Actualités (NON EXHAUSTIF)

Sylvie Ferrando sur le prestigieux site La Cause littéraire ouvre le bal pour « L’Ombre de la Terre »

L’ombre de la terre, Christine Fizscher (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando 08.01.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

L’ombre de la terre, Dumerchez, janvier 2019, 54 pages, 15 €

Ecrivain(s): Christine Fizscher

Le lent récit d’un oubli, le récit d’une ou de deux années, mois par mois, le récit d’un journal sous forme poétique, à la fois carnet de voyage et récit d’un amour fervent et passionné, puis manqué, non partagé, délité, le récit d’une rupture amoureuse, d’un oubli.

Voyage intérieur et voyage extérieur se mêlent tout au long des vers et des phrases au rythme parfois mélodieux, parfois haché.

D’une île de la mer Egée, puis de New-York jusqu’à Salamanque, en passant par Paris et Ville d’Avray, la poétesse-narratrice emmène son lecteur dans un voyage de réflexion sur l’ailleurs, l’amour, l’oubli et la rupture. Le voyage à la fois comme stimulant de l’amour et comme remède lorsqu’il s’est enfui.

Il s’agit d’un lent découpage du temps, mois par mois, parfois à rebours : l’été, août dans les îles grecques, à Hydra où : 

« Je vais à la terrasse des cafés du port

attendre

qu’on drisse les auvents

[…]

dans la lumière sourde ».

C’est ensuite l’entrée progressive dans un hiver météorologique et sentimental ; le retour à Paris depuis New-York, en octobre :

« Dans l’intervalle du ‘jet-lag’ :

trottoir sous le soleil

où ni les pieds ni les yeux ne se posent,

veines et iris et paupières de coton,

la nuque plus molle qu’une tige,

je foule plusieurs mondes ».

A Ville d’Avray, où se trouve la maison de l’ancien amour, vide de l’amour absent :

« Il pleut

L’hiver nous rejoint

dans le parc de feuilles.

Mortes elles recouvrent

l’herbe et les arbres bas,

les perrons et les massifs,

les allées ».

[…] 

« Aujourd’hui la clémence

de l’automne

Prodigue mille étés ».

Puis c’est décembre et l’approche de Noël :

« Je me suis réveillée comme une brassée de glaïeuls.

Rien ne me reliait assez fort au jour

et je me rendormis ».

[…]

« Mon âme est lourde comme un vol de canards

Sur une eau pleine de phosphate.

Les sapins se vendent à l’arraché ».

Arrive janvier, où une part du mystère est levée, car cette histoire d’amour enfui, enfoui, est un secret que dévoile peu à peu la poésie.

« Nos baisers furent rêvés

Ton bateau a quitté le port d’Hydra

Et depuis,

Nos mémoires se sont tues ».

Enfin, c’est avril et l’arrivée sur Salamanque, en autobus, depuis Madrid ; Salamanque, ville parée de souvenirs :

« Salamanque comme un palais du Rajasthan,

cité de la Renaissance »

[…]

« Cependant sur le bottin son nom

ne se trouve plus.

Plus de vingt ans j’ai gardé ce nom

tombé de lui-même ».

La poétesse-narratrice, seule, solitaire, mais non isolée, entrera « dans l’inconnu, l’esprit désert ».

Sylvie Ferrando

La Rock Star et les femmes : encore un article superbe sur « Ambassador Hotel » de Marie Desjardins

Le par Isabelle Brisson

À travers la radiographie ou le scanner d’une Rock Star archétypale, la Québécoise Marie Desjardins – de passage à Laurens (Hérault) – nous parle de Roman Rowan, son héros d’« Ambassador Hotel », un pavé de 587 pages rédigé en trois ans, « le roman que toutes les femmes doivent lire pour connaître les hommes ».

50 ans d’histoire du rock

Par respect pour les artistes qu’elle a connus, Marie a brouillé les pistes afin de décrire le plus précisément possible la psyché d’une Rock Star sur le retour. « Pour atteindre une vérité que la biographie factuelle ne donne pas », estime-t-elle. Ici il s’agit d’un britannique du type Mike Jagger, personne la plus vue sur la planète. En fin de parcours, à près de 70 ans, Roman Rowan fait le bilan de 50 ans d’adulation, de travail et d’épreuves. Le 4 juin 1968 son groupe de rock émergeait lors de l’assassinat de Bob Kennedy à l’Ambassador Hotel, rasé depuis. L’ouvrage est aussi 50 ans d’histoire du rock et de la société dans 25 villes aux États-Unis, Mexique, Argentine, Roumanie, Russie, France, … Et bien sûr l’histoire des femmes qui ont compté pour lui.

Roman et ses femmes 

La troisième partie du livre est dédié aux femmes qui ont compté pour Roman. La sienne doit accepter d’être trompée. Elle ferme les yeux sur ses écarts, pourvu qu’il revienne à la maison. Elle doit être solide, froide, choisir d’en faire un père et profiter de son argent. Son ex-compagne a partagé ses dix meilleures années, rongée par l’inquiétude, elle lui fait vivre un enfer, il la quitte, elle ne s’en remettra jamais. Sa mère, une intellectuelle qui ne s’est pas réalisée dans sa profession, trouve dur que son fils abandonne ses études pour le rock et reste sur ses principes. Sa sœur enfoncée dans une grande frustration vit dans la middle class londonienne. Sa fille, perdue, gâtée, hyper encadrée par sa mère trouve difficilement sa voie. Enfin, sa groupie, une ado qui se fait engager comme fille au pair, se suicide dans le garage de Roman en écrivant « I love you » sur son pare-brise.

Un mâle fini

« J’ai la fascination de la puissance des Rock Stars », avoue Marie qui a aussi publié un livre sur Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. Dans son dernier livre, elle montre l’envers de la médaille. Comment ses personnages arrivent au dernier concert, ce que représentent les coulisses, la solitude au-delà des partouses. Comment ils vivent et ce qu’ils pensent de leur succès. Roman commence à comprendre ce qu’il a provoqué et voit qu’il a abusé de tout, trop bu, fumé, baisé, … Son corps est épuisé, sa virilité ne suit plus. C’est un mâle fini. Il n’a pas eu de véritable histoire d’amour. C’est l’échec de la Rencontre. Son égo surdimensionné lui a interdit de se connecter avec son véritable alter ego.

Pourtant notre héros peut aussi se montrer un tendre. Il est le roi d’un groupe avec ses attentes, ses succès et ses failles, un profil qui touche le cœur du lecteur et le mène de façon originale dans un monde musical particulier.

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

Lire de Marie Desjardins Ambassador Hotel (mai 2018, €19), Sylvie Johnny love story (Éditions du Cram)
Voir Bohemian Rapsody, A star is born
Écouter Mon pays c’est l’amour, album posthume de Johny Halliday

Yozone remet (déjà !) à l’honneur l’écrivain François COUPRY !

L’excellent Hilaire Alrune a déjà lu « Merveilles » de François Coupry !

Merveilles
Francois Coupry
Pierre Guillaume de Roux-FCD livres, contes paradoxaux, 575, pages, novembre 2018, 23 €

« Jour de Chance » (Presses de la Renaissance, 1982), « Nos amis les microbes (Une Journée d’Hélène Larrivière) » (Presses de la renaissance, 1989), « Le Fils du Concierge de l’Opéra » (Gallimard, 1992, « Le fou rire de Jésus » (FCD livres, 2016), « La femme du futur » (Pascal Galodé, 2012). Cinq « contes paradoxaux » d’un peu plus d’une centaine de pages chacun, cinq romans brefs ou cinq novellas, composant un fort volume de presque six cents pages, richement illustré par Cyril Delmote.

« Jour de Chance »

« Le soleil, vous savez ce que c’est : une grosse araignée jaune dans le ciel bleu, une grosse araignée avec des pattes velues, des pattes qui descendent, comme des rayons, jusque sur les mains et les yeux de chacun d’entre nous. Et les rayons de l’araignée dirigent mes mains qui dirigent les ficelles de mes jambes. »

Il se nomme Nabucco – personnage que l’on retrouvera dans d’autres récits de l’auteur – c’est un avatar (parfois) de François Coupry lui-même, c’est un innocent, ou très exactement l’inverse : un personnage qui feint l’innocence pour mieux révéler les travers de notre monde. Le voilà, existant et inexistant tout à la fois, refusant le nom de Coupry, cherchant à naître dans une société qu’il feint de découvrir, essayant pour cela de se faire admettre, en vain, à la crèche (mais naître dans l’esprit du lecteur, c’est déjà une première étape), cherchant ensuite, selon une chronologie qui lui est propre, mais apparaît logique, à payer ses impôts, à se faire emprisonner, à se faire interner à l’asile d’aliénés, au parc zoologique, en enfin, à se faire inhumer. Las, si le fossoyeur accepte de le considérer cliniquement mort, il se trouve que sans permis d’inhumer aucun enterrement n’est possible, et le pauvre Nabucco, dépourvu d’identité, ne saura se faire délivrer une telle autorisation. Comment diable exister ? Ne serait-il pas “(…) l’homme moderne, débarrassé de toute culture malheureuse, de toute mauvaise, ou trop bonne, conscience : un être sans être, sans consistance aucune, sans poids, sans histoire personnelle, et mené, sans jugement de valeur, par la communion des évènements mondiaux. Un être sans âme, d’une totale sensibilité. Un individu non individuel, omniprésent. Un corps ouvert, sans commencement ni fin. Une amibe. Un mutant. Le premier humain de l’avenir de l’homme (…)” Comment exister vraiment ? Détourner un avion ou tuer son prochain ne sert à rien dans ce monde de bienveillance infinie, battre la campagne pour y trouver une juriste-fermière capable de convaincre un tribunal de sa culpabilité non plus. Fantaisiste, drolatique, ce « conte paradoxal » mérite bien son nom. En décrivant un monde retourné comme un gant, comme pourrait l’être au sens propre un meilleur des mondes, Nabucco/Coupry illumine ses travers comme pourrait le faire une fable voltairienne : bien plus incroyable que la science-fiction la plus audacieuse, bien plus invraisemblable que le conte de fées le plus débridé, bien plus inacceptable que le fantastique le plus terrifiant, c’est, simplement, un monde où tout le monde serait bon.

« Nos amis les microbes (Une Journée d’Hélène Larrivière) »

« Peut-être que cette image de toi s’est multipliée dans ton ventre. Peut-être qu’il y a e toi des milliers d’Hélène Larrivière, rousses et toutes nues, qui grouillent et qui dansent.  »

Initialement publié sous le titre « Une journée d’Hélène Larrivière » aux Presses de la Renaissance en 1989, « Nos amis les microbes » décrit, du point de vue des microbes, l’existence oisive et insouciante – qui trouve plus d’un écho dans notre monde – de ceux qui dévorent leur propre maison et scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ces êtres minuscules, microbes ou virus, perpétuellement enivrés de sang, gavés de viande et d’os, festoient et s’amusent dans ces architectures baroques que sont les intérieurs d’un corps humain. Tout continuerait à aller pour le mieux dans l’indifférence générale si leur grand penseur Yrpuoc ne les éveillait à une forme de conscience, transformant le credo des uns – « Il y a toujours quelque chose à ne pas faire » –, en affinité pour la pensée, en inquiétude pour le futur, jusqu’à ce qu’ils trouvent une structure de nourriture qui se régénère, sans comprendre qu’il s’agit d’une prolifération tumorale. Penser, mais penser juste ou penser faux ? Entre intuitions vertigineuses – “Et j’en déduis que nous ne sommes que la projection de l’imaginaire flottant du Grand Corps Humain dans lequel nous vivons” – et paralogismes regrettables, nos microbes se mettent en guerre, “Car certains d’entre nous à l’exemple de Patrace, se sont mis à réfléchir. Et comme lui ont senti une présence étrangère grandir dans leur corps ! Et comme lui ont éclaté, délivrant un e rousse nue !” Voilà donc déclarée une guerre grotesque aux rousses envahissantes, les microbes ayant rencontré un autre type d’infection, parasitaire celle-là, comme la larve qui de l’intérieur ronge son hôte avant de s’en extraire comme si ce dernier n’était plus rien d’autre que son propre suaire. Entre parasitisme tel que le décrit la zoologie, donc, et thème science-fictionnesque classique – nul n’a oublié la fameuse « Invasion des profanateurs » de Jack Finney, ni ses multiples déclinaisons ou héritiers cinématographiques – nos microbes découvrent, parfois de manière grotesque (quand une scène romantique dans la magnifique baie du cristallin se transforme en séance gore de plomberie artérielle), nos microbes, dont un certain Nabucco, découvrent l’amour, le doute, la honte, la guerre : on s’arme avec les objets que l’on trouve dans la cervelle, mais dont se déversent également des nuées de choses inutiles obstruant les canaux de circulation. Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que ce récit en apparence décousu conservera in fine une véritable cohérence, le microscopique se révélant à plus d’un titre comme le reflet du macroscopique, avec une happy-end pour Hélène Larrivière, siège et lieu de l’histoire – mais, on s’en doute, comme dans tout bon récit fantastique qui se respecte, les dernières lignes viennent rebattre les cartes. Bien plus qu’au fameux « Voyage fantastique » d’Isaac Asimov, on pense à Swift, et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet auteur apparaît, aux côtés de Lewis Carroll et J.R.R. Tolkien, sur les rayonnages de la bibliothèque rose de l’utérus. Un récit certes incontrôlé (mais comment s’en étonner quand il est question de la croissance anarchique d’une tumeur ?), avec une tendance carnavalesque à partir en tous sens et à en rajouter dans la facétie, un récit généreux qui brasse et pulse et charrie quelques trouvailles.

« Le Fils du Concierge de l’Opéra »

« Alors je m’aperçus que mes mouvements étaient circulaires, et chaque fois que je croyais pousser mes pas vers les murs extérieurs de cette bâtisse, des couloirs me ramenaient vers le centre qu’occupait la grande salle de spectacle. »

Un leitmotiv, une formule dont on devine l’importance et que même après lecture l’on gardera en mémoire : “Aujourd’hui, rien d’extraordinaire, rien que le train-train du merveilleux”. « Le Fils du concierge de l’opéra  » est assurément le conte paradoxal le plus connu de ce recueil, et il en est certainement le meilleur. Maîtrisé d’un bout à l’autre, ce récit profondément humain, poétique, poignant, initialement publié chez Gallimard en 1992, a reçu l’année suivante un Grand Prix de l’Imaginaire amplement mérité.

Être le fils du Concierge de l’Opéra, être destiné à lui succéder, est-ce un honneur, est-ce une malédiction ? Tout régir dans cet opéra-monde, tel un démiurge, est-ce un destin acceptable. Ne vaudrait-il pas mieux gagner l’extérieur, l’ailleurs, le vaste monde, le vrai, pour y faire d’autres découvertes ? Entre révoltes enfantines et adolescentes – “Vous êtes devenus les navets prétentieux d’un imaginaire déchu” – entre foucades diverses et recherche de vraie vie à vivre des mois durant sur une scène, entre amours naissants pour une Valentine hélas destinée à n’être qu’ouvreuse, bienvenue dans ce bâtiment-monde où les oiseaux parlent, où l’on n’imagine guère que les avions n’aient pas besoin de fils pour voler, où l’on découvre les mers, l’exotisme, la planète entière sous forme de décors, et où l’on pourrait, peut-être, s’insurger contre le ressassement sans fin des mêmes figures, les Desdémone, les Carmen, les Tosca, les Violetta au motif que « Oui, tout cela n’était qu’un drame, et point la vie. » Nous n’en dirons pas plus si ce n’est que cette histoire d’un naufrage effroyablement lent est au contraire à la fois un drame et la vie, un récit plein d’émotion qui sonne juste d’un bout à l’autre.

« Le fou rire de Jésus »

« C’était moi le vautour, moi qui tournais au-dessus de la tête du Galiléen crucifié, dans le crépuscule de Jérusalem, moi qui lui dressais une couronne de mes ailes, de mon bec, de mes serres, moi qui riais au-dessus de sa tête, de ce même rire de complicité dont, la veille, lors de son procès, nous avions tenté tous deux de dissimuler l’ardeur, ce rire qui éclatait au-dessus de la Croix, ce rire que les gens pouvaient peut-être entendre, déchirant les nuages, découvrant un soleil d’aurore, formant non plus une couronne de douleur mais une auréole d’une lumière de gloire dans les cieux. »

Un narrateur installé dans le Grèce contemporaine dont on devine, après l’affaire des enseignes, puis la condamnation du Christ, qu’il n’est autre que ponce Pilate, narre, sous forme d’une lettre à Vitellus, sa rencontre avec le Galiléen, et chercherait, à l’en croire, à prouver enfin que l’homme de Nazareth n’était autre que Dieu. Un fou rire commun avant une condamnation historique, un Dieu qui lui aurait fait don d’immortalité, lui aurait épargné la mort pour qu’il puisse témoigner dans les siècles futurs. Le récit des errances d’un personnage à travers les siècles, qui, d’un point de vie antique – à moins qu’il en soit un simple mythomane – observe effaré les évolutions contemporaines, se lamente de ce monde où la corruption n’est plus ce qu’elle était et où « l’on ne peut plus uriner que dans des endroits introuvables », un monde d’aliénation perpétuelle qui fait regretter des temps passés où, affirme-t-il, « même les esclaves étaient plus libres ». Critique sociale, donc, ce « Fou rire de Jésus » faussement léger, mais ambitieux, traite également des mille et une réécritures des textes, des interprétations, des fantaisies de la mémoire, qu’elle soit individuelle ou collective. Un récit qui brasse large, dérive et divague à travers temps, à travers l’esprit quelque peu perturbé du narrateur, qui amuse et qui donne à réfléchir.

« La femme du futur »

« Et point parce que, encore une fois, comme en ma vie d’avant, je recherchais l’oubli, fuyant ma vérité, mais parce que, maintenant, tout m’était revenu en mémoire, en un rêve où j’étais transparente, où je passais à travers les miroirs, je savais déjà tout et j’étais affolée, les portes de mon château intime s’étaient réouvertes, les unes après les autres, en un fracas de grincements de gonds, de craquements de serrures.  »

Belle et originale idée que cette entrée dans le monde futur, où, avant même votre naissance, alors que vous n’existez pas encore, les dieux vous demandent en quel être humain vous souhaitez vous incarner. C’est en 2187 que naît donc la narratrice, sorte d’Alice dans un pays du futur où tout ne serait que merveilles, à tel point que, même à ses yeux encore naïfs, bien des éléments paraissent douteux. Des richesses universelles et une oisiveté impossible allant à l’encontre des vieux traités d’économie du XXIème siècle, des familles qui jouent à vivre comme dans les temps passés, un monde dans lequel elle ne manque pas de se demander « où sont les pauvres, les opprimés, les ratés » mais où, lui explique-t-on, « personne, maintenant, ne se pose plus vraiment le problème de la misère, à part vous peut-être, mais il faut vraiment être une enfant ! », et où il existerait peut-être encore, pour le symbole, un « dernier des prolétaires ». Ironie grinçante, donc, pour ce monde dans lequel il reste possible, pour ceux qui seraient effrayés par une telle vie de bonheur, de prendre place à bord d’un train spécial, qui les emmènera directement vers la vieillesse.

On s’en doute : un tel monde d’« Harmonie Flamboyante » n’est que prétexte à humour grinçant, voltairien ou swiftien, et les déboires de notre Alice, qui se souvient d’avoir tour à tour été, entre autres réincarnations animales, entre autres réincarnations humaines plus banales, Anna Karenine, Yseut, Emma Bovary et quelques autres, découvrira, ballotée entre utopie et dystonie, une étrange et complexe existence qui lui montrera que tout n’est pas que merveilles, que si elle est la plus belle et la plus intelligente elle ne le sera en définitive pas tant que ça, que si dans ce futur où « La mort était inadmissible, impensée ; la mort n’existait plus dans nos idées », l’on peut toutefois apercevoir un cadavre décomposé à la descente d’un avion. La voilà à chercher à comprendre, à réinventer des thèses anciennes, à démontrer – belle idée que celle de ce Congrès Mondial sur l’Existence du Réel – que tous les objets, contrairement à ce que l’on pouvait croire, ne se réparent pas systématiquement eux-mêmes, et qu’il y a ici et là plus d’une faille dans ce monde idéal.

On trouvera dans cette « Femme du futur  » des thèmes développés dans ses roman « La Terre ne tourne pas autour du soleil » (Gallimard, 1980), comme la remise en cause de l’héliocentrisme, l’immortalité, la destruction et la fondation de civilisations nouvelles, abordées à travers le regard de ces personnages (presque) innocents que sont les enfants, et l’on y trouvera également l’inévitable Nabucco, camé littéraire propre à l’auteur. Riche aventure, elle aussi par moments décousue, elle aussi par moments divagante, que celle de cette « Femme du futur » embringuée dans un monde qui ressemble aussi à un purgatoire, une utopie qui apparait aussi comme une « fin de l’histoire » où ne subsiste qu’une humanité composée de personnages médiocres, incultes, qui plus est incapables de s’en rendre compte. Une utopie que la prétendue innocence de la narratrice permettra de dynamiter pour un retour à plus âpre et plus signifiant.

Au total

Avec François Coupry, on est souvent aux marges de la science-fiction. À travers ces cinq courts romans, on trouvera une fin du monde, plusieurs tableaux d’utopies ou de dystopies, et des thématiques souvent abordées dans la littérature de genre, comme celle de l’immortalité. « Contes paradoxaux » ou fictions des marges, littérature de l’imaginaire au sens large qui refuse de s’inscrire directement dans un genre et trouve ses racines ailleurs, dans une longue tradition littéraire – les Swift, les Voltaire et bien d’autres – ces cinq récits, en apparence disparates, sont animés par des intentions, des techniques, des sujets similaires. Chez François Coupry, le monde est un théâtre perpétuel sur la scène duquel on n’hésite pas à pratiquer l’excès, le baroque, l’outrance, le grotesque, à virevolter d’une thématique à une autre, à partir dans tous les sens comme sur d’autres scènes – celles d’un cirque, celles d’une foire. Ceci explique pourquoi la plupart de ses récits – à l’inverse d’un « Fils du concierge de l’opéra » policé, homogène, contrôlé, maîtrisé – peuvent conduire les lecteurs à perdre le fil, à décrocher, à chercher partout – comme l’on cherche dans un brocante la pièce unique – le propos essentiel, la destination où l’auteur souhaite les mener. Pourtant, ces contes drolatiques, il faut le goûter, et tant pis si l’on n’est pas emmené comme on pourrait l’être dans un thriller ; il faut prendre son temps, écouter l’auteur expliquer et réexpliquer le monde, mais aussi l’enchanter et le réenchanter, usant de l’image, de l’absurde, du saugrenu, du nonsense, de l’humour pince-sans rire et de l’artifice classique du faux Candide. On devine chez François Coupry une jubilation de l’écriture qui n’est pas sans danger pour un lecteur parfois frustré de s’égarer dans l’écheveau, parfois ravi de découvrir l’inattendu. Ruptures de cohérence, changements de tonalité, tendance à en faire trop ? Certes, mais les amateurs de scénettes et d’images y trouveront leur compte, et verront dans ces thématiques entremêlées, dans ces rugosités narratives le reflet d’un réel qui n’est pas toujours univoque, pas toujours harmonieux, et rarement dépourvu d’angles ou d’aspérités. Bateleur graphomane, parfois – mais en cela en harmonie avec ses personnages – un tantinet prolixe et déstructuré, mais toujours intéressant, toujours foisonnant, l’auteur s’amuse et amuse. À l’ère des « beaucoulogies » qui en disent peu en trop de trop gros volumes, François Coupry lui, en met beaucoup dans chacun de ses courts romans.

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Titre : Merveilles – cinq contes paradoxaux
Auteur : François Coupry
Couverture et illustrations : Cyril Delmote
Éditeur : Pierre Guillaume de Roux-FCD livres
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 575
Format (en cm) : 15 x 24 x 5
Dépôt légal : novembre 2018
ISBN : 9782363712752
Prix : 23 €


François Coupry sur la Yozone :

- « L’Agonie de Gutenberg »

Hilaire Alrune
11 janvier 2019

Exposition « Camille ailleurs » de la sculpteure Isabelle Béné à la Galerie de Holmsky

Exposition « Camille ailleurs » d’Isabelle Béné du 12 mars au 13 avril 2019

Vernissage le 12 mars 2019 de 18h30 à 21h30 en présence de Reine Marie Paris

Galerie de HOLMSKY, 80 rue Bonaparte 75 006 PARIS – ouverture du mardi au samedi de 13h à 19h 

attachée de presse guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Dans le prolongement du succès de l’exposition d’Isabelle Béné « Dans l’espace des bleus camaïeu, Camille Claudel et lui en duo »  à la mairie du 8èmearrondissement de Paris, la galerie Marie de Holmsky présente 80 rue Bonaparte les sculptures d’Isabelle Béné.

L’exposition « Camille ailleurs » évoque certains aspects des paysages intérieurs de Camille Claudel. Femme d’avant-garde, elle a osé signer sa présence au monde au travers de faits vécus ou sculptés emprunts de sa démesure : depuis ses jeunes années, par ses œuvres et au travers de son histoire, Camille a induit en nous le ressenti de son profond rayonnement.

Isabelle Béné

 

Eric Poindron dans Causeur inclut Christine Fizscher dans son « année poétique »

Poètes: ceux que j’aime prennent le train

Retour sur l’année poétique 2018

Ouvrons 2019 avec une sélection des poésies de 2018.

Nous l’avons encore entendu ce matin, dans le train, chuchoté, certes, mais articulé en conscience : « La poésie ne sert à rien. ». Et comme aurait pu l’écrire un autre poète, suisse et voyageur, égaré dans les îles d’Aran, « Mais c’est ce rien qui m’intéresse. »

Comment ne pas songer à ce bon mot de ce tout aussi bon Gérard de Nerval lorsqu’il écrit : « Il y a ici des médecins et des commissaires qui veillent à ce que l’on n’étende pas le champ de la poésie aux dépends de la voie publique. »

Les trains nous conduisent toujours vers l’enfance

Eugène Guillevic, le Breton et l’apprenti, a raconté que lorsqu’il a tendu à sa mère ses premiers poèmes, il aurait mieux fait de lui tendre de suite la seconde joue puisqu’elle lui a donné une gifle en guise de lecture.

Ainsi les trains nous conduisent toujours vers l’enfance. Et la poésie – qui ne sert à rien – , elle aussi.

Dans Les souvenirs m’observent, Tomas Tranströmer, poète absolument poète et prix Nobel de littérature en 2011, en octobre – car c’est important les saisons -, écrit : « J’espérais tout le temps que les cours prendraient fin, pour que je puisse enfin me jeter à corps perdu dans ce qui m’intéressait vraiment : l’Afrique, l’univers sous-marin, le Moyen Âge. »

Début d’année et période de jolies résolutions obligent, il est peut-être temps de ne rien changer et de continuer à lire de la poésie.  Aussi j’emprunte des trains et des poètes.

A travers la vitre, après la pluie, les pluies, toutes les plu
ies, il est de nouveau un ciel dans le ciel. Faites un vœu, ou plusieurs ; écrivez-les. C’est le moment. Et ce vœu, c’est peut-être un poème comme un aveu.

On ne naît pas impunément à Reims

S’il est bien un poète qui fait aveu de tout bois, c’est Marc Alyn, dans Le temps est un faucon qui plonge, ses mémoires.

« Chaque jour j’écris le premier mot de mon langage.

Je suis neuf jusqu’au crépuscule.

Chaque baiser de l’aube sur la bouche des arbres

Me fait don d’une peau nouvelle. »

Marc Alyn est un jeune homme d’âge mûr qui a connu beaucoup de monde. Ami de Roger Caillois ou de Lawrence Durrell, voyageur vénitien et collectionneur d’Orient(s), créateur de la collection Poésie Flammarion, le mémorialiste se raconte sans excès, pas à pas, et mot-à-mot choisis avec grâce. Marc Alyn, poète alchimiste et alchimique pour de vrai, a conscience que l’ange au sourire s’est presque penché sur son berceau. On ne naît pas impunément à Reims, ville de Paul Fort et du « Grand Jeu » de Roger-Gilbert Lecomte et Roger Vailland. Marc Alyn loue l’existence de Fantômas, fait chanter les tarots et célèbre le chemin de la Gnose.

Les derniers étourneaux de l’Est 

Marc Alyn est un solide et soliste compagnon de route, toujours sur « la ligne de départ, aspirant à rejoindre l’Ordre clandestin des poètes : Templiers privés de règle et de Grand Maître, en marche vers le feu. »

Un faucon plonge et, à travers la vitre, les derniers étourneaux de l’Est font leur bagage.

«  Un oiseau est du ciel. Il est plus proche de l’éternité que du monde » ; confie l’abbé Rancé à la marquise de Sablé ; et Pascal Quignard dans Sur l’idée d’une communauté de solitaires – Arléa 2018 -, de nous le faire remarquer. J’alterne les regards, des oiseaux aux poètes, et confond les cartes comme l’on rebat des campagnes ou des paysages.

Dans Compris dans le paysage, donc, Georges Guillain écrit :

Quand même / il n’y a pas de poésie descriptive / rien ne se représente ou n’est jamais là / totalement / que nous / du ciel / et dessous / la main qui tremble simplement / ces gros paquets de partout de nerfs / aboutissant à des images /

alors / on dira / que sur les toits ce sont des souvenirs d’école /des histoires qui glissent / un coin du monde saisissant / par les yeux / bien maté / qui nous traverse / se reconstruit, en sens inverse.

Les paysages s’effacent derrière les paysages

Chez Georges Guillain, les paysages s’effacent derrière les paysages – ce mystère du paysage –  et les hommes qui file vers l’est en une douloureuse rhapsodie. Voyager avec Georges Guillain et ses dahlias de lumière, c’est voyager avec un ami.

Lecteur des deux rives, vous êtes : quel flâneur êtes-vous ? Lecteur des deux rives, vous êtes : quelles sont ces deux rives. Lecteur des deux rives, vous êtes : qu’attendez-vous de l’autre rive ? A ces questions, Flora Bonfanti, répond dans Lieux exemplaires :« La parole devient come un une note ; elle quitte le signe, devient chose. Sa forme n’est plus qu’une carcasse enceinte d’une semence de feu. Elle est moelle durcie. La sens a laissé en résidu sa fore même., sans marge : pierre volcanique de l’ancien magma. Les yeux du lecteur rallument le magma – qui, dans tous ses états, garde son épaisseur et la densité de ses courbes. C’est ce que nous appelons le poétique. » Il existe chez cette toute jeune poète de grande conscience, qui s’interroge sur le mal et explore le silence, une grâce d’écriture retenue et une maturité inouïe.

Le bruit du temps

Poète des saisons, douloureuses ou jubilatoires, Christine Fizscher, elle, dans L’Ombre de la terre, nous invite en sa maison et en ses vides, et retient les nuits qu’il lui reste ici.

« Ici veillera le séquoia funèbre,

Le foudroyé

Oh ! Le temps d’été, vent,

 Ici la nuit qui était à nous. »

Puis le 20 octobre – car c’est important les saisons – elle écrit :

« Ce matin aura été un matin

Sans tour Eiffel à l’horizon.

l’automne incendiait la forêt et le jours, gris, épais, lourd

mais allumé,

descendait sur l’autoroute. »

Christine Fizscher connait le bruit du temps qui broie et file, et goûte le plaisir de la compagnie des poètes ; et même seule, la voila bel(le) et bien accompagnée.

S’il y en a un qui ne perd jamais de vue la tour Eiffel, c’est bien Bernard Ollier, l’homme fou et sage, l’homme des livres d’artistes, l’arpenteur des sommets métalliques. Chez Pierre Mainard, l’éditeur scrupuleux et réjouissant, on lira l’étonnant Bernard Ollier exagère La tour Eiffel. Et le poète n’y va jamais de main ni de lettre morte. Il agrandit, escalade, échafaude. Avec lui tout va, car le bâtiment va ; et à tout va !« C’est sa force à la Tour Eiffel : des siècles que ça va durer, alors que toi, tu ne sais même pas pour toi.

Tu ne sais même pas pour toi, c’est toute la différence avec la Tour Eiffel.

La tour Eiffel, je te rappelle, qui sait, elle ! qui sait qu’on sait pour elle !
Si bien qu’elle sait qu’elle n’a pas besoin de savoir. Tranquille, la Tour Eiffel.

Tu te rends compte, aucun effort à faire, elle est sur d’avance et de tout temps, universellement sue qu’elle est, elle est sue d’être, c’est ça une Tour Eiffel.

Être sue et en tout temps, à toute heure, voilà comme elle est, la Tour Eiffel. »

Ce Bernard Ollier-là, n’est pas si loin d’être un zouave et c’est un sacré ingénieur du langage.

Le train arrive et il me reste un autre zouave pour la fin de route. Un poète encore, un poète toujours, jeune, increvable, irrévérencieux, magnifique. Il s’appelle Hans Limon : gourmand de vie et gourmet de mots. Il a lu ses classiques, et se faufile à leur suite à grands bruits pour faire entendre ses propres mots. Avec lui, ça charrie du verbe et convoie de l’énergie.

Mort à la poésie

Dans Poéticide, un recueil solide, solaire et de grand vent, le voilà Diogène et qui écrit à tue-tête : « Tu veux exterminer la poésie ? Alors prends ce couteau à pain sur ma table de cuisine, juste à côté de mon horoscope, et va poignarder le soleil, le point du jour qui maquille les toits des masures, les gamins qui sourient aux mendiants, les poules qui caquettent à heures fixes, Londres et ses pestilences, les opéras gouffres, les femmes et leurs tectoniques multiples, les quintes merveilleuses, les merdes fécondes, poignarde la terre entière, la terre infestée d’hommes, et alors même que tu l’auras fait, il te restera les idées, qui flottent un peu partout dans l’atmosphère, et les autres espèces, et les autres planètes, et les autres galaxies, et les autres univers ! Peine perdue ! Peine perdue ! »

Si Raymond Queneau célèbre les fous littéraires dans Les Enfants du limon, il faudrait, dare-dare – avant qu’on nous ne le pique -, dans les enfants du fou poète, célébrer le Limon !

Grincement d’essieu et le train est presqu’à quai ; je n’ai pas vu les poètes passer.

Amis, J’ai eu vent des peines dites indicibles et de votre disposition mélancolique, des joies de mots acrobatiques. À la nuit tombée, les filles fantômes et filantes sont des étoiles comme les autres.Le temps est un flocon qui tombe

Et les poètes, mes héros de l’enfance.

Le Temps est un faucon qui plonge, Marc Alyn, éd. Pierre-Guillaume de Roux.

Rentrée littéraire de janvier 2019, POESIE « L’Ombre de la Terre » de Christine FIZSCHER

Rentrée littéraire de janvier 2019 – Pour une année poétique – Parution le 18 janvier 2019

L’Ombre de la Terre, le premier recueil de poésie de l’écrivain Christine FIZSCHER

Editions DUMERCHEZ

54 pages * 15€ *ISBN 978-2-84791-192-3

Contact presse : 06 84 36 31 85 / guilaine_depis@yahoo.com

L’OMBRE DE LA TERRE est enrichi de photographies de Jonathan ABBOU.

Christine FIZSCHER a aussi publié :

Pluies d’été (sous le nom de Christine Guinard), Dumerchez, 1999

La Nuit prend son temps, Le Seuil, 2007, dont sont tirés deux des poèmes de L’OMBRE DE LA TERRE

La Dernière femme de sa vie, Stock, 2011

Une FEMME poète : Lectrice chez Gallimard, Flammarion, Julliard et aux côtés d’Ivan Nabokov pour «Feux croisés» chez Plon, Christine FIZSCHER a aussi collaboré à la revue « Les Temps modernes » de 2000 à 2009.

Assumant pleinement et jusqu’au bout sa féminité, elle s’étonne que la poésie, quintessence de l’expression verbale, compte si peu de représentantes lues et honorées par le passé et dans la France contemporaine : si la poésie est l’art synthétique de transmettre l’universel et l’intemporel, les femmes passant pour extérioriser davantage leurs émotions, devraient en être les fers de lance. Métaphysiquement inquiète jusqu’à la torture, la chair et la littérature l’ancrent au monde et justifient sa vie.

Nourris de mélancolie, ses poèmes intimes pris dans une narration s’inscrivent dans une temporalité, expriment un double amour et le deuil d’une maison et de ce qui n’a pas pu y être vécu.

Ces poèmes vont basculer au rythme des saisons : solaires et radieux pendant la splendeur de l’été, ils vont s’enfoncer dans l’ombre de la Terre lorsqu’arrive l’hiver. Cette ombre de la Terre qui isole les artistes et enfants de Saturne, les fait rester à l’extérieur de la vie – plus vivants peut-être encore.

« La nuit prend son temps (roman dont la rédaction fut concomitante aux poèmes de L’OMBRE DE LA TERRE») fournit des réponses à une question centrale. Christine FIZSCHER fouille son désir, et l’illusion de son désir, dans un texte sûr, parfois puissamment érotique et superbement écrit.» Vincent ROY, Le Monde des Livres, 2007

« Christine Fizscher (…) a su trouver les mots pour l’écrire (ndlr : ce qui n’est plus, ce qui a brûlé), et le sens du récit. »  Mohammed Aïssaoui, Le Figaro Littéraire, 2011

« Christine Fizscher possède une très belle plume »  Nils C. Ahl, Le Monde des Livres, 2011

« Christine Fizscher signe sa présence d’incontestable écrivain » Joël Schmidt, Réforme, 2011

« Le livre de Christine Fizscher est saisissant, il a ses défauts, plein, mais un souffle qui les emporte, loin, dans un monde que les anxieux connaissent : la douceur d’écrire, la fragilité du résultat. »  Christophe Donner, Le Monde Magazine, 2011

Les éditions Bernard Dumerchez : Diffusées par les Belles Lettres, elles ont publié à ce jour plus de 250 ouvrages de poésie, littérature, théâtre et autres. Attachant une attention toute particulière à l’objet livre, chaque publication est souvent associée à un artiste contemporain et déclinée dans un ouvrage de bibliophilie. Une exposition « Bernard Dumerchez, éditeur, une vie de livres et d’art » a eu lieu en 2018 au musée départemental de l’Oise pour ses 35 ans d’édition.

Lettre de François CHENG,  de l’Académie française, reçue par Christine FIZSCHER en réponse à l’envoi de « L’OMBRE DE LA TERRE »

Christine Bini nous livre sa lecture de « Merveilles », « un tout cohérent et paradoxal »

Retrouvez cet article en intégralité sur le site de Christine Bini : https://christinebini.blogspot.com/2018/12/merveilles-de-francois-coupry.html

samedi 29 décembre 2018

Merveilles de François Coupry

François Coupry, Merveilles, cinq contes illustrés par Cyril Delmote, éd. PGDR et FCD Livres, novembre 2018, 580 pages.

Le recueil Merveilles reprend cinq de ce que Coupry nomme ses Contes paradoxaux. (… LIRE LA SUITE SUR  https://christinebini.blogspot.com/2018/12/merveilles-de-francois-coupry.html …)

La fiction nous est indispensable, au moins pour deux raisons : le monde n’est pas conforme, il faut le remodeler ; la mort est inacceptable, il faut remédier à cela. François Coupry s’y emploie, avec constance et talent.

Argoul, fidèle lecteur de François Coupry, toujours aussi intransigeant et objectif

François Coupry, Merveilles

De 1982 à 2016, l’auteur invente des contes paradoxaux où, dit-il, « le vilain se pare du Merveilleux » (avec majuscule). La merveille est ce que l’on remarque, ce qui se distingue, ce qui suscite l’admiration. Pas sûr que ce soit le cas de plusieurs de ces contes, dont le premier est déclaré dès le titre « amoral ». Jour de chance est d’ailleurs le plus ancien publié – et pas le meilleur à mon avis. Il est dommage que le recueil commence par le pire avant d’ouvrir enfin l’imagination.

Car Le fils du concierge de l’Opéra est une pure merveille, ne commençant qu’à la page 200. Un titre énigmatique, l’odyssée en accéléré d’un enfant, les murs du monument parisien sur la place du même nom… et puis la découverte ! La psychologie est bien rendue, les émois de l’enfance et de l’adolescence finement observés. Déjà publié chez Gallimard en 1992, ce conte fait honneur du titre du recueil et entraîne vers la mirabilia, le merveilleux, jamais loin du miserabilia, le malheureux.

Le fou rire de Jésus est aussi une performance dans l’espace et dans le temps, l’histoire sainte chrétienne revisitée par un conteur facétieux qui sait être profond.

Mais Jour de chance, vraiment, n’est pas à la hauteur, encore moins que La femme du futur, un tantinet dans la même veine mais publié 34 ans plus tard. Les deux contes, longuets et délayés, mettent en scène le premier un homme, le second une femme. Tous deux sont des « innocents » au sens où ils n’ont pas vraiment choisi leur destin, malgré l’affirmation d’un orgueil outrancier de la seconde – bien le reflet de son époque, qui est une projection amplifiée de la nôtre.

Dans Jour de chance, le personnage ne fait rien, n’est utile à personne, nuit même à la société en voulant se faire remarquer, sinon aimer. Il va jusqu’à tuer. Mais le système social a décidé une fois pour toutes qu’il était irresponsable, un déchet toxique mais collatéral. Il n’est pas « fou » mais en marge, impossible à juger et à punir.

La femme du futur est « la plus belle du monde », elle ne travaille pas et ne sert à rien mais se mire dans son miroir filmé diffusé immédiatement sur les réseaux sociaux mondiaux. Elle est aussi insignifiante, aussi nulle que le premier, mais se croit au-delà, reflet d‘une société des loisirs où les machines font tout et s’autoreproduisent.

Notre univers au présent pour l’homme et au futur pour la femme, ne font vraiment pas envie – mais c’est le mérite des contes de susciter la réflexion. Dommage que, dans ces deux opus, l’auteur cède trop volontiers à sa facilité de plume. Des histoires resserrées seraient plus percutantes.

Au total, l’anthologie des cinq contes suggère un point commun qui est la prison. Celle de soi dans Jour de chance, celle du corps dans Nos amis les microbes (un brin complaisant et allongé), celle de la fonction dans Le fils du concierge de l’Opéra, celle de la croyance qui se coule dans toutes les formes avec Le fou-rire de Jésus, celle du narcissisme dans La femme du futur. L’auteur n’est pas à l’aise avec notre époque, ce pourquoi il lâche son imagination au-delà du présent. Il invente des mondes, pas toujours très jolis ni humains, qui sont la projection fantasmée de ses craintes sur la loi, la santé, l’illusion, la religion et le bonheur.

François Coupry, Merveilles – Cinq contes illustrés par Cyril Delmotte, Pierre Guillaume de Roux éditeur, 2018, 580 pages, 23€

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85

« Merveilles » de François Coupry par Christian de Moliner

Merveilles de François Coupry 23 € aux éditions Pierre Guillaume de Roux 575 pages

M. Coupry est un héritier de Franck Kafka et en même temps un poète. Dans son nouveau livre « Merveilles », publié par l’excellent éditeur Pierre Guillaume de Roux et admirablement illustré par Cyril Delmote, il nous régale avec 5 contes.
Le premier, Jour de chance, est Kafkaïen et amoral. Un homme qui n’apparaît nulle part dans les fichiers de notre société si informatisée, à qui on prête gracieusement un appartement, à qui on donne chaque mois 10000 euros alors qu’il ne paye jamais rien veut exister, mais il se heurte au mur d’airain de l’administration. Il n’est ni malade ni fou, et lorsqu’il se met à commettre des délits, il est excusé car en quelque sorte il serait exempt du péché originel, opprobre dû à notre ancêtre Adam. Le héros (anti-héros ?) aura beau sans se lancer dans une escalade de crimes, jusqu’à devenir un serial killer, rien n’y fera. C’est bien entendu une fable sur notre univers trop policé, trop normatif et il est jouissif d’imaginer quelqu’un qui n’entre pas dans les petites cases trop étroites d’un formulaire.
Le second, Nos amis les microbes, est poétique et kafkaïen. Il décrit le monde des microbes qui habitent le corps d’une femme et François Coupry décrit leur lutte contre une étrange maladie qui les frappe : ils se mettent à penser et se transforment en femme rousse et nue. Pour finir, seuls trois d’entre eux survivront, l’un car il possède le livre de la connaissance, les deux autres car ils se sauvent par l’oreille et explorent notre vaste monde.
Le troisième, Le fils du concierge de l’opéra, est poétique et décrit un univers où le merveilleux affleure, où nos existences sont prédéterminées.
Le quatrième, le fou rire de Jésus, décrit l’existence de Ponce-Pilate qui comme le juif errant est devenu immortel. Peu à peu le récit de la rencontre du Christ et du procurateur romain se dévoile et on s’aperçoit que Ponce-Pilate a condamné Jésus, car celui-ci l’a demandé. L’auteur expose de la « vraie « doctrine » du Christ qui n’est certainement pas celle de l’église.
Le dernier conte, La femme du futur, est une dystopie. Dans un siècle, notre planète a vaincu tous les maux. Les habitants sont sans exception riches et ne travaillent que parce qu’ils le veuillent bien. Des machines ultra perfectionnées qui se réparent elles-mêmes produisent l’indispensable nourriture et les biens matériels. Les morts sont rares et les naissances encore plus. Il existe un train en Alaska particulier : les voyageurs qui l’empruntent se réveillent âgés et ne souviennent plus de ce qu’ils ont fait après être monté dans ce train, symbole de l’ennui d’une vie qui tourne à vide. Mais ce monde irénique n’est qu’une façade, un village Potemkine et il va s’écrouler. Les hommes redonneront un sens à leur vie en retournant à l’état sauvage.
N’hésitez pas à acheter ce livre, vous ne serez pas déçu !