Saisons de culture était au Prix Cazes 2026

Prix CAZES 2026 – 90e anniversaire

Par Mylène Vignon

Pour les 90e anniversaire du prix « CAZES » décerné chaque printemps à la Brasserie LIPP, la cérémonie du célèbre prix littéraire était organisée d’une main de maître par Claude Guittard et Stéphane Counelakis, son successeur à la direction du mythique établissement germanopratin.
Nous y avons retrouvé l’élite parisienne de la presse ainsi que des auteurs bien connus de Saisons de Culture, tels : Noëlle Châtelet, Erwan d’Harmental, Gilles Trichard, Yves-Alexandre Julien, Barbara Orzelowska …
C’est à l’invitation de Guilaine Depis de Balustrade, que nous avons eu le privilège de découvrir la lauréate de ce prix littéraire prestigieux, Adèle Rosenfeld pour son roman: L’extinction des vaches de mer. (Grasset).
La brasserie Lipp érigée en 1880, a traversé les nombreuses vicissitudes de la capitale, accueillant depuis toujours en ses salles, le public le plus exigeant.
Ici, les plats principaux restent immuables au menu, désignant le jour de la semaine.
Les desserts sont incomparables et gourmands ! Qui n’a pas déjà gouté l’iconique baba au rhum, ne connaît pas le fleuron de la plus suave des pâtisseries françaises.
Tel est un dicton bien connu des Parisiens: On déjeune chez Lipp et on traverse le boulevard SaintGermain pour prendre le café au Flore!
Les ouvrages sélectionnés pour le prix CAZES 2026 : 
Les Explorateurs de Legor GRAN (P.O.L)
L’Extinction des vaches de mer d’ Adèle ROSENFELD (Grasset)
L’Enfant du vent des Féroé d’Aurélien GAUTHERIE (Les éditions Noir sur Blanc)
Je suis la fille de Casanova de Cécile GUIDOT (Mercure de France).
(Le jury est présidé par Léa Santamaria et Claude Guittard).

Le Contemporain aime la « 90ème édition du Prix Cazes : la célébration d’une littérature de la disparition tenue, et sans fracas »

90ème édition du Prix Cazes : la célébration d’une littérature de la disparition tenue, et sans fracas

■ L’heureuse lauréate du prix Cazes 2026, Adèle Rosenfeld. DR.
 

Par Yves-Alexandre Julien – Critique littéraire.

À la brasserie Brasserie Lipp, le Prix Cazes a, mardi 14 avril, couronné Adèle Rosenfeld pour « L’Extinction des vaches de mer » second roman d’une singulière concision, ouvragé sans ostentation, où la disparition du vivant est élevée à la dignité d’une matière littéraire première. La cérémonie marquait en outre le quatre-vingt-dixième anniversaire d’un prix institué en 1935, demeuré fidèle à son ancrage germanopratin comme à son inclination pour les ouvrages qui se soutiennent d’eux-mêmes, sans béquilles d’époque.

Il y avait, comme toujours en ces lieux, ce composé subtil de mondanité policée, de fidélité presque liturgique et d’une gravité légère, convenant aux distinctions parisiennes lorsqu’elles n’abdiquent pas tout à fait leur discernement. La salle, sonore de propos croisés et de verres entrechoqués, laissait affleurer une sociabilité d’un autre âge, où le boulevard des lettres, sans ignorer son propre déclin, persiste à rejouer ses rites avec une élégance légèrement surannée, mais non point caduque. Le décor ici ne relève pas du simple apparat : il constitue la scansion même du prix, son cérémonial et, pour ainsi dire, sa mémoire incarnée.

Nommer, connaître, effacer

Le livre primé prend appui sur un fait d’histoire naturelle : en 1741, le naturaliste Georg Wilhelm Steller observe une grande espèce marine bientôt désignée sous le nom de « vache de mer », avant que celle-ci ne s’évanouisse avec une célérité presque indécente. De cette donnée, l’autrice ne tire ni un prétexte ni une simple anecdote, mais une méditation serrée : il s’agit moins de narrer une extinction que de saisir cet instant fugitif où un être est nommé, circonscrit par le regard, puis voué à l’effacement.

Adèle Rosenfeld transmue ce matériau en une trame à la fois d’exploration, d’enquête et de remémoration. L’histoire n’y est jamais reléguée au rang d’ornement : elle se fait expérience de pensée, presque spéculation tacite sur les opérations de la connaissance – décrire, classer, inventorier – et sur la menace qu’elles recèlent, comme si toute nomination portait déjà en germe une forme d’atteinte.

La disparition comme expérience intime

Ce qui saisit tient à l’alliance peu commune d’une précision quasi scientifique et d’une prose d’une sensibilité retenue, proche de la méditation. L’ouvrage suggère qu’un animal peut périr deux fois : d’abord dans le réel, puis dans la langue, si nul ne se soucie d’en conserver la trace. Il y a là une réflexion sur l’oubli qui procède par insinuation, par sédimentation lente, plutôt que par proclamation.

Le roman ne se borne pas à exhumer une espèce abolie : il articule cette disparition à une interrogation plus intime, touchant à la mémoire, à l’héritage familial et à ces silences que l’on charrie sans toujours en démêler l’origine. C’est en ce point que le texte acquiert sa profondeur la plus sûre, opérant un passage du large au for intérieur sans jamais verser dans l’emphase.

Un choix salubre dans un paysage saturé

Le jury, présidé par Léa Santamaria , réunissait notamment Claude Guittard, Mohammed Aïssaoui , Mahilde Brézet , Marie Charrel, Gérard de Cortanze, Nicolas d’Estienne d’Orves, Christine Jordis et Eric Roussel.

Non point un cénacle fortuit, mais un aréopage où se conserve, avec ténacité, une mémoire des lettres et une exigence qui ne se dément pas.

Plusieurs personnalités issues du monde intellectuel, littéraire, médiatique ou universitaire français ont rendu honneur par leur présence à ce prix de renom et parmi elles : Marie de Hennezel, Stéphanie Janicot, Elisabeth Lévy, Franck Ferrand, Bruno de Cessole, Romaric Sangars, Marie Binet, Eugénie Bastié, Julien Cendres, Michel Maffesoli, Mylène Vignon, Noëlle Châtelet, Irène Frain, Yannis Ezziadi, Ivan Rioufol …

En distinguant Adèle Rosenfeld, le Prix Cazes accomplit un choix heureux, presque salubre, à rebours d’une production souvent alignée sur les recettes dominantes. Rien ici de tapageur ni d’aisément substituable : un livre au sujet inattendu, d’ambition mesurée mais d’exécution ferme.

Le jury du Prix Cazes 2026 devant la mythique brasserie Lipp. DR.

Une victoire discrète de la littérature

Depuis sa fondation en 1935, le Prix Cazes distingue romans, essais, biographies, mémoires ou nouvelles, et s’est souvent fait le révélateur d’écritures appelées à compter. En cette quatre-vingt-dixième édition, il rappelle qu’une récompense littéraire peut encore se prévaloir d’une utilité simple : faire surgir un texte qui mérite d’être lu avant d’être glosé.

La distinction accordée à « L’Extinction des vaches de mer » dit enfin quelque chose de l’état présent des lettres : au milieu du verbiage ambiant, une œuvre brève, précise, habitée par la perte et par le vivant, peut encore atteindre juste. Modeste victoire, sans doute, mais victoire néanmoins.

On sourira toujours des cocktails, des jurys et des liturgies de brasserie ; il n’en demeure pas moins que ces rituels, en certaines occurrences, préservent l’essentiel. Chez Lipp, la littérature ne s’est point proclamée triomphante : elle s’est tenue, simplement, défendue avec tact, goût et une obstination feutrée.

Ainsi le Prix Cazes 2026 consacre-t-il un ouvrage qui affronte la disparition sans abdiquer la beauté phrastique. Dans une saison prompte à hausser le ton, Adèle Rosenfeld propose une voix qui écoute, fouille et confère au manque une forme intelligible – presque, au sens ancien, une forme juste.


À lire
« L’Extinction des vaches de mer », 2026

Par Rosenfeld Ajouter
160 pages

Technikart était présent au Prix Cazes 2026

Le Prix Marcelin Cazes chez Lipp

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Chronique d’une vertu intermittente par Ivan Rioufol

Chronique d’une vertu intermittente

Le billet d’Ivan Rioufol

Parce qu’il s’est retrouvé à une remise de prix à proximité du sulfureux Gabriel Matzneff, Ivan Rioufol est attaqué par les médias de gauche. Notre chroniqueur peste contre ces dénonciations tardives et ce tri des scandales.


La dénonciation à retardement de la pédocriminalité révèle, chez les épurateurs d’arrière-pensées, des vocations d’inquisiteurs à cartes de presse. Voici le mail reçu, jeudi dernier, d’un journaliste, Simon Blin : « Cher Monsieur, Je suis journaliste à Libération et je m’intéresse à la soirée qui s’est tenue à la brasserie Lipp cette semaine pour la remise du prix Cazes. J’aimerais comprendre la présence de Gabriel Matzneff, à vos côtés notamment. Serait-il possible d’en discuter ? Cordialement ». Ma réponse : « Cher Monsieur, Je me suis en effet rendu au prix Cazes mardi 14 avril. Il y avait parmi les invités Gabriel Matzneff. Je lui ai demandé où en étaient ses affaires judiciaires. Il m’a annoncé qu’il avait bénéficié d’un classement sans suite, qu’il n’avait jamais vu de juge, que sa correspondance lui avait été rendue. Je lui ai demandé s’il avait eu des contacts directs ou indirects avec Vanessa Springora; il m’a répondu que non. Voilà pour la courte conversation. Concernant ses pratiques pédophiles, étalées dans ses livres, elles étaient dénoncées dans les années 90 par le Figaro (j’y fus rédacteur en chef aux « Info Géné »), tandis que Libération les défendaient. Je ne vous apprends rien j’imagine. Cordialement ». 

En complément de l’article publié dès lors sur le site du journal, l’émission Quotidien, de Yann Barthès, a cité les noms d’invités (dont votre serviteur) dans le but de les rendre, par leur présence, complices d’acquiescement à la pédophilie. Mais ces zélés délateurs maintiennent l’omerta sur le nombre et l’identité des animateurs du périscolaire public qui ont, notamment à Paris depuis des années, violé des centaines d’enfants. Seules les turpitudes dans l’enseignement catholique sont dévoilées. Pour ma part, j’avais initié et publié en 2000, au Figaro, une série d’enquêtes de Laurence Beneux et Christophe Doré sur les réseaux pédophiles internationaux, dans l’indifférence de Libération qui défendait naguère, avec Matzneff, les relations sexuelles entre adultes et enfants.

En fait, rien n’est plus lâche que la seule traque médiatique d’un écrivain de 90 ans, ruiné, esseulé et malade, poursuivi jusque dans ses rares apparitions publiques après avoir été applaudi par l’intelligentsia de Saint-Germain-des-Prés1 pour ses goûts sexuels pour« les moins de seize ans », titre d’un de ses livres à succès. Cette chasse à l’homme à terre illustre l’attrait persistant de la gauche pour la volte-face, la meute lyncheuse, la loi des suspects. Le scandale Matzneff, qui n’aura pas de réponse pénale pour cause de prescription, tient du pharisaïsme : il fait oublier les compromissions morales du « progressisme » faussement vertueux. 

Ces indignations de façade contre la pédocriminalité sont aussi hypocrites que les soudains élans de la gauche pour la liberté d’expression, exigée pour critiquer Israël dans sa guerre contre l’islamisme judéophobe ; une spécialité de LFI partagée par la Macronie. Il est certes exact que le projet de loi Yadan, visant à « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », porte des contraintes qui entraveraient les opinions, même détestables, contre l’Etat juif. Toutefois cette gauche redevient vite liberticide, et le bloc central avec elle, dès qu’il s’agit d’interdire CNews ou de mettre X sous surveillance. 

Ces combats pour un libre antisionisme sont aussi insincères que l’intransigeance lacunaire contre la pédocriminalité. Dans les deux cas, la gauche choisit ses cibles.

1 Laurence Beneux, Pédocriminalité, l’hypocrisie française, Cherche Midi (2026)

INVITATION au Show-case de Dr Rock and the famous merengo (concert gratuit) le 1er mai à 19h

PDF de l’affiche à télécharger en cliquant ICI

A l’occasion du 1e mai, date de sortie du premier LP de Weekend Millionnaire en 1978, Nicolas Gorodetzky vous propose un showcase musico-littéraire

dans un endroit très sympa à deux pas du Golf Drouot (cher à Navarre et Thomas : nous avons gagné plusieurs Tremplins avec l’ancêtre de WEM : Pêche Melba)

mais aussi face au Palace où il a joué avec Alain Chamfort, lors d’une tournée mémorable dans les années 80

à 19h au 5 rue du faubourg Montmartre « Ma cocotte du Faubourg« , bistro- brasserie parisienne et un lieu cozy pour présenter : 

-« La limite de Hayflick » thriller de Niko Gorodetzky (présentation par Guilaine Depis)

-suivi d’un mini concert d’une heure en formation réduite, avec des extraits des 2 albums de :

Voici le lien pour le press kit (Cliquez ICI)
Pour ceux qui souhaitent dîner, je conseille de réserver : 01 47 70 88 64

Parkings public : Grand Rex ou Drouot

Contact Presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Thierry Boeuf rend compte du Prix Cazes

Réécoutez ICI

Intensité maximum cette semaine dans les bistrots parisiens, entre les prix littéraires et l’attribution de la coupe du meilleur pot et de la bouteille d’or qui récompense les meilleurs établissements gourmands de la capitale.

Cette année à la brasserie Lipp, on célébrait le 90e prix Cazes, les 11 membres du jury ont couronné Adèle Rosenfeld pour son ouvrage « L’extinction des vaches de mers » chez Grasset. Une foule compacte entourerait la présidente du jury, Léa Santamaria, elle-même libraire « Aux Libres Champs » dans le 6e arrondissement.

Claude Guittard, ancien directeur de chez Lipp, membre du jury et fin connaisseur de l’histoire de cette brasserie mythique au cœur de Saint Germain des Près nous rappelle que ce prix littéraire a été créé en 1935 dans une ambiance disons très festive ou le mot d’ordre était « buvons du vin, vivons joyeux. »

1935, Marcelin Cazes n’a eu qu’à traverser le boulevard Saint Germain pour s’inspirer de la création de son prix littéraire, juste en face, son compatriote auvergnat, le patron du bistrot chic « Les Deux Magots » avait créé le sien deux ans auparavant. Alors depuis 90 ans, la brasserie Lipp, accueille le fameux jury du prix Cazes qui ne manque pas s’adonner à la pratique littéraire entre un bon plat de choucroute fumante et d’un cervelas rémoulade nappé de moutarde agrémentés d’un bordeaux générique de la maison ou d’un désaltérant sérieux de bière blonde de 50cl.

Oui, du rez-de-chaussée au premier étage, Lipp exhale le souffle littéraire de Saint Germain des Près, tous ces écrivains, journalistes, auteur dramatique, entre deux bouchées de sole meunière, de vol au vent au riz de veau ou de faux filet de cochon aux morilles écrivaient leur futurs romans, essais, nouvelles, articles, comme Hemingway, Jacques Laurent, Camus, Simone de Beauvoir, Jean Paul Sartre ou encore Albert Cossery qui sortait de sa tanière de la rue de Seine, l’hôtel la Louisiane, et s’installait tous les jour à 14h30 à la même table de chez Lipp.

Plus qu’une brasserie pour manger, boire, écrire et parler, Lipp pour rêver de Paris au cœur de Paris…

« Libération, Tribunal des bonnes moeurs » par Elisabeth Lévy

«Libération», tribunal des bonnes mœurs

Gabriel Matzneff a osé sortir de chez lui, rapporte le quotidien de gauche.


Décidément, le journalisme de police ne se repose jamais. À peine terminé le délicieux épisode du grand PatCo balançant à l’antenne une blagounette à deux balles, faite par Fabien Roussel en privé qui vaut au communiste d’être traîné devant le tribunal des militantes-et-élues, je reçois l’appel d’un journaliste de Libération. Il veut m’interroger sur une soirée qui s’est déroulée chez Lipp le 14 avril pour la remise du prix Cazes. Je le vois venir à des kilomètres. La seule chose qui l’intéresse, c’est la présence de Gabriel Matzneff, déjà signalée par quelques tweets indignés, photos à l’appui. Le gars veut savoir si, au moins, quelqu’un dans l’assemblée s’est offusqué de cette infâmie, si quelques bons esprits ont bruyamment quitté la salle en proclamant qu’ils ne sauraient se trouver dans la même pièce qu’un tel monstre. Je lui coupe la parole sans amabilité excessive: « Vos questions de flic, vous pouvez vous les garder. »  À l’évidence, il ne comprend pas la raison de mon énervement: « Je veux juste savoir s’il y a eu des réactions. » Ma pomme: « Trouvez-vous un autre mouchard, comme ça vous pourrez dresser la liste des salauds qui n’ont rien dit. » Coupables par omission et par association.

« Tout de même, insiste-t-il, cette présence peut interpeller. » Réponse de votre servante: « Eh bien, faites la liste des non-interpellés. Décidément, nous ne faisons pas le même métier. Sans doute ne fréquentez-vous que des gens parfaitement irréprochables, bravo ! » Il ne doit pas rigoler tous les jours, le confrère.

Pour finir, il brandit un argument qu’il pense indiscutable : « Vous savez je ne suis pas le seul. » Là, je dois l’avouer, j’explose : « C’est ça votre justification ? Que vous faites partie d’une meute ? Que vous êtes moutonnier ? » Venant d’un journaliste officiant dans un quotidien qui se croit subversif mais qui est la pointe avancée du conformisme progressiste, c’est un aveu : « mutin de Panurge », comme disait mon cher Muray, et fier de l’être.

La conversation se termine plutôt fraîchement – de mon fait. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui adresser le message suivant, en l’invitant à me citer si ça lui chante. « C’est vraiment marrant les gens de gauche maintenant. Ils adorent se joindre à la meute. Si je vous comprends bien, Matzneff devrait passer les dernières années de sa vie enfermé chez lui. Et vous êtes « interpellé » parce que les gens qui étaient présents à cette soirée n’ont pas poussé des hurlements horrifiés, écrit des tribunes et demandé urbi et orbi la mort sociale du pécheur. Cette peine, aucun tribunal ne l’a prononcée sinon celui de la bienséance que vous incarnez si bien.  Je suis sûre que vous êtes fier d’être du bon côté contre un vieillard isolé et ruiné. Moi j’appelle cela du journalisme de police. » J’ajoute que, chose qu’il semble totalement ignorer, Matzneff a récemment bénéficié d’un non-lieu. Aussi pensait-il naïvement que la chasse aux sorcières allait prendre fin et que Gallimard allait l’accueillir à bras ouverts en lui jurant que tout est pardonné. Mais le tribunal populaire se fiche éperdument des décisions de la Justice.

Gabriel Matzneff n’est pas un saint (contrairement, sans doute, aux journalistes de Libé). Quelles qu’aient été ses erreurs ou fautes, il a suffisamment payé. Abandonné par la plupart de ses amis (qui connaissaient pourtant son goût pour les jeunes filles), renié par son éditeur qui a mis ses livres à l’index, malade et ruiné : il est devenu un paria. Pour les matons qui se croient chargés de veiller à la morale publique, il devrait sans doute s’auto-incarcérer. Ces gens sont les « croquantes et des croquants » de Brassens, tous ces « gens bien intentionnés » qui, avec une bonne conscience inébranlable, chassent en bande. Désolée, mais je vais encore sortir mon Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » Et ça, voyez-vous, j’en suis plutôt fière.

Viabooks célèbre le Prix Cazes

Prix Cazes 2026 : Adèle Rosenfeld lauréate pour «L’extinction des vaches de mer»

Le 90ème Prix Cazes a été décerné le 14 avril 2026 à la Brasserie Lipp. à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset)

De l’extinction des vaches de mer aux disparitions intimes

La Rhytine de Steller, plus connue sous le nom de «  vache de mer  », a été découverte en 1741 par le naturaliste allemand Georg Wilhelm Steller. C’est lors d’une expédition dans les eaux glacées du Pacifique nord qu’il rencontre ce gigantesque animal marin au destin tragique – puisqu’il s’éteindra définitivement 27 ans après son premier contact avec les hommes. À la fois roman d’aventure, épopée scientifique et plongée dans l’intimité d’un équipage échoué, L’extinction des vaches de mer nous entraîne dans la vie d’un grand explorateur lancé dans la bataille que se livrent les savants européens du XVIIIème siècle pour s’approprier de nouvelles terres et des espèces encore inconnues. Jusqu’à trouver ces vaches de mer devenues mythiques, dont la chair a le pouvoir de sauver les naufragés affamés, sa graisse de les réchauffer, et ses airs de sirène de les enivrer.
Mais si la Rhythine de Steller a envahi l’imaginaire de la narratrice, de quoi cette obsession est-elle le nom  ? Porté par une écriture poétique, sensorielle, L’extinction des vaches de mer interroge la possibilité de préserver ce qui menace de s’effacer : un animal, un grand-père, une langue, une histoire familiale. À travers la figure de Steller, scientifique hanté par la beauté et la fragilité du vivant, Adèle Rosenfeld propose une réflexion bouleversante sur la disparition, les douleurs silencieuses et le besoin de transmettre.

Composition du jury du prix Cazes

Léa Santamaria (Présidente), Claude Guittard  (Secrétaire Général), Mohammed Aïssaoui, Gautier Battistella, Mathilde Brezet, Marie Charrel, Gérard de Cortanze, Nicolas d’Estienne d’Orves, Christine Jordis, Eric Roussel.

Fondé en 1935 par Marcellin Cazes, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles. 

Le 90ème Prix Cazes décerné à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset)

Le jury du Prix Cazes a décerné le 90ème Prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset) le 14 avril 2026 à la Brasserie Lipp.

Fondé en 1935 par Marcellin CAZES, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles. 
Il est décerné chaque année par un jury composé de :
Léa SANTAMARIA (Présidente), Claude GUITTARD  (Secrétaire Général), Mohammed AÏSSAOUI, Gautier BATTISTELLA, Mathilde BREZET, Marie CHARREL, Gérard de CORTANZE, Nicolas d’ESTIENNE D’ORVES, Christine JORDIS,  Eric ROUSSEL
Contact presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

photo du jury 2026 où il manque Christine Jordis et Gautier Battistella.

L’Incorrect était présent au Prix Cazes

Par Romaric Sangars

Hier soir, à la mythique brasserie Lipp, était remis le 90e prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’Extinction des vaches de mer ». L’occasion de trinquer à la santé de ce qu’il reste de littérature.
© Prix Cazes

Il y avait foule, hier soir à Saint-Germain-des-Prés, sur le trottoir de chez Lipp et dans l’arrière-salle de cette brasserie rivale du Flore, en face, et dont le prix littéraire concurrent, d’habitude remis de manière plutôt perspicace, avait été décerné, à l’automne dernier, à Toutes les vies, de Rebeka Warrior (Stock), un navet opportuniste parfaitement calibré pour la dernière rentrée : noir-deuil, mauve-queer et style pâle. En récompensant Adèle Rosenfeld pour son Extinction des vaches de mer (Grasset), le jury du prix Cazes, dont c’était le 90e anniversaire, aura donc remporté haut la main, cette année, le concours de goût sur le boulevard du livre. Félicitons Léa Santamaria, sa présidente, Claude Guittard, Mohammed Aïssaoui, Gautier Battistella, Mathilde Brézet, Marie Charrel, Gérard de Cortanze, Nicolas d’Estienne d’Orves, Christine Jordis et Eric Roussel, qui eurent raison de célébrer le livre insolite d’Adèle Rosenfeld.

Lire aussi : « Juste une illusion » : mémoire truquée

Deuxième roman d’un écrivain déjà remarqué, L’Extinction des vaches de mer raconte la découverte en 1741, par le scientifique allemand Steller, d’une nouvelle espèce marine : des animaux massifs et étranges, qu’il baptisera « vaches de mer ». Autour de cette île où le scientifique débarque, dans le Pacifique nord, elles sont innombrables et les marins s’amusent à les massacrer sans raison. Trente ans plus tard, l’espèce a disparu, remportant « le plus sinistre record de l’intervalle de temps entre sa découverte et son extinction. » Sujet aussi cocasse que tragique, Adèle Rosenfeld le traite avec finesse dans un récit bref à la langue travaillée, poétique, au plus près des éléments, après avoir été happée, fascinée, par la découverte de l’événement comme de ces animaux paisibles et grâcieux si absurdement exterminés.

La foule était serrée et joyeuse, on y croisait des personnes de qualité buvant des vins fins, quelques membres du jury du prix des Hussards ou du prix Roger Nimier, qui préparaient leurs propres verdicts, à venir bientôt. On avait appris, le jour-même, l’éviction soudaine du grand Olivier Nora, directeur de Grasset, maison de la lauréate, ce qui laissait pour le moins perplexe cette assemblée d’écrivains et de journalistes, quand, d’un autre côté, le déclin général de la lecture nourrissait des inquiétudes que seule une bonne quantité de champagne était en mesure de nuancer. Il ne restait qu’à espérer que la littérature elle-même ne devînt pas, bientôt, une espèce éteinte. Hier soir, on lui offrait néanmoins un peu de sursis.

© Prix Cazes