« Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir » (sur Pierre March)

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore

Il s’agit d’une histoire d’amour, un récit, pas un roman. Un peu spécial parce que sadomasochiste.

C’était au début des années 1990 en France, au temps encore du Minitel. Des élites nanties s’amusaient entre elles sur le réseau et échangeaient des messages pour des rencontres sur le fameux 3615. FETISH était l’un de ces sites d’entre-soi où des gens de bonne compagnie faisaient connaissance avant d’aller plus loin, jusqu’à la rencontre et plus si affinités.

Ce fut le cas de Marine et d’Hugo, deux pseudos pour une chercheuse en génome de Saint-Quentin en Yvelines et d’un directeur de société à Montpellier. Chacun mûr, marié, avec enfants. Cherchant un piment érotique à leur existence entrée dans la routine, même s’il ne s’agissait pas de la changer.

Marine est morte, le lecteur saura comment, et le narrateur son partenaire se souvient, 25 ans après. Son récit embellit peut-être, avec la nostalgie du temps qui passe, mais dresse un monument à celle qui fut sa Soumise.

Car le sadomasochisme est l’art de jouir et de faire jouir par la souffrance graduée. Le Maître (qui peut être pour les hommes une Maîtresse) adopte pour Esclave une femme consentante qui ne demande qu’à être dominée pour entrer en jouissance. La violence sur la chair offre la rédemption du plaisir. Il y a peut-être des racines profondes avec la culture des religions du Livre où le Père tout-puissant punit de leur faute les faibles humains. Ne me demandez pas pourquoi ce qui heurte le sens commun peut être un plaisir, ni comment trouver le bonheur de la chair en la tourmentant : c’est ainsi. Jean-Jacques Rousseau, fessé enfant, y a trouvé une jouissance qu’il a gardé adulte.

Ce livre de chair, bien écrit entre Donatien Alphonse François de Sade et Philippe Joyeux dit Sollers, ne cache rien des pratiques de fouet, martinet et pinces à sein, ni du léchage clitoridien, ni de la sodomie. Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir. A conseiller aux curés cependant pour qu’ils connaissent autre chose que la manipulation perverse des anges. Oui, deux adultes consentants (parfois trois), peuvent s’envoyer en l’air à leur gré sans que la société ait à mettre son nez dans leurs parties. Même si l’on ne peut s’empêcher de penser que désirer souffrir ou faire souffrir a quelque chose à voir avec la pulsion de mort.

Mais c’était en 1994 et 1995 et l’auteur, alors en plein âge dominant, avoue que les relations sadomasos se sont bien dégradées depuis, la pratique attirant tous les exaspérés de la queue et toutes les inavouées putains. Tel n’était pas le cas entre Gila K, juive d’Istanbul émigrée en France pour y fonder le premier laboratoire privé de séquençage d’ADN en France, et Pierre M, DRH de grands groupes, le narrateur. Elle s’offre pour fuir une enfance contrainte et un mariage étouffant dans la religion juive, malgré ses deux fils qu’elle aime, lui se sent Maître du monde et de la Femme. Un destin peu commun.

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore, 2021, Le four banal, 203 pages, €16.50 non référencé Amazon (en raison du sujet pas assez puritain ?)

Présentation de la maison d’édition

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Le Dit des Mots offre la première excellente lecture du roman émouvant de Pierre March

Derrière un titre poétique – La petite fille qui regardait le Bosphore – se cache un drame beaucoup plus sombre. Pour son premier roman, Pierre March invite le lecteur à découvrir un sujet souvent tabou, le sado-masochisme, à travers un amour impossible…

La petite fille qui regardait le Bosphore c’est une histoire d’amour « sulfureuse » car placée sous le sceau d’un sado-masochisme consenti entre Hugo, cadre supérieur et une jeune femme, mariée dans la tradition judaïque, Marine, créatrice du premier laboratoire privé de séquence d’ADN… Une histoire d’amour inattendue entre deux adultes ayant chacun une vie de famille, qui pourra en choquer certains, et une histoire d’amour qui finit mal.

Au fil des pages, qui joue sur un aller-retour entre passé et présent, Pierre March raconte, non sans une certaine froideur de descriptions presque cliniques, la relation qui se tisse entre ces deux êtres, réunis par le même goût pour des relations de maître à esclave. Il écrit ainsi : « Nous avons rapidement découvert que nos atomes étaient assez « crochus ». Ton masochisme, bien réel comme j’ai pu le vérifier si souvent par la suite, ne pouvait s’exprimer dans une vie de couple simple et routinière, bercée – endormie ? – par une pratique religieuse peu propice à l’épanouissement de ces pulsions sauvages et perverses qui te transperçaient régulièrement.« 

Au fil de courts chapitres, on plonge ainsi dans un univers étrange, voire choquant, pour qui est étranger à de telles pratiques sexuelles. Au demeurant, Pierre March parvient bien à faire partager comment ces relations violentes entre deux adultes consentants – elles se déroulent au milieu des années 90 – est une expression, violente, dérangeante, d’un amour profond. Pour autant, comme le dit la chanson, « les histoires d’amour finissent mal en général » et ce récit tourne rapidement à une oraison funèbre…

Portrait d’une femme marquée par la difficulté de vivre, d’échapper au poids d’une certaine tradition, et d’un homme qui lui impose les règles d’un jeu dominateur, ce roman ne peut laisser indifférent tant les choses sont décrites par le menu. Il lui écrit ainsi : « Mon école est dure, dites-vous, certes, mais cherchiez-vous donc la facilité pour que vous me reprochiez plus particulièrement cela ? Je n’ose le croire. En tout état de cause, vous ne sauriez critiquer ma méthode impunément, sachez-le, et ne fautez plus. »

Chronique d’une relation sur un fil du rasoir, ce premier roman explore un univers qui ne peut que susciter des interrogations, et ce d’autant plus que l’auteur ne cède à aucun folklore mais décrit, sans fard, la réalité d’une telle relation. Ce réalisme ne peut alors laisser de marbre…

(*) Ed. Le Four banal

Evoquer avec gravité une histoire d’amour sado-masochiste, le premier roman de Pierre March

La Balustrade de Guilaine Depis vous propose pour la période octobre à mars 2021:
(pour demander un livre, merci d’adresser un mail à guilaine_depis@yahoo.com et pour interviewer l’auteur sms 06 84 36 31 85)
 
« La petite fille qui regardait le Bosphore » le premier roman de Pierre March 
Préface de Maîtresse Françoise (qui fut la grande entremetteuse de LA rencontre du livre)
aux Editions Le Four banal*
 
Parution en novembre 2021
Sortie simultanée pour le public anglophone (Traductrice Hannah Doyle)
 
* Loin de tout folklore, outrance ou provocation, le parti pris de l’auteur est l’évocation sérieuse, et même grave, d’un sujet poignant : Le sado-masochisme. 
 
* Un sujet difficile, délicat à comprendre et qui peut choquer les imbéciles qui jugent la sexualité des autres adultes consentants. Or, rien ne peut moins être jugé par autrui que la sexualité entre adultes consentants. 
Les imbéciles ignorent aussi sans doute que nombre des plus grands philosophes et écrivains se sont penchés sérieusement sur ce sujet : D’où vient le masochisme ? Le besoin d’avoir mal ? De préférer le fouet aux caresses ?
 
Une histoire d’amour folle, sulfureuse : « Depuis Shakespeare on n’a plus guère écrit d’histoire d’amour qui mérite d’être lue. Tout a été résumé en ces deux destins tragiques et je n’oserai leur comparer le nôtre. Il y manque un sacrifice en premier lieu, le mien. »
* Une ode élégiaque à une femme, une femme intelligente, surdouée, qui savait aimer et ne savait pas vivre.
* Pierre March dit par le temps infini qu’il lui a fallu pour pouvoir écrire ce récit, véritable mausolée de papier, la difficulté de vivre un tel amour et de le voir périr.
* Le destin peu commun de cette femme, née dans la communauté juive d’Istanbul, étudiante brillante à Notre dame de Sion, doctorante précurseure dans un domaine encore confidentiel quand elle débarque à l’Université Claude Bernard à Lyon pour y étudier la génétique et qui créera en France le premier laboratoire privé alors très masculin.
 
« Je ne te retrouve que maintenant. La nuit est déjà bien commencée et tu es là, immatérielle dans l’air ambiant, et me manquent déjà l’odeur acidulée de ta peau, la lumière de ton rire, ta voix infiniment douce qui me demandait : 
– « Fouette-moi, fouettez-moi, Maître, je vous en prie ! », et ton corps dénudé et offert, soumis à mon désir, paisible comme il l’était après s’être plié à mes exigences les plus troubles. Me manque aussi ce sentiment d’être Maître du monde après que j’aie triomphé de toi. »
La maison d’édition : Autrefois, le Ban était la règle qui régissait les rapports entre les seigneurs et les habitants. Le seigneur devait ainsi mettre à disposition contre une redevance, des équipements que les gens n’avaient pas le droit de posséder: un moulin, un pressoir, un four… Le gens cuisaient leur pain au four banal. Le pain était de bonne qualité et le four banal était un lieu de rencontre, d’échange, de partage. On y racontait des histoires, des ragots aussi… 
L’auteur : Pierre March a travaillé comme Directeur des Ressources humaines dans de grands groupes, un métier qui lui a permis de prendre conscience de ses talents de diplomate. Au bout de 30 années de gestation, ce livre sur celle qui s’appelait *Marine quand il l’a rencontrée sous le pseudonyme *Hugo Boss paraît enfin comme une impérieuse nécessité.