Bel 7 infos le décalage culturel évoque le Prix Cazes

Adèle Rosenfeld a obtenu le 90ème Prix Cazes

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Le 90ème Prix Cazes décerné à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset)

Le jury du Prix Cazes a décerné le 90ème Prix Cazes à Adèle Rosenfeld pour « L’extinction des vaches de mer » (Grasset) le 14 avril 2026 à la Brasserie Lipp.

Fondé en 1935 par Marcellin CAZES, le Prix Cazes récompense un auteur pour un roman, un essai, une biographie, des mémoires ou un recueil de nouvelles.

Il est décerné chaque année par un jury composé de :

Léa SANTAMARIA (Présidente), Claude GUITTARD  (Secrétaire Général), Mohammed AÏSSAOUI, Gautier BATTISTELLA, Mathilde BREZET, Marie CHARREL, Gérard de CORTANZE, Nicolas d’ESTIENNE D’ORVES, Christine JORDIS,  Eric ROUSSEL

Le très bel article de Michael Host sur le roman de mon auteur de Los Angeles Guy-Roger Duvert

Le très bel article de Michael Host (fondateur de https://conscience-universelle.com) sur le roman de mon auteur de Los Angeles Guy-Roger Duvert
Outsphere de Guy-Roger Duvert s’inscrit dans le registre de la science-fiction tout en proposant une réflexion plus large sur la nature humaine, ses limites et ses possibles évolutions. Le récit débute dans un futur où la Terre est devenue inhabitable à la suite de conflits, de crises sanitaires et de dérèglements environnementaux. Pour survivre, l’humanité envoie un vaisseau, l’Arche, transportant militaires, scientifiques et civils en état de cryogénisation vers une exoplanète baptisée Eden. Cette nouvelle terre apparaît d’abord comme une opportunité de recommencer, mais elle révèle rapidement des dangers biologiques, climatiques et des formes de vie locales hostiles, rappelant que tout environnement inconnu impose une adaptation difficile.
Au cœur de cette colonisation se met en place une organisation structurée autour d’un dôme sécurisé, l’Outsphere, où les tensions émergent rapidement entre les différents groupes humains. Les militaires privilégient la sécurité et la survie collective, les scientifiques cherchent à comprendre et explorer, tandis que les civils aspirent à la liberté et à une reconstruction plus autonome. Ces divergences traduisent des visions opposées de la société, mettant en lumière les dilemmes classiques entre autorité, liberté individuelle et bien commun. La situation se complexifie avec l’arrivée d’un second groupe d’humains, les Atlantes, issus d’une évolution différente. Génétiquement modifiés, dotés de capacités télépathiques et fonctionnant selon une logique de conscience collective, ils incarnent une forme d’humanité où l’individu s’efface au profit du groupe.
La présence des Atlantes introduit une lecture qui dépasse le cadre strictement narratif pour rejoindre des schémas symboliques plus anciens. Ils peuvent être interprétés comme les héritiers d’une civilisation avancée ayant développé des capacités énergétiques et une forme de conscience unifiée, mais ayant perdu ou transformé cette essence au fil de leur évolution. Leur fonctionnement collectif, dépourvu d’individualité, entre en résonance avec certaines traditions mythologiques, notamment celles évoquant des civilisations antérieures ou des interventions extérieures dans l’évolution humaine, comme le récit des Anunnaki.
Dans cette perspective, le roman suggère implicitement un cycle : une humanité qui accède à un niveau de conscience élevé, puis qui, par transformation ou altération, revient vers une forme d’individualisation. Cette dynamique soulève plusieurs interrogations fondamentales : l’humanité est-elle condamnée à répéter ses propres schémas, même dans un environnement supposé idéal comme Eden, qui peut évoquer le Paradis ? L’évolution vers une conscience collective constitue-t-elle un aboutissement ou une perte de ce qui définit l’expérience humaine ? Le récit ne tranche pas ces questions, mais les met en tension à travers la confrontation entre les Atlantes et les colons.
Cette opposition entre humanité individualiste et humanité collectiviste constitue l’un des axes majeurs du roman. D’un côté, les humains conservent leur capacité à ressentir, à choisir et à se confronter à leurs contradictions, au prix de conflits et d’instabilité. De l’autre, les Atlantes représentent une société harmonisée, efficace et rationnelle, mais dénuée d’individualité et d’émotions personnelles. Cette dualité pose la question de l’évolution de l’humanité : doit-elle tendre vers une unification des consciences ou préserver la singularité de chaque être ? Le récit ne tranche pas, mais met en évidence les limites de chaque modèle.
Sur le plan narratif, Outsphere propose un récit rythmé, riche en événements et en situations de tension. L’univers est construit de manière visuelle, avec une forte dimension immersive, et s’appuie sur de nombreux éléments de science-fiction tels que la cryogénisation, la colonisation spatiale, les mutations génétiques ou les technologies avancées. La multiplicité des personnages permet de croiser différents points de vue, même si leur nombre peut parfois complexifier la lecture.
L’ensemble privilégie l’action et la progression rapide de l’intrigue, parfois au détriment d’un approfondissement plus poussé de certains aspects ou personnages.
Par ailleurs, l’histoire souligne une forme de répétition des schémas humains. Malgré la possibilité de repartir à zéro sur Eden, les mêmes dynamiques de domination, de méfiance et de conflit réapparaissent. La colonisation elle-même interroge la légitimité de s’approprier un monde déjà habité, faisant écho à des problématiques historiques de colonialisme et de rapport à l’altérité. Les interactions avec les populations locales et les Atlantes révèlent également des mécanismes de rejet, de peur et de construction de l’ennemi, soulignant la difficulté à coexister avec ce qui est perçu comme différent.
Le roman aborde ainsi des thématiques variées : la survie de l’espèce, la gestion du pouvoir, les limites de la science, la place de la liberté individuelle, ou encore la capacité de l’homme à apprendre de ses erreurs. Il met en tension l’idée d’un nouveau départ avec la réalité d’une nature humaine qui semble reproduire les mêmes comportements, quel que soit le contexte. La présence d’une planète nommée Eden renforce cette dimension symbolique, évoquant l’idée d’un paradis qui ne peut exister sans transformation profonde des consciences.
L’utilisation de termes issus du vocabulaire chrétien, tels que « Eden », « Arche », « Purgatoire » ou « Enfer », ajoute une dimension symbolique supplémentaire au récit. Ces références ne sont pas développées dans une perspective religieuse explicite, mais elles structurent implicitement la lecture du roman en réactivant des archétypes connus. L’« Arche » évoque un salut collectif face à une catastrophe, « Eden » renvoie à l’idée d’un recommencement dans un environnement supposé idéal, tandis que les notions de « Purgatoire » et d’« Enfer » peuvent être associées aux différentes zones ou états traversés par les personnages, entre survie, adaptation et confrontation à leurs propres limites.
Ce choix lexical inscrit le récit dans une continuité culturelle et symbolique, où la science-fiction se nourrit d’imaginaires anciens pour interroger des problématiques contemporaines. Il ne s’agit pas d’une relecture théologique, mais d’un usage de repères universels qui permettent de donner du sens à l’expérience humaine dans un contexte futuriste.
Au-delà de son cadre futuriste, le roman propose une réflexion sur la transformation nécessaire de l’humanité. Il suggère que le déplacement dans l’espace ou le progrès technologique ne suffisent pas à résoudre les problématiques fondamentales liées à la conscience humaine. En ce sens, l’histoire met en évidence que la véritable évolution ne réside pas uniquement dans les avancées extérieures, mais dans la capacité à repenser les modes de fonctionnement individuels et collectifs.
Ainsi, Outsphere peut être lu comme un récit d’aventure et de survie, mais également comme une exploration des tensions entre liberté et sécurité, individualité et collectif, progrès et répétition. Il met en lumière les enjeux liés à la construction d’une société nouvelle et interroge la possibilité d’un équilibre entre ces différentes dimensions, sans apporter de réponse définitive. Car cette réponse n’existe pas encore.

Le brillant Paul Sunderland a été impressionné par « La Sphère » de Malédicte

La Sphère, de Malédicte

Par Paul Sunderland 

Les extrapolations littéraires sur notre futur immédiat font florès. Dans La Sphère est créée, en 2040, une intelligence artificielle chargée de faire expier à l’humanité ses péchés, manquements et trahisons. Sa conceptrice, Ange, est cadre d’une grande entreprise à statut quasiment étatique. Mais Ange est un personnage tourmenté. Elle va tester le bon fonctionnement de son invention, qui n’est autre qu’une sphère gigantesque et vide, dépourvue de tous repères spatio-temporels (également de pièges) et dans laquelle vont être enfermées les personnes à « purger ».

Jacques Le Goff nous rappelle que le mot français « purgatoire » fait son apparition à la fin du 12e siècle et désigne un espace intermédiaire entre l’Enfer et le Paradis, lieux extrêmes et définitifs de la condition humaine post mortem (dans le catholicisme). Le Purgatoire est envisagé comme un état dans lequel certains péchés peuvent être expiés, et doivent l’être, avant l’entrée au Paradis. Le Purgatoire ne doit donc pas être confondu avec l’Enfer, même si là également, l’expérience est pénible. Il s’agit bien « purger » afin d’être purifié. Quoique le protestantisme et l’orthodoxie n’admettent pas l’existence du Purgatoire, ce lieu revêt une très grande importance dans l’imaginaire d’une bonne partie de l’Europe. Il n’est pas davantage une négation de la toute-puissance divine mais, au contraire, nous ouvre à la possibilité de la miséricorde.

Il s’agit de bien retenir les deux options inhérentes à ces ambiances dans la pensée traditionnelle : on ne sort pas de l’Enfer, on finit toujours par sortir du Purgatoire. Il faut les retenir car la proposition de La Sphère est différente : Ange n’est pas Dieu bien qu’elle seule ait supervisé, paramétré le fonctionnement de sa création. Par ailleurs, quiconque ne parvient pas à trouver la sortie de la sphère dans laquelle il ou elle se retrouve enfermé (après avoir été informé qu’il existe une telle porte) finit par mourir. Le dispositif n’est-il pas dès lors le raffinement suprême en matière de punition, punition qu’administrerait et observerait, bien à l’abri, à l’écart, un ego d’où aurait disparu la plus petite étincelle de pardon ? Nous ne serions donc plus tellement dans les ors du catholicisme…

De fait, une étrange coexistence d’effacement et de boursouflure tient l’ensemble de ce second roman de Malédicte. Dans ce futur à notre porte, tous les prénoms des personnages sont épicènes, la distinction masculin/féminin, si elle a encore quelque pertinence, se trouve reléguée au rayon des antiquités. Les relations semblent libres, le mot d’ordre semble être que personne n’appartient à personne. La Sphère a été officiellement conçue pour l’élévation morale de l’humanité. Mais simultanément, le narcissisme y est en surchauffe. Une utilisation totalitaire (sous prétexte de tests car Ange est la seule personne aux commandes du prototype) dans un but de vengeance est en réalité la véritable motivation de la conceptrice. Vengeance contre des salauds, qui plus est.

Car quiconque m’occasionne un pet de travers est une ordure à laminer ! Quiconque ne me comprend pas doit passer à la casserole ! Quiconque est, même objectivement, un saboteur d’entreprise et de carrières doit le payer ! Et quel bonheur de les voir s’effondrer, crever depuis mon poste de commandes ! (Comment ça, « purge », « élévation de l’humanité » ??) Quel bonheur, et quel tourment ! À défaut d’élévation, on peut s’interroger sur l’évolution de tel ou tel personnage de cet univers faussement aseptisé, aux aspérités illusoirement gommées par le discours de la neutralité sexuelle, du management humaniste.  Le rédacteur de la présente note le reconnaît : la conclusion de l’histoire, qu’il n’est pas question de révéler ici, est parfaitement glaçante. On dira seulement qu’elle peut se lire comme le point d’aboutissement de l’individualisme : dans cette histoire, une unité gouverne l’ensemble sous couvert de gestion scientifique, et ce à rebours, aux antipodes de la justice divine, omnisciente et miséricordieuse, du Purgatoire médiéval.

À ce niveau de grattage sur et sous la surface du texte, il importe à présent de comprendre la ressource cachée, mais accessible, installée par l’auteure et qui nous permet de déjouer le désespoir engendré par l’incarcération dans la Sphère. Puisque cet objet est au fond une métaphore de l’ego dans l’extension terminale de son désir autocratique. Et il est bien question de « fond ».  

Concrètement, comment sortir d’une sphère gigantesque dans laquelle on se retrouve, seul, tel un hamster dans un tonneau ? La solution vient à l’esprit en se purgeant (et non en s’épanchant, comme tel personnage de l’intrigue). Comment se purger ? En reconnaissant sa culpabilité. Comment reconnaître sa culpabilité, et signifier sans doute possible qu’on la reconnaît ? Par l’introspection, c’est-à-dire en partant à la recherche de son centre de gravité. Car tout est là. Et ce n’est pas pour rien que Malédicte (quel nom de plume charmant !) est architecte de profession.

Précédemment, je me suis penché sur Bioutifoul Kompany, de Frédéric Vissense, un roman dont je pourrais dire que c’est une bonne tranche de rigolade qui fait un peu peur quand même. Mais La Sphère ? Une bonne tranche aussi, mais de malaise, de dystopie, terriblement hypnotique dans l’imminence de l’avènement qu’elle narre, dans la façon qu’a l’auteure de nous montrer une humanité devenue monstrueuse, piégée par la démultiplication de ses ombres, par la sphère dans laquelle bon nombre d’entre nous sont déjà à l’article de la mort.

La Sphère, de Malédicte (éditions Une Autre Voix).