Guy-Roger Duvert dans Mauvaise nouvelle

Guy-Roger Duvert, l’homme qui fait rêver

Guy-Roger Duvert, l’homme qui fait rêver

Par Guilaine Depis 

Propos recueillis par Guilaine Depis pour Mauvaise nouvelle

 

Guilaine Depis : Guy-Roger Duvert, tous les musiciens ou auteurs rêvent de vivre de leur unique passion : la création artistique. Mais beaucoup sont empêtrés dans la chaîne des faux devoirs et passent leur vie à la rêver plutôt qu’à oser sauter le pas, se jeter dans le vide, perdre une sécurité matérielle et tenter le tout pour le tout. Vous, vous avez franchi le Rubicon, vous êtes donc un rêve vivant. Considérez-vous que votre réussite spectaculaire à Hollywood est due à l’audace, au travail ou à la chance ?

Guy-Roger Duvert : J’aurais tendance à dire, les 3, mon capitaine, et j’ajouterais un 4èmepoint, la discipline.

  • Audace: elle n’est pas forcément là où on le pense. Lorsque je me suis lancé en freelance comme compositeur à 27 ans, on me disait que c’était une grosse prise de risques. Mais aujourd’hui, avec le marché qu’on connaît, qui est le plus à risque entre un salarié vieillissant et un freelance qui s’est développé son audience ? Bref, l’audace consiste à sortir des rails tracés par les autres pour soi, mais à l’arrivée, elle ne constitue pas nécessairement la prise de risques que l’on croit.
  • Chance: elle est primordiale, et ceux qui réussissent seraient malhonnêtes à la sous-estimer dans leurs parcours. En revanche, j’aime la phrase qui dit que la chance consiste à savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. Et pour avoir des opportunités, il faut les provoquer, sinon on peut passer une vie à les attendre. D’où l’importance du travail.
  • Travail: contrairement à ce qu’on peut croire, cela ne consiste pas seulement à améliorer son art, que ce soit la musique, l’écriture, mais à œuvrer à lui donner une visibilité (networking pour la musique, contacts avec les chroniqueuses et les media pour l’écriture…) Ceux qui pensent qu’il suffit de créer pour être découvert passent à côté de la moitié du travail requis.
  • Discipline: enfin, parce que beaucoup rêvent d’écrire un roman sans jamais en voir la fin. J’ai suivi les masterclasses de plusieurs auteurs — de Dan Brown à James Patterson — et tous disent la même chose : ils s’imposent des règles très strictes, des horaires de travail quotidiens non négociables. Les règles varient selon les personnalités, mais sans cette pression auto-imposée, on n’arrive au bout d’aucun projet.

 

GD : Vous avez réussi à percer dans l’univers des jeux vidéos et des musiques de film en Californie. Ce genre de parcours aurait-il été impossible à Paris ?

GRD : Non. La preuve en est que des artistes ont réussi en France. En revanche, il est vrai qu’il est plus facile de rencontrer les gens à Los Angeles. A mon premier voyage sur place, j’ai obtenu un rendez-vous direct avec la responsable musiques de films de Disney, par exemple. Une telle chose serait impensable en France. Après, l’avoir rencontrée ne m’a pas fait travailler pour eux à l’arrivée, malgré le discours initial très prometteur. Par ailleurs, ces dernières années, le monde s’est énormément dématérialisé et internationalisé. Un simple exemple : une partie notable des illustrateurs que je recrute pour la couverture de mes romans vivent à l’étranger. Je n’ai jamais rencontré physiquement plus de la moitié d’entre eux. Ainsi, aujourd’hui, avec les outils dont nous disposons, il devient possible de percer depuis n’importe où.

 

GD : Considérez-vous la musique comme un art supérieur à la littérature ?

GRD : Non. Ce sont deux arts distincts qui justifient pleinement leur existence. D’ailleurs, ils sont cités parmi les 9 arts dans l’antiquité grecque. La littérature s’est retrouvée représentée par plus de muses (Erato, Calliope et Polymnie) que la musique (Euterpe), mais de nos jours, quasi tout le monde vit avec de la musique, tandis qu’une partie de la population seulement lit de la littérature. Donc, si on voulait vraiment les opposer, on pourrait dire que la musique a pris une part plus importante dans nos vies, mais elle touche essentiellement nos émotions, tandis que la littérature prend le temps d’explorer aussi notre intellect. Mais encore une fois, je les considère comme très complémentaires (d’ailleurs, j’écris en musique).

 

GD : Votre œuvre musicale et votre œuvre littéraire ont-elles une forme de correspondance. Délivrent-elles un message identique ?

GRD : Pas vraiment, car le seul but de ma musique est de créer des émotions, tandis que j’aime solliciter l’esprit de mes lecteurs, que ce soit en instillant des mystères qu’ils tentent de deviner avant leur résolution, ou en glissant quelques petites réflexions philosophiques qu’ils peuvent interpréter comme ils le désirent. Cela rejoint la question précédente : les messages diffèrent, mais ils peuvent se compléter. Certaines des musiques que j’ai composées peuvent parfaitement accompagner plusieurs de mes romans, et à l’inverse, j’ai directement composé des musiques inspirées de certains de mes écrits.

 

GD : Vous semblez écrire plus vite que votre ombre et êtes déjà à la tête d’une œuvre conséquente. Seriez-vous « graphomane » pour reprendre le mot d’Amélie Nothomb ?

GRD : Très certainement. Je dirais surtout que je suis workaholic, car ce trait ne s’applique pas qu’à mon écriture, mais aussi à ma musique, ou à mes réalisations audiovisuelles (j’ai sorti un long métrage au cinéma il y a 10 ans). Cela peut paraître comme une force, mais paradoxalement, c’est en fait une réponse à une faiblesse. J’ai une peur panique de l’impuissance, de l’inaction. Or, si je ne reçois aucune commande musicale, si aucun producteur ne soutient un film que je veux faire, je suis en théorie contraint à attendre passivement, ce qui me terrifie littéralement. L’avantage est que je n’ai besoin de personne pour écrire. Ainsi, cela me permet de rester constamment dans l’action. J’ai toujours la sensation d’avancer, permettant de garder à distance ma phobie de l’immobilisme.

 

GD : Le choix du genre de la science-fiction s’est-il imposé à vous tout seul ? Vous avez imaginé un univers riche et complexe. Le côté ludique de créer des personnages et des histoires vous rappelle-t-il le monde des jeux vidéos ?

GRD : J’aime beaucoup cette question, car elle amène plein de thèmes qui me sont chers. Je vais donc m’efforcer de rester concis, mais ce n’est pas simple, car je pourrais parler pendant des heures de la science-fiction et du ludique.

La science-fiction est mon genre préféré, même si j’ai également un attachement fort pour le fantastique, car c’est justement un genre qui interpelle l’intellect plus que d’autres. Une partie de la SF (l’anticipation, en particulier) consiste à se poser aujourd’hui des questions auxquelles on devra trouver des réponses demain. Imaginez qu’Asimov dans les années 1940 a créé les lois de la robotique, qui encore aujourd’hui servent de bases à des débats sur l’évolution de l’intelligence artificielle ! Donc, oui, pour moi la SF s’est imposée tout naturellement et constitue la grande majorité de mes romans.

J’ai un rapport très fort avec la notion de ludique, car je lui accorde une dimension philosophique. De la même façon que des lionceaux apprennent à chasser en s’amusant ensemble, le ludique a une part primordiale dans la notion d’apprentissage, d’amélioration. Adolescent, j’ai amélioré mon anglais avec les jeux vidéos. Encore aujourd’hui, les jeux enrichissent constamment mon imaginaire et nourrissent mes romans. Parallèlement, Aristote disait que sans plaisir, il n’y a pas de bonheur, d’épanouissement. Or, le jeu est une source majeure de plaisirs. J’ajouterai aussi que la qualité d’écriture dans l’univers ludique le rapproche parfois énormément de la littérature. Enfin, les deux mondes se côtoient régulièrement, les adaptations se faisant dans les deux sens.

 

GD : Vous avez récemment été classé par Audible parmi les 10 meilleurs livres de science-fiction de tous les temps aux côtés d’Orwell et d’Asimov. Ne lisez-vous que de la science-fiction ? Est-elle la voie la plus facile pour décrire les traits profonds de notre humanité et les ressorts de la vie en société ?

GRD : Non, je ne lis pas que de la science-fiction, même si j’ai évidemment lu une bonne partie des auteurs les plus influents dans cette catégorie, d’Asimov à Philip K. Dick, de Jack Vance à Jules Verne. Ces temps-ci, je lis beaucoup de romans fantastiques ancrés dans les années 1920-1930 et inspirés du mythe lovecraftien, univers qu’on peut retrouver dans ma série « Les Chroniques Occultes ». En revanche, il est vrai que je lis essentiellement de la fiction. Pour la non-fiction (surtout en science, mais aussi en finance, par exemple), je lis plutôt des articles ou me renseigne sur le web. L’écriture de romans m’incite régulièrement à devoir faire des recherches qui m’apprennent quantité de détails intéressants.

Pour en revenir à la SF, j’aime le fait qu’elle décrit en effet les traits profonds de notre humanité, tout en maintenant une sorte de distance nous permettant de conserver encore un léger recul sur les sujets évoqués. Si je devais écrire aujourd’hui un roman sur l’opposition entre trumpistes ou anti-trumpistes aux États-Unis, ou directement sur LFI ou le RN en France, les réactions des lecteurs seraient épidermiques (dans un sens comme dans l’autre) et il ne resterait nulle place pour la réflexion, la mise en perspective. Si j’écris sur une guerre civile sur une autre planète, fondée sur tel ou tel thème, là je peux alors amener des réflexions très actuelles, mais en maintenant le lecteur dans un confort lui permettant de conserver un certain recul. Que ce soit en tant que lecteur ou auteur, j’apprécie cette distance vis-à-vis des sujets abordés.

 

GD : Tous domaines confondus quelles sont celles de vos créations dont vous êtes le plus fier ?

GRD : Difficile de choisir entre ses enfants ! J’ai une affection très forte vis-à-vis de mon long métrage de science-fiction « Virtual Revolution », que j’ai à la fois produit, écrit, réalisé et dont j’ai composé la musique. Le film est imparfait, mais il me représente, que ce soit dans mes choix artistiques et dans les réflexions qu’il soulève.

Au niveau musical, j’aime beaucoup les musiques de bandes annonces que j’ai composées. Celle utilisée dans l’un des trailers de Prometheus, Ultima Necat, reste l’une de mes pièces les plus personnelles — j’ai su dès les premières notes qu’elle avait quelque chose de particulier. J’aime aussi beaucoup la BO que j’ai scorée pour le film britannique « Silent Hour » (disponible sur Netflix), très inspirée de l’œuvre de Goldsmith. Enfin, pour illustrer le lien entre musique et ludique, je reste très fier de la bande originale que j’ai créée pour le jeu de plateau Malhya, que l’on peut écouter sur youtube.

Pour les romans, c’est là aussi un choix cornélien. Outsphere a une place particulière, car c’est son succès qui m’a permis de me faire une place comme romancier. Par ailleurs, dès que je me replonge dedans (par exemple pour raviver mes souvenirs lors de l’écriture d’un nouveau tome de la saga), j’éprouve à chaque fois le même plaisir. Eschaton, petit one shot de SF, est probablement le plus personnel de mes romans. Backup me tient aussi à cœur, car je rêve de l’adapter un jour au cinéma. Enfin, je citerai la série des Chroniques Occultes, dont les romans sont les seuls que j’ai écrits à ne pas être de la science-fiction, mais que je prends un plaisir fou à développer.

Entretien avec Marie B Lévy dans Mauvaise nouvelle

Les Vœux flottants

Par Guilaine Depis 

Entretien de Guilaine Depis avec Marie B. Lévy sur son dernier roman Les Vœux flottants aux éditions La Route de la Soie. Un roman furieusement moderne pourtant axé sur la dimension sacrée du vivant.

Guilaine Depis : Marie B Levy, vous êtes nourrie de mythologies, de silence et de spiritualité. Votre univers tout entier évoque un dialogue constant avec l’invisible. Assumez-vous cette dimension ésotérique de votre œuvre ?

Marie B Levy : Je crois, je pense, je ressens que l’invisible est habité. « Rien ne meurt, tout se transforme. » Je pense aussi que l’invisible est cette matrice où toutes les transformations se retrouvent. Dans cet invisible il y a Dieu, le silence, les grands mythes fondateurs, les âmes qui flottent tels des ballons et l’invisible tout court qui avec la mort, est un autre grand mystère. Dans l’invisible se terrent aussi nos peurs, les muses qui inspirent les peintres, les poètes et aussi cette irrationalité avec laquelle on doit en tant qu’être humain apprendre à vivre. Alors, si croire en l’invisible a une dimension ésotérique, oui je l’assume. 

GD : Votre dernier roman publié aux éditions de la Route de la Soie, Les Vœux flottants, surprend par sa modernité absolue évoquant les enjeux liés à la révolution numérique, mariée à une sagesse ancestrale. 

MBL : La substantifique moëlle de ce qui constitue notre humanité est-elle immuable ? Sommes-nous et resterons-nous pour toujours ces homos sapiens qui ont besoin de se nourrir, de créer, de jouer, d’aimer, de procréer et dessiner nos paysages sur les parois des grottes ? Aurons-nous toujours besoin de nous défendre ou d’attaquer ?

Tous ces fondamentaux nous définissent et possèdent une part d’immuabilité. Mais l’évolution de la science et la révolution numérique pourraient bousculer ces fondamentaux. La vie qui se termine par la mort pourrait prochainement s’approcher de l’éternité, des robots pourraient nous remplacer, des histoires d’amour pourraient naitre avec une IA, notre nourriture terrestre pourrait se transformer en capsules et la beauté qu’offrent les paysages de la planète, tout comme une rencontre au coin d’une rue et un sourire généreux, pourraient être bientôt supplantés par des images virtuelles qui défileront en continu sur un écran.

Dans mon livre, je me suis interrogée sur ces bouleversements qui peuvent arriver. Tout progrès est bénéfique mais possède aussi sa face cachée. Sommes-nous alors prêts à cette aventure où les limites n’auront plus de limites et où à force d’ambition, d’inconscience et de déni, nous deviendrons nos propres démiurges ?

GD : Votre intrigue dans  Les Vœux flottants peut à la fois être qualifiée de bouleversante et loufoque, vous entraînez le végétal dans une fiction. Iriez-vous jusqu’à attribuer une âme aux arbres ?

MBL : Les Japonais considèrent que chaque espèce vivante possède un esprit, qu’ils nomment Kami. Ce qui, dans la pensée occidentale, peut nous faire sourire. Alors, si on suit cette logique, voir par exemple un Kami dans un simple caillou, va nous forcer à reconsidérer le caillou. On apprendra à le respecter et à lui trouver une place dans ce grand maelström de vie qui nous englobe tous. L’arbre aussi est une espèce vivante. Il a son rythme, sa relation au vent, à la terre, aux intempéries et aussi à l’inconnu quand celui-ci vient le percuter. Et dans ces moments précis où le danger approche, l’arbre a-t-il conscience de ce qui lui arrive ? A-t-il aussi une conscience quand, à l’inverse, il se développe dans un environnement aimant ? À travers  Les Vœux flottants, je me suis posé ces questions. L’homme a une âme et, selon nos degrés de croyance, on y croit ou pas. Mais, en revanche, tout le monde est à peu près d’accord pour dire que l’homme a une conscience. 

GD : Depuis quelques temps cette question se pose concernant les animaux et dans certains pays, l’animal commence à avoir des droits. Et la nature alors ? A-t-elle une forme de conscience que nous n’avons toujours pas été capables d’appréhender ? Y-aurait-il différents niveaux de conscience dans le vivant ?

MBL : Je pense que l’homme a enfin la maturité pour se poser ce type de question sans pour cela avoir besoin de convoquer des religions ou des traditions ancestrales. La science pourra sûrement aider et l’homme, en réalisant que la nature a sa propre forme de conscience, ne pourra que sortir grandi. Mais l’homme osera-t-il penser que toute forme de vivant a son propre niveau de conscience ?

GD : Nous devons faire preuve d’humilité face aux âges gigantesques des arbres. Les croyez-vous détenteurs de savoirs plus sûrs que les humains ?

MBL : Les arbres sont enracinés dans la terre et sans eux, nous ne pourrions pas respirer. Nous vivons avec eux, à côté d’eux et pour certains de ces arbres qui ont des âges centenaires voir millénaires, nous les voyons comme des ancêtres. Alors, est-ce que ces ancêtres si particuliers possèdent un savoir ? Et surtout, ont-ils, à cause de leur longue présence sur terre, un savoir qui est bien plus grand que le nôtre ? Je ne me pose pas ce genre de question. Pour moi les arbres nous nourrissent, nous confortent, créent notre habitat, le support sur lequel on écrit et forment la boite dans laquelle on nous met en terre. L’arbre est donc là depuis le début, il nous accompagne et incarne le sage dont la mission est de nous rappeler les saisons et l’éternel recommencement du cycle de la vie.  

GD : Comment avez-vous pu imaginer une pareille histoire ? D’où le déclic est-il venu ?

MBL : Ayant fini mon roman précédent, Le Bureau des Réparations, j’ai ressenti un baby-blues. Alors, je me suis mise à l’écoute d’un nouveau thème pour démarrer mon prochain roman. Vivant en Provence, à L’Isle sur La Sorgue et aimant me balader le long de la Sorgue, j’ai appris à respirer la beauté de la nature et à m’émerveiller des arbres qui au printemps sont en train de renaître. J’ai alors imaginé un arbre, un érable seul dans un jardin, entouré de tout l’amour de son propriétaire, un scientifique féru de contes japonais. Puis, tout s’est construit autour, la cérémonie des vœux avec son arbre, son accident d’avion et le deuil de sa femme qui s’est consolée auprès de cet arbre. Les personnages sont arrivés ensuite. Ils sont tous fictifs à l’exception de Marguerite, la tante dans mon livre, qui est un mélange de réalité et de fiction. 

GD : La bonne littérature comporte-t-elle toujours pour vous une énigme genre polar à résoudre ?

MBL : Pas forcément. La bonne littérature peut être descriptive, contemplative et sans aucune énigme à résoudre. Je pense à La Maison Vide de Laurent Mauvignier que j’ai lu récemment. Il n’y a pas d’énigme, seulement des descriptions jusqu’à la dissection de l’âme de chacun des personnages. J’ai eu un immense plaisir à le lire. 

GD : Pensez-vous que les hommes maltraitent le vivant qui tente comme dans votre livre de nous transmettre des messages ?

MBL : On est dans une mécanique industrielle où tout l’univers est pensé comme un nombre. La rentabilité est essentielle. Nourrir les milliards d’individus est une urgence. Construire leurs habitats l’est aussi. Mais à quel prix réalisons-nous ce projet de vie sur cette Terre ? Nous acceptons pour « la bonne cause » de maltraiter et de sacrifier le vivant, nous acceptons aussi que des espèces puissent disparaitre, et nous intégrons cette fatalité dans les pertes et profits de cette comptabilité. En agissant ainsi nous devenons sourds aux messages que le vivant peut nous envoyer. 

GD : Vous êtes un écrivain de l’imagination, pour autant on trouve des lieux qui appartiennent à voter vie dans  Les Vœux flottants : L’Isle sur la Sorgue, Corfou, le Japon…Des bribes d’autobiographie sont-elles dissimulées dans ce livre ?

MBL : Le Japon que j’ai visité, est pour moi plus qu’un pays. Il est une autre lecture de la vie. Et même si ce voyage au Japon remonte à longtemps, je n’ai rien oublié. Dans  Les Vœux flottants, j’ai voulu en quelque sorte rendre hommage à la sagesse ancestrale de ce pays qui a construit une pensée toute particulière vis à vis de tout ce qui nous entoure. Je suis aussi allée à Corfou et en me promenant dans les ruelles de la vieille citadelle, j’ai ressenti le poids de l’histoire, celle des Croisés, des Vénitiens, des Ottomans, et aussi celle de Paris qui a donné à Corfou ses arcades, répliques de celles des Tuileries.  Mon inconscient a dû forcément s’en nourrir, parce qu’en écrivant  Les Vœux flottants, Corfou m’est venu instantanément comme le lieu où mon personnage allait trouver la mort.

GD : Ecrire vous aide-t-il à percer certains secrets de l’univers ? Seriez-vous une messagère ?

Je ne suis pas une messagère. Ce n’est pas un rôle que je veux endosser et si je le suis, ce n’est pas intentionnel. La mort et le temps sont des thèmes récurrents dans mes livres et dans chacun je les ai traités sous différents angles. Dans le premier, c’était à travers l’Egypte ancienne, dans le deuxième, à travers Babylone, dans le troisième, à travers le Tikkoun, le principe de la réparation du monde dans la kabbale, et dans celui des Vœux Flottants à travers cette approche scientifique qui rêve de créer l’immortalité pour l’espèce humaine. Percer les secrets de l’univers est notre quête permanente du graal. A chaque génération, on décrypte, on décode et on croit s’approcher encore plus de cet univers qui nous fascine. « Il y a une fissure en toute chose et c’est ainsi qu’entre la lumière », disait Leonard Cohen. J’aime à croire qu’à travers mes histoires, un tout petit brun de lumière arrive à passer.

GD : Pour vous Marie B Levy, l’écriture est-elle votre mission de vie ? Aspirez-vous à changer les mentalités avec vos livres qui ont de hautes préoccupations ?

MBL : L’écriture a toujours été latente en moi. Ayant eu une autre carrière, je l’ai réfrénée, la laissant dans l’ombre. Puis j’ai eu besoin qu’elle prenne la lumière et qu’elle trouve sa place dans mon quotidien. Depuis les deux s’entremêlent. Je ne dirais pas que l’écriture est ma mission de vie, elle est une nécessité, une urgence comme si le temps allait me manquer. Les histoires que je porte auront-elles le pouvoir de changer les mentalités ? Je dirais que ces histoires pourront permettre à une personne qui par exemple est très rationnelle de rêver et de croire que la nature lui parle, lui envoie ses messages, qu’elle est connectée à lui tout comme le sont ces mondes anciens qui ont depuis disparu. J’aimerais aussi que mes livres soient un accompagnement. Une sorte de balade où tout au bout du chemin, le lecteur puisse s’arrêter et se dire : « Et si c’était autrement que je pensais. »

GD : L’intuition est-elle un guide aussi précieux que la science dans votre éveil pour grandir ?

MBL : L’intuition est ce coup de pouce qui nous permet d’aller plus loin et de trouver cette lumière qui se glisse dans « les fissures de toute chose ». La science est aussi importante parce qu’elle nous apprend comment fonctionne la vie. Elle nous guide et nous aide par ses avancées à mieux vivre, mais l’intuition reste cette étincelle qui nous approche du divin ou du génie. Les futurs robots qui vont bientôt nous assister ou voir nous remplacer, seront pétris de science et de savoir. Ils seront une victoire pour la science. Mais auront-ils cette intuition ? Si un jour ils l’ont, ce que je n’espère pas, l’être humain aura alors perdu ce qui le caractérise et ce qui lui permet de se connecter à des strates qui dépassent toutes les logiques et les certitudes qu’on peut avoir.

« Les Voeux flottants » de Marie B Lévy dans Saisons de culture

« Les Voeux flottants » de Marie B. Lévy 

Par par Michael Host

Avec Les Vœux flottants, Marie B. Lévy signe un roman initiatique dans lequel l’enquête en fil rouge s’accompagne d’une méditation spirituelle sur le deuil, la mémoire et les forces invisibles qui traversent le vivant. Loin du thriller classique, le récit avance par niveaux successifs, naviguant entre deux mondes où la frontière entre réel et imaginaire, science et spiritualité, est volontairement ouverte.

Le point de départ est un crash d’avion au large de Corfou lors duquel décède un chercheur en biologie, Myron, travaillant sur un traitement prometteur contre le cancer. Le démarrage du roman pourrait annoncer une investigation scientifique ou policière, mais très vite, l’histoire change de ton.

Ce qui est en jeu n’est pas tant la résolution d’un complot « économique » que l’expérience intérieure d’Anne, épouse endeuillée, confrontée à une perte qui désorganise autant sa vie que sa perception du monde.

La suite est l’une des étapes spirituelles du roman ; le rêve dans lequel Myron s’adresse à Anne. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir ou une hallucination du deuil, mais un message transmis depuis un autre plan de réalité. Myron annonce une vérité à Anne, qui devient la seule capable d’agir, non parce qu’elle détient une compétence particulière, mais parce qu’elle va devenir la seule à pouvoir réceptionner les bouts de vérité. Le rêve n’est pas ici une fuite du réel : il annonce un début initiatique, mais difficilement compréhensible à ce niveau du roman pour celui qui n’est pas encore initié.
Autour d’Anne gravitent des figures énigmatiques : Ota, l’ami japonais du défunt, porteur d’une autre relation au temps, à la nature et aux signes ; Link responsable hiérarchique de Myron et personnage influant du monde scientifique ; et surtout l’érable du Japon, symbole central du récit autant par son rôle que par sa position dans le jardin et dépositaire des vœux suspendus et des messages à déchiffrer. À travers cet arbre, Marie B. Lévy convoque à travers Anne tout un imaginaire japonais, en rapport aux esprits, au végétal, aux rites ancestraux, sans jamais tomber dans l’aspect simplement décoratif. L’arbre agit comme un médiateur silencieux entre les deux mondes : celui de la matière et celui de l’invisible. Lequel aura donc le dernier mot ?

L’un des mérites du roman est de faire dialoguer deux registres rarement réconciliés : la recherche scientifique la plus avancée (cellules, biologie, promesse de guérison, voire tentation transhumaniste) et le monde spirituel de l’âme, de la vie après la mort, de la synchronicité et de l’intuition. La force du roman est qu’il s’adresse ainsi tant aux amateurs d’enquête policière qu’à ceux qui sont en quête de réponse concernant la vie eternelle, mais aussi les limites morales et existentielles du progrès. Que devient l’humain lorsque la science avance sans conscience et lorsque la vérité se dérobe derrière des intérêts opaques ? Quand doit s’arrêter la mission de l’humain quand tout semble aller trop loin ?
Alors Anne, personnage dans lequel le lecteur peut facilement s’identifier, va ainsi découvrir le vrai sens de la Vie, au sens spirituel, grâce à un détective privé. Le concret rencontre ainsi l’abstrait : accidents, catastrophes climatiques et industrielles, mensonges, mais aussi rencontres et une succession d’événements : la Vie se dévoile à Anne comme le chef d’orchestre, La fin, ouverte et résolument poétique, refuse toute clôture explicative. Les réponses importent moins que le chemin parcouru. Les Vœux flottants ne cherche pas à trancher entre illusion et vérité, mais à installer le lecteur dans cet espace du doute où se joue une part essentielle de la conscience humaine et spirituelle.

Dans l’esprit de la Lectio Divina, Les Vœux flottants s’adresse à celles et ceux qui acceptent de lire autrement, dans un état contemplatif pour accueillir les ressentis : en écoutant les silences, en comprenant les symboles, en laissant résonner les questions sans exiger qu’elles soient immédiatement refermées. Plus qu’une enquête à résoudre, le livre propose une expérience intérieure sur ce qui subsiste lorsque tout semble perdu, et sur ce qui, parfois, continue de parler à travers le vivant, pour le retour du Vivant.
A travers son personnage Anne, Marie B. Lévy prophétise le rôle d’éveilleur de conscience que l’humanité attendait.

Présentation de Michael Host : 

Michael est un accompagnant de l’éveil intérieur et un explorateur de la conscience. Après un parcours riche en expériences humaines, professionnelles et spirituelles, il a développé une compréhension fine des mécanismes de transformation qui traversent celles et ceux qui cherchent à vivre plus alignés, plus vrais et plus présents. Son approche, nourrie par des années de recherche intérieure, d’observation des dynamiques humaines et d’engagement dans des pratiques de maturation spirituelle, relie en profondeur le corps, l’âme, l’intuition et la parole. Il accompagne aujourd’hui celles et ceux qui se trouvent dans une période de transition, de basculement ou de quête de sens, en leur offrant des repères clairs, des outils concrets et une présence attentive.

Son apport au Nouveau Monde repose sur une vision simple et exigeante : la transformation n’est pas une fuite du monde mais un retour à soi, une manière d’habiter pleinement la vie, d’écouter le mouvement intérieur et de laisser émerger sa vocation la plus profonde. À travers ses programmes, ses écrits et ses rencontres, Michael invite chaque personne à entrer dans un chemin de maturation, de discernement et de présence, afin de révéler sa lumière singulière et d’incarner son projet de vie avec justesse. Ce livre est le fruit de ce chemin, de ses traversées, de ses découvertes et de son engagement à transmettre une voie authentique, accessible et profondément humaine pour accompagner l’éveil spirituel contemporain.

Éditions La Route de la Soie

Recommandé par « Balustrade. »

Saisons de culture était au Prix Cazes 2026

Prix CAZES 2026 – 90e anniversaire

Par Mylène Vignon

Pour les 90e anniversaire du prix « CAZES » décerné chaque printemps à la Brasserie LIPP, la cérémonie du célèbre prix littéraire était organisée d’une main de maître par Claude Guittard et Stéphane Counelakis, son successeur à la direction du mythique établissement germanopratin.
Nous y avons retrouvé l’élite parisienne de la presse ainsi que des auteurs bien connus de Saisons de Culture, tels : Noëlle Châtelet, Erwan d’Harmental, Gilles Trichard, Yves-Alexandre Julien, Barbara Orzelowska …
C’est à l’invitation de Guilaine Depis de Balustrade, que nous avons eu le privilège de découvrir la lauréate de ce prix littéraire prestigieux, Adèle Rosenfeld pour son roman: L’extinction des vaches de mer. (Grasset).
La brasserie Lipp érigée en 1880, a traversé les nombreuses vicissitudes de la capitale, accueillant depuis toujours en ses salles, le public le plus exigeant.
Ici, les plats principaux restent immuables au menu, désignant le jour de la semaine.
Les desserts sont incomparables et gourmands ! Qui n’a pas déjà gouté l’iconique baba au rhum, ne connaît pas le fleuron de la plus suave des pâtisseries françaises.
Tel est un dicton bien connu des Parisiens: On déjeune chez Lipp et on traverse le boulevard SaintGermain pour prendre le café au Flore!
Les ouvrages sélectionnés pour le prix CAZES 2026 : 
Les Explorateurs de Legor GRAN (P.O.L)
L’Extinction des vaches de mer d’ Adèle ROSENFELD (Grasset)
L’Enfant du vent des Féroé d’Aurélien GAUTHERIE (Les éditions Noir sur Blanc)
Je suis la fille de Casanova de Cécile GUIDOT (Mercure de France).
(Le jury est présidé par Léa Santamaria et Claude Guittard).

Le Contemporain aime la « 90ème édition du Prix Cazes : la célébration d’une littérature de la disparition tenue, et sans fracas »

90ème édition du Prix Cazes : la célébration d’une littérature de la disparition tenue, et sans fracas

■ L’heureuse lauréate du prix Cazes 2026, Adèle Rosenfeld. DR.
 

Par Yves-Alexandre Julien – Critique littéraire.

À la brasserie Brasserie Lipp, le Prix Cazes a, mardi 14 avril, couronné Adèle Rosenfeld pour « L’Extinction des vaches de mer » second roman d’une singulière concision, ouvragé sans ostentation, où la disparition du vivant est élevée à la dignité d’une matière littéraire première. La cérémonie marquait en outre le quatre-vingt-dixième anniversaire d’un prix institué en 1935, demeuré fidèle à son ancrage germanopratin comme à son inclination pour les ouvrages qui se soutiennent d’eux-mêmes, sans béquilles d’époque.

Il y avait, comme toujours en ces lieux, ce composé subtil de mondanité policée, de fidélité presque liturgique et d’une gravité légère, convenant aux distinctions parisiennes lorsqu’elles n’abdiquent pas tout à fait leur discernement. La salle, sonore de propos croisés et de verres entrechoqués, laissait affleurer une sociabilité d’un autre âge, où le boulevard des lettres, sans ignorer son propre déclin, persiste à rejouer ses rites avec une élégance légèrement surannée, mais non point caduque. Le décor ici ne relève pas du simple apparat : il constitue la scansion même du prix, son cérémonial et, pour ainsi dire, sa mémoire incarnée.

Nommer, connaître, effacer

Le livre primé prend appui sur un fait d’histoire naturelle : en 1741, le naturaliste Georg Wilhelm Steller observe une grande espèce marine bientôt désignée sous le nom de « vache de mer », avant que celle-ci ne s’évanouisse avec une célérité presque indécente. De cette donnée, l’autrice ne tire ni un prétexte ni une simple anecdote, mais une méditation serrée : il s’agit moins de narrer une extinction que de saisir cet instant fugitif où un être est nommé, circonscrit par le regard, puis voué à l’effacement.

Adèle Rosenfeld transmue ce matériau en une trame à la fois d’exploration, d’enquête et de remémoration. L’histoire n’y est jamais reléguée au rang d’ornement : elle se fait expérience de pensée, presque spéculation tacite sur les opérations de la connaissance – décrire, classer, inventorier – et sur la menace qu’elles recèlent, comme si toute nomination portait déjà en germe une forme d’atteinte.

La disparition comme expérience intime

Ce qui saisit tient à l’alliance peu commune d’une précision quasi scientifique et d’une prose d’une sensibilité retenue, proche de la méditation. L’ouvrage suggère qu’un animal peut périr deux fois : d’abord dans le réel, puis dans la langue, si nul ne se soucie d’en conserver la trace. Il y a là une réflexion sur l’oubli qui procède par insinuation, par sédimentation lente, plutôt que par proclamation.

Le roman ne se borne pas à exhumer une espèce abolie : il articule cette disparition à une interrogation plus intime, touchant à la mémoire, à l’héritage familial et à ces silences que l’on charrie sans toujours en démêler l’origine. C’est en ce point que le texte acquiert sa profondeur la plus sûre, opérant un passage du large au for intérieur sans jamais verser dans l’emphase.

Un choix salubre dans un paysage saturé

Le jury, présidé par Léa Santamaria , réunissait notamment Claude Guittard, Mohammed Aïssaoui , Mahilde Brézet , Marie Charrel, Gérard de Cortanze, Nicolas d’Estienne d’Orves, Christine Jordis et Eric Roussel.

Non point un cénacle fortuit, mais un aréopage où se conserve, avec ténacité, une mémoire des lettres et une exigence qui ne se dément pas.

Plusieurs personnalités issues du monde intellectuel, littéraire, médiatique ou universitaire français ont rendu honneur par leur présence à ce prix de renom et parmi elles : Marie de Hennezel, Stéphanie Janicot, Elisabeth Lévy, Franck Ferrand, Bruno de Cessole, Romaric Sangars, Marie Binet, Eugénie Bastié, Julien Cendres, Michel Maffesoli, Mylène Vignon, Noëlle Châtelet, Irène Frain, Yannis Ezziadi, Ivan Rioufol …

En distinguant Adèle Rosenfeld, le Prix Cazes accomplit un choix heureux, presque salubre, à rebours d’une production souvent alignée sur les recettes dominantes. Rien ici de tapageur ni d’aisément substituable : un livre au sujet inattendu, d’ambition mesurée mais d’exécution ferme.

Le jury du Prix Cazes 2026 devant la mythique brasserie Lipp. DR.

Une victoire discrète de la littérature

Depuis sa fondation en 1935, le Prix Cazes distingue romans, essais, biographies, mémoires ou nouvelles, et s’est souvent fait le révélateur d’écritures appelées à compter. En cette quatre-vingt-dixième édition, il rappelle qu’une récompense littéraire peut encore se prévaloir d’une utilité simple : faire surgir un texte qui mérite d’être lu avant d’être glosé.

La distinction accordée à « L’Extinction des vaches de mer » dit enfin quelque chose de l’état présent des lettres : au milieu du verbiage ambiant, une œuvre brève, précise, habitée par la perte et par le vivant, peut encore atteindre juste. Modeste victoire, sans doute, mais victoire néanmoins.

On sourira toujours des cocktails, des jurys et des liturgies de brasserie ; il n’en demeure pas moins que ces rituels, en certaines occurrences, préservent l’essentiel. Chez Lipp, la littérature ne s’est point proclamée triomphante : elle s’est tenue, simplement, défendue avec tact, goût et une obstination feutrée.

Ainsi le Prix Cazes 2026 consacre-t-il un ouvrage qui affronte la disparition sans abdiquer la beauté phrastique. Dans une saison prompte à hausser le ton, Adèle Rosenfeld propose une voix qui écoute, fouille et confère au manque une forme intelligible – presque, au sens ancien, une forme juste.


À lire
« L’Extinction des vaches de mer », 2026

Par Rosenfeld Ajouter
160 pages

Technikart était présent au Prix Cazes 2026

Le Prix Marcelin Cazes chez Lipp

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Chronique d’une vertu intermittente par Ivan Rioufol

Chronique d’une vertu intermittente

Le billet d’Ivan Rioufol

Parce qu’il s’est retrouvé à une remise de prix à proximité du sulfureux Gabriel Matzneff, Ivan Rioufol est attaqué par les médias de gauche. Notre chroniqueur peste contre ces dénonciations tardives et ce tri des scandales.


La dénonciation à retardement de la pédocriminalité révèle, chez les épurateurs d’arrière-pensées, des vocations d’inquisiteurs à cartes de presse. Voici le mail reçu, jeudi dernier, d’un journaliste, Simon Blin : « Cher Monsieur, Je suis journaliste à Libération et je m’intéresse à la soirée qui s’est tenue à la brasserie Lipp cette semaine pour la remise du prix Cazes. J’aimerais comprendre la présence de Gabriel Matzneff, à vos côtés notamment. Serait-il possible d’en discuter ? Cordialement ». Ma réponse : « Cher Monsieur, Je me suis en effet rendu au prix Cazes mardi 14 avril. Il y avait parmi les invités Gabriel Matzneff. Je lui ai demandé où en étaient ses affaires judiciaires. Il m’a annoncé qu’il avait bénéficié d’un classement sans suite, qu’il n’avait jamais vu de juge, que sa correspondance lui avait été rendue. Je lui ai demandé s’il avait eu des contacts directs ou indirects avec Vanessa Springora; il m’a répondu que non. Voilà pour la courte conversation. Concernant ses pratiques pédophiles, étalées dans ses livres, elles étaient dénoncées dans les années 90 par le Figaro (j’y fus rédacteur en chef aux « Info Géné »), tandis que Libération les défendaient. Je ne vous apprends rien j’imagine. Cordialement ». 

En complément de l’article publié dès lors sur le site du journal, l’émission Quotidien, de Yann Barthès, a cité les noms d’invités (dont votre serviteur) dans le but de les rendre, par leur présence, complices d’acquiescement à la pédophilie. Mais ces zélés délateurs maintiennent l’omerta sur le nombre et l’identité des animateurs du périscolaire public qui ont, notamment à Paris depuis des années, violé des centaines d’enfants. Seules les turpitudes dans l’enseignement catholique sont dévoilées. Pour ma part, j’avais initié et publié en 2000, au Figaro, une série d’enquêtes de Laurence Beneux et Christophe Doré sur les réseaux pédophiles internationaux, dans l’indifférence de Libération qui défendait naguère, avec Matzneff, les relations sexuelles entre adultes et enfants.

En fait, rien n’est plus lâche que la seule traque médiatique d’un écrivain de 90 ans, ruiné, esseulé et malade, poursuivi jusque dans ses rares apparitions publiques après avoir été applaudi par l’intelligentsia de Saint-Germain-des-Prés1 pour ses goûts sexuels pour« les moins de seize ans », titre d’un de ses livres à succès. Cette chasse à l’homme à terre illustre l’attrait persistant de la gauche pour la volte-face, la meute lyncheuse, la loi des suspects. Le scandale Matzneff, qui n’aura pas de réponse pénale pour cause de prescription, tient du pharisaïsme : il fait oublier les compromissions morales du « progressisme » faussement vertueux. 

Ces indignations de façade contre la pédocriminalité sont aussi hypocrites que les soudains élans de la gauche pour la liberté d’expression, exigée pour critiquer Israël dans sa guerre contre l’islamisme judéophobe ; une spécialité de LFI partagée par la Macronie. Il est certes exact que le projet de loi Yadan, visant à « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », porte des contraintes qui entraveraient les opinions, même détestables, contre l’Etat juif. Toutefois cette gauche redevient vite liberticide, et le bloc central avec elle, dès qu’il s’agit d’interdire CNews ou de mettre X sous surveillance. 

Ces combats pour un libre antisionisme sont aussi insincères que l’intransigeance lacunaire contre la pédocriminalité. Dans les deux cas, la gauche choisit ses cibles.

1 Laurence Beneux, Pédocriminalité, l’hypocrisie française, Cherche Midi (2026)

INVITATION au Show-case de Dr Rock and the famous merengo (concert gratuit) le 1er mai à 19h

PDF de l’affiche à télécharger en cliquant ICI

A l’occasion du 1e mai, date de sortie du premier LP de Weekend Millionnaire en 1978, Nicolas Gorodetzky vous propose un showcase musico-littéraire

dans un endroit très sympa à deux pas du Golf Drouot (cher à Navarre et Thomas : nous avons gagné plusieurs Tremplins avec l’ancêtre de WEM : Pêche Melba)

mais aussi face au Palace où il a joué avec Alain Chamfort, lors d’une tournée mémorable dans les années 80

à 19h au 5 rue du faubourg Montmartre « Ma cocotte du Faubourg« , bistro- brasserie parisienne et un lieu cozy pour présenter : 

-« La limite de Hayflick » thriller de Niko Gorodetzky (présentation par Guilaine Depis)

-suivi d’un mini concert d’une heure en formation réduite, avec des extraits des 2 albums de :

Voici le lien pour le press kit (Cliquez ICI)
Pour ceux qui souhaitent dîner, je conseille de réserver : 01 47 70 88 64

Parkings public : Grand Rex ou Drouot

Contact Presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Thierry Boeuf rend compte du Prix Cazes

Réécoutez ICI

Intensité maximum cette semaine dans les bistrots parisiens, entre les prix littéraires et l’attribution de la coupe du meilleur pot et de la bouteille d’or qui récompense les meilleurs établissements gourmands de la capitale.

Cette année à la brasserie Lipp, on célébrait le 90e prix Cazes, les 11 membres du jury ont couronné Adèle Rosenfeld pour son ouvrage « L’extinction des vaches de mers » chez Grasset. Une foule compacte entourerait la présidente du jury, Léa Santamaria, elle-même libraire « Aux Libres Champs » dans le 6e arrondissement.

Claude Guittard, ancien directeur de chez Lipp, membre du jury et fin connaisseur de l’histoire de cette brasserie mythique au cœur de Saint Germain des Près nous rappelle que ce prix littéraire a été créé en 1935 dans une ambiance disons très festive ou le mot d’ordre était « buvons du vin, vivons joyeux. »

1935, Marcelin Cazes n’a eu qu’à traverser le boulevard Saint Germain pour s’inspirer de la création de son prix littéraire, juste en face, son compatriote auvergnat, le patron du bistrot chic « Les Deux Magots » avait créé le sien deux ans auparavant. Alors depuis 90 ans, la brasserie Lipp, accueille le fameux jury du prix Cazes qui ne manque pas s’adonner à la pratique littéraire entre un bon plat de choucroute fumante et d’un cervelas rémoulade nappé de moutarde agrémentés d’un bordeaux générique de la maison ou d’un désaltérant sérieux de bière blonde de 50cl.

Oui, du rez-de-chaussée au premier étage, Lipp exhale le souffle littéraire de Saint Germain des Près, tous ces écrivains, journalistes, auteur dramatique, entre deux bouchées de sole meunière, de vol au vent au riz de veau ou de faux filet de cochon aux morilles écrivaient leur futurs romans, essais, nouvelles, articles, comme Hemingway, Jacques Laurent, Camus, Simone de Beauvoir, Jean Paul Sartre ou encore Albert Cossery qui sortait de sa tanière de la rue de Seine, l’hôtel la Louisiane, et s’installait tous les jour à 14h30 à la même table de chez Lipp.

Plus qu’une brasserie pour manger, boire, écrire et parler, Lipp pour rêver de Paris au cœur de Paris…

« Libération, Tribunal des bonnes moeurs » par Elisabeth Lévy

«Libération», tribunal des bonnes mœurs

Gabriel Matzneff a osé sortir de chez lui, rapporte le quotidien de gauche.


Décidément, le journalisme de police ne se repose jamais. À peine terminé le délicieux épisode du grand PatCo balançant à l’antenne une blagounette à deux balles, faite par Fabien Roussel en privé qui vaut au communiste d’être traîné devant le tribunal des militantes-et-élues, je reçois l’appel d’un journaliste de Libération. Il veut m’interroger sur une soirée qui s’est déroulée chez Lipp le 14 avril pour la remise du prix Cazes. Je le vois venir à des kilomètres. La seule chose qui l’intéresse, c’est la présence de Gabriel Matzneff, déjà signalée par quelques tweets indignés, photos à l’appui. Le gars veut savoir si, au moins, quelqu’un dans l’assemblée s’est offusqué de cette infâmie, si quelques bons esprits ont bruyamment quitté la salle en proclamant qu’ils ne sauraient se trouver dans la même pièce qu’un tel monstre. Je lui coupe la parole sans amabilité excessive: « Vos questions de flic, vous pouvez vous les garder. »  À l’évidence, il ne comprend pas la raison de mon énervement: « Je veux juste savoir s’il y a eu des réactions. » Ma pomme: « Trouvez-vous un autre mouchard, comme ça vous pourrez dresser la liste des salauds qui n’ont rien dit. » Coupables par omission et par association.

« Tout de même, insiste-t-il, cette présence peut interpeller. » Réponse de votre servante: « Eh bien, faites la liste des non-interpellés. Décidément, nous ne faisons pas le même métier. Sans doute ne fréquentez-vous que des gens parfaitement irréprochables, bravo ! » Il ne doit pas rigoler tous les jours, le confrère.

Pour finir, il brandit un argument qu’il pense indiscutable : « Vous savez je ne suis pas le seul. » Là, je dois l’avouer, j’explose : « C’est ça votre justification ? Que vous faites partie d’une meute ? Que vous êtes moutonnier ? » Venant d’un journaliste officiant dans un quotidien qui se croit subversif mais qui est la pointe avancée du conformisme progressiste, c’est un aveu : « mutin de Panurge », comme disait mon cher Muray, et fier de l’être.

La conversation se termine plutôt fraîchement – de mon fait. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui adresser le message suivant, en l’invitant à me citer si ça lui chante. « C’est vraiment marrant les gens de gauche maintenant. Ils adorent se joindre à la meute. Si je vous comprends bien, Matzneff devrait passer les dernières années de sa vie enfermé chez lui. Et vous êtes « interpellé » parce que les gens qui étaient présents à cette soirée n’ont pas poussé des hurlements horrifiés, écrit des tribunes et demandé urbi et orbi la mort sociale du pécheur. Cette peine, aucun tribunal ne l’a prononcée sinon celui de la bienséance que vous incarnez si bien.  Je suis sûre que vous êtes fier d’être du bon côté contre un vieillard isolé et ruiné. Moi j’appelle cela du journalisme de police. » J’ajoute que, chose qu’il semble totalement ignorer, Matzneff a récemment bénéficié d’un non-lieu. Aussi pensait-il naïvement que la chasse aux sorcières allait prendre fin et que Gallimard allait l’accueillir à bras ouverts en lui jurant que tout est pardonné. Mais le tribunal populaire se fiche éperdument des décisions de la Justice.

Gabriel Matzneff n’est pas un saint (contrairement, sans doute, aux journalistes de Libé). Quelles qu’aient été ses erreurs ou fautes, il a suffisamment payé. Abandonné par la plupart de ses amis (qui connaissaient pourtant son goût pour les jeunes filles), renié par son éditeur qui a mis ses livres à l’index, malade et ruiné : il est devenu un paria. Pour les matons qui se croient chargés de veiller à la morale publique, il devrait sans doute s’auto-incarcérer. Ces gens sont les « croquantes et des croquants » de Brassens, tous ces « gens bien intentionnés » qui, avec une bonne conscience inébranlable, chassent en bande. Désolée, mais je vais encore sortir mon Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » Et ça, voyez-vous, j’en suis plutôt fière.