L’écrivain Pierre Cormary livre une lecture très personnelle du premier roman de Pierre March

Passion fixe – A propos de La petite fille qui regardait le Bosphore, de Pierre March

C’était une autre époque, celle du Minitel rose, du 36 15 ULLA mais aussi de 36 15 DOMINA, FETISH et, pour les happy few que nous étions, MISSM, le site de référence SM régenté par la mythique Maîtresse Françoise, reine de Paris, et sous le fouet duquel se pâmèrent tant de notables nationaux ou internationaux. Combien d’heures passées sur ce forum à discuter, fantasmer, s’imaginer mille cuisantes amours et parfois en vivre – car, que les « normaux » ne se méprennent pas, l’on recherche toujours l’amour, l’acceptation, le lait de la tendresse humaine et nous autres, les errants de la chair, plus que quiconque. Sans compter toutes ces merveilleuses disputes virtuelles que nous avions pendant des jours, des semaines, des mois, à propos de l’Ave Maria sadomasochiste à tenir ou de la meilleure interprétation de l’essai de Gilles Deleuze sur Sacher-Masoch, Le froid et le cruel, notre Évangile, et qui serait susceptible de plaire le plus à Françoise.Ne nous cachons pas, nous nous connaissions tous.

Il se faisait appeler Hugo Boss, elle se faisait appeler Marine, je m’étais prénommé Parsifal. Autant les échanges avec le premier étaient aigres-doux (lui-même reconnaissant dans son texte qu’il n’était pas un interlocuteur facile et à mille lieux de nos concours de cravache intello), autant les rares dialogues que j’eus avec elle et qui, grâce à ce Bosphore, me reviennent en mémoire, me rappellent une personne d’une profondeur et d’une délicatesse effrayantes. Marine était une femme d’abîme à laquelle, bien trop jeune et matamore, je n’aurais pu accéder. Grâce à Dieu (à Artémis plutôt), je me rattrapais avec « Mathilde », la pétulante blonde aux riantes torgnoles ; « Karin Für », la pasteure norvégienne et qui fut, un 13 août 1993, ma stricte dépuceleuse – et par dessus-tout, Juliette O. « Jeux de dames », notre chère et regrettée Armande, sorcière sexuelle s’il en est, sachant comme personne transformer notre plomb en or, et qui ensorcela tous ceux (et toutes celles) qui eurent le privilège de la croiser. Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! 

Et voilà tout ce monde qui ressuscite sous la plume sensible et hard de Pierre « Hugo Boss » March, écrivain peut-être non professionnel mais qui offre là un récit qu’aucun écrivain professionnel n’aurait pu offrir, pulvérisant au passage des produits de consommation aussi télécommandés que Cinquante nuances de Grey. Car cette Petite fille qui regardait le Bosphore est une histoire vraie, tragique et que l’auteur a su rendre inoubliable autant pour lui que pour nous. Grâce à son héroïne d’abord, cette juive originaire d’Istanbul, scientifique de renom, spécialisée en génétique et qui, dans les années 80, créa en France le premier laboratoire privé de séquençage d’ADN. Drôle de « soumise » en vérité – et qui d’ailleurs, n’en était pas une stricto sensu, et comme l’explique Maîtresse Françoise elle-même dans un entretien qui ouvre le livre, c’est-à-dire non pas une femme paumée qui tombe sous l’emprise d’un pervers narcissique et devient son objet de foire mais une vraie « masochiste », une Ariane des lanières, une « mystique qui n’avait pas besoin de maître pour être initiée » et qui ne se donnera qu’à l’homme qui la mérite et pour leur plaisir mutuel. Lorsque Marine dit à Hugo « Maître, disposez de moi », il faut entendre « faites-moi jouir. »

Certes, certaines scènes de cravache pourront faire frémir le lecteur (la lectrice !) non averti(e) quoique risquant de les égayer à leur corps défendant (car on ne choisit pas ses désirs pas plus, d’ailleurs, que tout le reste) – et un livre qui donne envie est un livre réussi. Pour autant, la vertu de cette Petite fille ne réside pas seulement dans sa dimension érotique. Tout en reconnaissant de manière parfaitement honnête la dimension déviante du SM, March transcende le pathologique par le romantique, la perversion par la passion, la domination/soumission par la fusion des corps et des âmes. Et à la fin, ce n’est pas tant à Krafft-Ebing ou à Theodore Reik que l’on pense mais bien à George Bataille, André Masson ou au Dernier Tango à Paris. Alors, pulsion de mort sans doute – mais aussi et surtout expérience des limites, goût des gouffres, surhumanité dangereuse.

Et il ne faut pas se leurrer. Dans ce récit d’amour fou, la vraie perversion est moins sexuelle que conjugale. Le vrai dominateur, le vrai « méchant », ce n’est pas le fouetteur spectaculaire mais le mari fadasse et qui se révèle bientôt procédurier infernal – ce « futur-ex » que Marine épousât naguère, à qui elle donna deux enfants, mais qui ne représenta jamais pour elle qu’un devoir social et religieux. C’est là l’aspect proprement subversif de ce beau livre imprescriptible. Le SM, c’est la liberté, la confiance, l’effusion. La pince à seins fait bien moins mal que la bague au doigt. La « fiche de dressage » (reproduite page 40 pour les plus pressés) est bien moins aliénante que les codes du mariage. Et l’on suit avec passion ce couple hors-la-loi, obligé de traverser la France pour se retrouver et s’aimer à sa façon, laissant ses traces ses zébrures à Nice, Marseille, Étretat. Ah ! La scène où Hugo fouette Marine sur la plage au risque d’être vu par les promeneurs quoique plus « occupés à éviter l’eau qui montait au gré du ressac » et pouvant mouiller leurs chaussures qu’à regarder « ce qui pouvait se passer près des dunes. » Ou celle où Hugo ordonne à Marine d’aller chercher des cierges dans une église pour un usage moins iconique qu’iconoclaste. On ne dira jamais assez que le SM est une saturnale – y compris quand c’est l’homme qui domine, soumis au désir toujours en avance de sa dionysiaque de « soumise ».  « Devant ce déchaînement pulsionnel, il n’est de réponse que dans l’exagération et seule la cravache finissait par venir à bout de ses désirs. » De punitions « vespérales » en corrections solaires, l’excès s’installe dans ce couple limite et avec lui, l’amertume, le désespoir, l’impossible. L’amour physique est sans issue, chantait Gainsbourg – et Marine était au-delà de la petite mort.

À la fin, Hugo aura ce mot superbe : « me manque aussi ce sentiment d’être Maître du monde alors que j’avais triomphé de toi ». Aujourd’hui, il y a ce livre, véritable mausolée de l’amante que l’auteur a mis vingt-six ans à oser et qui figurera désormais en bonne place dans l’enfer de nos bibliothèques, son héroïne au paradis. Car on l’aimera à jamais cette Marine.

Questions à Pierre March « Hugo Boss »:

Vingt-sept ans pour écrire et publier ce livre. C’est le temps qu’il vous a fallu pour faire le deuil de votre amour ?

On ne peut pas faire un tel deuil, du moins ne l’ai-je pas pu. Le temps lave peu à peu les larmes et adoucit les peines profondes et puis, un jour, on se retrouve face à des photos, des souvenirs et j’ai éprouvé alors le désir irrépressible que cette histoire, cette femme plutôt, ne sombre pas dans l’abîme de l’oubli. Femme d’abîme sans aucun doute mais femme de chair et de sang, de joie, d’éclats de rires et de larmes cachées et donc inoubliable. Elle ne m’a jamais vraiment quitté mais je ne l’ai jamais voulu non plus… Je sais que je retournerai un jour dans ce cimetière d’Arnavütkoy, pour un nouvel Adieu sans fin.

En avant dernière page du livre, vous insérez l’avis de décès que vous aviez envoyé au Monde, le 28 août 1995. Marine, dites-vous, n’aurait pas voulu que son départ sombrât dans l’oubli. Était-ce parce qu’elle souhaitait qu’on retienne ses travaux scientifiques ou parce qu’elle espérait aussi inscrire votre aventure unique dans l’actualité comme pour l’officialiser aux yeux du… monde, justement ?

 Cela se situe sur un autre plan. Marine était indéniablement et à juste titre fière d’un parcours peu commun. De la petite fille qui accompagnait son père dans ses parties de pêche sur la mer de Marmara à la scientifique interlocutrice d’instituts de recherche prestigieux comme l’Inra par exemple, il y a un chemin que peu de personnes sont capable de parcourir avec succès et à aussi grande allure. Elle en était fière, d’une manière enfantine, étonnée elle-même, ou pas? « d’y être arrivée ». Notre histoire amoureuse devait restée cachée au début et elle ne l’envisageait que comme un domaine extrêmement privé qui ne pouvait être partagé en raison de son « anormalité »

Vous avez tenu à ce qu’une photo d’elle apparaisse en quatrième de couverture. On y voit une femme riante courir dans l’eau comme une petite fille. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette photo sur laquelle on revient très souvent lors de la lecture de votre livre comme pour la scruter et comprendre le mystère de cette femme – parce que oui, on veut connaître Marine ?

Une escapade en couple…alors que cela nous était interdit en réalité. Nous avions réussi à programmer ce long weekend du 29 avril au 1er mai 1995 et je rêvais de l’emmener au château de Sassetôt-le-Mauconduit, sur la côte d’albâtre, à quelques encablures de Fécamp. C’est un lieu magique ; une ancienne résidence d’été de Sissi, non loin des falaises des vaches noires. Le château est superbe, le parc ne l’est pas moins et les chambres, avec leurs grands lits à baldaquins, offrent des colonnes très opportunément placées aux quatre angles… comme il se doit.

Un week-end ensoleillé, de longues heures allongées sur les galets inconfortables de la plage d’Étretat, des moments de grâce, de silence, de tendresse. Une parenthèse presqu’ordinaire, empreinte d’une conjugalité dont elle rêvait déjà consciemment quand j’étais en retard d’un métro je crois ! Je n’ai jamais pu retourner à Étretat.

Dans la réédition, cette photo est à l’intérieur du livre.

La famille de Marine est-elle au courant de ce livre et si oui, comment l’a-t-elle pris ?

Quelques temps après son décès, son laboratoire a été vendu par son mari qui est retourné à Istanbul avec leurs deux fils. Je ne sais s’il revient en France et si le hasard le mettra en présence de ce livre. Je ne suis pas certain de le souhaiter. Cette femme n’était pas la sienne…

Marine était « une femme intelligente surdouée, qui savait aimer et ne savait pas vivre », écrivez-vous. Que représentait le SM pour elle ? Une façon de survivre, de dépasser la vie ? Même question pour vous.

Marine, Gila plutôt, comme je l’ai écrit, avait attendu l’âge de trente-six ans pour se faire opérer d’un appendice nasal caricatural qui la défigurait. Raisons financières ? Religieuses? Je ne sais et ne veux pas accabler un homme que je ne connais pas. Ce visage caricatural, que je n’ai connu qu’en photo, lui interdisait toute forme de séduction, c’est certain et je ne vois rien, de ce que je sais de son enfance à Istanbul, qui ait pu générer chez elle ce masochisme profond qui la poussait vers le fouet avec autant de passion. Elle avait souffert au delà du dicible de cette infirmité et il m’a semblé qu’elle se punissait d’avoir tant attendu pour vivre enfin. Elle avait un caractère excessif, passionné, emporté parfois « off limits » et je me suis attaché à la rendre « raisonnable » si tant est que cela était possible. Sa déraison était si attractive aussi ! Le graal de l’orgasme ne lui était accessible qu’à travers des « punitions » d’une sévérité extrême et je n’y ai vu de pulsion morbide que bien tardivement.

En ce qui me concerne, il y a eu Marine, et le reste de mes historiettes sadomasochistes n’a pas de réelle importance. J’y ai vu principalement l’affirmation d’un pouvoir. J’ai toujours assumé d’être un « dinosaure », un des derniers, un rescapé du Crétacé pour emm… les neo-féministes!

En vous lisant, j’ai pensé à Georges Bataille ou Pierre Klossowski. Vous ont-ils influencé dans votre écriture, eux ou d’autres ?

Il m’a fallu un temps infini pour écrire ce récit. J’en ai rédigé la moitié d’un trait, alors même que j’arrivais à Istanbul, quelques mois après la mort de Gila, la nuit, dans ma chambre d’hôtel et ensuite j’ai « lambiné » sans doute un peu tétanisé par une douleur sourde qui ne me quittait pas quand j’écrivais. J’ai pris conscience de ce remords à la lumière d’une réflexion de Catherine Robbe-Grillet qui me demandait récemment pourquoi je me sentais coupable. C’est ce remords plutôt qui a guidé ma plume, bien plus que des réminiscences de Georges Bataille dont mes lectures furent adolescentes et que Klossowski que je ne revois que dans le film de Bresson  Au hasard Balthazar où il jouait mais dont je n’ai rien lu ( Diable…devais-je donc avouer cela aussi ingénument?…), mon style n’appartient donc qu’à moi, pour autant est que j’en aie un !

Vous qui avez connu l’époque du Minitel rose, des sites SM, « primitifs » si j’ose dire, comment voyez-vous l’évolution de ce monde trente ans après ?

J’ai eu plaisir à lire sous votre plume que j’avais « pulvérisé au passage des produits de consommation aussi télécommandés que Cinquante nuances de Grey« . Je n’imagine pas que cette Petite fille aura un jour autant de succès que cette triste pochade mais il me plaît de penser que j’ai contribué à rendre vivant, intense et vibrant un amour placé sous les auspices du fouet, de la douleur et de l’acmé d’une osmose physique et intellectuelle.

Le monde que j’ai connu a disparu je crois, il n’en reste que des remugles frelatés et/ou commerciaux. Je me souviens de soirées chez Françoise, qui trônait, hiératique figure de la Mère Originelle (un peu fouettarde tout de même) tandis que les heureux élus abusaient les uns des autres, de façons très diverses et variées mais dans une authenticité indéniable.

Cinquante nuances de foutre…. ça rapporte! Mais ça n’a rien de SM.

Il y a une personne extraordinaire que vous évoquez dans votre livre, décédée elle aussi (le 15 août 2012 – jour de l’Assomption), mythe minuscule mais mythe quand même de notre ancien monde, et qui fut une très chère amie à moi, Juliette O. « Elle était belle. Elle savait le jeu et ses arcanes les plus secrètes. Elle m’intimida. », écrivez-vous. Je rajouterai à votre portrait que c’était aussi quelqu’un qui mettait formidablement à l’aise y compris dans les plus indicibles situations. Pourriez-vous en dire plus ?

Je ne veux pas risquer de « réduire » cette femme que j’ai un peu connue, mais pas assez puisque d’une part de toute évidence elle était attirée par Marine qui, elle, n’avait aucune inclination homosexuelle, et que cela limitait un peu la mise en  » tentation » telle que je la décris dans la scène à Bagnolet, et que d’autre part j’ai quitté le monde SM après la mort de Marine, ce qui m’a coupé d’une personne que j’appréciais beaucoup mais qui m’aurait rappelé Gila de façon trop cruelle. Ce qu’elle avait d’intimidant pour moi résidait dans son expérience tellement plus riche que la mienne alors que je l’avais invitée à assister à une séance avec Marine et que je craignais un peu que ce ne soit bien banal, alors qu’en vérité, elle me le confia peu après, elle avait été très émue de ce moment partagé ; mais les formes délicieuses de Marine devaient aussi y être pour quelque chose….

En revanche, vous êtes plutôt sévère avec « Mathilde », « la belle de ce monde SM, au demeurant plutôt minaudière et finalement assez quelconque ». Voulez-vous que je vous envoie mes témoins, Monsieur, pour votre muflerie rétroactive ?

Bah, je ne voulais certes pas vous offenser mon cher, comme vous l’écrivez nous nous connaissions un peu à travers ces forums où nous ferraillâmes autrefois… mais celle que je nommais dans l’intimité  » la belle en cuisses » (en raison de tenues assez courtes qui les dévoilaient à l’envi) représentait un contraire absolu de la femme qu’était Marine qui était agacée, jalouse peut-être un peu je crois, de voir une bande de  » rémoras » accrochés à ses basques au demeurant fort courtes… Marine se vivait toujours laide en réalité et supportait difficilement qu’un physique agréable pût apporter des conquêtes ; et pourtant elle était belle !

Heu…Vous préférez l’épée ou le 1858 Navy à poudre noire? (à vingt-cinq mètres je n’y suis pas mauvais!)

Et pour finir, un mot sur Maîtresse Françoise, notre reine à tous ?

Que dire de cette maîtresse femme qui a traversé bien des vicissitudes, des épreuves, et a néanmoins réussi à devenir et rester en effet la Reine de ce monde SM?…

Je lui dois cette rencontre, je lui dois Marine, je lui dois Gila. Je lui dois une des plus belles amours de ma vie ; étrange et dramatique à coup sûr mais… Je lui dois enfin d’avoir vécu ce moment unique dans la vie d’un homme où une femme lui demande de porter son enfant, sans rien attendre en retour que ce qu’il voudra bien lui donner de son temps et de son amour.

Ce moment est un marque au fer rouge et c’est à Françoise que je dois cette brûlure et je ne l’en remercierai jamais assez !

Merci à vous enfin, qui m’avez fait revivre quelques instants délicieusement pervers, quand bien même c’est douloureux de réactiver cette blessure.

Article du Professeur d’université Jean-Michel Devésa sur « La petite fille qui regardait le Bosphore » de Pierre March

Sous la petite fille la mère ?

par Jean-Michel Devésa[1]

Au début de La Petite Fille qui regardait le Bosphore (Le Four banal, 2021), Pierre March observe que « [d]epuis Shakespeare on n’a plus guère écrit d’histoire d’amour qui mériterait d’être lue ». Lui raconte la sienne ou plutôt il en témoigne. Par fidélité à celle avec laquelle il a partagé un « amour fou », littéralement infini, puisqu’aujourd’hui encore le narrateur est en proie à la passion éprouvée à l’endroit de Marine (Gilla), pourtant disparue un sinistre 20 août 1995 et reposant depuis dans le « cimetière paisible d’Arnavütkoy ».

Pour ma part, lisant La Petite Fille qui regardait le Bosphore, j’ai souvent levé les yeux au ciel (en aucune façon par désintérêt ! mais parce qu’on ne lit bien un texte qu’en s’en détachant de temps à autre pour s’abandonner à la rêverie et à la réflexion, Roland Barthes n’a pas été le dernier à nous le rappeler et à nous l’enseigner !), j’ai donc fréquemment regardé en moi, tout en suivant Hugo et la lumineuse Marine (une Lucie de l’entre-deux mondes, à la charnière de l’Europe et de l’Asie, là où dans nos mémoires et nos bibliothèques retentissent toujours les clameurs des armées de Darius, brille le sombre éclat des palais de la Sublime Porte, resplendissent tirées de leurs fourreaux les lames des janissaires et bruissent les désirs chuchotés derrière les façades en bois des yalis, ces somptueuses demeures ottomanes à l’élégance des courtisanes de haut vol. J’avais comme réminiscences Racine, Bajazet et les représentations convenues parce qu’exotiques du sérail, et plusieurs plans du film L’Immortelle d’Alain Robbe-Grillet.

En vérité, ce livre n’est pas un roman, et tout juste un journal même s’il en emprunte la démarche dans l’exposé du déroulement des faits, il est avant tout un tombeau, le cénotaphe érigé à la gloire de la femme « pure » aimée et aimante, comme s’il s’agissait pour Pierre March de s’acquitter avec de l’encre et des phrases de la dette terrible contractée à son égard, pas seulement pour le bonheur reçue d’elle, mais hélas parce qu’il a été impossible de la retenir de ce côté-ci du monde, parmi nous, pauvres vivants, et qu’épuisée elle a préféré rejoindre les âmes errantes au nombre desquelles en son for intérieur elle se comptait.

C’est ainsi que j’ai lu cette Petite Fille, en en tournant précautionneusement les pages, de crainte de perturber la paix dans laquelle repose Marianne.

D’autres lecteurs entreront par d’autres biais dans ce texte qui d’ailleurs me paraît à contre-courant de l’atmosphère dans laquelle nous baignons concernant l’intimité des sujets que nous sommes et les voies d’accès que nous empruntons, les uns et les autres, pour nous soustraire (dans l’ordre du symbolique et de l’imaginaire) avec la petite mort à l’emprise de la camarde et échapper à la finitude dans l’instant fugitif du jouir. Il est certain qu’on relèvera que cette histoire, qui a aligné des « jeux troubles et pervers », n’a rien d’un conte rose et qu’elle n’est pas bonne à circuler dans toutes les mains. Si à la charnière du XXe et du XXIe siècles des confessions de ce type ont obtenu plus qu’un succès d’estime, aujourd’hui le vent puritain qui souffle des rivages d’Amérique va probablement inciter la critique à conserver le silence sur cet ouvrage. Je souligne donc le courage de son auteur, celui d’être prêt soit à affronter les horions et l’indignation des nouveaux moralistes soit à souffrir une invisibilité qui a valeur d’antichambre du pilon. Et ce, parce que l’univers dans lequel évoluent les protagonistes de La Petite Fille qui regardait le Bosphore est celui de ce que, dans les media et sur les réseaux sociaux, et maintenant dans la société tout entière, il est convenu d’appeler le bdsm (pour « bondage / domination / sado-masochisme »)…

Sous ses codes et ses conventions, fourmille une multitude de pratiques et d’habitudes que les adeptes ont tendance à penser pour eux-mêmes et à présenter aux autres comme exprimant la quintessence de leur orientation sexuelle et de la « culture » que lui prête leur communauté, alors que, naturellement, en matière de sexualité humaine, entre partenaires majeurs et consentants, chaque relation se fantasme, se parle, se noue, et « s’expérience » de manière singulière. Or il n’est pas impossible que le mérite de ces rites (susceptibles de choquer et d’effrayer, voire de dégoûter) est de laisser affleurer ce qui se joue vraiment dans l’amour et le sexe (quand des individus s’y livrent et s’y risquent, c’est-à-dire fréquemment, et depuis la nuit des temps, et indépendamment de l’économie libidinale qui est la leur), en l’occurrence l’illusion névrotique d’un retour vers à la mère, d’un retour à la mère, avec laquelle en son ventre la « communion » était totale, avec qui à la naissance et durant quelques semaines de plus on ne faisait (croyait-on) qu’une entité organique et psychique.

L’ordre moral, non plus bourgeois, mais petit-bourgeois et postmoderne, demeure rétif, sinon hostile, à l’expression et à l’épanouissement des minorités sexuelles, et notamment de celles dont les pratiques interrogent frontalement, en les mettant en scène, parfois jusqu’au kitsch, les enjeux de pouvoir qu’aucune sexualité ne peut évacuer[2].

Les travaux et les analyses de Maurice Blanchot (Lautréamont et Sade), de Georges Bataille (L’Érotisme) et de Gilles Deleuze (Présentation de Sacher-Masoch), pour ne citer qu’eux, constituent une somme d’outils conceptuels, de réflexions théoriques et critiques, et d’observations, qui permet de mieux cerner ces perversions que sont le sadisme et le masochisme.

Dans cette perspective, il est indispensable d’être prudent d’autant que l’air du temps est à l’amalgame et au semblant, et que l’emploi de catégories descriptives, comme « le BDSM », « le SM » (pour « le Sado-Masochisme ») et la relation « D/s » (pour « la relation Domination/soumission »), accrédite l’idée d’une même économie psychique, aux versants sadique et masochiste « complémentaires ». Toutefois, les pratiques sexuelles supposées fédérées et regroupées sous ses dénominations n’ont peut-être en commun qu’un certain fétichisme et un indéniable rapport (symbolique ou pas) à la violence et à l’humiliation. Il serait par conséquent réducteur, pour les analyser, de recourir à une hypothétique « unité sado-masochiste[3] » si elles relevaient de « régimes » et de « fonctionnements » distincts. Jeanne de Berg (Catherine Robbe-Grillet) est sans aucun doute mieux inspirée en soulignant sobrement le lien de cette sexualité avec Thanatos, la pulsion de mort[4].

C’est en me fondant sur ces thèses que je me suis penché sur La Petite Fille qui regardait le Bosphore, persuadé que cette sexualité, chaque fois qu’entre adultes elle « met en théâtre » un rapport de domination, mobilise des stéréotypes qui occultent les plaies de sujets qui, pour les panser, ou du moins pour s’en accommoder, rejouent les conflits qui les ont modelés, façonnés, pétris, et qui ont présidé à leur structuration psychique.

C’est une liaison de ce genre, « pas commune », qui a bouleversé les existences de Marine et de Hugo (Pierre) et transfiguré leur quotidien bien qu’en les condamnant les deux à des « amours clandestines ». Sa relation (précise et claire sous la plume de Pierre March) enseigne beaucoup quant à ce qui trame nos attractions et nos engouements, même pour celles et ceux d’entre nous dont les modalités par lesquelles ils atteignent à la plénitude de l’extase sont à mille lieux de celles par lesquelles de concert vibraient Marine et Hugo. J’en viens par conséquent à formuler des vœux, sincères, pour que La Petite Fille qui regardait le Bosphore trouve son public, un public tolérant, intelligent et fin, à l’écoute de tous et de chacun, aimant la littérature laquelle procède de ces opérations mystérieuses de l’esprit qui du vil métal et des maux produisent des perles et des joyaux.  

[1] Professeur des universités, écrivain.

[2] Se reporter à Benno Rosenberg, Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, Paris, P.U.F., Coll. « Monographies de psychanalyse », 1999, p. 137 : « […] Freud ajoute quelques lignes plus loin « qu’une certaine adjonction de ces deux aspirations [le sadisme et le masochisme] entre dans la relation sexuelle normale… », ce qui veut dire qu’à ses yeux, il y avait une dimension sadique-masochique de toute sexualité en tant que telle, et à partir de là, dans toute pathologie. »

[3] Se reporter à Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, (1967), Paris, Minuit, 2004, p. 37 : « Quand on mélange sadisme et masochisme, c’est qu’on a commencé par abstraire deux entités, le sadique indépendamment de son monde, le masochiste indépendamment du sien, et l’on trouve tout simple que ces deux abstractions s’arrangent ensemble, une fois qu’on les a privées de leur Umwelt, de leur chair et de leur sang. » 

[4] Jeanne de Berg, Le Petit Carnet perdu, Paris, Fayard, 2007, p. 12-13 : « […] le sadomasochisme relève d’une certaine idée de l’érotisme qui joue quelquefois avec la mort et ses visages ; il s’en approche, fasciné, mais ne pénètre jamais dans son domaine. »

La naissance des éditions Le Four banal saluée par Christine Comet dans Sud Ouest

« La petite fille qui regardait le Bosphore», de Pierre-Michel March, est la première publication des éditions Le Four Banal.
© Crédit photo : C. C.
Après un parcours professionnel très riche au sein de grandes entreprises, en France comme à l’étranger, principalement axé sur le management de transition et la gestion de conflits d’entreprises, Pierre-Michel March avait créé il y a quelques années une première maison d’édition, spécialisée dans le livre numérique.
Projet sans doute prématuré, et sûrement à l’encontre des règles de la profession : un livre numérique, ou e-book, se vend seulement 20 % moins cher qu’un livre papier, alors que son coût de réalisation est bien moindre. Or, c’est à un prix de sortie qui lui semblait raisonnable que Pierre-Michel March souhaitait diffuser le livre numérique. De fait, il n’a pu trouver les appuis nécessaires.
Parallèlement et pendant près de vingt-cinq ans, Pierre-Michel March a écrit une histoire d’amour sulfureuse, entre sado et masochisme, une relation violente entre deux adultes consentants, qu’il décrit avec réalisme, une histoire d’amour qui se termine mal.
Comité de lecture
Au printemps 2021, il rencontre un ami déjà désireux de créer une maison d’édition, et qui lui propose de le publier. C’est ainsi que naît en août 2021 Le Four Banal, à Torxé. Naturellement, le premier ouvrage publié en octobre 2021 est ainsi « La petite fille qui regardait le Bosphore», de Pierre-Michel March, qui est le directeur de publication de la structure.
Grâce au travail de son attachée de presse, Guilaine Depis, l’auteur est invité au salon du livre de Monaco (16 et 17 avril 2022). La toute jeune maison d’édition a trois ouvrages en cours d’édition : « Le requiem de l’Horloge », thriller, de Mathieu Dangaix, « Des puces dans la coke », espionnage, d’Hervé Lehning et « Rivière joyeuse », roman dans la veine du réalisme magique, de Guillaume Renouard. Quatre manuscrits sont actuellement en comité de lecture. Composé à ce jour de cinq lecteurs bénévoles, de culture, goûts et niveaux différents, ce comité est appelé à s’étoffer sur candidature spontanée. 

« Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir » (sur Pierre March)

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore

Il s’agit d’une histoire d’amour, un récit, pas un roman. Un peu spécial parce que sadomasochiste.

C’était au début des années 1990 en France, au temps encore du Minitel. Des élites nanties s’amusaient entre elles sur le réseau et échangeaient des messages pour des rencontres sur le fameux 3615. FETISH était l’un de ces sites d’entre-soi où des gens de bonne compagnie faisaient connaissance avant d’aller plus loin, jusqu’à la rencontre et plus si affinités.

Ce fut le cas de Marine et d’Hugo, deux pseudos pour une chercheuse en génome de Saint-Quentin en Yvelines et d’un directeur de société à Montpellier. Chacun mûr, marié, avec enfants. Cherchant un piment érotique à leur existence entrée dans la routine, même s’il ne s’agissait pas de la changer.

Marine est morte, le lecteur saura comment, et le narrateur son partenaire se souvient, 25 ans après. Son récit embellit peut-être, avec la nostalgie du temps qui passe, mais dresse un monument à celle qui fut sa Soumise.

Car le sadomasochisme est l’art de jouir et de faire jouir par la souffrance graduée. Le Maître (qui peut être pour les hommes une Maîtresse) adopte pour Esclave une femme consentante qui ne demande qu’à être dominée pour entrer en jouissance. La violence sur la chair offre la rédemption du plaisir. Il y a peut-être des racines profondes avec la culture des religions du Livre où le Père tout-puissant punit de leur faute les faibles humains. Ne me demandez pas pourquoi ce qui heurte le sens commun peut être un plaisir, ni comment trouver le bonheur de la chair en la tourmentant : c’est ainsi. Jean-Jacques Rousseau, fessé enfant, y a trouvé une jouissance qu’il a gardé adulte.

Ce livre de chair, bien écrit entre Donatien Alphonse François de Sade et Philippe Joyeux dit Sollers, ne cache rien des pratiques de fouet, martinet et pinces à sein, ni du léchage clitoridien, ni de la sodomie. Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir. A conseiller aux curés cependant pour qu’ils connaissent autre chose que la manipulation perverse des anges. Oui, deux adultes consentants (parfois trois), peuvent s’envoyer en l’air à leur gré sans que la société ait à mettre son nez dans leurs parties. Même si l’on ne peut s’empêcher de penser que désirer souffrir ou faire souffrir a quelque chose à voir avec la pulsion de mort.

Mais c’était en 1994 et 1995 et l’auteur, alors en plein âge dominant, avoue que les relations sadomasos se sont bien dégradées depuis, la pratique attirant tous les exaspérés de la queue et toutes les inavouées putains. Tel n’était pas le cas entre Gila K, juive d’Istanbul émigrée en France pour y fonder le premier laboratoire privé de séquençage d’ADN en France, et Pierre M, DRH de grands groupes, le narrateur. Elle s’offre pour fuir une enfance contrainte et un mariage étouffant dans la religion juive, malgré ses deux fils qu’elle aime, lui se sent Maître du monde et de la Femme. Un destin peu commun.

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore, 2021, Le four banal, 203 pages, €16.50 non référencé Amazon (en raison du sujet pas assez puritain ?)

Présentation de la maison d’édition

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Le Dit des Mots offre la première excellente lecture du roman émouvant de Pierre March

Derrière un titre poétique – La petite fille qui regardait le Bosphore – se cache un drame beaucoup plus sombre. Pour son premier roman, Pierre March invite le lecteur à découvrir un sujet souvent tabou, le sado-masochisme, à travers un amour impossible…

La petite fille qui regardait le Bosphore c’est une histoire d’amour « sulfureuse » car placée sous le sceau d’un sado-masochisme consenti entre Hugo, cadre supérieur et une jeune femme, mariée dans la tradition judaïque, Marine, créatrice du premier laboratoire privé de séquence d’ADN… Une histoire d’amour inattendue entre deux adultes ayant chacun une vie de famille, qui pourra en choquer certains, et une histoire d’amour qui finit mal.

Au fil des pages, qui joue sur un aller-retour entre passé et présent, Pierre March raconte, non sans une certaine froideur de descriptions presque cliniques, la relation qui se tisse entre ces deux êtres, réunis par le même goût pour des relations de maître à esclave. Il écrit ainsi : « Nous avons rapidement découvert que nos atomes étaient assez « crochus ». Ton masochisme, bien réel comme j’ai pu le vérifier si souvent par la suite, ne pouvait s’exprimer dans une vie de couple simple et routinière, bercée – endormie ? – par une pratique religieuse peu propice à l’épanouissement de ces pulsions sauvages et perverses qui te transperçaient régulièrement.« 

Au fil de courts chapitres, on plonge ainsi dans un univers étrange, voire choquant, pour qui est étranger à de telles pratiques sexuelles. Au demeurant, Pierre March parvient bien à faire partager comment ces relations violentes entre deux adultes consentants – elles se déroulent au milieu des années 90 – est une expression, violente, dérangeante, d’un amour profond. Pour autant, comme le dit la chanson, « les histoires d’amour finissent mal en général » et ce récit tourne rapidement à une oraison funèbre…

Portrait d’une femme marquée par la difficulté de vivre, d’échapper au poids d’une certaine tradition, et d’un homme qui lui impose les règles d’un jeu dominateur, ce roman ne peut laisser indifférent tant les choses sont décrites par le menu. Il lui écrit ainsi : « Mon école est dure, dites-vous, certes, mais cherchiez-vous donc la facilité pour que vous me reprochiez plus particulièrement cela ? Je n’ose le croire. En tout état de cause, vous ne sauriez critiquer ma méthode impunément, sachez-le, et ne fautez plus. »

Chronique d’une relation sur un fil du rasoir, ce premier roman explore un univers qui ne peut que susciter des interrogations, et ce d’autant plus que l’auteur ne cède à aucun folklore mais décrit, sans fard, la réalité d’une telle relation. Ce réalisme ne peut alors laisser de marbre…

(*) Ed. Le Four banal

Evoquer avec gravité une histoire d’amour sado-masochiste, le premier roman de Pierre March

La Balustrade de Guilaine Depis vous propose pour la période octobre à mars 2021:
(pour demander un livre, merci d’adresser un mail à guilaine_depis@yahoo.com et pour interviewer l’auteur sms 06 84 36 31 85)
 
« La petite fille qui regardait le Bosphore » le premier roman de Pierre March 
Préface de Maîtresse Françoise (qui fut la grande entremetteuse de LA rencontre du livre)
aux Editions Le Four banal*
 
Parution en novembre 2021
Sortie simultanée pour le public anglophone (Traductrice Hannah Doyle)
 
* Loin de tout folklore, outrance ou provocation, le parti pris de l’auteur est l’évocation sérieuse, et même grave, d’un sujet poignant : Le sado-masochisme. 
 
* Un sujet difficile, délicat à comprendre et qui peut choquer les imbéciles qui jugent la sexualité des autres adultes consentants. Or, rien ne peut moins être jugé par autrui que la sexualité entre adultes consentants. 
Les imbéciles ignorent aussi sans doute que nombre des plus grands philosophes et écrivains se sont penchés sérieusement sur ce sujet : D’où vient le masochisme ? Le besoin d’avoir mal ? De préférer le fouet aux caresses ?
 
Une histoire d’amour folle, sulfureuse : « Depuis Shakespeare on n’a plus guère écrit d’histoire d’amour qui mérite d’être lue. Tout a été résumé en ces deux destins tragiques et je n’oserai leur comparer le nôtre. Il y manque un sacrifice en premier lieu, le mien. »
* Une ode élégiaque à une femme, une femme intelligente, surdouée, qui savait aimer et ne savait pas vivre.
* Pierre March dit par le temps infini qu’il lui a fallu pour pouvoir écrire ce récit, véritable mausolée de papier, la difficulté de vivre un tel amour et de le voir périr.
* Le destin peu commun de cette femme, née dans la communauté juive d’Istanbul, étudiante brillante à Notre dame de Sion, doctorante précurseure dans un domaine encore confidentiel quand elle débarque à l’Université Claude Bernard à Lyon pour y étudier la génétique et qui créera en France le premier laboratoire privé alors très masculin.
 
« Je ne te retrouve que maintenant. La nuit est déjà bien commencée et tu es là, immatérielle dans l’air ambiant, et me manquent déjà l’odeur acidulée de ta peau, la lumière de ton rire, ta voix infiniment douce qui me demandait : 
– « Fouette-moi, fouettez-moi, Maître, je vous en prie ! », et ton corps dénudé et offert, soumis à mon désir, paisible comme il l’était après s’être plié à mes exigences les plus troubles. Me manque aussi ce sentiment d’être Maître du monde après que j’aie triomphé de toi. »
La maison d’édition : Autrefois, le Ban était la règle qui régissait les rapports entre les seigneurs et les habitants. Le seigneur devait ainsi mettre à disposition contre une redevance, des équipements que les gens n’avaient pas le droit de posséder: un moulin, un pressoir, un four… Le gens cuisaient leur pain au four banal. Le pain était de bonne qualité et le four banal était un lieu de rencontre, d’échange, de partage. On y racontait des histoires, des ragots aussi… 
L’auteur : Pierre March a travaillé comme Directeur des Ressources humaines dans de grands groupes, un métier qui lui a permis de prendre conscience de ses talents de diplomate. Au bout de 30 années de gestation, ce livre sur celle qui s’appelait *Marine quand il l’a rencontrée sous le pseudonyme *Hugo Boss paraît enfin comme une impérieuse nécessité.