Léo Marchandon interviewe John Karp sur Finance Mag

Léo Marchandon interviewe John Karp sur Finance MagDébut décembre, se tenait à Miami le plus grand salon consacré à l’Art, le Art Basel. Pas de rapport avec la finance a priori, sauf que cette année, le mot sur toutes les lèvres tenait en un sigle : “NFT”. Pour essayer d’y voir plus clair sur les rapports entre cette nouvelle technologie, l’art et la finance, nous avons contacté le spécialiste français des NFT, John Karp. Auteur du premier ouvrage français consacré au Crypto-Art, il anime de façon quotidienne “NFT Morning”, un podcast dédié à la démocratisation des NFT. Pour Finance Mag, il revient sur les fondamentaux de cette nouvelle technologie, qui fascine autant qu’elle intrigue, et en esquisse les enjeux futurs.

Le monde des NFT peut sembler un peu technique pour ceux qui en sont éloignés. Comment expliqueriez-vous ce qu’est un NFT à un néophyte ?

Pour faire simple, le NFT ou Non Fungible Token, c’est une technologie qui permet d’avoir un titre de propriété sur un objet numérique. Comme tout titre, je vais avoir des attributs conférés à cet objet, et vais pouvoir en faire ce que je souhaite : le prêter, le donner, le vendre, l’utiliser comme hypothèque ou comme collatéral dans un crédit. Le NFT permet de créer de la rareté et de donner de la valeur à un objet qui n’en avait pas avant – car il n’y avait pas de notion de propriété sur les objets numériques. Il y avait déjà des achats, dans les jeux vidéo notamment, avec l’achat d’éléments cosmétiques dans un jeu comme Fortnite. Il faut se rendre compte de la taille du marché : dans Fortnite, 5 milliards de dollars ont été dépensés cette année pour acheter des “wearables”. Quand j’achète ces vêtements virtuels, je peux les porter dans le jeu, mais je n’en suis pas propriétaire. Je ne peux pas les revendre sur Leboncoin. Si je souhaite les prêter ou les donner à quelqu’un, les emmener dans un autre jeu vidéo, je ne peux pas le faire. Si Fortnite dépose le bilan et disparaît, je perds ma propriété. Ainsi, les NFT changent la donne dans la vision qu’on peut avoir des jeux  ou de l’art.

Il est parfois difficile de saisir l’intérêt de posséder un objet numérique. Au final, cela reste un simple fichier qui peut être copié à l’identique. Pourquoi acheter des NFT?

La question qu’il faut se poser pour comprendre l’utilité du NFT, c’est qu’est-ce qu’on veut faire de cet objet numérique ? Si j’ai simplement envie de l’afficher, de l’imprimer, je n’ai pas besoin d’acheter le NFT. Mais de la même manière, je peux jouir de photos d’artistes ou de copies de tableaux semblables à l’original sans posséder ce dernier. Prenez la Joconde. Il existe maintenant d’excellents peintres ou même des ordinateurs qui en font des répliques à l’identique. N’importe qui peut avoir une Mona Lisa au mur chez soi. Mais ce n’est pas la même chose que l’œuvre originale. Le NFT crée la notion d’être propriétaire de l’original, du vrai. Je sais que je possède l’objet véritable grâce au NFT. C’est le plaisir de collectionner, de posséder une certaine valeur. Pour d’autres, c’est aussi un signe extérieur de richesse, mais numérique. Je vais citer l’artiste Hackatao : « Everybody can see it, only one owns it » (tout le monde le voit, un seul le possède).

C’est aussi un changement dans la façon de concevoir le monde de l’art. Les belles œuvres d’art, personne n’en jouit. Elles sont dans un coffre-fort à Genève, personne ne les voit. Avec les NFT, le propriétaire possède l’œuvre mais tout le monde peut la voir, tout le monde peut en discuter. Les NFT contribuent à créer un modèle vertueux : vertueux pour ceux qui peuvent posséder de tels objets, vertueux pour l’artiste, vertueux pour les spectateurs. C’est une nouvelle façon de voir l’art. Et je le répète, mais c’est une vraie révolution pour les artistes qui peuvent désormais en vivre. Cela ouvre aussi la voie à l’apparition de royalties pour les œuvres numériques.

On a pu voir l’artiste Beeple vendre une œuvre à près de soixante-dix millions de dollars … Les NFT n’encouragent-ils pas un usage spéculatif ?

Beeple, ça fait 20 ans qu’il existe. C’est quelqu’un de très connu dans le monde de la 3D. Il a travaillé sur des clips musicaux. A côté de ça, il publie tous les jours un nouveau croquis 3D sur les réseaux sociaux. Il en a déjà publié plus de cinq mille. Jusqu’à présent, il n’avait pas la possibilité de vivre de son art, de vendre ses œuvres numériques natives. L’arrivée des NFT, c’est un changement de paradigme assez important pour un artiste de la trempe de Beeple.

Comment fait-on pour se lancer dans les NFT ? Que l’on soit un artiste prêt à vendre ses pièces, ou un investisseur qui souhaite acheter ?

Comment lancer un NFT ? Ça peut être très simple. Il existe déjà des plateformes accessibles aux grand public, qui permettent de créer un NFT comme on crée un profil sur un réseau social. La plateforme la plus connue s’appelle opensea.io. On uploade l’image, elle est directement « frappée » (inscrite dans la blockchain), et peut être immédiatement mise en vente sur cette même plateforme.

En ce qui concerne l’investissement, 99% des NFT qui se lancent aujourd’hui ne vaudront plus rien dans 10 ans. Comment estimer qu’une œuvre sera une œuvre majeure dans 30 ans ? C’est une logique assez similaire à l’art « traditionnel » en réalité. Tout dépend également de si l’on a une logique de collectionneur ou de spéculateur. Je suis plutôt un collectionneur, et c’est à travers ce filtre que je choisis les pièces que j’acquiers. Pour l’investissement, la réponse facile, c’est d’investir sur des « blue chip NFT », c’est-à-dire ceux des artistes qui sont déjà connus, qui sont durables, qui ont une communauté engagée. La notoriété d’un artiste, et donc de ses œuvres, affecte automatiquement lsa valeur de ses NFT. En fait, je conseillerais d’investir dans des artistes qui étaient là avant les NFT, et qui leur survivront. 

Quel sera selon vous l’impact de cette nouvelle technologie dans la finance ? Existe-t-il des applications en dehors de l’art ou des jeux vidéo ?

On commence à arriver à une financiarisation des objets numériques, de la même manière qu’il y a eu une financiarisation de l’immobilier. C’est un nouveau marché. A partir du moment où il y a de la valeur, il y a une activité financière. On a des collectionneurs, des investisseurs, des spéculateurs. Les grandes expérimentations autour de la financiarisation et la création de liquidité dans l’art se font déjà dans le NFT. Par exemple, on a aujourd’hui des expérimentations qui ont lieu et qui permettent d’obtenir des crédits instantanés en mettant son NFT en collatéral dans une transaction. Tout se fait via la blockchain. La vérification de la propriété et de la valeur du NFT est instantanée, tout comme l’obtention du crédit avec une condition de remboursement automatique de sa valeur, et une prise de ce NFT en cas de non remboursement. Tout se fait via la technologie NFT, sans tiers de confiance. On assiste aussi à une fractionalisation de l’art. De grandes pièces vont pouvoir être divisées pour avoir plusieurs propriétaires. Enfin, des notions d’utilité se développent autour du NFT. Si vous possédez certains NFT de chez Binance, qui fonctionnent comme des cartes de fidélité, la rentabilité sur vos placements pourra être plus importante. C’est une carte de fidélité qui peut s’échanger, mais qui peut aussi donner des droits ou des accès. Pour l’entreprise qui y a recours, c’est une nouvelle manière de gérer ses clients qui a l’avantage de ne pas consommer une seule once de donnée privée. C’est un pass d’identification sans données personnelles. Il est possible de travailler sur cette base là pour créer tout un ensemble de services qui in fine rendent la finance plus tangible.

Pensez vous que l’explosion du secteur des NFT est en partie due à la pandémie ? Elle qui a eu pour effet de pousser les gens vers les solutions numériques dans de nombreux domaines…

Assurément, le covid est un accélérateur de pratiques qui existent depuis longtemps. Tout ce qui devait arriver à plus ou moins long terme est arrivé. Le télétravail, l’apparition d’autres modes de vie, et surtout le fait de réaliser que nous sommes devenus des êtres numériques – ce qui n’est pas quelque chose de négatif en soi. Je pense qu’il faut arrêter d’imaginer cette « vie numérique » de façon dystopique comme dans le film de Spielberg Ready Player One. Le numérique crée des liens sociaux. On a plus d’interactions, on rencontre plus de monde via les réseaux sociaux. Or, quand je passe le plus clair de mon temps sur le grand metaverse des Internets, je vais naturellement chercher des signes extérieurs de richesse. Les NFT donnent corps à ce nouvel usage.

L’impact écologique de la blockchain est fréquemment pointé du doigt par ses détracteurs, et les NFT n’y échappent pas. Est-il possible d’imaginer des NFT verts ?

Il existe déjà aujourd’hui des NFT qui ont une empreinte carbone neutre. Ils ne sont pas basés sur Ethereum mais sur des blockchains plus récentes qui consomment moins d’énergie et qui réduisent énormément la consommation d’un NFT. La blockchain Ethereum avance elle aussi avec un nouveau protocole qui sera neutre d’un point de vue du carbone, et qui devrait arriver d’ici un an. Mais il faut se dire que la question de l’impact écologique de la blockchain a d’abord été soulevée par les aficionadosdes NFT. C’est d’abord et avant tout un débat interne, qui a été par la suite récupéré par les gens de l’extérieur. Il faut se rendre compte que l’impact écologique des NFT est extrêmement faible par rapport à un Netflix, un Amazon ou un Volskwagen. C’est un débat qui est légitime, comme pour toute activité ; je regrette simplement que le seul secteur qui se pose cette question et que l’on incrimine de fait soit celui des NFT.. Ensuite, il faut également s’intéresser aux productions d’électricité qui sont derrière la blockchain : très peu de fossiles, beaucoup d’énergies renouvelables. Les gens qui font avancer les NFT aujourd’hui se posent évidemment la question de l’écologie et tentent par tous les moyens de réduire l’empreinte carbone due à leurs activités. En réalité, ce sont souvent ceux qui critiquent qui ont une empreinte carbone plus lourde. 

Philippe Boyer a lu pour la Tribune l’essai de John Karp et Rémy Peretz

Pour Noël, offrez des NFT par Philippe Boyer dans la Tribune

HOMO NUMERICUS. Nombre d’artistes et de collectionneurs -et peut-être un jour le grand public- parient déjà sur les NFT. Ces « jetons non fongibles » permettent de certifier l’authenticité d’objets virtuels ou réels. Simple évolution technologique ou future vraie révolution d’usage ? Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.

Photo d’illustration: le 30 septembre dernier, le public se presse devant « Hold onto your Bitcoin ». Cette oeuvre de l’artiste Gustav Szabo, plus connu sous le nom de Szabotage, sera ensuite convertie en NFT et mise aux enchères en ligne chez Sotheby’s, à la Digital Art Fair de Hong Kong (Chine). (Crédits : Reuters)

Et si, en guise de cadeaux disposés au pied du sapin, les traditionnels paquets avaient cédé leur place à de simples attestations numériques certifiant que nous sommes les heureux propriétaires d’objets virtuels? En clair, plus besoin d’ouvrir ses paquets pour, sans attendre, essayer la dernière paire de baskets à la mode, ou admirer, en l’exposant sur son mur, la peinture d’un artiste connu. À la place, nous nous contenterions d’une attestation numérique, preuve irréfutable que nous sommes bien le propriétaire d’un produit ou d’une œuvre fabriquée en quantité très limitée, voire en un exemplaire unique.

Cette vision « originale » pourrait être celle d’un futur Noël lorsque marques et clients auront cédé aux sirènes de la propriété d’objets virtuels rendue possible par l’apparition des NFT.

Le jeton non fongible, contre le « copillage » des œuvres

Un NFT (3 lettres pour signifier « non-fungible token », en français, « jeton non fongible ») est une technologie qui pourrait transformer des industries à l’instar des médias, du monde des jeux vidéo, de la mode, des loisirs ou encore celui du marché de l’art. Pour faire simple, les concepteurs des NFT sont partis d’un constat qu’il fallait protéger les créateurs d’œuvres d’art numériques, ceux-ci régulièrement dépossédés de leur travail du fait que leurs œuvres, exposées sur internet, pouvaient être très facilement dupliquées et copiées, à l’infini. Les NFT ont vocation à mettre fin à ce « pillage systématique » grâce à un procédé d’encryptage d’une œuvre sur la blockchain, registre commun de transactions réputé inviolable. À l’instar d’un acte notarié, un NFT s’apparente à une preuve électronique infalsifiable et inaltérable qui permet de savoir qui est à l’origine de quoi et qui possède quoi.

Pour être concret, et appliqué au marché de l’art (qui représente 70% de l’activité des NFT), John Karp, co-auteur de « NFT Révolution – Naissance du mouvement Crypto-Art [1] » cite l’exemple de la Joconde :

« Il n’y en a qu’une sur terre, signée Léonard de Vinci. Ce tableau est au Louvre, mais n’importe qui peut en obtenir une photo, une image, donc une copie. Posséder un NFT signifie que tout le monde convient que vous possédez l’original d’une œuvre, même si n’importe qui peut en obtenir une copie et que l’artiste en détient toujours les droits d’auteur »

Art, industrie du luxe, jeux vidéo… les NFT gagnent du terrain

Outre le marché de l’art qui s’est engouffré dans la brèche NFT (au mois de mars dernier, une œuvre d’art 100% numérique de l’artiste Beeple s’est adjugée 69,4 millions de dollars via l’émission d’un titre de propriété NFT [2]), d’autres secteurs s’y intéressent. Il y a quelques jours, Nike a racheté la marque de mode digitale RTFKT (prononcez «Artéfact») qui conçoit des articles de prêt-à-porter virtuels. Chaque pièce créée (chaussures, lunettes, vêtements…) étant associée à un jeton numérique certifié et traçable sur la blockchain, qui fait de son propriétaire le détenteur unique d’un objet qui n’existe pas « dans la vraie vie » mais qui trouve toute sa valeur auprès des collectionneurs ou importé dans l’univers du jeu vidéo, demain dans le Métaverse [3].

Dans le secteur de la mode, les grandes maisons parient, elles aussi, sur les NFT: Balmain [4], Balenciaga [5], Louis Vuitton [6]… se sont lancées via des collections hybrides (physiques et virtuelles) ou d’autres initiatives originales (jeux)… le tout permettant de tracer le cycle de vie des produits, de la fabrication en passant par la vente et la revente sur le marché de la seconde main, sans oublier l’acte d’achat en lui-même.

Selon le site Nonfungible.com, le marché des NFT (chansons, gifs, mèmes, vidéos, photos, cartes de jeu, objets physiques et/ou numériques…) devrait atteindre près de 10 milliards de dollars d’ici à la fin 2021, contre à peine 200 millions l’année dernière [7].

Il est difficile à dire si ce phénomène NFT s’apparente à une nouvelle bulle spéculative ou si l’on se trouve en présence d’une vraie révolution tant ce phénomène est encore récent, et cela dans un contexte où l’essentiel des opérations sont encore de faibles montants : les trois-quarts des transactions étant inférieures à 10 dollars et 1% supérieures à 1.600 dollars [8].

Une prochaine « révolution NFT » ?

Bien que le nombre d’acheteurs de NFT soit encore limité et que ces derniers se retrouvent plutôt autour du marché de l’art, le fait est que les FNT ne cessent de progresser, et cela grâce aux millions de gamers qui, pour enrichir leur expérience de jeux n’hésitent pas à acheter et à revendre des compléments numériques qui s’acquièrent via l’acquisition de jetons non fongibles.

À terme, et si cette « révolution NFT » devait advenir, il n’est pas fantaisiste d’imaginer que nombre de chaînes de valeur économiques pourraient s’en trouver bousculées dans un contexte où monde réel et monde virtuel seront de plus en plus proches l’un de l’autre, jusqu’à vivre de nouvelles expériences immersives ponctuées d’objets et d’univers hybrides (à la fois numériques et réels).

En attendant cette période où, au pied de son sapin (virtuel), chacun recevra un message l’informant qu’il est devenu l’heureux propriétaire de jetons non fongibles, on se contentera, plus classiquement, d’ouvrir ses paquets ; ceux-là bien réels, et d’apprécier le détournement de circonstance de ces 3 lettres « NFT » pour signifier : « Noël, Famille, Trinquons »… Joyeux Noël !

NOTES

1 https://www.thebookedition.com/fr/nft-revolution-naissance-du-mouvement-crypto-art-p-386785.html

2 https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/03/11/une-uvre-numerique-se-vend-69-3-millions-de-dollars-chez-christie-s-un-record_6072801_3246.html

3 https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/le-web-est-mort-vive-le-metaverse-891558.html

4 https://www.voguebusiness.com/fashion/exclusive-why-balmain-is-betting-big-on-nfts

5 https://www.vogue.fr/vogue-hommes/article/balenciaga-fortnite-collaboration

6 https://cryptoast.fr/louis-vuitton-lance-jeu-mobile-nfts/

7 https://nonfungible.com/blog/q2-2021-nft-report

8 https://www.nature.com/articles/s41598-021-00053-8

TV5 Monde a repéré John Karp et Remy Peretz « NFT Révolution »

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Une affiche numérique NFT, ou « jeton non fongible », est affichée sur un panneau à Time Square ce jeudi 4 novembre 2021 à New-York. Des images d’œuvres NFT ont été affichées sur des panneaux d’affichage à travers Times Square pendant la conférence « NFT NYC » dédiée à cette technologie.
(Photo : AP/Seth Wenig)

Le marché de l’art explose grâce aux NFT (non fongible token), ces certificats numériques infalsifiables qui attestent l’authenticité d’un objet virtuel. Pour certains, les NFT sont l’avenir de la propriété, pour d’autres, une mode réservée aux collectionneurs et aux spéculateurs. Que sont réellement les NFT ?

Vous rêvez d’acheter le tweet d’une de vos idoles, de posséder un morceau d’une fresque numérisée, de collectionner ou revendre des cartes de joueurs de football en ligne, des objets virtuels dans un métavers, ou d’obtenir un accès permanent gratuit à des concerts ?
La technologie NFT (jetons non interchangeables en français, ndlr) est certainement faite pour vous. En effet, grâce à cette technologie — basée sur les « contrats intelligents » de cryptomonnaies — vous pouvez obtenir un certificat infalsifiable de votre achat, sorte de titre de propriété numérique qui atteste du caractère unique de votre bien.À première vue tout cela peut sembler un peu obscur ou sans grande portée. Mais la « révolution NFT » est pourtant en marche selon de nombreux spécialistes du domaine. Ces certificats font exploser les secteurs de l’art numérique, des jeux vidéos de nouvelle génération et potentiellement de nombreux autres à venir. Petite visite guidée dans le monde étrange et cryptographique des NFT.

Acheter, collectionner, revendre, spéculer

L’artiste américain « Beeple » (Mike Winkelmann) a vendu une photo numérique nommée « Everyday: the first five thousand days » pour plus de 69 millions de dollars  par la maison d’enchères Christie’s à New-York. Cette photo numérique en NFT est pourtant consultable et téléchargeable par tous les internautes qui le souhaitent. Ce n’est pas le cas d’un tableau de maître conservé précieusement à l’abri des regards, dans le monde physique.

L'affiche de Beeple à 69 millions de dollars et vendue en NFT, est en accès libre de partout sur Internet. L'utiliser ne pose pas de problème mais une seule personne peut revendiquer de "posséder" l'original : l'acheteur du NFT.

L’affiche de Beeple à 69 millions de dollars et vendue en NFT, est en accès libre de partout sur Internet. L’utiliser ne pose pas de problème mais une seule personne peut revendiquer de « posséder » l’original : l’acheteur du NFT.
Copie d’écran de « Everyday: the first five thousand days » de Beeple, copie d’écran (cryptonetwork.news)

Mais pourquoi l’acheteur de cette image a-t-il payé une telle somme ? Pas pour la valeur de l’œuvre numérique de Beeple en tant que telle, mais parce que celle-ci a été vendue avec son NFT. Le NFT la rend unique et traçable. Son certificat numérique indique que c’est bien l’œuvre originale de l’artiste. Il indique aussi qui l’a vendue, qui l’a achetée, pour quel somme et quand.

Le NFT est pour moi le cheval de troie de la blockchain dans le monde physique et il va se diffuser petit à petit dans un peu tous les secteurs.John Karp, auteur de « NFT revolution, naissance du mouvement Crypto-Art »

Ce collage numérique de l’artiste américain certifié par NFT peut donc être désormais vendu dans une autre enchère, chacun pouvant aller vérifier (le plus souvent sur la blockchain Ethereum, voir encadré ci-dessous) son authenticité et son parcours.

De plus, si la valeur de cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT de cette image augmente, la valeur de cette image augmentera  pour le possesseur du NFT.

Une hausse de 10% de la cryptomonnaie Ethereum et l’acquéreur de « Everyday: the first five thousand days »  verra son œuvre numérique passer de 69 millions de dollars à plus de …76 millions.

Le fonctionnement technique des NFT en quelques mots

NFT signifie « Non fungible token », soit « Jeton non fongible (non interchangeable avec un autre même type de jeton) ». Le principe des « jetons » est lié à celui des blockchains,des protocoles informatiques décentralisés permettant de chiffrer et sécuriser des transactions financières à travers le réseau Internet. La blockchain la plus importante est celle du Bitcoin (BTC). Un jeton dans une blockchain permet d’attester de la validité d’une transaction. Il est infalsifiable.

Les NFT utilisent majoritairement la deuxième blockchain la plus importante (après celle du Bitcoin), nommée Ethereum (ETH). Cette blockchain Ethereum comporte une cryptomonnaie, comme le Bictoin, mais elle permet en plus de gérer des « smart contracts » (contrats intelligents), ce que ne sait pas faire la blockchain du BTC . Même si des systèmes par plateformes interposées permettent d’acheter des NFT avec du Bitcoin.  Les NFT sont donc techniquement des « smart contracts », créés  dans leur très grande majorité par la blockchain Ethereum (qui est aussi une cryptomonnaie).« 

Tout le monde se met aux NFT

Depuis cette année, la valeur totale des ventes des « certificats d’objets virtuels » — les fameux NFT —  a été multipliée par dix comparée à 2020.  Elle  a atteint 2 milliards de dollars au troisième trimestre 2021.

Le PDG de Twitter, Jack Dorsey, a par exemple vendu son « tout premier tweet » sous forme d’un NFT pour 2,9 millions de dollars, en mars de cette année. Un avatar pixelisé a été quant à lui vendu plus de 5 millions de dollars sur la plateforme CryptoPunk, l’une des premières plateformes de NFT.

Mais au delà de ces  enchères aux prix astronomiques, tout un marché de NFT grand public est en train d’émerger.

Les NFT permettent que de plus en plus de créateurs puissent vivre de leur art. La raison principale est que le nombre de collectionneurs s’est démultiplié.John Karp, auteur de « NFT revololution, naissance du mouvement Crypto-Art »

C’est ce qui fait dire à John Karp, auteur de « NFT revolution, naissance du mouvement Crypto-Art », que « les NFT semblent partis pour devenir incontournables dans l’avenir« . Le spécialiste y voit le passage d’une économie purement virtuelle, celle des cryptomonnaie, au monde physique, ou tout du moins à l’économie réelle. « Le NFT est pour moi le cheval de troie de la blockchain dans le monde physique et il va se diffuser petit à petit dans un peu tous les secteurs« , affirme John Kar

Les NFT peuvent être effectivement reliés à des objets réels comme une bouteille de champagne Dom Pérignon « habillée » par Lady Gaga. Cette bouteille est vendue en NFT qui établit une propriété sur la bouteille physique ainsi que son « clone numérique », en 3D.

« Le monde de la mode est en train de plonger dans le NFT, il existe déjà des vêtements virtuels de luxe par exemple, qui ne peuvent être portés que sur Instagram, avec un système de filtre« , explique l’auteur de « NFT revolution ».

Le principe du NFT se développe aussi — bien entendu — dans les jeux vidéo, souvent relié à une cryptomonnaie. Axie Infinity et Sandbox sont les plus célèbres. Le premier propose d’acheter, élever et vendre des créatures virtuelles en NFT. Le second est un  « metavers » où les joueurs font évoluer des personnages dans un monde virtuel. Le jeu Sandbox consiste à construire, créer des objets, acheter,  vendre, grâce à sa cryptomonnaie le SAND, qui permet bien entendu la gestion des possessions virtuelles par NFT.

Le jeu The Sandbox, proche de Minecraft, permet de faire évoluer un personnage dans des univers en 3D où tout peut être créé, s'acheter, se vendre avec des NFT et une cryptomonnaie, le SAND.

Le jeu The Sandbox, proche de Minecraft, permet de faire évoluer un personnage dans des univers en 3D où tout peut être créé, s’acheter, se vendre avec des NFT et une cryptomonnaie, le SAND.
Copie d’écran d’une présentation du jeu The Sandbox

Les quatre grandes caractéristiques des NFT :

Transparence : Les utilisateurs des plateformes de NFT peuvent voir tous les échanges dans un explorateur de transactions, comme c’est le cas avec toute blockchain (« chaîne de blocs », protocole informatique permettant les transactions des cryptomonnaie).

Immutabilité : Les NFT créés ne peuvent pas être copiés, ce qui en fait donc des jetons uniques liés à des objets uniques.

Décentralisation : Aucune entité ou personne physique ne centralise les échanges, le contrôle des échanges se fait par des algorithmes de toutes les machines participantes, sans autorité centrale.

Sécurité : Créés (majoritairement) par la blockchain Ethereum, les jetons non interchangeables sont stockés dans des bases de données sécurisées dispersées à travers le monde. Des vérifications sont opérées par tous les ordinateurs qui participent à la blockchain.

Crypto-art et nouvel économie ?

John Karp estime que le NFT va faire émerger un nouvel âge d’or pour la création artistique. « Les NFT permettent en premier lieu que de plus en plus de créateurs puissent vivre de leur art. La raison principale est que le nombre de collectionneurs s’est démultiplié« , explique le spécialiste. Cette nouvelle écomomie a été nommée crypto-art. Elle se définit comme l’alliance entre les technologies offertes par les cryptomonnaies et l’art.

Pour l’auteur de « NFT revolution », le crypto-art offre la possibilité aux artistes de sortir de la dépendance aux plateformes de musique en ligne. « Le fait que les artistes touchent une fraction infime des revenus générés par l’écoute de leurs œuvres sur les plateformes de streaming est une incohérence. Internet crée une relation  directe entre les artistes et leur communauté, il n’y a donc normalement plus besoin d’intermédiaires.  Les NFT permettent de retrouver cette relation directe », affirme John Karp.

C’est la possibilité de créer une économie dans l’économie qui est offerte par le NFT.John Karp, auteur de « NFT revolution, naissance du mouvement Crypto-Art »

Le mouvement du crypto-art commence donc  à « trouver ses marques et inventer de nouveaux procédés« , selon l’auteur. « Le NFT se matérialise de plein de manières et ses possibilités sont sans limites. Le NFT est un titre de propriété mais il peut aussi contenir en complément, un titre d’usage ou d’accès, associé aux actions de l’artiste. » Et John Karp de donner des exemples : « Booba a fait 25 000 NFT la semaine dernière qui permettent d’accéder à la vidéo associée. Le groupe Kings of Leon est allé plus loin : avec leurs NFT on peut accéder à tous leurs concerts.« 

L’auteur de « NFT revolution » estime que c’est une véritable révolution économique qui s’annonce avec le NFT. « Un NFT donnant accès au backstage (coulisses de la scène, ndlr) pourrait être par exemple revendu par la suite par son propriétaire. C’est la possibilité de créer une économie dans l’économie qui est offerte par cette technologie« , conclue-t-il.

 

John Karp invité de la Martingale

La Martingale #86 : Maman, je vais tout t’expliquer sur les NFTs

Une explication intéressante très orienté Art.

Le sujet : Pourquoi payer des montants astronomiques pour une photographie qu’on peut télécharger gratuitement ? Depuis leur arrivée en 2017, les NFTs sont une cause d’incompréhension pour une grande partie des internautes. Alors, investissement encourageant, arnaque scandaleuse ou simple extension de notre image sur les réseaux sociaux… Découvrez leur histoire et comment vous y lancer sans y perdre !

L’invité du jour : John Karp est un vrai passionné de NFTs. Après ses premiers investissements début 2020, il co-écrit NFT Revolution, Naissance du mouvement Crypto-Art, guide pratique de cet univers. Il anime également un podcast quotidien, NFT MORNING, sur Twitter. Au micro de Matthieu Stefani, co-fondateur de CosaVostra, il revient sur les NFTs, leurs origines et leur avenir qu’il juge prometteur.

# Un NFT, ou Non Fungible Token (Jeton Non Fongible), c’est un titre de propriété d’un objet numérique unique. Il permet de faire la différence entre les originaux et les copies en créant l’exclusivité grâce à la technologie de stockage et de transmission d’informations blockchain. 

# En 2021, d’après John Karp, l’art, les cartes de collection et les articles de gaming représentent 95% du marché.

# Depuis les Cryptopunk, de nombreux artistes digitaux ont émergé. Arts visuels, musique… De véritables communautés se forment, et les enchères montent. L’œuvre numérique Everydays: the First 5000 Days, de Beeple, a été vendue pour 69,3 millions de dollars.

# Pour acheter un NFT, il faut en général passer par la cryptomonnaie. Au moyen de l’extension de navigateur et application mobile Metamask, les acheteurs s’appuient sur la blockchain pour faire leurs courses dans le Web 3.0. Les places de marché comme OpenSea sont accessibles à celles et ceux qui disposent d’un portefeuille ou wallet Ethereum.

# Si chacun peut obtenir un NFT, n’importe qui peut également en vendre. Un grand nombre d’outils a vu le jour pour inscrire son propre contenu dans la blockchain, et cette pratique est vouée à devenir de plus en plus accessible. Il est néanmoins plus facile de trouver des acquéreurs au sein d’une communauté existante. La communication reste un enjeu primordial.

# D’autres acteurs s’invitent à la partie. John Karp l’affirme : le marché de l’art ayant baissé de 5 à 6% en 2020 en termes de valeur, les maisons d’enchères innovent. Elles profitent de l’engouement autour des NFTs en leur dédiant des plateformes de vente, comme Natively Digital, du Metaverse Sotheby’s.

BIG NEWS ! Et quoi de mieux que la pratique pour comprendre ? John Karp et Matthieu Stefani vous proposent de vous lancer dans les NFTs avec un résultat très concret : rdv ici pour prendre part à l’aventure NFT La Martingale et se retrouver le mercredi 19 janvier 2022 autour d’un petit déjeuner au Royal Monceau. Il n’y a que 5 places alors dépêchez-vous !

Quelques références abordées pendant cet épisode :

Nifty Gateway, plateforme d’enchères en ligne d’art numérique

BAYC (Bored Ape Yacht Club)

Pak : @muratpak @poetslostMetaversalFRMetaversal

Bonne écoute ! C’est par ici si vous préférez Apple Podcast, ici si vous préférez Google Podcasts ou encore ici si vous préférez Spotify.

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Merci à Iroko d’avoir rendu possible cette huitième saison de La Martingale. N’hésitez pas à prendre quelques minutes pour vous rendre sur le site iroko.eu et découvrir en détail la SCPI Iroko ZEN. Et, si vous renseignez le code MARTINGALE en créant votre compte, une bouteille de champagne vous sera offerte.

Tout savoir sur les NFTs

Un NFT, c’est un titre de propriété d’un objet numérique qui passe par la blockchain pour faire valoir son caractère unique. Il peut s’agir d’une image, d’une vidéo, d’un document audio ou d’un modèle 3D. En 2021, d’après John Karp, l’art, les cartes de collection et les articles ayant trait au gaming représentent 95% du marché des NFTs.

L’œuvre numérique Everydays: the First 5000 Days, de l’artiste américain Mike “Beeple” Winkelmann, a été vendue pour 69,3 millions de dollars en mars 2021.

Sur France 24, Ali Laïdi consacre « L’entretien de l’intelligence économique » à John Karp

Crypto-art : la révolution numérique dans le monde artistique

Beeple, PAC, Xcopy, Trevor Jones, Hackatao : ces artistes inconnus du grand nombre pourraient devenir les prochains Picasso, Manet, Chagall et autres géants de l’art. Ils appartiennent tous à une scène numérique, le crypto-art, qui pourrait renverser les tables des grandes places artistiques mondiales. Pour vous initier au crypto-art et aux nouveaux titres de propriétés, Ali Laïdi a invité John Karp, essayiste, passionné d’art numérique et co-auteur, avec Remy Peretz, du livre « NFT Revolution. Naissance du mouvement crypto-art ».
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et https://fr.news.yahoo.com/crypto-art-r%25C3%25A9volution-num%25C3%25A9rique-monde-095706464.html