Samedi 14 décembre, Valérie Fauchet rencontrera ses lecteurs à la Rotonde Montparnasse de 16h à 18h

Samedi 14 décembre de 16h à 18h, l’auteur Valérie Fauchet dédicacera son livre « Une voyante passe aux aveux » à la célèbre Rotonde du métro Vavin. Je précise que le 6ème arrondissement a une très grande place dans le livre de Valérie Fauchet qui a notamment habité rue de Tournon et rue Jacob. Nous vous attendons nombreux pour la rencontrer.

Les aveux de la voyante, les questions du philosophe, par Robert Redeker

Longtemps j’ai espéré pouvoir faire cette expérience philosophique de pensée : prendre au sérieux une voyante, laisser être son art. Eh bien, en lisant Valérie Fauchet, c’est chose possible. La voyante et le philosophe peuvent se rencontrer. Que nul ne se méprenne ! Valérie Fauchet n’est pas une voyante telle que la bande dessinée et le cinéma en offrent les clichés pittoresques. Ni Madame Irma ou Madame Soleil, ni Elisabeth Teissier, ni quelque newageuse frénétique, ne sont des figures permettant de la cerner. Elle ne fait pas commerce de son don si étonnant. Son livre – co-écrit avec Marie-Noëlle Dompé – Une voyante passe aux aveux extériorise cette expérience intime qu’est la voyance. Il raconte à son lecteur la découverte puis le progressif domptage de ce don. Car, il faut une âme de dompteur pour le maîtriser, ce don, forme exacerbée de l’intuition ! Pour ménager l’existence sans être dévoré par lui !

Qu’est-ce que voir ? Question de photographe, question de peintre, question de poète, dira-t-on. Rimbaud exigeait du poète qu’il se fît « voyant ». Question de philosophe aussi : « or, c’est proprement avoir les yeux fermés sans tâcher jamais de les ouvrir que de vivre sans philosopher », écrivit Descartes. Philosopher, c’est ouvrir les yeux de l’âme. Bergson, quant à lui, présente l’intuition sous les aspects d’une vue directe par l’esprit de son objet. L’approche bergsonienne n’est pas très éloignée de ce que nous dit Valérie Fauchet. Pourtant ce que voit la voyante n’est pas la même chose que ce que voit le philosophe, fût-il Bergson, se rapprochant sans doute de ce que voit le poète. Le philosophe voit l’intelligible, autrement dit l’idée, l’abstraction, quand peintres, poètes, et voyantes,  voient une autre espèce d’invisible. Ce que voient les philosophes, tous les autres humains le peuvent voir aussi en suivant sa démarche. De même que, grâce à l’art, tous nos congénères peuvent voir l’invisible que voient le peintre et le poète. Mais ce que voit la voyante, nul autre qu’elle ne le peut voir. Autrement dit : on peut voir avec le peintre, avec le poète, avec le philosophe, en leur compagnie, en suivant les linéaments de leurs démarches, en les accompagnant dans leurs arts, dans leurs méthodes, mais on ne peut voir avec la voyante, on ne peut voir en même temps qu’elle ce qu’elle voit. La voyante voit ce qui n’est pas fait pour être vu, qui bouscule les cadres du temps, son aller-et-venir bien réglé, soit que l’invisible s’impose à elle spontanément, comme un éclair dans un ciel pur, soit qu’elle le provoque au moyen d’artifices appropriés.

Surgit ainsi l’idée d’une vue sans les yeux, d’une vue qui neutralise le regard physique, – la vue intérieure. Car c’est bien une vue intérieure, fixée sur l’âme tendue comme un écran de cinéma, où défilent, sans que jamais l’on puisse deviner qui en est le projectionniste, sans même que l’on perçoive leur source, souvent sans que l’on soit averti de la date et de l’heure des séances, des séquences d’avenir et de passé venant s’imposer dans le présent. L’espace de cette projection – Valérie Fauchet parle de « diapositives » se succédant rapidement – la vue intérieure se substitue à la vue oculaire.

La voyante se dit médium. Il importe de différencier : voir ce qui n’a pas encore eu lieu, et communiquer avec les morts, même si l’on peut supposer, à condition d’accepter l’idée d’une vie après la mort, que les trépassés se servent de la voyance pour expédier des messages aux vivants. La première de ces facultés suppose l’existence d’un destin, d’une prédestination, ce qui met en difficulté la notion de liberté, de libre-arbitre, de création ; moins onéreuse pour les idées de liberté et de nouveauté, renforçant la notion d’individualité, donc au fond de libre-arbitre, la seconde ne contraint à accepter que la possibilité d’une vie après la mort et l’existence d’un monde invisible, hypothèses qui, bien que se heurtant aux apparences matérielles, ne comportent aucune impossibilité logique. Les deux – voyance et médiumnité – peuvent se concevoir séparément. Chez Valérie Fauchet, de son propre aveu, ces deux facultés s’épousent.

Dans l’expérience intellectuelle de toute personne qui pense, le destin, la liberté, et la mort, sont des labyrinthes. Comment peut-on voir un événement qui ne s’est pas encore produit, tout en sachant que l’homme est un être libre ? Comment se fait-il que la voyante nous avertisse d’un destin (par exemple un accident), que nous pouvons modifier en tenant compte de son avertissement ? Ici se découvre le labyrinthe du destin et de liberté. Destin, qui signifie destination, lieu d’arrivée, est un mot plus juste pour signifier ce qui doit se produire, que nécessité, mot qui enveloppe un complément, « aveugle ». Le destin est intelligent, la nécessité est aveugle. La question s’était posée autrefois à Leibniz, d’accorder dans son système philosophique la prédestination avec la liberté, l’harmonie préétablie avec le libre-arbitre. Le célèbre philosophe allemand n’a pas trouvé la sortie définitive de ces labyrinthes, – tout simplement parce qu’il n’y en a pas. « Dieu incline sans nécessiter », affirma-t-il : tout est prévu, puisque Dieu opte pour le meilleur monde possible, et pourtant nous sommes libres. Ce qui revient à proclamer que la contradiction entre prédestination et liberté n’en est pas une ! Les contraires apparents, par exemple le destin et la liberté, restent vrais en même temps, toute tentative de dépasser la contrariété au moyen d’une dialectique s’avérant, comme ce le sera chez Hegel, un échec. Les choses se passent comme si la représentation de la réalité dans la pensée devait demeurer semblable à un corps écartelé, entièrement ouvert à jamais, aux contradictions suppurantes, un organisme impossible par nature à recoudre. De fait, ces labyrinthes n’ont pas d’issue, ni dans la réalité ni dans la pensée. 

Devant le réel, nous sommes peut-être semblables à ces chiens qui gambadent autour de leur maître pendant la promenade, multipliant par leur course joyeuse cercles et ovales autour de lui, sans se douter que le monde dans lequel il vit est infiniment plus vaste et complexe que l’idée qu’ils s’en font. Sans, par exemple, savoir que leurs trajets sont des cercles et des ovales. Sans non plus soupçonner qu’il existe tout un univers d’idées qui occupe l’esprit de leur maître. Il faut être honnête, abandonner le rassurant déni : il se passe quelque chose, la voyante voit quelque chose que nous ne voyons pas. Quelque chose de ce monde plus vaste. Comme si des bribes du passé et de l’avenir venaient briser la compacité du présent, laissant passer quelques rais d’une lumière qui n’est pas celle de notre univers habituel. Le livre de Valérie Fauchet remet à vif, dans l’esprit de son lecteur, les dédales de ces labyrinthes. Il l’expulse de sa zone de confort intellectuel. Expérience intime, la voyance – au même titre que la médiumnité – n’est pas forcément déraison, délire relevant de la simulation ou de la psychiatrie. Elle exprime peut-être une autre facette de la raison, que nous peinons à comprendre ; elle exprime sans doute la communication avec d’autres aspects de la réalité que ceux auxquels l’ordinaire de notre existence se tient. Peut-être… Cette belle expérience de pensée s’achève sur un : peut-être.

*Valérie Fauchet, Une Voyante passe aux aveux, entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Editions Ipanema, 2019, 235 pages, 17,90€.

« Le don de l’intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabou » dans Paperblog

Le don de l’intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabou

Publié le 10 novembre 2019 par Marjorierafecas

« Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don », constatait Einstein. Plus de 60 ans après, notre société se montre toujours aussi hostile aux intelligences différentes de la sacro-sainte intelligence logique et verbale. Pour cette raison, j’ai trouvé le témoignage de Valérie Fauchet sur sa mediumnité, dans son livre Une voyante passe aux aveux, fascinant. La voyance est une forme d’hypersensibilité qui défie les lois physiques et spatio-temporelles et qui mérite notre attention, au regard de l’intelligence artificielle versus intelligence humaine. Le don de l'intuition, malgré le respect que lui portait Einstein, reste toujours tabouIl existe, malheureusement, des dons que l’on subit. Certaines personnes possèdent en effet le don de « pré-voir ». Contrairement aux surdoués, les dons de voyance sont jugés douteux et sont ignorés par la science. Pourtant, ces personnes « voyantes » n’ont pas décidé d’avoir ces « flashs », ils s’imposent à eux. Comment faire alors pour ne plus voir ?

Dans ce livre Une voyante passe aux aveux, le témoignage de Valérie Fauchet est troublant, sa vie ressemble à un roman fantastique. Pour donner du coffre à ses expériences, et prouver qu’elle n’a pas peur d’être titillée par l’exigence de preuves factuelles, l’auteure a eu la bonne idée d’être interviewée par une magistrate, Marie-Noëlle Dompé. La voyance au tribunal ? Oui, mais il ne s’agit pas pour autant d’un procès. Cette magistrate, aguerrie à l’impartialité, a joué le rôle de l’investigatrice bienveillante pour comprendre comment se manifeste cette méga intuition chez notre voyante peu commune. La voyance apparaît alors sous un autre jour, plutôt comme une hypersensibilité insoutenable. Comme une faille qui attire la lumière d’un flash. Les gens dotés d’une hypersensibilité sont plus facilement fatigués, car ils absorbent énormément les émotions des autres, voire des objets… Car pour Valérie Fauchet, même les objets portent une histoire. La foule est pour elle tel un vampire, elle l’épuise. Ces phénomènes de clairvoyance sont provoqués par des émotions très fortes. Etymologiquement, émotion veut dire « dérangement ». Les artistes peuvent eux-aussi d’ailleurs avoir cette sensibilité médiumnique. Comme le souligne justement l’auteure, les artistes sont « chacun dans leur genre » des mediums, et pourtant personne ne les craint. Car leur don se manifeste dans une expression artistique, un don qui heureusement est reconnu par nos sociétés.

Son témoignage est à certains moments poignant. On est saisi de compassion lorsqu’elle explique qu’elle a découvert son don, en pressentant 8 jours avant, les futurs attouchements de son instituteur… Mais personne ne s’en alerte. Malgré cet épisode douloureux, sa vie ressemble aussi à un conte de fée. Elle voit par exemple des Elfes dans le jardin de sa maison de Rennes. Un peu comme dans les légendes celtes, elle vit des jours enchantés sur l’île aux moines, île dotée d’une énergie très particulière. Les artistes, et en particulier les poètes, sont ses amis. Elle a par exemple le plaisir d’échanger sur l’onirisme et la poésie avec le peintre brésilien Cicero Dias, ami de Paul Eluard, ouvert à la médiumnité. Après sa période bretonne enchanteresse, elle a le coup de foudre pour un appartement rue de Tournon à Paris, qu’elle transforme en cabinet de curiosités. Une vraie vie de bohème s’ouvre alors à elle. Elle apprend alors qu’une célèbre voyante, Mademoiselle Lenormand, habitait dans cet appartement et qu’elle recevait régulièrement Joséphine de Beauharnais. En somme, une jolie coïncidence.

Mais est-il judicieux d’être marié à une voyante ? On sourit lorsqu’elle relate que son don n’était pas un cadeau pour son ex-mari, car elle visualisait toutes ses maîtresses, et ce même à distance… Son mari ne pouvait pas cultiver de jardin secret. Ce qui peut donner l’impression encombrante et obsessionnelle d’être tout le temps espionné…

La voyance souffre aujourd’hui d’une image délétère, elle est perçue comme la misère de tous les espoirs déçus. Elle est souvent l’appât facile de charlatans qui exploitent le mal être des personnes insatisfaites de leur présent. Cette voyance « bas de gamme » et payante est à l’opposé du « connais-toi toi-même ». On gagne souvent plus de temps à chercher à comprendre l’origine de ses désirs, que de tenter de les assouvir à tout prix. Malgré le charlatanisme qui entoure ce don qui défie les lois spatio-temporelles, la « vraie » voyance ou la médiumnité sont une forme d’intuition. Elles échappent certes à l’intelligence logique, mais appréhendent le monde autrement. Einstein soutenait que « le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don ». Notre occident est si rationnel qu’il barre la route à l’intuition. La voyance peut être perçue comme une alchimie des émotions qui nous livre une autre clé d’interprétation de la réalité. A travers son témoignage, l’auteure a cherché à « desorcelliser » la voyance.

Même quand une personne a des « flashs », ces images restent toujours interprétables. Valérie Fauchet insiste sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue, même sur le passé. Sa voyance est la possibilité « d’offrir un autre regard ». La façon de vivre l’évènement prédit est elle-aussi subjective. Par conséquent, attention à l’hubris : ne jamais prédire des choses de façon catégorique. Le doute cartésien doit être la règle, même dans ce domaine de l’intuition. La médiumnité reste un mystère et n’obéit à aucune loi.

Cet ouvrage souhaite offrir une vision moins matérialiste du monde dans lequel nous vivons.

Valérie Fauchet a parfois l’impression d’être à la fois sur terre et dans l’au-delà. C’est dur de vivre cette dualité, c’est comme le destin de mélusine, mi-femme mi-serpent, ce type de femmes dérange…

Notre monde continue de refuser la complexité.

J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteure, suite à la lecture de son témoignage. Je vous ferai part bientôt de nos échanges dans un prochain article…

Une voyante passe aux aveux, Editions Ipanema 2019, 233 pages, 17,90 €

La Cause littéraire a bien lu Valérie Fauchet, Bravo à Marjorie Rafécas Poeydomenge

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge 06.11.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet, Editions Ipanema, octobre 2019, 233 pages, 17,90 €

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Il existe, malheureusement, des dons que l’on subit. Certaines personnes possèdent en effet le don de « pré-voir ». Contrairement aux surdoués, les dons de voyance sont jugés douteux et sont ignorés par la science. Pourtant ces personnes « voyantes » n’ont pas décidé d’avoir ces « flashs », ils s’imposent à eux. Comment faire alors pour ne plus voir ?

Dans ce livre Une voyante passe aux aveux, le témoignage de Valérie Fauchet est troublant, sa vie ressemble à un roman fantastique. Pour donner du coffre à ses expériences, et prouver qu’elle n’a pas peur d’être titillée par l’exigence de preuves factuelles, l’auteure a eu la bonne idée d’être interviewée par une magistrate, Marie-Noëlle Dompé. La voyance au tribunal ? Oui, mais il ne s’agit pas pour autant d’un procès. Cette magistrate, aguerrie à l’impartialité, a joué le rôle de l’investigatrice bienveillante pour comprendre comment se manifeste cette méga intuition chez notre voyante peu commune. La voyance apparaît alors sous un autre jour, plutôt comme une hypersensibilité insoutenable. Comme une faille qui attire la lumière d’un flash.

Les gens dotés d’une hypersensibilité sont plus facilement fatigués, car ils absorbent énormément les émotions des autres, voire des objets… Car pour Valérie Fauchet, même les objets portent une histoire. La foule est pour elle tel un vampire, elle l’épuise. Ces phénomènes de clairvoyance sont provoqués par des émotions très fortes. Etymologiquement, émotion veut dire « dérangement ». Les artistes peuvent eux aussi d’ailleurs avoir cette sensibilité médiumnique. Comme le souligne justement l’auteure, les artistes sont « chacun dans leur genre » des mediums, et pourtant personne ne les craint. Car leur don se manifeste dans une expression artistique, un don qui heureusement est reconnu par nos sociétés.

Son témoignage est à certains moments poignant. On est saisi de compassion lorsqu’elle explique qu’elle a découvert son don, en pressentant, 8 jours avant, les futurs attouchements de son instituteur… Mais personne ne s’en alerte. Malgré cet épisode douloureux, sa vie ressemble aussi à un conte de fée. Elle voit par exemple des Elfes dans le jardin de sa maison de Rennes. Un peu comme dans les légendes celtes, elle vit des jours enchantés sur l’île aux moines, île dotée d’une énergie très particulière. Les artistes, et en particulier les poètes, sont ses amis. Elle a par exemple le plaisir d’échanger sur l’onirisme et la poésie avec le peintre brésilien Cicero Dias, ami de Paul Eluard, ouvert à la médiumnité. Après sa période bretonne enchanteresse, elle a le coup de foudre pour un appartement rue de Tournon à Paris, qu’elle transforme en cabinet de curiosités. Une vraie vie de bohême s’ouvre alors à elle. Elle apprend alors qu’une célèbre voyante, Mademoiselle Lenormand, habitait dans cet appartement et qu’elle recevait régulièrement Joséphine de Beauharnais. En somme, une jolie coïncidence.

Mais est-il judicieux d’être marié à une voyante ? On sourit lorsqu’elle relate que son don n’était pas un cadeau pour son ex-mari, car elle visualisait toutes ses maîtresses, et ce, même à distance… Son mari ne pouvait pas cultiver de jardin secret. Ce qui peut donner l’impression encombrante et obsessionnelle d’être tout le temps espionné…

La voyance souffre aujourd’hui d’une image délétère, elle est perçue comme la misère de tous les espoirs déçus. Elle est souvent l’appât facile de charlatans qui exploitent le mal-être des personnes insatisfaites de leur présent. Cette voyance « bas de gamme » et payante est à l’opposé du « connais-toi toi-même ». On gagne souvent plus de temps à chercher à comprendre l’origine de ses désirs, que de tenter de les assouvir à tout prix. Malgré le charlatanisme qui entoure ce don qui défie les lois spatio-temporelles, la « vraie » voyance ou la médiumnité sont une forme d’intuition. Elles échappent certes à l’intelligence logique, mais appréhendent le monde autrement. Einstein soutenait que « le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur fidèle et a oublié le don ». Notre occident est si rationnel qu’il barre la route à l’intuition. La voyance peut être perçue comme une alchimie des émotions qui nous livre une autre clé d’interprétation de la réalité. A travers son témoignage, l’auteure a cherché à « desorcelliser » la voyance.

Même quand une personne a des « flashs », ces images restent toujours interprétables. Valérie Fauchet insiste sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue, même sur le passé. Sa voyance est la possibilité « d’offrir un autre regard ». La façon de vivre l’évènement prédit est elle-aussi subjective. Par conséquent, attention à l’hubris : ne jamais prédire des choses de façon catégorique. Le doute cartésien doit être la règle, même dans ce domaine de l’intuition. La médiumnité reste un mystère et n’obéit à aucune loi.

Cet ouvrage souhaite offrir une vision moins matérialiste du monde dans lequel nous vivons. Valérie Fauchet a parfois l’impression d’être à la fois sur terre et dans l’au-delà. C’est dur de vivre cette dualité, c’est comme le destin de mélusine, mi-femme mi-serpent, ce type de femmes dérange… Notre monde continue de refuser la complexité.

Marjorie Rafécas-Poeydomenge

Valérie Fauchet, née en 1968, après des études de Lettres modernes à la Faculté de Rennes, a écrit de nombreux textes de chansons pour des artistes de renom. Il s’agit de son premier témoignage sur sa médiumnité.

A propos du rédacteur

Marjorie Rafécas-PoeydomengeMarjorie Rafécas PoeydomengePassionnée de philosophie et des sciences humaines, l’auteur publie régulièrement des articles sur son blog Philing Good, l’anti-burnout des idées (http://www.wmaker.net/philobalade). Quelques années auparavant, elle a également participé à l’aventure des cafés philo, de Socrate & co, le magazine (hélas disparu) de l’actualité vue par les philosophes et du Vilain petit canard. Elle est l’auteur de l’ouvrage « Descartes n’était pas Vierge ».

Un bel article d’Isabelle Kévorkian sur Valérie Fauchet

UNE VOYANTE PASSE AUX AVEUX

http://isabelle.kevorkian.over-blog.com/2019/10/une-voyante-passe-aux-aveux.html?fbclid=IwAR3gRWoBXbBWggD3mnzSjntWrZDiQRwNnB_GhanAyKzlUinUTP9INngz1Io

Valérie Fauchet, voyante, medium, clairaudiente, s’entretient avec Marie-Noëlle Dompé, ancien magistrat et avocat honoraire. Un entretien de 218 pages, qui a duré 3 mois, du 9 janvier au 9 avril. Tiens tiens… Nikolas Tesla affirme que « Si vous connaissiez la magnificence du trois, six et neuf, vous auriez la clé de l’univers. »Rien que cela… la clé secrète de l’énergie libre, le symbole de l’illumination. Des schémas expliqués également par Marko Rodin, un scientifique. L’ésotérisme s’accommoderait-il donc de science ?

Il se trouve que Valérie Fauchet lit actuellement « Se souvenir du futur », écrit par Jocelin Morrisson et Romuald Leterrier, dans lequel ils « laissent la porte ouverte sur des futurs non figés. »

 

Valérie Fauchet et Marie-Noëlle Dompé : deux femmes qui n’ont pas opté pour la facilité. Un dénominateur commun entre la voyance et la magistrature ? l’exigence, peut-être et, surtout, une pratique de l’art oratoire au service de la vie de l’individu dans la cité. D’ailleurs, dans la Rome antique, les magistrats, entre autres pouvoirs, avaient le droit de prendre les auspices, en d’autres termes de consulter les dieux, en interprétant le vol des oiseaux. Véritables messagères donc. Je crois que c’est cela qui caractérise et réunit ces deux femmes, pour cet ouvrage où la voyance semble davantage relever d’une mécanique quantique. De particules d’énergies et d’un courant entre personnes, à un moment donné, très précis. Ici et maintenant. Oui, c’est cela au fond « être voyante » : une pratique divinatoire nécessaire, pour conseiller, guider, délivrer un message à un consultant qui se trouve à une étape déterminante de sa vie. Ce « télégramme », il en fera ce qu’il voudra : le consultant conserve son libre arbitre. Il demeure le seul décideur, l’unique responsable.

 

Une voyante, c’est un peu La Poste à elle toute seule. Les destinataires attendent de leur facteur qu’il leur remette de bonnes nouvelles. Les consultants espèrent de leur voyante qu’elle leur prédise un avenir radieux. Ça ne marche pas ainsi.

 

La première à en être persuadée, c’est évidemment Valérie Fauchet, qui s’affiche tout sourire, un sourire éclatant et généreux. On découvre une femme flamboyante, pommettes hautes, visage lisse, pas même une ridule de la cinquantaine, chevelure voluptueuse. Pas loin de l’image d’Épinal, comme une carte de tarot doré sur tranche. Mais voilà. C’est toujours pareil : ce qui se cache derrière est bien moins fluide qu’il n’y paraît. Un peu comme un flash recèle toujours quelque chose d’autre que ce qui apparaît d’emblée. Le sens est ailleurs, à la périphérie, moins accessible immédiatement et a priori. C’est cette périphérie qui importe, pourvu que l’on fasse preuve de tempérance et de neutralité. Cet ouvrage entend mettre en garde, prévenir, éveiller. D’ailleurs Valérie Fauchet est présentée comme « une éveilleuse d’âme », elle qui a beaucoup lu sur le sujet, convaincue entre autres par Krishnamuty, Eckhart Tolle ou Allan Kardec.

 

Valérie Fauchet a cependant moins d’intuition pour elle que pour les gens qu’elle croise dans la rue, ceux qu’elle rencontre lors d’un dîner, son ex-mari, ses amis, ses filles. Et quand il lui est donné de « voir » ou, plus précisément, de « prévoir » et « pré-visionner » une diapositive qui la concerne, elle n’en identifie sa réalité que bien plus tard. Comme lorsqu’un flash lui fait visiter un manoir, qu’elle acquerra des années plus tard au gré d’une visite inattendue. Ses intuitions sont d’intimes sensations. Comme ce jour où elle croise sur la route Alain Souchon, elle sait, organiquement, qu’ils deviendront des amis. Ses flashs lui ont aussi permis de préserver sa famille : lorsque ce soir du 13 novembre 2015, elle refuse catégoriquement que ses filles sortent, encore moins vers Bastille. Incompréhensions de ses filles médusées, qui ne reconnaissent pas le ton comminatoire de leur mère. Elle a « vu » que son ex époux gagnerait au Loto, et elle a prié pour que cela arrive. Comme quoi foi et spiritualité font parfois bon ménage. C’est arrivé. Elle ne l’a pas souhaité dans un but mercantile. Sa ferveur, elle l’a façonnée pour que son mari trouve l’apaisement qui lui faisait défaut désormais. 

 

Son existence est chaotique, depuis l’enfance, mais elle a tout surmonté. Ce qu’elle a finit par obtenir, elle ne le doit qu’à elle-même. Un destin de femme intéressant, par ce qu’il compte de rencontres qui lui ont permis d’avancer, de se dépasser, de tendre vers la lumière, vers là, ce lieu impérieux et prédestiné, où elle doit être. Comme lorsqu’elle rencontre et achète, sur une impulsion, l’appartement où a vécu Mlle Lenormand, vécu et prédit, notamment à l’impératrice Joséphine de Beauharnais.

 

Je pensais ici reprendre quelques exemples de présages ou de prémonitions, puisque Valérie reprend des situations excessivement précises, des exemples de flashs extraordinairement datés qui, pour autant ne sont pas définitifs comme la première lecture peut le laisser penser. Cette communication-là, n’est jamais ce que l’on a envie qu’elle traduise. Je pourrais aussi résumer les typologies de consultants ou expliquer pourquoi parfois, Valérie ne « voit » ni n’entend rien, il y a blocage. Préciser son sens de la déontologie, sa pratique sans vanité. Je crois préférable que chacun s’approprie ces propos, ces avertissements, ces dépêches, en pleine conscience. Les aveux, comme les confessions, ça se passe à huis clos.

 

Une voyante passe aux aveuxEntretiens : Valérie Fauchet, avec Marie-Noëlle DompéLes éditions Ipanema. 17,90 euros. 232 pages.