Argoul sensible à l’immense travail de recherche de l’auteur décrit une « évocation captivante » de Martin Akmada

 

Préambule de Guilaine Depis :
Passons outre la bassesse d’un critique vulgaire et politiquement hostile et hâtons-nous de plonger dans le travail élevé et digne de Pablo Daniel Magee.
Un journaliste comme un blogueur, même pas payé pour passer du temps à lire un livre, a certes le droit d’en écrire ce qu’il veut. Si on veut uniquement des articles positifs, il faut mettre son argent dans l’achat d’encarts publicitaires, là on peut y écrire ce qu’on veut, c’est beaucoup plus sûr que d’engager une attachée de presse qui ignore quand elle envoie le livre si le journaliste ou blogueur en écrira du bien ou du mal.
C’est impossible à savoir avant d’avoir lu, même pour le journaliste ou le critique.
Toutefois, je ne peux qu’être consternée de lire comme une « vengeance » politique un article récent d’Argoul, blogueur de centre droit, allergique au combat humaniste de mon auteur Pablo Daniel Magee, dont la passion de la vérité a motivé la démarche de défricheur du plan Condor. 
Les faits sont têtus ; et si cela ne fait nul doute que Pablo Daniel Magee est animé de bons sentiments (d’ailleurs la planète serait davantage paisible et juste si elle était peuplée de davantage de gens comme lui ; ce n’est quand même pas un crime d’être animé de bons sentiments, n’inversons pas la culpabilité entre les tortionnaires et les idéalistes !), ce qu’il écrit est avéré, prouvé, officiel à un point tel que plusieurs universités du monde entier sont en train de commander son livre et de le considérer comme « thèse d’histoire ».
S’il y a bien un chercheur sérieux (je l’ai rencontré, et son souci des détails et de la rigueur des faits m’a fortement impressionnée), animé par l’exigence de la vérité historique, c’est bien Pablo Daniel Magee, qui a réalisé en 2020 et comme pionnier un livre majeur sur la torture en Amérique latine, équivalent de toute la littérature concentrationnaire sur notre continent.
Il y a eu des négationnistes sur la Shoah. J’espère qu’il n’y en aura pas sur la torture infligée aux opposants de l’Amérique latine durant la Guerre froide.
C’est parce que le critique littéraire Argoul a osé railler avec des termes grossiers qui font mal l’ignominie de ces comportements des dictateurs, a osé douter de l’implication de l’administration Kissinger, que je mesure davantage encore la tâche qui m’incombe de faire connaître et lire ce livre admirable, de militer pour la mémoire et le rétablissement de la vérité.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de Nuremberg en Amérique latine que la torture n’a pas existé ; les archives découvertes par Martin Almada sont éloquentes.
Par la plume de Pablo Daniel Magee, enfin ce travail émerge ; il est de notre devoir d’humains, si nous sommes des Hommes (Primo Levi) de nous en souvenir afin d’en tirer des leçons pour l’avenir.
Les temps sont troublés, « Opération Condor » doit nourrir notre réflexion sur ce qui nous menace.
Voilà un aspect essentiel du livre, le plus important pour l’humanité et les générations futures, mais on y prend surtout un plaisir immense de lecture, car c’est aussi un roman qui nous révèle plusieurs secrets insolites et méconnus. La plume est admirable, et cela même Argoul, l’admet. Passons outre la bassesse de ce critique vulgaire et politiquement hostile et hâtons-nous de plonger dans le travail élevé et digne de Pablo Daniel Magee. Guilaine Depis

Ce livre est un « roman vrai » et raconte l’histoire de Martin Almada, rencontré en mai 2010 lors d’une mission au Paraguay pour l’ONG Graines d’énergies par un journaliste français d’alors 25 ans formé à Londres. Martin jouait pieds nus à 6 ans dans la boue avec les petits indiens Chamacoco de Puerto Sastre. Il aimait l’école et apprendre, vendant les beignets de sa grand-mère aux lycéens avant d’écouter les cours sous leurs fenêtres puis de réussir des études. Il deviendra le premier docteur (en sciences de l’éducation) du Paraguay, formé à l’université nationale de La Plata en Argentine à 37 ans. Mais il reste du peuple, axé vers la pédagogie, seul moyen de sortir de l’esclavage moderne des patrons et des militaires.

Ce sera son chemin de croix. Contestataire marxiste version Fidel Castro, qu’il rencontrera tard dans sa vie, il éduque ses enfants et ses élèves à l’esprit critique dans le meilleur des Lumières. Il fonde une école, l’institut Juan Baustista Alberdi à San Lorenzo, dont la pédagogie conduit la plupart de ses élèves au bac. Il poursuit ses études de droit et devient avocat en 1968, à 31 ans. Mais il évite le dictateur Alfredo Stroessner, omniprésent président depuis 1954 de ce petit Etat enclavé du Paraguay, et le titre de sa thèse sur l’éducation dans son pays le fera soupçonner de « communisme ». Or on ne badine pas avec cette peste rouge depuis l’arrivée au pouvoir sans aide extérieure de Castro à Cuba. Les Etats-Unis mettent en place en 1975 un cordon sanitaire idéologique, financier et militaire pour contenir la gangrène. C’est l’opération Condor qui vise, sous l’égide de la CIA, à coordonner les renseignements de six Etats latino-américains dictatoriaux : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay et Uruguay.

Alfredo Stroessner a utilisé Condor à des fins de politique intérieure pour faire arrêter et torturer ses opposants. Le dictateur a été élu et réélu sans qu’aucun citoyen ni aucun intellectuel ne s’en émeuve vraiment, sauf ceux de l’extérieur qui voulaient imiter Che Guevara. Seul ou presque, Martin Almada a fait front.

Ce roman se lit très bien. Martin Almada sera arrêté, torturé un mois puis détenu trois ans dans les prisons et les camps de Stroessner avant d’être libéré en 1977 sur pression d’Amnesty International et alors que le monde change. Le Mur communiste va bientôt tomber en révélant la face sombre du communisme : une « vérité » révélée qui ne supporte pas qu’on la contre. Martin s’établira au Panama puis en France à Paname, où il travaillera pour l’UNESCO. Lorsqu’il pourra revenir au Paraguay, une fois le dictateur renversé, ce sera pour découvrir en 1992 cinq tonnes d’archives de la terreur, enterrées sous un bunker de la dictature, et les révéler au public. 

Le concept de Condor a toujours obsédé Martin Almada et l’a poussé à en savoir plus, à recouper les informations de la revue de la police, à interroger des témoins ou à recueillir des confidences. Pour son combat pour les libertés, il reçoit en 2002 le prix Nobel altermondialiste, le Right Livelihood Award fondé en 1980 pour récompenser ceux qui trouvent des solutions concrètes aux défis écologiques, d’éducation et de justice dans notre monde.

Au total, une évocation captivante qui romance la geste peu connue de Martin Almada, humble demi indien du Paraguay, sur les années sombres de la lutte anticommuniste durant la guerre froide.

Pablo Daniel Magee, Opération Condor – Un homme face à la terreur en Amérique latine, 2020, préface de Costa Gavras, édition Saint-Simon, 377 pages, 22.00 €

Pierre Ménat dans Le Point par Emmanuel Berretta

Un nouveau traité européen, pourquoi pas ?

Telle est la proposition de Pierre Ménat, ancien diplomate et conseiller de Jacques Chirac, qui publie « Dix Questions sur l’Europe post-covidienne. »

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Modifié le – Publié le | Le Point.fr

Entre les éructations d’Erdogan et la crainte d’un reconfinement, y a-t-il encore de la place pour la réflexion européenne ? C’est parce que nous le croyons que le livre de Pierre Ménat Dix Questions sur l’Europepost-covidienne (L’Harmattan, 97 pages) mérite d’être lu. Cet ancien conseiller aux affaires européennes du président Chirac pose 10 questions « entre défiance et puissance » (tel est le sous-titre) au moment où tous se demandent si l’Europe est capable tout à la fois de protéger les Européens, de bâtir des stratégies industrielles, de défendre une monnaie forte face au dollar, de contrer le retour des grands empires ou s’il ne vaudrait pas mieux revenir au « chacun chez soi »…

Pierre Ménat propose, in fine, un nouveau traité. On entend déjà les sceptiques s’indigner d’un nouveau transfert de souveraineté. La source d’inspiration de ce diplomate retraité est puisée dans l’œuvre inachevée d’un grand homme : le général de Gaulle, promoteur d’un plan Fouchet mort-né. On ne fera pas de l’Europe une puissance respectée et respectable sans se choisir des partenaires fiables et susceptibles d’affirmer une position dans le monde.

Le retour du plan Fouchet

Revenons donc à la source : le général de Gaulle distinguait nettement le marché commun de la souveraineté en matière de défense et de politique étrangère. Il jugeait du reste la seconde plus impérieuse que le premier. Le plan Fouchet a été rejeté au début des années 1960, car, comme le rappelle Pierre Ménat, les Belges et les Néerlandais ne le trouvaient pas assez atlantiste et souhaitaient y inclure le Royaume-Uni. Ils redoutaient l’hégémonie de la France, surtout entre les mains du général…

Or, Pierre Ménat fait l’inventaire des obstacles révolus : le Royaume-Uni est entré, puis sorti de l’Union ; les États-Unis se désengagent ou le prétendent de la sécurité européenne ; le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement, créé dans les années 1970, a pris un essor considérable, conformément à ce que souhaitait de Gaulle… L’auteur y voit donc une opportunité : « Rassembler, écrit-il, ceux des États européens qui auraient la volonté de s’engager dans une Union étroite mais respectueuse des identités nationales. Mettre sur pied un Conseil de sécurité européen, indépendant des institutions de l’UE, qui traiterait des affaires étrangères et de la défense, mais qui pourrait élargir son action à d’autres domaines non couverts, ou insuffisamment, par les traités actuels, comme la santé, la culture ou la recherche. Bien entendu, un lien s’établirait entre cette Union politique et l’Union européenne. »

Josep Borrell, vaillant mais peu écouté

D’abord, on notera que la Commission et le Parlement n’en sont pas. Les institutions de l’UE ont été édifiées un peu au petit bonheur la chance des ouvertures politiques en ratant plusieurs fois le coche de l’approfondissement au moment des élargissements successifs. On se retrouve au bout du compte avec un ensemble qui poursuit plusieurs logiques sans jamais les rattraper : un bout de fédéralisme par-ci, un morceau de confédération par-là, une couche d’organisation internationale qui n’accueillerait pas seulement ses membres à part entière mais en associerait d’autres (Suisse, Norvège…) selon les compétences, les terrains de jeu… L’architecte de l’Europe n’existe pas. Ou plutôt, ils sont plusieurs, ont vécu à plusieurs époques, sous l’influence de divers courants. Imaginons une cathédrale commencée au XIe siècle, poursuivit dans le style Bauhaus, retouchée par Le Corbusier et dont l’emballage final aurait été confié à Christo et vous aurez une image assez exacte du monument européen. Pierre Ménat sollicite donc un dernier coup de main : celui du général de Gaulle pour achever l’Europe politique. Il faudrait aussi décider du sort de l’Otan, dont la Turquie est membre, ce qui laisse songeur… Là, l’auteur ne tranche pas.

Il existe bien cependant un « haut représentant pour les Affaires extérieures » au sein de l’UE. Il a même statut de vice-président de la Commission et jouit d’une administration volumineuse. Depuis que l’Espagnol Josep Borrell occupe le poste avec l’instauration de la Commission von der Leyen, le Catalan ne manie pas la langue de bois, mais, pour son plus grand malheur, il ne dispose que d’une épée… de bois. Ses analyses sont fameuses, mais ses moyens d’action inexistants. Appeler à des cessez-le-feu sans être en mesure de faire peser la moindre menace sur les belligérants est un exercice déprimant dont Josep Borrell s’acquitte non sans une certaine abnégation. Quand il ne dit rien, on enrage de l’impuissance de l’Europe. Quand il parle, on se moque de son impuissance à être écouté des puissants.

À quoi va servir la Conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Pour faire cesser cette comédie, Pierre Ménat propose donc de passer aux choses sérieuses : quelques États européens – et pas les 27 – sautent le pas d’une vraie politique étrangère commune. Ce Conseil de sécurité serait composé idéalement de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Pologne et… du Royaume-Uni. Londres, en effet, ne serait pas obligé de réadhérer à l’UE puisque ce traité serait indépendant des institutions. Angela Merkel avait formulé l’idée d’un Conseil de sécurité, mais elle le situait au sein de l’UE avec des membres tournants. Tant que la règle de l’unanimité demeurera, l’UE ne sera jamais à l’abri d’une prise d’otage par l’un des siens pour obtenir gain de cause sur un tout autre sujet. Pour passer cet obstacle, un nouveau traité de défense qui ne regrouperait que les États vraiment motivés.

« On objectera qu’il serait vain de créer une structure supplémentaire alors qu’il en existe déjà tant. Mais face aux immenses enjeux de la souveraineté européenne, qui peut prétendre que les structures actuelles sont adaptées ? Il faut donc essayer, le jeu en vaut la chandelle », conclut l’auteur. Le seul dirigeant capable de porter ce projet est par définition français : en l’occurrence, Emmanuel Macron ou la personne qui lui succédera. Macron reprendra-t-il le flambeau tombé à terre du général de Gaulle ? Et qui trouvera-t-il à Berlin, Londres, Rome, Madrid ou Varsovie pour l’aider dans cette entreprise jadis gâchée… La Conférence sur l’avenir de l’Europe qui doit, en principe (sauf reconfinement général), s’ouvrir avant la fin de cette année et s’étaler jusqu’au printemps 2022 est le lieu pour débattre et trancher cette immense question. Osera-t-on, à la fin, en cas de nouveau traité, quel qu’il soit, faire voter les peuples ? Difficile d’imaginer que l’Europe puisse se passer de cette assise populaire pour se projeter avec force dans les grands défis du siècle. Il faudrait accepter que ceux qui n’en voudront pas s’écartent pour laisser passer les autres.

Dix Questions sur l’Europe post-covidienne, Entre défiance et puissance, de Pierre Ménat, L’Harmattan, éditions Pepper

Christian de Moliner réagit sur Causeur à la décapitation de Samuel Paty

Après Conflans-Sainte-Honorine, la menace de l’escalade

« Applaudissez-moi ! » le troisième roman de Philippe Zaouati (thème : crise sanitaire & confinement & finance))

« Applaudissez-moi ! »

le troisième roman de Philippe Zaouati

Pour recevoir le livre / interviewer l’auteur, contact presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Parution octobre 2020 aux éditions Pippa

Samuel K. est un financier de haut-vol. Depuis la crise financière de 2008, il s’est reconverti dans le financement du développement durable. Nous sommes en août 2020, en plein coeur de l’épidémie de Covid-19. Il est convoqué par la brigade financière de Paris pour y être interrogé à propos d’un soupçon de détournement de fonds. A-t-il quelque chose à se reprocher ? La crise sanitaire l’a-t-elle fait replonger dans les eaux troubles de la finance opaque et spéculative ? Par petites touches, en revenant sur ses souvenirs et ses obsessions, il dévoile ses intentions à l’inspecteur qui l’interroge.

 

ARGUMENTAIRE

Le déclenchement de l’épidémie de Covid-19 est un choc pour Samuel K. Enfermé dans son appartement luxueux de l’île Saint-Louis, il rumine sa frustration, s’enfonce progressivement dans la déprime et décide de couper les ponts avec le monde extérieur. L’arrivée inattendue d’une infirmière va modifier le cours des événements. Samuel K. prend conscience de son incapacité à agir. Il se sent inutile, admire le courage de cette femme qui se bat contre le monstre. Il s’interroge sur le sens de sa vie depuis qu’il a quitté la banque Lehman Brothers, jeté dehors avec un carton sur les bras, au plus fort de la crise financière. Les souvenirs de sa fuite en Afrique lui reviennent. A-t-il vraiment appris ? « Ça recommence », se dit-il. Comment rebondir ? Pourquoi rebondir ? Quel acte fort peut-il accomplir pour être enfin fier de lui ?

 

« Il m’a fallu du temps pour comprendre que je servais d’alibi à un système qui ne subsiste qu’en persistant dans ses errements (…). »

« Les applaudissements, c’est bon pour les théâtres et les opéras, parce qu’on a payé sa place. 

Je n’ai pas le sentiment d’avoir payé ma place pour ce spectacle. 

Je suis un passager clandestin dans cette salle. Le mieux que j’aie à faire, c’est de rester silencieux pour qu’on ne me démasque pas.»

Philippe Zaouati dirige la filiale d’un grand groupe bancaire spécialisé dans la finance environnementale. 

Il est l’auteur de plusieurs essais et de trois romans.

Entretien de Philippe Zaouati sur « Applaudissez-moi ! » pour Variances

Entretien avec Philippe Zaouati, ENSAE 1989.

CEO Mirova

Mots-clés : Covid-19, Finance, Femmes, Roman

 

Philippe Zaouati est Directeur Général de Mirova. Après une carrière dans différentes institutions financières, dont la Caisse des Dépôts et le Crédit agricole, il se consacre depuis une dizaine d’années au développement de l’investissement responsable. Membre du groupe d’experts de haut niveau sur la finance durable de la Commission Européenne en 2018, co-fondateur et Président de l’initiative Finance for Tomorrow, auteur de plusieurs ouvrages dont « La finance verte commence à Paris » en 2018 et « Finance durable : l’heure de la seconde chance » en 2020, il a contribué à l’évolution du marché et de la réglementation en France et en Europe.

Il est par ailleurs co-fondateur et Président du think-tank Osons le Progrès.

Philippe est l’auteur de plusieurs romans, dont « Les refus de Grigori Perelman », dont la traduction anglaise sera publiée par l’American Mathematical Society.

Il enseigne la finance durable à Sciences Po.

 

Variances : Philippe, tu publies ton quatrième roman qui s’intitule « Applaudissez-moi ? », c’est un livre écrit pendant le confinement, c’était un besoin ? 

 

Philippe Zaouati : Oui, une sorte d’évidence. Quand le confinement a commencé mi-mars, j’avais la conviction que cela durerait plusieurs mois. Nous étions tous très occupés par la poursuite de nos activités professionnelles à distance, mais j’avais du mal à imaginer que cette période particulière ne donne pas naissance à des choses nouvelles, et pour moi cela passe toujours par l’écriture.

 

Variances : C’est aussi le thème de ce roman, pourquoi ?

 

PZ : Ce n’est pas un journal de bord du confinement comme on a pu en lire dans la presse, mais cette parenthèse d’isolement obligatoire nous pousse à une forme d’introspection. Le monde va-t-il redémarrer comme avant ? Y aura-t-il un « monde d’après » ? Sera-t-on meilleurs en sortant du confinement ? Quelles leçons doit-on en tirer ?

 

Variances : Est-ce que l’écriture peut-être une réaction à l’actualité ?

 

PZ : Non, pas une réaction à l’actualité, plutôt une façon de prendre du recul. Ce roman est en fait la suite du premier roman que j’ai écrit en 2011, « La fumée qui gronde ». Il racontait la descente aux enfers d’un trader de Lehman Brothers, humilié par la crise financière, golden boy déchu qui se retrouve un matin sur le perron de la banque avec une boite en carton contenant ses affaires personnelles sur les bras. C’était l’histoire de sa fuite et d’une prise de conscience. Dans « Applaudissez-moi ! », on retrouve ce personnage quinze ans plus tard, il a tiré les leçons de son expérience et se dédie à l’investissement responsable. Il veut sauver le monde. L’épidémie agit comme une deuxième lame. Il doute. Les vieux démons ressurgissent. Quel est le sens de cette nouvelle crise ?

 

Variances : On a du mal à croire que toute cette histoire est inventée, c’est un roman autobiographique ? 

 

Je crois qu’on écrit toujours sur soi. Même lorsque le thème est éloigné de sa vie, comme c’est le cas par exemple dans mon roman précédent « Les refus de Grigori Perelman » qui raconte un épisode de la vie du grand mathématicien russe qui a trouvé la solution à la conjecture de Poincaré et qui a refusé de recevoir la médaille Fields. On parle toujours de soi, mais je n’aime pas l’auto-fiction. J’ai besoin de faire ce petit pas de côté qui permet de basculer dans la fiction. Il y a des choses vraies et vécues dans « Applaudissez-moi ! » ; en même temps, rien n’est vrai dans ce roman.

 

Variances : Tu y parles de finance durable et nous connaissons ton implication dans ce domaine. Le personnage principal semble désabusé. « Il m’a fallu du temps pour comprendre que je servais d’alibi à un système qui ne subsiste qu’en persistant dans ses errements (…) », dit-il. La finance responsable est-elle un échec ?

 

PZ : J’espère que non, et pourtant j’ai des doutes en permanence. Agir pour améliorer les choses ne peut pas être un échec, mais ne tombe-t-on pas trop facilement dans l’euphorie, l’auto-satisfaction, voire l’aveuglement ? L’état de la planète, les inégalités croissantes, l’effondrement de la biodiversité, est-ce que cela n’appelle pas une réaction plus radicale ? La fiction est une façon d’aborder ces questions en s’affranchissant d’une obligation de rationalité, en étant moins raisonnable. Le réel nous enferme dans nos certitudes.

 

Variances : Samuel, le héros du roman, est convoqué, en plein mois d’août, à la brigade financière de Paris. On le soupçonne de malversations et de détournement de fonds. C’est du vécu ?

 

PZ : Non, bien heureusement. Le livre commence comme cela en effet. Samuel se retrouve dans un petit bureau, dans l’immeuble du nouveau siège de la Police Judiciaire. L’inspecteur de la brigade financière le place en garde à vue, pendant une longue journée, il va chercher à comprendre, et bien sûr tenter de le piéger. Qu’a-t-il fait au juste ? Quelles sont ses motivations ? Pour y répondre, Samuel avance ses pièces, celles d’un puzzle dont certaines remontent à la crise financière de 2008.

 

Variances : Nous n’en dévoilerons pas plus évidemment. Est-ce qu’on peut dire malgré tout que c’est un roman féministe ?

 

Oui, sans aucun doute. Nous avons tous remarqué à quel point les femmes étaient en première ligne dans cette crise. Caissières, aides-soignantes, aides à domicile, mamans qui travaillent et pallient la fermeture des écoles, et comme un symbole de cette prééminence, l’image de l’infirmière qui se bat contre le virus. Début mai, un collectif a publié une tribune dans Libération, que j’ai mise en exergue du roman. C’est excessif sans doute, mais j’aime bien l’idée que la fiction serve aussi à extérioriser les tensions de la société.

 

Variances : Tu travailles déjà sur ton prochain roman ?

 

PZ : Oui bien sûr. L’écriture est une addiction, délicieuse et presque sans danger pour la santé !

 

Philippe Zaouati, auteur de « Applaudissez-moi ! » roman imaginé à partir de la crise sanitaire…et de son vécu dans la finance

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova, une société de gestion d’actifs spécialisée dans l’investissement durable, qu’il a créée au sein de Natixis en 2014, reconnue comme l’un des pionniers de la finance verte et durable. Après une carrière au sein de différentes institutions financières, dont la Caisse des Dépôts et le Crédit Agricole, notamment en tant qu’expert en gestion quantitative, directeur de la distribution internationale et directeur du marketing de la communication, il se consacre depuis dix ans au développement de l’investissement responsable.

Auteur de plusieurs ouvrages dont « La finance verte commence à Paris » en 2018 et « La finance durable : sonnerie d’une seconde chance » en 2020, il a contribué aux évolutions des marchés et de la réglementation en France et en Europe. Successivement président des comités d’investissement responsable de l’AFG et de l’EFAMA, membre du groupe d’experts de haut niveau sur la finance durable à la Commission européenne en 2018, co-fondateur et président de l’initiative Finance for Tomorrow, membre du One Planet Lab, groupe d’experts créé par le Président de la République française, il a notamment contribué à la création des labels d’investissement responsable et des normes de transparence sur le climat. Depuis 2015, il est particulièrement impliqué dans le développement de l’investissement d’impact, notamment dans le capital naturel.

Impliqué dans le débat public, Philippe Zaouati a contribué à la rédaction du programme présidentiel d’Emmanuel Macron sur l’environnement, avant d’être le référent de La République en Marche à Paris de 2017 à 2018. Il est co-fondateur et président du think tank Osons le Progrès qui se veut un laboratoire d’idées progressistes.

Philippe Zaouati est également l’auteur de plusieurs romans, dont « Les refus de Grigori Perelman » dont la traduction anglaise sera publiée par l’American Mathematical Society, et plus récemment « Applaudissez-moi ! ».

Philippe Zaouati est diplômé de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE) et membre de l’Institut des actuaires français. Il enseigne la finance durable à Sciences Po.

« La finance au service du vivant » par Philippe Zaouati, Directeur Général de Mirova

La finance au service du vivant.

Par Philippe Zaouati, Directeur Général de Mirova.

On a souvent critiqué la finance pour sa déconnexion de l’économie réelle, mais que dire de son lien avec la nature, avec le vivant ?

Si l’environnement est de mieux en mieux pris en compte dans le secteur financier, c’est surtout à travers les risques auxquels les entreprises sont soumis, risque de réputation dans le cas de catastrophe écologique, risque réglementaire lorsque les normes font évoluer le marché, risque financier si les gouvernements se décident à mettre en place un prix du carbone. Ces dernières années, ceci a conduit les acteurs financiers à réfléchir sérieusement à la question du climat. De nombreuses banques ont décidé de ne plus financer les entreprises du secteur du charbon, les investisseurs mesurent la « température » de leurs portefeuilles. Une norme internationale[1]a été développée pour la communication des entreprises et du secteur financier en la matière. La finance durable a pris le sujet a bras le corps, et bien que le chemin qui reste à faire est encore bien plus long que ce qui a été parcouru, la question du climat n’est plus étrangère à la finance[2].

Peut-on en dire autant de la déforestation, de la dégradation des sols, de l’impact des plastiques sur les écosystèmes marins, de la perte massive de biodiversité ? Certainement pas. La finance se préoccupe peu aujourd’hui de ces problèmes. L’impact des investissements sur la nature n’est pas mesuré. Les banques ne questionnent pas les entreprises sur ces questions. L’innovation financière ne s’est pas intéressée à la biodiversité et la nature de façon significative.

Pourtant, comme c’est le cas pour le climat, la mobilisation du secteur financier est indispensable, autant pour réduire les atteintes à la nature que pour orienter le capital vers les solutions qui permettent de la préserver.

La finance peut-elle se mettre au service du vivant ? J’en suis profondément convaincu, comme elle doit se mettre plus généralement au service de l’intérêt de tous. La crise financière de 2008 nous a montré qu’une finance déconnectée de l’économie réelle constituait un risque majeur pour la stabilité financière. La crise sanitaire nous montre aujourd’hui que les entreprises dépendent de la santé publique et que la pression que nous faisons subir à la nature peut se retourner contre l’économie.

Comment faire ? Pour que la finance prenne naturellement en compte le climat ou la nature, il faudrait une remise en cause profonde du fonctionnement des marchés, et notamment de tout ce qui favorise la priorité au court-terme. En attendant que cela devienne à l’ordre du jour, la finance durable nous apporte quelques éléments de réponse. Je les résumes en trois objectifs : mesurer, créer des normes, investir dans les solutions basées sur la nature.

Mesurer.Le climat bénéfice d’une métrique simple, la tonne d’équivalent CO2. Il n’existe pas d’équivalent pour la protection de la nature ou la perte de biodiversité. La matière est éminent plus complexe et nécessite d’agréger des données de nature différentes, de la consommation d’eau douce à la surface cultivée, en passant par l’impact des polluants chimiques. Plusieurs méthodologies sont en cours de développement pour synthétiser ces données en un seul indicateur, citons par exemple le Global Biodiversity Score(GBS) de CDC Biodiversité[3]. Reste que la première étape consiste à produire des données de base pour toutes les entreprises. C’est l’objectif que se sont assignés quatre institutions financières françaises en lançant un appel à candidature pour créer une base de données des impacts des entreprises sur la nature[4]. Une trentaine d’investisseurs représentant plus de 6.000 milliards d’euros leur ont emboité le pas en signant une déclaration en mai 2020.

Créer des normes.Disposer de ces données ne suffira pas si elles restent trop disparates. Il faudra converger vers une norme, comme la communauté financière a réussi à le faire sur le climat et, dans un deuxième temps, rendre cette transparence obligatoire. Lors de la réunion du G7 Environnement à Metz au printemps 2019, une dynamique a été lancée par Brune Poirson et la présidence française, le WWF, AXA et l’OCDE. Il reste à traduire cette volonté en réalité, en donnant mandat à une institution internationale pour construire ce référentiel de normes.

Investir dans les solutions basées sur la nature.Dès aujourd’hui, rien ne nous empêche d’investir dans le capital naturel. Des modèles économiques viables existent dans les domaines de l’agriculture régénératrice, de la reforestation, de la pêche durable, de la conservation des zones côtières, du recyclage des plastiques en mer. De nouveaux entrepreneurs se mobilisent sur le terrain. Néanmoins, ces projets sont encore perçus comme trop risqués par les investisseurs privés. L’intervention des états et des banques de développement est donc nécessaire pour dé-risquer ces investissements, ainsi que pour incuber les projets à leur démarrage. L’investissement dans le capital naturel en est à ses balbutiements. Il faut accélérer, il faut passer à l’échelle. Cela implique une large coalition d’acteurs publics et privés.

Le Congrès de la nature devait se tenir à Marseille au mois de juin. Il a été reporté à mi-janvier en raison de la pandémie. Ce sera une occasion unique pour avancer sur cet agenda. Le Président de la République a annoncé la tenue d’un One Planet Summitle 15 janvier. Faisons-en un moment clé, en lançant une coalition pour une finance au service de la nature, incluant les acteurs financiers publics et privés et les entreprises, avec des objectifs concrets : développer les données, créer des normes, favoriser la chaine de l’investissement de l’incubation des projets jusqu’au financement massif par le marché.

[1]Voir les travaux de la TCFD : https://www.fsb-tcfd.org/

[2]Voir « Finance durable, l’heure de la seconde chance », juillet 2020, aux éditions de l’Observatoire.

[3]https://www.cdc-biodiversite.fr/gbs/

[4]AXA IM, BNP Paribas AM, Mirova et Sycomore AM ont lancé un appel à développer un outil précurseur de mesure d’impact biodiversité, 28 janvier 2020.

Danièle YZERMAN – La vie, envers, contre et pour tout. La vie à l’envers

Danièle YZERMAN - La vie, envers, contre et pour tout. La vie à l'envers

La vie, envers, contre et pour tout. La vie à l’envers
Témoignage de vie, un livre de Danièle YZERMAN

Parution aux Editions Les 3 Colonnes à l’automne 2020

Contact presse guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

Voici l’histoire de Danièle Yzerman. Petite fille meurtrie et démolie par une enfance sordide, adolescente anorexique, elle n’a pas d’autre issue que le suicide face à des parents apparemment indifférents à sa détresse. A son réveil à l’hôpital, un « miracle » se produit : destinataire d’une parole venue d’ailleurs, la jeune fille veut « réapprendre à vivre ». Commence alors son combat insensé pour redevenir une femme, une mère, et prendre sa revanche sur tous les hommes machistes etc les femmes soumises à l’image de ses parents.

Derrière les mots de ce récit, se cache quelque part la volonté secrète d’adresser un message d’espoir à tous les grands blessés de la vie : Rien n’est impossible à condition de ne pas se considérer comme une victime. Tout est possible à condition d’y croire et de ne jamais se trouver des excuses pour renoncer.

A travers ce livre bouleversant, l’auteure signe la fin de son parcours du combattant.

Sur la couverture du livre : l’image de la funambule qui a triomphé des épreuves pour rejoindre la Vie (ci-contre une photo récente de Danièle Yzerman avec son fils et sa petite fille) :

« Tel un funambule avançant pas à pas sur un fil tendu au-dessus d’un océan,

J’ai suivi le chemin de ma vie et dessiné les méandres de mon destin,

Trébuchant sur chaque vague et risquent de m’y noyer, j’ai appris avec le temps

A surmonter ma peur et puiser au plus profond de mes ressources,

La force de devenir ce que je devais être et de faire ce qui me semblait vain.

Alors que tant d’années passées à ce combat m’amènent sur l’autre rive,

Alors que ma vie rejoint son crépuscule et que l’heure est au souvenir,

Alors que tout me porte à vouloir que mes traces en ce Monde me survivent,

Je voudrais que toutes ces pages écrites se gravent comme un dernier sourire

Laissé à ceux qui, par leur regard, m’ont permis d’exister et de devenir. »

Présentation de l’auteure Danièle Yzerman :
Un jour, je fis un rêve ancré au plus profond de ma mémoire. Je me trouvais debout, perchée et marchant sur un fil tendu au-dessus d’un Océan de mer si immense que je n’en percevais pas les limites. Alors que je n’étais qu’au début du chemin, j’entendis une voix venue d’ailleurs qui me disait qu’il était totalement impossible de franchir cet Océan. Malgré cette évidence, tout en moi m’obligea à continuer et, pas à pas, j’avançai avec précaution et me rattrapai à chaque chute, jusqu’au moment ou l’angoisse et la peur de tomber définitivement dans les profondeurs de la mer me réveillèrent. Si j’ai le sentiment aujourd’hui que ce rêve n’a jamais quitté mon esprit, je réalise aussi tout simplement que c’est l’histoire de ma vie. Ma vie, qui avec l’âge, s’est aujourd’hui malheureusement suspendue après plus de 40 ans de combat pour vaincre cet impossible. C’est sans doute pourquoi, alors que je suis parvenue de l’autre côté de la rive, le besoin de faire exister par des mots mon « chemin de vie » s’est imposé à moi.

Danièle Yzerman a travaillé dans le domaine de la communication stratégique et publicitaire et a exercé in fine en qualité de présidente France et vice-présidente Europe du pôle santé du groupe international Ogilvy/WPP. Dotée d’un grand esprit de synthèse, elle a toujours aimé écrire et apprécié la musique des mots. Poussée par un besoin impérieux de « laisser une trace » de son parcours peu banal et de son combat pour la vie, l’auteure, aujourd’hui retraitée, présente ici son premier ouvrage.