Christine Bini nous livre sa lecture de « Merveilles », « un tout cohérent et paradoxal »

Retrouvez cet article en intégralité sur le site de Christine Bini : https://christinebini.blogspot.com/2018/12/merveilles-de-francois-coupry.html

samedi 29 décembre 2018

Merveilles de François Coupry

François Coupry, Merveilles, cinq contes illustrés par Cyril Delmote, éd. PGDR et FCD Livres, novembre 2018, 580 pages.

Le recueil Merveilles reprend cinq de ce que Coupry nomme ses Contes paradoxaux. (… LIRE LA SUITE SUR  https://christinebini.blogspot.com/2018/12/merveilles-de-francois-coupry.html …)

La fiction nous est indispensable, au moins pour deux raisons : le monde n’est pas conforme, il faut le remodeler ; la mort est inacceptable, il faut remédier à cela. François Coupry s’y emploie, avec constance et talent.

Argoul, fidèle lecteur de François Coupry, toujours aussi intransigeant et objectif

François Coupry, Merveilles

De 1982 à 2016, l’auteur invente des contes paradoxaux où, dit-il, « le vilain se pare du Merveilleux » (avec majuscule). La merveille est ce que l’on remarque, ce qui se distingue, ce qui suscite l’admiration. Pas sûr que ce soit le cas de plusieurs de ces contes, dont le premier est déclaré dès le titre « amoral ». Jour de chance est d’ailleurs le plus ancien publié – et pas le meilleur à mon avis. Il est dommage que le recueil commence par le pire avant d’ouvrir enfin l’imagination.

Car Le fils du concierge de l’Opéra est une pure merveille, ne commençant qu’à la page 200. Un titre énigmatique, l’odyssée en accéléré d’un enfant, les murs du monument parisien sur la place du même nom… et puis la découverte ! La psychologie est bien rendue, les émois de l’enfance et de l’adolescence finement observés. Déjà publié chez Gallimard en 1992, ce conte fait honneur du titre du recueil et entraîne vers la mirabilia, le merveilleux, jamais loin du miserabilia, le malheureux.

Le fou rire de Jésus est aussi une performance dans l’espace et dans le temps, l’histoire sainte chrétienne revisitée par un conteur facétieux qui sait être profond.

Mais Jour de chance, vraiment, n’est pas à la hauteur, encore moins que La femme du futur, un tantinet dans la même veine mais publié 34 ans plus tard. Les deux contes, longuets et délayés, mettent en scène le premier un homme, le second une femme. Tous deux sont des « innocents » au sens où ils n’ont pas vraiment choisi leur destin, malgré l’affirmation d’un orgueil outrancier de la seconde – bien le reflet de son époque, qui est une projection amplifiée de la nôtre.

Dans Jour de chance, le personnage ne fait rien, n’est utile à personne, nuit même à la société en voulant se faire remarquer, sinon aimer. Il va jusqu’à tuer. Mais le système social a décidé une fois pour toutes qu’il était irresponsable, un déchet toxique mais collatéral. Il n’est pas « fou » mais en marge, impossible à juger et à punir.

La femme du futur est « la plus belle du monde », elle ne travaille pas et ne sert à rien mais se mire dans son miroir filmé diffusé immédiatement sur les réseaux sociaux mondiaux. Elle est aussi insignifiante, aussi nulle que le premier, mais se croit au-delà, reflet d‘une société des loisirs où les machines font tout et s’autoreproduisent.

Notre univers au présent pour l’homme et au futur pour la femme, ne font vraiment pas envie – mais c’est le mérite des contes de susciter la réflexion. Dommage que, dans ces deux opus, l’auteur cède trop volontiers à sa facilité de plume. Des histoires resserrées seraient plus percutantes.

Au total, l’anthologie des cinq contes suggère un point commun qui est la prison. Celle de soi dans Jour de chance, celle du corps dans Nos amis les microbes (un brin complaisant et allongé), celle de la fonction dans Le fils du concierge de l’Opéra, celle de la croyance qui se coule dans toutes les formes avec Le fou-rire de Jésus, celle du narcissisme dans La femme du futur. L’auteur n’est pas à l’aise avec notre époque, ce pourquoi il lâche son imagination au-delà du présent. Il invente des mondes, pas toujours très jolis ni humains, qui sont la projection fantasmée de ses craintes sur la loi, la santé, l’illusion, la religion et le bonheur.

François Coupry, Merveilles – Cinq contes illustrés par Cyril Delmotte, Pierre Guillaume de Roux éditeur, 2018, 580 pages, 23€

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85

« Merveilles » de François Coupry par Christian de Moliner

Merveilles de François Coupry 23 € aux éditions Pierre Guillaume de Roux 575 pages

M. Coupry est un héritier de Franck Kafka et en même temps un poète. Dans son nouveau livre « Merveilles », publié par l’excellent éditeur Pierre Guillaume de Roux et admirablement illustré par Cyril Delmote, il nous régale avec 5 contes.
Le premier, Jour de chance, est Kafkaïen et amoral. Un homme qui n’apparaît nulle part dans les fichiers de notre société si informatisée, à qui on prête gracieusement un appartement, à qui on donne chaque mois 10000 euros alors qu’il ne paye jamais rien veut exister, mais il se heurte au mur d’airain de l’administration. Il n’est ni malade ni fou, et lorsqu’il se met à commettre des délits, il est excusé car en quelque sorte il serait exempt du péché originel, opprobre dû à notre ancêtre Adam. Le héros (anti-héros ?) aura beau sans se lancer dans une escalade de crimes, jusqu’à devenir un serial killer, rien n’y fera. C’est bien entendu une fable sur notre univers trop policé, trop normatif et il est jouissif d’imaginer quelqu’un qui n’entre pas dans les petites cases trop étroites d’un formulaire.
Le second, Nos amis les microbes, est poétique et kafkaïen. Il décrit le monde des microbes qui habitent le corps d’une femme et François Coupry décrit leur lutte contre une étrange maladie qui les frappe : ils se mettent à penser et se transforment en femme rousse et nue. Pour finir, seuls trois d’entre eux survivront, l’un car il possède le livre de la connaissance, les deux autres car ils se sauvent par l’oreille et explorent notre vaste monde.
Le troisième, Le fils du concierge de l’opéra, est poétique et décrit un univers où le merveilleux affleure, où nos existences sont prédéterminées.
Le quatrième, le fou rire de Jésus, décrit l’existence de Ponce-Pilate qui comme le juif errant est devenu immortel. Peu à peu le récit de la rencontre du Christ et du procurateur romain se dévoile et on s’aperçoit que Ponce-Pilate a condamné Jésus, car celui-ci l’a demandé. L’auteur expose de la « vraie « doctrine » du Christ qui n’est certainement pas celle de l’église.
Le dernier conte, La femme du futur, est une dystopie. Dans un siècle, notre planète a vaincu tous les maux. Les habitants sont sans exception riches et ne travaillent que parce qu’ils le veuillent bien. Des machines ultra perfectionnées qui se réparent elles-mêmes produisent l’indispensable nourriture et les biens matériels. Les morts sont rares et les naissances encore plus. Il existe un train en Alaska particulier : les voyageurs qui l’empruntent se réveillent âgés et ne souviennent plus de ce qu’ils ont fait après être monté dans ce train, symbole de l’ennui d’une vie qui tourne à vide. Mais ce monde irénique n’est qu’une façade, un village Potemkine et il va s’écrouler. Les hommes redonneront un sens à leur vie en retournant à l’état sauvage.
N’hésitez pas à acheter ce livre, vous ne serez pas déçu !

Bertrand du Chambon signe le premier article SUBLIME sur « Merveilles » de François Coupry

Coupry est vaste

 

Nous voici devant une sorte de grand roman, de roman-monde, mondes et Merveilles, qui au départ s’aventure dans le saugrenu, vers le nonsense : « on monte dans une voiture de course très basse, je lui dis une adresse au hasard, je ne me souviens plus de la mienne, on roule à toute vitesse, le docteur fait pin-pon ! pin-pon ! avec sa bouche, il me dépose devant mon immeuble »… tout ceci ayant lieu après que le narrateur a demandé à être mutilé par ledit médecin, « à l’hôpital des Enfants-Malades », bien sûr.
Univers du rêve, sans doute, un peu comme chez Alice et son pays des – .

Il y a Nabucco, narrateur principal quoique changeant, il y a Pierre-André qui souffre de la mythomanie d’Hélène dans le deuxième conte, il y a Yrpuoc, détenteur du Livre et de nombreux secrets… Chacun de ces avatars de l’auteur désire être coupable – coupable de vouloir zigouiller tout le monde, y compris un pauvre commissaire de police nain qui a la bonté d’écouter ses absurdes revendications, coupable d’occuper une place, parmi des milliers d’autres créatures, dans le corps d’une femme, avant que tant d’autres personnages ne soient à leur tour coupables ou coupry : ils ont pris des coups !

… Enfermé dans l’opéra où travaille son père, un gamin raconte : « Ainsi, chaque jour, Valentine m’installait dans cette salle de spectacle et j’assistai à des représentations dont j’étais l’unique spectateur. » C’est souvent dans cette posture que nous met le conteur : nous avons l’impression d’être l’unique spectateur de ce monde immense et foisonnant, comme si la simple lecture de ce livre nous donnait accès à Un Autre Monde, que de nombreux autres livres ne nous donnent pas.

Et soudain, brusquement, l’auteur quitte le grotesque et l’incongru. Il nous raconte une histoire poignante. Cela confine à la tragédie, d’une beauté surprenante, surtout dans le troisième conte intitulé Le Fils du concierge de l’Opéra. En effet, voilà une merveille, et le titre du recueil prend alors tout son sens. Ajoutons que les très beaux dessins de Cyril Delmote augmentent encore notre fascination.

Le monde où François Coupry nous invite est littéralement immense, très vaste, prodigieux, vertigineux, comme lorsque le gamin contemple les cintres et les dessous de ce théâtre à l’italienne en lesquels on a fait descendre des centaines de cercueils, ceux de cantatrices ou d’acteurs disparus. Toutefois, ce monde gigantesque, cyclopéen, n’est pas toujours menaçant ; il y règne un puissant désir d’innocence, d’irresponsabilité, comme le dit Nabucco à la fin du dernier conte : « Je, Toi et moi Nabucco, nous serons des anges, ou des dieux, des illusions ou de vrais démons, qui enchanterons l’humanité, perturberons le monde, mettrons la pagaille dans l’univers, changerons l’eau en vin, multiplierons les rats, les araignées et les chauves-souris. Et il est possible qu’à l’image de mes poupées, moi, Nabucco, je me mette à me rajeunir, pour être pour toujours un enfant, de cinq ans, mettons, et pour pourrir la vie des grandes personnes, car j’en ai assez d’être trop sage, responsable. »
C’est dans cet univers secret, sans devoir ni sagesse, sans contrainte ni pesanteur, que nous convie François Coupry. Il sait cependant qu’il n’existe, à cet univers, qu’un seul accès : « Malheur à moi, si je perds le Livre. »

Bertrand du Chambon

François Coupry, Le livre des merveilles, illustrés par Cyril Delmote, éditions Pierre-Guillaume de Roux, novembre 2018, 575 p. -,. 23 €

Note de l’auteur et biographie de l’illustrateur Cyril Delmote de « Merveilles »

Notes sur ces MERVEILLES

Des réalités hors les lois :

Des univers construits par d’autres logiques morales que les nôtres (Jour de Chance) ou par d’autres règles économiques (La Femme du Futur).

Un monde vu avec d’autres yeux que les nôtres, ceux d’un peuple de microbes (Nos Amis les Microbes), ceux de Dieu ou d’un narrateur immortel (Le Fou Rire de Jésus).

Une vérité qui n’existe plus, noyée sous les fables, les représentations, le théâtre (Le Fils du Concierge de l’Opéra).

Les illustrations sont plutôt des interprétations, utilisant toutes les gammes du noir, du gris, du blanc. De même que les textes utilisent tous les styles, l’insolite, l’intime, le burlesque, la BD, l’épique, l’antique, la SF.

L’illustrateur du beau livre « Merveilles » de François COUPRY :

Cyril Delmote, auteur-compositeur, musicien et chanteur.

Né le 24/04/1960

Graphiste et directeur artistique au début des années 80, il quitte définitivement les agences de pub (sans pour autant délaisser l’illustration et la peinture), pour revenir à ses premières amours musico-théâtrales: « Les Nonnes Troppo », « Les V.R.P », « Les Suprêmes Dindes », « The Sons of the Desert », « Bonte », « The Blisters », « Lénine Renaud »…

Il participe par ailleurs au montage de la pièce
« Comme Zatopek » avec Gérald Dumont et Franck Vandecasteele, à la lecture musicale des « Petites Oubliées de la Grande Guerre » avec Anne Cuvelier et Nathalie Renard, ou encore à la « Perf littéralement musiquée » d’ « Abrico amoureux », d’après le roman de François Coupry, avec Anne Cuvelier et J.P. Bonte.

Il continue parallèlement ses activités d’affichiste pour des pièces de théâtre, « Comme
Zatopek »…, et d’illustrateur pour des pochettes de disques, « Lénine Renaud », « Croco », « Les V.R.P »…, et de livres, « Les Contes du Cavalier Chinois » et « Merveilles » de François Coupry.

 

« Merveilles » un beau livre de François COUPRY – parution le 8 novembre 2018

MERVEILLES de François COUPRY

Parution le 8 novembre 2018

aux éditions Pierre-Guillaume de Roux

Attachée de presse :

Guilaine Depis

guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

« François Coupry n’hésite pas à évoquer le vrai pour éclairer le fictif, tandis qu’il recourt au fictif pour démasquer le vrai »,

Anne Bragance, Le Monde (1987).

« Nous sommes dans l’un des univers enchantés de François Coupry, dans ses logiques incongrues mais irréfutables »,

Vivianne Forrester, Le Matin (1982), à propos deJour de Chance.

« Baroque, astucieux, inventif, débordant d’humour mais un peu effrayant aussi », Jacques Nerson, Le Figaro-Magazine (1989), à propos de Nos Amis les Microbes (Une journée d’Hélène Larrivière)

« François Coupry est un ogre baroque et bienveillant, se nourrissant de la chair des livres et invitant le lecteur à sa table », Christine Bini, postface au Fou Rire de Jésus(2016) – A lire sans modération.

Le contenu : Un assassin récidiviste ne parvient pas à se faire arrêter, à être jugé, condamné, emprisonné, et demeure innocent…

Les malheurs d’une jeune femme sont racontés par ses microbes intérieurs, un peuple farceur, joyeux, qui vit dans sa propre logique…

Un enfant s’ennuie dans un théâtre où la réalité n’est que représentée. Il comprend qu’il ne peut en sortir et deviendra le maître de ces illusions…

Dieu, avant d’être crucifié, s’est confié au magistrat qui le condamne et qui, devenu immortel, tente de raconter ce qui n’est qu’un vague souvenir…

Dans une civilisation où l’on s’enrichit sans travailler, où tout le monde s’aime, une jeune fille s’émeut de ce bonheur, essaye d’en douter…

Une anthologie des contes insolites de l’auteur du Rire du Pharaon, de L’Agonie de Gutenberg – une oeuvre où la réalité est montrée d’un autre point de vue, extraordinaire, décalé, anormal, inhumain… et merveilleux !

Dans le registre du Merveilleux, où les lois ordinaires ont été recréées,  l’imaginaire bâtit la réalité de l’univers.

* Merveilles reprend, dans un « beau livre » illustré, certains textes parus dans La Femme du futur et autres contes paradoxaux (Pascal Galodé éditeurs, 2012), déjà une anthologie, mais aujourd’hui indisponible. En y ajoutant Le Fils du concierge de l’Opéra (Gallimard, 1992). Et Le Fou Rire de Jésus (Pascal Galodé éditeurs, 2016), ouvrage également aujourd’hui indisponible.

* Ce florilège expose « à merveille » l’univers de François Coupry – où la réalité est racontée d’un autre point de vue, extraordinaire, décalé, ludique, anormal, inhumain…

François Coupry a publié une quarantaine de récits dans le registre du Merveilleux, où le monde est raconté d’un point de vue anormal, inhumain, et où les lois ordinaires et les principes physiques ont été recréés. 

« L’oeuvre romanesque de François Coupry se répartit en deux grands ensembles : l’un, baptisé Contes paradoxaux, est composé de romans assez courts, souvent centrés autour d’un héros en devenir, dont le destin est lié à un élément insolite qui lui donne tout son sens ; l’autre, un cycle romanesque intitulé Les Souterrains de l’Histoire, est une délirante cosmogonie historique. Nombre de ses héros sont des enfants qui, croyant en une fiction, finissent par changer celle-ci en réalité. »(Francis Berthelot, Bibliothèque de l’Entre-Mondes, les Transfictions, Gallimard, 2005) 

Dans Notre Société de Fiction(Editions du Rocher, 1996), François Coupry définit le cadre de son approche de la littérature : « Ce n’est pas le Réel qui engendre la fiction, afin de se donner un sens ; c’est la Fiction qui crée le réel, afin de se donner une Vérité. »

« L’AGONIE DE GUTENBERG » DE FRANÇOIS COUPRY : DES PENSÉES PAS SI VILAINES, pour Frédéric DIEU

« La démocratie, c’est l’opium du peuple » (elle est à vrai dire aussi l’opium de nombre d’intellectuels…). Ou encore : « Depuis des années nous n’avons que le mot “crise” à la bouche – qui remplace le cri : “cheese”, pour sourire sur les photos ». Voilà ce qui sort de la bouche de François Coupry, ou de celle de son double, M. Piano.

Ces deux citations liminaires pour dire d’emblée que les pensées de François Coupry, qu’elles se présentent comme les siennes ou qu’elles se drapent dans le vêtement de son double, ne sont pas seulement vilaines (le livre publié par les éditions Pierre-Guillaume de Roux, intitulé L’agonie de Gutenberg, porte en sous-titre : « vilaines pensées 2013/2017 »), elles sont aussi drôles. Il y a beaucoup de blagues dans son blogue, car il faut préciser ici que les pensées en question sont issues du blogue que tient l’auteur, le livre papier prenant ainsi sa revanche sur la désincarnation numérique. Cela invalide déjà en partie le titre choisi par l’auteur, ce dont ce dernier semble tout à fait conscient. (…)

(lire la suite de l’article ici : https://www.profession-spectacle.com/lagonie-de-gutenberg-de-francois-coupry-des-pensees-pas-si-vilaines/)

(…) Fin de l’article : Plus que de vécu, le lecteur a besoin de rêvé, d’imaginé, de projeté. D’où ce conseil à qui veut écrire : « Au lieu de raconter notre monde, ses soucis d’argent, ses drames conjugaux, la réussite d’un pharmacien de Caen, tu racontes un autre monde, extraordinaire, avec d’autres règles physiques et morales, où par exemple il n’y a pas de rues et où l’on doit circuler de maisons en maisons par les fenêtres ».

N’est-ce pas alors Plume que nous retrouvons ? « Étendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur. “Tiens, pensa-t-il, les fourmis l’auront mangé…” et il se rendormit. Peu après, sa femme l’attrapa et le secoua : “Regarde, dit-elle, fainéant ! Pendant que tu étais occupé à dormir, on nous a volé notre maison”. En effet, un ciel intact s’étendait de tous côtés. “Bah, la chose est faite”, pensa-t-il ».

Frédéric DIEU

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François COUPRY, L’agonie de Gutenberg, Vilaines pensées 2013/2017, Pierre-Guillaume de Roux, 2018, 269 p., 23 €

SUBLIME ENTRETIEN de François Coupry et Pierre Monastier

François Coupry : « Je suis un auteur de théâtre qui n’a jamais publié de pièce ! »

Entretien avec Pierre Monastier paru dans Profession Spectacle, le vendredi 29 juin 2018.

À l’ombre de Saint-Germain-des-Prés, attablé à la terrasse des Deux-Magots, café bien connu de l’écrivain qui y a reçu un prix il y a plus de quarante ans, François Coupry déploie sa pensée, entre les frôlements d’oiseaux audacieux, les sirènes assourdissantes et les gorgées de café. L’écrivain provençal à la carrière impressionnante fut rédacteur en chef de la revue Roman, président de la Société des gens de lettres et de la Société française des auteurs de l’écrit.

Il a commis une cinquantaine d’ouvrages dont le dernier, L’Agonie de Gutenberg, qui collige des chroniques parues sur internet entre 2013 et 2017, vient de paraître aux éditions Pierre Guillaume de Roux.

Entretien au long cours. A lire ici : https://www.profession-spectacle.com/wp-content/uploads/2018/06/Pierre-Monastier-Entretien-avec-François-Coupry.pdf

Profession Spectacle – 1 rue du Prieuré – 78 100 Saint-Germain-en-Laye https://www.profession-spectacle.com/francois-coupry-je-suis-un-auteur-de-theatre-qui-na-jamais-publie-de-piece/

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Jean-Claude Bologne, excellent lecteur de François Coupry

François Coupry, L’agonie de Gutenberg, Pierre-Guillaume de Roux, 2018.

Coupry          Pendant cinq ans, sur le compte Facebook de François Coupry ont paru de « vilaines pensées ». Qui les écrivait ? Ses amis ne pouvaient imaginer que c’était lui qui racontait son « plaisir suffoqué » devant l’effondrement du World Trade Center (« On dirait du cinéma »), ou son malaise de riche « terriblement encombré » de sa richesse. Ce ne pouvait être lui qui brisait les pires tabous du XXIe siècle, bien pires que le celui de l’inceste, « le goût du passé, le sens de l’histoire, l’usage de la culture ».
          Non non, ce n’est pas lui : c’est madame de Sévigné qui écrit à sa cousine, c’est Montesquieu qui nous envoie d’outre-monde de nouvelles lettres persanes, c’est la petite souris Joséphine ou ce vieux fou de Piano — « mon pire ennemi, mon complice, peut-être mon double, ou celui qui me tend un miroir », s’effraie François Coupry, le vrai, l’unique ! La preuve ? Tous ces spectateurs ahuris d’un monde en folie parlent peu ou prou de François Coupry, lisent ses livres, le regardent vivre. Bien sûr, Piano est sourd d’une oreille, comme François, mais qu’est-ce que cela prouve ?
          Alors, écoutons sans arrière-(mauvaises)-pensées ces mauvaises (pensées) langues, goûtons sans retenue au plaisir de ces textes qui se présentent tour à tour comme des réflexions paradoxales, des saynètes, des inventions insolites, des fables… Si elles nous choquent, c’est parce qu’elles parlent du monde tel qu’il est, vu d’on ne sait où, et que « rien n’est plus odieux que l’ordinaire ». Mais, plus profondément, parce que les personnages introduisent un décalage constant entre le monde et sa représentation. Ce sont des voyeurs plus que des spectateurs, comme les oiseaux qui, dans les derniers textes, commentent de haut les actions insensées de ces « pauvres humains ». Et en commentant le monde, ils laissent une partie d’eux imprégner l’illusion du réel.
          Une partie d’eux ? De leur masque, plutôt, car tous jouent un rôle. Un certain Karl a passé sa vie sur une scène de théâtre, François Hollande joue au président, l’homme invisible s’est affublé d’un masque visible, et ne parlons pas de Piano, qui « joue » au docteur, au « détective de la pensée », à bien d’autres métiers, avant de finir à l’asile. N’est-ce pas la caractéristique de notre monde, de préférer la communication à l’information et le story-telling à la vérité ? Car « la marque de l’humain – sa beauté, dirais-je – réside dans le mensonge. » Et de ce point de vue, l’époque actuelle a fini par rejoindre François Coupry (ou l’inverse) en érigeant la « post-vérité » en concept philosophique ! Derrière des récits d’apparence loufoque se profilent des réflexions graves. Le califat de Bretagne, qui impose le voile intégral aux Bigoudènes, peut en cacher un autre. Le duel entre la sorcière de l’Est et le sourcier de l’Ouest nous raconte une campagne électorale bien connue. Et ceux qui croient en une transcendance sans vouloir se fondre dans une religion expriment peut-être « la conception la plus forte et la plus active de la Laïcité ».
          On retrouve dans ces courts récits rédigés sur cinq ans les thèmes chers à François Coupry, en particulier la priorité donnée à la fiction sur la réalité, les récits créant le monde plutôt qu’ils ne le décrivent. Explicitement, dans des notes récapitulatives pour un colloque. Implicitement, à travers les jeux de miroir ou de rideaux de théâtre. S’il y a tant d’acteurs et tant de masques chez François Coupry, c’est parce que le monde lui-même est un jeu de rôles. Un thème jadis développé dans Notre société de fiction. La fonction du merveilleux n’est dès lors pas de faire rêver, mais « de faire saisir la relativité et surtout l’imperfection absolue des points de vue ».
          La mauvaise pensée, parce qu’elle scandalise, entre dans ce projet. Elle entend mettre le lecteur « en un état de trouble et d’étonnement stupéfait », par des textes qui ne sont pas illogiques, mais construits selon des logiques inconnues, comme s’il s’agissait d’un ouvrage « très réaliste mais rédigé par un ovni » ou plutôt, selon le terme qui apparaîtra un peu plus loin, par un evni, un être vivant non identifié. Peu importe que ce soit Piano, la petite souris ou François Coupry qui parle : c’est le « mutant rétro », personnage de son propre récit, qui s’invente devant un public médusé. Et peu importe si Piano parle devant des salles vides et défile tout seul sur les boulevards parisiens : cela fait partie de son rôle. Comme le fantôme du Président, que « la trop vaste complexité du pouvoir politique » a dépossédé de lui-même. Peu à peu, il va devenir invisible, « tout voir sans être vu, agir en catimini, à l’insu de tous »… En somme, comme la petite souris, ou comme l’Internaute sur FaceBook. Car ce qui disparaît, c’est le vieux monde, celui de Gutenberg, celui du personnage de François Coupry, dont il est le premier à se moquer. Et ce qui se profile, c’est un nouveau monde dont l’écrivain François Coupry nous dévoile les règles paradoxales. À lire ces récits comme les matrices du réel et non comme son reflet déformé, nous entrerons peut-être dans les coulisses du monde, nous découvrirons ce que l’homme ne sait pas encore, mais que nul ornithorynque n’ignore.