Boulevard Voltaire recommande le roman de Christian de Moliner

Calendrier de l’Avent (case 9) : Trois semaines en avril…, de Christian de Moliner

Paris la Douce offre une superbe critique de « Applaudissez-moi ! »

Lundi Librairie : Applaudissez-moi ! – Philippe Zaouati

Samuel K travaillait pour la banque d’investissement Lehman Brothers lorsqu’elle a fait faillite à la suite de la crise financière de 2008. En une après-midi, il s’est retrouvé sur le trottoir, toutes ses affaires dans une boîte. Son monde entièrement remis en question, il a vécu en même temps qu’une prise de conscience radicale, une véritable descente aux enfers psychologique. L’idée d’avoir été le pion de la finance spéculative, prédatrice et destructrice, l’acteur d’un rendement à court terme, d’une rentabilité sans pitié, l’a rendu malade. Englué dans une dépression terrible, Samuel a néanmoins relevé la tête pour chercher des solutions. Il a fondé Revolution Asset Management, société de gestion d’actifs spécialisée dans le financement du développement durable. Il se consacre désormais au développement de l’investissement responsable. En 2020, la pandémie de Covid 19 frappe la planète. Au lendemain du premier confinement, en août, Samuel K est convoqué à la brigade financière de Paris. Il doit répondre de soupçons de détournement de fond. Face à celui qui l’interroge, il évoque la façon dont il a vécu cette privation de ses libertés dans le cadre très privilégié de son appartement de l’Île Saint Louis, ses ruminations, sa frustration de se découvrir inutile, la lente rechute dépressive. Comment il s’est replié sur lui-même, a cessé d’assister aux vidéo-conférences avec ses associés, coupé les ponts. En pleine crise existentielle, Samuel a prêté l’une de ses chambres à une infirmière engagée en renfort dans un hôpital parisien en première ligne sur le front de l’épidémie. Il est fasciné par ce dévouement, ce courage.

Court texte, aussi ramassé que précis, récit haletant aux fausses allures de polar financier, « Applaudissez-moi » confirme le talent de conteur de Philippe Zaouati qu’il révélait déjà dans son précédent roman « Les Refus de Grigori Perelman ». D’une plume incisive, il hybride fiction et réalité pour emprunter la forme romanesque, vaisseau d’une réflexion argumentée profonde. Par un travail de vulgarisation qui révèle sa vocation de pédagogue, il rend abordables des concepts abscons. Directeur général de Mirova, société de gestion dédiée à l’investissement responsable, acteur de référence de la finance durable, environnementale, filiale du grand groupe bancaire Natixis, Philippe Zaouati nourrit son propos d’une connaissance intime du milieu financier qui demeure opaque pour les non-initiés. Empruntant la voix de son héros, il fait entendre ses convictions, son engagement personnel et remet en question l’ordre établi, celui des élites accrochées à la volonté farouche de préserver leur argent et leur pouvoir. 

Dans un huis clos propice aux révélations, Philippe Zaouati adopte les circonvolutions du flux de la psyché pour déployer un récit tout en introspection, portrait psychologique d’un homme en pleine crise existentielle. L’architecture narrative construite sur le jaillissement des souvenirs permet de retracer un parcours, recomposer l’histoire d’une vie et mettre progressivement à nu les obsessions du personnage, ses contradictions, son désir de rédemption. Par touches subtiles, l’auteur nous entraîne au cœur des marchés. Il décrit la déconnexion de ses pairs du monde de la finance vis à vis de la réalité, la pure abstraction mathématique des actions trading, l’aveuglement, le refus de voir les conséquences concrètes.

L’occasion pour Philippe Zaouati de dresser un constat alarmant. La pandémie actuelle est le fruit direct des errements financiers et de la crise environnementale qu’ils ont générée, facteur de propagation des agents pathogènes. Déforestation, destruction des habitats naturels, prélèvement sans considération de la faune, disparition des espèces, extension des élevages intensifs, augmentation de la température, accroissement des inégalités, multiplication des réfugiés climatiques, sont autant de symptômes d’un dérèglement du système. Le romancier porte un regard lucide, pas dépourvu d’un certain pessimisme, sur le monde d’après promis mais qui jusqu’à présent se présente plutôt comme un ramassis de vieux concepts recyclés. Ce qui ne l’empêche néanmoins pas d’agir, prouvant l’humilité de l’espoir. Et pour commencer Investir dans l’économie durable, tenir compte de l’impact environnemental et éviter le piège du greenwashing.

Applaudissez moi – Philippe Zaouati – Editions Pippa

Paris, Maman et moi aiment Philippe Zaouati

“Applaudissez-moi”, un roman de Philippe Zaouati

« Si faire votre « Livre de chats » ou « Livre des chiens » vous tente, n’hésitez pas »

Editions des Coussinets

Il se dit que la moitié des familles ont un chien ou un chat et qu’il y aurait plus de chats que de chiens en France. Inversion de tendance car les chiens, animaux de garde et compagnons de chasse, étaient plus prisés dans la société mâle, patriarcale et petite-bourgeoise qui jusqu’à récemment entourait encore ses biens de hautes clôtures. Depuis, les chats les ont rattrapés et dépassés.

Certes, les chiffres officiels ne recensent que les chiens et chats tatoués, donc priorité encore aux chiens, « biens meubles » immatriculés qui ont de la valeur : 9 millions de chiens, 6 millions de chats en 2019. Mais les compagnies d’assurance animales, plus près de leurs clients qui leurs demandent des sous après avoir cotisé, recensent le double de chats que de chiens. Normal : les chats ont plusieurs portées par an lorsqu’ils sont bien nourris (phénomène naturel de régulation lorsque les rats sont gras et copulent comme des bêtes quand ils ont du grain à moudre) ; pas les chiens. Nous aurions donc 13.5 millions de chats pour 7.3 millions de chiens et leurs maîtres (multiples sexes confondus) dépenseraient environ 800 € par an pour eux. C’est moins cher qu’un enfant et donne peut-être à certains de meilleures satisfactions…

Mais ces petites bêtes n’ont qu’une durée de vie limitée (que fait le consommateur contre cette obsolescence programmée ?). Les chiens vivent en moyenne 13 ans, les chats 15 ans. Les siamois vivent plus longtemps lorsqu’ils sont protégés du froid (et ne vivent pas dehors comme le chat de gouttière), jusqu’à 25 ans.

A noter que les chats peuvent être contaminés par le Coronavirus SARS-CoV-2, selon une étude réalisée sur 102 chats chinois à Wuhan : 15% d’entre eux présentaient des anticorps. Le chat espagnol Negrito a été l’un des premiers en Europe à mourir du Covid en septembre 2019. Ce sont des cas rares bien que l’on en ait relevé jusqu’à présent un cas à Hong Kong, un en Belgique, un en France (mai 2020) et deux à New York. Il semble – pour le moment – qu’un chat ne transmette pas le Covid aux humains, même si les visons le peuvent peut-être (les infos restent incertaines).

Toujours est-il que la place affective que prend l’animal de compagnie dans les familles fait de leur décès un drame. Ce pourquoi Dominique Beudin, « ENSAE (1969), INSEAD (1981), DEA de droit des affaires (1982) » comme elle se présente (après le lycée Janson de Sailly), diplômée d’expertise comptable 1992, « 12 ans dans le Conseil et 25 ans en établissement de crédit » comme elle le dit sur Viadeo – à l’Agence Française de Développement – a créé les Editions des Coussinets semble-t-il vers Antibes pour publier des « livres de souvenirs».

Ce sont des mémoires de maîtres (ou plus souvent maîtresses) en hommage à leurs chats ou chiens avec textes, poèmes et photos. De quoi perpétuer l’éternel souvenir auprès de la famille ou des amis qui ont connu la bête. Ce pourrait être un brin ridicule, c’est plutôt touchant. Dire pour expurger sa peine, raconter pour « faire son deuil » est une saine thérapie. Ce pourquoi le journal intime est une psychanalyse efficace, surtout chez les adolescents (des multiples sexes, je répète). Les mots, les dessins, les photos (plus que les vidéos qui reproduisent la vie réelle) permettent de se placer à distance de ses émotions, de les exprimer donc de les mettre à la raison. Ainsi de les surmonter sans ôter en rien la mémoire du cher disparu (des deux sexes seulement chez les chiens et les chats).

Treize chats et chattes jalonnent jusqu’à présent l’existence de Dominique Beudin (Madame) et ses « nombreux » enfants (en fait trois, floutés et modifiés pour les photos). Le recueil de leur mémoire est préfacé par Jasmine Catou, Dame chatte chez Guilaine Depis, attachée de presse qui « adore » les chats et les auteurs (de tous les sexes, même les plus improbables).

Si faire votre « Livre de chats » ou « Livre des chiens » vous tente, n’hésitez pas, vous serez aidés pour la rédaction, l’orthographe (eh oui), la mise en page, l’édition.

Contact Plume@editionsdescoussinets.fr

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Danièle Yzerman invitée pendant une heure à la radio face au célèbre Jean-Michel Cohen

En Quête de Sens

Émission du 3 décembre 2020 : Anorexie, boulimie, troubles alimentaires : comment sortir de la spirale ?

Réécouter l’émission avec Danièle Yzerman : https://radionotredame.net/emissions/enquetedesens/03-12-2020/

Isolement, anxiété, perte de contrôle : les périodes de confinement que nous avons vécu sont synonymes d’épreuve pour les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire… Les troubles du comportement alimentaire (dits TCA) représentent la deuxième cause de mortalité chez les 14-24 ans, après les accidents de la route. Parmi eux, l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie restent les pathologies les plus démocratisées. Alors ce matin, nous allons tenter de comprendre les mécanismes infernaux qui poussent à se maltraiter par excès ou manque de nourriture… L’occasion aussi de dégoter quelques menus conseils nutrition pour que manger ne soit plus culpabilisant,… Anorexie, boulimie: comment sortir de la spirale ?

« L’anorexie et la boulimie ne sont pas des dérèglements mais des souffrances »

Danièle Yzerman, auteur de »La vie, envers, contre et pour tout. La vie à l’envers » (3 Colonnes). Livre témoignage dans lequel elle revient sur son passé de petite fille meurtrie et démolie par une enfance sordide et une adolescence anorexique

Jean-Michel Cohen, nutritionniste réputé et auteur de nombreux ouvrages best-sellers dont « La peur au ventre – pour que manger ne soit plus un cauchemar » (Plon)

 

« Un livre utile qui prône l’esprit critique. Décapant ! » selon Argoul spécialiste d’économie et de finance

François de Coincy, Mozart s’est-il contenté de naître ?

Voici un petit livre décapant, iconoclaste, qui revisite l’économie en mots simples accessibles à tout le monde. Les raisonnements sont limpides, bien que mis bout à bout sans structure d’ensemble.

Si je tente de me placer en hauteur, l’exposé semble être le suivant : seul le travail crée de la richesse et seule la liberté permet le travail efficace. Nous avons la chance de vivre encore en société de libertés – ce pourquoi tant d’immigrés veulent y tenter leur chance – ne gâchons pas nos talents au profit de fausses valeurs telle l’égalitarisme, la subvention, le règlement, le pouvoir autoritaire technocratique. C’est en gros la philosophie générale d’un libéral qui n’est ni libertaire ni libertarien, ne sacrifiant pas l’effort ni l’épanouissement des talents à l’hédonisme de l’assistanat ou au seul droit du plus fort. Il est pour une société régulée, mais qui décide librement en démocratie participative.

Si je tente d’entrer dans les détails, ce ne sera que pointilliste tant manque l’organisation de l’ensemble en discours cohérent aboutissant à un projet global clair. Car la succession des treize chapitres ne fait pas un plan ni ne dégage de lignes directrices, pas plus que le titre, contestable : le pauvre Mozart est peut-être devenu célèbre grâce à la combinaison de son talent et d’un travail acharné, mais quelle existence contrainte dès le plus jeune âge qui a formé un singe savant puis abouti à un adulte infantile mort jeune ! Est-ce un modèle d’individu libre et épanoui à suivre ? C’est dommage car le propos de François de Coincy mérite d’être connu et débattu, développé à l’aide d’exemples concrets de l’actualité (il y en a trop peu).

Les français sont inégaux… en production pour le pays : « Alors que le rapport des contributions [à la richesse nationale] entre la moyenne des tranches extrêmes est de l’ordre de 12, celui du niveau de vie est de l’ordre de 3. En rappelant que la contribution, c’est ce que l’on produit et que le niveau de vie est ce que l’on consomme, on constate que 60% des Français consomment plus que ce qu’ils produisent »p.38. Ce rapport inégal mesure le poids de la solidarité. Elle est un choix de société, pas une morale permettant de voler aux riches pour donner aux pauvres. Confondre l’égalité et la solidarité est le meilleur moyen pour faire fuir les talents, les entreprises et la contribution fiscale. Partir tôt en retraite ou laisser filer l’immigration de travailleurs pauvres diminue la richesse produite, donc le niveau de vie de chacun (p.47). Ce pourquoi la mesure du PIB est fausse car l’investissement compte deux fois le travail (p.77), ce qui biaise la perception de ce qui est et l’action politique.

Marx comme Keynes ou les monétaristes, ces trois piliers de la théorie économique contemporaine, tordent la réalité. « Karl Marx a vu dans le capital l’essence de l’économie de marché, alors que le moteur en était l’esprit d’entreprise. En ne tenant pas compte de tout le travail réalisé par le capitaliste entrepreneur, il enlève toute cohérence à la relation économique et en contestant la répartition inique du travail et du profit, il occulte la réalité du travail/profit de l’entrepreneur capitaliste. Pour lui, dans l’activité économique, l’entrepreneur n’existe pas, il n’y a que l’argent » p.106. Or l’argent n’est qu’une unité de compte pratique, pas un « bien ». Ce que mesure l’argent, c’est le travail accumulé (l’épargne) qui peut être prêté (le capital) pour produire des biens ou des services nouveaux (investissement) et suscitant une dette (qui peut être vendue). Le capital n’est que du travail réalisé avant, pas un fief féodal par droit de naissance. L’investissement, dont nos politiciens ont plein la bouche, génère le crédit et pas l’inverse : quel entrepreneur investira-t-il s’il n’a pas de débouché à sa production ? « Il n’y a aucune relation mathématique entre le montant de l’investissement et la création d’emploi ; cela dépend des projets » p.99. Or le projet est un pari d’entrepreneur, pas une décision administrative.

Le prix d’un bien ne reflète pas le travail accumulé pour le produire + le profit, mais le niveau de pouvoir d’achat que la demande sur ce bien est prête à investir. Ce qui dépend de la conjoncture, de l’utilité, de la mode, de l’imitation sociale et de bien d’autres choses. Un bien, pas plus qu’une entreprise n’a de « valeur en soi », mais seulement une valeur d’échange sur le marché. C’est ainsi que les analystes financiers évaluent la rentabilité d’une ligne de production, d’une société mise en vente ou d’un bien immobilier par le flux futur des bénéfices dégagés (actualisation des cash flows futurs).

Le système monétaire, quant à lui, est un jeu d’écritures et la spéculation ne produit rien, sinon un passe-temps à somme nulle où le risque est artificiellement joué au-delà de sa probabilité. « Ce marché des écritures est le principal générateur des crises financières » p.122. De même, la dette d’Etat est une insuffisance d’impôts qui permet de vivre au-dessus de ses moyens au détriment des générations futures. Un truc pratique à méditer : pour chaque foyer fiscal, la dette de l’Etat en France est de 25 fois l’impôt sur le revenu annuel du foyer (p.125).

Beaucoup de bon sens, des formules imagées comme cette délicieuse Main invisible d’Adam Smith comparée à un régulateur d’allure pour bateau à voiles, et une redéfinition des mots-valises trop usés des médias et des politiciens tels que croissance, crédit, dette, redistribution, profit, investissement et ainsi de suite. « La confusion est devenue la règle quand on nomme ‘droit au logement’ ou ‘droit au travail’ ce qui est en réalité un ‘droit du logement’ ou un ‘droit du travail’. On transforme en vérité morale ce qui est une convention sociale. Une telle déformation du sens des mots entraîne nécessairement désillusion et amertume » p141. D’où la perpétuelle tentation selon Aristote pour la démocratie de dégénérer en démagogie, portée ces dernières années par « la morale populiste » (p.137). Avec sa contradiction de fond : « sans inégalités, la solidarité n’a plus de sens » p.149.

Aujourd’hui retraité, l’auteur qui a occupé plusieurs fonctions financières dans le groupe Hachette puis créé un groupe immobilier avant de présider la Compagnie de Chemins de Fer Départementaux de 1977 à 2018, prône de calculer le produit national de chacun, de supprimer toutes les niches fiscales et les aides aux entreprises, et en contrepartie de créer un produit social pour compenser les distorsions de concurrence des pays à bas salaires. Entre autres.

Un livre utile qui prône l’esprit critique. Décapant !

François de Coincy, Mozart s’est-il contenté de naître ?, 2020, autoédition bookelis.com, 205 pages, €18.00 e-book €9.99

Blog de l’auteur

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Le Robin des Bois de la finance est aussi un sacré écrivain de talent

Applaudissez-moi : pérégrinations d’un gérant socialement responsable

Bien connu dans le milieu de la gestion d’actifs, et plus précisément pour son enthousiasme à promouvoir l’investissement socialement responsable, Philippe Zaouati exerce aussi son talent de conteur à travers ses fictions. « Applaudissez-moi » est son quatrième roman, en plus d’une poignée d’essais, sans compter d’innombrables rapports.

Dans ce court récit d’à peine 130 pages, d’une lecture agréable et distrayante, il imagine les pérégrinations d’un directeur de société de gestion expert en investissement climatique, dont la vie et le parcours sortent un peu des rails, à la faveur du 1er confinement, au printemps 2020. En principe, rien à voir avec la vie de l’auteur, puisqu’on vous dit que c’est une fiction. Néanmoins, les réflexions partagées par Philippe Zaouati jettent un éclairage instructif sur les états d’âme que peuvent avoir les cadres de la finance animés des meilleures volontés pour changer le monde. L’expérience personnelle de son personnage est aussi le support d’émotions et de situations à la résonance universelle.

Morceaux choisis

« Les hasards trop évidents sont toujours des illusions, ou des mensonges », annonce le héros d’entrée de jeu.

Il nous explique le travail de VRP des patrons de gestion qui courent de congrès en conférences, pas seulement pour y faire des présentations « powerpoint » et en écouter d’autres, mais surtout pour faire des affaires entre deux portes.

« J’avais le projet de lancer un fonds d’investissement spécialisé dans l’usage des nouvelles technologies au service de la nature. (…) Le congrès d’Hawaï était l’opportunité de détecter les entreprises innovantes dans lesquelles je pourrais investir, mais surtout de rencontrer en quelques jours tous les bailleurs de fonds de la planète, gouvernements, banques publiques de développement, fondations, philanthropes, une foule de personnes très importantes qui ne cessaient de rappeler l’urgence d’agir et qui imposaient des procédures d’une durée minimum de trois ans pour attribuer le moindre dollar de subvention » (p.20).

Voyages d’affaire et amnésie financière

A travers une anecdote, il nous laisse entrevoir l’attachement aux voyages d’affaire qui ne devraient pas tarder à reprendre quand le ciel s’ouvrira de nouveau : « j’ai pris la décision de suspendre les déplacements professionnels chez Revolution. J’ai reçu des dizaines de messages de mes collaborateurs m’expliquant l’importance stratégique d’un aller-retour à Milan ou d’un voyage d’une semaine en Californie et me priant de faire une exception ».

Comme d’autres n’ont jamais connu l’inflation, il côtoie une génération de financiers n’ayant encore jamais connu la crise. « La plupart de mes collaborateurs étaient des trentenaires qui n’avaient connu la crise des subprimes qu’à travers les business cases des écoles de commerce ou leurs mémoires de fin d’études », observe-t-il (p.27).

Justifications a posteriori

Philippe Zaouati nous fait vivre le vertige qui s’empare souvent des financiers face au vide, à travers le krach boursier, certes éphémère, de début mars 2020 : « La situation était désastreuse. Des milliards de dollars partis en fumée en une seule journée. Face à un tel événement extrême, la myopie des marchés s’aggrave. Il n’y a plus de perspectives, plus de fondamentaux, plus de long terme, l’horizon se raccourcit ». (p.29)

Surtout, il nous divertit avec un inventaire d’explications a posteriori pour justifier le passé, comme les commentateurs des marchés savent si bien nous en abreuver : « J’avais compris depuis longtemps que les marchés financiers étaient comme les voies du ciel, impénétrables. Chaque matin, j’écumais les oracles des gourous du Wall Street Journal et du Financial Times. J’écoutais les prévisions des économistes, des journalistes, et de tous ceux de plus en plus nombreux qui confondent ces deux métiers, sur les chaînes d’information en continu. C’était le royaume des Cassandre. Les uns alertaient sur les risques géopolitiques, les autres agitaient le spectre d’une troisième guerre mondiale, pointant tantôt du doigt les missiles coréens, tantôt les velléités expansionnistes iraniennes. La plupart s’inquiétaient de la montagne de dette publique et privée qui s’accumulait dans toutes les économies de la planète, de la croissance incontrôlée du volume des crédits aux étudiants américains, de la fragilité endémique du secteur bancaire chinois, de la guerre commerciale de moins en moins larvée entre l’Oncle Sam et l’Empire du Milieu. Chacun avait son dada ou son tropisme… » (p.31).

Impressions de confinnement

Il  nous renvoie aussi à l’universalité de nos isolements subis : « Il est si facile de s’isoler des autres quand ce sont les autres qui s’isolent de vous. Nous étions tous devenus des pestiférés. Une baguette magique m’avait fait disparaître sans que j’ai eu besoin de bouger de chez moi. Malheureusement, comme toute jouissance, c’était un leurre. Le refuge du silence ne menait nulle part. J’entrais dans une zone dangereuse, un néant mental, une situation dépressionnaire, propice aux vents violents et aux précipitations » (p.43).

Il nous montre comment un cadre hyper connecté peut vouloir se débrancher, même si ce luxe n’est pas à la portée de tous : « Le virus se répandait au dehors et me rongeait de l’intérieur. J’avais besoin de me protéger. J’ai employé la seule stratégie que je connaisse dans ces instants d’adversité, le claquage de porte, c’est depuis toujours le plus efficace de mes gestes barrières » (p.44).

« En réalité, ce n’était qu’un détachement factice. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que la liberté ne consiste pas à fuir, mais à s’ancrer, à ressentir la présence de soi. Il était trop tôt, j’étais empêtré dans ma crise existentielle. Je ne pensais qu’à me purifier, à faire disparaître la tâche qui me collait à la peau, celle de la richesse sans but, débordante et abjecte », confie notre héros en se remémorant sa démission des salles de marché après la crise de 2008 (p.61).

Incursions dans la finance verte

Il nous entraîne ensuite à la découverte de la finance climatique, à travers différentes évocations. « En 2008, il participa à la création de l’initiative REDD+, un mécanisme de financement international qui visait à lutter contre le réchauffement climatique provoqué par la déforestation et la dégradation des forêts. » (p.68)

« Lorsqu’un état du Sud, en Afrique ou en Amérique latine, s’engage à protéger ses forêts et respecte les procédures de suivi et de vérification qu’on lui impose, alors les pays du Nord sont prêts à leur donner une valeur. Autrement dit, on paie les pauvres pour les récompenser de préserver leurs arbres. » (…)« Cela ressemble à un financement structuré avec pour sous-jacent des tonnes de carbone stockés dans des forêts. Ce sont des fonctionnaires de l’ONU qui ont inventé ça ? » (p.70)

Mais il nous fait aussi partager quelques enjeux de cette lutte contre le réchauffement climatique: « le concept d’approche paysagère consiste appréhender un territoire dans sa globalité, comme un écosystème, avec des zones agricoles et des forêts à préserver. J’ai découvert que le carbone ne s’accumule pas seulement dans les arbres, mais aussi dans le sol, et que les humains dégradent chaque année douze millions d’hectares de terre sur la planète. J’ai entendu parler pour la première fois de déforestation importée, un concept utile qui renversait la culpabilité. Ce qui causait la déforestation, ce n’était pas l’inconscience des fermiers indonésiens, africains ou brésiliens, c’était le modèle alimentaire des européens et des américains, l’agriculture intensive, la monoculture d’exportation, les immenses plantations de soja qui servaient à nourrir le bétail des pays riches » (p.72).

Business as usual des élites immuables

C’est l’occasion de relativiser le rôle du « financier responsable » : « Je ne suis pas devenu du jour au lendemain un activiste du climat et de la biodiversité, encore moins un illuminé de la décroissance. J’ai simplement appris à traduire le langage de l’écologie et celui de la finance » (p.73).

Et de résumer comment on crée une société de gestion prospère en trois étapes : « j’établissais à l’île Maurice un premier fonds d’investissement spécialisé dans les forêts. Le succès est arrivé vite. J’ai repris contact avec mes anciens collègues à Londres et à Paris, j’ai embauché des gérants, des analystes, des commerciaux. Nous avons convaincus nos premiers investisseurs, quelques philanthropes nord-américains et une banque de développement européenne » (p.73).

Philippe Zaouati nous montre aussi les limites de la finance verte pour changer le monde : « Il m’a fallu du temps pour comprendre que je servais d’alibi à un système qui ne subsiste qu’en persistant dans ses errements, que je servais d’alibi au « business as usual ». Nos élites ont compris que la meilleure façon de conserver richesse et pouvoir, c’est de contrôler leurs détracteurs. La méthode est rodée, elle consiste à laisser aux activistes une juste place, suffisamment pour qu’il y ait une illusion de changement, pas assez pour que la course du monde en soit réellement modifiée » (p.74).

A travers le portrait d’un financier « rebelle », il nous rappelle aussi l’impossibilité de casser le moule : « Je parle haut, j’exprime mes convictions avec trop de force, je ne respecte pas la prééminence sociale des dirigeants de ce monde. Je n’ai même pas recherché leur amitié ou leur soutien. Mais, le plus grave à leurs yeux, c’est que j’ai l’outrecuidance de remettre en cause l’ordre établi, non pas en faisant la révolution, mais en essayant de bâtir un écosystème différent. Ça, ils ne me le pardonnent pas, parce que je combats sur leur terrain » (p.76). « Je ne crois pas qu’il existe une organisation secrète dont le dessein soit de contrôler le monde. La réalité est bien pire, nous vivons dans une société de caste » (p.77).

Le stress du confinement et son cortège de dérèglements n’est jamais loin. « La nuit, le sommeil venait difficilement. Il m’arrivait de me réveiller vers deux ou trois heures du matin, avec des sueurs froides, les yeux enfoncés dans les orbites et renâclant à se rouvrir, la gorge gonflée, la respiration bloquée, comme si un menhir me transperçait l’estomac et le dos. J’ai augmenté ma dose de somnifères, mais l’effet du remède fut presque pire que le mal. Dans la journée en revanche, l’abattement s’est installé. Un engourdissement du corps et de l’âme, de grandes plages de calme et de volupté » (p.101).

Le monde d’après en otage des idées d’avant

Philippe Zaouati nous fait aussi sourire en décrivant le « monde d’après » et son cortège de penseurs aux idées recyclées : « Pour la majorité des auteurs, le monde d’après le coronavirus ne pouvait pas être identique au monde d’avant. Le choc était existentiel, il exigeait de revoir en profondeur le logiciel humain, notre façon de manger, de consommer, de travailler, de produire, de voyager, de partager, de commercer, de gouverner, d’habiter le monde » (…)

« Après avoir digéré la centième envolée lyrique d’un de ces tribuns décrivant la terre promise du haut de leur promontoire, j’ai senti la supercherie. Ces idées neuves sentaient le recyclage à plein nez. Ceux qui ne juraient que par la décroissance devenaient plus décroissants, les ultra-libéraux détestaient encore un peu plus l’Etat providence, coupable de l’impréparation sanitaire et de la déroute de l’hôpital public, les dirigeants des équipes de football donnaient leur avis sur la pertinence de reprendre ou non les matchs du championnat et leurs avis variaient en fonction de leurs places au classement provisoire. Les patrons soutenaient que les employés devraient travailler plus une fois la crise passée, pour rattraper le temps perdu. Les euro-sceptiques pointaient du doigt les insuffisances de l’Union Européenne, alors que les pro-européens en appelaient à une Europe de la santé. Tous se rejoignaient sur une chose : ils avaient raison depuis toujours. Les médecins ont négligé l’un des principaux symptômes de ce coronavirus : il fait gonfler les égos comme des baudruches. » (p.111-112).

Il nous invite à l’humilité : « J’étais revenu au point de départ. Aucun espoir n’était permis. Le verre n’était même pas à moitié vide. Michel Houellebecq avait raison, le monde d’après serait celui d’avant, en pire ». Et ponctue son scepticisme d’espoir, en citant Antonio Gramschi, philosophe fondateur du parti communiste italien : « Le pessimisme de l’intelligence n’exclut pas l’optimisme de la volonté » (p.112).

L’intrigue servant de fil conducteur pour partager ces impressions de confinement, et réflexions sur la finance verte, est un prétexte léger. Heureusement, notre héros reste politiquement correct et sauve la morale de son histoire, grâce à son esprit « Robin des bois ». Mais on n’en dira pas plus, pour ne pas gâcher aux lecteurs le plaisir de découvrir ce petit livre qui ne peut faire que du bien.

Pour en savoir plus:

« Applaudissez-moi », de Philippe Zaouati, éditions Pippa, septembre 2020, 136 pages, 15 euros