflexions philosophiques autour d’un thème principal : science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Mais qu’est-ce que l’âme, surtout pour de l’intelligence artificielle ? Qu’est-ce que le libre arbitre ? Le libre arbitre est-il imaginable dans une société technologique où tout est prédéfini, où l’homme n’intervient pas ? Dans la nature, quand l’homme est seul avec son instinct de survie, quand il doit tuer pour manger, inventer pour cultiver, faire preuve d’empathie avec les autres, revenir à des tâches physiques que font les robots, être responsable de nouvelles vies, alors là, oui, à chaque instant, on doit faire des choix et donc faire jouer notre libre arbitre.

Et de fait, Gary F. Bengier aborde des sujets aussi divers que la présence (ou l’absence) de divinité ou de concept comme l’acrasie. Il pousse le lecteur à réfléchir à sa dépendance à la technologie, à toutes les technologies, même médicales et donc, à ce qui fait son humanité. Mais il aborde aussi des problèmes de sciences politiques comme la servitude volontaire, ce qui fait État, les libertés publiques, etc…

Alors, à partir du moment où on arrive à surmonter le jargon technologique et les instruments qui existent à l’époque du récit et non à celle du lecteur (aidé par un glossaire bien fourni à la fin du livre), on finit par être bercé par cette histoire qui est loin de n’être que de la science-fiction. 

En finir avec l’ostracisme autour des maladies mentales grâce à Carole Buckingham

Carole Buckingham, Point de rupture à Paris

Mais qu’est-ce donc que la schizophrénie ? Le lecteur commence à se poser la question quand, enfin, page 52 sur 70, apparaissent les symptômes. Ils sont seulement décrits, sans analyse ni recul. Bon, est-on plus avancé ?

Arrivée en 1984 dans une France post-libérée sous la gauche au pouvoir, elle découvre un milieu parisien hédoniste et très sexuel, alors qu’elle vient d’une Angleterre restée très coincée, voire bigote. Lesbianisme, triolisme, drague, phallocratie, lecture de Sade, elle découvre tout. Elle couche un peu, s’attache un brin, mais c’est Chris, un Américain plutôt hippie, qui va être son attachement le plus fort ; il a les mêmes « yeux verts » qu’elle, est-ce un signe ? Sauf qu’il aime queuter à droite et à gauche, ce qu’elle jalouse bien qu’elle s’en défende. C’est lorsqu’elle lit des auteurs psy qu’elle « découvre » que Chris cherche avant tout « à baiser sa mère » (dans toutes les femmes qu’il rencontre, rassurez-vous).

D’où rupture, il n’accepte pas cette violence d’être si crûment jugé. D’où cassure, choc psychotique inaugural, elle devient délirante, entend des voix, se dépouille de ses livres, vêtements et meubles pour errer dans Paris. En bref, elle est schizo – mais on ne sait pas vraiment en quoi. Pour comprendre, il faut consulter les sites Internet, son livre ne suffit pas. Elle se dit « mal soignée » par un docteur parisien sec et froid qui lui donne un cocktail de pilules. Lorsqu’elle interrompt le traitement, volontairement, elle va mieux. Elle rentre en Angleterre, elle rechutera « sept fois » (est-ce réminiscence biblique ?). Depuis, elle vit avec.

Ce livre est un témoignage selon la mode pour dire que les malades sont des humains comme les autres. « Trop souvent les schizophrènes sont présentés comme dangereux, mais le plus souvent, nous sommes timides et sensibles et plus dangereux envers nous-mêmes qu’envers les autres » V. « En fait, la schizophrénie ne m’a pas rendue folle », dit-elle – et nous sommes vraiment heureux de l’apprendre pour l’avoir suivie dans son récit. « Le bonheur vient de l’intérieur et mon changement de perception m’a conduit à une plus grande liberté d’esprit et d’imagination » p.66. Mais nous aimerions des exemples, comme dans les CV où les candidats cochent tous les grands mots comme « motivés » et « travailleurs » sans les relier à des expériences concrètes détaillées.

Carole Buckingham, Point de rupture à Paris – Un véritable mémoire et un véritable drame, traduction Elise Kendall, Bookworm Translations Ltd, autoédition 2020, 70 pages, €3.69 e-book Kindle €2.99

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Danièle Yzerman interviewée dans Lettres capitales

Interview. Danièle Yzerman : « Le rêve a toujours fait partie de ma vie… cela depuis ma tendre enfance et encore aujourd’hui.»

Danièle Yzerman publie La vie, envers, contre et pour tout, un récit dont le devoir de mémoire est accompagné d’une réelle volonté de se dévoiler «sans maquillage ni fard» à tous ceux qui l’on connue et aimée. Plus qu’un témoignage, ce livre réussit la performance secrète et rare d’élever l’histoire de Douchka, l’auteure-narratrice, au rang de personnage de littérature dans lequel beaucoup d’entre nous vont se reconnaître.

Tout être humain renferme en soi-même une histoire. Depuis quand portez-vous dans votre cœur le besoin d’écrire la vôtre, et comment est né votre livre ?

Le besoin d’écrire et plus précisément de « laisser une trace » de mon combat de vie s’est imposé à moi très tardivement, après l’âge de la retraite.  Il s’est imposé comme une « urgence » liée à la prise de conscience que l’heure du « crépuscule » de ma vie avait sonné et pire encore, mon refus d’accepter l’idée que mon combat insensé « pour le toujours mieux, toujours plus » allait devenir vain et en fait s’inverser.

Vous décrivez le cours de votre vie comme une traversée non pas du désert, mais d’une immensité aquatique, d’un océan dont la boussole doit vous porter sur l’autre rive. Vous vous rêvez en équilibriste. Pouvez-vous nous parler de ce rêve ?

Le rêve a toujours fait partie de ma vie… cela depuis ma tendre enfance et encore aujourd’hui. Chaque soir, avant de m’endormir je programme, oriente son thème vers un sujet qui me préoccupe et que je veux résoudre et plus fréquemment encore, un évènement, une situation du domaine du possible que j’aimerais vivre parce qu’ils m’apporteraient un bonheur infini. Le rêve qui fait l’introduction de mon livre et qui a changé le cours de ma vie, associe à la fois un élément de la nature que j’ai toujours aimé car il me ressemble : infini, sans limite, sans frontière, en permanence partagé entre la plénitude, l’hostilité et la violence, et le combat que fut le mien pour y nager, apprendre à vivre avec et y survivre.

Une autre image de votre existence est celle d’un « perpétuel mouvement » qui vous fait avouer être « fatiguée et usée par ce marché de dupes », qui n’est qu’«une mise en scène » de votre propre vie. C’est un bilan assez pessimiste que vous dressez à travers ces mots.

Quand le miracle s’est produit après avoir tenté de mettre, par tous moyens, un terme à mes souffrances, et que je me suis réveillée en décidant de « réapprendre à vivre », un long et difficile chemin de « reconstruction » physique et mentale était devant moi. Il a fallu que j’en trouve les clés et l’une d’entre elles, sans doute la principale, a été effectivement de me mettre « en mouvement perpétuel » en regardant toujours devant moi pour « agir, avancer, progresser, gagner… » et donc ne jamais regarder derrière moi, ne jamais me considérer comme une « victime » et risquer de faire de mon passé un prétexte à l’échec.

La réflexion que j’ai pu faire, sans doute à tort d’ailleurs, de me sentir « fatiguée, usée par ce marché de dupes » est celle d’un moment de spleen en cette dernière étape de vie à laquelle je suis actuellement confrontée, étape indissociable de l’idée de la mort, notion totalement « inacceptable » quand on n’a pas de croyance religieuse, donc « inacceptable » pour moi après tant de combats pour donner tout son sens à ma vie de ressuscitée.

Vous parlez dans votre livre d’« un grand vide » dû aux privations et aux absences affectives, surtout celles venant de vos parents. Quelles conséquences ont eu ces carences dans votre vie  ?

Les blessures psychologiques insidieuses et permanentes de mon enfance, liées tant à un contexte sordide, triste et mal entretenu qu’aux relations minables d’un père machiste, d’une mère soumise et dépendante du moindre centime de ses dépenses calculées chaque jour qu’aux relations de violence et de jalousie « masculine » qu’il entretenait avec ma sœur, 11 ans et demi plus âgée que moi, afin de lui interdire toute relation avec un garçon, ont eu raison « de ma bonne nature » de petite fille gaie, pleine de vie, et en plus bien réussie physiquement.

Ainsi, quand l’heure de la puberté est arrivée et que tous mes sens se sont réveillés, j’ai pris conscience de tous mes « interdits », de tous mes manques de repères, de modèles, d’aspiration, voire d’envie pour quoi que ce soit, et pire encore, d’un vide affectif total. Ceci contrairement à ce que je voyais dans l’environnement amical et scolaire. C’est de ce « grand vide » dont je parle dans mon livre. Ce grand vide, qui m’a conduite sans même m’en rendre compte, à l’anorexie en tant certainement « qu’appel au secours » qui, non entendu, m’a conduite à la décision de mettre fin à mes jours.

C’est bien cette étape de ma vie dont je me suis réveillée miraculeusement qui a déterminé tout mon chemin de vie, mon combat insensé pour me reconstruire d’abord physiquement, puis mentalement pour devenir ce que je voulais et j’avais le droit d’être en m’interdisant, sans jamais le renier, de m’apitoyer sur mon triste passé.

Ainsi, si je me retourne sur moi-même pour répondre à votre question presque sournoise pour moi « qui suis-je ? », je répondrai que je balance en permanence entre cette mélancolie de la musique tzigane qui m’accompagne comme une racine indélébile, et l’aspiration permanente d’une vie la plus réussie possible tant sur le plan personnel affectif que sur le plan social qui me permette d’être reconnue par les autres, d’avoir accès aux belles choses et beaux moments, d’être dans « la lumière » et par là même un « modèle » positif pour tous ceux qui m’aiment où me connaissent….

Vous qui manquiez tant d’amour à votre égard, quelle a été votre attitude face à l’appel amoureux dans votre vie ? À quel moment avez-vous découvert le vrai amour ?

Dans la première phase de ma résurrection, alors que j’avais 17/18 ans, ma première démarche était de tester mon pouvoir de séduction. J’ai ainsi usé et abusé de mon physique plutôt favorable et de son apparence en attachant beaucoup d’importance à mes choix vestimentaires, coiffure, maquillage et autres. Ceci m’a amené à multiplier les expériences amoureuses, voire sexuelles, sans grande implication ni même vrai sentiment amoureux. Comme une démarche de réassurance qui m’était nécessaire.

Je n’ai donc fait la rencontre avec « l’amour » que très tardivement, à l’âge de 26 ans lors d’une fête de fin d’année de L’Agence de Publicité où je faisais mes armes, quand j’ai rencontré celui qui deviendra mon mari, le père de mes enfants, mon compagnon jusqu’à aujourd’hui.

Avec lui, j’ai pu être ce que j’étais sans avoir jamais le sentiment d’être jugée malgré mes hauts et mes bas, j’ai compris qu’il était possible d’être heureux quand on savait voir le bon côté des choses…j’ai découvert la douceur d’une relation sans rapport de force, sans tricherie de quelque nature que ce soit.  Pour la première fois de ma vie d’adulte, je pouvais « lâcher prise », me sentir « aimée », et me reposer sur des épaules suffisamment solides pour aborder toutes mes difficultés, sans jamais les dénier, à surmonter mes obstacles à devenir une femme.

Est-ce que la maternité a incarné pour vous en tant que femme et mère la forme suprême de l’amour ?

J’ai abordé la maternité comme un miracle, un cadeau de la nature, persuadée que toutes les souffrances que j’avais infligées à mon corps jusqu’à l’extrême, l’absence de cycle menstruel pendant près de 3 ans, étaient incompatibles avec une grossesse.

Je ne l’ai pas, dans ce sens, vécue comme « une forme suprême de l’amour » mais plutôt comme le pouvoir magique d’une démarche qui m’a conduite, grâce au Chef de Service de l’Hôtel Dieu et à l’optimisme de mon conjoint, à une intervention chirurgicale assez lourde qui ne changeait rien à la situation (ablation d’une trompe collée qui ne servait plus à rien) mais qui m’a permis de me dire que je préférais « plutôt risquer de mourir pour avoir un enfant que mourir de ne pas en avoir ».

Vous faites implicitement dans votre narration un autre récit historique de la période de la décennie 1960-1970. Que pouvez-vous nous dire avec le recul de cette période de l’Histoire ?

C’est une période essentielle de ma vie.  C’est celle où j’ai abordé la reconstruction de ma vie jusqu’à « sa renaissance ».

C’est la période où j’ai accepté de redonner vie à mon corps de femme en acceptant un traitement hormonal et ses incidences dans la prise de poids pour retrouver un cycle menstruel.

C’est la période où j’ai réorienté mes études pour accéder rapidement à une vie professionnelle, donc à mon indépendance financière.

C’est la période où j’ai définitivement coupé mon cordon ombilical avec mon passé et donc mon contexte familial sous l’emprise de l’autorité de mon père, jusqu’à le « tuer » dans un de mes rêves salutaire. Et par là même de me tourner définitivement vers mon avenir.

C’est la période où j’ai pris mon indépendance totale en temps que personne libre que personne ne pouvait arrêter ; j’ai terminé mes études, commencé à travailler en stage puis définitivement dans le métier de la communication/publicité où j’ai fait ma carrière et donc à m’assurer financièrement.

C’est la période où j’ai retrouvé et pu « remettre en marche » toutes mes aspirations de réussite, de lumière et de séduction rassurantes, de volonté gagnante sur tous les plans et même d’humour, même si je ne pouvais échapper aux moments de mélancolie et de doute que j’ai toujours connus.

C’est la période où toute ma vie a commencé à se redessiner, où j’ai repris contact avec elle, participé aux évènements de Mai 1968 qui allaient dans mon sens et permis de me dire que je me devais d’accéder, en tant que femme et exemple, à un poste professionnel de haut niveau.

C’est enfin la période où les circonstances m’ont permis de rencontrer mon compagnon de route et  de découvrir avec lui que la vie pouvait aussi être douce et se partager.

Avec le recul, quelle est la différence entre devenir et être, ces deux notions existentielles que vous utilisez pour montrer toute la différence entre subir et accepter ?

Mon expérience de vie, certes un peu particulière, m’a imposé une démarche particulière de réapprentissage, mes parents ne m’ayant apporté aucun modèle ou repères positifs. Ma révolte pour ne plus continuer à « subir » ce contexte familial et ses conséquences de dépendance et de violence m’ont amené, ou plutôt « imposé » sans que je le décide vraiment, à faire un long travail pour « devenir ce que je voulais et avais le droit d’être ».

Ce que je suis et qui me définit « existentiellement » aujourd’hui, je l’ai puisé dans les livres de A. Gide, J.P. Sartre et surtout A. Camus qui m’a fait comprendre que j’étais seule « responsable » de ma vie et de celle des autres. Par là même, je devais prendre le pouvoir pour redessiner, en toute liberté, ce que je « voulais être » et que je n’avais aucune excuse pour ne pas le faire.

Cette démarche n’a jamais impliqué, en ce qui me concerne, « la résilience » dont on parle souvent aujourd’hui.  Elle ne m’a jamais fait accepter ni nier mon passé dont je porte encore les traces aujourd’hui. Un passé que « j’ai subi » mais qui m’a peut-être permis de devenir mieux que ce que je devais être.

Et enfin, que pouvez-vous nous dire de la formule qui compose le titre de votre livre ? Pouvez-vous dire, en conclusion, que votre vie fut construite envers, contre et pour tout ? Que renferme cette formule ? Et pourquoi le sous-titre, La vie à l’envers ?

LA VIE ENVERS des blessures d’enfance indélébiles,

LA VIE CONTRE les séquelles de l’absence d’amour voire d’affection, de l’indifférence, de l’interdit permanent à tout plaisir, le machisme du père, la soumission de la mère, la dépendance financière, les lieux de vie sordides et sales,

LA VIE POUR le toujours bien, toujours mieux, toujours plus.

LA VIE A L’ENVERS car l’enfance est normalement une période privilégiée où l’on est choyé, gâté, plein de vie et de découvertes de plaisirs alors que la vie d’adulte, aussi correcte soit-elle, est semée d’embuches, de difficultés personnelles de toutes natures….

En ce qui me concerne, j’ai le sentiment d’avoir inversé cet ordre des choses.

Propos recueillis par Dan Burcea

Danièle Yzerman, La vie, envers, contre et pour tout, Éditions Les trois colonnes, 2020, 124 pages.

« Un livre qui donne aux lecteurs à penser »

Emile Cougut a bien lu « Applaudissez-moi ! »

Avec son roman Applaudissez-moi!, Philippe Zaouati donne aux lecteurs à penser. La pandémie de la covid 19 continue de sévir, voilà déjà un an que le monde entier entrait en sidération face à ses conséquences. Souvenez-vous, à la mi-mars 2020, la population s’est trouvée confinée chez elle, sans pouvoir franchir la porte d’entrée sauf pour un motif impérieux. Et les premiers écrits romans portant sur cette époque ou l’ayant en toile de fond commencent à paraître. Une réactivité que nous devons saluer.

En arrière-plan, c’est exactement ce qu’est la pandémie dans le court roman de Philippe Zaouati : Applaudissez-moi !, qui vient de paraître aux éditions PIPPA.

Samuel K est le fondateur d’un fonds international spécialisé dans le financement du fondement durable. Durant le premier dé-confinement, il est convoqué à la brigade financière de la Police Judiciaire où il se voit signifier sa garde-à-vue pour « faux et usage de faux, usurpation d’identité, détournement de fonds, escroquerie en bande organisée et abus de bien social », excusez du peu ! Et Samuel, devant l’inspecteur (rectifions et préçisons cependant qu’il n’y a plus, hélas, depuis une réforme Pasqua au millénaire dernier, d’inspecteur de police mais que des officiers…) déroule sa vie, ses motivations.

Ainsi, il est ce jeune prometteur qui en 2008 se retrouve avec le carton contenant ses affaires personnelles, sur le perron de la banque Lehman Brothers qui vient de faire faillite. Il décrit sa dépression, sa fuite en Afrique qu’il découvre, sa rencontre avec un humanitaire spécialisé dans la préservation des forêts, son idée de créer un fonds pour le développement durable. Il est ce patron, sidéré par cette nouvelle crise qui se confine physiquement et moralement, psychiquement dans son immense appartement parisien. En outre il est aussi celui qui accueille une jeune infirmière montée de son Sud-Ouest pour aider ses collègues parisiens.

Or cette rencontre le fait réfléchir sur la vanité de son métier, une sorte de fuite en avant pour créer de l’argent pour ceux qui en ont déjà à plus n’en savoir que faire alors que certains autres, moins privilégiés, se battent et risquent leur vie pour sauver celles des autres humains. C’est à ce moment là qu’il décide, en manipulant une stagiaire, de détourner une cinquantaine de millions d’euros pour les donner à des associations d’aide aux populations réparties sur toute la surface du globe. 

Est-ce légal ? Non, sûrement pas. Est-ce moral ? Philippe Zaouati n’apporte aucune réponse, de fait c’est chaque lecteur qui apporte sa propre réponse. Instinctivement, tout humaniste dira oui. Mais, si on réfléchit bien, quelles sont les vraies motivations de Samuel. Bien sûr on peut se dire que le contact avec la jeune Angèle (l’infirmière) l’a fait évoluer, mais en même temps, il est doté d’un ego surdimensionné : la fraude, sous couvert d’empathie, n’est-elle pas pour lui un moyen de faire parler de lui ? Il sait qu’il finira par passer devant un tribunal, ne cherche-t-il pas une tribune pour faire la une des médias ? Il ne faut pas toujours voir avec un seul angle de perception, la réalité est rarement binaire, surtout quand il s’agit d’agissements humains.

Et je penche pour la second proposition, Samuel est sûrement sincère avec son passé qui l’a traumatisé, mais il fait trop souvent preuve d’une certaine rouerie, d’un recul face aux événements qui semble montrer qu’il ne les subit pas autant qu’il voudrait que l’inspecteur (et à travers ce dernier, le lecteur) le croit. Je n’en veux pour preuve que la réflexion assez cynique qu’il se fait sur les ONG qui veulent préserver la nature africaine. Il a du lire l’excellent livre L’invention du colonialisme vertpour en finir avec le mythe de l’éden africain  de Guillaume Blanc (et dont on peut trouver la critique dans Wukali) qui explique brillamment cette problématique.

Philippe Zaouati l’excellent auteur d’Applaudissez-moi ! , nous laisse juger. Samuel est-il sincère, cynique, égotiste, c’est au lecteur d’en décider

« Une belle revanche sur la vie »

ADULTELa vie, envers, contre et pour tout.

La vie à l’envers


Aux éditions Les 3 Colonnes.

Présentation :

Petite fille meurtrie et démolie par une enfance sordide, adolescente anorexique, elle n’a pas d’autre issue que le suicide face à des parents apparemment indifférents à sa détresse.
A son réveil à l’hôpital, un « miracle » se produit : destinataire d’une parole venue d’ailleurs, la jeune fille veut « réapprendre à vivre »! 


J’ai dévoré ce livre en une soirée. 👍

Histoire prenante, j’ai été embarquée dans le drame de Danièle Yzerman, cette personne qui ne demandait qu’à être aimée de ses parents.

Cette petite fille qui n’a jamais connue l’amour parental, celle à qui l’on a jamais souhaité un seul anniversaire, fêté un seul Noël, à qui l’on a jamais dit qu’on était fier d’elle et qu’on l’aimait.

Elle a dû apprendre à se construire seule, sans rapports humains.

Pour elle, c’était « normal », elle a commencé à s’en rendre compte quand elle s’est aperçu que c’était différent chez ses camarades de classe.

Son rapport à l’amour a été très difficile, elle s’est réfugiée dans les études.

Son père l’a toujours dénigrée et sa mère a suivi le mouvement sans jamais s’interposer entre eux deux.

Malgré toutes ces épreuves terribles, Danièle s’en sort et se construit une vie pleine d’amour.

Une belle revanche sur la vie.

Je vous recommande grandement ce livre qui prend aux tripes.

124 pages.

Son prix : 13.50 euros.

*livres offerts!

Bonne lecture à tous.

Faites vivre vos petits commerçants en fréquentant les librairies 😉 

Des bisous.

Sandra

« une histoire essentiellement et simplement humaine » pour Yozone

Applaudissez-moi !
Philippe Zaouati
Pippa, collection Kolam, polar per-Covid, 133 pages, septembre 2020, 15 €

« Quand on s’en limite aux faits, les gens ne comprennent pas. Les gens ordinaires ne prêtent pas attention aux histoires crédibles. »

Convoqué au nouveau Quai des Orfèvres, un banquier arrive dans les locaux de la brigade financière. Il est accusé de faux, usage de faux, usurpation d’identité, détournement de fonds, escroquerie en bande organisée et abus de bien social. Il ne s’empresse pas de nier, il ne semble pas y avoir vraiment de doute. Il parle, un peu comme on déroule un roman. Le roman du vécu, le récit de la trajectoire, la narration d’un très long enchaînement. Son histoire personnelle mêlée à cette même histoire vécue par tous, celle de la pandémie, de la première vague, du premier confinement. Pas de whodunit, donc, mais un peu de mystère, une confession, un monologue, un long aveu potentiel. Un monologue qui apparaît comme une lumière venant éclairer un délit dont on ne sait encore rien.

« Il y avait une forme d’élégance et de noblesse dans cet effondrement. Je ne supportais plus la beauté du paysage, la splendeur colérique, la lumière éblouissante. »

Suivant la tradition romanesque, le narrateur ne se contente pas d’une courte séquence écoulée entre l’intention et la réalisation, mais remonte au passé, aux racines. Les siennes, celles de la finance, celles de ses échecs et en toile de fond de ses effets dévastateurs, inhumains, dont il a fini par prendre conscience après avoir longtemps refusé de les voir. Le parcours des jeunes loups qui, happés par l’excitation, le défi, la frénésie, la soif d’argent, la soif de réussite ou tout simplement le goût du jeu, après s’y être usés et consumés, reviennent en arrière. Leurs yeux lentement se dessillent, le tableau high-tech et doré se lézarde, les revers immonde de la médaille éclate au grand jour. Les traders décrochent, se lassent, abandonnent, font retraite.

Cet « Applaudissez-moi !  » est donc l’histoire d’un recul, ou plutôt de prises de recul successives. Car le suspect n’est pas entièrement naïf, il a déjà pris de plein fouet le krach de 2008 qui ne l’a pas laissé sur le carreau mais l’a conduit à un moment d’oisiveté plus long que prévu, une dérive mêlée de retraite dorée sur le site paradisiaque des Victoria Falls puis dans d’autres endroits, bien plus déshérités, de l’Afrique subsaharienne. Il a découvert le réel, la face obscure de la loi des marchés là où les biens mêmes sont produits. Mais, de nouveau happé, il est revenu à la finance. Même si ce retour s’est fait avec des ambitions différentes, des aspects plus moraux, le narrateur laisse planer le doute sur ses crimes.

« Nous avions programmé sur ordinateur une vision manichéenne du monde, comme la pesée des âmes dans le retable du Jugement Dernier que j’ai admiré tant de fois lors de mes visites aux Hospices de Beaune. »

On l’aura compris : cet « Applaudissez-moi ! » est une histoire de dérive, mais aussi de résilience. Une histoire d’apocalypse – la pandémie, les krachs financiers – mais à considérer au sens premier du terme à savoir au sens de la révélation. Car le narrateur qui au fil de sa première dérive africaine a beaucoup compris, s’il se laisse de nouveau glisser dans le temps mort du confinement, en comprend de nouveau beaucoup, par le biais de cette infirmière de province venue en renfort dans les hôpitaux saturés de la capitale, qu’il héberge dans ses luxueux appartement parisiens. Une infirmière qui ne prononce pratiquement jamais un mot, mais dont la simple présence lui en fait comprendre bien plus que tout discours.

S’il y a dans « Applaudissez-moi ! » une réflexion assez convenue, mais toujours bienvenue, sur un système financier bloqué, verrouillé, immuable, qui pour l’instant non seulement résiste bien à la crise actuelle, mais même s’en trouve conforté, notamment dans ses effets inégalitaires premiers, à savoir enrichir encore les plus riches et dépouiller encore plus les plus pauvres, en un perpétuel ruissellement vers le haut, favorisant des néo-féodalités qui partout deviennent plus visibles (“La coalition historique des seigneurs et des troubadours”, écrit l’auteur, “est désormais celle des consultants, des journalistes et des patrons du CAC 40” »), il y a aussi, en parallèle, une jolie description de cette tentation du lâcher prise que beaucoup auront vécue lors du premier confinement, de ce décrochage que peut favoriser le télétravail, de cette difficulté à modifier les habitudes, de ce désemparement que l’on ressent lorsque l’on découvre, comme c’est le cas pour le narrateur, que l’entreprise peut continuer à fonctionner par elle-même. Un lâcher-prise, un syndrome de glissement qui en ces temps pandémiques en aura emporté plus d’un. Et un désœuvrement qui, tout comme lors de ses premières errances, aura donné au narrateur une belle – et dangereuse – idée. Et qui montre, in fine, si besoin était, que dans le monde de la finance la morale ne peut être qu’un délit ou un crime.

« Je ne pensais qu’à me purifier, à faire disparaître la tache qui me collait à la peau, celle de la richesse sans but, débordante et abjecte. »

Récit de la première vague, du premier confinement et de leurs causes premières, la finance et l’économie détruisant tout, abolissant la nature et favorisant les pandémies dues aux maladies émergentes – nul hasard si l’épouse du narrateur travaille dans le domaine des espèces menacées – , « Applaudissez-moi !  », servi par une écriture particulièrement fluide, apparaît en définitive comme une fable morale appuyée sur un monde sans scrupules, une belle réaction à l’obsession monomaniaque et réductrice du « pognon de dingue », une histoire essentiellement et simplement humaine, en finesse et presque en douceur, l’expression d’une humanité et d’une humanitude qu’il faut à tout prix se garder d’oublier.


Titre : Applaudissez-moi !
Auteur : Philippe Zaouati
Éditeur : Pippa
Collection : Kolam
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 133
Format (en cm) : 11,5 x 18
Dépôt légal : septembre 2020
ISBN : 9782376790464
Prix : 15 €


Hilaire Alrune
21 février 2021

« Contre le laisser-aller de la mode victimaire, l’assistanat perpétuel, les jérémiades médiatiques de tous les « sans », un mémoire de volonté »

Danièle Yzerman, La vie envers contre et pour tout

Un titre fourre-tout bourré de virgules (inutiles) pour dire combien la vie est ce que l’on en fait. Née juive d’un Russe et d’une Roumaine tous deux juifs, non désirée et élevée à Paris 10ème dans un milieu sordide où le père prothésiste est tout-puissant et la mère au foyer soumise, où l’avarice règne, où le père n’aime pas les filles… la petite Dannièle n’est pas aimée. Chez une copine de classe, elle aussi juive mais polonaise (on ne se mélange pas), « j’ai découvert que des parents pouvaient embrasser leurs enfants et leur dire des mots pleins d’amour, et même discuter avec eux tout simplement » p.18. Pas chez elle.

Elle n’est ni battue (mode d’avant-hier), ni violée (mode d’hier), ni « incestée » (mode d’aujourd’hui) mais elle subit le pire : l’indifférence. Quelle bobote américanisée écrira-t-elle au début de l’année prochaine (comme le veut la mode récente, de la Springora à la Koucher d’adoption) un récit romancé de ce mal dont sont « victimes » de trop nombreux enfants ? Ce n’est pas « vendeur », cocotte… lui rétorquera-t-on peut-être. Tant pis, mamie Dannièle a réussi sa vie et veut en rendre compte.

Car elle ne se plaint pas plus que cela. Au contraire, elle se fait elle-même, découvrant l’existentialisme avant la Gestalt-thérapie, reconstruisant sa vie en lambeaux juste après l’adolescence et une tentative de suicide. L’infirmière était plus compatissante que sa mère et le docteur plus généreux que son père. Elle n’a pas de copains ni de copines, elle s’habille mal avec les restes, elle ne sort pas et n’a pas la clé de l’appartement familial même une fois passé 18 ans. Elle est boulimique, puis anorexique, suspend sa puberté. Mais elle travaille bien à l’école, ce qui la surprend toujours ; elle se raccroche en fait à ce qu’elle peut. De brevet en bac, de math en philo, de deux années peu utiles en Sorbonne avant l’Ecole « supérieure » de publicité, elle se découvre curieuse, puis utile.

Stagiaire avant d’être embauchée chez Synergie publicité en 1966, son travail l’émancipe et, si elle a connu quelques garçons en vacances sans en jouir autrement que par leur attention et tendresse, elle trouve en Frédéric, juif comme elle et qui deviendra son mari, ce support de résilience qui lui permet de fonder une famille, d’élever deux enfants comme elle-même ne l’a pas été, et de devenir enfin « normale » : présidente de société (Ogilvy France), épouse, mère et grand-mère. Pas de quoi se plaindre, contrairement à beaucoup, car la posture de victime n’est pas pour elle, Dannièle, ce qui touche le lecteur car c’est désormais peu courant. La victime était hier une personne faible ; c’est aujourd’hui une personne valorisée.

Faut-il y voir comme certains le veulent, une « féminisation » de la société ? Il est vrai que les « dénonciations » à grand bruit médiatique sont le fait de femmes, en France comme aux Etats-Unis. Mais s’il est bon que le patriarcat machiste tradi (véhiculé si longtemps par l’église catholique et le milieu bourgeois) soit dénoncé, la basse vengeance des culs flétris qui ont bien baisé avant de se repentir après leur ménopause doit être dénoncée aussi. La « victime » n’est pucelle que vous croyez.

Dannièle est de la génération d’avant, celle dont la note de 16,5 sur 20 en philo au bac vous valait d’être publié dans le Figaro. Je note avec amusement que dix ans plus tard, la même note obtenue par moi pour le même bac n’a fait l’objet d’aucune mention dans la presse ; nous étions déjà trop nombreux à faire des études. La génération où une « petite » école vous permettait quand même d’accéder aux grands postes. Mais pourquoi avoir refusé HEC puisqu’elle avait réussi le concours d’entrée ? C’est que Dannièle semble du type diesel, elle met du temps à démarrer. Son autobiographie elle-même est précédée d’un prélude, d’un préambule et d’une introduction avant d’entrer – enfin – dans le vif du sujet !

Mais le message est clair : chacun se fait lui-même envers et contre tout, malgré les gènes, malgré la parentèle, malgré le milieu. « Un long chemin de vie pour toujours mieux, toujours plus, qui m’a démontré que rien n’est impossible » p.119. Contre le laisser-aller de la mode victimaire, l’assistanat perpétuel, les jérémiades médiatiques de tous les « sans », un mémoire de volonté.

Dannièle Yzerman, La vie, envers, contre et pour tout – La vie à l’envers, éditions Les Trois colonnes 2020, 123 pages, €13.50

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Emmanuel de Landtsheer livre à Lettres capitales une réflexion sur la création

Nature vivante avec auteur – Emmanuel de Landtsheer : « Les Inséparables »

 

Les inséparables sont des Salières – Poivrières que j’ai dessinés et qui sont édités depuis 1996. 

Ces petits objets sont nés d’une sculpture que j’avais réalisée quelques mois auparavant pour le mariage d’un ami. 

L’idée, symbolique, était que ces deux personnages, unis par les liens du mariage ne tiennent debout que dans les bras l’un de l’autre. Dans la sculpture, j’avais trouvé ce point d’équilibre où, séparés, ils tombaient.

Depuis, ces petits objets ont vécu leur vie, ont été copiés à de nombreuses reprises partout sur cette planète, et continuent de vivre sur de nombreuses tables dans de nombreuses maisons habitées par ceux qui les regardent, et peut être inversement…

Si j’aime cet objet, c’est avant tout pour sa portée symbolique et poétique. On ne peut pas les séparer, car leurs formes qui tendent l’une vers l’autre incitent toujours à les réunir. Posés sur une table, le réflexe naturel est de les assembler. L’union, la communion, le rapprochement, finalement le lien qui nous unit, voilà ce qui me touche en regardant ces petits objets fonctionnels.

A cette question que nous nous posons toujours, « Objets inanimés, avez vous donc une âme »…je réponds oui.

J’ai toujours eu ce sentiment, que l’âme des objets existe et tient pour l’essentiel à ce qu’ils me chuchotent à l’oreille… la forme bien sûr est importante, mais elle résulte d’une intention. En y ajoutant ce petit supplément d’âme, nous prenons instantanément de l’altitude et nous éloignons de notre rapport à la terre pour nous élever vers cet autre lieu que chacun définira….

Rien ne doit être gratuit, on peut faire du beau, du fonctionnel, mais ce n’est pas suffisant, il faut aussi pouvoir émouvoir, faire réfléchir, créer de l’étonnement, ou simplement faire sourire.

C’est ce sourire qui se dessine sur les visages lorsqu’ils regardent mes Inséparables qui est ma récompense, celle d’avoir su créer un petit objet qui touche le cœur au delà de l’esprit.

C’est toute la vie qui est là, la vie telle qu’elle me touche.

Savoir regarder, aimer, tendre vers l’autre. Cet autre est bien sûr sous sa forme amoureuse, mais pas seulement, cet autre, c’est le lien qui nous unit tous sous n’importe quelle forme.

Ces petits objets racontent à leur manière l’histoire de mon humanité, celle qui est bouleversée quand l’autre se détourne, celle qui est blessée quand l’autre ne comprend pas, celle qui est désemparée quand l’autre s’éloigne. 

Il n’y a de sens que dans l’échange, dans cette tension parfois imperceptible qui nous permet de tisser du lien.

Cet objet fuit la solitude, celle qui existe en chacun de nous.

Emmanuel de Landtsheer, 17 février 2021