« l’héroïne telle que l’auteur l’imagine, au-delà des actes relatés par les spécialistes » : sur la Camille de Thierry Caillat

Camille de Thierry Caillat

Tout commence en décembre 1864 et se termine en octobre 1943 : Camille Claudel est née, a vécue, est morte. Thierry Caillat en fait une biographie romancée qui la suit pas à pas, de date en date, attentif à son itinéraire. Point de synthèse ni de fresque mais le jour le jour, ou presque. Ce parti-pris pointilliste a ses avantages, qui sont de faire pénétrer le lecteur dans l’intimité du modèle. Mais aussi ses inconvénients, dont le premier est la fabulation pour ce qui n’est pas renseigné par les archives.

Il s’agit de la vie rêvée de Camille, plutôt que de la vraie, « l’héroïne telle que l’auteur l’imagine, au-delà des actes relatés par les spécialistes » avoue l’écrivain page 7. Mais c’est une réussite.

La reconstitution humaine par la mémoire, à partir des lettres et documents laissés par le temps, rend plus vivante la femme, plus inspirée l’artiste, plus pitoyable la folle paranoïaque. Car Camille, comme Protée, est tout cela à la fois et successivement. Sa volonté de dominer se révèle dès son enfance lorsqu’elle régente son petit frère Paul, de quatre ans plus jeune, qui deviendra l’écrivain catholique Paul Claudel, accessoirement diplomate, converti un beau jour de ses 19 ans par une révélation au côté d’un pilier de Notre-Dame. Camille sculpte ce frère à 13 ans, à 16 ans, à 37 ans… Le travail du sculpteur est décrit minutieusement par l’auteur qui s’est mis au métier pour mieux comprendre comment une caresse du pouce sur une pommette permet de donner de l’ironie aux traits ou de creuser l’expression.

Elève à 20 ans d’Auguste Rodin, le mâle dominant de la sculpture fin XIXe en France, Camille s’agace de n’être qu’une « femme », c’est-à-dire un bien de patrimoine pour les bourgeois du siècle. Elle veut exister par elle-même, sans être constamment rabaissée au niveau d’épigone du grand maître. Après au moins un avortement, elle rompt en 1892. Mais Rodin est amoureux d’elle, de son corps, de son talent, de son caractère affirmé. Il le restera sa vie durant et la soutiendra toujours, même s’il se méfiera toujours de cette féminité volcanique auprès de qui il ne fait pas bon vivre et se reposer du labeur. Ce qui rend l’icône féministe que voudrait la mode aussi bête que vaine. Rodin n’est pas marié avant 76 ans et épouse alors son ancien modèle Rose, la compagne discrète de toute sa vie, rencontrée en 1864, l’année de la naissance de Camille ; il ne veut pas d’enfant et ne reconnaîtra aucun de ceux qui naissent malgré lui.

Cette attention du maître, son appui financier et relationnel constant, l’admiration distante qu’il lui voue, entretient la paranoïa de Camille. Elle croit qu’il lui vole ses idées, qu’il la fait espionner pour copier ses modèles, trop occupé et trop mondain pour avoir encore de l’inspiration. Camille Claudel invente le croquis d’après nature, ce qui ne plaît pas toujours aux bourgeois qui préfèrent « l’idéal » à la réalité trop crue. Elle n’obtient pas de commande de l’Etat malgré l’entremise de Rodin et elle crie au complot. Elle a pourtant des commandes régulières de mécènes comme le baron de Rothschild ou la comtesse Arthur de Maigret, mais elle ne sait pas les garder. L’Etat ne peut pas tout, l’artiste, s’il est grand, doit savoir se faire reconnaître. Or ce n’est pas le caractère de Camille que de communiquer. Elle est une force qui va et qui l’aime la suive… Ce n’est pas ainsi que l’on réussit. D’où la paranoïa accrue.

Au point de s’enfermer dans son atelier et de ne créer que pour elle, détruisant le soir le travail du jour afin qu’on ne vienne pas le voler durant son sommeil ! A la mort de son père, qui l’a toujours soutenue mais probablement pas vraiment élevée, laissant passer trop de traits asociaux de caractère, sa mère et son frère Paul la font interner en 1913. Elle terminera sa vie à l’asile, refusant tout contact avec les autres, quémandant sans relâche d’être relâchée mais sans mettre une seule goutte d’eau dans son vin parano.

Au total, un destin tragique, que l’auteur montre construit brique après brique. Il aurait pu tourner autrement car « le milieu » n’excuse pas tout. Certes, le siècle bourgeois était misogyne et machiste, mais la sculptrice s’est fait reconnaître par son talent. Elle l’a gâché par son intransigeance et son délire de persécution. Elle n’a jamais accepté, au fond, que Rodin ne fasse pas d’elle « sa » femme, exclusive, vouée à son entière admiration.

Thierry Caillat, Camille, 2019, L’Harmattan, 251 pages, €23.00 

Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine à 1 h de Paris dans l’Aube, tarif 7

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

 

« Camille » de Thierry Caillat, un roman très spécial sur Camille Claudel de Thierry Caillat, amoureux de ses oeuvres

nouveauté été 2019

« Camille » un roman de Thierry Caillat aux éditions de l’Harmattan,

Pour le recevoir en service de presse / interviewer l’auteur, merci de contacter guilaine_depis@yahoo.com / 06 84 36 31 85

Encore un ouvrage sur Camille Claudel, vous direz-vous ?

Certes, il s’agit bien d’elle. Mais celui-ci relève d’une toute autre approche.

Ce n’est pas une énième biographie plus ou moins romancée. C’est un roman, l’imagination d’un personnage de chair et d’os – et de forte personnalité –, qui s’écarte du sempiternel mélodrame de la pauvre Camille vampirisée par le méchant Rodin. En se replaçant dans la vie de l’artiste, dans son entièreté, et dans son contexte sociologique, il fait émerger une vision beaucoup moins réductrice et manichéenne.

C’est aussi une déclaration d’amour aux œuvres de Camille Claudel, mais en sensitif et non en analyste académique : peu familier de la sculpture, l’auteur s’est inscrit dans un atelier pour s’essayer à les copier. Cette expérience tactile imprègne les chapitres « live » disséminés dans le texte, qui esquissent les sensations propres de l’artiste en pleine création. Le retour des premiers lecteurs est significatif : tous ont cherché à aller découvrir ses œuvres. 

Roman au plein sens du terme, dans lequel pointe aussi un peu d’humour – celui de l’auteur, et celui de Camille. 

Quatrième de couverture : « La vieille femme semble regarder son sculpteur avec une pointe d’ironie, un léger rictus à la commissure des lèvres. L’expression est empreinte d’une grande dignité, non pas la dignité apprêtée des mondaines mais celle que donne l’âge de la sagesse. Sévère mais sans dureté.

Camille pose un instant ses instruments, s’assied dans une relique de fauteuil défoncé, apostrophe ses amies :

— C’est moi dans cinquante ans. Vous me reconnaissez ? »

De Camille Claudel je ne connaissais que le nom. J’ignorais tout de son histoire, je crois même de son métier. Je ne m’intéressais guère à la sculpture.

Par quel hasard suis-je allé voir cette exposition ?

Je fus frappé, subjugué par le mélange intense entre le petit échantillon de ses œuvres présenté et les extraits de sa vie placardés aux murs, dans les étroits locaux où elle avait subi ses trente années d’internement.

J’y vis une héroïne de roman. J’eus aussitôt l’envie d’en faire un roman.Qui magni erait aussi ses œuvres.
Je m’étais juste fourvoyé sur un point : je croyais qu’il s’agirait d’une histoire romantique.

L’auteur, Thierry Caillat : Passionné de musique classique, d’ architecture et d’urbanisme, Thierry Caillat a ni par céder à l’appel del’écriture. Camille est son second roman. Pour se mettre dans la peau de son personnage il s’est mis au modelage et s’est essayé à reproduire ses œuvres.