L’Hebdo Bourse Plus n°1180 et Kernews font la part belle à Pierre Ménat

Pierre Ménat : « Les pays qui n’appliquent pas les sanctions contre la Russie ne contreviennent absolument pas aux lois internationales. »

et sur Kernews

Pierre Ménat a été conseiller du président Jacques Chirac, ambassadeur de France en Roumanie, en Pologne, en Tunisie et aux Pays-Bas, ainsi que directeur Europe au ministère des Affaires étrangères.

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« L’Union européenne et la guerre » de Pierre Ménat est publié chez L’Harmattan.

Kernews : Votre analyse sur le rôle de la France face à la Russie n’est ni celle d’un pacifiste, ni celle d’un belliqueux. Elle s’inscrit dans la lignée des positions de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin…

Pierre Ménat : Je suis un Européen convaincu, mais il est vrai que dans cette guerre l’Europe est face à son antithèse, puisqu’elle a été créée pour maintenir la paix, or maintenant elle est confrontée à la guerre sur son continent. La plupart des pays de l’Union européenne sont membres de l’OTAN et cela pose un problème, puisque c’est une organisation qui dépend très étroitement des États-Unis. L’Union européenne doit affirmer ses valeurs, mais elle doit aussi affirmer son attachement à la paix. Dans cette guerre, il y a un agresseur, la Russie, c’est indéniable. Mais, à terme, l’Union européenne devra établir des relations avec la Russie.

Ne faut-il pas se méfier des mots ? Certes, la Russie a agressé l’Ukraine en 2022, de la même manière que l’Irak a agressé le Koweït en 1991. Or, chaque fois que l’on remonte le temps, on s’aperçoit qu’il y a des explications et que les agressions ne sont jamais perpétrées sans raison…

Vous avez raison, il faut toujours analyser les origines. Les opérations armées de 2022 ont été engagées par la Russie qui a violé le droit international – je remonte à l’origine du problème – lorsque le gouvernement ukrainien de 2014 a fait le choix de se dissocier de la Russie. Cela a posé le problème de l’annexion de la Crimée, qui était un acte contraire au droit international, puis la question du Donbass, avec une guerre qui a commencé aussi en 2014, en raison de cette lutte entre les russophones et le gouvernement ukrainien. Cette guerre est effectivement à l’origine du problème.

Vous évoquez le droit international, mais en 2003, malgré l’opposition du Conseil de sécurité, les États-Unis ont agressé l’Irak…

Vous avez tout à fait raison, c’est un fait. En 1991, il y a eu une résolution du Conseil de sécurité, mais en 2003 c’était totalement différent. D’ailleurs, c’est un argument qui est utilisé par Poutine. C’est de bonne guerre… Il y a aussi le cas du Kosovo. Les Occidentaux sont souvent intervenus sur des théâtres d’opérations sans l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais on ne peut pas faire valoir les turpitudes des autres pour justifier sa propre turpitude. Effectivement, cela affaiblit la position de certains et cela renforce la position de la France, du moins dans l’affaire de l’Irak de 2003, grâce à la position du président Chirac qui a réprouvé l’action des États-Unis en Irak. 

Vous abordez aussi la question des sanctions. On observe qu’elles sont toujours inefficaces : on l’avait vu en Irak et cela se vérifie maintenant vis-à-vis de la Russie…

Il y a une différence majeure, car les sanctions contre l’Irak étaient décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Elles ont été contournées, mais elles étaient obligatoires. La différence, cette fois-ci, c’est que nous avons des sanctions qui ont été adoptées par seulement 34 pays, certes des pays importants, mais ces sanctions ne sont pas obligatoires. Donc, vous avez raison, la Russie arrive à s’en sortir. La Russie est quand même affectée par certaines de ces sanctions. On constate que la récession n’est que de 2,3 % en 2022, ce qui est beaucoup moins que ce qui avait été prévu et, en 2023, la Russie connaîtra une croissance positive. C’est le FMI qui dit cela. La Russie a trouvé des débouchés pour ses hydrocarbures auprès de la Chine et de l’Inde. Donc, il est vrai que les sanctions n’ont qu’un effet limité.

La sémantique n’est jamais neutre : n’y-a-t-il pas une forme de mépris occidental lorsque l’on dit que les sanctions sont décrétées par des pays importants, en considérant ainsi comme accessoires notamment le Brésil, le monde arabe, l’Afrique, l’Inde ou la Chine…

Les pays qui appliquent les sanctions contre la Russie représentent à peu près un milliard d’habitants, alors que la planète vient de dépasser les huit milliards d’habitants. Donc, vous avez raison, l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie, la Chine et l’Inde n’appliquent pas les sanctions. Maintenant, si vous prenez le critère du produit intérieur brut, les pays qui appliquent les sanctions représentent une proportion très importante de l’économie mondiale. Mais, le point majeur, c’est que ces sanctions n’ont pas été décidées par le Conseil de sécurité : donc, la Russie est libre de s’approvisionner auprès de ceux qui veulent l’approvisionner. D’ailleurs, les pays qui n’appliquent pas les sanctions contre la Russie ne contreviennent absolument pas aux lois internationales, puisqu’ils ont le droit de le faire. La Chine est la deuxième puissance économique du monde. Donc, les Occidentaux vont avoir un problème s’ils veulent continuer de rester entre eux, il ne leur sera plus possible de décider de telles mesures universelles.

N’est-il pas trop tard pour penser à l’Europe, puisque les pays sont surendettés, avec une population qui n’a plus vraiment envie de travailler ?

La souveraineté européenne a-t-elle un sens ? La souveraineté européenne peut-elle exister ? Cela dépend des domaines. Dans le domaine de la concurrence et du marché intérieur, c’est-à-dire le cœur de métier de l’Union européenne, cela a du sens, puisque nous avons un marché unique de 500 millions d’habitants. Dans ce domaine, l’Union européenne conserve tout son sens, comme pour la monnaie. Le quoiqu’il en coûte a quand même été financé par la Banque centrale européenne…

L’État vient maintenant récupérer l’argent…

Oui, mais on n’aurait pas pu passer ce cap sans la BCE. La croissance a été assez forte, il ne faut pas oublier tout cela. Tout cela n’aurait pas été possible sans la monnaie unique. Après, sur la question des migrations, il faut faire un effort. Nous avons des règles avec Schengen et, à partir du moment où vous avez un espace de circulation, il vaut mieux le contrôler avec des règles communes en matière d’asile et d’immigration. Sur les affaires étrangères, effectivement, nous devons progresser. La France est un membre permanent du Conseil de sécurité, avec une défense autonome, mais nous ne pouvons pas consentir à tous les efforts budgétaires nécessaires pour avoir une suffisance. Donc, nous n’avons pas le choix : soit nous dépendons de l’OTAN, donc des États-Unis, comme c’est le cas aujourd’hui, soit nous arrivons à construire une identité européenne.

Les États-Unis sont nos alliés historiques depuis leur création, mais vous concevez une relation équilibrée, alors que dans la mentalité américaine, le raisonnement n’est pas le même : si vous n’êtes pas avec nous à 100 %, c’est que vous êtes contre nous… Comment évoluer face à cela ?

Les États-Unis demeurent la première puissance mondiale. Ils dominent sur le plan économique et militaire, la Russie est très loin derrière. Sur le plan juridique, ils peuvent imposer aux autres des lois extraterritoriales. Ils imposent des contraintes aux entreprises qui utilisent le dollar. Ils ont les GAFAM et une influence culturelle majeure. Le point de vue des États-Unis, effectivement, c’est que nous devons les suivre à 100 %, sinon nous n’avons plus d’avenir. Nous ne pouvons pas accepter cela pour une raison très simple : tout simplement parce que nous n’avons pas les mêmes intérêts stratégiques et économiques. Ils ont adopté un programme massif de soutien aux entreprises américaines de plusieurs centaines de milliards. On doit pouvoir faire cela au niveau européen et nous devons nous affranchir de cette idée selon laquelle il faut toujours respecter la concurrence, tout simplement parce que les Américains ne la respectent pas. Sur le plan stratégique, ils sont maintenant tournés vers l’Asie. Leur premier sujet, c’est la Chine, alors que nous avons nos propres intérêts. Nous sommes déformés par cette situation de guerre, puisque les États-Unis fournissent la plus grosse aide à l’Ukraine. Cela doit nous conduire à considérer que l’Union européenne doit aussi avoir sa propre voix.

Vous souhaitez qu’une réaction s’engage sur nos futures relations avec la Russie, qu’elle soit dirigée ou non par Vladimir Poutine. Comment retrouver une situation apaisée, alors que l’on est encore au stade de l’interdiction des artistes ou des sportifs russes ? 

Je suis totalement opposé à ce type de mesures, comme les sanctions sportives ou culturelles, cela n’apporte rien. En plus, cela contribue à souder davantage les Russes autour de leur président. On peut discuter des sanctions économiques, elles se conçoivent, mais pas les interdictions de visas ou les sanctions sportives. Il est évident que l’avenir des relations entre l’Union européenne et la Russie dépendra de l’issue de la guerre d’Ukraine. Nous devons contribuer à la fin de ce conflit, ce n’est pas facile, mais l’Europe peut jouer un rôle…

N’est-ce pas la Chine, la Turquie ou Israël qui peuvent jouer un rôle dans ce domaine ?

La Chine certainement, la Turquie peut-être, Israël je ne sais pas. Le jour où il y aura des discussions de paix, car toute guerre finit par se terminer, il y aura un groupe de pays qui contribuera aux négociations, il y aura forcément la Chine et les États-Unis, et il est souhaitable qu’il y ait l’Union européenne, puisque nous sommes un partenaire économique de la Russie. Il faudra bien définir de nouvelles relations avec la Russie, puisqu’elles étaient déjà au plus bas avant la guerre. Donc, nous devons travailler sur plusieurs directions. Ne soyons pas naïfs, il faut s’arranger pour ne pas être dépendants des États-Unis et de la Russie. Donc, nous devons diversifier nos approvisionnements et nous devons aussi œuvrer avec les voisins de la Russie. Pour la Russie elle-même, ce ne sera pas facile, mais nous n’avons pas le choix. Il faudra rebâtir des relations et aussi une architecture européenne de sécurité. La Russie n’avait pas totalement tort de dire que cette architecture européenne de sécurité était fragile. Après l’effondrement du Mur de Berlin, nous n’avons pas suffisamment réfléchi à cette architecture européenne de sécurité. L’OTAN s’est élargie sans limites, il faudra démontrer que ce n’est pas incompatible avec la sécurité de la Russie.

La France n’a rien fait lorsqu’elle était un acteur majeur du groupe de Minsk sur les Balkans, ce qui fait que le conflit a été résolu militairement l’année dernière… La France peut-elle encore être crédible pour figurer dans un nouveau groupe ? 

Il ne faut pas sous-estimer la France. Nous avons un rôle reconnu à l’ONU mais, dans la résolution de ce conflit, la France ne pourra pas y arriver seule puisque l’Union européenne a adopté un certain nombre de mesures. Comme vous le disiez justement, il y a des divergences au sein de l’Union européenne, avec des pays comme la Pologne, et aussi les Pays Baltes qui sont très méfiants à l’égard de la Russie, on les comprend. Nous avons raté une occasion avec la Yougoslavie, car l’Union européenne n’a pas su régler ce problème. Aujourd’hui, avec l’Ukraine, nous retrouvons ce travers. Il n’est jamais trop tard, car je pense que l’Union européenne a un rôle à jouer dans le monde, notamment parce que c’est une zone de prospérité, mais aussi parce que nous avons une certaine exemplarité en matière écologique. Il y a également un rayonnement intellectuel et civilisationnel que nous devons retrouver. Pour cela, nous devons retrouver une autre voie et c’est pour cela que je propose une union politique et de sécurité comme l’avait suggéré le général de Gaulle avec le plan Fouchet.

Oui, mais c’était un échec…

 Effectivement, parce que nos partenaires exigeaient que cette union soit ralliée à l’OTAN. C’était déjà le débat en 1961. Le problème est le même aujourd’hui, mais dans un monde complètement différent. Dans les années 60, il y avait deux blocs qui s’affrontaient. Aujourd’hui, il y a la Chine et l’Inde, mais aussi l’Europe qui doit exister. C’est une question vitale. Sinon, nos civilisations seront affaiblies.

Pierre Ménat sur France inter dans « Carrefour Europe » de Stéphane Leneuf

L’union européenne et la guerre

Réécoutez ici : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/cafe-europe/cafe-europe-du-dimanche-26-fevrier-2023-6000145

Dimanche 26 février 2023

Un an après le début du conflit en Ukraine, ce matin dans le Café Europe, Stéphane Leneuf se penche sur un livre qui vient d ‘être publié et qui analyse le rôle de l’Union européenne dans cette guerre.

C’est Pierre Menat, diplomate, ancien conseiller Europe de Jacques Chirac qui publie ce recueil. Une analyse sur le rôle depuis un an de l’Union européenne dans cette guerre. Une guerre qui est finalement l’antithèse existentielle de la vocation de l’Union à savoir la paix. l’union se retrouve impliquée militairement, dans un conflit qu’elle n’a pas vu venir, avec des conséquence économiques et migratoires importantes mais aussi le retour de la menace nucléaire. Une guerre qui finalement oblige les européens a trouver leur place dans ce nouvel ordre international notamment dans leur rapport avec les Etats unis et leur capacité à dessiner pour leur avenir une défense commune.

« L’Union européenne et la guerre » – livre publié aux éditions L’Harmattan

Dans l’Union, les demandes d’asile au plus haut depuis 2016

966.000 demandes d’asile ont été enregistrées en 2022 dans les pays de l’Union européenne, mai aussi la Suisse et la Norvège. Un record depuis 2016. Des demandes, principalement déposées par des Syriens et les Afghans. Elles sont en hausse de plus de 50% par rapport à 2021.

Pêche : Bruxelles veut restreindre le chalutage de fond et décarboner les navires

Bruxelles souhaite étendre les aires marines protégées et interdire le chalutage de fond, dans ces zones Objectif mieux contrer la surexploitation. La Commission européenne vient de présenter son plan pour « verdir » le secteur de la pêche. Un plan aussitôt décrié par les professionnels et jugé trop timide par les ONG écologistes. Aujourd’hui Un tiers des stocks est victime de sur pêche dans l’Atlantique Nord-Est .85% des stocks en Méditerranée restent surexploités.

Dans l’agenda européen :

Mardi 28 février : date historique pour le parlement finlandais, qui devrait voter l’adhésion de son pays à L’OTAN.

Pierre Ménat cité dans Le Point par Emmanuel Berretta

L’UE s’apprête à adopter un dixième paquet de sanctions contre la Russie

LETTRE DE BRUXELLES. Depuis un an, la Russie est frappée par des sanctions sans précédent. L’année 2023 sera-t-elle celle de l’affaiblissement fatal ?

Par 

Le 24 fevrier 2023, l'UE devrait etre en mesure d'adopter le dixieme train de sanctions contre la Russie.
Le 24 février 2023, l’UE devrait être en mesure d’adopter le dixième train de sanctions contre la Russie.© NICOLAS ECONOMOU / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le livre de Pierre Ménat recommandé par Jean-Marc Sylvestre

Paris et Berlin accueillent Zelensky mais ne parviennent pas à cacher leurs désaccords sur la défense et l’économie

La visite de Vladimir Zelensky est spectaculaire, sauf qu’elle souligne le déficit de politique de défense et d’économie. Français et Allemands n’ont toujours pas de positions communes alors que la Russie prépare une nouvelle offensive contre l’Ukraine.

Les pilotes, mais pas les avions

L’Union européenne n’a toujours pas pris la mesure de la guerre en Ukraine et surtout l’ampleur des besoins de Vladimir Zelensky. La visite surprise du président Zelensky à Londres, puis à Paris, puis à Bruxelles ne sera sans doute pas suivi d’un renforcement des aides militaires, civiles et économiques à l’Ukraine. En bref, on va sans doute annoncer à la fin de la semaine l’envoi de pilotes d’avion, mais pour les avions, il faudra attendre encore.

Un chiffre, un seul, mesure la gravité de la situation. Le montant des aides toutes catégories confondues, en matériels militaires, en logistique et en aides financières directes accordées par les Etats-Unis représente près de 85% du total des aides reçues par l’Ukraine. L’Europe est aux environ de 15 % avec un problème supplémentaire : le manque d’homogénéité, de cohérence et surtout de stratégie entre les principaux partenaires de l’Union européenne.

Le livre de Pierre Menat, ancien conseiller de Jacques Chirac, ancien ambassadeur et ancien directeur Europe au ministère des affaires étrangères, montre bien les failles de l’Union européenne face à un problème aussi grave et violent que la guerre en Ukraine. L’Union européenne et la guerre aux éditions L’harmattan.

L’Union européenne a fait preuve de grande résilience face à la pandémie et d’ambition en mettant entre parenthèses les contraintes de Maastricht, autorisant dans la plupart des pays membres une politique de protection type « quoi qu’il en coute ». Mais plus encore, l’Union européenne a réussi à mutualiser et regrouper ses achats de vaccins et en plus, elle a pour la première fois de son histoire, lancé un programme commun de 750 milliards d’euros financé par un emprunt européen.

Mais face à la guerre en Ukraine, la situation des Européens a été beaucoup plus difficile à lire et à décrypter. Les 27 États membres ont été unanimes, ils ont condamné l’agression russe, la violation de frontières territoriales et le nom respect des traités internationaux, les 27 pays membres de l’Union ont tous condamné les actes barbares et terroristes qui violent toutes les règles de la guerre. Les 27 ont aussi adopté tous les paquets de sanctions et décidé une aide massive financière à l’Ukraine.

Mais en dépit de toutes ces initiatives, on a aussi vu les graves tensions entre la France et l’Allemagne sur la question de l’énergie notamment, mais pas seulement. On a bien senti les différences de position entre les pays membres mais frontaliers de la Russie et les autres. Pour des raisons politiques différentes, la Pologne s’est très investie alors que la Hongrie est restée à l’écart.

L’Europe faiblement engagée, selon l’Ukraine

Cette guerre en Ukraine a entrainé des positions fortes des Etats-Unis avec des livraisons d’armement considérables, des relations économiques renforcées … cette guerre en Ukraine a aussi renforcé la cohésion des pays de l’Otan mais l’OTAN  relaie la position américaine. En bref, l’Europe qui a fourni des armes, l’Europe qui a pris conscience que ce qui se jouait c’était l’avenir de ses valeurs, de ses organisations démocratique et de son style de vie, a été « faible » dans son engagement.

Principalement sur deux terrains stratégiques.

1e) Le terrain de la défense commune est resté en jachère. Conscients de la nécessite d’une autonomie stratégique de l’Union européenne au sein de l’OTAN, mais à coté de l’autonomie stratégique américaine, les 27 pays de l’Union ont sans doute trouvé des financements originaux pour les aides militaires mais on ne peut pas dire que les 27 aient progressé dans la définition d’une politique de défense commune. Il n’y a pas actuellement de défense européenne. Et Vladimir Zelensky n’a pas obtenu d’assurance de ce côté-là. Il a été rassuré sur la perspective de son entrée dans l’Union européenne et cela lui sera confirmé à Bruxelles en fin de semaine, mais il n’a pas obtenu de signal sur l’existence d’une position européenne commune.

Ce sont les Américains qui ont fait un retour massif sur le théâtre de la sécurité européenne mais ignorant les Européens.

2e) Sur le terrain de l’économies et des échanges, il faut reconnaitre que l’Europe n’est pas le partenaire privilégié de l’Europe mais il faut dire aussi que l’Europe n’a pas fait beaucoup d’effort. L’Ukraine attend beaucoup de l’Europe, sur le plan sécuritaire mais ne compte pas sur le plan économique. L’aide militaire est relativement faible, mais l’aide humanitaire et l’aide d’économie d’urgence, d’assistance aux réfugiés a été très importante.

Cela dit, le partenariat commercial est très marginal. Alors que les échanges avec Moscou ont été complètement coupés, on aurait pensé que les échanges soient réorientés vers l’Europe. Ça n’a pas été le cas. Le blocage des ports de la mer noire a provoqué une flambée des cours du blé et du tournesol, la fermeture des robinets du Gaz russe a aussi fait flamber les cours. Mais après quelques mois d’explosion des prix, tout est retombe à son niveau d’avant-guerre.

Où est le pragmatisme ?

L’Ukraine est un tout petit partenaire commercial des Européens.

L’Ukraine est le 17e client de l’Union européenne. Nos exportations représentent moins de 1,1% du total des exportations européennes. L’Ukraine est notre 15e fournisseur, 1% de nos importations.

A l’inverse, l’Union européenne est un très gros partenaire commercial de l’Ukraine. Près de 50 % de son commerce se fait avec les pays de l’Union européenne. Nous, Européens, nous sommes plus lourds que les Chinois dans le commerce international de l’Ukraine. Sans parler de la diaspora et des réfugiés qui drainent des flux financiers importants.

Ce décalage-là mériterait de la part des Européens une analyse spécifique à la fois sur la question de la reconstruction parce que les Américains sont en train de prendre des options, mais sur la réindustrialisation.

Sur ce terrain-là qui commande l’autonomie de l’Ukraine, il n’y a aucune étude en cours à Bruxelles.

Or beaucoup d’observateurs considèrent que si l’Ukraine manque de forces économiques, ça lui sera fatal.

Des armes oui, les Ukrainiens vont sans doute recevoir une aide importante mais si la logistique n’opèrent pas l’Ukraine tombera.

La visite de Zelensky en Europe n’aura évidemment pas été inutile. Le président Ukrainien va repartir avec des promesses mais surtout avec la satisfaction peut être d’avoir convaincu les europeens que cette guerre était une guerre pour des « valeurs » qui concernait les Européens beaucoup plus fortement que les américains qui resteront protèges par L’Atlantique.

Lire, l’union européenne et la guerre par Pierre Ménat.  Éditions L’Harmattan