Entretien croisé entre Christophe Barbier et Isée St-John Knowles sur Coco Chanel par Marc Alpozzo

Coco Chanel, collaboratrice réhabilitée ?

Isée St. John Knowles, Christophe Barbier et Marc Alpozzo

Entretien avec Christophe Barbier et Isée St. John Knowles

Christophe Barbier est à la fois un brillant journaliste et un excellent comédien. Il joue sur les planches le rôle de Paul Morand dans une pièce de Thierry Lassalle, Mademoiselle Chanel, en hiver (au Théâtre Passy), aux côtés de Caroline Silhol, qui incarne merveilleusement Gabrielle Chanel. Isée St. John Knowles bien de publier de son côté, un livre qui a pour vœu de rétablir la vérité à propos des activités de Chanel durant l’occupation Coco Chanel, cette femme libre qui défia les tyrans (Cohen et Cohen, 2022). Je les ai rencontrés à cette occasion, afin de faire le point sur cette période demeurant mystérieuse aujourd’hui encore.

Marc Alpozzo : Bonjour à vous deux, que ce soit la pièce Mademoiselle Chanel, en hiver, dans laquelle cher Christophe Barbier, vous interprétez Paul Morand en exil en Suisse aux côtés de Gabrielle Chanel, échappant aux épurateurs de la fin de la guerre, ou votre ouvrage cher Isée St. John Knowles, Coco Chanel, cette femme libre qui défia les tyrans (Cohen et Cohen, 2022), votre propos est moins l’élégance française et la mode que l’implication supposée de Chanel dans la Seconde Guerre mondiale, et sa personnalité profonde. Pourquoi cette tentative de réhabilitation ?

Isée St. John Knowles : D’abord, procédons-nous à une tentative de réhabilitation ? Cette pièce ne prêche aucunement la réhabilitation de Chanel. L’objectif poursuivi par l’auteur (Thierry Lassalle) était de composer un drame psychologique qui domine et parfois supplante l’histoire. C’est une pièce réussie qui mérite qu’on s’attarde sur les éléments qui la composent. D’emblée, il faut dire que ce drame repose sur une pure invention : Chanel ne s’est jamais confiée à Morand sur l’Occupation. Cela est de peu d’importance, d’ailleurs. Le livre de Morand L’Allure de Chanel[1] dévide des confidences totalement inventées par Chanel, puis réinventées par Morand. Autrement dit, ce livre ne revêt aucune valeur historique. En revanche, sa valeur marchande est indéniable. C’est un best-seller. Est-ce parce que Morand avait le don de faire jaser la langue française, comme le prétendait Céline ? Ne soyons donc pas en quête de réalité dans tout cela, car de réalité nous n’en trouverons guère. La pièce n’obéit pas aux règles de la reconstitution historique. Elle n’est pas pour autant une pure fiction. Je dirais simplement qu’elle s’appuie sur une assise historique fragile.

Christophe Barbier : Je partage cet avis. Il y a une matière humaine, psychologique, presque psychanalytique dans ces personnages. Ce sont des êtres humains dont l’auteur s’est saisi pour creuser et sculpter quelque chose tout en ambiguïtés, cependant la réalité historique n’était pas l’objet. Il ne s’agissait pas de refaire une autre enquête pour établir le vrai du faux et séparer le bon grain de l’ivraie. D’autant que les termes d’espion, collabo etc., appellent des définitions souvent gélatineuses, ce qui fait que l’on ne sait plus exactement à quel moment l’on commence une collaboration. Ensuite, est-ce que l’amour peut être une explication, voire une excuse pour des comportements, politiques, militaires ou autres ? Par ailleurs, si la réalité biographique importe peu, nous sommes ici dans le commencement de la construction du mythe Chanel, par elle-même, mais aussi par Morand, par le biais de ce livre, et enfin par la marque Chanel. L’empire Chanel va s’emparer de L’allure de Chanel pour en faire une sorte de manifeste officiel. Tout cela correspond donc, selon moi, à la construction du mythe, avec ce qu’il faut de mensonges pour faire un mythe, ce qu’il faut d’imagination, d’inventions et de raccourcis, mais aussi de vérités. Puis, il faut également mêler les deux génies : celui de l’existence de Chanel et le génie de l’écriture de Morand. C’est pourquoi ce livre s’est si bien vendu, et c’est ce qui a installé le mythe qui rend secondaire la question même de la vérité, sauf bien sûr pour les historiens et les journalistes dont c’est le métier, ou les enquêteurs s’il y avait eu un procès. Mais là, nous sommes dans un autre registre.

M. A. : Certes, mais il y a eu le livre d’Hal Vaughan, ancien diplomate américain, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et journaliste qui, sans être ni historien ni chercheur à l’université, accusa en 2011, Coco Chanel d’avoir été, durant l’occupation, un agent nazi. Or, il se trouve que depuis, cette accusation de collaborationnisme lui colle à la peau, au moins auprès d’une partie de la population.

C. B. : C’est vrai.

I. St. J. K. : Je ne compte pas faire l’impasse sur ce point, mais auparavant, je me permets cette petite digression : je voudrais dire que l’écriture de cette pièce est un exploit. Elle présente des personnages complexes sans jamais les déshumaniser alors que l’auteur, Thierry Lassalle, ressent à leur endroit un insurmontable dégoût. Il s’agit là d’un tour de force pour un dramaturge. Ses portraits sont nuancés. On aurait pu se contenter de faire ressortir l’antisémitisme obsessionnel de Morand. Le dramaturge cependant ne l’a jamais dépouillé de son vernis, ce qui nous engage à entendre ce personnage, subtilement interprété par Christophe Barbier. Quant à Chanel, merveilleusement incarnée par Caroline Silhol, elle demeure certes souveraine, solitaire, cynique, mais toujours en proie à une inharmonie, à une discordance.

M. A. :  Cette pièce montre une Coco Chanel qui est un monstre d’égoïsme, un monstre de cruauté, ce qu’elle partage d’ailleurs avec Paul Morand, puis aussi, on a le sentiment que l’auteur a à cœur de déconstruire les personnages pour en découvrir leur humanité. C’est ainsi que l’on peut dire aussi que c’est une pièce qui vise à montrer l’humanité profonde et réelle des personnages. C’est pour cela que je dis que c’est une réhabilitation finalement, au moins dans le choix de peindre le portrait des personnages.

I. St. J. K. : Tout à fait. Un dernier mot, si vous le voulez bien, au sujet de cette discordance inhérente à la conception du rôle de Chanel ; discordance il y a, parce cette dandy baudelairienne qui se voulait libre et insoumise était devenue la cible des épurateurs « sauvages » qui l’ont contrainte à s’exiler. Or cette dandy ne pouvait s’accommoder d’aucune contrainte. Un tout dernier mot sur la mise en scène d’Anne Bourgeois. Elle nous fait replonger dans l’ambiance de l’époque, le prolongement des années folles, mélange de gravité saupoudrée de désinvolture.

C. B. : Je partage votre avis. La matière humaine, qui est la matière première du dramaturge, n’aboutit à aucune vérité, laissant à chacun sa subjectivité. On peut certes y trouver une réhabilitation, car on y voit des êtres qui souffrent, et donc on leur donne une sorte d’absolution. Certains spectateurs y trouvent au contraire une circonstance aggravante, car dans leur humanité on trouve de mauvais côtés : ils sont très orgueilleux, très égoïstes, ce qui n’excuse pas mais au contraire aggrave les choix politiques qu’ils ont pu faire. Il y a aussi ce moment très spécial, cet hiver 1945-1946, alors que de Gaulle quitte le pouvoir, la guerre étant terminée depuis moins d’un an; les deux personnages se disent que leur exil bientôt se terminera. Certes, ils n’y croient pas vraiment, mais ils voudraient s’en persuader. Ils espèrent rentrer très vite à Paris, et reprendre la vie comme avant, autrement dit leurs mondanités et leur place dans la société. Mais au fond d’eux, ils savent que cet exil durera. D’ailleurs il leur faudra faire un long chemin avant de retrouver la place qu’ils avaient autrefois dans la société, profitant de cette amnistie très généreuse de 1953, accompagnée d’une forme d’amnésie collective et volontaire, car on pensait qu’il fallait tourner la page pour que la France reparte. Cela aurait pu durer bien plus longtemps, cela aurait pu être bien plus grave pour eux, Chanel s’en tire bien mieux qu’Arletty ou Mary Marquet, Morand que Céline ou Brasillach. Donc, ils sont partagés entre le sentiment qu’ils ont eu de la chance dans leur malheur, et un désir de revanche, même s’ils comprennent qu’ils n’ont pas les moyens de leur revanche. On est dans cet entre-deux, ce méli-mélo de sentiments, dont il sortira une période d’attente plus longue que prévue. On le voit dans les petits monologues de fin, d’abord pour donner une conclusion aux gens qui ne connaissent pas l’histoire, mais surtout pour montrer la valeur du temps.

M. A. : Les rapports de Chanel avec les Allemands sont largement évoqués dans la pièce, notamment ceux avec le baron von Dinklage, officier nazi des services secrets. De quelles teneurs sont-ils réellement ? On a l’impression en voyant la pièce que Chanel est surtout rêveuse, une femme amoureuse qui se laisse porter par ses sentiments, et qu’elle est bien moins une collaborationniste que l’on a parfois voulu la décrire.

C. B. : Absolument pas collaborationniste, puisque le « ionniste » implique une réflexion et une pensée, voire une idéologie, or Chanel ne produit aucune thèse. Collabo, elle l’est de fait, car par ses actions elle est impliquée dans les rouages que l’occupant veut mettre en place et activer ; qu’elle soit naïve, qu’elle pense que le but qu’elle vise, que ce soit par rapport à son neveu ou la paix, tout cela la leurre complètement. Ajoutons encore à cela l’amitié, les sentiments qui sont chez Chanel une voilette devant les yeux, qui lui obstruent la lucidité politique qu’elle aurait pu avoir. Elle ne sera bien évidemment pas la seule. La nullité du jugement politique d’un Guitry sur les faits qu’il traverse, son interprétation sans cesse fausse d’une histoire qui le dépasse et qui va l’écraser, c’est tout aussi stupéfiant. Tout le monde ne peut être aussi lucide qu’un de Gaulle. Malgré cela, ou pour cela, l’histoire d’amour qui prouve sa sincérité, et la pièce l’illustre, en dépassant le temps de la guerre, mérite d’être racontée.

I. St. J. K. : Le seul problème, c’est que cette histoire d’amour s’est déroulée en 1934.

C. B. : En effet. Elle s’allonge, elle s’étire…

I. St. J. K. : Je ne suis pas sûr d’abonder dans votre sens. Cette relation amoureuse, en 1934, a été très éphémère, puisque tous deux, Chanel et Dincklage, entretenaient des attaches sentimentales respectives. Chanel, qui avait 51 ans, avait noué une amitié ambiguë avec Paul Iribe et Dincklage, de 13 ans le cadet de la styliste, abondait en conquêtes féminines.

C. B. : C’est pourtant un univers idéologiquement cohérent.

 I. St. J. K. : En apparence seulement, puisque cette cohérence s’appliquait essentiellement à l’essor de sa vie mondaine. Lorsque Dincklage impose sa présence dans la vie de Chanel en août 1940, elle est libre depuis la disparition d’Iribe. Et Dincklage s’acquittera parfaitement de la fonction de chevalier servant que lui assignera Chanel pendant sept mois. Dès la première quinzaine de mars 1941, Chanel apprend par Josée Laval, la fille de l’ancien vice-président du Conseil, que Dincklage était responsable de la capture et de l’internement du neveu de Chanel, André Palasse. Dès lors, Dincklage exercera sur Chanel un infâme chantage : moyennant son ralliement à la cause nazie, elle obtiendrait la libération de son neveu. Certes, elle ne céda pas au chantage. En revanche, si l’on revient à la période de 1945-1946, qui intéresse notre dramaturge, Chanel n’échappera pas à un second chantage, cette fois financier, auquel aura recours Dincklage. Conseillée par son avocat, René de Chambrun, qui avait épousé Josée Laval, Chanel se soumettra à ce chantage, faute de quoi Dincklage la menaçait de souiller sa réputation en répandant d’inqualifiables calomnies. Il lui fallut donc acheter son silence, ce qu’elle ressentit comme une suprême humiliation.

C. B. : Notre fiction est donc plus belle que la réalité.

M. A. : C’est à ce point précis que nous pouvons rebondir sur les accusations d’Hal Vaughan dont j’ai parlées plus haut, puisqu’il l’accuse clairement d’intelligence avec l’ennemi, et continue l’épuration d’une certaine manière.

I. St. J. K. : Vous avez parfaitement raison. Depuis 1944, l’hostilité viscérale, à laquelle se heurta Chanel, ne s’est guère apaisée, alors qu’elle n’a jamais été sanctionnée pénalement. En raison de ce ressentiment croissant, exacerbé par Hal Vaughan, il me paraît un peu imprudent de parler de réhabilitation.

C. B. : Je crois qu’il y a aujourd’hui Coco et Chanel. Le mythe Coco, la jeune femme, tous ses malheurs et mésaventures familiaux, ses histoires d’amour tragiques, ainsi que son génie créateur, et Chanel, avec les problèmes de business, et tous les conflits qu’elle a pu avoir, et cette affaire de collaboration. Les deux voyagent un peu en parallèle. On trouve des gens pour ne voir que Coco, les jeunes filles qui veulent faire de la mode, celles qui achètent le parfum, celles qui sont allées voir le film avec Audrey Tautou, et il y a ceux qui ne voient que Chanel, qui sont obsédés par cette matière historique controversée. On a réussi à installer comme cela les deux mythes, la marque Chanel arrivant à tolérer le second, qui ne lui est pas favorable tout en faisant prospérer le premier. C’est assez incroyable de voir dans toutes les publicités comment les jeunes femmes qui y sont mises en scène sont des femmes de liberté, d’indépendance, qui ne supportent aucune autorité masculine, et qui perpétuent ce que Coco était dans les années folles. Avec habileté, en ne jouant ni de la censure, ni de la pression, la marque a laissé prospérer le débat des historiens, peu favorable à Chanel. Au-dessus, en surplomb, il y a ce mythe très positif continuant de faire de Chanel un personnage qui fascine.

M. A. : Dans la pièce Chanel termine sa vie avec ce jeune maître d’hôtel qui est juif, ce qui peut paraître comme un pied de nez à l’histoire.

C. B. : Elle le rencontrera bien plus tard. Il y a là un raccourci de temps. Les coups de cœur de Chanel pèsent plus que tout le reste, ce qui l’absout d’une véritable hostilité idéologique. Ce qu’elle dit dans la pièce contre les Juifs relève de ce qu’elle ressent à propos de deux hommes d’affaires avec lesquels elle a maille à partir, et qui se trouvent être juifs. Mais il n’y a pas d’antisémitisme structurel et systématique chez Chanel, contrairement à Morand. Les êtres humains sont pour Coco beaucoup plus importants que les opinions politiques ou les croyances religieuses.

I. St. J. K. : Au stade décisif de cet entretien, je souhaiterais rapporter une confidence que vous aviez livrée, il y a quelque temps, sur Radio J. Vous aviez souligné que vous accordiez une importance considérable à la parole de la défense. Je m’autorise donc de cette confidence si bienveillante pour assurer maintenant la défense de Chanel. Revenons à cette poignée de main entre Chanel et Hitler, postulat livré en pâture au public par le dramaturge. Cette poignée de main n’a jamais eu lieu. Chanel n’a jamais rencontré Hitler. Alors, de deux choses l’une : soit on réagit en bon sartrien, et l’on se dit que le dramaturge assume sa responsabilité parce qu’il se sent libre de dire ce qu’il veut, de réinventer l’histoire, de se décharger de toute fonction heuristique, ou bien il y a une autre attitude qui serait celle de concilier l’art du dramaturge avec une exigence éthique. Quand on aborde le sujet de l’Occupation, nous ne sommes plus sur un terrain vierge. Il est brûlant. Il est piétiné par les préjugés d’un public désorienté, conditionné à penser que Chanel est coupable, un public manipulé par des procureurs autoproclamés qui se sont décerné le titre d’historiens. Dans ce contexte, le dramaturge peut subodorer sans peine le pouvoir émotif que détient cette poignée de main entre Chanel et Hitler. Il peut pressentir la répulsion instinctive qui va terrasser le spectateur. En un mot, il peut amener son public à haïr Chanel.

M. A. : La parole est à la défense.

C. B. : Merci. Dans le texte de Thierry Lassalle, il y a deux choses : d’abord une volonté de créer un obstacle insurmontable pour empêcher François de rejoindre Chanel. Il ne peut pas travailler pour Chanel, et pourtant il le fera. Son amour pour Chanel, sa fascination pour Chanel lui permettront de passer par-dessus la poignée de main à Hitler. De plus, le dramaturge ne dit pas qu’il y a eu cette poignée. Il le fait dire à Morand. Il y a là peut-être un mensonge, une extrapolation de la part de Morand, car il a reconnu en ce jeune maître d’hôtel quelqu’un de sagace, une sorte de disciple en qui il cherche une forme d’admiration, et il faut donc l’empêcher d’être absorbé dans une autre orbite que la sienne. Voilà pourquoi Morand cherche à discréditer Chanel en évoquant cette poignée de main. Mais cela ne marche pas, puisque le jeune homme a pris soin de lire les livres de Morand, pour se faire une idée, et accuse l’écrivain d’être le vrai raciste, passant alors du côté de Chanel.

I. St. J. K. : Dans la pièce, Chanel ne réfute pas l’imputation de Morand. Elle ne s’inscrit pas en faux contre cette poignée de main.

C. B. : Certes. « Sa main était molle et moite ». Mais Chanel l’aurait-elle nié ?

I. St. J. K. : Non seulement elle aurait récusé l’accomplissement de ce geste cordial à l’endroit d’Hitler, mais elle aurait éconduit Morand sur-le-champ, ce qui nous aurait privés du plaisir de vous entendre jusqu’au salut final !

C. B. : Pour établir les faits, il aurait fallu un procès. S’il y avait eu un procès de ces deux individus, il y aurait eu une vérité judiciaire. En échappant au procès, ils ont gardé un train de vie confortable dans l’exil, puis ils ont pu revenir et reprendre d’abord à bas bruit une vie mondaine, ensuite une place dans la société ; mais pour la Justice, le vrai et le faux n’ont pas été tranchés. On peut dire que cette pièce ne cherche pas l’objectivité par la vérité historique, ne serait-ce que pour des raisons dramaturgiques, mais elle recherche une forme d’objectivité par le culte de l’ambiguïté. Il y a toutes les facettes, toutes les couleurs des comportements, des émotions, et chaque spectateur peut retenir, dans les répliques, matière à trouver sympathique, attachant, pathétique, accablant, détestable, drôle, cynique, admirable tel ou tel personnage à tel ou tel moment. C’est ce qui fait la palette de la pièce, quelque chose d’intéressant à jouer, et à regarder. On sort de là en ayant une somme d’impressions qui font peut-être un jugement, une conviction, mais ce n’est pas du béton, si j’ose dire. Et comme nous comédiens, nous défendons nos personnages, je crois que les spectateurs ressortent de la pièce en voyant l’humanité complexe et fragile de ces êtres. Ce n’est pas forcément une circonstance atténuante pour ce qu’ils ont fait, mais cela montre la complexité des choix à effectuer quand on est dans des circonstances historiques tragiques.

Propos recueillis par Marc Alpozzo


[1] Livre de Paul Morand paru en 1976.

Participez aux événements organisés par Balustrade en avril 2023

Participez aux événements organisés par Balustrade en avril 2023 et venez à la rencontre de nos auteurs en dédicace :
Entrée libre et gratuite – Contact presse, inscriptions et renseignements : guilaine_depis@yahoo.com

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Mercredi 19 avril à 18h30
Soirée de lancement du pop-roman de Gérald Wittock « 1m976 », en musique évidemment !
Puisque Gérald Wittock auteur-compositeur nous agrémentera la soirée littéraire de piano.
Hôtel La Louisiane 60 rue de Seine 75 006 Paris, inscription par sms au 06 84 36 31 85 pour prévoir le cocktail offert à la fin
***
Mercredi 26 avril à 18h30
Débat sur le Temps physique et métaphysique entre Thierry Paul Millemann, docteur ès sciences et économiste, démontrant dans son livre « Ondes et énergies cérébrales dans la physique quantique » pourquoi nous sommes tous immortels et Jean-Marc Bastière, écrivain et journaliste (groupe Le Monde, Figaro), auteur de « Les sept secrets du temps ».
Hôtel La Louisiane 60 rue de Seine 75 006 Paris, inscription par sms au 06 84 36 31 85 pour prévoir le cocktail offert à la fin
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Ils dédicaceront leurs livres et rencontreront leurs lecteurs
Jeudi 27 avril dès 11h
Babette de Rozières signera « La face cachée de la politique en île de France » au stand 4 C 080 des éditions Orphie, Porte de Versailles et ce durant la Foire de Paris
***
Jeudi 27 avril dès 18h
Pierre Ménat, ancien conseiller Europe de Jacques Chirac et d’Alain Juppé, ancien ambassadeur de France, signera « L’Union européenne et la guerre » à l’Espace L’Harmattan 21 bis rue des écoles 75 005 Paris
***
Vendredi 28 avril dès 20h, soirée philo Doper son esprit critique
La philosophe Normalienne et agrégée Marylin Maeso a accepté de dialoguer sur le thème de l' »esprit critique » avec Emmanuel-Juste Duits, philosophe enseignant et cofondateur du site Wikidébats, qui souhaite nous apprendre à le doper dans son nouveau livre.
La salle ouvre à 19h, le débat commence à 20h (jusqu’à tard dans la nuit) et chacun doit payer sa consommation d’alcools et d’amuse-bouches. L’endroit est magique : La Caverne de Yo, 65 rue Saint-André des Arts 75 006 Paris et vous ravira ! (attention, il faut impérativement s’inscrire car le nombre de places est très limité et il y a un code secret qui sera envoyé en guise de validation d’inscription pour pouvoir accéder à la Caverne de Platon (ou d’Ali Baba…)…) Merci à Yolaine Vignaud d’accueillir la soirée

 

Anne Hidalgo aux côtés de son amie pour le lancement du livre de Babette de Rozières le 27 avril à la Foire de Paris

A l’occasion de la sortie du livre « La face cachée de la politique en île de France » de Babette de Rozières, Anne Hidalgo fera l’honneur à sa chère amie Babette d’être à ses côtés le 27 avril 2023 à l’inauguration de la Foire de Paris. Babette de Rozières rencontrera les journalistes et ses (é)lecteurs au PAVILLON 4 terre des tropiques // ALLEE C STAND 80 à partir de 10h.

Babette de Rozières, une femme libre qui transcende toutes les étiquettes sociales et politiques. 

Un résumé de leur amitié par Babette de Rozières : 

« J’ai toujours porté depuis des années, avant même de rentrer en politique, une réelle amitié empreinte de complicité et de confiance à mon amie Anne Hidalgo

J’ai eu à apprécier ses qualités humaines, sa force de travail, sa parfaite connaissance des dossiers et l’amour qu’elle porte à sa ville.

Je fonctionne à l’affectif et transcende toutes les étiquettes sociales ou politiques. Le seul parti qui compte à mes yeux c’est l’amitié basée sur la confiance. Je suis toujours là pour ceux que j’aime. La confiance va de pair avec la fidélité.

C’est sur ces principes que j’ai accepté de suivre Anne lorsqu’elle s’est présentée à la Mairie de Paris en 2014 et ensemble nous avons gagné car rien ne nous résiste.

Entre nous, nous n’échangeons jamais sur la politique, on a d’autres sujets et nous sommes très à l’aise.

Je suis capable de monter au créneau lorsqu’on attaque mon amie. Et c’est pour cela que j’ai refusé de participer aux réunions de l’exécutif à la Région Ile de France où il était systématiquement question de remettre en cause la politique d’Anne Hidalgo à Paris et de critiquer sa personne. Je l’ai fait savoir à Valérie Pécresse lorsqu’elle m’a posé la question.

Anne me fait l’honneur et l’amitié d’être à mes côtés à l’inauguration de la Foire de Paris à l’occasion de la sortie de mon livre le 27 avril 2023 ou je dédicacerai mon livre. » Babette de Rozières

 

« Koeur » ou la négritude inversée de Sylvie Largeaud

« Koeur ou la négritude inversée » par Emile Cougut

Koeur est un roman de Sylvie Largeau. Sandrèle a une vingtaine d’années, elle va partir en France pour achever ses études. Sandrèle est née au Sénégal. Sandrèle est sénégalaise. Sandrèle est la fille unique d’une Française qui est venue accoucher en fuyant son amant au Sénégal. Sandrèle à la peau blanche dans un pays où les concitoyens ont la peau noire.

Sandrèle aime son pays, elle le vit, elle le respire. Avant de partir, elle sillonne sa terre natale, se nourrit de ses beautés, de rencontres au fin fond de la brousse (les deux boulangers Christian et Orlando sont « hauts en couleur »), se repose face à l’océan Atlantique, et revient dans ce Dakar qu’elle aime. Mais elle a la peau blanche et donc est victime de la bêtise des hommes car symbolisant le colonisateur, celui qui est riche et qui doit payer pour la misère des habitants. Sa peau, c’est celle des dominants et on ne cherche pas à savoir qui elle est véritablement, la foule, stupide, ne voit qu’un symbole, pas une compatriote. C’est le racisme au quotidien, irréfléchi, plein d’a-priori, de haines sans fondements. Heureusement qu’il y a son ami Djoley pour se sentir une femme aimée, une femme « normale » dont la couleur n’est pas un frein à l’amour.

Sandrèle est à Paris, le choc est rude, les gens ne se touchent pas, ne se parlent pas, un immense sentiment de solitude l’entoure et la pousse dans une profonde dépression. La belle fleur se fane loin de sa terre nourricière. Mais, même marquée par cette épreuve, ses diplômes obtenus, elle revient sur cette terre qui est la sienne, bien au-delà de sa couleur, elle la porte dans son âme.

Au-delà de l’inversion du racisme qui est toujours stupide quelque soit le pays, ce roman marque le lecteur par son style. C’est un vrai poème en prose avec des passages plus ou moins rythmés, des déclaration d’amour comme la description de Dakar qui donnent un souffle  épique à ce roman. Bien sûr, on est pas dans Gaspard de la nuit d’Alyosius Bertrand ou des Chants de Maldoror (comment ne pas y penser quand Sandrèle contemple l’océan) de Lautréamont, mais plus proche d’une partie de l’œuvre d’Aimé Césaire, sauf que la négritude devient la « blanchitude ». Un texte original et part son thème et par son style.

Koeur
Sylvie Largeau
éditions L’Harmattan. 18€ 

Isée St John Knowles « ravira surtout les passionnés, les initiés et ceux qui voudront entendre un autre son de cloche » d’après Actualitté

Coco Chanel, retour sur un destin qui fait polémique

Figure ambigüe, mais mondialement connue, Coco Chanel (1883-1971) demeure controversée. Accusée de collaboration, réputée acariâtre, tyrannique, la grande couturière aurait également intrigué et espionné pendant la guerre. Par Étienne Ruhaud.

Isée St John Knowles a voulu réhabiliter cette grande dame de la mode, sans pour autant passer sur toutes ses déviances, ni faire l’impasse sur certaines zones d’ombre. Un éclairage aux accents autobiographiques, souvent très éclairant, bien que (parfois) difficile à suivre… 

Fille d’un camelot et d’une couturière, Gabrielle Bonheur Chasnel naît, hors-mariage, à Saumur en 1883. L’ambiance au foyer semble être lourde. Épuisée par ses grossesses et le labeur, sa mère meurt en 1895, à l’âge de 31 ans. Dur, aigri, le père aurait alors placé Gabrielle et ses sœurs auprès de cousines germaines. Mythomane, l’adolescente s’invente une ascendance glorieuse, tout en apprenant (comme, avant elle, sa propre mère), la couture.

Isée St John Knowles reprend ici l’idée selon laquelle la future grande dame aurait grandi en orphelinat, ce qui n’a par ailleurs jamais été confirmé. Par la suite, Gabrielle Chasnel aurait vécu à Moulins, poussant la chansonnette devant les soldats, qui la surnomment « Coco ». Elle fréquentait le riche officier Etienne Balsan, amant éphémère et protecteur. Venue à Paris avec l’homme d’affaires anglais Arthur Capel (dit « Boy Capel »), elle apprend rapidement les usages du monde, et commence à confectionner de petits chapeaux ainsi que ses propres robes.

Boy Capel lui offre alors sa première boutique. Ambitieuse, inventive, travailleuse, Coco emploie sa cousine et sa sœur. Elle ouvre de nouveaux établissements, notamment en province, comme à Biarritz. Elle embauche bientôt plusieurs centaines d’ouvrières et impose un style nouveau, simple et élégant. La mort accidentelle de Boy Capel, en 1918, la laisse toutefois désemparée. 

Paradoxalement, le succès semble être au rendez-vous. Coco Chanel, qui s’est associée à la famille d’origine juive Wertheimer en 1921, vend des parfums. Elle connaît de multiples aventures, ce qui lui donne sans cesse de nouvelles idées, à l’instar de la « petite robe noire », en 1926. Lors de l’entrée en guerre, Coco licencie ses ouvrières. Les mauvaises langues prétendent qu’elles étaient trop revendicatrices à ses yeux. On pense également que les produits de luxe, se vendaient moins au cours du conflit.

Ayant adopté un antisémitisme « de circonstance », Coco Chanel veut se débarrasser des Wertheimer, qui possèdent l’essentiel des capitaux, et contre lesquels elle se bat depuis 1934, défendu par Maître René de Chambrun. Exilés aux États-Unis, ceux-ci ont cependant pris les devants, en « aryanisant » eux-mêmes leurs affaires, grâce à un proche de Vichy, Félix Amiot, devenu homme de paille. Entre 41 et 44, Coco qui vit au Ritz, a pour amant un certain Hans Günther von Dincklage (1896-1974), personnage trouble, attaché d’ambassade, espion pour le compte de l’Abwehr (soit les services secrets allemands).

Le couple aurait alors tenté de mettre en œuvre l’opération « chapeau de couture », soit de jouer sur les affinités de Coco Chanel avec les Westminster pour négocier un traité de paix entre le Reich et la Grande-Bretagne. L’opération échoue en 1943. Selon d’autres sources, Coco aurait aussi joué le rôle d’agent du M-16 britannique. 

Brièvement suspectée à la Libération, et passée en jugement, Coco est finalement laissée libre. Elle s’exile en Suisse, ne revenant à Paris qu’épisodiquement après avoir « raté » son retour dans la mode en 1954. Les Wertheimers, avec lesquels elle entretient toujours des rapports complexes, rachètent la totalité de la maison. Seule, aigrie, Coco décède en 1971 à l’âge de 97 ans. Elle repose à Lausanne.

Un livre baudelairien et … Familial

Né à Saint-Germain-des-Prés, ayant suivi des études de Lettres et de philosophie à l’université d’Oxford et ancien conservateur du musée Limouse des Fleurs du mal (à Roquebrune-Cap-Martin dans les Alpes maritimes puis à Chester en Angleterre), Isée St. John Knowles tente ici de réhabiliter Coco Chanel. Femme d’un grand égoïsme, au caractère détestable de l’aveu même de l’auteur, la couturière aurait été victime de plusieurs malentendus, de diverses calomnies.

Isée St. John Knowles pense que Coco, victime d’un parcours de circonstances, n’aurait jamais réellement, sincèrement collaboré, se faisant elle-même manipuler. En témoigne l’étrange pièce de théâtre intégrée à l’essai, et où nous voyons Coco se débattre, tenter de se justifier, en vain. Biographie enrichie par de nombreux documents d’archives, Coco Chanel constitue aussi un ouvrage autobiographique, puisqu’Isée St. John Knowles évoque son propre grand-père juif, sauvé in extremis de la déportation par Coco, qui l’aurait protégé.

Par-delà le drame familial, Isée St. John Knowles parle de son propre parcours. Historien de la société Baudelaire, sise rue Monsieur le Prince, et dont Coco fut membre, l’homme revient sur ses rencontres. Il ne s’agit donc nullement d’un essai froid, ou d’une simple tentative de réhabilitation, en opposition au livre mordant de l’Américain Hal Vaughan, ici abondamment décrié. Bien des pages sont d’ailleurs consacrées à la passion même de Coco pour Baudelaire. S’appuyant sur les notes du peintre Roger Limouse (1894-1995), lui-même sociétaire, Isée St John Knowles décrit longuement la passion de Coco pour les Fleurs du mal.

Issue d’un milieu modeste, donc autodidacte passionnée, la couturière aurait été inspirée par certains vers, comme en témoignent les robes « Harmonie du soir », « Le Cygne », ou encore « La beauté », photographiées et ici reproduites. 

D’aucuns trouveront peut-être l’ouvrage maladroit, cependant, ou réservé à des spécialistes, donc peu lisible. Il est vrai que la lecture demeure ardue, tant les références abondent. L’individu peu familiarisé avec l’univers propre à Coco et sa vie aura du mal à s’y retrouver, éprouvera un sentiment de flou face à un texte hybride, mêlant entretiens, théâtre, chronologies…

Coco Chanel, cette femme libre qui défia les tyrans est sans doute brouillon, mais richement illustré et préfacé par Gabrielle Palasse-Labrunie la petite-nièce de Coco. Il ravira surtout les passionnés, les initiés et ceux qui voudront entendre un autre son de cloche.

Publié aux éditions Cohen & Cohen dans la collection « Saint-Germain des Prés » dirigée par Isée St John Knowles en personne, l’essai constitue également un hommage au célèbre quartier littéraire, « royaume de ces héros romantiques qui surent donner à la liberté de pensée le sceau de la distinction et de la grandeur » (page 7).