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Grand entretien de John-Frédéric Lippis dans Lettres capitales

Entretien. John-Frédéric Lippis – « Dans le Chœur de Mozart »

 

John-Frédéric Lippis publie Dans le Chœur de Mozart aux Éditions Lina. Il s’agit du troisième livre publié par ce pianiste et compositeur, fondateur de l’Académie de piano JF Lippis. Selon lui, nombreuses sont les raisons qui l’on poussé à écrire ce livre dont la plus forte est, bien entendu, sa rencontre avec la personnalité et la création du grand compositeur et qui le fait dire avec le clin d’œil de l’homonymie Je suis Mozart. Retenez, bien entendu, le verbe suivre et non pas être qui risquerait de vous sembler trop arrogant de la part d’un musicien et un pianiste qui sait mesurer à la fois l’effort et les bienfaits de son art. En écrivant ce livre, John-Frédéric Lippis promet à chaque lecteur une révélation de la personnalité mozartienne. Il nous dit : « En me lisant dans vos mémoires, vous aurez votre Amadeus à vous ». 

Les paroles que je viens de citez en introduction résonne comme une promesse qui engage votre livre que vous qualifiez « d’étincelle qui embrase le sujet Mozart ». Pourriez-vous nous dire qu’est-ce qui vous a poussé avant tout à l’écrire, à allumer cette étincelle, pour reprendre vos propres paroles ? 

Il faut remonter à mon enfance et mes premiers cours de musique. Mozart lorsqu’on commence les cours, peu importe l’instrument, ou le solfège est l’un des premiers compositeurs à apparaitre aux yeux de l’élève comme mystérieux. Il dépasse la notion musicale. Que l’on soit enfant ou adulte, on ressent immédiatement quelque chose de différent à l’énoncé de sa vie. Il est une étincelle qui soudain éclaire votre chemin par sa musique, sa créativité, son génie. Contrairement à tous, il se ressent d’abord et s’écoute après.

Mozart ne laisse personne indifférent. Sa personnalité amène le débat. Sur Mozart chacun a son mot à dire, une opinion, même sans le connaitre précisément. L’enfant, l’homme, le compositeur, ses engagements, etc.

Enfant, j’ai commencé la musique par la batterie, on m’a fait frapper en rythmique la mélodie de la 40e symphonie. Puis ensuite lorsque je me suis mis à l’accordéon, j’ai gagné ma place de demi-finaliste aux championnats d’Europe en interprétant « La Marche Turque ». Plus tard, lorsque j’ai pris mes premiers cours de piano, le génie de Mozart ne m’a plus quitté.

Au fil des années, j’ai compris que nous avions tous quelque chose de Mozart en nous. Ce génie s’est introduit dans nos vies et notre quotidien. On ne parle pas forcément de musique lorsque l’on cite Mozart. Mozart veut dire génie, grandeur, créativité infinie… Il est devenu un mot du vocabulaire. Un repère. Dans les milieux populaires, les gens aiment citer Mozart et ainsi montrer qu’ils ont connaissance de la grande musique. Allez citer Liszt ! très grand compositeur et plus encore que j’affectionne tant, mais dans nos campagnes et même à la ville, très peu connaissent. Mozart est présent à l’école, dans les formations pour adultes, dans le coaching, il est cité. Certains le prennent en surnom. Et combien de fois a-t-on appelé quelqu’un de doué Mozart ou le petit Mozart ?

J’ai été donc intérieurement touché dès mon plus jeune âge par sa musique, et plus encore par sa vie au fur et mesure que je grandissais, je me reconnaissais en lui sans jamais m’identifier. Il est une étoile. La première phrase qui m’est venue au sujet de Mozart et de son œuvre est devenue ma devise : Me rapprocher le plus possible de l’impossible.

Mozart est aussi bouleversant que consolidant. Il a fait naître en moi des envies, des motivations, une inspiration. Et beaucoup d’aspirations.

Un autre aspect qui me semble déterminant est celui exprimé par le titre de votre ouvrage. Vous faites dans son Préambule une plaidoirie pour le chœur comme « union de voix » mais aussi de « beauté de l’harmonie ». Pourquoi avoir choisi ce titre à votre livre ? Et qu’entendez-vous par cette réalité de groupe qui, selon vous, au lieu de cultiver l’égalité, est un exemple d’universel, d’harmonie ?

Je trouve le mot « chœur » universel et bouleversant de sens. Il est la vie. Lorsque j’ai joué en orchestre ou dirigé des chorales, je me suis aperçu que l’égalité n’amène pas à l’harmonie. C’est dans la pluralité et avec la nature de chacun tel qu’il est qu’on harmonise. Cette liberté qu’on ne prend pas forcément et qui peut être donnée. Le respect de l’individu dans sa plus simple définition. Ce sont bien les sons différents et les notes que l’on n’attend pas qui font cette symphonie merveilleuse en musique comme dans la vie. J’ai beaucoup observé les gens, et surtout écouté. J’ai compris que beaucoup n’avaient pas encore pris conscience du devoir et plus encore la beauté de s’harmoniser avec les autres. Ça demande un investissement de soi, de la ténacité, de l’amour. Et ainsi se forme le chœur. J’écris dans le livre que « le cœur des hommes est bien plus fragile que le chœur des hommes. Il faut l’unité. Dans le chœur, il y a cette unité, l’acceptation, le pardon, le bon sens, l’envie de faire bien les choses pour que cela reste harmonieux. On ne fuit pas ce qui nous ressource. Il y a de l’accomplissement. Lorsque j’écris « l’alimentation la plus saine est la scène », il faut comprendre que c’est dans l’action qu’on se révèle, dans l’expression. Je veux dire aussi qu’on se nourrit énormément de ce que l’on vit au quotidien, on le respire, et c’est là que le chœur soigne les maux, éduque, et fait grandir chacun de nous. C’est l’unité et le travail sur soi qui font que l’on sort de toutes médiocrités et faux pas. Ensemble, en préservant nos différences, nous nous enrichissons. Notre grandeur n’est pas d’arriver à la taille de l’autre ou de sa richesse, mais de s’harmoniser avec ce qui nous entoure et ce que l’on ressent intimement. Je suis convaincu de cela.

Mozart s’est nourri de ses voyages, de ses rencontres, de ses rêves, d’une harmonie large. Il aimait des choses très différentes et multiples. Sa musique est un point de rencontre.

Vous affirmez que votre vie a été jalonnée par des « rencontres incroyables ». Celle avec Mozart en est une, sans doute. S’il fallait la positionner sur l’échelle de votre enchantement, de votre découverte musicale, de votre formation, à quelle hauteur vous l’érigeriez-vous ? Autrement dit, que signifie suivre Mozart pour vous personnellement ?

Suivre Mozartc’est l’expression de votre liberté intime, ce que vous avez en vous et qui est votre vie, votre valeur. Votre vibration. S’harmoniser. Suivre son intuition, créer son avenir, son présent par l’action. Être soi.  Vivre sa vie.

Mozart est ma première grande rencontre musicale et spirituelle. La pièce d’un puzzle, ou plus encore le schéma qui nous construit, un élément de l’éducation. Ma deuxième découverte fut Léonard de Vinci que mon père m’a fait découvrir. On parlait beaucoup d’art, de lettres et de technologie ou encore de sciences à la maison.

C’est en cela que mon parcours musical m’a emmené des études du Conservatoire Nérini à Paris jusqu’à l’École Polytechnique dont la formation aura bouleversé ma vie.

Mozart et de Vinci auront été deux de mes repères et inspiration.

S’il fallait prendre un exemple de portrait de Mozart, je vous proposerais de choisir celui (p.56) où vous le comparez à un arbre, à une forêt, etc. Je vous laisse enrichir ce portrait en détaillant chacun de ces éléments si bien choisis. Pouvez-vous le redessiner ? 

Avec grand plaisir, je vous restitue ce que j’ai écrit dans le livre.

Mozart est un arbre, et les branches, les racines sont si nombreuses que l’espace au sol occupé est aussi grand que celui vers le ciel, toutes branches déployées. Il est une symphonie verte, couverte tantôt d’un ciel bleu ou d’un ciel étoilé. Une forêt si épaisse qui protège la terre des tempêtesl’âme du compositeur. Je pense que Mozart, son génie fut tel, que son âme, était intouchable, le rendant inatteignable.

Que pouvez-vous nous dire de l’âme de Mozart ? Comment comprendre cette phrase que vous écrivez : « Il avait plusieurs visages mais une seule âme lumineuse » ? Y a-t-il un rapport avec son œuvre dont vous écrivez qu’elle est composée « des notes qui s’aiment » ?

Lorsque j’évoque que Mozart avait plusieurs visages, je fais référence à ses engagements et aux nombreux intérêts extra-musicaux qu’il pouvait avoir. Son engagement auprès de la franc-maçonnerie, ceux dans le développement de sa carrière, avec une façon très différente pour l’époque de vendre ses concerts ou de les organiser, ou encore d’éditer ses partitions, etc.

Parlons, si vous le permettez, de l’enfant prodige dont Mozart est, à mon sens, l’exemple absolu. En quoi ce don précoce a-t-il impressionné ses contemporains et continue d’exercer de nos jours le même effet sur le public même lorsqu’il s’agit d’autres artistes ?

L’exemple absolu. Vous avez tout dit. Il faut dire qu’à l’époque, entendre un enfant de moins de 5 ans interpréter avec brio de petites musiques au piano était incroyable, tout comme aujourd’hui. Selon les écrits, on peut comprendre que ces interprétations étaient abouties. Plus encore, l’enfant avait une mémoire des sons au-delà du possible et une oreille absolue. Ajoutez à cela ce que Mozart dégageait plus qu’un autre est l’émotion de sa musique et sa personnalité. Il avait une attraction, sa musique était immédiatement accessible. Il générait une fierté et un enthousiasme chez tous ceux qui l’écoutaient. Le fait que ce soit un enfant diront certains, mais mieux encore avec la fabuleuse énergie de l’enfant. Un enfant c’est l’innocence, la sincérité, la magie, ajoutez à cela le génie….

Mais parler de talent prodige chez Mozart exige un regard sur son œuvre. Quelle est son étendue et comment expliquez-vous la force qu’elle exerce depuis sur l’humanité entière ? Peut-on parler à ce sujet d’universalité ?

Nous sortions d’une époque baroque, riche et talentueuse, certes. Mozart, soudain allège si je puis dire, l’écriture musicale et son ressenti. Place à l’émotion. C’est plus harmonieux tout en étant plus léger. Plus harmonieux dans le sens où l’âme de l’auditeur est immédiatement touchée. Cela va au-delà de l’écoute. Il redessine l’arrangement musical, sans contour, sans marge. On peut pénétrer sa musique.

Pour ma part j’explique cela par la capacité de Mozart, avec l’aide de son père, de simplement exprimer son inspiration d’enfant et la restituer comme telle sans retouches. De tous les compositeurs que nous connaissons, majoritairement, ils composent à l’âge adulte, et l’expression, certes grandiose, ne peut avoir l’innocence, la profondeur, l’authenticité de celle de l’enfant. À cela vous ajoutez le génie… et vous obtenez Mozart. Sans oublier que cette capacité représente également un travail non pas acharné, mais profond et sans relâche. Celui qui s’acharne met du nerf dans sa musique, ce n’est pas toujours positif, il faut que la source coule sans être contrée et resserrée et sans que l’inspiration ne soit retouchée, et Mozart attachait à cela une importance hautement symbolique.   

Enfant, adolescent en même à l’âge adulte, Mozart avait un caractère très affirmé. Que peut-on dire à ce sujet ?

Il était ingérable à tous les âges pourrait-on simplifier.

Il savait ce qu’il voulait et était prêt à tout pour suivre son intuition et sa volonté. Il avait des ambitions. Malheur à celui qui osait lui demander de rectifier son œuvre par exemple. Une personnalité complexe pour un compositeur qui a simplifié le rapport à la musique. Prenez juste en exemple sa relation avec l’archevêque Colloredo, en 1781, Mozart quitte Salzbourg et son emploi auprès de lui, avec qui il ne s’entend pas, c’est le moins que l’on puisse dire. Il était capable de décision radicale.

Aussi, quand il donnait son amitié, c’était entier. Avec Haydn, il partagera des grands moments de sa vie, de son inspiration. Même si le tout Vienne a voulu les opposer à l’époque, ils sont restés amis, éprouvant une grande admiration l’un pour l’autre.

Mozart était un être sensible mais au caractère fort. Il avait une ténacité et n’hésitait pas à se mettre en danger au nom de ses convictions, de son cœur.

Peut-on dire que Mozart était un homme libre ? Quelle signification prend ce mot chez cet homme de génie ?

On ne peut enchainer Mozart, il est au-dessus de tout.

D’abord je vous parlerais du musicien. Libre oui. Totalement je suis convaincu au regard de l’œuvre et des écrits, récits, etc. Sa créativité venait de si haut que la notion de liberté devient dérisoire. Nous sommes dans une autre dimension.

Si l’enfant a joui d’une liberté évidente et « facile », l’homme, lui, a dû défendre corps et âmes sa liberté d’expression, de créativité, sa façon de vivre, son regard très précis qu’il portait sur les choses qui l’entouraient. L’acceptation de ce qu’il était lors de sa vie. Mozart s’est investi dans beaucoup d’expériences très différentes, de rencontres, et sa vision était si large qu’elle lui a posé des problèmes sérieux. Homme ambitieux, je pense que sa vie d’adulte a été plus difficile que celle de l’enfant prodige en matière de liberté. Mais cette liberté, il l’a sans cesse revendiquée, il s’est battu pour elle, sa décision brutale lorsqu’il est parti libéré de tous engagements de Salzbourg à Vienne en 1781. Lorsqu’il sentait des limites il s’enfuyait. 

Il est mort en homme libre.

Tous les compositeurs après lui ont été ses « otages » en quelque sorte, ils ont trouvé la liberté dans la prison dorée sans barreaux de Mozart, tous les musiciens même, j’en fais partie probablement. Il nous a libéré l’esprit, c’est cela la liberté qu’il nous a transmise.

Quant aux qualités que vous décelez dans l’œuvre mozartienne, permettez-moi d’en citez à nouveau son caractère lumineux, en ajoutant celles que vous décrivez comme étant « une musique si légère, soyeuse, pleine de rêve ». Sans doute, cette liste n’est pas achevée. Pourriez-vous la compléter ?

On peut compléter par tant de superlatifs. Il est émouvant dans le sens le plus large du thème. On est ému de l’enfant, du génie, de ses capacités, de son tempérament. Il faut aussi noter la transformation de la pensée de Mozart à l’âge adulte où installé à Vienne, il réalise son rêve d’Opéra « national » après la commande de l’empereur d’Autriche Joseph II pour le Burgtheater. Il va créer « l’Enlèvement au Sérail » qui sera un triomphe. C’est une nouvelle page pour Mozart où il s’ouvre un nouveau style plus large le singspiel. Lumineux jusqu’au bout.

Il n’a cessé de progresser toute sa vie, Même adulte il grandissait encore.

Peut-on parler de l’héritage de la musique de Mozart ? Vous écrivez : « Il a transformé l’histoire de la musique, il en est devenu le personnage central »

Comme je l’écris, « Mozart a donné de la dimension à la musique ». Une autre dimension pourrait-on dire. Si Bach avant lui nous avait gâtés et fait vibrer, Mozart a allégé son écriture, ses arrangements orchestraux, on est dans un schéma totalement différent. Il faut dire que Mozart a uni en lui-même l’art de Bach, la force de Haendel, la clarté et le charme les plus spirituels de Haydn. Les œuvres de Bach et Haendel vont éblouir Mozart, et il va en faire jaillir encore davantage de magie.

Permettez-moi, en conclusion, de vous interroger sur votre expérience personnelle en contact avec la musique Mozart. « Ce génie a électrisé ma vie. Mozart m’a secoué surtout poétiquement » – écrivez-vous. Quelle est la part de Mozart qui existe en vous, citant la célèbre formule à laquelle vous faites appel, et selon laquelle nous avons tous quelque chose de Mozart en nous ?

Mozart c’est la jeunesse éternelle, une force spirituelle, la magie des sens, et l’union des différences dans une harmonie contagieuse et possible grâce à une intelligence de l’oreille et du cœur.

Mozart m’a séduit dans l’enfance par l’accessibilité de sa musique puis à l’adolescence en observant qu’il avait tracé sa propre route, et changé le visage de la musique, c’est en cela qu’il m’a inspiré.

Aussi, le mariage d’amour de Mozart avec Constance m’a séduit et a confirmé toute la grandeur et la passion qui pouvaient l’habiter.

Autour de moi, j’ai découvert très tôt cette présence de Mozart dans nos vies, au-delà de la musique, c’est en cela que je me suis dit « Mozart est en chacun de nous ».

Celui qui écrit une note, des mots, celui qui laisse un témoignage, un message, l’œuvre d’une vie, sans question de grandeur mais d’engagement, ne meurt jamais, voilà l’exemple de Mozart.

Nous sommes tous dans le chœur de Mozart.

Merci pour vos questions pertinentes et votre passion pour la culture, les lettres, votre implication.

Propos recueillis par Dan Burcea

John-Frédéric Lippis, Dans le Chœur de Mozart, Éditions Lina, 2023.

Stéphanie Janicot (« Disco Queen ») et Gérald Wittock (premier pop-roman « 1M976 ») dissertent du pouvoir de la musique et de la légèreté pour apaiser les maux et la vie

Les années disco, les années bonheur ?

Entretien avec Stéphanie Janicot et Gérald Wittock

On dit souvent que ce n’était pas mieux avant. Avant, pourtant, c’était les années 1970 et 1980, qui font toujours rêver la jeunesse d’aujourd’hui. Années auxquelles l’on fait immanquablement référence lorsqu’on souhaite parler d’une époque festive et heureuse. Années rock, punk, disco. Années folles. Celles des cinquantenaires d’aujourd’hui, en soif de légèreté et d’ivresse. Pour en parler, j’ai réuni deux écrivains, qui ont publié simultanément, un roman sur la fin des années 1970, Stéphanie Janicot, Disco Queen (Albin Michel, 2023), et un roman nous contant le New York de la fin des années 1970, Gérald Wittock, 1m976 (The Melmac Cat, 2023). Nous avons voulu savoir ce qu’il était réellement de cette époque.

Marc Alpozzo : Vous publiez deux romans, Disco Queen (Albin Michel, 2023) pour vous, Stéphanie Janicot, et 1m976 (The Melmac Cat, 2023) pour vous, Gérald Wittock. Ce sont donc deux romans qui portent sur la période disco de la fin des années 1970, même si l’histoire en ce qui concerne Disco Queen se passe aujourd’hui.

Stéphanie Janicot : Les tubes que je cite dans mon roman datent de la fin des années 1970, mais l’histoire centrale de mon personnage se situe aujourd’hui, en 2020.

Gérald Wittock : C’est vrai, on fait référence à une époque et un même style musical. Dans le roman de Stéphanie, on retrouve KC & The Sunshine Band, Donna Summer, Abba… alors que l’histoire de Soizik se passe en France. Et ces mêmes artistes colorent les pages de mon pop roman puisque 1m976 se déroule dans le Bronx en 1976.

M. A. :  Alors, il s’avère que pour des raisons d’histoire familiale, je vivais à New York en 1976, non pas dans le Bronx, mais à Manhattan, Uptown, cela dit, je me souviens bien de l’ambiance, que j’ai parfaitement retrouvée dans votre roman, Gérald. La question que je me suis toutefois posée, c’est pourquoi ce titre ?

G. W. : D’abord 1m976 pourrait être un numéro de matricule. Ou aussi le premier jour du mois 9 de l’année 76, parce que le héros Teddy fait un blocage sur le 1er septembre 1976. Ou bien également, il indique les étages dans un ascenseur : le premier étage, le middle floor, le neuvième, le septième étage ou le sixième, puisqu’on voyage non seulement en musique mais encore en ascenseur.

Gérald Wittock, Stéphanie Janicot et Marc Alpozzo

M. A. : Je vois deux choses qui vous rejoignent : d’abord, la nostalgie d’un passé révolu, qui n’est autre que notre jeunesse, donc d’une période relevant de la légèreté, des paillettes, une époque festive, qui paraissait plus insouciante que la nôtre, et puis un goût très pointu pour la musique appartenant à la période des années 1970 et 1980.

G. W. : Ce qui m’a plu dans Disco Queen, c’est la façon avec laquelle le personnage de Stéphanie va faire face à la maladie, la leucémie, et le fait de la traiter avec tellement de légèreté, notamment en ayant recours à la musique, le disco, m’a fait penser à la manière que j’ai adoptée pour faire face à l’autisme, aux problèmes qu’un jeune adolescent peut rencontrer dans la société actuelle. Moi aussi, j’ai souhaité l’aborder de façon légère.

S. J. : C’est en effet ce que l’on a en commun, deux pathologies graves, que l’on arrive à traiter par le biais de la musique.

G. W. : Sans compter que nos héros ne se prennent pas au sérieux. Si l’on n’est pas responsable des guerres, des tragédies, on est responsable de ce que l’on va vivre à notre échelle. C’est d’ailleurs ce que Stéphanie montre très bien. Il y a un livre dans nos livres, au point que la frontière dans nos récits, entre le réel et l’imaginaire, est ténue.

S. J. : Disons que la forme dit quelque chose du fond, en l’occurrence : l’histoire que l’on se raconte peut influencer le réel. Concrètement, Soizic, coincée dans sa chambre d’hôpital, est en train d’écrire, et ses filles se saisissent de ce qu’elle écrit, pour réaliser le rêve de leur mère. C’est ce que je pense en général : si l’on se raconte les choses de manière légère, on va les voir de manière légère. Ce n’est pas un livre sur le disco, mais sur la légèreté. Qui dit âge dit perte de santé, de personnes proches, et donc, on a tout intérêt à s’alléger, sinon l’on veut franchir les obstacles et ne pas s’écraser avec la vie.

M. A. : Vous ne répondez pas tout à fait à ma question. Vos deux romans se passent dans les années 1970, et le vôtre Gérald, puisqu’il se déroule à New York, dans une mégalopole vraiment dangereuse à l’époque, marque bien cette lourdeur, pourtant, on se souvient de cette époque avec plaisir, et même sous l’angle d’une forme rare d’insouciance, celle des années où tout était possible, ce qui tranche d’ailleurs avec la légèreté de celui de Stéphanie, dans un début de siècle qui se déroule sur une tonalité plus grave, et dans lequel, à la fin, lorsque John Travolta arrive, alors qu’on ne sait plus trop si c’est le rêve ou la réalité. Ces années-là passent aujourd’hui pour des années insouciantes et festives, et en même temps, c’était des années dures, avec la drogue qui était déjà bien présente chez les jeunes, la prostitution, les armes aussi, je me souviens qu’à New York, les écoles primaires publiques avaient des portiques de sécurité à l’entrée pour vérifier que les élèves ne viennent pas avec des armes en classe. Est-ce que le disco n’a pas été créé pour sublimer cette réalité morbide, et retrouver un peu de légèreté dans la musique et les corps qui dansent ?

S. J. : Pour répondre à la première partie de votre question, cette idée du rêve à la fin du roman, vous n’êtes pas le premier à me le dire. Pour autant, je ne sais pas, je ne pense pas avoir voulu que ce ne soit qu’un rêve. Mais c’est au lecteur de décider du sens du livre. En lisant la fin du roman de Gérald, j’ai pensé que votre personnage avait vraiment cet âge adulte, et qu’il n’était pas sorti de chez lui pendant 40 ans. Du coup, la mère avait vraiment vieilli, avait fini par mourir, tandis que lui se voit encore comme un ado, parce qu’il a été enfermé à 16 ans. Vous expliquez que c’est une pathologie qui l’a fait vieillir très vite, d’un coup dans l’ascenseur, alors que moi, je l’ai vécu comme un autiste qui aurait passé une existence recluse, sortant de sa chambre à un âge avancé. Je trouvais ça assez joli. Pour la deuxième partie de votre question, vous avez raison, en 1973, on vivait deux situations en même temps. Il y a eu le premier choc pétrolier, alors que la société était sur le mode de cette émancipation progressive. En France, la liberté commence après mai 1968, le rock devient la musique dominante. Puis le disco se crée à l’image de cette société de consommation, contre le rock qui se prend un peu au sérieux, mais aussi contre le choc pétrolier, la crise annoncée, et la semaine de travail. Saturday Night Fever en parle très bien. On bosse toute la semaine, mais les vendredis et samedis, on met ses habits de lumière et on va danser. C’est donc l’attitude disco, le disco spirit ! On met ses habits de lumière, et tout à coup on devient quelqu’un d’autre, c’est-à-dire qu’on décide que ce quelqu’un d’autre est festif et léger. D’ailleurs au départ, je voulais appeler mon roman « Toi aussi, tu peux être une disco Queen », en référence à cela précisément. Si tout le monde peut l’être, c’est parce que c’est avant tout un état d’esprit. C’est cet état d’esprit que j’ai cherché parce que, dans ma vie, tout était comme ça un peu lourdingue. Pour tenter de devenir légère, j’ai écrit ce livre.

 G. W. : J’ai longtemps été dans le monde de la musique, et je suis d’accord avec Stéphanie lorsqu’elle dit que le disco est arrivé pour donner une claque au rock. Mais il faut s’imaginer qu’il y a eu la guerre du Vietnam et qu’aux États-Unis, toute une génération était contre cette guerre inutile, sinon pour l’industrie de l’armement et l’industrie lourde, et elle avait besoin de retrouver du rêve. Les États-Unis sont aussi le seul pays qui a fait usage de la bombe atomique, alors qu’ils se proclament défenseurs de la paix. Ce n’est donc pas un hasard si la guerre du Vietnam a insufflé chez les jeunes musiciens cette envie de rester vivants. Et si le livre de Stéphanie débute avec Staying alive des Bee Gees, mon Teddy, pour la première fois amoureux, veut crier « Staying alive », alors qu’on ne sait pas s’il rêve d’amour ou de Goldorak, si ça se passe dans sa tête ou dans la réalité, mais il souhaite vraiment « rester vivant ». Si Stéphanie et moi avons choisi le disco, je crois que c’est pour passer ce message. En tant qu’écrivains, on ne peut que relayer cette rage de vivre. Je ne pense pas que l’on puisse l’expliquer, on essaye tout simplement de la raconter.

S. J. : C’est en effet, un signe de résistance. Gloria Gaynor chantait à l’époque I will survive, il y avait également Born to be aliveStaying alive, c’est tout de même une musique qui manifeste une forme de sublimation de la vie, de soi, d’une envie de prendre l’ascendance sur nos destins.

M. A. : Je vous résume : le disco, parce que c’est une manière d’aller vers la légèreté dans un monde tragique. Est-ce bien cela ? D’autant qu’on est de plus en plus dans une société où l’on se questionne, notamment les jeunes, avec le féminisme, la transidentité, l’indigénisme, etc. Ils se questionnent sur leur place dans la société, ils se posent des questions à propos des discriminations, des problèmes d’identité. 

S. J. : En effet. Mais j’ai aussi choisi le disco, parce qu’en ce qui concerne ma génération, lorsqu’il s’agit de faire des fêtes, on choisit le disco, ou la musique des années 80, disons jusqu’à 1985-1986. C’est la musique de notre jeunesse. Tout le monde va vers la musique de sa jeunesse. Ma mère le faisait beaucoup. Par exemple le rock’ n’ roll, parce qu’elle l’avait vécu dans sa jeunesse, ou le jazz des boites de Saint Germain des Près, etc. Toutefois, aujourd’hui, les jeunes aussi adorent le disco parce que c’est beaucoup plus festif que la musique électronique. J’ai reçu récemment le message d’une étudiante qui voulait m’interviewer pour sa thèse sur le disco. Elle m’a confirmé que sa génération adore le disco. C’est donc une musique inégalée. Au moins pour faire ressentir la joie d’une soirée. Ce n’est pas l’Alpha et l’Oméga de la musique, certes, non. C’est même à la limite du kitch et du mauvais goût, mais il n’empêche que pour faire la fête, c’est parfait. Vous dites que les jeunes se questionnent, vous avez raison, mais n’oubliez pas que dans les années 1970, les jeunes se questionnaient aussi beaucoup, ils étaient très militants, très engagés. Le monde est pesant sans doute, mais pas plus qu’en 1940, au XVIIème siècle, ou à n’importe quelle époque. En revanche, que l’on résiste à un discours ambiant par de la fête, c’est déjà ce qui était cherché par cette musique dans les années 70. Et c’est en ce sens, que l’on peut dire qu’ils voulaient résister à leur semaine de labeur, de lourdeur. D’ailleurs, on dit souvent que la jeunesse est insouciante, je ne le crois pas. J’étais par exemple beaucoup plus sombre à 20 ans qu’aujourd’hui. Parce qu’à 20 ans, on a peur de ne pas réussir sa vie, de ne pas pouvoir faire ce que l’on a envie de faire, de ne pas pouvoir écrire tous les livres, avoir des enfants… Cette peur est pesante. En vieillissant, on atteint des âges où la légèreté devient possible, parce que les grands enjeux sont derrière nous. C’est un des privilèges de l’âge. Et si l’on sent la société comme bien plus dure qu’avant, c’est peut-être parce qu’on a moins envie d’être engagés dans cette dureté.

  G. W. : C’est vrai que ce n’est pas pire qu’avant, mais plutôt différent. Je crois que l’homme s’est toujours posé les mêmes questions. D’ailleurs, la philosophie n’existerait pas si l’on avait trouvé les réponses aux grandes interrogations existentielles. Stéphanie aborde dans son roman la transidentité de manière très légère. Sans se poser de questions. L’homosexualité aussi, y est racontée de manière toute simple. Tout est dédramatisé, naturel, et ça fait du bien. Dans les années 70, avec les mouvements hippies, où la sexualité était complètement libérée, au sens d’une vie sexuelle libre, l’on pouvait s’aimer en hétéro comme en homo, sur fond de musique en stéréo ou en mono, sans les limites d’âge que l’on s’impose aujourd’hui. C’était alors un monde différent, mais qui faisait face aux mêmes problèmes humains, encore et toujours d’actualité.

Ce qui me chagrine dans la nouvelle génération des années double vingt (2020), c’est que l’on utilise « la norme » en l’imposant de manière dogmatique. On doit obligatoirement rentrer dans telle ou telle catégorie. Ainsi, on empêche les êtres humains de vivre leur vie pleinement. Aussi, à travers la légèreté et le rêve, ainsi qu’en laissant vivre les personnages d’un roman, nous allons bien au-delà de toutes ces castes qui nous castrent. L’apprentissage de la vie, ce n’est pas de mettre des gens dans des cases ou de tirer des conclusions hâtives, mais de regarder nos vies avec amour, attention, et de laisser à chacun le droit de s’exprimer.

Propos recueillis par Marc Alpozzo

Emmanuel-Juste Duits chez Brigitte Lahaie sur Sud Radio

Brigitte Lahaie reçoit Emmanuel-Juste Duits, philosophe auteur de « Doper son esprit critique »

Réécoutez l’émission ICI https://www.sudradio.fr/programme/brigitte-lahaie-sud-radio

Un sujet vous interpelle et vous souhaitez réagir ? Rejoignez Brigitte Lahaie en direct sur Sud Radio pour intervenir, poser une question ou demander un conseil en appelant le 0826 300 300.

Vendredi 21 Avril : Philippe BRENOT – La construction de la sexualité

Il est psychiatre, anthropologue, sexologue et auteur de nombreux ouvrage dont « Pourquoi c’est si compliqué l’Amour ? », la BD  « L’Incroyable Histoire du sexe » – Nouvelle édition intégrale et augmentée – Éditions Les Arènes et du roman : « Taxi-Thérapie » – Serge Safran Éditeur

Comment se construit notre sexualité ? De l’enfance à l’âge adulte.

2ème invité : Emmanuel-Juste DUITS, Philosophe, auteur de plusieurs ouvrages dont « Doper son esprit critique » – Éditions Chronique Sociale.

Emission de Christophe Medici avec Claude Rodhain

Emission de Christophe Medici avec Claude Rodhain

Réécoutez ici : https://www.dynamicradio.fr/podcasts/pour-vivre-heureux-vivons-coaches-148/claude-rodhain-221

Pour Vivre Heureux, Vivons Coachés est une émission proposée par Christophe Medici. Elle est diffusée tous les samedis de 12h à 13h.

Avocat honoraire, désormais installé dans les Bouches-du-Rhône, Claude Rodhain a fort bien évoqué son parcours d’enfant abandonné devenu notable dans Le Destin bousculé, autobiographie parue chez Robert Laffont en 1986, deuxième prix des lectrices du magazine Elle, succès de librairie. Vingt-six ans plus tard, l’homme revient avec une suite, plus romancée, plus sombre aussi.

Le Parisien annonce le nouveau livre de Babette de Rozières

Pécresse, Stefanini, Bédier… Dans son livre, Babette de Rozières passe le monde politique à la moulinette

La restauratrice et animatrice culinaire, également conseillère régionale, sort ce jeudi un livre au vitriol sur la politique dans les Yvelines et en Île-de-France. Valérie Pécresse y est sévèrebette de Rozièresment taclée.

Maule, Yvelines mardi 18 avril 2023. Babette de Rozières est particulièrement sévère contre Valérie Pécresse.
Maule, Yvelines mardi 18 avril 2023. Babette de Rozières est particulièrement sévère contre Valérie Pécresse.

Le 19 avril 2023 à 18h06

Quand Babette de Rozières balance, c’est épicé. Presque autant que les bonda Man-Jack, ces piments antillais que la restauratrice a fait goûter un soir à un client prétentieux qui voulait épater sa copine. L’anecdote savoureuse n’est évidemment pas la seule que la cuisinière de Maule (Yvelines) relate dans « La face cachée de la politique en Île-de-France », son livre qui sort ce jeudi.

Sur 264 pages, elle y raconte son métier, ses rencontres, sa vie et la vie politique francilienne qu’elle détruit à la sulfateuse. Principale cible de la colère de « Babette » : Valérie Pécresse. La présidente (Libres !) de la région Île-de-France en prend particulièrement pour son grade.

Elle avait pourtant rejoint sa liste (LR) aux élections régionales de 2015. Puis accepté de soutenir sa campagne pour l’élection présidentielle de l’an passé. Mais elle déchantera très vite. L’Outre-mer est oublié du programme de la candidate de droite et, pour la native de Pointe-à-Pitre, c’est un motif de divorce. Dès lors, elle observera la politique d’un autre œil. « Ce que j’ai vu de l’intérieur m’a dégoûtée, confie-t-elle depuis le salon de sa grande maison de Maule. C’est une secte avec un gourou qui ordonne. Valérie n’a pas de cœur. Elle presse le citron pour en extraire le jus et quand elle n’en a plus besoin, elle le jette. »

« La madame Thatcher en herbe »

Au fil des pages, elle dénonce également l’opportunisme idéologique de son ex-amie : « Elle ajuste son programme en permanence et se colle aux thèmes d’Éric Ciotti sur la sécurité, les valeurs d’autorité, d’identité et l’immigration, elle reprend le social de Xavier Bertrand, les préconisations de Barnier sur l’Europe. Elle y croit dur comme fer, la madame Thatcher en herbe, et il n’y a pas plus souple qu’elle, la madame Merkel : elle veut plaire à la terre entière. »



Un peu plus loin, c’est Patrick Stefanini, fidèle de la présidente et conseiller départemental de Bonnières-sur-Seine, qui est rhabillé pour l’hiver. « Babette » lui reproche de mener une « politique de technocrates, de communiquer par WhatsApp, sans aucune densité humaine, sans chair, sans conviction, dépourvue de sincérité… » Pierre Bédier, le président du conseil départemental, a droit lui aussi à quelques pages. On n’apprend pas grand chose quand il est dépeint en homme politique malin et roublard, adepte du billard à trois bandes. En revanche, on ignorait qu’il était « un excellent danseur de zouk love »…

Des anecdotes sur Mohamed VI ou Alice Sapritch

Orpheline d’une investiture aux législatives, elle finira par quitter le navire en mars 2022 en annonçant sa décision sur la chaîne CNews : « Valérie est une bonne présidente de région mais il s’agit d’une élection présidentielle qui demande des qualités qu’elle n’a pas », déclare-t-elle alors à l’animateur Jean-Marc Morandini.

S’il prend souvent des allures de règlements de comptes personnels et s’enferme parfois dans des détails qui échapperont peut-être au grand public, ce livre offre aussi quelques moments plus légers. C’est le cas par exemple quand Babette de Rozières évoque son attachement à Jacques Chirac par exemple, ou sa proximité avec le roi du Maroc Mohamed VI qui s’invite en cuisine pour « touiller à la cuiller » et « goûter avec ses doigts comme aux Antilles ». On peut également citer le portrait qu’elle dresse de la comédienne Alice Sapritch, seule et oubliée, ou de ses clients célèbres comme Michou, Jean Lefèvre ou encore Klaus Kinski.

La face cachée de la politique aux éditions Orphie. Prix : 24 euros.

Crash du vol Rio-Paris, réaction de Romain Kroës

Les faits : Airbus et Air France jugés non-coupables dans l’affaire du crash du Rio-Paris de 2009, dont le jugement a été rendu lundi au tribunal de Paris. Les deux entreprises étaient poursuivies pour homicides involontaires. Et à l’annonce du verdict, les familles des victimes ont été choquées.

Réaction de Romain Kroës :

AF 447

Premier juin 2009, un Airbus A330 d’Air France reliant Rio de Janeiro à Paris tombe dans l’Atlantique avec à son bord 228 passagers et membres d’équipage. Le procès s’est conclu en décembre 2022. Le verdict vient de tomber. En résumé : « des fautes, mais pas de coupables ». Les parties civiles vont introduire un recours. Elles sont justement en colère, car cette catastrophe n’est pas imputable à la fatalité. Par conséquent, il y a forcément une responsabilité à établir. Mais elle ne peut pas être établie.

La chute de l’appareil n’est pas due à la disparition des informations de vitesse, mais à l’impossibilité, pour les pilotes, de disposer d’une analyse de la situation ou de l’effectuer eux-mêmes, pendant 50 secondes qui furent cruciales. Et la cause de cette incapacitance est ce que l’on appelle « l’Intelligence artificielle ». L’attention des pilotes a été inutilement suspendue pendant cinquante secondes à la lecture d’un écran où l’information la plus importante est apparue trop tard. D’une part, pendant tout le temps où l’on reste suspendu à la lecture d’un écran on ne peut pas réfléchir. D’autre part, le logiciel remplaçait l’officier mécanicien, débarqué dans les années 1980, et les pilotes ne disposaient pas du moyen d’effectuer le diagnostic par eux-mêmes.

Le logiciel n’a pas été cité au procès, parce que le remplacement d’une intelligence humaine par un algorithme est encore universellement admis comme un « progrès ». Et les magistrats ne peuvent pas condamner une idéologie, surtout quand elle est dominante.

Romain Kroës, auteur de « Surchauffe – L’inflation ou l’enflure économiste »