Tribune des philosophes Emmanuel Jaffelin et Marc Alpozzo « Le wokisme et la cancel culture veulent-ils la mort de notre civilisation ? »

Le wokisme et la cancel culture veulent-ils la mort de notre civilisation ?

Par Marc Alpozzo et Emmanuel Jaffelin, Philosophes et essayistes

Tribune. Non seulement le wokisme, ce mouvement venu des campus américains, ne nous déçoit jamais, mais il devient de plus en plus agressif depuis quelques années, dans notre vieux monde, où on y a vu naître les arts, la littérature et la philosophie. Parti désormais à l’assaut de notre patrimoine culturel, le wokisme a déjà fait des dégâts, obligeant les éditeurs d’Agatha Christie par exemple, en France, à rebaptiser en 2020, son Dix petits nègres, par ce titre sans fondement :Ils étaient dix, et qui a fait dire à l’historien Jean-Yves Mollier, préconisant de contextualiser les œuvres plutôt que de les corriger (dans un numéro de Télérama datant du 24 septembre 2020) : « C’est prendre les gens pour des imbéciles ».

Si jusqu’à présent, on regardait les Américains avec une distance amusée, jouant ainsi aux canceleurs de service, voici que cette vague d’annulation de notre culture est au cœur du débat public. Cette « nouvelle gauche religieuse américaine » comme l’appelle Mathieu Bock-Côté dans un brillant essai sur le sujet[1] n’a donc pas fini de faire parler d’elle, déboulonnant les statuts, annulant des titres de nos classiques, imposant un nouvel ordre mondial qui se veut éclairé par la Révélation diversitaire.

Le Nègre de Narcisse, jugé offensant

Et voilà que, ces jours derniers, suite à la polémique autour du titre de l’œuvre de Joseph Conrad, Le Nègre de Narcisse, estimé « offensant », le titre de ce récit maritime a été changé, rapporte Le Figaro (jeudi 12 mai 2002). Ce roman de Joseph Conrad s’est fait connaître dans les librairies et bibliothèques sous le titre Le Nègre de Narcisse, qui est la traduction littérale de son édition originale The Nigger of the Narcissus publiée en 1897. Désormais, il paraîtra en français dans une version modifiée et sous un nouveau nom : Les Enfants de la mer, reprenant fidèlement le titre de l’édition américaine. Ce sont les éditions Autrement qui ont choisi de le rebaptiser ce roman, en raison du mot  nègre , jugé potentiellement « offensant » pour les lecteurs.

Le mot nègre aux États-Unis a été remplacé dans le langage courant par le mot « the N word », jugé moins blessant. Chez nous, c’est tout simplement à la tronçonneuse que l’on s’attaque à ce vieux mot, qui est à la fois un substantif (au féminin « négresse »), utilisé pour désignant les Noirs d’Afrique ou afro-descendants, plus particulièrement quand ils sont réduits en esclavage. Également un adjectif, il était utilisé au XXe siècle pour désigner l’ensemble des populations et cultures d’Afrique subsaharienne. Certes, avec le temps,le substantif a pris une connotation péjorative et raciste, influencé qu’il fut par par l’anglais, langue dans laquelle la connotation péjorative est beaucoup plus forte. De plus, ce mot est indissociable de l’histoire de l’esclavage, servant de radical pour les mots relatifs au commerce des captifs africains (traite négrière, navire négrier, etc.), et il rappelle les heures sombres de notre histoire. Mais n’oublions pas toutefois, que ce terme a été transformé aussi, par le mouvement littéraire de la négritude, fondé notamment par les intellectuels Césaire et Senghor, afin de s’approprier cette meurtrissure infligée par l’histoire, mais sans toutefois en effacer la charge douloureuse, ce qui permettait de passer d’une connotation péjorative à une appellation positive.

Un peu d’histoire et d’étymologie

Dérivé du latin niger, « noir » en tant que couleur, le dictionnaire de Geoffroy nous dit qu’il apparaît en ancien français au XVIe siècle, negre et nigre (noir) pour désigner la couleur noire. Le terme sera ensuite repris à partir de 1529 au mot espagnol negro, « noir », pour désigner les personnes de couleur noire. Selon Myriam Cottias, directrice du Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages, le mot trouve son origine dans un lieu géographique précis : la région située autour du fleuve Niger, la Négritie, là où les Portugais développent l’esclavage avec l’appui du royaume du Kongo. Durant la traite atlantique, cette origine géographique sera indissociablement liée à un statut : la servitude, les marins portugais appelant  negros »[2] les Africains qu’ils capturent sur les côtes pour en faire des esclaves aux Amériques.

En faisant un peu d’histoire et d’étymologie, on comprend alors mieux l’origine de ce mot, et cela permet évidemment de nuancer des titres anciens, qui, bien entendu, n’apparaîtraient pas aujourd’hui si le roman en question était publié au XXIe siècle : à la fois parce que ces titres seraient anachroniques, mais surtout offensants.

Cette censure morale rétroactive est donc suspecte et dérangeante. Jusqu’où ira-t-elle ? N’oublions pas par exemple, le Negro Spiritual, ce type de musique sacrée et vocale que créèrent les esclaves noirs des États-Unis au XIXe siècle et qui est à l’origine du Gospel. Supprimer « Negro » reviendrait donc à retirer l’origine géniale d’un type musical ! Et pensons que dans la langue française, le mot « nègre » est assumé, voire aimé et revendiqué par les artistes et écrivains d’origine africaine. C’est le cas de Dany Laferrière qui a écrit un roman magnifique et subtile qui s’intitule Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1995), titre qui joue sur une image sexuelle des Africains et raconte les exploits sexuels d’un Haïtien émigré au Canada. Ce livre vaut Les dix petits nègres mais avec plus de coïts que de crimes[3] !

« Racisme systémique »

Mais le mouvement Woke ne compte pas faire de pédagogie. Entendant juste déconstruire le vieux continent de son supposé « racisme systémique », les « wokes » parlent « d’intersectionnalité », de « cancel culture » et « d’appropriation culturelle », ainsi que d’« adelphité »[4], ou « whitewahsing »[5]. Mouvement né aux États-Unis, il s’articule autour d’un ensemble de termes spécifiques, empruntés à l’anglais, ainsi que des concepts sociologiques remontant parfois à la Grèce Antique. Ainsi ce mouvement met en place des enjeux idéologiques, dont le but premier est de déconstruire l’histoire et la culture occidentale, dite « trop blanche ».

L’idéologie woke ayant pris d’assaut du dictionnaire Le Robert, avec le pronom « iel » (voir la chronique de Marc Alpozzo dans ces pages), le cinéma, notamment la culture pour la jeunesse (tels les nouveaux films de Walt Disney qui sont « wokes » en Occident, mais certainement pas en Chine ou dans les pays d’Arabie saoudite), les manuels scolaires, le langage courant, qui autorise ou n’autorise plus certains mots, voire certaines idées, on voit également aux États-Unis, des parents désormais s’insurger contre la présence, dans les bibliothèques scolaires, d’ouvrages qu’ils jugent sulfureux. C’est devenu un débat ouvert là-bas, puisque ces parents veulent leur suppression pure et simple, dont plusieurs classiques de la littérature américaine, commeL’Attrape-cœurs, de J. D. Salinger, Les Raisins de la colère et Des souris et des hommes, de Steinbeck, ou des œuvres plus récentes, comme Beloved, de Toni Morrison[6]. Or, si le camp libéral crie à la censure morale, force est de constater que ce mouvement d’annulation sans appel progresse et traverse désormais l’Atlantique.

Déconstruire

Si donc, le mot « woke », issu de l’anglais, signifie proprement « éveillé », ce terme est surtout utilisé comme une formule aux États-Unis dans les communautés afro-américaines tout au long du XXe siècle, tel  « Being woke » , pour signifier qu’ils sont « éveillés » aux injustices sociales pesant sur leur communauté. Devenu un mouvement populaire et politique, le « wokisme », est repris par « Black Live Matter » dans un sens plus élargi, puisque désormais « être woke » englobe tout ce qui est relatif aux injustices et oppressions, dont le combat est porté en étendard par ses adeptes, en appelant aux « dominés » à « s’éveiller », donc à se libérer en combattant les « dominants » usant de leurs privilèges sur eux. Outre, la grande paranoïa victimaire de cette idéologie, « être woke » est une formule qui appelle à s’attaquer à tous les symboles marqueurs de cette domination, – puisque c’est bien connu, si la domination blanche existe encore, c’est parce que leur culture demeure prédominante dans nos sociétés !

Pour cela il faut donc tout déconstruire. D’où le « déconstructivisme »,  néologisme forgé par Jacques Derrida, Le philosophe de la dé-construction. Souvent employé par les « wokes », afin d’intimer l’ordre aux personnes dites « privilégiées » de se dé-construire, autrement dit de chercher à se dé-faire de leurs privilèges et d’un ensemble d’habitudes que la société leur a accordées. C’est ainsi que le « wokisme» entend aussi se dé-barrasser des « stéréotypes de genre », dont le mot « nègre ». Leur arme : la cancel culture, que l’on peut traduire en français par la « culture de l’effacement », et qui préconise tout simplement « d’effacer » ou de « boycotter » dans l’espace public les statues, les œuvres littéraires et artistiques ou les personnalités jugées « racistes, sexistes ou homophobes »[7].

« Racialisation des rapports sociaux »

Si donc désormais, la « racialisation des rapports sociaux devient l’horizon indépassable du progrès démocratique », tel que l’écrit Mathieu Bock-Côté dans l’essai cité, mal nous en prendrait de nous élever contre la culture diversitaire. En effet, ne pas reconnaître le privilège blanc, ou contester le militantisme échevelé de cette nouvelle gauche « woke » et diversitaire nous condamnerait aussitôt. Ce mouvement ne tolère aucune opposition. Son objectif : nous éveiller tous et nous éclairer. Pour cela : faire de la « race » une catégorie sociologique et politique majeure. Et si vous résistez, le paradoxe sera que vous serez accusé de « racisme », de « xénophobie », de « machisme », etc.

Un constat néanmoins s’impose : si le mouvement idéologique et annulateur prend de l’ampleur, notamment le racisme anti-noir aux États-Unis et aussi en Europe de l’Ouest, rien ne change pour autant. Hormis de montrer une haine farouche pour notre culture et notre histoire, ce mouvement, souvent issu d’une gauche caviar remplie de petits bourgeois blancs qui souhaitent autant dé-construire leur culture que celle de leurs parents, –  c’est-à-dire un mouvement petit bourgeois qui montre que le meurtre du père n’est pas un concept en psychanalyse qu’il faudrait ranger au placard. Ils font même du « racisme structurel » et de la « diversité » un étendard de leur supériorité, qu’ils comptent bien confirmer en l’infirmant, se disant ainsi prêts à envisager leur « privilège blanc » à la fois pour mieux le combattre, mais surtout pour mieux le dissimuler afin de le conserver et de le renforcer.

Mieux que de construire, l’idéologie du woke envisage de détruire, au nom des idéaux de la gauche diversitaire. Personne, néanmoins, ne propose quoi que ce soit de mieux, sinon l’annulation pure et simple de 2000 ans d’histoire et une civilisation que l’on voue aux gémonies sans bien savoir pourquoi. L’histoire nous a pourtant montré à travers les purges staliniennes et la grande révolution culturelle prolétarienne de Mao, que ces mouvements émancipateurs, en réalité, émancipent peu !  Quant aux dégâts qu’ils entraînent, ils s’avèrent infiniment plus négatifs et nuisibles que les bénéfices qu’on en tirera à terme !

Donc, plus que de se réjouir de ces pseudo-avancées culturelles et morales, il s’agirait de faire un vrai travail de compréhension de notre histoire, ainsi qu’un travail de recontextualisation, ce qui constituerait un vrai progrès moral et philosophique. Il paraît pourtant, que les militants, abreuvés d’idéologie, n’en veulent visiblement pas… et on se demande jusqu’où on laissera faire ces grands travaux d’annulation de notre socle socio-culturel, jusqu’où ça nous mènera, et quel en seront les dégâts irréversibles à la fin…

Achevons ce propos sur une citation de Dany Laferrière dont le livre avait été critiqué et censuré aux États-Unis par ceux mêmes qui militent encore pour l’interdiction d’user de ce mot : « le mot « nègre » est un mot qui vient d’Haïti. Pour ma part, c’est un mot qui veut dire « homme » simplement. On peut dire : « Ce blanc est un bon nègre. » Le mot n’a aucune subversion. Quand on vient d’Haïti, on a le droit d’employer ce terme et personne d’autre ne peut. C’est un terme qui est sorti de la fournaise de l’esclavage et il a été conquis […] L’histoire, c’est que, pour la première fois dans l’histoire humaine, des nègres se sont libérés et ont fondé une nation[8]. »

(Conclusion provisoire) : Après le trotskisme, à la mode chez les bobos au siècle précédent, succède le wokisme : l’enjeu glisse ainsi du politico-économique au socio-culturel. Leur mouvement « messianique » a moins pour visée de construire que de dé-construire, c’est-à-dire de détisser tout le fil d’une civilisation plurimillénaire, par haine et hostilité, sur les dé-combres de leur « conscience raciale » et d’une « histoire des Blancs » que l’on fantasme d’un côté et que l’on veut dé-construire de l’autre. En rêvant de dé-blanchir l’homme occidental, en demandant réparation, on cherche plus à racialiser les rapports humains afin de prendre le pouvoir plutôt que de transformer la civilisation occidentale en un monde à taille humaine et fait pour tous. Le racialisme anti-blancs est surtout un Tribunal révolutionnaire de notre époque de dé-cadence et de dé-perdition, et notre civilisation pourrait ne pas en réchapper…

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

Emmanuel Jaffelin
Philosophe, essayiste
Auteur de Célébrations du bonheur, Michel Lafon

[1] Mathieu Bock-Côté, La révolution racialiste et autres virus idéologiques, Les presses de la cité, Paris, 2020.

[2] Source : Wikipédia.

[3]  Il n’y a d’ailleurs aucun crime dans ce roman qui est plus policé que policier !

[4] Ce mot est l’apanage d’un féminisme dit « intersectionnel » (qui englobe toutes les discriminations faites aux femmes).

[5] Veut dire se grimer le visage en noir, que ce soit pour jouer un personnage noir au théâtre, au cinéma, ou en guise de déguisement, quand on est blanc. C’est une pratique dénoncée par les « wokes » sous l’anglicisme « black face », soit « visage noir ».

[6] Voir à ce propos un très bon papier dans Le Figaro d’Adrien Jaulmes du 14 avril 2022 : Conservateurs contre wokes : la bataille des bibliothèques scolaires américaines .

[7] Tout récemment, le maire socialiste de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol a proposé de remplacer la statue de Napoléon qui trône sur la place de l’Hôtel-de-ville par une effigie de Gisèle Halimi

[8] Cf. Émission de Radio-France du 8 octobre 2020 : Peut-on encore utiliser le mot « nègre « en littérature ? », avec Dany Laferrière par Yann Lagarde.

Emission télé sur le bonheur avec Emmanuel Jaffelin

Les philosophes Emmanuel Jaffelin et Marc Alpozzo expliquent « Pourquoi Macron a t-il abandonné la philosophie pour prendre le pouvoir politique » (Entreprendre)

Pourquoi Macron a-t-il abandonné la Philosophie pour prendre le pouvoir politique ?

Par Marc Alpozzo et Emmanuel Jaffelin

Tribune. La question peut surprendre, surtout lorsqu’on sait que les médias nous l’ont « vendu » comme un philosophe. Si l’on écoutait d’ailleurs les commentateurs (courtisans) ce n’était pas moins que Platon qui passait la porte de l’Élysée, en 2017, sous prétexte que le jeune énarque élu, avait soutenu un mémoire de D.E.A. de philosophie, et qu’il avait aidé le phénoménologue Paul Ricœur, dans le travail de son dernier ouvrage, en lui récupérant les livres qui lui manquaient à la Bibliothèque nationale. Les journalistes ont toujours été très forts pour faire de la mayonnaise avec des œufs durs !

Mais reprenons toutefois la question : pourquoi Macron a-t-il abandonné la philosophie pour prendre le pouvoir ?

Le jeune homme de moins de 40 ans, lors de sa première élection aurait donc fait le chemin inverse de Platon et Machiavel qui voulaient prendre le pouvoir et qui l’ont finalement abandonné pour faire de la philosophie. Or, parmi les philosophes, on ne compare pas Macron à Platon ou à  mais à Marc Aurèle – l’empereur stoïcien qui, lui, s’est avéré profondément philosophe et très peu attaché au pouvoir. Sauf, que Macron, en se présentant à sa propre succession prouve, -et c’est le moins que l’on puisse dire – c’est qu’il n’est pas du tout un philosophe stoïcien au sens où on l’entendait à l’époque de Marc Aurèle[1] ( 121 apJC- 180 ap JC).

Mais reprenons la question : pourquoi Macron a-t-il abandonné la philosophie pour prendre le pouvoir ?

Réponse : par l’impuissance de son esprit. Il ne s’agit nullement d’un reproche ou d’une accusation. Il s’agit d’une évidence pour tout lecteur et disciple de Hegel. Mais pour comprendre, revenons à un point de sa biographie : Macron a raté son entrée à l’Ecole Normale Supérieure (E.N.S) où il aurait voulu continuer ses études en se formant pour devenir professeur de philosophie. Mais suite à cet échec, Macron changea d’horizon : il prépara et réussit l’ENA, devint haut fonctionnaire, puis cadre bancaire, puis ministre et enfin président de la République. Hourrah ?

Certains lui envient son parcours. On pourrait dire qu’il y a de quoi ! En ayant organisé un premier « hold-up » électoral en 2017 – créant un électrochoc dans la classe politique – il a brillamment renouvelé un exploit – nonobstant ce qu’en dit le leader de l’extrême gauche Mélenchon- en emportant l’élection avec un nombre de suffrages tout à fait honorable. Il y a aussi de quoi envier son parcours, car ce petit bourgeois de province, pas tout à fait un « insider[2] », a écrit son histoire politique, en plusieurs chapitres, inscrivant durablement sa marque dans le marbre de la Ve République, et se retrouvant, avec Mitterrand et Chirac, un des trois présidents de la République à avoir été reconduit par le suffrage universel à un second mandat.

Non ! Rien de l’histoire (que l’on connait pour l’instant, puisque nous écrivons au lendemain de sa réélection) de Macron ne vient montrer qu’il aurait démérité, et, même si nous ne sommes pas « macronistes », – comme si Macron l’était ! –, ce serait faire preuve de mauvaise foi que de ne pas le reconnaître.

Alors, quel est le problème ?

Eh bien voilà : entre cet échec et sa préparation au concours de l’ENA, Macron s’est mis au service du vieux philosophe protestant Paul Ricœur, qui avait 80 ans et venait de perdre son épouse, deux phénomènes qui le conduisaient à piétiner dans l’écriture de son dernier livre intitulé La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli[3]. Macron vint alors à point pour l’aider entre 1999 et 2000, discutant avec lui et lui remettant des notes et des commentaires. Puis Macron étudia à l’IEP de Paris pour préparer l’ENA qu’il intégra en 2004. Il devint alors haut fonctionnaire (inspecteur des finances) et, en 2008, quitta la fonction publique pour entrer dans une banque (Rothschild, où il finira associé-Gérant). Puis il se mit au service de François Hollande pour l’élection présidentielle de 2012. Hollande, élu président, le nomma Secrétaire Général adjoint de son Cabinet. Ensuite, Macron devint en 2014 ministre de l’Économie, puis il fonda en 2016 son parti politique nommé « En Marche » (référence à la dernière tirade du dialogue de Platon intitulé Ménon, et faisant références aux initiales de son nom, de quoi mêler la philosophie à une forme de culte de la personnalité). Il devint alors président de la République en 2017, puis il fut réélu en 2022. Vive la politique ! Et la philosophie, qu’est-elle devenue dans sa vie ?

Disons-le simplement : la philosophie fut oubliée, réduite au néant. Ce n’est pas qu’il y ait un conflit entre la politique et la philosophie ! Paul Ricœur définissait la politique comme une tension entre raison et violence. Ainsi, le problème patent qu’illustra Macron, et qu’il ne cesse d’illustrer d’ailleurs, c’est qu’en abandonnant la philosophie au bénéfice de la politique, il fit un gain social, c’est indéniable ! mais il réalisa surtout, également et d’abord, une perte de spiritualité !

Voyons cela :

Le philosophe allemand du dix-neuvième siècle, Hegel, admirateur de Napoléon à ses débuts, pourrait expliquer[4] qu’en préférant l’ENA à l’ENS, Macron régressa énormément. Hegel est un philosophe idéaliste qui considère que la réalité est un esprit qui se décompose en trois formes : l’esprit subjectif, l’esprit objectif et l’esprit absoluL’esprit subjectif concerne l’âme qui mérite d’être étudiée par l’anthropologie et la psychologie. L’esprit objectif concerne une forme de vie rationnelle : la liberté. Quant à l’esprit absolu, il concerne le tout qui est esprit » et qui s’exprime sous la forme de l’art, de la religion et de … la philosophie, forme la plus élevée de l’esprit.

Or qu’en est-il du premier quinquennat de Macron ? La révolte des « Gilets jaunes » entre 2018 et 2020, avec son cortège de mains et d’yeux arrachés, ses petites phrases assassines comme « Jojo le gilet jaune », ou ces marques de mépris signées Macron comme « traverser la rue », « les gens qui ne sont rien », « j’ai envie de les emmerder », l’enfermement, les masques, les injonctions contradictoires, son persistant refus d’affronter l’adversaire et de défendre son quinquennat pendant la campagne présidentielle, le bilan est morose pour celui qui se voulait « jupitérien » en début de mandat, et « maître des horloges ». De révolutionnaire, il est devenu versaillais avant le Covid, empêtré dans ses petites phrases, son mépris pour les classes moyennes, l’« affaire Benalla », etc. Le philosophe-roi, que l’on pensait tout droit sorti de la République de Platon, a non seulement trahi l’esprit objectif qu’indiquerait Hegel, mais aussi l’esprit social du socialisme dont il se revendiquait sous l’ère Hollande, et dont il fut le ministre de l’Économie. Le « putain » lâché avec des Youtubers, la galipette dans les jardins de l’Élysée, le destructeur des régimes des retraites, l’esprit startupper qui « traverse la rue et […] vous trouve du travail », qui en a marre de mettre « du pognon de dingue dans les minima sociaux » et qui peste contre les « Gaulois réfractaires au changement », s’est prétendument remis en cause, après un quinquennat apocalyptique, alors qu’il n’en est « rien » ( voire le « Néant »).

Le Macron décolonialiste, woke, cancel culture & co, par ailleurs contre-révolutionnaire, coupable d’un endettement du pays à hauteur de 600 milliards d’euros, notamment avec le « Quoi qu’il (vous) en coûte ! », est responsable d’un bilan comptable en déséquilibre, de la faillite, d’un climat social explosif, d’une France qui n’a toujours pas retrouvé son P.I.B. de 2019, – loin s’en faut ! – et  qui se retrouve frappée de plein fouet par les inflations dues à la période post-Covid, ainsi que la guerre en Ukraine ; dit autrement,  ce père du « en même temps », qui a certainement accéléré de démoraliser les Français, est probablement le président qui est plus proche d’une enfant-roi couronné que du philosophe-roi conçu par Platon.

Certes, si depuis les années 80, le système politique s’est en grande partie grippé, – les dirigeants politiques ayant surtout servi leurs propres intérêts et ceux de leur parti (rappelons-nous les costumes de François Fillon, « l’affaire Bygmalion » entre autres), et que nous ne sommes évidemment plus sous la IIIe République, qui prétendait donner naissance à des citoyens libres et éclairés, à aucun moment cependant, Macron n’a montré la moindre « sagesse », le moindre souci de rééquilibrer les forces entre forts et faibles, riches et pauvres, « ceux qui ont réussi » et « ceux qui ne sont rien ». L’endettement abyssal, l’explosion de la violence aux personnes, l’effondrement de l’école et la difficulté des hôpitaux, la percée spectaculaire du Rassemblement national au second tour, et cette très grande partie de Français, – celle de la France périphérique, des perdants de la « mondialisation heureuse », celle des petits employés, cette France « bac pro » –  tous ces phénomènes qui se manifestent par un vote contestataire et désespéré indiquent que le quinquennat Macron fut précisément le contraire de l’esprit absolu. Tandis que les 5 millions de cadres ont voté à 77% Macron, ainsi que les 3,4 millions de retraités gagnant plus de 3680 euros par mois (selon la DRESS en 2017), la France d’en bas, dite « France patriote » (ou « France moisie » par le politiquement correct) a porté au second tour une Marine Le Pen, considérée comme dangereusement d’« extrême droite », avec un courage et une témérité qui ne déshonorent pas, puisque ça s’est passé sous les crachats et les quolibets de l’intelligentsia et de la presse de gauche et macroniste, ainsi que sous celle du fameux « cordon sanitaire ». Marine ayant réalisé un score historique, avec ses 41,4 % de suffrages exprimées, donc ses 13 288 686 votants, contre 58,6 % suffrages exprimés en faveur de Macron, donc 18 768 639 votants. Elle a aussi montré, n’en déplaise aux bien-pensants, que le « foutriquet de la République »[5] n’a certainement pas fait gagner notre pays, ni en sagesse, ni en équilibre, et encore moins en liberté.

Conclusion (provisoire) : Macron a aboli l’ENA[6] ! Hegel, lui, s’occupa de IENA[7], une ville allemande, qu’il propulsa comme une puissance au rayonnement spirituel et universitaire. En fermant l’ENA, Macron prouvait ou illustrait la théorie hégélienne de l’Idée puisqu’il signalait que l’ENA n’était pas à la hauteur de ses exigences intellectuelles et spirituelles. Ainsi, «  qui peut le plus peut le moins[8] » et en désirant être philosophe, mais en abandonnant ce projet, Macron se retrouva condamné à réussir à un niveau inférieur : celui de l’esprit objectif. Exit l’esprit Absolu ! Or, si la vie politique est morte, ce n’est hélas pas parce que la philosophie aurait réussi à faire primer l’esprit absolu sur l’esprit objectif dans la France de ce début du XXIe siècle ; c’est parce que l’économie, soit le cœur de l’esprit objectif, l’a emporté sur l’esprit Absolu ! Pour le dire autrement, si l’Esprit Absolu se divise chez Hegel en trois activités – l’Art, la Religion et la Philosophie, il va de soi que le monde du travail et de l’argent l’emporte sur celui de l’art et de la Religion, et donc a fortiori, sur la philosophie comme manifestation suprême de la raison. Business is business : un impératif socio-politique dont l’essence est économique règne depuis Hegel et de pire en pire dans nos sociétés.

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

Emmanuel Jaffelin
Philosophe, essayiste
Auteur de Célébrations du bonheur, Michel Lafon


[1]– auteur des célèbres et sublimes Pensées pour moi-même.

[2]– autrement dit un homme du sérail politique.

[3] Éditions du Seuil, 2000.

[4]– S’il était vivant, mais Hegel mourut en 1831.

[5]– Expression attribuée sous la Troisième République à Adolfe Thiers

[6]-Macron, en tant que président de la République et ancien élève de l’ENA, abolit cette école en avril 2021 et la remplace par une nouvelle école, la fameuse ou fumeuse ISP (Institut du Service Public).

[7]– Iéna est une grande ville allemande de la Thuringe qui est industrielle et universitaire et surtout hégélienne !

[8]– Expression populaire- Aux éditions du Seuil  inspirée d’une formule d’Aristote.

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« Du développement durable à la durée bergsonienne » par Emmanuel Jaffelin dans « Entreprendre »

Du Développement Durable à la Durée bergsonienne

Par Emmanuel Jaffelin, philosophe, auteur des Célébrations du Bonheur (Michel Lafon, 2021)

Visiblement, l’idée de «Développement Durable» est née en deux temps:

1/ Vers la fin des années 60 apparaît le conflit entre l’écologie et l’économie qui conduit à la naissance de ministères de l’environnement (1969 aux Etats-Unis, 1971 en France). En 1972, Stockholm accueille une conférence de l’ONU sur l’environnement abordant principalement trois thèmes:

a- l’interdépendance entre les êtres humains et l’environnement naturel

b- les liens entre le développement économique et la protection de l’environnement

c- la nécessité d’une vision mondiale et de principes communs.

Ignacy Sachs, notamment, insiste sur la nécessité d’intégrer dans ce projet l’équité sociale et la prudence écologique.De cette démarche découle la création du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) qui développe le concept d’Ecodéveloppement.

2/ Mais dans les années 1980, apparaissent les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, l’effet de serre, la déforestation, la catastrophe Tschernobyl. Se développent alors les projets de biodiversité, le Principe de Précaution, la gestion des risques. Et ainsi apparaît en 1980 l’expression de Développement Durable («sustainable Development», traduit d’abord par «développement soutenable»!) expression qui passe inaperçue!

En 1983 est créée à l’ONU une commission indépendante produisant le rapport Brundtland intitulé «Our Common Futur», «Notre Avenir à tous». Ce rapport creuse un fossé entre l’environnement et les politiques publiques: il s’y développe l’idée embryonnaire de «Sustainable Dévelopment», autrement dit «Développement soutenable ou Durable». La Commission Brutland produit en 1987 un Développement capable de répondre aux besoins présents sans compromettre les générations suivantes.

Depuis 1987, cette expression de Développement Durable est adoptée dans le monde entier et repose sur une conception non Bergsonienne de la Durée, voire sur une non réflexion!

Qu’est-ce qui est durable pour cette vision écologique du temps?
Réponse : ce qui n’affecte pas les générations à venir. Dit autrement, cette écologie distingue l’avant et l’après et véhicule une conception du temps que Bergson dirait très «spatialisée»! Ainsi, si Bergson, mort en 1941, avait été témoin de l’émergence de ce concept qui fonde une idéologie écologique mondiale, il aurait probablement montré que:

1- l’idéologie écologique ne réfléchit pas au temps et confond le temps et la Durée puisque, selon Bergson, n’est pas temporel ce qui est Durable!

2- une écologie bergsonienne repenserait le développement durable en montrant qu’il doit prendre en compte la qualité, et non la quantité!

Selon Bergson, la Durée est un changement perpétuel, comme le fleuve du philosophe antique Héraclite.

Or, les écologistes n‘aiment pas le changement . Ils supportent l’évolution darwinienne – et encore – mais le changement, que Nenni! En tous cas, pas le changement  que l’être humain «inflige [1]» à la planète: l’homme, par le développement de sa technique, entraîne la mort de nombreux animaux[2] et la disparition de nombreuses espèces vivantes (animales et végétales). Le nucléaire, entre les bombes et les accidents des centrales nucléaires, risque  de tuer la vie sur de grandes surfaces de la planète Terre et, le réchauffement de la planète, due à la pollution, menace la vie de toutes les espèces vivantes- l’ humaine incluse – dans certaines régions de ladite planète! Bref, si les écologistes peuvent annuler cette manie du changement, ils ne voient pas comme un mal de nous ramener à vivre dans les cavernes de l’homo sapiens!Dans son livre, Le Nouvel ordre écologique[3], Luc Ferry défendait la thèse selon laquelle l’écologie profonde plongeait ses racines dans le nazisme[4]!

Mais, pour critiquer philosophiquement l’écologie,  revenons à Bergson qui défend l’idée selon laquelle la Durée n’est pas un ensemble de moments homogènes: une telle conception consistant, selon Bergson, à spatialiser le temps en faisant d’une ligne droite de 100 mètres, l’addition de 10 segments de 10m  ou d’un événement, une succession de moments homogènes!Regardez ainsi la répartition homogène des heures et des minutes sur une vieille horloge ou montre classique.

Or, la Durée suppose la prise en considération du temps dans une réalité hétérogène, signifiant d’abord qu’aucun instant ne correspond à un autre ( telle cette lecture que vous faites de cet article dont le moment n’a rien à voir avec celui que vous passez à regarder la tv ou le dehors par la fenêtre du train).

En nous invitant à penser le temps comme Durée, Bergson nous incite à comprendre que le temps est alors d’autant plus réel qu’il est subjectif! Paradoxalement, il n’y a donc pas plus ob-jectif que le sub-jectif puisque le su-jet  développe une connaissance ou une relation à la réalité qui est« objective » car « perçue ». Le temps est mesuré (avec une montre ou un chronomètre), non la durée qui est vécue par un sujet patient ou impatient.

Dès lors, il va de soi que les écologistes s’intéressent autant à la Durée qu’un chat se soucie de l’ENA! Voulant couvrir leur discours politique d’une justification scientifique, les écologistes préfèrent numériser, et chiffrer temporellement, les conséquences de la vie et de l’activité humaines. C’est ainsi que selon certains, le risque environnemental a débuté  à la fin du XXe siècle et précipitera la fin de l’humanité:

«Depuis la fin du  XXe siècle et au début du XXIe siècle, les crises écologiques se sont multipliées, pour former, avec le réchauffement climatique et la perte de biodiversité notamment, une crise écologique globale, dont les causes restent discutées. Quoi qu’il en soit, l’humanité est confrontée aujourd’hui à une « question écologique » à laquelle les générations présentes ont commencé à répondre par la prise en compte des exigences de développement durable et par des mesures de transition écologique et solidaire. À cette question, les générations futures devront aussi répondre[5].

« D’une crise à une autre, le réchauffement climatique continue d’inquiéter les militants qui ont installé une horloge d’un nouveau genre dans les rues de New York. Un compte à rebours détaillé par The Independent, qui chiffre le temps qu’il nous reste pour agir si l’on ne veut pas que les conséquences du réchauffement climatiques ne soient irréversibles. Soit 7 ans et 97 jours.[6] »

            L’écologiste ne « pense » pas puisqu’il soumet sa pseudo pensée au calcul  et définit le Dépassement écologique en tant que dépassement global lorsque la demande de l’humanité vis-à-vis de la nature excède les capacités régénératives de la biosphère. Cet état se traduit par l’appauvrissement du capital naturel sous-tendant la vie sur terre et l’accumulation des déchets. On voit bien que l’écologiste pense par additions et soustractions. Il calcule pour fixer par exemple, et notamment, la date sinistre (écologiquement parlant) :

Le Jour du Dépassement de la Terre ( l’Earth overshoot day) est un indice non bergsonien, mais devenu emblématique et illustrant la date où, chaque année, l’humanité a consommé plus de ressources que la planète ne peut en régénérer en un an. Il est calculé chaque année par l’ONG Global Footprint Network en collaboration avec le WWF, et il propose une mise en perspective depuis 1971 :

En 1971, le jour du dépassement était fixé au 24 décembre.

  • En 1987, la biocapacité de la Terre est dépassée. Depuis, la consommation mondiale en ressources ne cesse de s’amoindrir.
  • En 1997, l’Earth overshoot day était fixé à fin décembre.
  • En 2000, le jour du dépassement était le 1er octobre.
  • En 2010, il tombait le 21 août.
  • En 2013, c’était le 20 août.
  • En 2016, la biocapacité de la Terre était dépassée dès le 8 août.
  • En 2017, il tombait le 2 août.
  • En 2018, le jour du dépassement a été fixé au 1er août.

Et, en 2019, il arrivait le 29 juillet.

  • En 2020, pour la première fois, le jour du dépassement recule de 3 semaines grâce à la pandémie de COVID-19.
  • En 2021, le jour du dépassement est de nouveau fixé au 29 juillet, à 100 jours de la prochaine Conférence des Parties sur le climat (COP26)…

Ce dépassement se révèle global lorsque la demande de l’humanité vis-à-vis de la nature excède les capacités régénératives de la biosphère. Cet état se traduit par l’appauvrissement du capital naturel sous-tendant la vie sur Terre et l’accumulation des déchets. Un développement durable devrait donc prendre en compte le risque et les conséquences négatives de ce dépassement.  Le problème tient au fait qu’en définissant ce problème du dépassement par un «avant» et un «après» , la vision écologique reste prisonnière d’une pauvre conception du temps, c’est-à-dire d’une conception qui remonte à Aristote qui définissait le temps comme «le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur».

Or, selon Bergson, il importe de distinguer le temps et la Durée, le premier n’étant que la seconde spatialisée puisqu’il s’agit de le représenter par des intervalles ou un repère orthonormé, ce qui est propre à l’espace que l’homme soumet aux mesures et au quantifiable. Etrangère au Temps, la Durée serait un changement perpétuel, un passage et non une succession d’états différents.

J’ignore combien de temps dureront les mouvements écologiques, une chose est sûre : ils méprisent la Durée.

Bergson prend l’exemple de l’arbre pour illustrer le fait que ce végétal incarne la Durée puisque ses évolutions sont l’incarnation pure du temps, contrairement au simple mouvement d’une aiguille sur une horloge[7] ! Les évolutions de l’arbre seraient ainsi la pure expression du temps.

 La Durée aurait par conséquent peu de rapport avec ledit Développement Durable qui comptabilise les phénomènes physiques et biologiques dans une conception du temps très spatialisée. Le temps présent voit les événements du passé «fusionner» avec ceux du présent, et non «s’additionner». La Durée est donc un passage, un changement perpétuel et non une succession d’états différents.

Résultats : au sens bergsonien, le Développement Durable devrait plus fonctionner comme un embryon  ou un arbre que comme un catalogue de mesures qui réduit la durée au temps, donc à l’espace,  et la vie politique  écologique ferait mieux de s’intéresser à une mort de la durée, de la nouveauté et de l’improvisationqu’à la disparition des espèces animales et végétales.

Pour conclure, disons que

1- pour préserver l’idée bergsonnienne de la Durée, il vaudrait mieux appeler ce projet écolo en langue française «Développement soutenable» plutôt que «Développement durable», ce syntagme écolo venant, en anglais, de «sustainable development»

2-  le véritable sentiment humain n’est pas catastrophiste:« Le sentiment lui-même est un être qui vit[…] Mais il vit parce que la Durée où il se développe est une Durée dont les moments se pénètrent ; en séparant les moments les uns des autres, en déroulant le temps dans l’espace, nous avons fait perdre à ce sentiment son animation et sa couleur. Nous voici donc en présence de l’ombre de nous-mêmes. Nous croyons avoir analysé notre sentiment, nous lui avons substitué en réalité une juxtaposition d’états inertes, traduisibles en mots, et qui constituent chacun l’élément commun, le résidu par conséquent impersonnel des impressions ressenties dans un cas donné par la société entière »[8]


[1]– Selon l‘UICN (l’Union Internationale pour la Nature plus de 12.000 espèces animales sont menacées; et environ trois espèces végétales disparaissent chaque année depuis 1900.

[2]– A commencer par ceux qu’il mange

[3]– Le Nouvel ordre écologique, Grasset, 1992

[4]– l’homo sapiens n’était ni nazi ni écolo !

[5] Wikipedia, article « Crise écologique »

[6]– https://www.france24.com/fr/20200925-combien-de-temps-pour-sauver-la-plan%C3%A8te-d-une-catastrophe-clim

[7]– horloge qui n’indique le temps qu’en surface

[8]– Bergson : Essai sur les Données immédiates de la conscience, chapitre 2, in Oeuvres,  Édition du centenaire, mars 1984, p88 :

Naissance de la Civélosation ! par le philosophe Emmanuel Jaffelin dans Entreprendre

Par Emmanuel Jaffelin, auteur de Célébrations du Bonheur (Michel Lafon)

Les profs d’histoire ont l’habitude de parler des « civilisations » ( la sumérienne, l’égyptienne, la sabéenne, la chinoise[1], l’indienne, etc.). Si, dans sa période d’Uruk, la sumérienne voit apparaître l’écriture, il faut bien dire que, dans quelques siècles, des historiens parleront de l’apparition du vélo au XIXsiècle et de son imposition comme mode de transport principal[2] au milieu du XXIe siècle. Ils seront dès lors capables de parler du passage de la civilisation occidentale à une civilisation du vélo, autrement dit à une Civélo-sation [3]! En 2022, en France, par exemple, un petit panneau triangulaire placé sur les feux rouges indique que le cycliste peut ne pas s’y arrêter : privilège, privilège! Règne du cycliste pour qui le vélo est un nouveau car-rosse qui ressemble à un os !

A première vue, la nouvelle semble bonne : le vélocipède est un moyen de locomotion qui ne pollue pas et qui assure à l’individu son autonomie. A seconde vue, ce moyen est, au vingt-deuxième siècle, une expression de l’idéologie écologique et de la mise en place d’une dictature. En effet, le vélo ne pollue pas si le cycliste pédale et fonde son mouvement sur son activité physique ; en revanche, lorsqu’il est électrique[4], il n’est plus un vélo, mais seulement l’un des nombreux deux roues[5] à moteur (comme les scooters et les motos) déguisé en « vélo » et qui fonctionne grâce à une batterie[6] rechargée, chaque jour en France, grâce à une centrale nucléaire[7]. Malgré cette hypocrisie patente[8], les élus s’efforcent de réduire la présence des voitures dans les villes et dans le pays. C’est ainsi que la mairesse de Paris, Anne Hidalgo,sous l’influence des élus verts présents dans le conseil municipal,« veut diminuer drastiquement la circulation des voitures dans le centre[9] ». «  Cette « zone à trafic limité » (ztl) a pour ambition de « réduire drastiquement le trafic de transit pour faire la part belle aux piétons, aux vélos et aux transports en commun [10]».

Disons-le clairement, cet acte est l’expression d’un Nouveau Moyen âge avec ces différences notoires consistant dans le fait qu’il n’y a plus à Paris de murailles, de ponts-levis ni, quasiment, de chevaux, mais, à leur place, se trouvent des policiers ( qui font murailles), des métros ( passant sous des tunnels) et des..vélos! Cette idée d’interdire la voiture au soit-disant profit du piéton est en réalité une volonté de supprimer La voiture et La liberté de mouvement. La voiture étant née après le vélo[11], vouloir la supprimer témoigne réellement d’un refus du progrès. Cette apologie du vélo s’avère donc être le symptôme d’une apologie du passé et donc d’une attitude réactionnaire. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas interdire les ventes de briquets pour exiger celle des silex ?!! Plutôt que d’avancer le nez en avant, les apologistes du vélo avance en Néanderthals[12] !

Par Emmanuel Jaffelin, cycliste, motard et auteur de Célébrations du Bonheur (Michel Lafon)


[1]– En moyenne, la batterie du vélo électrique à une autonomie de 3h ou, dit autrement de 50 à 70 kms

[2]– Le vélocipède est inventé en Allemagne par Karl Drais von  Sauerbronn en 1817. Il l’appelle  « machine à courir » (Laufmachine) car il n’a pas (encore) de pédale

[3]– Rappelons qu’étymologiquement le mot civilisation vient du latin, à savoir le mot civis qui désigne le citoyen et le mot civitas désignant la cité. Dit autrement, la civilisation désigne l’ensemble des citoyens d’une cité commune. Et, par extension, l’ensemble des valeurs et des connaissances de ladite cité. Ce mot est un néologisme inventé par le marquis Mirabeau en 1756. Civélosation désigne le règne d’une vélo dans une civilisation où s’imposent les critères écologiques de la vie humaine. Ce mot est un néologisme crée dans le présent article par son auteur, le philosophe Emmanuel Jaffelin, non marquis, mais marquant ! Le CI rappelle celui de civis, la cité, Anne Hidalgo voulant faire de la civis dont elle est la Mairesse, Paris, la civis du vélo donc un cobaye de la Civélosation

[4]– il est aussi appelé « vélo hybride » dans un monde où tout le devient. Un iel est un nouveau pronom personnel hybride du « il » et du « elle », c’est-à-dire qui mélange le masculin et le féminin. Ce vélo post-moderne mélange le mécanique et l’électrique, la monture ( on monte un cheval et on monte sur un vélo) et du véhicule.

[5]– A noter que ces véhicules peuvent exister à trois roues : les tricycles

[6]– cette batterie, comme celle de téléphones fonctionne au lithium. Bonne durée de vie, pas d’effet de mémoire et bonne durée de vie sont ces atouts. Poids élevé, faible autonomie et présence d’acide liquide dangereux sont ses inconvénients.

[7]– s’il ne pollue pas directement comme un scooter ou une moto, il pollue indirectement et à plus long terme en raison de sa batterie (dont on ne sait pas quoi faire) et de la centrale nucléaire qui peut fuir, exploser ou être bombardée et –donc contaminée une partie de la planète pendant des millénaires !

[8]– qui masque une écologie soutenant le nucléaire !

[9]– Les Echos, 14 mai 2021

[10]– idem

[11]– la voiture fut créée en 1886, soit 79 ans après le vélo.

[12]-Espèce Homo ayant vécu jusqu’il y a 30.000 ans avant aujourd’hui

« Les écologistes, ces nouveaux culpabilisateurs » par Emmanuel Jaffelin dans Entreprendre

Photo Quentin Veuillet/ABACAPRESS.COM

Tribune d’Emmanuel JAFFELIN

Du Pécheur au Pollueur[1] ! Les écolos sont les nouveaux culpabilisateurs de l’Occident. Comme les religieux, ils expliquent dans l’espoir de changer le monde sur le principe de la culpabilisation : « tu pollues, alors tu dois faire ça ou payer une amende ». L’écologie est une religion sans dieu, mais dotée « de » diables : ses représentants politiques qui veulent brûler les pécheurs, pardon ! les pollueurs !

Voici trois exemples de cette religion qui fait de la pollution une faute coupable :

Ex1: D’abord le projet écologico-politique de punir ceux qui conduisaient trop et trop vite : en descendant  de 10km/h la vitesse maximale sur les routes à double sens hors agglomération et sans séparation centrale, Macron, sous l’influence des écolos, fit remplacer en 2018 provisoirement (grâce à Dieu !) une partie des panneaux de vitesse limitée à 90 km/h par des panneaux à 80 kms/h! Cependant, les pollueurs sont apparus vêtus de Gilets Jaunes[2], comme des résistants qui ne se reconnaissaient pas coupables! Les deux punitions se croyaient discrètes, mais étaient si injustes qu ‘elles levèrent une partie lucide et courageuse de la population. Ou l’écologiste comme  Grand Punisseur par tous les moyens. Mais finalement, les punisseurs furent punis par l’Opinion publique et  par l’action des Gilets Jaunes qui firent du Rond-Point De 2018 à 2020 le nouveau centre pour faire tourner la politique !

Ex2 : Ensuite, la mise en place depuis les années 1990, de l’écofiscalité (ou punition écologique par l’impôt) visant à pénaliser les pratiques qui ne respectent pas l’environnement (pratiques appelées « externalités négatives » dans le jargon punitif), comme par exemple, la taxation de l’utilisation de la voiture qui vise à la diminuer (en espérant que la bicyclette et la trottinette en prendront le relais!)

Ex3 : Enfin, un nouvel impôt appelé fiscalité émergente visant à obtenir un effet sur le Développement Durable. Punir en amont des fautes constitue la redoutable infiltration du péché dans le droit afin que ni Eve ni Adam ne pèche, mais qu’ils se constituent comme un couple stérile qui ne reproduit pas l’espèce pollueuse !

En 2016, les recettes fiscales environnementales françaises s’élevaient ainsi à 51 Milliards d’Euros !

Battre sa coulpe par un tel impôt, revient donc à se reconnaître coupable : mea culpa !

Le pollué est ainsi la planète terre malmenée et maltraitée par l’être humain. Le pollueur est, selon les écolos et contrairement à ce qu’en pensait Aristote[3], un être irresponsable et coupable qu’il faut punir, voire éliminer[4]

Peut-être qu’une météorite contredira la thèse écologique et fera disparaître les écologistes, comme les Dinosaures, il y a environ 65 millions d’années !

Emmanuel Jaffelin est l’auteur notamment de L’Apologie de la Punition (Plon, 2014) et  des Célébrations du Bonheur (Michel Lafon, 2021)


[1]– cf mon Apologie de la Punition, Plon, 2014

[2]– Cf mon Apologie du Rond-Point, Amazon

[3]– Aristote définissait l’homme comme un animal raisonnable. (zoon logikon) Or, les écolos distinguent l’homme de l’animal, préférant ce dernier !

[4]– le VHEMT ou Voluntary Human Extinction Movement est ce mouvement écologiste qui appelle tous les humains à s’abstenir de se reproduire pour provoquer l’extinction progressive de l ‘Humanité afin d’éviter la détérioration de l’environnement.