Bretagne actuelle a bien lu François de Combret

Inutile de se perdre dans une bibliothèque pour retrouver les œuvres littéraires inachevées. Il en existe à travers les civilisations et les époques un très grand nombre – autant, voire davantage, que d’œuvres achevées. Citons Bouvard et Pécuchet (1881), l’histoire la plus drôle de Flaubert, construite sur un minutieux travail préparatoire avant que ce pauvre Gustave ne décède au milieu de sa rédaction… Casse-pipe (1949) de Louis-Ferdinand Céline, dont la dernière partie fut rédigée avant d’être saisie en 1944 dans l’appartement de l’auteur, à Montmartre, peu après sa fuite vers Sigmaringen…  Également Le Château (Das Schloß) – 1926) de Kafka, publié par Max Brod à la mort de l’auteur après lui avoir promis de tout détruire… Notons aussi l’énigmatique roman « 53 jours » de Georges Perec, paru à titre posthume en 1989 avec adjonction de ses notes de travail… Enfin,  L’Homme sans qualités de Robert Musil.

Les œuvres inachevées révèlent des secrets de fabrication insoupçonnés

En latin, le Perfectum est le temps de l’action achevée, il sert à conjuguer notre imparfait de l’indicatif, notre plus-que-parfait et notre futur antérieur. De la Rome Antique à aujourd’hui – du Perfectum au futur antérieur – c’est avant tout la question du temps qui s’exprime dans les œuvres inachevées. Elles exposent cette temporalité au fil d’un développement abandonné avant son épilogue. Cette reddition installe le lecteur dans une forme d’entre-deux qui le mène du premier jet à l’inaccomplissement. Elle révèle des secrets de fabrication insoupçonnés, ou du moins le laisse croire ; les découvrir tient à la fois du musée et de l’atelier, comme une invitation à visiter le premier et découvrir le second avec l’œil compatissant que l’homme averti se doit d’accorder à la faiblesse et aux lacunes.

Découvrir la Vie à travers l’acceptation de la nôtre

Si certains livres sont restés en souffrance par jeu, on déplore que d’autres inachèvements aient été la résultante d’une triste fatalité : celle de la maladie ou simplement de la mort de leur auteur. L’ambition de La substantifique moëlle de L’Homme sans qualités n’est pas de résumer l’œuvre de Robert Musil, tâche impossible tant le livre est foisonnant et complexe, mais d’en défricher l’accès, y compris à travers son aspect lacunaire. François de Combret explique à la fois le classicisme et le lyrisme de Robert Musil. Il expose comment, ivre de connaissance et d’absolu, Musil invite ses lecteurs à rester en vie ; sans doute n’avait-il lui-même d’autres ambitions que de chanter cette vie imparfaite, à défaut d’en avoir une autre qui soit plus belle. Voilà ce à quoi nous initie merveilleusement François de Combret dans La substantifique moëlle de L’Homme sans qualités : découvrir la Vie (majuscule) à travers l’acceptation de la nôtre.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Mars 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle

Illustration bandeau : E.-L. Kirchner : Berliner Straßenszene  (détail) – 1913

La substantifique moëlle de l’homme sans qualités, un livre de François de Combret aux éditions du Palio – 449 pages – 21,50€

Zone sensible publie le premier article de Margaux Catalayoud – François de Combret : Une rhapsodie sensible de Musil

La substantifique moëlle de l’homme sans qualités est un ouvrage singulier au pays des œuvres contractées : François de Combret s’attèle à Robert Musil non pas en qualité d’universitaire spécialiste du Prix Nobel mais en lecteur authentique. Et il en offre un ouvrage des plus rigoureux. Le procédé est simple mais sa mise en œuvre complexe. Il consiste en une rhapsodie d’un admirable tissage, aussi méticuleux que sincère.

 

 

 

Afin de mettre en appétit tout hypothétique lecteur, le chef d’oeuvre autrichien de 1930, traduit par Philippe Jaccottet, est décortiqué pour extraire des plus de 2000 pages quelques 438 pages. Combret ne réécrit pas le texte, il le condense. Son humilité, évoquée dans une brève préface, le pousse à sélectionner les passages les plus remarquables : pourvu qu’ils illustrent le style de Musil, sa pensée ou l’avancée narrative. Aucun chapitre n’est éludé et plutôt que d’ignorer un passage en apparence peu significatif du fait de son hermétisme, Combret émaille le récit de ses lumières, il repère les difficultés et soulève les ambiguïtés avec des pistes de lectures à la clef. En effet, thématisant l’humour auctorial, la psychologie appliquée aux personnages et la critique sociale qui éclate en pleine ironie, il propose plusieurs points d’ancrage à toute lecture intelligente ; Combret s’attache particulièrement à la métaphore qui réunit tout cela chez Musil, poète génial et inflexible pour qui la langue joue à cache-cache avec l’éthique.
Au fur et à mesure de l’oeuvre, l’auteur déploie son analyse particulièrement sagace : il fait figurer l’avancement, ou plus exactement l’approfondissement de la singularité ontologique des personnages principaux. En quelque sorte, Combret conjure ici une des premières difficultés à laquelle se heurtent les lecteurs : il porte à la connaissance une galerie de personnages dont il ne cesse de retravailler les particularités qui s’intensifient au rythme du récit. Grâce aux incises et aux découpes ingénieuses de l’auteur, on saisit mieux les enjeux qui le nouent : qu’est-ce qu’un homme sans qualités ? Qui est cet homme sans qualités, Musil est-il si différent d’Ulrich – le personnage principal ? Comment les personnages dessinent, par leurs liens et comportements, le profil d’un auteur à l’œuvre inachevée ?

Défricher l’accès à Musil

La réussite du remaniement d’une oeuvre – tour de force ô combien périlleux – tient toujours à sa capacité à garder le champ libre, à dégager les significations possibles sans en obstruer aucune, aussi mouvantes soient-elles. Combret y parvient en proposant une hypothèse de lecture qui ne se fige pas : dans une constante suggestion, il signale les différents leitmotivs qui composent la trame de L’Homme sans qualités, dont il se dit d’ailleurs volontiers le « défricheur ». En tant qu’admirateur, l’auteur nous transmet un matériau à goûter, à contempler, à penser en définitive. François de Combret est un passeur sensible qui nous empêche de lire esseulé, il nous prend la main le long de cette drôle d’aventure, et contournant le chemin d’une lecture naïve, il nous fait apercevoir la source d’un émerveillement littéraire certain.
L’on pourrait reprocher à cet ouvrage un manque de fluidité dans la reconstitution du texte, or l’exercice de contraction, dans son souci permanent de la précision, ne peut faire l’économie de ce défaut qui n’est ici qu’une imperfection nécessaire et même souhaitable. D’autant que Musil lui-même est un chercheur de concision qui ne crie jamais « Eurêka ». Peu importe que le lecteur soit plus ou moins averti, il faut, pour lier les citations et ne pas sacrifier l’art de la nuance à la compréhension, des phrases succinctes, souvent sans verbe et aussi piquantes que les mots de Musil s’avèrent être. Tel est le parti pris de clarté que Combret se fixe : contre les saillies narratives qui viendraient supposément trahir la quintessence du texte, il réaffirme l’importance de chaque mot, effets et significations mêlés pour dire la beauté et la vérité des situations dramatiques.

Combret réaffirme l’importance de chaque mot, effets et significations mêlés pour dire la beauté et la vérité des situations dramatiques.

Lorsque le lecteur malicieux voudra faire l’expérience de lire en miroir le chapitre contracté et le chapitre correspondant dans l’oeuvre originale, crayon à la main, il s’apercevra sans doute qu’il souligne et annote des extraits déjà présents chez Combret, lequel échappe pourtant à l’écueil de constituer un simple recueil de citations. Même si le livre de Musil est un véritable répertoire d’adresses stylistiques, entre bons mots et formules édifiantes en dépit de son obscurité, Combret prend toujours soin de ne rien perdre de l’histoire. Il en conserve le squelette. Car la variation sur le thème de l’âme et de l’esprit ne peut avoir lieu que dans un contexte précis, historique et familial notamment, c’est pourquoi l’exigence de poser le cadre narratif est un impératif bien observé. Décorum et personnages sont les préliminaires à toute réflexion philosophique et anthropologique dont l’absence attenterait à l’intelligibilité, ici genèse de l’abstraction. Car notons enfin que l’un des multiples délices que représente la lecture de L’Homme sans qualités est contenu dans un incessant va-et-vient des tons.

En somme, l’entreprise de Combret relève d’une lumineuse honnêteté, elle ne répugne pas à affronter de nombreux obstacles et invite chaque lecteur à poursuivre cet effort ; j’en veux pour preuve la remotivation de l’expression choisie pour titre : à l’instar de Rabelais dans son Gargantua, l’auteur donne du corps à la métaphore de la moëlle osseuse et affirme par là même l’immense et très spirituel humour de Musil. François de Combret, après avoir écrit Le Bréviaire de la Recherche du temps perdu, s’attaque avec courage à pareille littérature et salue une fois de plus un autre vertigineux poète du XXème siècle.

  • La substantifique moëlle de l’homme sans qualités, François de Combret, édition du Palio, 2022.

Margaux Catalayoud

François de Combret, grand entretien sur Musil dans Lettres Capitales

Interview. François de Combret : La Substantifique moëlle de l’Homme sans qualités

 

Dans La Substantifique moëlle de l’Homme sans qualités, François de Combret se penche sur Der Mann ohne Eigenschaften, le roman inachevé de l’écrivain autrichien Robert Musil, publié en 1931-1932 et traduit en français par Philippe Jaccottet en 1954. Il s’agit selon lui « d’une des œuvres majeures de la littérature du XXe siècle ». Ancien magistrat honoraire à la Cour des Comptes, François de Combret nous propose une analyse dense, qui se penche avec rigueur sur les 1800 pages que contiennent ces deux volumes du roman de l’écrivain autrichien.

En 2019 vous vous êtes déjà fait connaître à travers la publication d’un Bréviaire de La recherche du temps perdu. Or, dans la Préface de La Substantifique moëlle de l’Homme sans qualités que vous venez de publier aux Editions du Palio, vous mettez sur la même échelle de valeurs le roman de Robert Müsil avec le chef-d’œuvre proustien et avec Ulysse de James Joyce. Quels ont été, selon vous, les critères qui ont permis au roman inachevé de l’écrivain autrichien d’occuper cette place honorable au même rang que les deux autres ?  

Au même titre que « La recherche » et « Ulysse », l’« HSQ » renouvelle l’art romanesque. En effet, le livre ne correspond en rien à la définition stendhalienne du roman : « un miroir qu’on promène le long d’un chemin ». En quatrième de couverture du tome 2, l’éditeur définit ainsi le caractère novateur du livre : « Musil a pour principe de choisir de minces coupes de vie qu’il modèle en profondeur et donne à sa description du monde une ampleur universelle. Sous prétexte de décrire la dernière année de l’empire austro-hongrois, il soulève les questions essentielles de l’existence de l’homme moderne pour y répondre d’une manière absolument nouvelle, pleine à la fois de légèreté ironique et de profondeur philosophique. Narration et réflexion s’équilibrent.»

Autrement dit, pour Musil, l’intrigue romanesque importe peu. Elle n’est qu’un prétexte de mise en scène pour analyser le cœur humain. Le thème de l’HSQ est le questionnement de l’essentiel.

Et pourtant, le roman, écrivez-vous, « est difficile d’accès tant il déroute le lecteur ». En quoi consiste cette difficulté ? Est-elle due à la complexité de genre dont il fait preuve ?

Le livre est déroutant, d’abord, par sa dimension : près de 2.000 pages.

 Il est déroutant aussi par la pauvreté de l’intrigue :  le récit des réunions du cénacle  de « l’Action Parallèle », procédure de préparation de l’année jubilaire destinée à célébrer  les 70 ans de règne de l’Empereur d’Autriche-Hongrie , est un thème artificiel et abstrait qui ne tient aucunement le lecteur en haleine.

Il est déroutant enfin parce qu’il n’appartient à aucun genre connu. Il n’a ni précédent ni descendance. Il est un kaléidoscope disparate au confluent du conte philosophique, du traité métaphysique, du pamphlet politique, de la satire des mœurs, de la science-fiction, de délicieuses histoires d’amour et de la poésie de géniales métaphores ….

Finalement, le livre ressemble à une longue pièce de théâtre classique dont il respecte les trois règles d’unité : unité de temps (non pas un seul jour mais une seule année), unité de lieu (Vienne) et unité d’action (l’Action Parallèle). Les acteurs sont peu nombreux (une vingtaine), rarement plus de deux ou trois ensemble sur le plateau, et ils  alternent, entrant et sortant de scène  à tour de rôle, tout au long des 161 levers de rideau.

Inouï et du jamais vu.

Pourtant, au-delà de cette difficulté de classification, l’Homme sans qualités impressionne par ses qualités esthétiques et son inventivité. Vous le rapprochez également du style de George Orwell. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet aspect ?

L’HSQ a été publié en 1930. « Animal Farm » date de 1945 et « 1984 » de 1949. Je ne sais si George Orwell avait lu Musil mais ses livres, qui n’ont pas la densité ni l’épaisseur de l’HSQ, sont, à certains égards, de la même veine : allégorique et satirique.

Dans « Animal Farm », George Orwell systématise l’allégorie animalière, forme de métaphore fréquente dans l’HSQ. Musil s’attache en effet à associer à chacun de ses personnages une espèce animale, si bien que les analogies entre hommes et bêtes abondent tout au long des 2.000 pages, formant un contraste saisissant avec la cérébralité de l’œuvre. A la page 389 du second tome, Musil écrit : « nous portons notre peau de bête avec les poils à l’intérieur et nous ne pouvons pas l’arracher. » En plus de tout le reste, l’HSQ est aussi un bestiaire.

Comme « 1984 », l’HSQ est aussi une « dystopie », c’est-à-dire le récit d’une fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Comme « 1984 », l’HSQ s’apparente ainsi à  une utopie qui vire au cauchemar et conduit à la contr’utopie.

Nous le disions en introduction, votre livre est impressionnant de rigueur, digne d’un compte-rendu d’une lecture suivie. Comment avez-vous conçu votre livre ? Y a-t-il une similitude avec le Bréviaire sur l’œuvre de Proust ou vous éloignez-vous de la méthode de ce dernier qui utilise les entrées par ordre alphabétique ?

L’intention des deux ouvrages est identique : faciliter l’accès à un chef d’œuvre réputé hermétique. Mais les méthodes  utilisées sont différentes parce que  Proust et Musil ne s’appréhendent pas de la même façon.

Les 3.000 pages de « La Recherche » forment un ensemble compact en six tomes alors que les 2.000 pages de « L’HSQ » sont ordonnées en 161 chapitres. Proust a agencé son récit aussi méticuleusement que Musil le sien, mais il a effacé presque toutes les traces de construction, laissant au lecteur le soin de se débrouiller pour trouver les césures et les jointures.

En conséquence, « La recherche » se déguste par « fragment », pour reprendre l’expression de Paul Valéry, selon lequel « Proust, l’intérêt de ses ouvrages réside dans chaque fragment », alors que « L’HSQ » se délecte par chapitre.

Pour « La Recherche », mon maître a été Paul Valéry : le « Bréviaire » est formé par une collection de  « fragments », classés par ordre alphabétique . J’ai détricoté « La recherche ».

S’agissant de l’HSQ, j’ai suivi le conseil de Rabelais : « c’est pourquoi fault ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est déduict. Puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l’os et sucer la substantifique moëlle ».

Mon travail s’est apparenté à une dissection : j’ai   analysé l’HSQ chapitre par chapitre et j’en tenté d’en extraire la quintessence sous forme de citations , présentées en lettres italiques et guillemets.

Vous parlez abondamment de métaphores, de poésie, de personnages puissants. Quels ont été, tout au long de votre lecture, les motifs les plus récurrents dans l’univers narratif de ce roman, les plus précieux à vos yeux ? Lequel vous a-t-il marqué le plus ?

La trame du roman entrelace plusieurs histoires dont le déroulement est sinusoïdal : les personnages apparaissent, disparaissent et resurgissent, inopinément, tout au long des levers et baissers de rideau des 170 chapitres scéniques.

Les intrigues entrecroisées sont au nombre d’une vingtaine et les épisodes en reviennent régulièrement sur le devant de la scène tels des leitmotivs. Si ces épisodes étaient regroupés par sujet et rassemblés, le livre   prendrait la forme d’une vingtaine de chapitres consacrés à des histoires distinctes, avec des rapports plus ou moins distants entre elles .

Sans prétendre à l’exhaustivité : Ulrich et son père, Ulrich et Bonadéa, Ulrich et Diotime , Ulrich et Arnheim, Ulrich et le comte Leinsdorf ,Ulrich et Walter, Ulrich et Clarisse, Walter et Clarisse, Arnheim et Diotime ,  Diotime et Tuzzi, Moosbruger, le général Stumm von Bordewehr, le couple Fishel, Gerda et Hans Stepp, Rachel et Soliman , Ulrich et Agathe, Agathe et Gottlieb ….

Le personnage central du livre est sans conteste « l’homme sans qualités » lui-même, prénommé Ulrich : Ulrich est le pendant musilien du narrateur de « La Recherche » : c’est autour de sa personne que se dessinent la plupart des épisodes. Progressivement, par petites touches, tel un peintre impressionniste, Musil dessine le portrait de ce personnage auquel le lecteur s’attache de plus en plus et finit par se lier d’amitié. « L’homme sans qualités » est en réalité un homme d’extrême qualité, habité par l’ironie, la tolérance et le doute.

Et, enfin, quelle recommandation pourriez-vous donner aux futurs lecteurs de votre livre afin de les aider à mieux utiliser ces notes dans la connaissance du roman que vous analysez ou pour inciter les novices à mieux faire leurs premiers pas ?

S’agissant du débutant , j’espère faciliter sa lecture  en  raccourcissant  l’œuvre des trois-quarts, par élimination  surtout de la plupart des passages ésotériques.

Il arrive en effet fréquemment que Musil, au beau milieu d’un récit, prenne  lui-même la place de ses personnages pour  se lancer  dans des digressions  philosophiques  abstraites. Par exemple, au chapitre 88 du tome 1, Musil fait irruption sur scène pour déclarer abruptement : « il y a déjà longtemps que nous aurions dû faire mention d’une circonstance effleurée par nous en plus d’une occasion, et qui pourrait se traduire par cette formule : il n’y a rien de plus dangereux pour l’esprit que son association avec les Grandes Choses. » « Les Grandes Choses » ? Suivent quatre pages difficiles à comprendre…

J’ai épargné au lecteur la plupart des incidentes de ce genre, qui sont sans doute de grand intérêt pour les initiés mais risquent de rebuter les néophytes.

S’agissant des initiés, j’espère que mon ouvrage pourra les intéresser en ce sens qu’il a un effet de loupe sur ce qui est essentiel dans l’œuvre de Musil et que j’ajoute des commentaires pour montrer la postérité de l’œuvre, notamment dans le courant existentialiste et le théâtre de l’absurde.

Ainsi, mon travail ambitionne d’être à un précis pour les uns et une exégèse pour les autres.

Propos recueillis par Dan Burcea©

François de Combret, La Substantifique moëlle de l’Homme sans qualités, Éditions du Palio, 2022, 449 pages.

Remy Monget admire François de Combret repérer l’humour de Musil

« La substantifique moelle de l’homme sans qualité ».

François de Combret par Remy Monget

« La substantifique moelle de l’homme sans qualité. » François de Combret. Éditions du Palio. Janvier 2022. 438 pages. 21 euros 50.

François de Combret, magistrat honoraire à la Cour des comptes est l’auteur du livre : La substantifique moelle de l’homme sans qualité. Cet écrivain a déjà publié le Bréviaire de la recherche du temps perdu (Droz 2019).

L’ambition de ce livre est de rendre accessible la lecture de « l’ Homme sans qualité » de Robert Musil.

L’auteur réussi la gageure de présenter et de commenter ce livre foisonnant.. Musil a écrit l’œuvre de sa vie, L’ouvrage de Musil est à la fois philosophique, moral, politique, et poétique. Il décrit l’Empire Austro-Hongrois, surnommé par Musil la Cacanie, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce surnom, la Cacanie cela vient de K et K kaiserlich und königlich.

Le thème principal qui sous-tend l’action n’apparaît pas tout de suite dans l’œuvre de Musil, « Ce n’est qu’à la page 110 qu’apparaît pour la première fois cette « Action Patriotique », qui sera le fil conducteur de toute le roman. » : nous dit François de Combret page 67.

Cette Action patriotique vise à fêter le jubilé les soixante-dix ans de l’empereur François-Joseph. Jubilé, jamais fêté car l’empereur est décédé en 1916.

Ulrich, le héros du roman fait partie de l’Action Parallèle, qui prend le relais de l’Action Patriotique et devient un laboratoire d’idées pour cet important évènement à venir.

François de Combret décèle l’humour de Musil dans cette satire brillante de société Austro-Hongroise à veille du chaos. De grandes idées sont pourtant brassées par l’Action Parallèle, notamment celles concernant l’âme. François de Combret cite l’auteur de l’Homme sans qualités page 127 : « Dans la jeunesse, c’est un sentiment très fort d’incertitude que l’on fait. Dans la vieillesse, c’est l’étonnement de n’avoir pas fait davantage que l’on s’était proposé. Dans l’entre deux, c’est la consolation de penser que l’on est un brave type ou un type tout court. » p127

Ulrich fréquente le salon d’Hermine Guzzi, une lointaine cousine d’Ulrich que celui-ci surnomme Diotime, en référence à un personnage féminin de Platon dans le banquet.

Les chapitres à portées philosophiques, alternent avec d’autres plus légers. François de Combret par les choix des citations de Musil nous montre l’enlisement de l’Action Parallèle et la chute inéluctable de l’Empire des Habsbourg, pourtant le lecteur pressent une autre fin possible, la figure de François-Joseph, empereur de la paix est évoquée. Les parallèles possibles avec l’Europe actuelle sont nombreux. »

Invitation table ronde Lire plus facilement Musil et Proust (samedi 22 janvier 2022, 14h30, 13 rue Soufflot Paris 5ème)

Vous mettre en appétit de lecture en 2022…

En compagnie de Musil et Proust

A l’occasion du lancement du nouveau livre

La substantifique moëlle de l’Homme sans qualités (éditions du Palio, 2022)

version contractée du chef d’oeuvre de Musil –

de François de Combret (Le Bréviaire de la Recherche du temps perdu (Droz, 2019),

la librairie Pedone (13, rue Soufflot – Paris Ve) vous invite à une table ronde réunissant universitaires, éditeurs, écrivains et traducteurs :

COMMENT FACILITER L’ACCÈS AUX CHEFS-D’ŒUVRE DE LA LITTÉRATURE ?

Samedi 22 janvier 2022 de 14h30 à 17h30 

Avec notamment les participations de Luc FraisseLaurence Grenier, Valentine Varela, Hélène Waysbord etc

Inscription obligatoire par sms 06 84 36 31 85 Contact presse : guilaine_depis@yahoo.com

« La substantifique moëlle de  l’Homme sans qualités » par François de Combret (éditions du Palio)

La Balustrade de Guilaine Depis vous propose pour la période janvier à juin 2022 :
(pour demander un livre, merci d’adresser un mail à guilaine_depis@yahoo.com et pour interviewer l’auteur sms 06 84 36 31 85)
 
La substantifique moëlle de 
l’Homme sans qualités
Une version contractée du chef d’oeuvre de Robert Musil
par François de Combret
Parution le 15 janvier 2022 aux Editions du Palio
La motivation de François de Combret : 
COMMENT FACILITER L’ACCÈS AUX CHEFS-D’ŒUVRE DE LA LITTÉRATURE ?
 
L’ambition de La substantifique moëlle de l’Homme sans qualités n’est pas de résumer l’oeuvre de Robert Musil, tâche impossible tant le livre est foisonnant et complexe, mais d’en défricher l’accès. Il s’agit de mettre en appétit de lecture celles et ceux qui ne sont pas encore parvenus à entrer de plain-pied dans ce chef d’oeuvre d’humour, à la fois fascinant et déconcertant.
 
L’auteur, François de Combret : Magistrat honoraire à la Cour des Comptes, est l’auteur du Bréviaire de la Recherche du temps perdu (Droz, 2019)
 
Table ronde de lancement autour de cette question essentielle
Samedi 22 janvier 2022 de 14h30 à 17h30 
à la Librairie A. Pedone – 13, rue Soufflot – Paris Ve
 
Avec notamment les participations de Luc Fraisse, professeur et critique littéraire spécialisé dans l’édition des oeuvres et dans l’étude de Proust, Laurence Grenier, auteur de Proust pour tous, une version raccourcie en 500 pages de la Recherche, Valentine Varela, qui joue la duchesse de Guermantes dans le film que (sa mère) Nina Companeez a tiré d’A la recherche du temps perdu… 
(liste non exhaustive)
Outre l’intérêt durable qu’ils suscitent, la plupart des chefs-d’œuvre de la littérature partagent cependant au moins deux caractéristiques : leur lecture demande un effort et ils transforment la vie du lecteur. 
Arrêtés par l’effort à fournir, beaucoup passent à côté du plaisir qu’apporte cette expérience. 
Peut-on la faciliter en contractant ou en transposant l’œuvre ? Le sujet fait débat. Chaque fois qu’un grand classique est porté sur la scène ou à l’écran, on entend des voix s’insurger contre l’inévitable simplification de l’ouvrage. 
Des universitaires, éditeurs, écrivains et traducteurs s’interrogeront sur les bonnes pratiques à respecter quand on entreprend de simplifier un chef-d’œuvre de la littérature.
 
Depuis leur création en 2006, les Éditions du Palio publient chaque année une dizaine d’ouvrages, sans a priori sur leurs thèmes dès lors que la démarche des auteurs sort de l’ordinaire tout en étant rigoureuse. Quelques titres éloquents : Proust Érotique, Mémoires de chaises au jardin du Luxembourg.