Nuit blanche propose un portrait très élogieux de « L’indomptable »

XAVIER DOLAN

L’INDOMPTABLE

CRAM, Montréal, 2019
448 pages
27,95 $

Tout ce que vous auriez voulu savoir sur Xavier Dolan sans jamais oser le demander…

L’œuvre de Xavier Dolan a déjà fait l’objet d’une étude (dans Philosopher à travers le cinéma québécois. Xavier Dolan, Denis Côté, Stéphane Lafleur et autres cinéastes de Pierre-Alexandre Fradet) publiée à Paris aux éditions Hermann, mais la monographie substantielle du professeur Laurent Beurdeley– de l’Université de Reims – lui est entièrement consacrée. L’ouvrage, qui couvre l’enfance du réalisateurjusqu’au long métrage Ma vie avec John F. Donovan(2018), est remarquablement bien documenté, fourmillant d’une infinité d’analyses, d’extraits de critiques, de références en bas de page, de citations révélatrices et de témoignages glanés sur Internet. Il ne tente pas pour autant de déifier le cinéaste, qui admettait, en 2014,ses propres exagérations quant à ses connaissances: « Je mens énormément sur ma culture, je suis obligé ». Toutefois, au fur et à mesure qu’il accumule les reconnaissances et les consécrations, Xavier Dolan peut avouer ses insuffisances, comme de ne pas connaître des classiques du cinéma ou de n’avoir rien vu de « la filmographie de Rainer Werner Fassbinder » !

Menant une carrière parallèle dans l’industrie du doublage, Xavier Dolan a prêté sa voix au personnage de Ron Weasley dans la version québécoise de Harry Potter. Bien avant J’ai tué ma mère(2009), il avait fréquenté dès son plus jeune âge les plateaux de tournage ; ce fut son école, à plusieurs niveaux: « Il absorbait les diverses conversations des adultes qui, devant lui, ne s’interdisaient pas de blasphémer, de raconter crûment leurs histoires intimes et d’évoquer leur consommation de drogue ».

En tant que cinéaste, même après tant de succès, l’auteur de Mommy(2014) était réticent à tourner à Hollywood, dans un universimplacable, dominé par l’argent et des guerres de réputations souvent surfaites: « Aux yeux des actrices et acteurs que j’ai approchés, je n’existe pas. Ils me disent non ou alors, ils ne répondent carrément pas ». D’autres réalisateurs québécois comme Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve ont également tourné à Hollywood, mais sans jamais avoir de droit de regard sur le montage définitif (le « final cut »), ce qui est inadmissible.

Laurent Beurdeley ne laisse rien de côté et ne néglige aucun court métrage, aucune participation, même mineure, de Xavier Dolan, sans oublier ses vidéos, ses lettres ouvertes aux quotidiens, ses déclarations, ses sorties. Par la bande, c’est un peu l’ensemble du cinéma québécois contemporain qui est ici examiné, et celui-ci serait présentement caractérisé par « un humour grave et âpre ». Par son exhaustivité, Xavier Dolan. L’indomptable est un livre inégalable, un modèle du genre.

Publié le 24 juin 2019 à 14 h 00 | Mis à jour le 25 juin 2019 à 13 h 56

 

François CARDINALI signe un superbe article sur le Dolan de Laurent Beurdeley

CANNES 2019 : XAVIER DOLAN, L’IRRÉDUCTIBLE

ALORS QUE SON NOUVEAU FILM, MATTHIAS ET MAXIME DÉBOULE DANS LA COMPÉTITION, XAVIER DOLAN A DROIT À SA PREMIÈRE BIOGRAPHIE. SIGNÉE LAURENT BEURDELEY, L’INDOMPTABLE (*)MONTRE LA CARRIÈRE-ÉCLAIR D’UN JEUNE HOMME PRESSÉ ET BOURRÉ DE TALENT.

Cap sur la Croisette

Acteur, scénariste, monteur, costumier et réalisateur, Xavier Dolan n’est pas du genre à rester en place. Aujourd’hui, il présente sur la Croisette son dernier film, deux mois après son premier opus américain, Ma vie avec John F. Donovan qui n’a pas vraiment trouvé son public en France, un des rares pays où il est d’ailleurs sorti. Avec Matthias et Maxime, Xavier Dolan , devant et derrière la caméra, retrouve une atmosphère de drame. Le pitch ? Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences. Une fois encore, Xavier Dolan explore les blessures internes, les traumatismes qui bouleversent les corps et les esprits.

Fort à propos, une biographie, Xavier Dolan – L’Indomptable (*) vient retracer le parcours bluffant d’un jeune réalisateur qui fait déjà parler de lui en 2009 à Cannes  en remportant plusieurs distinctions. Il n’a que 20 ans. Dans ce volume solidement documenté – Laurent Beurdeley a exploré les nombreux interviews de l’artiste qui n’est pas du style à se terrer dans sa tour d’Ivoire – on mesure à quelle vitesse, le jeune Québecois a bouleversé le visage du cinéma moderne. L’homme vit, boit et respire avec le 7ème art. En 2010, il disait déjà : « Le cinéma est la seule rencontre amoureuse de toute mon existence. »

Revenant sur les blessures de son enfance – la séparation de ses parents notamment – Laurent Beurdeley montre comment l’artiste a appris en autodidacte à une vitesse record sans cultiver tel ou tel genre. Xavier Dolan s’est littéralement « nourri » de cinéma, de littérature et de peintures. Camille Tremblay, qui fut une dizaine d’années la conjointe de Manuel Tadros, le père de Xavier, a raconté comme son « petit gueux » la suivait dans la moindre projection de presse. Aussi fasciné par le Titanic, de Camero qu’il vit des dizaines de fois que par La Leçon de piano, de Jane Campion, vu sur les conseils de sa belle-mère. Une réalisatrice à laquelle il va rendre hommage en mai 2014 au Festival de Cannes, affirmant haut et fort que ce « film lui a donné envie de faire du cinéma et de créer des personnages forts de femmes. »

Des personnages forts de femmes, Dolan saura en créer un certain nombre, s’appuyant sur la totale confiance de quelques actrices qui, très tôt, ont cru en lui : Anne Dorval, son interprète fétiche, ou encore Suzanne Clément. Suzanne qui dit de leur relation, comme le livre le rappelle : « Nous sommes frères et sœurs, mère et fils, père et fille, amoureux un peu, ça dépend des moments. »  D’autres ont débarqué dans l’univers du cinéaste, non sans quelques appréhensions. Ainsi Marion Cotillard quand, en 2014, toujours au Festival de Cannes, Xavier Dolan lui proposa de jouer la belle-sœur dans Juste la fin du monde, adaptation très touchante de la pièce du Franc-Comtois Jean-Luc Lagarce, emporté par la maladie. Marion Cotillard lui dit-même, comme le rapporte l’auteur : « Je ne sais pas quoi faire avec ce rôle, il me fait peur et c’est pour ça que je vais le faire. »

L’audace, c’est sans nul doute une des caractéristiques du caractère de Xavier Dolan qui tente les formats, explore, teste sans cesse. Un artiste engagé qui n’a jamais hésité de mettre sa notoriété au service de causes qui le touchent. C’est ainsi qu’il tourna en quatre jours le clip de Collège Boy, d’Indochine, en optant pour la première fois pour le ratio 1.1, le format du portrait, et pour le noir et blanc. Un clip qui suscita bien des remous et des interprétations, mais Xavier Dolan fit, à son habitude, face en montrant du doigt la violence de clips musicaux mettant en scène « des filles en train de se verser de la vodka entre les seins, enduites d’huile, en se faisant traiter de salopes par des chanteurs. »

Une chose est sûre : Cannes et Dolan, c’est déjà une vieille histoire d’amour. Dolan à Cannes,ce n’est jamais tiède… Cela valait bien cette riche biographie.

(*)Ed. du CRAM

L’unique biographie du prodige de 30 ans – une performance ! (sur Dolan par Argoul)

Laurent Beurdeley, Xavier Dolan l’indomptable

Xavier Dolan vient d’avoir 30 ans et il a déjà sa biographie. Le maître de conférences en droit à l’université de Reims, spécialiste des thématiques maghrébines que sont la transition démocratique, la religion, l’identité, le genre, Laurent Beurdeley a été séduit dès son premier film par ce doubleur, auteur, acteur, réalisateur, metteur en scène, costumier né en 1989. Il en fait le Rimbaud du XXIe siècle, né Outre-Atlantique dans la Belle province.

Malgré quelques expressions étranges en page 9 telles que « baigné dans l’œil du public » (sic) et « des perceptions se mobilisent » (ah bon ?), le reste se lit agréablement. N’était la formule peu digeste des fiches juxtaposées en chapitres thématiques, multipliant à plaisir les citations sans toujours en dégager l’essentiel. Mais une vie aussi courte n’est pas encore définie et la suivre pas à pas est faire montre de prudence anglo-saxonne (le culte du fait), même si le lecteur français aurait aimé plus de souffle épique à la Michelet pour l’enfant terrible du cinéma canadien.

Il a 20 ans lorsqu’il a « tué sa mère » en en faisant un film cathartique, présenté en 2009 à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Le scénario est tiré d’une nouvelle qu’il a écrite à 16 ans, sur les encouragements d’une prof. Il sera Grand prix du jury à Cannes en 2016, sept ans plus tard. Fils d’un Egyptien (Michel Tadros) acteur et danseur et d’une Irlandaise dont il a pris le nom (Geneviève Dolan – à qui ce livre est dédié), le jeune Xavier joue déjà dans des publicités et des séries à l’âge de 4 ans ; il double à 11 ans Ron Weasley dans la version française de Harry Potter.

C’est sa mère qui l’élève seule car le couple s’est séparé lorsque le gamin avait 2 ans. Xavier souffrira de l’absence de père, trouvera sa mère peu affectueuse en son enfance et sera mis dans une pension catholique de 11 à 14 ans. Il quittera les études à 17 ans pour se lancer tout seul dans le cinéma, profitant de la fortune accumulée par ses cachets d’enfant. A l’école, il est turbulent, se bat, veut attirer l’attention. Le père indifférent le marque et oriente probablement sa sexualité d’enfant trop désireux d’être aimé, en rivalité constante avec sa mère. Après l’avoir ressenti dès 12 ans, il se déclare ouvertement gay à 16 ans dans son collège Notre-Dame de Lourdes à Montréal ! Il est vrai qu’il semble exister une pression vers les amitiés particulières dans ces lieux fermés non-mixtes où l’extrême jeunesse bouillonne de passions. L’austérité catholique, la célébration du Christ torturé, de saint Sébastien nu percé de flèches doloristes et le célibat de ses prêtres n’arrange pas les choses… Besoin d’admirer, d’être aimé, en faut-il plus pour désirer qui est à sa portée ?

Les Québécois sont volontiers jaloux de qui les dépassent d’une tête, suggère l’auteur. Aussi le fils prodige est-il traité en joual (le parler québécois) de fif et de bibitte lorsqu’il réalise son premier film, comprenne qui pourra. Pour émerger, il faut tourner en bon français – ou en anglais – car le marché du Québec n’est que de 8.5 millions d’habitants. Xavier Dolan est anxieux, impatient, et montre en miroir sa génération dans un monde malade : sexe, drogue et rock’n  roll. Mais il balaie les étiquettes et se veut jeune qui ose. Ses références filmiques sont La leçon de piano, Mort à Venise, Les 400 coups, entre autres, son personnage fétiche Néron dans Britannicus de Racine, et il avoue un faible pour le beau Leonardo di Caprio. Il aime Les liaisons dangereuses, L’écume des jours, la poésie de Paul Eluard et les fantaisies de Jean Cocteau. En bref l’intime et l’ode à la différence. Chacun est précieux et il faut le connaître plutôt que le juger. Les mères, surtout, sont méritantes, ayant la charge d’élever dont les pères se défaussent trop volontiers.

Lorsqu’il tourne, il est très directif, descend jusqu’aux détails des costumes, de la voix et des gestes avec les acteurs. Il voit ce qu’il veut et l’impose. Ce n’est pas caprice mais exigence et les acteurs même les plus grands paraissent jusqu’ici séduits par sa direction.

Sur vingt chapitres, le biographe en consacre six aux films et deux aux clips vidéo.

J’ai tué ma mère (2009) expulse les rancœurs d’enfance de façon sincère et maniérée.

Les Amours imaginaires (2010) filme les fantasmes d’adolescence où un garçon et une fille s’amourachent du même éphèbe indifférent comme un dieu grec.

Laurence Anyways (2012) avec Melvil Poupaud, montre comment un homme au prénom androgyne se veut femme, film sur l’identité sexuelle mais sans aucune scène de sexe.

Tom à la ferme (2013) sur une pièce de Michel Marc Bouchard est un thriller psychologique, peut-être l’œuvre la plus accessible à qui n’a jamais vu Dolan. Tom est gay et a perdu son compagnon Guillaume du sida. Il va l’enterrer dans la famille de ce dernier, dans une ferme sinistre où le frère aîné, Francis, est à la fois une brute et un séducteur. Tom entretient avec lui des relations sadomasochistes jusqu’à ce qu’il finisse par partir, séparant le rural arriéré de l’urbain branché.

Mommy (2014) avec Antoine Olivier Pilon est tourné en format carré pour plus de proximité avec les visages. Une mère reprend son fils psychopathe chassé de l’hôpital psychiatrique pour y avoir mis le feu et, aidée d’une voisine, tente de résoudre ses problèmes. Dits en joual et souvent hystériques, les dialogues ne sont pas appréciés de tous les spectateurs.

Juste la fin du monde (2016) à partir d’une pièce de Jean-Luc Lagorce montre l’enfermement névrotique, la crise permanente de chacun sans que jamais personne n’écoute. Le film réunit Vincent Cassel, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Nathalie Baye – excusez du peu – et filme le retour dans sa famille d’un malade (du sida mais le mot n’est pas prononcé). Aucune vie intime n’est au fond communicable.

Ma vie avec John F. Donovan (2018) conte la relation épistolaire entre un acteur adulte gay refoulé et un fan de 11 ans, jusqu’à ce que des harceleurs du gamin mettent la main sur des lettres de l’acteur et les publient sur le net, entraînant le suicide de l’adulte. Comment vivre sa vie tout en étant célèbre ?

Matthias & Maxime (2019), trop récent, n’est pas chroniqué dans la biographie.

Les clips sont College boy (2013) et Hello (2015). Le premier est sur une chanson du groupe Indochine, où un collégien est harcelé de plus en plus fort dans une école catholique, jusqu’à la crucifixion finale dans la cour, alors que tout le monde détourne les yeux. Antoine Olivier Pilon se sacrifie. Le second est sur une chanson d’Adele, vu 1.7 millions de fois sur YouTube.

Xavier Dolan est un autodidacte mal aimé qui a bâti son art par son entregent et son côté Peter Pan. Il est sensible aux êtres, trop sensible aux maux de son époque dont l’égoïsme et le préjugé sont les deux piliers. Il est croyant, mais de quoi ? De culture catholique mais québécoise. Le biographe ne nous en dit rien. S’il a certainement vu tous les clips et lus tous les articles sur son sujet, l’a-t-il rencontré une fois avant d’écrire ? (Il l’a au moins rencontré après)

Il reste qu’il s’agit, à ma connaissance de l’unique biographie du prodige de 30 ans – une performance !

Laurent Beurdeley, Xavier Dolan l’indomptable, 2019, édition CRAM Montréal, 450 pages, €22.00 e-book Kindle €15.99

DVD Coffret 5 DVD Xavier Dolan : J’ai tué ma Mère + Les Amours Imaginaires + Laurence Anyways+ Tom à la Ferme + Mommy, €25.98

Compte Instagram de Xavier Dolan pour les fans

Blog de Xavier Dolan

Dans « Le Devoir » au Canada, May Telmissany publie un excellent article sur le Dolan de Laurent Beurdeley

On est enthousiasmé par les films de Xavier Dolan (et par sa persona) ou on ne l’est pas. Aucun autre acteur-scénariste-réalisateur n’a suscité autant de polémiques et d’interrogations au cours des 10 dernières années au Québec. Après avoir conquis la scène du cinéma international, Dolan, réalisateur prodige le plus controversé de la province, fait l’objet d’une enquête biographique extraordinaire signée Laurent Beurdeley.

Paru le mois dernier à Montréal aux Éditions du CRAM sous le titre Xavier Dolan l’indomptable, le livre sort au moment où Dolan fête ses 30 ans et qu’il célèbre 10 ans de carrière marquée par une grande multiplicité esthétique, mais aussi par une vaste polémique souvent nourrie par ses interventions inlassables sur les réseaux médiatiques et sociaux.

Lorsqu’il reçoit des distinctions à Cannes pour son premier film, J’ai tué ma mère, en 2009, Dolan a 20 ans. Aujourd’hui, à l’âge de 30 ans, il aurait signé 7 longs métrages de fiction et obtenu des prix suprêmes à Cannes et ailleurs, sur lesquels revient régulièrement son biographe.

Autodidacte et érudit, Dolan est un phénomène cinématographique et médiatique qui attire à la fois les éloges et les diatribes des critiques et du grand public. On évoque, entre autres, l’ego surdimensionné du vilain petit canard qui serait également adulé par les fans et pastiché à la télévision. L’œuvre, cependant, s’incruste dans le réseau de la cinéphilie mondiale avec des films comme Mommy (2014) et Juste la fin du monde (2016) qui, eux, se présentent comme de véritables succès.

Biographie incontournable

Laurent Beurdeley est maître de conférences à l’Université de Reims. Ses recherches portent notamment sur le Maghreb, la transition démocratique, l’islam, les arts et la culture, ainsi que les questions de genre. Son champ de spécialisation n’a donc rien à voir avec les études cinématographiques, et pourtant il excelle dans l’analyse du phénomène filmique tant par son érudition que par ses commentaires astucieux sur les contextes de production et de réception des films.

Cela n’empêche pas que certains chapitres semblent moins bien ficelés que d’autres. La discussion des thématiques de prédilection dans l’œuvre de Dolan (identité et différence, représentation des femmes, critique de la famille) laisse à désirer. Par contre, une structure claire et solide permet de faire avancer le livre de façon méthodique jusqu’à la conclusion.

En plus des chapitres anecdotiques et thématiques, une analyse détaillée de chacun des films de Dolan est offerte à partir du chapitre neuf à raison d’un chapitre par film. La valeur des analyses contextuelles proposées par l’auteur demeure donc incommensurable. La découverte de l’œuvre de Dolan incite l’auteur à porter un regard critique sur ce réalisateur hors norme en insistant non seulement sur son univers créatif, mais aussi sur le contexte filmique et social dans lequel chacun de ses films a évolué.

Extrêmement bien documentée, particulièrement agréable à lire, cette biographie analytique s’avère un must pour les cinéphiles, les étudiants en cinéma, les critiques et les historiens du film. Une traduction en anglais serait certainement souhaitable et s’alignera désormais avec le bilinguisme affiché du prodigieux acteur-réalisateur.

On nous raconte comment Dolan abandonne l’école à l’âge de 17 ans, comment il gère les rapports familiaux et pourquoi il n’a jamais vécu le fardeau d’une révélation de son homosexualité à la famille. Ceci expliquerait peut-être le style Nouvelle Vague du cinéaste autodidacte, l’importance des rapports de groupe dans ses films, et pourquoi l’homosexualité de ses personnages n’est pas la problématique centrale des films.

Beurdeley explique à ce sujet : « Le souci du metteur en scène consiste à montrer la diversité humaine, à la déployer selon des sexualités multiples, et s’interroge sur leur acceptabilité sociale. » Son but ultime serait la normalisation de l’homosexualité dans la société, au-delà de la ghettoïsation sociale et générique.

On apprécierait également les chapitres consacrés aux prises de position de Xavier Dolan et les rapports que tisse Beurdeley entre les positions de Dolan et l’œuvre elle-même. Le rejet, par exemple, de l’appellation cinéma queer et toute la controverse qui s’ensuit place le cinéaste encore une fois en marge des grandes idéologies identitaires postmodernes.

D’indomptable, il devient une séduisante légende urbaine, engagé à la fois dans un processus d’affirmation et de distance. En politique, il soutient le mouvement étudiant de 2012, critique farouchement la charte des valeurs québécoises en 2013, appuie Québec solidaire et rejette la stagnation du confort et de l’indifférence, en affichant (parfois sans le réclamer) ses couleurs de nomade de la pensée.

Cinéaste du devenir-révolutionnaire dans le sens deleuzien du terme, Dolan se défend contre ceux qui le jugent ou le condamnent en faisant un cinéma qui lui ressemble : farouche, antimasculiniste, minoritaire et philosophe. Tout à son honneur !

 

France 3 Grand Est met à l’honneur « Xavier Dolan, l’indomptable » de Laurent Beurdeley

France 3 Grand Est met à l’honneur « Xavier Dolan, l’indomptable » de Laurent Beurdeley avant même sa parution en France annoncée au 18 avril 2019.
Retrouvez l’interview de Laurent Beurdeley dans le 12/13 du 22 mars : https://www.youtube.com/watch?v=qg1g2qikUiM

attachée de presse pour le recevoir/interviewer l’auteur guilaine_depis@yahoo.com / 06 84 36 31 85

Par Florence Morel

Réactif et passionné. Tels sont les mots qui pourraient définir Laurent Beurdeley, maître de conférence à l’Université de Reims. Après un mail envoyé dans la matinée, l’universitaire rappelle immédiatement : « Si c’est pour parler de Xavier, je suis dix fois disponible. » Ce lundi, ce n’est pas d’Union européenne que nous voulons discuter avec lui, mais de Xavier Dolan, le cinéaste québécois, qui a occupé quatre années de la vie de Beurdeley.

Le 13 mars prochain, jour de la sortie française du dernier film du cinéaste, Ma vie avec John F. Donovan, sortira Xavier Dolan, l’indomptable aux éditions Du Cram à Montréal. Pour les Français, il faudra patienter jusqu’au 18 avril. L’occasion de se pencher sur la personnalité du Québécois, que le juriste appelle « Xavier ».

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Xavier Dolan ?
Laurent Beurdeley : Comme beaucoup de cinéphiles, je suis complètement estomaqué par le travail de Xavier. D’abord parce qu’il n’est pas simplement acteur, scénariste et réalisateur, mais qu’il rédige lui-même ses dossiers de presse, avec une précision extrême, et réalise ses bandes annonces.

Ce qu’on relève moins, et qui est encore plus étonnant, c’est qu’il crée lui-même les costumes. Et même Charlie Chaplin par exemple, qui créait lui-même sa propre musique, ne touchait pas aux costumes. Pour Xavier, le costume est très important.

François Barbeau, qui est une sommité du costume [il a travaillé notamment sur Laurence Anyways de Xavier Dolan, et Juste la fin du monde, sorti en 2016 lui est dédié, NDLR], a dit de Xavier qu’il avait un véritable sens du costume, ce qui est très rare. Xavier est persuadé que le costume d’un acteur peut influencer son jeu.

A ce propos, dans l’émission « Pop pop pop » sur France Inter, Kit Harrington dit, avec humour, qu’il a mal vécu le fait de changer trois fois par jour de costume sur Ma vie avec John F Donovan
L. B.: Je ne savais pas que Kit Harrington avait fait cette remarque, mais c’est marrant, car Melvil Poupaud, l’acteur principal de Laurence Anyways, a dit de Xavier Dolan : « Il a joué à la poupée avec moi. » Il a dû enfiler un nombre incalculable de costumes. Il le dit sous la forme d’une boutade, mais je pense qu’il a, au fond de lui-même, senti que ça allait un peu loin ce sens du costume.

Souvent sur un plateau, il peut discuter pendant des heures de détails avec le comédien. Car ce n’est pas Xavier qui décide seul, il a ce souci d’associer ses comédiens à ses choix.

Qu’est-ce qui vous touche dans le cinéma de Xavier Dolan ?
L. B.: Ce qui m’a toujours ému, c’est la place qu’il donne (enfin) aux femmes dans son cinéma. Xavier a toujours regretté que les femmes au cinéma, d’une manière générale, soient battues, névrosées, prostituées… toujours dans la victimisation. Or les femmes chez Xavier, les femmes sont des battantes au caractère bien trempé. Son combat, c’est de faire gagner les femmes.

En plus, il a donné des rôles à des femmes de plus de 50 ans. Rares sont les réalisateurs qui, à Hollywood ou en Europe, distribuent de tels rôles, une telle force, à des femmes.

Il donne aussi la parole à des gens « différents ». Xavier est interpellé par tous ceux qui sont « à la marge » et qui essaient de trouver une place dans la société. Ses films sont aussi une ode à cette différence. C’est ce qui fait la modernité de son cinéma : il arrive à pétrir des références littéraires, picturales et cinématographiques. Il parvient à les brasser et à créer une vision nouvelle.F3 : Combien de temps avez-vous travaillé sur ce livre ?
L.B.: 
Cela a demandé quatre années de travail sans discontinuer. Je connaissais très mal le Québec et n’avais jamais écrit sur le cinéma. Cela m’a demandé un travail important parce que je me suis basé exclusivement sur les déclarations de Xavier, qui sont très nombreuses et que je devais réinsérer dans leur contexte. Cela impliquait de mieux connaître la scène montréalaise, ainsi que le contexte politique du pays.

L’avez-vous rencontré ?
L. B.: Non, je ne l’ai jamais rencontré, ni son entourage (équipe technique ou acteurs), car je voulais préserver mon indépendance et faire un travail le plus objectif possible. Et puis j’avais peur de perdre un peu de magie. J’avais besoin de garder cette part de magie et cette indépendance pour écrire ce livre.

Votre travail a donc été de remettre en contexte l’œuvre de Dolan…
L. B.: Oui, son œuvre et ses déclarations car Xavier est un artiste très engagé au Québec. En France, on connaît plus son côté glamour dans les magazines de mode. Il a pris beaucoup de positions personnelles qui lui ont valu des attaques personnelles et des quolibets.

Outre ses engagements pour les femmes, politiques (notamment les carrés rouge, ces étudiants montréalais qui s’insurgeaient de la hausse de leurs frais de scolarité, qui ont valu beaucoup de critiques au réalisateur), qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
L. B.: Sa trajectoire. Il décroche du système scolaire, il a à peu près 16 ans. Il n’a jamais fait d’école de cinéma… il réalise directement un long métrage. Au Québec, les cinéastes font, à 99%, une école de cinéma et commencent par des courts-métrages.

Sa véritable force, c’est de croire en ses rêves. Quelques semaines avant le tournage de J’ai tué ma mère, son premier film, il disait à l’actrice Nadia Choukri : « Tu verras, on ira à Cannes et Anne Dorval remportera le prix Jutra, sorte de César québécois, de la meilleure actrice. » Et il se donne les moyens d’y arriver.

Vous dîtes qu’il était en décrochage scolaire, mais son père faisait partie de la scène québécoise…
L. B.: Xavier n’a pas fréquenté d’école, mais ce qui a été son « école de vie », c’est que son père l’a emmené sur de nombreux doublages. C’est d’ailleurs une activité qu’il continue à exercer, malgré son emploi du temps très chargé.

Pourquoi avoir choisi le mot « indomptable » pour qualifier le cinéaste ?
L. B.: Il y a la fougue, l’énergie dévorante que son entourage (les comédiens, les techniciens) dit de lui. Le fait qu’il ne pose aucune limite à ses rêves. Il est devenu une icône pop.

Il y a une formule que l’on retrouve trop souvent et que Xavier ne doit plus supporter, c’est celle de « l’enfant terrible ». Ce n’est pas du tout un enfant terrible, car son entourage souligne souvent qu’il a « une vieille âme », c’est comme s’il avait vécu plusieurs vies. Il a une maturité et une connaissance des sentiments incroyables pour un homme qui n’a même pas 30 ans [il les aura le 20 mars prochain, NDLR], voire même 20 lors de son premier film.

C’est quelqu’un qui va au bout de ses rêves mais qui doute aussi énormément. C’est un aspect qu’on ne met pas assez en valeur. On dit de lui qu’il est orgueilleux. Certes, il l’est pour ses films, mais il reste dans le doute. Il écoute beaucoup ses équipes. Il est très directif sur un plateau, mais il a toujours cette modestie de dire qu’il a encore beaucoup à apprendre.

Si vous deviez être en désaccord avec lui ?
L. B.: Il faut qu’il finisse par accepter les critiques dont il fait l’objet. Il ne peut pas faire l’unanimité. Il le sait lui-même, qu’il est à fleur de peau. Il n’a pas été épargné après la sortie de Juste la fin du monde, ou à Toronto lors de la présentation de Ma vie avec John F. Donovan.

Maintenant que votre livre est terminé, voulez-vous le rencontrer?
L. B.: Oui et une des questions que j’aimerais lui poser, c’est : « Quel va être son cinéma maintenant ? »

Dans des interviews d’il y a deux ou trois ans, il avait laissé entendre qu’il était intéressé par le petit écran, que c’était un média qui l’intéressait. Il était question qu’il tourne l’adaptation d’un jeu de société pour la chaîne américaine Fox TV.

Il avait aussi un autre projet avec une célèbre troupe de comédiens montréalais, Les appendices, pour écrire un spectacle comique Un show la nuit, pour la télévision. Xavier a toujours regretté de ne pas laisser plus de place à l’humour dans ses films, bien qu’il y en ait !

J’aimerais beaucoup le rencontrer, et il faut lui laisser le temps de lire le livre. Il dit toujours qu’il lit systématiquement ce qui est écrit sur lui, je serais donc très flatté qu’il le fasse et qu’on se rencontre.

Retrouvez l’interview de Laurent Beurdeley dans le 12/13 du 22 mars : https://www.youtube.com/watch?v=qg1g2qikUiM

Laurent Beurdeley face à Xavier Dolan chez Stéphane Bern sur RTL

Laurent Beurdeley, auteur de « Xavier Dolan, l’indomptable » aux éditions du CRAM (parution mi avril 2019 en France) invité de l’émission de Stéphane Bern « A La Bonne Heure » sur RTL avec Xavier Dolan

Xavier Dolan est de retour au cinéma avec « Ma vie avec John F. Donova », en salles à partir du 13 mars prochain. le cinéaste québécois est l’invité de Stéphane Bern le 04 mars 2019.

Germain Sastre Rédacteur émission

Le 13 mars prochain sortira en salles le nouveau film de Xavier Dolan. Intitulé Ma vie avec John F. Donovan, il s’agit du tout premier long métrage tourné en anglais par le réalisateur de 29 ans. A travers l’histoire, le cinéaste raconte comment les enfants peuvent s’approprier les codes qu’on leur inculque, non seulement dans les moments de désespoir ou de solitude, mais aussi quand ils atteignent une certaine maturité psychologique, pouvant parfois aller jusqu’à la folie.

Pour porter ce septième film, le cinéaste québécois s’est entouré d’un casting prestigieux : Kit Harington (Game Of Thrones), Jacob Tremblay (Room), Susan Sarandon (Thelma et Louise) ou encore Natalie Portman (Black Swan) mais aussi Kathy Bates (Misery, Titanic).

Réécouter l’émission : https://www.youtube.com/watch?v=YaL2SIrN9hY

« Xavier Dolan, l’indomptable », le premier portrait du jeune cinéaste engagé, parution 17/04/19

Parution le 17 avril 2019 aux Editions du CRAM

Xavier Dolan – L’indomptable

de Laurent Beurdeley

Un portrait de 454 pages, 22 €

contact presse : guilaine_depis@yahoo.com / 06 84 36 31 85

En 2009, au festival de Cannes, un jeune réalisateur québécois remporte plusieurs distinctions. Il s’appelle Xavier Dolan. Il a 20 ans. Début d’une ascension fulgurante. Depuis, Dolan ne cesse de produire et d’étonner un public de plus en plus grand.

Ce portrait propose la description minutieuse de l’univers créatif de ce metteur en scène. L’auteur décortique chacun ses films, analyse sa personnalité, tout en évoquant les grandes lignes de son histoire personnelle.

Dans cet ouvrage de référence incontournable se dévorant comme un roman on découvrira :

  • Un cinéaste hors norme, précoce, anticonformiste,passionné, opiniâtre – indomptable.
  • Un autodidacte cultivé, un être souffrant au sens aigu de la repartie.
  • Une « icône pop », une vedette incontournable et clivante, suscitant la controverse.
  • Une vaste filmographie reflétant une âme et ses blessures.
  • Un penseur engagé, sensible aux maux de son époque, assumant son orientation sexuelle, interpellé par le bouleversement des sociétés.
  • Un artiste multifonctions (acteur, scénariste, monteur, costumier) ayant accru la visibilité du cinéma du Québec sur la scène internationale ainsi que la notoriété de ses actrices muses (Anne Dorval, Suzanne Clément).
  • Un réalisateur unique en son genre et en pleine ascension.

Laurent Beurdeley est maître de conférences à l’Université de Reims. Il a été profondément impressionné par Xavier Dolan dès le visionnement de son premier film. Beurdeley est le tout premier spécialiste du jeune cinéaste à publier une étude de fond sur son oeuvre et son parcours, aussi approfondie que respectueuse.