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Michael Host du site https://conscience-universelle.com livre sa critique des « Voeux flottents » de Marie B. Lévy

Avec Les Vœux flottants, Marie B. Lévy signe un roman initiatique dans lequel l’enquête en fil rouge s’accompagne d’une méditation spirituelle sur le deuil, la mémoire et les forces invisibles qui traversent le vivant. Loin du thriller classique, le récit avance par niveaux successifs, naviguant entre deux mondes où la frontière entre réel et imaginaire, science et spiritualité, est volontairement ouverte.
Le point de départ est un crash d’avion au large de Corfou lors duquel décède un chercheur en biologie, Myron, travaillant sur un traitement prometteur contre le cancer. Le démarrage du roman pourrait annoncer une investigation scientifique ou policière, mais très vite, l’histoire change de ton.
Ce qui est en jeu n’est pas tant la résolution d’un complot « économique » que l’expérience intérieure d’Anne, épouse endeuillée, confrontée à une perte qui désorganise autant sa vie que sa perception du monde.
La suite est l’une des étapes spirituelles du roman ; le rêve dans lequel Myron s’adresse à Anne. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir ou une hallucination du deuil, mais un message transmis depuis un autre plan de réalité. Myron annonce une vérité à Anne, qui devient la seule capable d’agir, non parce qu’elle détient une compétence particulière, mais parce qu’elle va devenir la seule à pouvoir réceptionner les bouts de vérité. Le rêve n’est pas ici une fuite du réel : il annonce un début initiatique, mais difficilement compréhensible à ce niveau du roman pour celui qui n’est pas encore initié.
Autour d’Anne gravitent des figures énigmatiques : Ota, l’ami japonais du défunt, porteur d’une autre relation au temps, à la nature et aux signes ; Link responsable hiérarchique de Myron et personnage influant du monde scientifique ; et surtout l’érable du Japon, symbole central du récit autant par son rôle que par sa position dans le jardin et dépositaire des vœux suspendus et des messages à déchiffrer. À travers cet arbre, Marie B. Lévy convoque à travers Anne tout un imaginaire japonais, en rapport aux esprits, au végétal, aux rites ancestraux, sans jamais tomber dans l’aspect simplement décoratif. L’arbre agit comme un médiateur silencieux entre les deux mondes : celui de la matière et celui de l’invisible. Lequel aura donc le dernier mot ?
L’un des mérites du roman est de faire dialoguer deux registres rarement réconciliés : la recherche scientifique la plus avancée (cellules, biologie, promesse de guérison, voire tentation transhumaniste) et le monde spirituel de l’âme, de la vie après la mort, de la synchronicité et de l’intuition. La force du roman est qu’il s’adresse ainsi tant aux amateurs d’enquête policière qu’à ceux qui sont en quête de réponse concernant la vie eternelle, mais aussi les limites morales et existentielles du progrès. Que devient l’humain lorsque la science avance sans conscience et lorsque la vérité se dérobe derrière des intérêts opaques ? Quand doit s’arrêter la mission de l’humain quand
tout semble aller trop loin ?
Alors Anne, personnage dans lequel le lecteur peut facilement s’identifier, va ainsi découvrir le vrai sens de la Vie, au sens spirituel, grâce à un détective privé. Le concret rencontre ainsi l’abstrait : accidents, catastrophes climatiques et industrielles, mensonges, mais aussi rencontres et une succession d’événements : la Vie se dévoile à Anne comme le chef d’orchestre, La fin, ouverte et résolument poétique, refuse toute clôture explicative. Les réponses importent moins que le chemin parcouru. Les Vœux flottants ne cherche pas à trancher entre illusion et vérité, mais à installer le lecteur dans cet espace du doute où se joue une part essentielle de la conscience humaine et spirituelle.
Dans l’esprit de la Lectio Divina, Les Vœux flottants s’adresse à celles et ceux qui acceptent de lire autrement, dans un état contemplatif pour accueillir les ressentis : en écoutant les silences, en comprenant les symboles, en laissant résonner les questions sans exiger qu’elles soient immédiatement refermées. Plus qu’une enquête à résoudre, le livre propose une expérience intérieure sur ce qui subsiste lorsque tout semble perdu, et sur ce qui, parfois, continue de parler à travers le vivant, pour le retour du Vivant.
A travers son personnage Anne, Marie B. Lévy prophétise le rôle d’éveilleur de conscience que l’humanité attendait.
Michael Host est un accompagnant de l’éveil intérieur et un explorateur de la conscience. Après un parcours riche en expériences humaines, professionnelles et spirituelles, il a développé une compréhension fine des mécanismes de transformation qui traversent celles et ceux qui cherchent à vivre plus alignés, plus vrais et plus présents. Son approche, nourrie par des années de recherche intérieure, d’observation des dynamiques humaines et d’engagement dans des pratiques de maturation spirituelle, relie en profondeur le corps, l’âme, l’intuition et la parole. Il accompagne aujourd’hui celles et ceux qui se trouvent dans une période de transition, de basculement ou de quête de sens, en leur offrant des repères clairs, des outils concrets et une présence attentive.
Son apport au Nouveau Monde repose sur une vision simple et exigeante : la transformation n’est pas une fuite du monde mais un retour à soi, une manière d’habiter pleinement la vie, d’écouter le mouvement intérieur et de laisser émerger sa vocation la plus profonde. À travers ses programmes, ses écrits et ses rencontres, Michael invite chaque personne à entrer dans un chemin de maturation, de discernement et de présence, afin de révéler sa lumière singulière et d’incarner son projet de vie avec justesse. Ce livre est le fruit de ce chemin, de ses traversées, de ses découvertes et de son engagement à transmettre une voie authentique, accessible et profondément humaine pour accompagner l’éveil spirituel contemporain.
Mon site internet est : https://conscience-universelle.com

Pour grandir sans renoncer aux songes : « Alphonse » d’Othman Ihraï dans Actualitté

Le songe premier ou l’enfance comme dernier territoire de liberté

Conte poétique illustré par deux enfants, méditation philosophique sur l’imagination, fable politique sur la dépossession du sensible, Alphonse et le songe premier d’Othman Ihraï appartient à cette lignée rare de livres qui semblent simples parce qu’ils sont profonds, et lumineux parce qu’ils sont graves. Sous les traits d’un petit singe poète, c’est toute une conception du monde qui se joue : celle d’un refus obstiné de l’aliénation moderne et d’une fidélité radicale à l’enfance du regard.

Othman Ihraï est poète et musicien, installé à Auray, dans le Morbihan. Né à Casablanca en 1982, il s’installe à Nice en 2000 pour y mener des études de droit, avant de rejoindre la Bretagne en 2018 « pour retrouver l’océan qui a bercé ses nuits d’enfants ».

Il publie cette même année Demain n’existe pas, recueil de poèmes illustré par Mehdi Maiez, suivi de Nocturnes Arabesques (2023), illustré par Fabienne Léon.

Entre 2021 et 2023, il signe la trilogie romanesque Algorythme, satire du monde contemporain où l’absurde côtoie le sarcasme, revendiquant explicitement une filiation avec Fabcaro, John Kennedy Toole et l’héritage dialogué de Michel Audiard.

Mais Alphonse et le songe premier, publié en 2025 aux éditions Fine Pluie, marque un tournant. Le livre est illustré par ses deux filles, Romane (10 ans) et Louise (7 ans).

Othman Ihraï le dit lui-même : « J’ai toujours été très touché par leurs dessins et ceux des enfants de manière générale. Quelle qu’en soit la qualité, ils sont empreints d’une fragilité poétique, d’une naïveté touchante qui m’évoque le son d’une douce mélodie. »

Le projet est intégralement familial : écrit par le père, illustré par les filles, mis en page par l’épouse, édité par une maison cofondée avec sa mère. Cette genèse n’est pas anecdotique : elle est le cœur même du livre.

Le petit singe et la perte du dixième de l’âme

Alphonse est « un petit singe poète qui vient d’atteindre l’âge de raison». Avec le temps, « le dixième de son âme s’est évaporé », celui qui lui permettait de « parler aux astres et de tutoyer l’éternité ».

Cette idée rappelle immédiatement Novalis (Friedrich von Hardenberg, 1772-1801), poète et philosophe allemand du premier romantisme, pour qui «le monde doit être romantisé », c’est-à-dire rendu à son mystère. Novalis pensait que la poésie et le rêve sont des moyens d’accéder à la vérité et que le monde moderne avait perdu son sacré. Sa phrase célèbre signifie qu’il faut retrouver le mystère derrière l’utilité et voir l’infini dans le quotidien.

Dans Alphonse, le petit singe est incontestablement novalisien : il refuse le monde désenchanté, cherche le songe premier et incarne l’imagination comme une vérité indémontrable, fidèle à l’héritage de Novalis.

Alphonse et le songe intérieur rappelle également Walter Benjamin, qui écrit dans Enfance berlinoise, que l’expérience enfantine est un rapport au monde non encore colonisé par l’utilité.

Refusant cette perte, Alphonse part à la recherche du songe premier, « la mère de toutes les muses », dans une ville où « les hommes se forcent à être malheureux, parce qu’ils ne savent pas faire autrement ».

Le conte rejoint ici la tradition des récits initiatiques : de Candide de Voltaire au Petit Prince de Saint-Exupery , de La Conférence des oiseaux d’Attâr aux fables de La Fontaine, où l’animal dit ce que l’homme n’ose plus penser.

La ville, le Métronomique et la critique de la modernité

La ville d’Alphonse et le songe premier est dominée par le Métronomique, machine symbolique qui cadence les existences. Le temps n’y est plus vécu, il est compté.

On songe à Hartmut Rosa et à sa Critique sociale de l’accélération, ou encore à Max Weber, lorsqu’il évoque la « cage d’acier » de la rationalité instrumentale.

Les «hommes vêtus de noir », automates de l’ordre, incarnent cette société de contrôle où la fête elle-même apparaît réglementée, filtrée, conditionnelle. Le carnaval – espace bakhtinien par excellence (Mikhaïl Bakhtine, 1895-1975, philosophe et théoricien russe de la littérature ; cf. L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et à la Renaissance) – n’est toléré qu’à condition d’être surveillé.

Bakhtine y montre un carnaval qui n’est pas seulement une fête , c’est en premier lieu un moment de subversion où les hiérarchies s’inversent, où les puissants sont ridiculisés, où le corps, le rire et l’excès reprennent leurs droits, où le monde officiel est suspendu .

Cela signifie qu’il mélange sérieux et grotesque, efface momentanément les classes sociales et laisse triompher le vivant sur la norme. 

Dans Alphonse, le carnaval, Félix le squelette dansant, la foule débordante et les hommes vêtus de noir dissous dans la liesse sont profondément et explicitement de fait bakhtiniens car l’ordre mécanique des grandes personnes s’effondre et la vie reprend le dessus.

Félix, ou la mort qui danse

Figure inoubliable du livre, Félix – « un squelette avec un trou dans ses chaussettes» – surgit comme un héritier direct des danses macabres médiévales et de François Villon, pour qui la mort n’est jamais séparée de la farce.

Mais Félix est aussi un personnage profondément philosophique. Il rappelle à Alphonse : « Rêver, ce n’est pas perdre son temps, mais en faire bon usage.» On est pas loin de la réflexion de Gaston Bachelard, pour qui l’imagination n’est pas un luxe, mais une fonction vitale de l’esprit, une « puissance de dépassement ».

Contre l’art sans âme : machines, automates et illusion du progrès. Le moment le plus sombre du livre survient lorsque les grandes personnes tentent de fabriquer l’émotion. Le chant du singe automate et de l’ange du Métronomique échoue : « Musique sans souffle, rêverie sans imagination, art sans âme, sans joie ni chagrin. »

Difficile de ne pas entendre ici une critique radicale de l’illusion technicienne, telle que formulée par Jacques Ellul, pour qui la technique finit toujours par se substituer à la vie qu’elle prétend servir.

Grandir sans renoncer au songe

La fin du livre n’est ni un retour naïf, ni une fuite. Alphonse revient transformé. Son cœur a changé. Il a aimé, souffert, compris. Il a grandi.

« Ce n’est pas tout à fait le même cœur qu’avant. C’est un cœur d’adulte. »

Mais un adulte qui n’a pas trahi l’enfant. Cette tension rappelle Rainer Maria Rilke, dans Lettres à un jeune poète, lorsqu’il écrit que la maturité consiste à « redevenir enfant, consciemment».

Alphonse et le songe premier n’est pas un livre clos. Son adaptation en spectacle musical et théâtral est en cours, portée par Afrasonic y El Globish Poetry Orchestra, trio fondé par Othman Ihraï avec Manu Cacerès et Gregory Lampis.

Le projet mêle poésie, musique, théâtre et vidéo, dans une continuité évidente avec l’univers du conte. Comme le groupe lui-même, cette œuvre se tient « au carrefour d’identités multiples », mêlant rumba, pop, dub, électrochill et chanson française.

Voici la part irréductible du rêve : Alphonse et le songe premier peut être lu comme un conte pour enfants.

Il peut aussi être lu comme une fable philosophique, une critique du monde moderne, un manifeste poétique contre la dépossession du sensible.

Mais surtout, c’est un livre né d’un geste d’amour, et qui rappelle, avec une douceur obstinée, cette vérité simple et redoutable :

La vérité poétique est indémontrable. Et c’est précisément pour cela qu’elle est indispensable.

Par Yves-Alexandre Julien

Critique Babelio 2 d’Alphonse

Critique de Carpediem425

Carpediem425
03 février 2026
Un conte imaginaire, une rêverie…

Alphonse est un singe poète vivant dans une forêt enchantée. Mais sa mère lui annonce que désormais, ce n’est plus un enfant. Il est temps pour lui de se rendre dans le monde des hommes. Accompagné de Philomèle son amie la grive et d’Eyquem, la fleur d’Elis, le voilà parti pour 3 jours de marche. Arrivés à destination, quelle déception ! Ici, tout est gris, les hommes semblent ne regarder qu’un écran lumineux. Ils s’évitent, ne voient pas ce qui les entoure.

Au fil du temps, les amis rencontrent cependant des personnages attachants tels qu’Horace tout droit venu de Maurétanie. Chez lui aussi la nature a disparu sous le béton. Prosper, une drôle de personne travaillant dans un magasin de déguisements, Félix un squelette à la chaussette trouée… et bien d’autres encore ! Et puis il y a l’ange métronomique, apparu comme une hallucination sur l’autre quai du métro, face à lui. Ce visage, cette silhouette, il ne pourra les effacer de son esprit.

Comme toute histoire, il y a une fin. Alphonse doit retourner parmi les siens.

Un bien joli conte où ce singe, personnage principal, nous ouvre les yeux sur notre monde, une vie souvent bien fade, sans saveur. Un recueil pour adolescents et/ou adultes, des illustrations candides à chaque chapitre.

Je remercie Babelio pour m’avoir sélectionnée ainsi que les Éditions Fine Pluie qui ont la gentillesse de m’attribuer ce roman.

Critique Babelio 2 du Cauchemar américain

Critique de Patmarob

Patmarob
02 février 2026
En miroir de l’actualité, « le cauchemar américain ou l’affrontement de somnambules » présente un portrait de la société américaine entre 2014 et 2021. Fort de ses dix années de présence aux Etats-Unis, Nathan Juste narre, en alternance, les parcours de deux américains, Richard et John. Richard (Richie) est éduqué dans une famille républicaine ; à dix ans, il reçoit de son père une arme et s’entraîne dans un club de tir. John, vétéran de l’Irak, est photographe et chasse les faits de société. Les deux personnages sont installés, par touches successives, dans leur milieu social. le lecteur suit les évolutions qui radicalisent les positions politiques exacerbées par les fausses informations. Richard est absorbé par le monde virtuel de son ami Gavin, manipulateur des réseaux exploitant sans état d’âme leur rentabilité mercantile. A l’affut des sites conspirationnistes, ils tombent dans la sphère d’influence du professeur Carlson, qui repère les meilleures recrues. Dans son souci de témoigner, John suit Alicia, militante des droits des immigrés, engagée dans les manifestations contre l’extrême droite. le rythme de l’histoire s’accélère dans la seconde partie du livre, l’intérêt du lecteur est maintenu à l’approche des élections présidentielles de 2020.L’auteur installe un parallèle intéressant entre le « Manuel de construction horlogère suisse » et la méthode d’endoctrinement du professeur Carlson, dont l’objectif est de préparer un renversement du pouvoir. Mais la soumission n’est pas seulement facteur de manipulation, pour soigner son stress post traumatique après son retour d’Irak, John décide d’entrer en clinique. Les neuroleptiques, la méthode de la neuroplasticité lui permettent de comprendre son mal…La soumission à la chimie montre une limite à la liberté et au contrôle de soi. L’attaque du Capitole du 6 janvier 2021 est présentée efficacement. La violence, la fracture de la société ont mené au cauchemar. L’individu se fond dans le groupe, les somnambules s’affrontent. Un premier roman qui mérite l’attention.
Merci à Babelio (à l’opération Masse Critique) et à « la Balustrade de Guilaine Depis » pour cette découverte.

Marie B Lévy dans Actualitté

Ce que savent les arbres : doute, science et survivance

Le roman Les vœux Flottants de Marie B.Levy s’ouvre sur une disparition brutale : celle de Myron, biologiste engagé dans des recherches sensibles, dont l’avion s’abîme en mer alors qu’il rentre d’un déplacement professionnel.

Sa femme Anne, décoratrice installée dans le Sud de la France, se retrouve seule face à une succession d’anomalies – documents manquants, messages énigmatiques, silences institutionnels – qui fissurent la version officielle de l’accident. À mesure que le récit circule entre la Provence, la Grèce et le Japon, les rencontres et les signes accumulés déplacent l’enquête vers une zone incertaine, où le rationnel, l’intuition et la mémoire entrent en tension, jusqu’à faire émerger un dilemme central : faut-il révéler ce que l’on pressent, ou préserver ce qui doit rester enfoui ?

Dans cet ouvrage, Marie B. Lévy ne construit pas un simple récit de disparition, mais une réflexion romanesque sur la conscience, la responsabilité et la limite. À travers une intrigue où l’enquête progresse moins par preuves que par fissures, le roman interroge ce que le vivant — humain, végétal, symbolique — conserve, transmet ou refuse de livrer. Entre Provence et Japon, biologie contemporaine et rituels anciens, le texte s’inscrit dans une tradition du doute, là où la littérature est un lieu d’examen moral.

Une narration fondée sur le soupçon plutôt que sur l’énigme

La disparition de Myron Schtoulsky lors d’un accident aérien au large de Corfou pourrait appeler un schéma narratif classique : enquête, révélations, résolution. Or Les Vœux flottants prend un chemin inverse. L’événement fondateur ne cesse d’être remis en question, non par l’accumulation de preuves, mais par la persistance d’un doute intime, né d’un rêve : « on m’a tué » (p. 89).

Ce rêve agit comme un noyau instable autour duquel le récit s’organise. Il ne relève ni du pur fantastique ni de la simple hallucination traumatique. À la manière des romans de Patrick Modiano ou de certains textes tardifs de Henry James, la vérité ne se situe jamais dans les faits eux-mêmes, mais dans l’impossibilité de les stabiliser. Anne le reconnaît : « Toutes les options que j’imagine me perturbent » (p. 89). Le roman se déploie ainsi comme une épistémologie du doute, où l’enquête se mue en introspection.

L’arbre : archive morale

L’érable du Japon, offert par Ota, constitue le véritable centre symbolique du roman. Unique arbre du jardin, il est le lieu où Myron suspendait ses vœux, formulés sous forme de questions : « Suis-je allé trop loin ? », « Dois-je arrêter ou continuer ? » Contrairement aux arbres oraculaires des mythes antiques, celui-ci ne délivre aucune réponse explicite.

Cette fonction rappelle les conceptions japonaises du rapport au vivant, où la nature n’est ni décor ni simple métaphore, mais réservoir de présence. On pense aux récits de Kawabata (Le Maître ou le tournoi de go) ou à certaines nouvelles de Tanizaki, où le silence et l’effacement portent autant de sens que la parole. L’arbre n’explique pas : il renvoie. Sa maladie, interprétable aussi bien comme phénomène naturel que comme signe, radicalise cette ambiguïté.

Science contemporaine et vertige éthique

Le travail de Myron sur le cancer du pancréas inscrit le roman dans un débat éminemment contemporain : celui des limites de la recherche scientifique. La question qui traverse les vœux — « suis-je allé trop loin ? » — fonctionne comme une variation moderne d’un questionnement ancien, que l’on retrouve aussi bien chez Goethe (Faust) que dans les dystopies scientifiques du XXᵉ siècle.

Le personnage de Link, directeur de laboratoire, incarne une rationalité stratégique, attentive aux résultats et à leur valorisation : « Link guette toutes les avancées médicales sur le cancer du pancréas » (p. 273). Mais le roman se garde de toute caricature. Il ne condamne pas la science ; il interroge la dissociation possible entre progrès technique et responsabilité morale. En cela, Les Vœux flottants rejoint une tradition critique où la science apparaît comme un espace de dilemme plutôt que de salut.

Rêve, vision et déréalisation

La longue séquence onirique sous-marine (p. 28-29) constitue l’un des sommets stylistiques du roman. Le temps y est suspendu, les corps figés, le monde immobilisé dans une sorte d’éternité provisoire. Cette scène évoque autant les descentes aux enfers antiques que certaines visions de Solaris de Stanisław Lem, où la perception humaine se heurte à ce qu’elle ne peut pleinement comprendre.

Anne y découvre le corps de son mari, puis ses yeux qui s’ouvrent, brûlants. Cette vision ne produit aucune certitude durable ; elle fracture au contraire la frontière entre réalité et illusion. Plus tard, Anne constate elle-même : « Une part de moi a déconnecté » (p. 169). Le roman explore ainsi la fragilité psychique du deuil sans jamais la réduire à une pathologie explicative.

Le choix du silence

La fin du roman refuse toute résolution spectaculaire. Les travaux de Myron ont disparu ; peut-être réapparaîtront-ils. Anne, quant à elle, choisit une forme de retrait : « Moi je ne guette plus rien et attends que ma vie redevienne comme avant » (p. 273). Pourtant, « le goût du bonheur n’y est plus » (p. 273).

Ce choix — dévoiler ou protéger — demeure suspendu. Il confère au roman une dimension profondément éthique : savoir n’est pas toujours agir, et comprendre n’est pas toujours réparer. À l’image des vœux emportés par le vent, Les Vœux flottants accepte de laisser ses questions ouvertes.

Une poétique du seuil

Par son écriture tendue, son usage maîtrisé du symbole et son refus de la clôture explicative, Les Vœux flottants s’inscrit dans une littérature du seuil — entre science et spiritualité, raison et intuition, enquête et méditation. Marie B. Lévy y propose moins une réponse qu’un espace de réflexion, où le lecteur est invité non à résoudre une énigme, mais à éprouver la persistance du doute comme condition même de la conscience humaine.