Le 90ème Prix Cazes décerné à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset)

Le jury du Prix Cazes a décerné le 90ème Prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset) le 14 avril 2026 à la Brasserie Lipp.

Fondé en 1935 par Marcellin CAZES, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles. 
Il est décerné chaque année par un jury composé de :
Léa SANTAMARIA (Présidente), Claude GUITTARD  (Secrétaire Général), Mohammed AÏSSAOUI, Gautier BATTISTELLA, Mathilde BREZET, Marie CHARREL, Gérard de CORTANZE, Nicolas d’ESTIENNE D’ORVES, Christine JORDIS,  Eric ROUSSEL
Contact presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

photo du jury 2026 où il manque Christine Jordis et Gautier Battistella.

L’Incorrect était présent au Prix Cazes

Par Romaric Sangars

Hier soir, à la mythique brasserie Lipp, était remis le 90e prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’Extinction des vaches de mer ». L’occasion de trinquer à la santé de ce qu’il reste de littérature.
© Prix Cazes

Il y avait foule, hier soir à Saint-Germain-des-Prés, sur le trottoir de chez Lipp et dans l’arrière-salle de cette brasserie rivale du Flore, en face, et dont le prix littéraire concurrent, d’habitude remis de manière plutôt perspicace, avait été décerné, à l’automne dernier, à Toutes les vies, de Rebeka Warrior (Stock), un navet opportuniste parfaitement calibré pour la dernière rentrée : noir-deuil, mauve-queer et style pâle. En récompensant Adèle Rosenfeld pour son Extinction des vaches de mer (Grasset), le jury du prix Cazes, dont c’était le 90e anniversaire, aura donc remporté haut la main, cette année, le concours de goût sur le boulevard du livre. Félicitons Léa Santamaria, sa présidente, Claude Guittard, Mohammed Aïssaoui, Gautier Battistella, Mathilde Brézet, Marie Charrel, Gérard de Cortanze, Nicolas d’Estienne d’Orves, Christine Jordis et Eric Roussel, qui eurent raison de célébrer le livre insolite d’Adèle Rosenfeld.

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Deuxième roman d’un écrivain déjà remarqué, L’Extinction des vaches de mer raconte la découverte en 1741, par le scientifique allemand Steller, d’une nouvelle espèce marine : des animaux massifs et étranges, qu’il baptisera « vaches de mer ». Autour de cette île où le scientifique débarque, dans le Pacifique nord, elles sont innombrables et les marins s’amusent à les massacrer sans raison. Trente ans plus tard, l’espèce a disparu, remportant « le plus sinistre record de l’intervalle de temps entre sa découverte et son extinction. » Sujet aussi cocasse que tragique, Adèle Rosenfeld le traite avec finesse dans un récit bref à la langue travaillée, poétique, au plus près des éléments, après avoir été happée, fascinée, par la découverte de l’événement comme de ces animaux paisibles et grâcieux si absurdement exterminés.

La foule était serrée et joyeuse, on y croisait des personnes de qualité buvant des vins fins, quelques membres du jury du prix des Hussards ou du prix Roger Nimier, qui préparaient leurs propres verdicts, à venir bientôt. On avait appris, le jour-même, l’éviction soudaine du grand Olivier Nora, directeur de Grasset, maison de la lauréate, ce qui laissait pour le moins perplexe cette assemblée d’écrivains et de journalistes, quand, d’un autre côté, le déclin général de la lecture nourrissait des inquiétudes que seule une bonne quantité de champagne était en mesure de nuancer. Il ne restait qu’à espérer que la littérature elle-même ne devînt pas, bientôt, une espèce éteinte. Hier soir, on lui offrait néanmoins un peu de sursis.

© Prix Cazes

Bel 7 infos le décalage culturel évoque le Prix Cazes

Adèle Rosenfeld a obtenu le 90ème Prix Cazes

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Le 90ème Prix Cazes décerné à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset)

Le jury du Prix Cazes a décerné le 90ème Prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset) le 14 avril 2026 à la Brasserie Lipp.

Fondé en 1935 par Marcellin CAZES, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles.

Il est décerné chaque année par un jury composé de :

Léa SANTAMARIA (Présidente), Claude GUITTARD  (Secrétaire Général), Mohammed AÏSSAOUI, Gautier BATTISTELLA, Mathilde BREZET, Marie CHARREL, Gérard de CORTANZE, Nicolas d’ESTIENNE D’ORVES, Christine JORDIS,  Eric ROUSSEL

Le brillant Paul Sunderland a été impressionné par « La Sphère » de Malédicte

La Sphère, de Malédicte

Par Paul Sunderland 

Les extrapolations littéraires sur notre futur immédiat font florès. Dans La Sphère est créée, en 2040, une intelligence artificielle chargée de faire expier à l’humanité ses péchés, manquements et trahisons. Sa conceptrice, Ange, est cadre d’une grande entreprise à statut quasiment étatique. Mais Ange est un personnage tourmenté. Elle va tester le bon fonctionnement de son invention, qui n’est autre qu’une sphère gigantesque et vide, dépourvue de tous repères spatio-temporels (également de pièges) et dans laquelle vont être enfermées les personnes à « purger ».

Jacques Le Goff nous rappelle que le mot français « purgatoire » fait son apparition à la fin du 12e siècle et désigne un espace intermédiaire entre l’Enfer et le Paradis, lieux extrêmes et définitifs de la condition humaine post mortem (dans le catholicisme). Le Purgatoire est envisagé comme un état dans lequel certains péchés peuvent être expiés, et doivent l’être, avant l’entrée au Paradis. Le Purgatoire ne doit donc pas être confondu avec l’Enfer, même si là également, l’expérience est pénible. Il s’agit bien « purger » afin d’être purifié. Quoique le protestantisme et l’orthodoxie n’admettent pas l’existence du Purgatoire, ce lieu revêt une très grande importance dans l’imaginaire d’une bonne partie de l’Europe. Il n’est pas davantage une négation de la toute-puissance divine mais, au contraire, nous ouvre à la possibilité de la miséricorde.

Il s’agit de bien retenir les deux options inhérentes à ces ambiances dans la pensée traditionnelle : on ne sort pas de l’Enfer, on finit toujours par sortir du Purgatoire. Il faut les retenir car la proposition de La Sphère est différente : Ange n’est pas Dieu bien qu’elle seule ait supervisé, paramétré le fonctionnement de sa création. Par ailleurs, quiconque ne parvient pas à trouver la sortie de la sphère dans laquelle il ou elle se retrouve enfermé (après avoir été informé qu’il existe une telle porte) finit par mourir. Le dispositif n’est-il pas dès lors le raffinement suprême en matière de punition, punition qu’administrerait et observerait, bien à l’abri, à l’écart, un ego d’où aurait disparu la plus petite étincelle de pardon ? Nous ne serions donc plus tellement dans les ors du catholicisme…

De fait, une étrange coexistence d’effacement et de boursouflure tient l’ensemble de ce second roman de Malédicte. Dans ce futur à notre porte, tous les prénoms des personnages sont épicènes, la distinction masculin/féminin, si elle a encore quelque pertinence, se trouve reléguée au rayon des antiquités. Les relations semblent libres, le mot d’ordre semble être que personne n’appartient à personne. La Sphère a été officiellement conçue pour l’élévation morale de l’humanité. Mais simultanément, le narcissisme y est en surchauffe. Une utilisation totalitaire (sous prétexte de tests car Ange est la seule personne aux commandes du prototype) dans un but de vengeance est en réalité la véritable motivation de la conceptrice. Vengeance contre des salauds, qui plus est.

Car quiconque m’occasionne un pet de travers est une ordure à laminer ! Quiconque ne me comprend pas doit passer à la casserole ! Quiconque est, même objectivement, un saboteur d’entreprise et de carrières doit le payer ! Et quel bonheur de les voir s’effondrer, crever depuis mon poste de commandes ! (Comment ça, « purge », « élévation de l’humanité » ??) Quel bonheur, et quel tourment ! À défaut d’élévation, on peut s’interroger sur l’évolution de tel ou tel personnage de cet univers faussement aseptisé, aux aspérités illusoirement gommées par le discours de la neutralité sexuelle, du management humaniste.  Le rédacteur de la présente note le reconnaît : la conclusion de l’histoire, qu’il n’est pas question de révéler ici, est parfaitement glaçante. On dira seulement qu’elle peut se lire comme le point d’aboutissement de l’individualisme : dans cette histoire, une unité gouverne l’ensemble sous couvert de gestion scientifique, et ce à rebours, aux antipodes de la justice divine, omnisciente et miséricordieuse, du Purgatoire médiéval.

À ce niveau de grattage sur et sous la surface du texte, il importe à présent de comprendre la ressource cachée, mais accessible, installée par l’auteure et qui nous permet de déjouer le désespoir engendré par l’incarcération dans la Sphère. Puisque cet objet est au fond une métaphore de l’ego dans l’extension terminale de son désir autocratique. Et il est bien question de « fond ».  

Concrètement, comment sortir d’une sphère gigantesque dans laquelle on se retrouve, seul, tel un hamster dans un tonneau ? La solution vient à l’esprit en se purgeant (et non en s’épanchant, comme tel personnage de l’intrigue). Comment se purger ? En reconnaissant sa culpabilité. Comment reconnaître sa culpabilité, et signifier sans doute possible qu’on la reconnaît ? Par l’introspection, c’est-à-dire en partant à la recherche de son centre de gravité. Car tout est là. Et ce n’est pas pour rien que Malédicte (quel nom de plume charmant !) est architecte de profession.

Précédemment, je me suis penché sur Bioutifoul Kompany, de Frédéric Vissense, un roman dont je pourrais dire que c’est une bonne tranche de rigolade qui fait un peu peur quand même. Mais La Sphère ? Une bonne tranche aussi, mais de malaise, de dystopie, terriblement hypnotique dans l’imminence de l’avènement qu’elle narre, dans la façon qu’a l’auteure de nous montrer une humanité devenue monstrueuse, piégée par la démultiplication de ses ombres, par la sphère dans laquelle bon nombre d’entre nous sont déjà à l’article de la mort.

La Sphère, de Malédicte (éditions Une Autre Voix).

L’excellent Paul Sunderland livre la meilleure critique selon moi de « Bioutifoul Kompany » de Frédéric Vissense sur Mauvaise nouvelle

BIOUTIFOUL KOMPANY, de Frédéric Vissense

Par Paul Sunderland 

« Fifi n’avait pas tort. Nous étions certes des personnages secondaires, dépourvus de caractéristiques héroïques ou managériales, relégués aux marges des organigrammes, et cependant : nous étions quand même des êtres de chair et d’os, et non des spectres de pâleur et d’échos. »

En effet, le roman de Frédéric Vissense peut se lire comme une héroïsation de l’être humain, héroïsation pas forcément consciente, totalement aboutie, face à une monstrueuse et grotesque machine relationnelle déployée dans le monde de l’entreprise, à fins d’efficacité. De ce point de vue, Bioutifoul Kompany est un roman de développement (Entwicklungsroman) qui aurait pu être adapté par Jean Yanne ou Jacques Tati. Mais l’auteur conserve sa pleine identité !

Le texte est lui-même un gros dispositif passant en revue tout ce qu’il peut y avoir de plus bête, de plus prétentieux dans le management à l’américaine, et Frédéric Vissense réussit le tour de force de nous amuser (mais pas seulement) d’un bout à l’autre de cette quête insensée du sens. Bien sûr, on peut également évoquer les mânes de Kafka et d’Orwell parce qu’il y a quelque chose de terrifiant dans cet avenir vu comme proche (avant 2050). La caricature, le miroir déformant de ce que nous connaissons déjà en la matière (rapports de subordination, gestion des « ressources humaines », etc.), composent ici des tableaux de cette fiction spéculative. C’est très mordant, simultanément pas beau à voir, et surtout, cela risque fort de nous arriver.

Mais nous lisons sans peine jusqu’au bout car Vissense maîtrise l’art du détail et nous renvoie forcément à une expérience personnelle. Joueur de tarot, imagier managérial, satiriste, il est pleinement efficace dans le registre comique pour la simple et bonne raison qu’il a initialement perçu la tragédie inhérente, ou une de ses facettes, à l’Occident terminal d’ici et de maintenant.

Son art se déploie dans le langage car c’est bien là le nerf de la guerre. Si par exemple tu prétends être cool, si tu veux le faire croire à un panel de direction, tu es en fait nul, périmé, obsolète. Ce n’est pas cool que tu aurais dû dire, mais chill. En tout cas à ce jour, mardi 3 mars 2026, et tel que l’auteur de ces lignes le comprend. Il en va de même des théories visant à ramener le maximum de fric à une entreprise. (Dans le monde policé, on ne l’exprime évidemment pas ainsi.) Le langage, ô paradoxe dont on ne verra jamais la fin, sert encore et toujours à dévoyer la pensée, l’intellectualité. Les entreprises ont remplacé les religions et les Etats. Certaines pratiques consistent même à vouloir faire entrer de force telle ou telle démarche spirituelle, quitte à l’abandonner et à la conspuer quelques mois plus tard (la théorie des galets du roman).

Zen et Intelligence Artificielle, telles sont les deux colonnes du Temple.

Un groupe d’employés d’une multinationale part à la recherche des origines de l’entreprise (mais à seule fin d’exploitation de copyrights et autres solennités légales synonymes de prépondérance). Ce sont en quelque sorte des Pieds Nickelés, des marginaux de l’organigramme, d’aimables nullités. Mais on les charge de cette quête aux lourds enjeux managériaux, économiques, médiatiques, etc.

C’est grâce à leur persévérance qu’ils avanceront. Ils persévèrent car, foncièrement, ces branquignoles ont le feu sacré ! On ne peut pas ne pas les aimer ! Ici, la réflexion sur l’Intelligence Artificielle (je suis respectueux, hein, je mets des majuscules), l’une des deux « colonnes », permet de voir aussi dans Bioutifoul Kompany le roman d’une conscience qui se cherche elle-même à travers ses personnages. Plus que cela encore : cette aventure au-delà de l’atmosphère strictement animale, via le jeu sur les thrillers ésotériques à la Da Vinci Code, propose un dépassement de l’IA elle-même, génie dans la bouteille, invention strictement humaine d’une civilisation ayant renoncé à Dieu mais pas à la transcendance, cette aventure, donc, est peut-être le blanc-seing que l’humanité devrait se donner à elle-même ; l’humanité ou du moins Frédéric Vissense : tout ce que nous lisons dans Bioutifoul Kompany est le produit d’une intelligence, d’une et pas deux, ou x milliards. Celle de l’auteur. L’auteur est le créateur ultime de son œuvre, nous n’en sommes que des exégètes. Le parcours labyrinthique du métro parisien, assimilé à un circuit de neurones et de synapses (Paris ne serait qu’un cerveau ?? Pas de fonction d’excrétion ??), est une brillante ruse de l’intrigue mise en place par Vissense pour nous rappeler cette vérité brutale et simple. Nous pouvons, tous et chacun, créer… ou faire preuve d’individualisme téméraire.

Que donne l’addition de toutes les témérités ? La guerre civile ? Du management débile ? La victoire sur toutes les autres de la témérité la plus grosse (comme ces « concours » du plus gros zizi) ?

Ou rien de tout cela ?

En tout cas, ici, posé sur cette table de bistrot où je termine cette note : un roman bien précis, bien spécifique, très bon, et bien lu je l’espère (pour que je ne devienne pas un énième con de démiurge). Bioutifoul Kompany.

Le reste, lecteur/lectrice, et pourquoi pas autre auteur/auteur, autre univers qui te déploies, est entre tes mains.   

Dernière sélection du 90ème Prix Cazes (remis en avril 2026 chez Lipp)

Le Prix Cazes fête son 90ème anniversaire ; il sera remis à la brasserie Lipp en avril 2026
Dernière sélection : 

Les Explorateurs    Iegor Gran       (P.O.L.)   

L’extinction des vaches de mer    Adèle Rosenfeld  (Grasset)        

L’enfant du vent des Féroé       Aurélien Gautherie     (les éditions Noir sur Blanc)

Je suis la fille de Casanova  Cécile Guidot  (Mercure de France)

Fondé en 1935 par Marcellin CAZES, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles. 
Il est décerné chaque année par un jury composé de :
Léa SANTAMARIA (Présidente)
Claude GUITTARD  (Secrétaire Général)
Mohammed AÏSSAOUI
Gautier BATTISTELLA
Mathilde BREZET
Marie CHARREL
Gérard de CORTANZE
Nicolas d’ESTIENNE D’ORVES

Christine JORDIS

Eric ROUSSEL

Contact presse : guilaine_depis@yahoo.com 06 84 36 31 85

« Mauvaise nouvelle » interviewe Jean-Jacques Dayries

Jean-Jacques Dayries, l’enthousiasme littéraire

Par Guilaine Depis 

Interview littéraire pour Le Cercle Nouvelle Marge qui publie la revue Mauvaise nouvelle

Guilaine Depis : Jean-Jacques Dayries, bonjour, votre trajectoire de vie est assez peu commune. Après avoir fréquenté le milieu des affaires, côtoyé les grands de ce monde, vous êtes en train de donner naissance à une œuvre littéraire. Ce n’est pas sur ce terrain que vous étiez attendu : nous vous aurions plus facilement imaginé publiant des essais sur la réussite dans le milieu de la finance, des guides de l’investissement etc. Avez-vous le goût des chemins les plus escarpés ?

Jean-Jacques Dayries : Au cours d’une vie, il y a sans cesse des bifurcations. Je me souviens que Paul Auster a écrit un gros livre sur ce thème. Que serait-il advenu si j’avais fait ce choix plutôt qu’un autre ? Qu’on le veuille ou non, c’est une question qui vous est posée dès le plus jeune âge. Bien fou celui qui ne doute jamais devant le choix de la route à prendre. Quand vous dirigez une entreprise, c’est un souci quotidien. Celui qui vous retient de commettre une erreur, très souvent. Se poser un instant. Réfléchir encore un peu. S’entourer d’avis éclairés. Décider enfin.

En ce qui me concerne, j’ai fait mien le mot de Michaux : ne pas crever sans avoir fait le tour de sa prison. Quitte à vivre plusieurs vies. Ne pas se contenter d’une seule. Les vivre à fond. Autant qu’il est possible.

J’ai eu une carrière dans l’industrie, puis dans la finance. Avec le privilège de diriger des équipes sur plusieurs continents. En parallèle, j’ai beaucoup navigué à la voile en famille. J’ai été membre du conseil d’administration de plusieurs sociétés cotées et non cotées. Toujours des multinationales. L’expérience de l’équipage d’un voilier est très proche de celle d’un groupe de managers. Les différences culturelles vous enrichissent et vous aident dans l’exercice de vos responsabilités. Tout ce qui vous enrichit repousse les murs évoqués par le poète.

Alors, pourquoi pas la littérature ?

Enfant, j’avais le goût des rédactions au collège. Lecteur compulsif, j’aimais les découvertes. Je me souviens avoir lu Bonjour tristesse lorsque j’avais treize ans, un soir, au pensionnat. Je m’étais dit : Sagan l’a écrit à dix-sept ans. J’ai quatre ans pour faire mieux. Ce sera facile. J’ai pris une autre voie. Jusqu’à ce que ce projet me rattrape. Je ne pouvais plus écrire un livre d’adolescent attardé ! Je n’avais pas envie de donner des leçons de stratégie ou de management. Il y en a beaucoup. Des rayons entiers dans les kiosques des aéroports.

J’ai choisi un autre angle qui est singulièrement absent de la littérature générale. Faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un métier, d’une entreprise. Partager avec lui les soucis des décisions à prendre, des difficultés. Avec toujours une intrigue romanesque. Des personnages plausibles et attachants. Qu’on retrouve d’un roman à l’autre car mes lecteurs m’ont dit plusieurs fois : que se passe-t-il après ?

Du point de vue de l’auteur, c’est un peu plus ambitieux que de faire du nombrilisme glauque et du racoleur intimiste. Ces facilités qui lassent les lecteurs et plaisent aux éditeurs qui plombent ainsi leurs comptes. Il me semble qu’en tant qu’auteur, il y a une responsabilité à élever le débat. À montrer d’autres voies.

Certes, on ne s’attendait pas à me voir sur ce chemin escarpé. C’est seulement parce que peu de personnes s’autorisent le saut dans l’inconnu, loin des bases. La plupart s’enferment dans les murs de ce qu’ils croient connaître. L’air du large leur fait peur.

Je pense que si mes lecteurs apprennent à chaque fois quelque chose ou bien trouvent en me lisant une occasion de réfléchir en plus de se distraire, mon travail est utile. Gratifiant.  

 

GD : Depuis quelques années, vous consacrez une part toujours plus importante de votre vie à l’écriture. Avez-vous parfois l’impression qu’elle vous aspire ? Devient-elle une addiction ? Avez-vous le sentiment de garder le contrôle ? C’est tout de même une occupation célèbre pour ne pas rapporter d’argent. Quel est donc l’intérêt d’écrire ?

JJD : Après une interruption qui se compte en dizaines d’années, j’ai recommencé à écrire en produisant des nouvelles. C’était pendant les longues heures d’avion long-courrier. Le seul moment où j’avais du temps. Des parenthèses forcées, entre deux phases de vie active. Je commençais une histoire au début du vol et je m’appliquais à la terminer avant l’atterrissage. J’en ai écrit beaucoup. Jusqu’à ce qu’un éditeur me dise : c’est bien, mais les nouvelles ne se vendent pas. Il faut écrire des romans.

J’ai suivi le conseil, bien des années après. Cela a donné Jungle en multinationale. Il a été publié en 2023. Puis, un roman par an. C’est un vrai travail. Un roman de deux cents pages vous prend six cents heures. C’est bien sûr un ordre de grandeur. À condition d’être un travailleur assidu. Qui ne gâche pas son temps à rêvasser. Qui n’a pas besoin de longues recherches historiques ou techniques.

Le parallèle avec un sportif de bon niveau est tout à fait judicieux. L’entraînement régulier. La discipline. Le souci de garder l’objectif en vue, sans se lasser. Progressivement, on s’améliore. Une addiction se crée. Elle vous aide. C’est étrange, mais vos personnages se mettent à vivre, presque en dehors de vous. Vous devenez leur obligé. Ils vivent. Nous n’avons pas attendu les chatbots créés par l’IA pour découvrir cet aspect de la création. Je suis certain que Balzac, qui écrivait sur le milieu des affaires de son temps, expérimentait cette illusion : ses héros étaient des êtres vivants.

Ensuite, vient la question des lecteurs. Une fois le roman produit, sa diffusion ne vous appartient plus. Quand on écrit, on pense sans cesse au lecteur. On voudrait qu’il participe à l’aventure. Qu’il y trouve du plaisir. Une forme d’élévation de la pensée. C’est un peu prétentieux ! Le nombre des lecteurs ne permet pas, généralement, de vivre de sa plume. C’est bien connu. En ce qui me concerne, je sais depuis le début que le créneau que j’ai choisi est étroit. Alors j’essaye de l’occuper avec un travail de qualité. Il y a d’autres métiers où la même problématique se pose : la haute-couture ou la fast fashion, la gastronomie ou la street food. Un éditeur bien connu m’a dit : il faut faire du Musso parce que c’est ce qui se vend. J’ai répondu que si je dirigeais une maison d’édition, je serais de cet avis. En tant qu’auteur, mon opinion est différente.

Finalement, c’est parce que je n’ai pas besoin d’en vivre que j’ai la passion d’écrire ces romans qui ont une petite ambition littéraire.

 

GD : Concevez-vous l’écriture de fictions comme un art ? Si l’inspiration vous vient souvent de votre expérience de vie, cela vous réclame-t-il un effort pour mettre en beauté les mots, agencer les phrases, ou jaillissent-elles comme l’eau vive ?

JJD : C’est plutôt, je pense, un travail d’artisan. De longues heures à polir la pièce de bois. À créer des formes. L’ébéniste ou le luthier sont des professions comparables. Ils visualisent l’objet. Ils en réalisent l’esquisse ou les plans. Ils appliquent les techniques qu’on leur a apprises ou qu’ils ont eu le talent d’inventer. Lorsque je rencontre des personnes intéressées par l’écriture, je leur dis toujours : au début, l’auteur a une intention. C’est le fil qu’il va suivre.  Ensuite, tout grand livre a une structure interne. C’est le parti qu’on choisit, comme l’architecte le fait, avant même de dessiner son avant-projet. Ensuite, il faut décider du niveau de langue approprié. C’est celui qui défendra le mieux l’intention de l’auteur. Enfin, le plus important : exercer sa liberté avec naturel. Sans contorsions. Sans préciosité. La personnalité de l’auteur doit être offerte avec honnêteté. Hemingway disait à un jeune auteur : be honest !

En ce qui me concerne, j’ai un certain enthousiasme à créer et développer mes intrigues. J’ai plaisir à partager la connaissance des faits, des lieux. J’espère que le lecteur y est sensible. Je n’ai aucune prétention, hors cet échange.   

 

GD : Vous avez une grande puissance créatrice, puisque vous donnez naissance à des personnages parfois très différents de vous. Telle la Créature de Frankenstein, ces personnages finissent-ils par prendre le pouvoir et vous dicter leurs choix, leurs réactions ? L’œuvre peut-elle échapper au créateur ? Certains de vos personnages ont-ils pu avoir des réactions qui vous ont surpris dans vos romans ?

JJD : C’est la légende de la statue qui est si vivante qu’elle échappe au sculpteur pour vivre sa vie. Parfois, un personnage de fiction devient un mythe. Le mythe est repris par d’autres qui le citent et prolongent son histoire. C’est magnifique d’être capable de créer un tel objet : Goriot, Rastignac, Cyrano… J’ai entendu un jour Jean d’Ormesson dire qu’il avait écrit beaucoup de livres mais n’avait jamais créé un tel personnage. Il en était honteux.

Ce qui est intéressant, c’est de reprendre et de faire vivre le personnage d’un roman dans un autre livre, dans une autre histoire. Il aura vieilli. Son caractère aura pris de l’épaisseur. Le lecteur y gagnera en intérêt. L’auteur sera surpris par une évolution qu’il n’avait pas prévue au départ. Dans mon roman Jungle en multinationale, on fait la connaissance d’une jeune fille qui est étudiante dans une école hôtelière. On la retrouve en jeune femme épanouie dans le roman Un être libre. Puis, plus tard, en dirigeante d’entreprise confrontée au danger de perdre la fortune de sa famille dans le roman à paraître cette année, Elektra, ce météore…  On la reverra dans un autre roman, à paraître bientôt, Colocs et millenials, où sa vie sera bouleversée. En attendant, il y aura eu les affres d’une querelle de succession, la construction d’une multinationale qu’on mettra en bourse, une tentative d’OPA, un délit d’initié… La vie telle qu’elle est.

             

GD : On note dans vos livres une forme de pudeur puisque vous ne vous y exprimez jamais en votre nom à « je ». Pour autant, ils sont nés dans votre tête, ont été écrits avec votre sensibilité singulière. Avez-vous l’impression que l’on vous connaît mieux après avoir lu vos romans ? Des clefs pour comprendre les coups de cœur, coups de gueule, idées de Jean-Jacques Dayries y sont-elles cachées ?

JJD : À quelle personne faut-il écrire ?  Est-on meilleur parce qu’on s’épanche sur ses propres émois ? Pour faire plus crédible ? Pour susciter la compassion ? J’en doute.

Dans mon roman Colocs et Millenials, on passe du il au je, puis à nouveau au il. Le héros explique qu’à la troisième personne il est plus objectif. Quand il s’exprime à la première personne, il est tenté de tricher. Je suis de son avis : la troisième personne est plus honnête.

L’autofiction est un leurre. C’est très pratique quand on a peu à dire. Ou bien pour se plaindre de son sort. Pour attirer le chaland. Et même les jurés du Prix Nobel !

Pour ma part, je n’aime pas ceux qui se plaignent. J’aime les caractères courageux, travailleurs, optimistes. Ceux qui choisissent l’avenir plutôt que le passé. J’ai écrit un petit roman en forme de conte, à la manière du dix-huitième siècle, Un être libre. Le héros est un vieil entrepreneur à qui tout a réussi et qui choisit, l’âge venu, de recommencer l’aventure d’une entreprise. À la troisième personne, c’est un exemple qu’on montre. À la première personne, cela aurait eu l’air d’une pseudo biographie prétentieuse !

Bien sûr, je ne résiste pas à envoyer des coups de patte ou bien à partager des idées qui me tiennent à cœur, en matière d’économie politique par exemple. À faire voyager le lecteur dans des endroits magnifiques que je connais bien. Capri. La Méditerranée. La Grèce. À partager un moment de gastronomie. À montrer le plaisir d’une traversée à la voile, quand le temps est beau et le soleil éblouissant.

J’ai choisi mon intention d’auteur : l’échange et la transmission.

 

GD : Écrivez-vous pour comprendre les autres ou pour approfondir la connaissance de votre être intime ? Votre objectif est-il d’influencer vos congénères, de leur faire prendre conscience de la valeur de la vie ?

JJD : Ni l’un ni l’autre. Je n’ai pas besoin de remplir des pages d’introspection intime pour me sentir plus vivant ou mieux me connaître. Les étagères des bibliothèques sont remplies de livres sur ces thèmes. Je n’ai pas pour objectif de rendre le monde meilleur ou bien de jouer au prédicateur. Il y a foule sur ce créneau.

J’ai le projet de simplement échanger. De transmettre ce que je sais. Une lectrice m’a dit qu’avec moi, elle était une petite souris qui entrait dans des lieux auxquels elle n’aurait jamais accès. Qu’elle comprenait enfin les soucis de personnes qu’elle ne pourrait jamais connaître.

Ouvrir les yeux sur le monde. Mieux le comprendre. Ne plus craindre l’air du large. Voir le monde avec optimisme. Si je peux y contribuer, c’est un émerveillement.

 

GD : La vie peut-elle avoir du sens sans laisser une trace écrite ?

JJD : Bien sûr. Avant l’invention de l’écriture, la vie avait du sens. Aux débuts de l’écriture, l’outil était surtout utilisé pour son utilité immédiate, les comptes, les instructions, les lois. Je crois que l’idée de l’utiliser pour l’édification des générations futures est venue bien après. Depuis l’invention des communications électroniques et l’immense capacité de mémorisation qui l’accompagne, une grande révolution est en marche. Chacun d’entre nous laisse un héritage écrit. C’est vertigineux et au fond généralement fait de fatras sans intérêt. Dans lequel les ordinateurs de l’IA cherchent et compilent comme des fous en espérant trouver quelques pépites qui auraient du sens une fois arrangées proprement.

Nous savons qu’il y a des écrits dont la force traverse les générations. Comme les œuvres des grands créateurs dans les arts majeurs. Ce n’est pas la compilation qui crée une œuvre majeure. C’est l’étincelle qui produit un feu neuf. Jamais vu et utile pendant des générations. C’est la contribution d’un esprit différent, libre de s’écarter de l’ordre établi. Aussi bien dans les sciences dures que dans les disciplines plus subjectives. Il y a très peu de grands créateurs. En littérature, seulement une poignée par siècle. Ce sont eux qu’il faut admirer. Le reste n’est pas indispensable. Ne soyons pas prétentieux !

 

GD : L’image qui se dégage de vous est celle d’un homme heureux, avec une vie conjugale, familiale, professionnelle et sociale épanouie. Pour autant avez-vous ce que Charlotte Casiraghi nomme une « fêlure » ? L’écriture suffit-elle à la colmater ? Est-ce d’ailleurs possible ?

JJD : La famille, c’est un projet. Une entreprise plutôt qu’un objet. Un projet vit dans le temps. Il vit également dans un environnement qui peut être favorable ou non. Comme l’aventure d’une croisière en haute mer, il y a parfois du mauvais temps à étaler. Chacun sait que c’est dans le gros temps qu’on reconnaît les marins d’exception. Les équipages soudés. Je vois bien autour de moi que ce n’est souvent pas le cas. Je vois les fragilités. Les échecs.

J’ai décidé, il y a très longtemps de faire vivre ce projet et de m’y tenir. Femme et enfants sont de la partie. Avec ce qu’il faut de bonté d’âme pour que la réussite soit possible !

La « fêlure », c’est peut-être que l’entreprise est un peu folle, dans la dureté de l’époque. Les comportements de nos concitoyens sont plus ceux de consommateurs égoïstes que ceux d’entrepreneurs décidés.

 

GD : En humanité comme en littérature, croyez-vous un « progrès » possible ? Où pensez-vous que nos classiques comme Molière et Chrétien de Troyes doivent rester les repères fondamentaux de la civilisation ?

JJD : Votre remarque a beaucoup de sens. Les créateurs établissent les repères indispensables. Ceux qui font avancer la civilisation. Admirer l’australopithèque aventureux qui a su entrainer sa horde vers une meilleure nourriture en sortant du continent africain. Prendre modèle sur ceux dont les concepts ont fait avancer la civilisation.

Souvent, les textes fondateurs sont très courts : le Discours de la méthode, l’Esprit des lois. Parfois, ce sont des accumulations volumineuses et géniales en tout point : la Divine comédie, le Ramayanales Métamorphosesl’Odyssée…  

Molière et Shakespeare étaient des entrepreneurs de spectacle, des directeurs de troupe et des comédiens. Ils essayaient de gagner leur vie en étant à la mode de leur temps. Je ne pense pas que la postérité était leur objectif. Le miracle a eu lieu : on les joue toujours après plusieurs siècles et ils sont des modèles.

Il n’y a pas de règle imposée.

Votre question rejoint une idée que j’avais en écrivant Un être libre car je souhaitais revisiter Diderot puisque le thème de Jacques le fataliste et son maître me semblait d’actualité. De la même façon, lorsque j’ai imaginé l’intrigue d’Elektra, j’ai pensé aux Atrides et à la fatalité du destin dans une histoire moderne et grecque.

Il y a un certain vertige à mettre ses pas dans ceux des grands maîtres qui nous ont précédés. Ne pas se priver de ce plaisir.

             

GD : Il existe des formes de littératures dans chaque région du monde : avez-vous des curiosités et des préférences pour celles d’autres zones du globe ?

JJD : Je lis beaucoup de littérature anglo-saxonne moderne. Je suis frappé par la liberté de la langue. Par l’inventivité des formules. La langue française me semble plus formatée. Probablement l’influence d’une éducation où l’on apprend à respecter avant tout la norme de ce qui est bien et correct. Je n’hésite pas à emprunter des anglicismes lorsque je le pense utile. On peut défendre sa langue sans refuser les autres. Les enfants bilingues passent sans effort d’une langue à l’autre sans les mélanger. Parfois, on est plus précis dans une des langues que dans l’autre. Parfois, c’est l’inverse. Il faut en profiter. C’est une façon ici aussi de sortir de sa bulle et de respirer l’air du large !

 

GD : L’artiste est-il là pour vous chambouler ? Je vous sais mélomane, la musique vous semble-t-elle avoir une force de frappe supérieure aux livres pour ébranler un être humain ?

JJD : La musique a un impact physiologique démontré : on peut être ému « aux tripes ». C’est tout sauf trivial. Cela remonte à la nuit des temps. La littérature s’adresse à l’intellect. Même si l’on ne se réfère qu’à la tradition orale. Alors, quand les deux arts se combinent avec efficacité, une magie magnifique s’opère. Dans mon roman Quatuor, il y a un portrait contrasté de deux héros. Il est un violoncelliste virtuose. Elle est une économiste réputée. Chacun excelle dans son art. Le lecteur entre dans la construction d’une carrière de soliste, faite de voyages, de concerts, d’enseignement. Il entre aussi dans la vie d’une grande institution où l’économiste produit ses études, ses notes de conjoncture, un nouveau livre. Ils ont tous deux un impact sur leurs contemporains. Certes à leur niveau, qu’on peut trouver modeste par rapport aux grands compositeurs ou bien aux grands économistes qui les ont précédés. Mais ils vivent leur métier avec sincérité. Jusqu’à ce que le destin les frappe. Il n’y a pas de hiérarchie entre leurs disciplines. Je pense que cette réflexion peut se généraliser. Le frisson peut être physiologique ou intellectuel. C’est son existence même qui est précieuse et rare.

 

GD : Lequel de vos livres rêveriez-vous de voir adapté au cinéma ? Et au théâtre ? Et pour quelles raisons ?    

JJD : Comme mes romans sont des portraits d’aujourd’hui, dans un monde réel, avec des intrigues qui sont inspirées de situations vécues, l’adaptation au cinéma ou au théâtre ne serait pas trop difficile. Il y aurait même un côté « reportage en direct » qui pourrait être original et intéressant.

Imaginons Jungle en multinationale comme une série puisque la construction est en patchwork. On s’intéresse tour à tour à chaque personnage et progressivement l’intrigue se développe, entre Paris, la Riviera, la Suisse, l’Italie.

Imaginons Un être libre comme un road movie jusqu’à la chute, dans le Pékin des années soixante-dix.

Imaginons Quatuor en film choral à quatre héros, dans le tourbillon des voyages et de la musique.

Un projet est possible, en gardant l’esprit de la petite souris qui pénètre des lieux très proches et cependant jamais familiers. Sans qu’il soit besoin de crimes ou de maltraitance. En gardant l’ambition d’apporter une réflexion sur notre époque. Un point de vue qui refuserait le côté « grand guignol » de certaines productions.

les livres de l’auteur :