Actualités (NON EXHAUSTIF)

« Comment une gifle trace un destin » : Christian Brûlard dans Saisons de culture

La géométrie de la rancœur : comment une gifle trace un destin

Par Erwan d’Harmental

Christian Brûlard signe avec Sans excuse un roman sec, implacable, où une gifle banale devient l’axe d’une vie entière. Fabien, 12 ans, humilié par son frère sous le regard complice de son père et le silence de sa mère, transforme cette blessure en programme de silence et de discipline. De la table familiale au commissariat, du foyer éducatif au tribunal, Brûlard raconte pas à pas la trajectoire d’un enfant qui refuse le pardon. Entre récit judiciaire et parabole morale, ce texte s’inscrit dans la lignée de Vallès, Renard ou Camus : l’enfance humiliée comme matrice d’un destin.

Une scène inaugurale qui fracture le monde

Tout commence « à l’initial » par « une gifle lourde, soutenue, appuyée ». Sylvain, le frère aîné, corrige Fabien sur une piste d’auto-tamponneuses. Le père approuve, la mère détourne le regard. Fabien encaisse « muet de rage et d’incompréhension ». Dès lors, la famille bascule : « père et fils aîné au recto, sa mère et lui au verso. »

Cette gifle est moins un geste qu’une topographie : elle redessine les rapports, installe l’enfant au revers du monde familial. Comme l’écrivait Jules Vallès dans L’Enfant, « une gifle suffit à faire un révolté ».

Le corps comme plan de revanche

Fabien ne se révolte pas par des cris : il se mure. Il quitte le football, choisit la musculation, s’inscrit au taekwondo : « Je veux le muscle », dit-il. Chaque soir, il prépare son sac, anticipe la semaine, révise ses leçons. « Chaque soir, il prépare et se prépare pour le matin à venir », note Brûlard.

Ce projet rappelle Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir, qui transforme sa rancune sociale en ascèse intellectuelle. Chez Fabien, l’ascèse est corporelle : le muscle remplace le verbe. La rancune devient géométrie, discipline, plan.

Le silence est une arme

Plus que son entraînement, c’est son mutisme qui intrigue. Fabien cesse d’embrasser sa mère, répond à peine à son père. Aux éducateurs, il oppose des monosyllabes. Lorsqu’un psychologue lui demande : « Qu’as-tu ressenti quand tu as frappé ton frère ? », il répond : « Rien. »

Ce « rien » est l’équivalent littéraire d’un mur. Le roman se construit autour de ce refus de langage. Albert Camus rappelait dans Le Mythe de Sisyphe : « Se taire, c’est aussi une manière de dire non. » Fabien incarne ce non obstiné.

Du repas au commissariat : le passage à l’acte

Un soir, lors d’un dîner banal, une pique de Sylvain déclenche l’explosion. Fabien frappe son frère violemment. Sylvain chute, se blesse, est hospitalisé. La police intervient.

Conduit au commissariat, Fabien découvre la machine judiciaire : « Pour la première fois, il ne maîtrisait plus rien. » La cellule, la paillasse, les néons : tout échappe à sa discipline. Lorsqu’on lui demande : « Pourquoi avoir frappé ton frère ? », il répond : « Parce qu’il m’a humilié. »

Cette confrontation rappelle Kafka : le geste intime traduit en « violences aggravées sur mineur ».

Le foyer éducatif : obéissance glaciale

Le juge des enfants ordonne un placement. Au foyer, Fabien se conforme à tout. Les éducateurs le décrivent comme « obéissant, discipliné, mais mutique ». Il étudie, s’entraîne, ne trouble jamais l’ordre. Mais rien ne transparaît.

Une éducatrice résume : « Tu fais tout bien, mais tu ne dis rien. » Eugénie, la grand-mère, lui écrit des lettres de pardon : il les lit, mais ne répond pas. Honorine, la cousine infirmière, s’inquiète : « Il s’enferme. »

La mécanique familiale se rejoue : les adultes parlent, exhortent, supplient. Fabien reste opaque.

Eugénie et Honorine : l’illusion d’un refuge

Deux femmes incarnent, dans ce récit saturé de silences, un possible chemin de traverse. Eugénie, la grand-mère pieuse, voit chez Fabien autre chose qu’une faute : une quête d’absolu. Honorine, la cousine infirmière, se croit investie d’une mission de sauvetage. La scène où Fabien, à table, demande à être adopté par Eugénie, est l’un des moments les plus forts du livre : un instant suspendu, aussitôt refermé par un silence collectif que Brûlard décrit comme « absence de courage ».

On pense ici aux grandes scènes familiales chez Balzac, où chacun calcule au lieu de s’avancer. Mais chez Brûlard, ce possible refuge se dissout : Eugénie reste impuissante, Honorine se brise contre « les chemins tracés par la loi ». L’horizon se réduit, et la mécanique familiale reprend son empire.

Le jugement : un monosyllabe pour verdict

Au tribunal, le juge tente une dernière fois : « Regrettes-tu ? » — « Non. »

Tout le livre est là : un refus nu, qui défie la justice autant que la famille.

Le magistrat tranche : placement éducatif prolongé, sans incarcération. Fabien reprend sa routine. Brûlard conclut : « Il n’avait rien oublié, rien pardonné. »

On songe à Meursault dans L’Étranger : condamné non seulement pour son geste, mais pour son refus d’endosser le rôle attendu de l’accusé repentant.

Un roman de la rigueur et du refus

Brûlard écrit sec, sans pathos. Pas d’explication psychologique, mais une suite de constats : une gifle, un silence, un coup, une cellule. Cette sécheresse narrative rend le récit implacable.

En cela, Sans excuse se situe dans la lignée de Jules Renard (Poil de Carotte), de Vallès (L’Enfant), ou d’Ernaux (La Place) : l’enfance comme lieu d’humiliation. Mais Brûlard franchit une étape : l’humiliation ne mène pas au récit réparateur, elle mène au mutisme et au drame judiciaire.

« Les blessures d’enfance gouvernent toute une vie », écrivait Paul Valéry. Fabien en est la démonstration : sa vie se réduit à la géométrie d’une rancune, tracée par une seule gifle.

« la musique en interaction avec l’Histoire » Marianne Vourch dans Bretagne actuelle

Le XVIIIe siècle est assurément celui des premiers grands mélomanes. Dans un portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch nous fait découvrir les goûts musicaux de la plus célèbre Reine de France.

 

Ce livre est formidable. D’une part, il réhabilite culturellement la plus célèbre reine de France ; en outre, il se pose au-dessus des basses polémiques concernant la vie de Marie-Antoinette d’Autriche ; au reste, il s’agit d’un portrait accessible à tous, permettant d’initier les jeunes et leurs ainés à une figure incontournable de l’Histoire, grâce au souffle intemporel de la musique classique.

Portraits en musique

Marianne Vourch est coutumière des biographies musicales. Outre ses nombreuses émissions sur France Musique, on lui doit la création des éditions Villanelle, chez qui elle a publié quantité de livres-disques pour enfants racontant moult compositeurs, tels Chopin… Mozart… Tchaïkovski… Vivaldi… et tant d’autres ; ainsi qu’une collection autour du Journal intime de…, mettant en scène le parcours de chanteurs, danseurs et musiciens divers sous la forme d’un journal intime apocryphe publié simultanément en livre et en podcast sur France Musique. De cette façon peut-on découvrir (entre autres) la vie de Bach… Léonard Bernstein… Edith Piaf… Nina Simone… ou Rudolf Noureev.

La nouvelle collection des éditions Villanelle traite de Portraits en musique. Le premier tome est consacré à Marie-Antoinette. Il s’agit de raconter l’existence de la plus célèbre Reine de France à travers les compositions de l’époque et ses propres goûts musicaux ; car, n’en déplaise aux républicains bas du front, l’épouse de Louis XVI était une mélomane avertie. De sa tendre enfance autrichienne à sa triste montée sur l’échafaud, elle fut curieuse de découvrir les mélodies qui firent l’enchantement des cours européennes de la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels celles de Joseph Haydn… Jean-Baptiste Lully… Jean-Philippe Rameau… Antonio Vivaldi… et, bien entendu, son compatriote Mozart.

Un peu d’histoire

Marie-Antoinette manifesta très tôt un intérêt dans le domaine des arts. Elle meubla et décora ses appartements de Versailles et Trianon avec un raffinement et une rare implication pour une souveraine. Afin de satisfaire son goût prononcé du spectacle : théâtre… musique… opéra… Louis XVI chargea l’architecte Richard Mique de lui édifier un véritable théâtre au sein du château de Versailles ; il s’agit d’un espace lyrique privilégié, habilement dissimulé derrière les frondaisons par une entrée discrète. Les travaux furent achevés au printemps 1780 et l’inauguration eut lieu le 1er juin de la même année. De 1780 à 1785, Marie-Antoinette usa de son Petit Théâtre de deux façons. Commanditaire de spectacles, la Reine sollicita des œuvres qui témoignaient de son goût pour la musique de son temps : elle fit jouer Gluck, Grétry, Sacchini, et Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello, créé à Saint-Pétersbourg devant Catherine II, il fut interprété pour la première fois en France à Trianon en 1784.

Des anecdotes à profusion

Le livre de Marianne Vourch commence aux adieux à l’Autriche, lorsque la jeune Marie-Antoinette quitte Vienne pour Paris, elle écoute alors Mozart et Haydn, pour s’achever le mercredi 16 octobre 1793, jour de sa décapitation place de la Révolution – ex place Louis XV et actuelle place de la Concorde. Le livre est ponctué d’anecdotes racontant maints détails historiques avec un petit air curieux et passionnant. Par exemple, lorsque la Reine traversa Paris pour la dernière fois, le peintre Jacques-Louis David l’attendit à un angle de la rue Saint-Honoré. « Il l’aperçoit, assise dans une charrette, vêtue d’un déshabillé blanc et d’un fichu de mousseline croisé sous le menton (…). David, antimonarchiste, annote froidement son esquisse, inscrivant ces mots : « Marie-Antoinette allant à l’échafaud, dessin de David le peintre, l’un de ses juges. » *

Autre anecdote pittoresque. Les femmes de l’époque ne jouaient jamais d’instrument à vent, car, disait-on, le souffle risquait de déformer les traits de leur visage. La Reine « pratiquait (donc) le chant, le clavecin – le piano n’existait pas encore – et le ballet, mais la harpe était son instrument favori. »* ; Ce Portrait en musique de Marie-Antoinette regorge d’historiettes qui en font le sel ; un livre adapté à tous les âges, avec un QR code fort utile qui, sans nul doute, séduira les plus jeunes. Il permet un accès numérique gratuit à une lecture musicale au format audiolivre : soixante-dix minutes lues par l’auteur, facilitant les écoutes familiales ou en groupe pour une meilleur transmission didactique.

L’élégance des belles choses

Marianne Vourch a en elle l’élégance des belles choses. Elle replace la musique dans son véritable contexte : celui de tous les jours, dans une interaction continue avec l’Histoire. Outre sa maison d’édition, ses livres et ses émissions de radio, elle propose des rencontres thématiques. Chacun de ses rendez-vous dévoile les mystères des partitions, mais aussi les liens indéfectibles entre l’histoire de la musique, des hommes et des arts. Ce sont des instants de poésie, d’émotions et de découvertes autour des mots, des sons et des regards dans le cadre exceptionnel de la salle Cortot – Paris XVII. Les prochaines rencontres auront lieu le samedi 28 mars 2026 à 15h, il s’agira d’y découvrir le royaume des fées en écoutant les cinq pièces de Ma mère l’Oye pour piano à quatre mains de Maurice Ravel ; également le samedi 16 mai, avec au programme le cygne blanc de Tchaïkovski, en l’écoute de son célèbre Lac des cygnes. Et c’est chaque fois passionnant. Toutes générations confondues.

Passage extrait du livre.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Février 2026 –Esperluette Publishing & Bretagne Actuelle

Portrait en musique de Marie-Antoinette – Un livre de Marianne Vourch aux éditions Villanelle – 111 pages couleur – 19,90 €

« Marianne Vourch a l’élégance des belles choses » (Tribune juive) –

« Portrait en musique de Marie-Antoinette ». Un livre de Marianne Vourch. Par Jérôme Enez-Vriad

Le XVIIIe siècle est assurément celui des premiers grands mélomanes. Dans un portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch nous fait découvrir les goûts musicaux de la plus célèbre Reine de France.

Ce livre est formidable. D’une part, il réhabilite culturellement la plus célèbre reine de France ; en outre, il se pose au-dessus des basses polémiques concernant la vie de Marie-Antoinette d’Autriche ; au reste, il s’agit d’un portrait accessible à tous, permettant d’initier les jeunes et leurs ainés à une figure incontournable de l’Histoire, grâce au souffle intemporel de la musique classique.

Portraits en musique

Marianne Vourch est coutumière des biographies musicales. Outre ses nombreuses émissions sur France Musique, on lui doit la création des éditions Villanelle, chez qui elle a publié quantité de livres-disques pour enfants racontant moult compositeurs, tels Chopin… Mozart… Tchaïkovski… Vivaldi… et tant d’autres ; ainsi qu’une collection autour du Journal intime de…, mettant en scène le parcours de chanteurs, danseurs et musiciens divers sous la forme d’un journal intime apocryphe publié simultanément en livre et en podcast sur France Musique. De cette façon peut-on découvrir (entre autres) la vie de Bach… Léonard Bernstein… Edith Piaf… Nina Simone… ou Rudolf Noureev.

La nouvelle collection des éditions Villanelle traite de Portraits en musique. Le premier tome est consacré à Marie-Antoinette. Il s’agit de raconter l’existence de la plus célèbre Reine de France à travers les compositions de l’époque et ses propres goûts musicaux ; car, n’en déplaise aux républicains bas du front, l’épouse de Louis XVI était une mélomane avertie. De sa tendre enfance autrichienne à sa triste montée sur l’échafaud, elle fut curieuse de découvrir les mélodies qui firent l’enchantement des cours européennes de la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels celles de Joseph Haydn… Jean-Baptiste Lully… Jean-Philippe Rameau… Antonio Vivaldi… et, bien entendu, son compatriote Mozart.

Un peu d’histoire

Marie-Antoinette manifesta très tôt un intérêt dans le domaine des arts. Elle meubla et décora ses appartements de Versailles et Trianon avec un raffinement et une rare implication pour une souveraine. Afin de satisfaire son goût prononcé du spectacle : théâtre… musique… opéra… Louis XVI chargea l’architecte Richard Mique de lui édifier un véritable théâtre au sein du château de Versailles ; il s’agit d’un espace lyrique privilégié, habilement dissimulé derrière les frondaisons par une entrée discrète. Les travaux furent achevés au printemps 1780 et l’inauguration eut lieu le 1er juin de la même année. De 1780 à 1785, Marie-Antoinette usa de son Petit Théâtre de deux façons. Commanditaire de spectacles, la Reine sollicita des œuvres qui témoignaient de son goût pour la musique de son temps : elle fit jouer Gluck, Grétry, Sacchini, et Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello, créé à Saint-Pétersbourg devant Catherine II, il fut interprété pour la première fois en France à Trianon en 1784.

Des anecdotes à profusion

Le livre de Marianne Vourch commence aux adieux à l’Autriche, lorsque la jeune Marie-Antoinette quitte Vienne pour Paris, elle écoute alors Mozart et Haydn, pour s’achever le mercredi 16 octobre 1793, jour de sa décapitation place de la Révolution – ex place Louis XV et actuelle place de la Concorde. Le livre est ponctué d’anecdotes racontant maints détails historiques avec un petit air curieux et passionnant. Par exemple, lorsque la Reine traversa Paris pour la dernière fois, le peintre Jacques-Louis David l’attendit à un angle de la rue Saint-Honoré. « Il l’aperçoit, assise dans une charrette, vêtue d’un déshabillé blanc et d’un fichu de mousseline croisé sous le menton (…). David, antimonarchiste, annote froidement son esquisse, inscrivant ces mots : « Marie-Antoinette allant à l’échafaud, dessin de David le peintre, l’un de ses juges. » *

Autre anecdote pittoresque. Les femmes de l’époque ne jouaient jamais d’instrument à vent, car, disait-on, le souffle risquait de déformer les traits de leur visage. La Reine « pratiquait (donc) le chant, le clavecin – le piano n’existait pas encore – et le ballet, mais la harpe était son instrument favori. »* ; Ce Portrait en musique de Marie-Antoinette regorge d’historiettes qui en font le sel ; un livre adapté à tous les âges, avec un QR code fort utile qui, sans nul doute, séduira les plus jeunes. Il permet un accès numérique gratuit à une lecture musicale au format audiolivre : soixante-dix minutes lues par l’auteur, facilitant les écoutes familiales ou en groupe pour une meilleur transmission didactique.

L’élégance des belles choses

Marianne Vourch a en elle l’élégance des belles choses. Elle replace la musique dans son véritable contexte : celui de tous les jours, dans une interaction continue avec l’Histoire. Outre sa maison d’édition, ses livres et ses émissions de radio, elle propose des rencontres thématiques. Chacun de ses rendez-vous dévoile les mystères des partitions, mais aussi les liens indéfectibles entre l’histoire de la musique, des hommes et des arts. Ce sont des instants de poésie, d’émotions et de découvertes autour des mots, des sons et des regards dans le cadre exceptionnel de la salle Cortot – Paris XVII.

Les prochaines rencontres auront lieu le samedi 28 mars 2026 à 15 heures, il s’agira d’y découvrir le royaume des fées en écoutant les cinq pièces de Ma mère l’Oye pour piano à quatre mains de Maurice Ravel ; également le samedi 16 mai, avec au programme le cygne blanc de Tchaïkovski, en l’écoute de son célèbre Lac des cygnes. Et c’est chaque fois passionnant. Toutes générations confondues.

* Passage extrait du livre.

© Jérôme Enez-Vriad

© Février 2026 –Esperluette Publishing & Tribune Juive

« Portrait en musique de Marie-Antoinette »

Un livre de Marianne Vourch

Éditions Villanelle

111 pages couleur – 19,90 €

Éditions Villanelle : https://editions-villanelle.com

Salle Cortot : https://sallecortot.com

Alphonse, une vraie ode au rêve et à la poésie dans Wukali

Alphonse et le songe premier un conte francophone et initiatique d’Othman Ihraï

Alphonse est un jeune singe poète. Pour accéder au sommet de son art, il décide de partir de la forêt pour aller dans la ville afin de voir les hommes. Quel choc : tout est gris, maussade, les humains ne sont pas sympathiques, toujours pressés, toujours tristes, ils se servent d’argent pour les échanges ! Ce qu’il va découvrir le changera à jamais.

Alphonse est l’archétype du conte initiatique. Le héros fait des rencontres qui vont le faire évoluer. Des rencontres positives comme Horace et son guembri (un instrument de musique africain), Prosper le vendeur de déguisement, ou le squelette avec une chaussette trouée. Mais aussi d’autres rencontres mais très négatives telle celle avec Bobby Bonbec, le vendeur de nénuphars acidulés, et surtout les membres de la société des grandes personnes qui se nourrissent de poésie et qui cherchent le songe premier pour palier la disparition de la ressource dont ils vivent.

Aussi, par la structure même de ce conte conçu en courts chapitres, chacun avec une morale de vie, comment ne pas penser au Petit Prince de Saint-Exupéry ? D’autant plus qu’il est illustré par de très beaux dessins des filles de l’auteur (en noir et blanc et non en couleur). Et même certains, je n’en doute pas, percevront bien des similitudes, des filiations avec le Cantique des oiseaux de Farid-ud-Dîn’Attâr.  Et ce, d’autant que l’écriture d’Othman Ihraï est bien plus marquée par les mélodies orientales qu’occidentales avec sa double culture franco-marocaine.

Alphonse et le songe premier, un conte qui sert à un spectacle pour les enfants qui comme l’œuvre de Saint-Exupéry s’adresse tant aux plus jeunes qu’aux adultes. La magie de ces contes est que la lecture que nous nous en faisons change suivant notre âge, notre expérience de vie, ce qui les rend en quelque sorte totalement intemporels. Alphonse est une vraie ode au rêve, à la poésie qui fait tant défaut dans nos sociétés matérialistes.

Nathan Juste : un premier roman qui fait penser sur « Le cauchemar américain »

Nathan Juste, Le cauchemar américain

L’auteur est Réunionnais qui a quitté son village de Sainte-Anne et son île après le bac pour étudier en Prépa à Paris, obtenir un Master de mathématiques financières de Paris Dauphine et un diplôme de statisticien économiste de l’ENSAE, École Nationale de la Statistique et de l’Administration Économique. Il a ensuite émigré aux États-Unis pour devenir statisticien dans le New Jersey. Il « s’est marié en Russie », dit-il, et a 42 ans.

Il s’est mis à écrire après un burn-out, comme il le confesse sur le site communautaire de la Réunion. La gestation a pris quatre ans pour accoucher d’un roman à deux voix, celles de deux jeunes garçons qui deviennent hommes en même temps que Trump parvient au pouvoir. Ils sont lambda, d’où leur noms, tirés du droit coutumier anglais où le plaignant inconnu est nommé John Doe, tandis que l’accusé anonyme est nommé Richard Roe. Dans son roman, Doe est le Démocrate et Roe le Républicain.

Ils sont des symboles incarnés des oppositions propres aux États-Unis entre progressistes, mais délirant woke, et conservateurs, mais fascinés par le suprémacisme raciste proche du nazisme. L’auteur pense que les débats de société américains sont souvent caricaturés en Europe. Probablement moins que les débats européens aux États-Unis, For Sure, comme disent les trompistes. Je m’inscris en faux : certes, une certaine presse comme C news ou certains réseaux ou blogs accentuent les contrastes, mais « l’honnête homme », comme on dit chez les libéraux, trouve aisément l’information et peut évaluer sans problème les enjeux. D’ailleurs, les niais qui ont voté Trompe se rendent compte, mais un peu tard, qu’ils ont élu un narcissique foutraque qui conduit l’Amérique à sa perte au prétexte de la sauver : il se retire du soft power sur le monde (ONU, Unesco, OMS, etc.) ; il insulte ses alliés (y compris Anglais dont il conteste – lui qui s’est défilé pour le service militaire – leur valeur en Afghanistan) ; il conteste l’utilité de l’Otan en déclarant que les Européens n’ont qu’à se débrouiller ; il laisse faire Poutine, qui veut envahir les territoires « acquis » par l’ex-URSS ; il agit en impérialiste prédateur au Venezuela, au Groenland, demain au Panama, au Canada, probablement à Cuba ; il envoie sa milice SA ICE traquer les Juifs immigrés dans les länder États démocrates ; il menace les juges, s’assoit sur le droit, complote une élection à vie… Non, ce n’est pas de la caricature, mais la triste réalité.

Pour autant, Rick élevé en petit frère toujours comparé à son détriment à son grand frère Tim brillant (« donc » de gauche ?), rêve de se valoriser auprès de son beauf de père (« évidemment » tradi) en adorant les armes (il lui a offert sa première carabine à 10 ans). Quittant le lycée sans poursuivre, après le divorce de sa mère qu’il supporte mal, Rick est un loser dans une Amérique hantée par le fric et l’ambition. Il se réfugie auprès de son ami harcelé Gavin, qui a créé des sites de désinformation où tout ce qui est scandaleux fait affluer les clics, donc attire la pub qui le rend riche. L’engrenage « politique » est là, dans ce mélange intime d’affairisme et d’idéologie à la mode. Trump lui-même s’empresse de faire du fric par son pouvoir de président. Rick ira jusqu’au Capitole le 6 janvier 2021, encouragé par le président battu mais qui conteste, son narcissisme trouvant inconvenant de ne pas être réélu, et tonnant contre le Complot des élites « pédophiles » (en niant ses liens avec le riche Epstein, amateur de très très jeunes filles qu’il partageait avec ses relations).

Quant à John, orphelin engagé dans l’armée, il en a tant vu en Irak qu’il en est resté post-traumatisé, un « vétéran » de 30 ans reconverti dans le photo-reportage de guerre pour l’adrénaline. Il nie les psys, mais a des cauchemars récurrent. Sa petite copine Alicia, gauchiste libérale au sens américain, court de manif en manif pour « dénoncer » sans résultat les tirs de la police sur les Noirs, les manifestations ouvertes des anti-avortement, des suprémacistes blancs. John la sort plusieurs fois de mauvais pas grâce à son entraînement. Il finira au Capitole, le fameux jour de l’émeute, une balle dans le bide tirée par un Rick aux abois qui voulait faire sauter une porte à l’explosif artisanal (recette trouvée sur le net) pour détruire les votes des Grands électeurs.

C’est toute l’Amérique récente qui est exposée par ces deux trajectoires, bien qu’on ressente peu d’empathie pour chacun des protagonistes. C’est le danger du roman moralisateur, qui prêche autant qu’il raconte. L’auteur pourtant français, biberonné à la littérature française tournée vers la psychologie, écrit plutôt à l’américaine, focalisé sur les faits (qui fait quoi et quand) plus que sur les motivations et l’histoire personnelle. Rick n’est pas un personnage sympathique ; John est un homme fade. Le premier est oppresseur sans le vouloir ; le second victime collatérale. En cause, le Système de croyances (bibliques, libertariennes, le lobby des armes), l’idéologie des fake news manipulées par la Tech, le communautarisme renfermé des « réseaux sociaux » manipulé par les bigots réactionnaires. En cela, ce roman montre les rouages de la machine à Tromper, chacun anodin, mais pour un engrenage fatal. Et qu’ils sont bêtes, ces gens de gauche anarchiques, pacifistes et braillards, face aux masses organisées, cultivant le corps et les armes, prêts à l’action pour leur président télévisuel hors limites !

Un premier roman qui, malgré ses manques, se lit agréablement et fait penser. J’en conseille vivement la lecture. A compléter, pour ceux qui veulent comprendre, par une analyse plus radicale et plus approfondie des groupes de droite qui soutiennent Donald Trump et son vice Vance.

Nathan Juste, Le cauchemar américain – ou l’affrontement de somnambules,autoédition Librinova 2024, 259 pages, €19,90, e-book Kindle €3,99 ou emprunt abonnement

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Dans « Alphonse » la nature de l’humanité apparaît sans fard selon Yozone

Alphonse et le songe premier
Othman Ihraï
Fine pluie, collection Tachawit, fable, 119 pages, juin 2025, 20 euros – article d’Hilaire Alrune

Le temps de l’âge adulte est venu pour le jeune singe Alphonse. Le temps de quitter la forêt des singes, le temps de quitter sa mère et son arbre favori, qui est aussi un arbre à rimes. Alphonse s’en va à la recherche du songe premier.

« La poésie, c’est le chemin le plus long entre deux points, la route de campagne, celle que les hommes pressés ne veulent jamais emprunter, ne voient même jamais dans leur paysage traversé de ces voies express qui, n’ayant ni histoire ni âme, pavent le chemin de l’oubli. »

Accompagné de la grive musicale (et également poète) Philomèle, qui a déjà survolé le vaste monde au cours de ses migrations, et d’Eyquem, fleur d’Élis médicinale douée de conscience et de parole, Alphonse s’aventure dans le monde des hommes, un monde dominé par le métal et dans lequel on ne pénètre vraiment qu’en entrant sous terre, dans un métropolitain élégamment renommé Métronomique.

« Les mots ne sont pas des êtres qui peuplent la nature. (…) C’est ainsi que de la barbarie, certains font des figues juteuses qui badigeonnent les joues des enfants espiègles ; d’autres font des orgues dont la manivelle donne le tournis aux cœurs des amoureux ; mais une bande de malandrins s’en sert à sa guise pour fouler aux pieds la moindre des décences et prédater ce que même les bêtes les plus sauvages épargnent. »

Un Métronomique tour à tour empli et désempli d’hommes aux regards tristes, mais où Alphonse semble être seul à voir un Ange chanteur ; un barde de l’ancien royaume de Maurétanie ; un magasin de déguisements tenu par un Auvergnat ; un squelette doté d’un cigarillo éteint dont la nature ou l’essence (“une vieille idée, belle comme le monde”) reste à déterminer ; un ballon dirigeable évoquant le fourmilier et capable d’aspirer les oiseaux ; une inhumaine usine de robots ; un poème à passer inaperçu : tels sont quelques-uns des ingrédients venant émailler les aventures du singe Alphonse, de la grive Philomèle et de la plante Eyquem à travers le domaine des hommes.

« Les poèmes se sont figés dans la tristesse des énergies fossiles. »

Tout voyage est découverte, tout voyage est initiatique. Celui d’Alphonse et de ses amis sera donc riche en enseignements. Tous trois seront confrontés à quelques émerveillements, mais aussi à ce que les hommes peu à peu font de leur propre monde. Ils feront ainsi de nombreux constats et prendront conscience de bon nombre de dérives : l’horreur de la monétisation universelle (“Les petits singes de ton espèce sont très recherchés. La pureté de leur cœur se négocie au prix fort sur le marché. Il se murmure que seul un cœur pur peut permettre aux hommes d’accéder au plus précieux des privilèges.”), la mise à mort des pays paisibles et de la douceur de vivre par le ciment et par “la morgue du temps qui passe”, la destruction consentie de l’humain (“des publicités pour une nouvelle machine qui rendra l’homme encore plus obsolète”), l’exclusion implacable des moins nantis par “la cruauté gratuite et péremptoire des hommes”, le règne absolu de la marchandise (“un enfer d’inutilité tel que même le diable refuserait d’y laisser promener le démon le moins cher à son cœur.”), la manie de tout frelater (jusqu’à la poésie elle-même, en la mettant en cuve avant d’y ajouter des bulles, de la couleur et du sucre artificiel) et l’avantage d’avoir avec soi un brin d’épicurisme (“Moi, vois-tu, je suis pauvre, mais je ne fais que des repas de seigneur.”)

Malgré ses treize chapitres, avec cent-dix-neuf pages aérées, cet « Alphonse et le songe premier » apparaît plus de la taille d’une novella que d’un roman. Il se lit donc facilement, mais son propos est à la fois riche et multiple. Entre récit pour enfants et conte philosophique pour adultes, avec un brin de poésie, un brin de fantastique, et un brin de science-fiction dystopique, « Alphonse et le songe premier » est en définitive une belle fable humaniste où, à travers les regards et sensations d’un jeune singe, d’une grive, d’une plante et de quelques humains empathiques, la nature d’une humanité elle aussi à la recherche du songe premier (mais sans doute par des moyens qui ne sont pas les bons) apparaît sans fard, avec ses paradoxes et ses contradictions.


Titre : Alphonse et le songe premier
Auteur : Othman Ihraï
Couverture : Marjorie Frigeri
Illustrations intérieures : Romane et Louise Ihraï
Éditeur : Fine pluie
Collection : Tachawit
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 119
Format (en cm) : 15 x 21
Dépôt légal : juin 2025
ISBN : 9789920236003
Prix : 20 €

« Outsphere » de Guy-Roger Duvert dans Actualitté

Outsphere ou l’impossible seconde genèse

Sous les atours spectaculaires d’un planet opera haletant, Outsphere de Guy-Roger Duvert met en scène la fuite d’une humanité condamnée, contrainte d’abandonner la Terre pour fonder une colonie sur Eden, planète lointaine et en apparence hospitalière. Autour d’une expédition militaire et scientifique chargée d’assurer la survie de l’espèce, le roman déploie une fresque foisonnante où s’entrecroisent luttes de pouvoir, conflits idéologiques et rencontres avec des formes de vie autochtones.

Mais Outsphere interroge moins la conquête de l’espace que la persistance des fractures humaines. Roman de l’après-Terre, il scrute, avec une âpreté parfois implacable, ce que l’homme transporte toujours avec lui : ses peurs, ses dogmes, ses rêves d’absolu – et sa propension à confondre salut et domination.

À ce titre, la fiction dialogue subtilement avec un monde contemporain où la tentation du recommencement se heurte sans cesse au retour brutal des logiques impériales, qu’elles s’expriment dans la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine ou dans les projets de réappropriation territoriale assumés par Donald Trump, notamment autour du Groenland.

Quitter la Terre, emporter le monde

Dès les premières pages, Outsphere se situe dans la grande tradition des récits d’exil cosmique, de La Planète des singes à Stanisław Lem. Mais ici, l’exil n’a rien d’un choix héroïque : il est la conséquence d’un effondrement.

« Les civils étaient dangereux, il le savait. Dangereux pour eux-mêmes. Ils l’avaient prouvé sur Terre en réunissant toutes les conditions de leur autodestruction. »

Cette phrase, d’une sécheresse quasi hobbesienne, condense l’un des nerfs du roman : la fuite n’absout rien. Eden n’est pas un recommencement virginal, mais une survivance – une humanité transplantée, lestée de ses scories. La science-fiction rejoint ici une intuition familière de l’histoire : les sociétés ne changent pas de logiciel moral lorsqu’elles changent de territoire, comme le rappellent aujourd’hui les conflits de souveraineté et les guerres d’annexion.

La planète verte, auréolée d’une lumière « jaune, presque dorée », n’est qu’un miroir déformant. Comme chez Conrad, le voyage géographique se transforme en descente morale. Eden, loin du paradis biblique, s’apparente à un purgatoire luxuriant, indocile, foncièrement rétif à toute appropriation.

Coloniser, c’est déjà faire la guerre

La colonisation, chez Duvert, n’est jamais neutre. Elle est immédiatement pensée en termes de menace, de sécurisation, de rapport de force.

« Qu’est-ce qui représente surtout un danger pour la colonie ? » interroge un officier avant de conclure sans détour : « considérez-vous en guerre, Colonel ».

Cette militarisation réflexe rappelle les analyses de Carl Schmitt : nommer l’ennemi, c’est déjà instituer le politique. Outsphere met ainsi en lumière une mécanique que l’on retrouve, presque à l’identique, dans les justifications contemporaines de la guerre, qu’il s’agisse de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine ou de la rhétorique sécuritaire qui accompagne les projets de contrôle territorial.

La rencontre avec les Edéniens – êtres autochtones, intelligents, technologiquement inférieurs – rejoue la vieille fable coloniale.

« Lorsque deux espèces se rencontrent, la plus développée tente d’assimiler l’autre… Sinon, elle décide de l’éliminer. »

Cette sentence, glaçante de lucidité, fait écho autant à l’histoire impériale qu’aux dystopies modernes. Eden n’est alors rien d’autre qu’un théâtre de projection des violences anciennes, un sol neuf pour des gestes archaïques, où la domination se pare du vocabulaire de la nécessité – comme lorsque certains territoires sont décrits, hier comme aujourd’hui, non comme des nations, mais comme des espaces stratégiques à intégrer ou à sécuriser, du Groenland aux marges orientales de l’Europe.

Transhumanisme : la tentation de l’harmonie

L’irruption du vaisseau Utopia bouleverse l’équilibre déjà précaire. Les Atlantes – humains génétiquement modifiés, synchronisés, collectivistes – incarnent une promesse autant qu’une inquiétude. Ils semblent avoir aboli le conflit intérieur, ce « royaume divisé » que Pascal plaçait au cœur de l’homme. Leur modèle repose sur une harmonie fabriquée, sur l’idée que la technique peut résoudre les dissonances humaines là où la morale et la politique ont échoué.

« Il s’agissait d’une expérience nouvelle… d’avoir réponse à toutes ses questions, tout en ayant la garantie d’obtenir des informations sincères. »

Cette phrase, presque euphorique, dit la séduction d’un monde sans mensonge ni friction, où la transparence serait enfin totale. Elle fait écho, de manière troublante, à certaines utopies contemporaines qui lient étroitement salut collectif, dépassement biologique et projection spatiale.

Le cosmisme russe – cette tradition philosophique et quasi mystique remise en lumière par Michel Eltchaninoff – irrigue ainsi une part de l’imaginaire du pouvoir en Russie, et Vladimir Poutine lui-même n’a jamais caché son intérêt pour les figures fondatrices de ce courant, de Nikolaï Fiodorov à Konstantin Tsiolkovski, qui voyaient dans la science le moyen d’atteindre l’immortalité, la résurrection des morts et la conquête de nouveaux mondes.

Chez Duvert comme dans cette tradition cosmiste, le transhumanisme n’est pas seulement un progrès technique : il est une réponse métaphysique à la finitude, un refus du chaos et de la mort, une tentative d’ordonner l’humanité par la fusion des consciences ou des destins. Mais Outsphere n’idéalise jamais totalement cette humanité augmentée. L’unité a un prix, et la synchronisation flirte avec l’effacement du sujet. Derrière la promesse d’harmonie se profile une autre forme de contrainte, plus douce, plus rationnelle, mais tout aussi radicale.

Ainsi se rejoue, sur le sol d’Eden, l’antique débat entre liberté et sécurité, individu et collectif, pluralité et salut universel. La question n’est pas tant de savoir quelle humanité l’emportera, mais jusqu’où l’homme est prêt à aller – biologiquement, spirituellement, politiquement – pour ne plus avoir à supporter sa propre division.

Le pouvoir, cette ivresse ancienne

Le roman excelle lorsqu’il ausculte les mécanismes de l’autorité. « Le pouvoir corrompait » – vérité triviale, mais que Duvert incarne dans des trajectoires concrètes, familiales, presque intimes. Le politique n’est jamais abstrait : il se niche dans les filiations, les renoncements, les compromis successifs qui transforment l’exception en norme.

À la manière d’Orwell ou d’Arendt, Outsphere montre que le mal n’est pas toujours spectaculaire ; il est souvent procédural, rationnel, administré. Le soldat n’est pas cruel par goût, mais par cohérence idéologique.

« Un soldat ça ne perd pas, ça meurt » – formule lapidaire, presque stoïcienne, mais terriblement révélatrice d’un monde où l’obéissance est une valeur cardinale, de la fiction aux conflits bien réels.

Une science-fiction du soupçon

Roman foisonnant, parfois vertigineux par la profusion de personnages et de points de vue, Outsphere assume sa densité comme une nécessité. Il se lit « comme on regarde un film », certes, mais un film qui laisserait derrière lui un sillage d’interrogations durables.

Sous les orages magnétiques, les épidémies et les combats, c’est une anthropologie inquiète qui se déploie. Qu’est-ce que l’humanité lorsque ses repères s’effondrent ? Que reste-t-il quand même le souvenir d’« un vrai œuf, avec sa coquille » devient une relique dérisoire ? Autant de détails concrets qui ancrent la fresque cosmique dans une nostalgie profondément terrestre.

Une trajectoire singulière

On aurait tort de dissocier la force d’Outsphere du parcours singulier de son auteur. Guy-Roger Duvert appartient à cette génération d’écrivains pour qui la science-fiction n’est pas un refuge, mais un lieu de synthèse. Formé dans les institutions les plus emblématiques de l’excellence française (Sciences Po et l’ESSEC), il a longtemps évolué dans des univers réputés étrangers à la création littéraire, avant de faire le choix – rare, risqué – de tout quitter pour se consacrer à l’écriture et à la musique, aux États-Unis. Ce déplacement biographique n’est pas anodin : il éclaire la manière dont Outsphere pense l’exil, la rupture et la reconstruction.

Le succès rencontré par la saga, notamment dans le cadre de l’autoédition, tient de la prouesse. Parvenu à se hisser au top parmi les références contemporaines de la science-fiction, y compris sur des plateformes dominées par les grands noms du genre, Outsphere incarne une réussite atypique : celle d’une œuvre exigeante, indépendante, qui trouve son public sans renoncer à sa complexité. Cette reconnaissance tardive mais solide confère au roman une aura particulière : celle d’une fiction née en marge, mais profondément connectée aux inquiétudes de son temps, nourrie par une Amérique traversée de fractures idéologiques, où la question du vivre-ensemble et de l’organisation de la cité n’a rien d’abstrait.

Eden n’absout rien

Outsphere ne promet pas de réponse définitive. Il propose mieux : un champ de tension, une expérience de pensée incarnée, une fable sévère sur notre incapacité à nous défaire de nous-mêmes.

À l’image de cette phrase crépusculaire : « Il est plus facile de déplacer un fleuve que de changer son comportement. »

Roman de science-fiction, certes – mais surtout roman moral, Outsphere rappelle que l’espace ne sauvera pas l’homme de l’homme. Et qu’aucune planète, fût-elle nommée Eden, ne saurait laver les fautes originelles sans un profond, et douloureux, examen de conscience – pas plus que les promesses de conquête ou de restauration impériale ne sauraient absoudre les violences commises au nom de l’Histoire.

Par Yves-Alexandre Julien

Nathan Juste a écrit « une fresque qui alerte » (« Le cauchemar américain » dans Actualitté)

Le Cauchemar américain ou L’affrontement de somnambules : l’Amérique au miroir de ses fractures

De l’hiver 2014 au 6 janvier 2021, Nathan Juste scrute la démocratie américaine non pas depuis l’abstraction des institutions, mais à hauteur d’hommes et de femmes happés par ses fractures. Son roman, à la fois intime et politique, expose les tensions d’une époque où l’Histoire n’épargne ni l’intime ni le familier.

Une fresque familiale dans l’Histoire

Le roman s’ouvre sur les premières années de l’adolescence de Richie, à l’hiver 2014. La trame familiale, dense et parfois silencieuse, accompagne les transformations politiques de l’Amérique. Richie et sa famille — Tim, Jenny, Kyle — sont des figures de l’Amérique ordinaire, mais dont les choix et les silences résonnent dans la tempête politique. Dès les premières pages, Nathan Juste installe la psyché de ses personnages comme prisme de l’Histoire, où les inquiétudes privées se superposent aux crises publiques.

Jenny, mère attentive et silencieuse, incarne cette protection immuable, « comme de savoir que le soleil se lèverait demain ou que la pierre jetée retomberait au sol ». Ces phrases, répétées tout au long du roman, soulignent la constance de l’amour familial face au chaos extérieur, et contrastent avec la violence idéologique qui s’infiltre progressivement dans la société américaine.

Le temps éclaté et la polyphonie narrative

Nathan Juste adopte une construction éclatée, où le récit se déploie par fragments, souvent polyphoniques. Les trajectoires de Richie, Kyle, John et Alicia s’entrelacent avec les événements historiques : élections de 2016, radicalisation de certaines franges du conservatisme américain, jusqu’aux émeutes du 6 janvier 2021.

Cette technique rappelle le Don DeLillo de Falling Man, où la catastrophe se lit à travers les corps et les psychés désorientés, ou Jonathan Littell dans Les Bienveillantes, par l’obsession à examiner ce qui devient possible dans l’Histoire. Chaque fragment — SMS laconiques, bouteilles de bourbon, écrans de télévision — est une cellule de narration, où la politique devient atmosphère et la violence, intime.

Le trumpisme comme système de dispositions

Richie et Kyle sont témoins d’un pays où le conservatisme s’est dissous dans une guerre culturelle permanente. Les mots « wokisme », « cancel culture », « antifascisme » sont des incantations sans substance.

L’un des passages les plus saisissants met en scène Kyle face aux images du Capitole : « Il releva laborieusement la tête et porta son verre à ses lèvres. La télé affichait une photo satellite de Washington sur laquelle deux cercles clignotaient en bleu pour indiquer les emplacements où de faux explosifs avaient été retrouvés. »

Nathan Juste transpose ici les analyses de Pierre Bourdieu sur les dispositions, celles de Yascha Mounk sur la démocratie libérale, et Timothy Snyder sur la fabrication du mensonge politique, sans jamais théoriser : il montre la société, ses réflexes, ses obsessions, et la manière dont l’idéologie s’incarne dans le quotidien.

La violence domestique et morale

La mort de John, retrouvée après avoir participé aux événements du 6 janvier, illustre la coalescence du politique et de l’intime. Alicia, bouleversée, se reproche de n’avoir pas agi : « Elle aurait dû l’appeler, prendre des nouvelles. Elle lui aurait dit de ne pas y aller. Mais qu’est-ce qu’il était allé foutre là-bas ? »

Kyle, quant à lui, sombre dans le désespoir : « Il retourna s’asseoir et plaça le canon dans sa bouche. » Nathan Juste ne moralise pas ; il expose le vertige de personnages confrontés à l’injustice, rappelant les réflexions de Frantz Fanon sur la violence comme réponse à l’injustice, et d’Albert Camus dans L’Homme révolté, où toute violence pose une limite morale infranchissable.

Une écriture clinique et sobre

Le style de l’auteur frappe par sa sobriété. Chaque phrase est fonctionnelle, chaque geste méticuleusement décrit. La tragédie naît de détails simples : un dernier message, un écran éteint, une bouteille de bourbon. Dans ce registre, Nathan Juste rappelle Joan Didion lorsqu’elle disséquait l’Amérique en état de délitement moral.

Par exemple, Richie écrit : « Je pars pour un moment. Je t’aime maman. Rien n’est de ta faute. » La banalité apparente de ces mots condense toute la gravité de l’Histoire, transformant le quotidien en théâtre de la catastrophe.

Une fresque historique et contemporaine

L’épilogue montre la continuité des fractures démocratiques. Les inculpations après le 6 janvier, les carrières poursuivies, l’impunité partielle, tout révèle une société où l’Histoire bégaie. Même les événements du Brésil en 2023 sont mentionnés, confirmant l’exportation mondiale des crises démocratiques. Le roman dialogue ainsi avec Enzo Traverso et sa réflexion sur la mélancolie de gauche et l’impossibilité de clore les conflits contemporains.

Le Cauchemar américain ou L’affrontement de somnambules n’est pas un roman à thèse. Il oblige le lecteur à regarder le réel, à travers les psychés de ceux qui subissent la violence des systèmes et des idéologies. Nathan Juste écrit sur l’Amérique, mais aussi sur la vulnérabilité universelle des démocraties et sur la fragilité des hommes confrontés à la manipulation et à l’injustice.

Chaque passage, chaque dialogue, chaque fragment est un miroir de notre époque, révélant ce que le politique fait à l’intime et ce que l’intime endure du politique. La littérature de Nathan Juste ne console pas : elle instruit, alerte, et laisse au lecteur la responsabilité de vivre avec ce qu’il a vu.

Le Contemporain recommande la lecture du diplomate Pierre Ménat

L’Europe à l’épreuve du tragique : Poutine, Trump et la fin de l’innocence européenne

■ Pierre Ménat. Diplomate de carrière, il a suivi de l’intérieur la marche de l’Europe pendant plus de trente ans. Conseiller de deux ministres des Affaires Étrangères (Jean- Bernard Raimond et Alain Juppé), puis conseiller du président Chirac pour l’Europe, deux fois directeur des Affaires européennes au Quai d’Orsay, il a également servi comme ambassadeur de France en Roumanie, Pologne et aux Pays-Bas.
 

Par Yves-Alexandre Julien – Critique littéraire.

Entre le retour de la guerre sur le continent, l’affirmation de puissances hostiles au multilatéralisme et la fragilisation de l’alliance transatlantique, l’Union européenne se découvre vulnérable comme jamais depuis la fin de la guerre froide. Dans L’Europe entre Poutine et Trump, Pierre Ménat dresse un diagnostic rigoureux, sans illusion ni incantation, d’un continent pris au piège de ses dépendances et de ses hésitations stratégiques. Un essai de lucidité, à lire comme un rapport sur l’état politique de l’Europe à la fin de l’année 2025.

Le retour du tragique dans l’histoire européenne

Avec L’Europe entre Poutine et Trump, Pierre Ménat livre un ouvrage qui relève moins de l’essai idéologique que du diagnostic stratégique. Ancien ambassadeur, fin connaisseur des institutions européennes, il ne prétend ni refonder la théorie politique ni proposer une utopie nouvelle. Il s’attache à une tâche plus ingrate mais plus nécessaire : penser l’Europe telle qu’elle est, confrontée à un monde qui a renoué avec le tragique de l’Histoire.

Ce tragique est formulé sans détour dans la seconde partie du livre : « L’Europe est seule. La Russie est devenue un adversaire systémique. Les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable. »

Rarement le constat aura été posé avec une telle netteté. Cette triple affirmation condense tout l’argument de l’ouvrage : l’Europe ne peut plus s’abriter derrière ses alliances traditionnelles ni différer son accès au statut de puissance sans en payer le prix politique.

Poutine : la souveraineté contre le droit

À l’Est, la Russie de Vladimir Poutine apparaît comme une puissance structurée autour d’une souveraineté absolue, hostile à toute norme supranationale. Le droit international y est perçu comme une contrainte illégitime, et les « valeurs occidentales » comme une menace civilisationnelle. Cette analyse rejoint la tradition réaliste décrite par Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations (1962), lorsqu’il rappelait que les régimes refusant les règles communes finissent toujours par imposer leur propre logique de puissance.

La lecture de Pierre Ménat trouve également un écho direct dans les travaux de Michel Eltchaninoff, notamment Dans la tête de Vladimir Poutine (2015), où le pouvoir russe est analysé comme un national-conservatisme assumé, fondé sur le rejet de l’universalisme et la restauration d’une grandeur perdue.

Trump : le populisme contre les institutions

Le second choc analysé par l’auteur est celui du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Pierre Ménat ne se contente pas d’une lecture psychologique du personnage : il décrit un système de pouvoir brutal, décomplexé, imprévisible. L’épisode du 28 février 2025, lors de la rencontre entre Trump et Volodymyr Zelensky, en constitue la scène fondatrice.

L’auteur en tire une conclusion lourde de sens : « Cet épisode marque un tournant : Trump ne considère plus l’Europe occidentale au sens large comme une alliée. »

Cette phrase, d’une sobriété glaçante, rompt avec l’illusion d’un simple malentendu transatlantique. Pierre Ménat ne décrit pas une crise passagère, mais une mutation stratégique durable, où l’alliance devient conditionnelle, instrumentale, réversible.

Cette analyse rejoint les travaux de Yascha Mounk, notamment Le Peuple contre la démocratie (2018), qui montre comment le populisme autoritaire sape les fondements institutionnels des démocraties libérales tout en conservant une façade électorale.L’Europe, puissance normative sans volonté politique

Face à ces deux pôles de puissance, l’Europe apparaît forte en principes mais faible en actes. Pierre Ménat souligne son incapacité à se faire respecter sur le plan commercial, à retenir ses talents, à investir son épargne sur son propre sol ou à maîtriser ses flux migratoires. Cette critique rejoint celle formulée par Pierre Manent dans La Raison des nations (2006), selon laquelle l’Europe a cru pouvoir substituer le droit au politique et la norme à la décision.

Contestée en interne par des droites radicales aux profils distincts – conservateurs, souverainistes, nationalistes -, l’Union se fragilise encore en multipliant les projets d’élargissement sans approfondissement préalable.

Élargir ou approfondir : le retour d’un dilemme fondateur

Pierre Ménat consacre des pages particulièrement sévères à la politique d’élargissement. Il rappelle que ce qui n’était encore qu’un risque est désormais devenu une trajectoire presque irréversible : « Le risque de l’élargissement doit aujourd’hui être considéré non plus comme une hypothèse, mais comme une quasi-certitude. »

En employant cette expression, l’auteur franchit un seuil lexical révélateur : l’élargissement n’est plus un choix stratégique, mais un processus enclenché, dont les conséquences sont de moins en moins maîtrisées. La référence au général de Gaulle, opposé dès les années soixante à une extension incompatible avec l’approfondissement, s’impose ici naturellement.

Pierre Ménat avertit sans détour : « Passer de 27 États membres à 30 ou 35, et ce à horizon 2030, c’est courir un risque de dilution et de déperdition des moyens. »

La spirale des dépendances européennes

Le cœur analytique de l’ouvrage réside dans l’inventaire méthodique des dépendances européennes : énergétiques, industrielles, technologiques, agricoles, financières et géographiques. Sur l’énergie, l’auteur rappelle une évidence longtemps refoulée : « La dépendance énergétique de l’Europe a été brutalement exposée par l’invasion russe de l’Ukraine. »

Le choix de l’adverbe « brutalement » est révélateur : l’Europe n’a pas découvert sa dépendance, elle l’a subie. L’énergie cesse ici d’être un simple enjeu économique pour redevenir un attribut central de souveraineté, comme l’avaient déjà souligné les analyses de Zygmunt Bauman dans La Vie liquide (2005), décrivant des sociétés riches mais structurellement vulnérables.

Immigration et guerres hybrides : l’angle mort stratégique

Sur la question migratoire, Pierre Ménat adopte une approche résolument stratégique. Il souligne l’insuffisance du pacte migratoire européen et l’absence de vision d’ensemble, dans un contexte où les flux peuvent être instrumentalisés comme des outils de déstabilisation. Cette lecture rejoint les travaux de Gérard-François Dumont, auteur de Géopolitique des migrations (2019), qui analyse les migrations comme un facteur structurant des rapports de force contemporains.

Défense européenne : l’urgence d’une rupture

La défense constitue le point de cristallisation de toutes les faiblesses européennes. Fragmentée, dépendante de l’Otan, dépourvue de préférence européenne, elle souffre avant tout d’un déficit de volonté politique. Pierre Ménat estime que la politique des petits pas est désormais inadaptée à la gravité de la menace russe et plaide pour une rupture institutionnelle, fondée sur un nouveau traité, à adhésion volontaire, dans l’esprit du Plan Fouchet.

Une voie médiane contre les illusions

Ni fédéraliste doctrinaire ni souverainiste nostalgique, Pierre Ménat défend une voie médiane, fondée sur une répartition pragmatique des compétences entre États et Union. Il rappelle que le fonctionnement institutionnel européen s’est construit sans modèle préétabli : « Le fonctionnement institutionnel de l’Union n’a jamais obéi à un modèle préétabli. »

Ce pragmatisme, s’il a permis d’avancer, a aussi produit un empilement institutionnel devenu illisible. La position de l’auteur rejoint ici la conception wébérienne de la politique comme art du possible, telle que formulée par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919).

Livre d’actualité appelé à être rapidement dépassé par la marche de l’Histoire, L’Europe entre Poutine et Trump n’en demeure pas moins précieux. Il fixe les termes du débat, hiérarchise les urgences et rappelle une vérité que l’Europe peine encore à regarder en face : la puissance ne se proclame pas, elle se construit ou elle se subit.

Michael Host du site https://conscience-universelle.com livre sa critique des « Voeux flottents » de Marie B. Lévy

Avec Les Vœux flottants, Marie B. Lévy signe un roman initiatique dans lequel l’enquête en fil rouge s’accompagne d’une méditation spirituelle sur le deuil, la mémoire et les forces invisibles qui traversent le vivant. Loin du thriller classique, le récit avance par niveaux successifs, naviguant entre deux mondes où la frontière entre réel et imaginaire, science et spiritualité, est volontairement ouverte.
Le point de départ est un crash d’avion au large de Corfou lors duquel décède un chercheur en biologie, Myron, travaillant sur un traitement prometteur contre le cancer. Le démarrage du roman pourrait annoncer une investigation scientifique ou policière, mais très vite, l’histoire change de ton.
Ce qui est en jeu n’est pas tant la résolution d’un complot « économique » que l’expérience intérieure d’Anne, épouse endeuillée, confrontée à une perte qui désorganise autant sa vie que sa perception du monde.
La suite est l’une des étapes spirituelles du roman ; le rêve dans lequel Myron s’adresse à Anne. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir ou une hallucination du deuil, mais un message transmis depuis un autre plan de réalité. Myron annonce une vérité à Anne, qui devient la seule capable d’agir, non parce qu’elle détient une compétence particulière, mais parce qu’elle va devenir la seule à pouvoir réceptionner les bouts de vérité. Le rêve n’est pas ici une fuite du réel : il annonce un début initiatique, mais difficilement compréhensible à ce niveau du roman pour celui qui n’est pas encore initié.
Autour d’Anne gravitent des figures énigmatiques : Ota, l’ami japonais du défunt, porteur d’une autre relation au temps, à la nature et aux signes ; Link responsable hiérarchique de Myron et personnage influant du monde scientifique ; et surtout l’érable du Japon, symbole central du récit autant par son rôle que par sa position dans le jardin et dépositaire des vœux suspendus et des messages à déchiffrer. À travers cet arbre, Marie B. Lévy convoque à travers Anne tout un imaginaire japonais, en rapport aux esprits, au végétal, aux rites ancestraux, sans jamais tomber dans l’aspect simplement décoratif. L’arbre agit comme un médiateur silencieux entre les deux mondes : celui de la matière et celui de l’invisible. Lequel aura donc le dernier mot ?
L’un des mérites du roman est de faire dialoguer deux registres rarement réconciliés : la recherche scientifique la plus avancée (cellules, biologie, promesse de guérison, voire tentation transhumaniste) et le monde spirituel de l’âme, de la vie après la mort, de la synchronicité et de l’intuition. La force du roman est qu’il s’adresse ainsi tant aux amateurs d’enquête policière qu’à ceux qui sont en quête de réponse concernant la vie eternelle, mais aussi les limites morales et existentielles du progrès. Que devient l’humain lorsque la science avance sans conscience et lorsque la vérité se dérobe derrière des intérêts opaques ? Quand doit s’arrêter la mission de l’humain quand
tout semble aller trop loin ?
Alors Anne, personnage dans lequel le lecteur peut facilement s’identifier, va ainsi découvrir le vrai sens de la Vie, au sens spirituel, grâce à un détective privé. Le concret rencontre ainsi l’abstrait : accidents, catastrophes climatiques et industrielles, mensonges, mais aussi rencontres et une succession d’événements : la Vie se dévoile à Anne comme le chef d’orchestre, La fin, ouverte et résolument poétique, refuse toute clôture explicative. Les réponses importent moins que le chemin parcouru. Les Vœux flottants ne cherche pas à trancher entre illusion et vérité, mais à installer le lecteur dans cet espace du doute où se joue une part essentielle de la conscience humaine et spirituelle.
Dans l’esprit de la Lectio Divina, Les Vœux flottants s’adresse à celles et ceux qui acceptent de lire autrement, dans un état contemplatif pour accueillir les ressentis : en écoutant les silences, en comprenant les symboles, en laissant résonner les questions sans exiger qu’elles soient immédiatement refermées. Plus qu’une enquête à résoudre, le livre propose une expérience intérieure sur ce qui subsiste lorsque tout semble perdu, et sur ce qui, parfois, continue de parler à travers le vivant, pour le retour du Vivant.
A travers son personnage Anne, Marie B. Lévy prophétise le rôle d’éveilleur de conscience que l’humanité attendait.
Michael est un accompagnant de l’éveil intérieur et un explorateur de la conscience. Après un parcours riche en expériences humaines, professionnelles et spirituelles, il a développé une compréhension fine des mécanismes de transformation qui traversent celles et ceux qui cherchent à vivre plus alignés, plus vrais et plus présents. Son approche, nourrie par des années de recherche intérieure, d’observation des dynamiques humaines et d’engagement dans des pratiques de maturation spirituelle, relie en profondeur le corps, l’âme, l’intuition et la parole. Il accompagne aujourd’hui celles et ceux qui se trouvent dans une période de transition, de basculement ou de quête de sens, en leur offrant des repères clairs, des outils concrets et une présence attentive.
Son apport au Nouveau Monde repose sur une vision simple et exigeante : la transformation n’est pas une fuite du monde mais un retour à soi, une manière d’habiter pleinement la vie, d’écouter le mouvement intérieur et de laisser émerger sa vocation la plus profonde. À travers ses programmes, ses écrits et ses rencontres, Michael invite chaque personne à entrer dans un chemin de maturation, de discernement et de présence, afin de révéler sa lumière singulière et d’incarner son projet de vie avec justesse. Ce livre est le fruit de ce chemin, de ses traversées, de ses découvertes et de son engagement à transmettre une voie authentique, accessible et profondément humaine pour accompagner l’éveil spirituel contemporain.
Mon site internet est : https://conscience-universelle.com