Soirée de la Saint-Valentin en présence de Noémie Halioua – puis visuel des régles du concours de poèmes

Soirée de la Saint-Valentin en présence de Noémie Halioua – puis visuel des régles du concours de poèmes

Invitation à la SOIREE SAINT VALENTIN de Guilaine Depis 
en présence de Noémie Halioua   
mercredi 14 février à l’Hôtel La Louisiane 60 rue de Seine Paris 6ème
Lecture de poèmes d’amour & Proclamation du lauréat du concours Balustrade
inscriptions obligatoires par sms 06 84 36 31 85
CONCOURS DE POEMES SAINT VALENTIN 2024 
ORGANISE PAR BALUSTRADE
Consignes  : 
1) thème « Sauver l’amour » ; 
2) tenir en UNE PAGE word ;
3) textes (en vers OU en prose) à envoyer au plus tard le 13 février à concourssaintvalentin140224@gmail.com 

Soirée Saint-Valentin de Balustrade avec concours de poèmes

Versions en différentes couleurs, rectangles puis carrées

SOIREE SAINT VALENTIN DE BALUSTRADE 
mercredi 14 février à l’Hôtel La Louisiane 60 rue de Seine Paris 6ème
 
en présence de Noémie Halioua « La Terreur jusque sous nos draps » (Plon).  
 
inscriptions obligatoires à la soirée par sms 06 84 36 31 85
 
Suite au succès de l’année dernière, Guilaine Depis organise pour la seconde année consécutive UN CONCOURS DE POEMES D’AMOUR. 
Consignes  : 
1) thème 2024 « Sauver l’amour »
2) tenir en UNE PAGE word
3) textes (en vers OU en prose) à envoyer au plus tard mardi 13 février à concourssaintvalentin140224@gmail.com 
 
Tous les textes reçus seront lus lors de la soirée. 
Le jury est constitué de Balustrade et La Louisiane.
Récompenses : un week-end pour deux à La Louisiane et un lot surprise de Balustrade.

La méthode APILI la seule efficace pour apprendre à lire avec humour par le syllabique

Méthode Apili pour mieux apprendre

Le PISA 2022, publié le 5 décembre est catastrophique pour la France. Les élèves de 15 ans sont plus nuls que les autres, et ont baissé encore plus que les autres durant le au Covid : 26e en maths, 26e en sciences, 28e en compréhension de l’écrit !

C’est bien « le système » qui est en cause, le « mammouth » administratif, et pas seulement les inégalités sociales. La baisse de performances entre 2018 et 2022 a touché à peu près également les élèves issus de milieux favorisés et les élèves issus de milieux défavorisés. Quant aux immigrés, accusés de tous les maux par phénomène classique de bouc émissaire (trop commode pour éviter de se poser des questions sur soi), l’écart de performances en maths n’est que de 17% en France contre 27% aux Pays-Bas, 28 % au Danemark ou 32% en Allemagne.

La cause en est manifestement le bordel en classe et l’inertie je-m’en-foutiste du « système » éducatif (ministère, rectorat, administration, syndicats – et bon nombre de profs égarés dans ce métier « choisi » par défaut, pour son confort d’État). Au Japon, seulement 4% des élèves disent être dérangés par des camarades qui utilisent leur téléphone portable ou un autre appareil durant les cours – contre 27% en France ! Les profs, découragés par l’administration qui garde une attitude méfiante et défensive (voir les « circulaires » de rectorat pour les parents qui accusent le collège de ne rien faire contre le harcèlement de leur enfant).

Les parents sont peu impliqués dans les efforts ou les progrès des apprentissages. Aucun tutorat par les pairs n’est instauré, ni de travail en équipe. C’est le chacun pour soi et – de toute façon – le bac pour tous dans un prurit exacerbé d’égalité. Inutile de faire des efforts, profs, le « système » conduira toute la classe d’âge où elle devrait être – et tant pis si elle se plante à l’université, dans les écoles ou dans les entreprises : pas son problème ! Autant dire que les initiatives d’enseignants ne sont pas valorisées, et même découragées pour « ne pas faire de vagues ». L’OCDE note dans son rapport PISA que « dans l’ensemble, ces résultats indiquent que les systèmes scolaires très performants accordent plus de responsabilités aux directeurs d’école et aux enseignants », même si la causalité statistique n’a pas été recherchée avec la réussite éducative.

Dès lors, que faire ?

Évidemment de la discipline au collège, mais en commençant par la société où violer la loi est beaucoup moins grave que violer quelqu’un, n’incitant pas au respect des règles.

Ensuite commencer par la petite enfance, où le principal se joue dans la compréhension de l’écrit comme des nombres. Là, c’est le rôle des parents de s’impliquer : pour ma part, c’est ma mère qui m’a appris à lire en mat sup, à 4 ans. Quant à moi, j’ai raconté beaucoup d’histoire au Gamin avant de s’endormir : cela lui a donné envie de lire pour connaître la suite et relier les images au texte.

Les éditions Liberté présentent une méthode en lecture et une autre en calcul pour apprendre dès 5 ou 6 ans : la méthode Apili. L’orthophoniste Benjamin Stevens applique une pédagogie basée sur l’humour, qui permet d’améliorer l’attention, donc la motivation et la mémorisation tout en diminuant le stress de ne pas être comme les autres si l’on suit moins bien. Trois formes de mémoire sont utilisées pour les nombres : visuelle, auditive, kinesthésique – l’illustration visuelle, les phrases qui la décrivent, les gestes qui vont avec.

L’auteur est un orthophoniste belge qui vit en France et qui a deux enfants.

« En tant que parent, vous êtes guidé par des conseils de pro tout au long de l’apprentissage : comment expliquer les histoires qui accompagnent les lettres, quelle intonation utiliser, quand féliciter votre enfant et passer au niveau supérieur. »

Ou comment apporter la confiance. Indispensable.

Benjamin Stevens, Tables de multiplication Apili: Apprendre les tables grâce à l’humour et aux différents canaux de mémorisation, 2023, éditions Liberté, 88 pages, €19,90

Benjamin Stevens, Apili : apprendre à lire grâce à l’humour – méthode de lecture syllabique recommandée dès 5 ans – conforme au programme scolaire – GS/CP- avec conseils pour les parents/enseignants/orthophonistes, 2021, éditions Liberté, 176 pages, €25,90, e-book Kindle €9,99

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

« Le Jour où » émission de Thierry Gineste à réécouter, bravo à Cendrine Genty

Réécouter l’émission ici sur Vivre FM

« Le jour où.. un message vocal m’a brusquement propulsé dans mon passé  » Thierry Gineste, Médecin Psychiatre & Auteur

Podcast diffusé le 16/01 à 02h00.

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Cendrine Genty reçoit Thierry Gineste dans « Le jour où… ». Thierry s’est construit sur deux drames, le décès de son père, jeune lieutenant de la Légion Etrangère,  qui meurt lors d’une embuscade en Indochine l’année de ses quatre ans. Puis sur l’abandon de sa mère qui choisit de rompre avec la famille paternelle, de s’éloigner de sa famille maternelle et de mettre en pensions ses enfants. 

Pour le petit garçon, un réflexe de survie surgit : celui de devenir le meilleur à l’école, puis dans la poursuite de ses études. Instinctivement, l’enfant s’est fixé un objectif. Un objectif qui va le sauver en lui apportant chaque jour une motivation à vivre, alors même que son soudain manque de parents, d’amour et d’affection vient de bouleverser sa vie à jamais. Thierry va se construire sur le fil de ses sentiments, de ses émotions, de ses manques. D’un premier choix de carrière balayé par de nouvelles circonstances imprévues.  Thierry devient médecin spécialisé en psychiatrie et historien de la psychiatrie, Membre Co-Fondateur de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse. Il est également l’auteur travaux scientifiques et l’auteur de « Victor de l’Aveyron, premier enfant sauvage, dernier enfant fou ». 

Thierry construit ainsi sa vie, par-delà vents et marées. Il se marie. Devient père à son tour. Jusqu’au jour où… le message inattendu d’un inconnu la prend par surprise. En le propulsant dans son passé. Dans la vie de son père. Ce père qu’il n’a que si peu connu, l’ayant vu pour la dernière fois à l’âge de deux ans, lors de son départ pour l’Indochine. Un départ dont il ne reviendra jamais. Thierry qui, à la suite du décès de son papa, reçoit tout petit la légion d’honneur à titre posthume des mains du Général Monclarc en novembre 1953 dans la cour des Invalides. 

Thierry qui, au moment où il reçoit ce message vocal, vient d’apprendre qu’il allait devenir grand-père. Thierry qui soudain, vient ainsi de basculer dans l’histoire, celle de son père, pleinement entremêlée à l’Histoire, celle de la France. 

Dans « Le jour où… », Thierry nous partage sa réaction à l’écoute du message vocal de cet inconnu, de ce qu’il a alors choisi de faire. De ce que cela représente pour lui. Thierry, nous révèle les secrets de sa construction, de sa réussite et de ses bonheurs construits sans jamais avoir effacé, ni oublié, ses malheurs. L’ensemble constituant la partition pleine et entière de sa vie. Thierry Gineste qui nous livre son regard sur ce qui nous aide à traverser les moments difficiles. Et qui nous permet de nous en sortir, envers et contre tout. 

Thierry Gineste est l’auteur du livre autobiographique « Souviens-toi de moi dans les ténèbres ». 

Entretien philosophique avec Jean-François Charles sur « Missa Brevis » de New Flore Music

La cancel culture est-elle le cancer de la culture ?

La musique classique serait trop blanche sur Radio Classique pour la radio d’État France Culture. Elle serait même, disons-le, la production d’une culture musicale « blanche » et de bon ton[1]. Faudra-t-il canceler la musique classique, comme il faudra un jour, selon ces redresseurs de torts payés avec l’argent de nos impôts, brûler les romans classiques, les recueils de poésies, les chansonniers d’avant, etc. ? Pour ne pas sombrer dans cette nouvelle forme de nihilisme, continuons de célébrer notre culture, et pourquoi ne pas en plus mélanger les genres.

Jean-François Charles

Entretien avec Jean-François Charles

C’est le pari de Jean-François Charles, compositeur français vivant aux États-Unis, faisant paraitre l’album Missa brevis Abbaye de Thélème, qui est un album inclusif, mêlant le texte, la musique, le silence et la contemplation, avec la voix d’Anika Kildegaard, qui chante Baudelaire, Rabelais, Rimbaud, Verlaine, François Villon, un peu comme un disque hors du temps, ou à contretemps, inactuel, loin des modes et des dogmes de l’époque. Rencontre.

Marc Alpozzo : Cher Jean-François Charles, vous êtes un compositeur français vivant et enseignant votre art outre-Atlantique à l’Université de l’Iowa. Vous avez choisi de lutter contre ce que l’on peut appeler deux cancers de notre culture occidentale, à savoir le danger des fanatismes religieux réactionnaires, dont la secte QAnon est l’exemple le plus abouti aux États-Unis, et la Cancel Culture réclamée par les progressistes woke, et qui vient encore de faire des ravages chez nous avec la cabale, ou chasse aux sorcières, lancée contre notre icone nationale Gérard Depardieu. Les deux ont en commun de porter atteinte à la création littéraire, à la liberté de langage, à l’expression de tout ce qui faisait, comme le disait votre maître, Rabelais, la substantifique moelle du genre humain. Est-ce que vous pensez que nous avons une chance de sortir de cette spirale infernale ? Je me suis laissé dire qu’aux États-Unis le wokisme était en fin de course.

Jean-François Charles : L’album Missa brevis Abbaye de Thélème se veut extrêmement inclusif. Il s’agit tout d’abord d’un album concept avec une claire trajectoire depuis l’accueil jusqu’à l’envoi dans le monde (Ite, missa est dans le sens de « Allez, c’est la mission »). Il s’agit aussi d’une collection de chansons invitant des influences toutes aussi importantes les unes que les autres, depuis Pink Floyd jusqu’à Stockhausen (avec qui j’ai travaillé) en passant par Mylène Farmer, Dr. Dre, Albert Ayler, les musiciens de l’ARFI de Lyon, Michael Jackson ou Lady Gaga. Cet album fait sien l’utopie d’unir, d’accueillir, d’accepter, et toujours d’être ouvert à l’inconnu.

Vous me présentez « deux cancers » qui ont en commun de vouloir oublier certaines parties de l’histoire ; ils veulent réduire la culture à une sous-culture censurée, la liberté à une pseudo-liberté encadrée, surveillée. Les deux cancers que vous identifiez ont aussi en commun une grande hypocrisie : les tenants de l’un ou l’autre extrême sont concernés par une richesse bien plus matérielle que spirituelle.

Et Rabelais s’adresse à ces hypocrites, dès les premiers mots du Kyrie de l’album : il s’adresse aux partisans des fanatismes religieux comme aux « progressistes » les plus extrêmes.

Ci n’entrez pas, hypocrites, bigots !

Et, plus tard :

Ci n’entrez pas, vous, usuriers chichars !

Nous continuerons de progresser seulement en gardant vivante la culture dans toute sa diversité et toute sa richesse. C’est avec ce but que Pierre Desproges célèbre Rabelais :
François Rabelais fut en son temps le plus éblouissant serviteur des belles-lettres françaises, non pas malgré, mais à cause de l’artisanale magie de son verbe dont les superbes jurons colorés déculottaient déjà ces hémiplégiques du langage qui cachent leurs mots crus et montrent au tout-venant leurs langues cuites, surbouillies, sans saveurs et sans images. (Pierre Desproges, Fonds de tiroir, Seuil, 1990.)

Dans cette tradition, Missa brevis Abbaye de Thélème a l’ambition d’être une célébration musicale aux multiples saveurs.

Vous qui vivez en direct de l’Iowa la campagne Trump aux États-Unis, et qui est en tête de tous les sondages, il est peut-être nécessaire de le rappeler, alors que Joe Biden est englué dans ses affaires de financements occultes et de détournements de fonds, notamment avec son fils Hunter Biden, pensez-vous qu’il aurait détesté ou aimé Rabelais ? Le puritanisme des États-Unis incarne-t-il l’opposé de l’esprit fin et brillant de nos poètes français les plus sulfureux ?

Jean-François Charles : Donald Trump a-t-il lu Rabelais ? Est-ce que Rabelais aurait aimé Donald Trump ? ou Joe Biden ? Je pense que la réponse se trouve dans la place centrale que la culture doit occuper dans une démocratie. Je citerai pour cela encore Pierre Desproges :

Et puis quoi, qu’importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non !…
(Pierre Desproges, Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires, Seuil, 2003.)

Pour rester en compagnie des humoristes français, Rabelais se serait sans doute senti plus proche de Coluche que de Donald Trump, notamment quand il disait :
La différence qu’il y a entre les oiseaux et les hommes politiques, c’est que de temps en temps les oiseaux s’arrêtent de voler !

Lorsque Rabelais crée l’abbaye de Thélème, il invite femmes et hommes à exercer leur libre-arbitre. Dans un sens, la récente décision du pape d’autoriser la bénédiction des couples homosexuels a été écrite dans Gargantua il y a près de cinq siècles !

La liberté d’expression si importante dans la constitution américaine est aujourd’hui attaquée avec virulence. Puritains et puritaines de premier ordre font tout leur possible pour interdire certains livres dans les écoles ou faire taire certains clubs étudiants dans les universités, lorsqu’ils expriment des idées non politiquement correctes. Les poètes romantiques n’auraient pas apprécié !

Quand on écoute l’album Missa Brevis, on est frappé par l’écho étonnamment actuel qu’ont les paroles des poètes français pour faire contrepoids à la bêtise et à la violence de notre époque. Comment expliquez-vous cette résonance ? Est-ce le caractère intemporel et universel de leurs œuvres qui en fait la force ?

Jean-François Charles : En effet, les paroles de ces grands poètes sont toujours d’actualité. C’est d’ailleurs bien triste. Quand nous écoutons Le Mal d’Arthur Rimbaud, mis en musique dans le Sanctus de l’album, nous sommes immédiatement frappés par le tragique parallèle avec l’actualité du conflit Israélo-Palestinien.

Si les poètes nous semblent intemporels, c’est peut-être parce que la bêtise et la violence humaines sont intemporelles. Rabelais était certainement sensible à cette question, surtout quand ses amis étaient conduits au bûcher par l’inquisition romaine, comme par exemple l’écrivain et imprimeur lyonnais Étienne Dolet, exécuté en août 1546 place Maubert à Paris.

D’après vous, faut-il craindre une montée en puissance des fanatismes religieux ? Si oui, comment l’empêcher ? Pensez-vous que l’on puisse compter sur les mots et les chansons pour en faire des armes ou au moins des boucliers sans être trop naïfs ?

Jean-François Charles : La liberté d’expression et la liberté de la presse sont au cœur de la liberté de penser. Pour éviter les fanatismes, il me semble que l’arme la plus importante est l’éducation, associée à la culture, la lecture. Les mots et les chansons peuvent contribuer, bien sûr. Mais ne soyons pas trop naïfs, comme vous le dites : une éducation de qualité n’est possible que dans un pays où la liberté d’expression existe. En 2023, Reporters Sans Frontières considère la situation bonne ou satisfaisante dans seulement 52 pays sur 180.

Avez-vous vu qu’à Paris, des féministes se mobilisent pour empêcher qu’une station de métro s’appelle « Serge Gainsbourg » ? Gainsbourg a-t-il selon vous contribué à bousculer par ses provocations l’ordre établi pour rendre davantage possible l’expression des désirs, de l’amour, des plaisirs, de la liberté ? S’inscrivait-il dans les pas de vos poètes ?

Jean-François Charles : Serge Gainsbourg est un auteur qui se situe dans la tradition par plusieurs aspects. S’il a cassé certains codes et tabous (nous pensons notamment au billet de 500 francs), il a aussi créé une œuvre se basant sur une grande curiosité et une profonde connaissance de la culture française.

Quand il chante « que j’aime voir, chère indolente, de ton corps si beau, comme une étoffe vacillante, miroiter la peau… », ce sont les mots de Baudelaire (Le serpent qui danse). Dans Je suis venu te dire que je m’en vais, il cite et rend hommage à Verlaine.

Dans Pensées, Gainsbourg écrit :

Je vais essayer de rejoindre Rimbaud, je veux l’approcher… Un jour je le retrouverai, quelque part en Abyssinie, où il faisait le trafic des armes et de l’or…

Comme d’autres grands créateurs, Gainsbourg a été un grand remixeur.

Pour ce qui est de l’expression des désirs, il s’inscrit dans la tradition des poètes romantiques, mais aussi des textes sacrés les plus anciens :

« Qu’il m’embrasse à pleine bouche !
Car tes caresses sont meilleures que du vin,
Meilleures que la senteur de tes parfums. »

Ce n’est pas ici l’érotisme de Gainsbourg, mais celui du Cantique des Cantiques (chant de Salomon, dans l’Ancien Testament).

Dans vos textes, vous montrez un grand amour de François Villon, ce qui nous interpelle, car c’est aussi un fin philosophe. L’existence est brève come une allumette craquée dans la nuit. Pourquoi cette rage de l’homme de détruire, durant les quelques jours qu’il passe sur la terre, ses frères humains ? On vit des charges iniques contre la religion aujourd’hui en France, notamment contre le christianisme, pensez-vous que les religions soient vraiment et plutôt mères de davantage de crimes que de bontés ?

Jean-François Charles : Le problème auquel nous sommes confrontés trop souvent, c’est le manque de bon sens. Villon le dit dans la Ballade des pendus, mis en musique dans l’Agnus Dei :

Vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis

Dans cette ballade, Villon pose la question de la rédemption et du pardon. Il rappelle aux « frères humains » que si la justice a fait son travail, il est alors temps de penser au pardon. Ma collègue Mary Cohen travaille dans ce sens chaque jour lorsqu’elle anime des ateliers de création de chansons dans les prisons. Comme vous le suggérez, la religion instituée est une épée à double tranchant, un médicament fait à base de poison – ou vice-versa. L’utilisation qui en est faite dépend de l’humain. Sur cette problématique, Baudelaire conclut à la fin du Benedictus :
Vite, soufflons la lampe, afin de nous cacher dans les ténèbres.

L’univers esthétique de votre chanteuse Anika Kildegaard[2] est un peu baroque, un peu grunge, toujours raffiné, élégant. Les images de vos clips frappent par leur beauté et leur caractère transgressif (je pense à « Like a prayer » de Madonna !). Comment interpréter cette attention extrême apportée chez vous aux visuels ? Sont-ils indissociables de la musique ? Renforcent-ils sa portée ?

Jean-François Charles : Dans le clip de l’Agnus Dei, nous avons en effet travaillé en profondeur les contenus visuels. Non seulement ils apportent un éclairage sur la musique et le texte, mais ils soulèvent aussi de nouvelles questions et offrent de nouvelles pistes de lecture de l’œuvre.

Trois aspects me semblent importants à souligner dans le clip : le sujet des ex-votol’arc dramatique suggéré par le texte de Villon, et la danse macabre.

Tout d’abord, j’ai eu la chance de travailler avec le chorégraphe Jaruam Xavier, qui travaille depuis plusieurs années sur le sujet des offrandes votives – ex-voto – et plus particulièrement sur les répliques de membres du corps utilisées comme offrandes votives. Il a été inspiré par une pratique ancestrale qui se poursuit au Brésil, comme par exemple dans l’église Notre-Seigneur-de-la-Bonne-fin de Salvador.
L’ex-voto est a priori un objet physique, mais dès que quelqu’un l’offre comme ex-voto, cela devient un pont entre le physique et le spirituel, une charnière entre l’humain et le divin.

Le spécialiste d’art médiéval Ittai Weinryb explique :
L’ex-voto marque un moment ritualisé d’extrême intimité entre l’humain et le divin, car l’individu dépose un objet comme témoignage matériel d’un contrat non écrit avec une divinité.

C’est cette intimité que nous avons explorée dans le clip, notamment dans la chorégraphie.
Le second niveau de lecture du clip concerne sa structure, un arc dramatique dérivé d’une analyse du texte de Villon en trois parties.

  • Le poème s’ouvre avec une contemplation de la chair :

Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça, dévorée et pourrie,

L’essence de cette partie est résumée ainsi par Madonna dans Material Girl :

We live in a material world.

  • Dans le second huitain, la prière et le monde spirituel sont présentés :

Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,

Dans son livre François Villon Revisited, David A. Fein explique :

Les âmes des pendus, suspendues entre salut et damnation, forment un parallèle spirituel avec les corps suspendus entre ciel et terre.

  • Dans le troisième huitain, et jusqu’à la fin du poème, les cadavres réapparaissent, mais leurs corps ont subi une grande transformation :

La pluie nous a débués et lavés

Le dépouillement de la chair représente une restructuration des valeurs. La pluie a lavé, purifié le corps, le débarrassant de toute chair. Il ne reste que le squelette, l’essence du corps humain, qui peut être considéré comme son contenu spirituel.

Les costumes, bijoux et coiffures, ont été travaillés selon ces trois niveaux. Je suis très fier d’annoncer que le clip a reçu le prix des meilleurs costumes lors du festival Reims Excellence Director Movie Awards (automne 2023).

Enfin, j’ai introduit dans le clip une danse macabre. Il s’agit d’un autre hommage à François Villon, qui connaissait bien les bas-reliefs du Cimetière des Innocents à Paris. Dans le clip, Jaruam Xavier est habillé de couleurs vives, il est « le mort », qui danse pour attirer à lui Jhe Russell « le vivant ». Cette tradition des danses macabres rappelle à tous l’égalité devant la mort. Elle est associée visuellement à deux cérémonies possibles : l’une du baptême, l’autre de l’absinthe – un clin d’œil anachronique aux compagnons romantiques.

Au-delà du clip, je veux aussi mentionner le visuel de l’album, qui a fait l’objet d’un travail sémiologique important par Marc Dannenhoffer, créateur graphique basé en Vendée.

Marc a extrêmement bien perçu les multiples liens tissés entre religion et humanité dans la musique de cet album. Voici ce que le musicologue Matthew Arndt a récemment écrit à propos du visuel :

La pochette de l’album représente une voûte de pierre entrelacée de nervures radiographiques descendant jusqu’à une colonne vertébrale, ce qui représente au sens figuré notre corps affrontant l’abbaye pendant l’écoute, une traduction de l’ancienne tradition du temple en tant qu’homme cosmique.

En conclusion, le visuel de l’album correspond parfaitement à l’œuvre musicale, avec ses multiples lectures et écoutes possibles.

Propos recueillis par Marc Alpozzo
Philosophe et essayiste, Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres, 2014.

Lien vers l’album (extraits et liens vers plateformes) : https://newfloremusic.hearnow.com
Lien vers le clip : https://youtu.be/PvsUvrwJLF8


[1] Voir à ce propos : https://aoc.media/opinion/2023/11/19/radio-classique-ou-la-production-dune-culture-musicale-blanche-et-de-bon-ton/

[2] Anika Kildegaard chante la Missa brevis Abbaye de Thélème. Voir le site : https://www.jeanfrancoischarles.fr/

« Hélène Rumer sait faire parler le cœur de ses héros » sur « Mortelle petite annonce »

Mortelle petite annonce

Par Étienne Ruhaud

Hélène Rumer, Pearlbookseditions, Suisse, 2023

Les drames familiaux font régulièrement la une, qu’il s’agisse de l’affaire Dupont de Ligonnès, ou, plus récemment de ce père ayant poignardé ses enfants et sa femme à Meaux, dans un accès de folie. Petite-fille de Thomas Narcejac (qui, avec son acolyte Pierre Boileau, demeure un emblème de la littérature populaire), mais aussi traductrice d’allemand, Hélène Rumer a déjà choisi d’évoquer ce thème douloureux dans Profil bas, publié chez Pearlbookseditions, maison suisse, en 2009. Dix ans après son second roman (Le zal, 2013), elle revient avec Mortelle petite annonce, polar sombre, noir, décrivant une situation étouffante, au sein d’un foyer en apparence aisé, normal.

Une histoire de nounou

Le titre est programmatique. Issue d’un milieu modeste, la jeune Rouennaise Laurie est recrutée par les Jarnac pour s’occuper de Polo, le petit-dernier, et pour ranger la demeure, cuisiner, aider aux devoirs. En apparence, les Jarnac sont des gens aisés. Pierre, le père, est cadre dans une entreprise d’armements, quand Marie-Ange, la mère, enseigne les mathématiques au lycée. Antonin et Augustin préparent eux leur entrée en classes préparatoires. Tout semble lisse chez cette famille versaillaise, catholique par tradition. Peu à peu, toutefois, des failles apparaissent : tyran domestique, Pierre boit, et se montre violent. Frappé par la crise du COVID 19, son employeur s’apprête à le licencier, et l’argent vient à manquer, du fait de diverses avanies, jointes à un train de vie excessif. Dépressive suite à la mort d’un nourrisson, Marie-Ange fait bonne figure, tente l’agrégation, sauve les apparences, à grands renforts d’anxiolytiques. Les deux « grands », eux, travaillent sans relâche pour satisfaire un père exigeant, cassant. Enfin, nous apprenons que Nicolas, l’aîné, mis à la porte à cause d’une algarade, la veille de Noël, est parti à La Rochelle, où il vivote tout en se rêvant acteur. En définitive, rien ne fonctionne chez les Jarnac, et tout semble mener au drame final.

Subtilement, Hélène Rumer sait donner corps à la tragédie, tristement banale, en faisant parler directement les personnages, les uns après les autres. Nous suivons ainsi les pensées de Laurie, Pierre et Marie-Ange, sans oublier quelques figures secondaires comme la tante Denise. Pris dans leur monologue, chacun des acteurs paraît enfermé dans son rôle, impuissant à sortir du fatum, et à communiquer avec ses prochesOn songe naturellement aux riches techniques narratives de Sébastien Japrisot, entre autres : cette façon de ménager le suspense, bien que le roman s’ouvre sur la fusillade, soit sur la conclusion. Hyperréaliste, le récit s’ancre véritablement dans le présent. Se trouve ainsi évoquée, en filigrane, la crise du coronavirus, et ses conséquences plus ou moins directes sur l’économie. Tout est précisément daté, ce qui confère à Mortelle petite annonce un ton vrai.

Un livre sensible et attachant

Mortelle petite annonce ne constitue pas pour autant un simple déroulé documentaire froid. Un lyrisme certain affleure entre les lignes, au détour d’un passage, au moment même où tout semble glisser, déraper, jusqu’à l’issue fatale. Prisonnier de lui-même, jouant tant bien que mal son rôle, chaque protagoniste montre un visage humain, parfois émouvant, jusqu’au père. Haïssable, Pierre est en réalité un homme fragile, dépassé, ruiné, ainsi qu’il se l’avoue à lui-même sur le dallage de la salle de bains, en train d’agoniser après avoir supprimé les siens : Tout cela devenait très dur à supporter. J’avais l’impression de jouer un mauvais rôle dans ma vie d’homme, de mari et de père. Toutes ces pensées se superposaient dans mon esprit (p. 136). Ainsi se sent-il profondément responsable du suicide de Nicolas, jeune au tempérament artiste, incompris, malade. Martyre, conservant une façade BCBG, Marie-Ange, dont le nom semble prédestiné, ne peut plus remplir son rôle de mère-courage, et ce malgré l’aide de Laurie, dévouée, attachée à Polo, en décalage avec ce milieu (faussement) aisé. Finement, Hélène Rumer sait faire parler le cœur de ses héros, ou plutôt de ses anti-héros, tous étant dépassés, à l’exception de Laurie, qui assure ses tâches, bon an mal an.

Roman classique, sans audace mais de bonne facture, servi par un style direct, Mortelle petite annonce se lit facilement, sans ennui ni sensation de temps mort. On vibre avec cette famille, prise dans un engrenage fatal. En outre, une légère critique de la société bourgeoise point par endroits, sans qu’on puisse pour autant parler de récit sociologique. Le personnage le plus sain demeure finalement Laurie, fille du peuple tournée vers l’avenir, franche, naturelle, et que Marie-Ange juge, de prime abord, vulgaire, mal habillée. Édité en Suisse, donc, le livre est hélas desservi par un intitulé sans doute un peu « bateau », un peu quelconque, et par une couverture somme toute banale, représentant une fleur de nénuphar blanc sur fond noir. On peut le regretter. Le contenu, lui, demeure intéressant.