Le Figaro littéraire a annoncé jeudi 17 janvier l’événement majeur dans le paysage éditorial de 2013 que représente la publication d’un récit biographique sur Albert Cossery par Frédéric Andrau aux Éditions de Corlevour
LE RETOUR D’ALBERT COSSERY
Écrivain mythique de Saint-Germain-des-Prés, dandy fauché, Albert Cossery l’Égyptien aurait eu100 ans en 2013. À cette occasion, Frédéric Andrau va publier un récit biographique de l’auteur de « Mendiants et orgueilleux ». Une gageure quand on sait que Cossery a passé sa vie pour l’essentiel entre le Jardin du Luxembourg, la Brasserie Lipp, le Flore et les Deux Magots. Parution le 28 février, aux Éditions de Corlevour.
Actualités (NON EXHAUSTIF)
Frédéric Andrau nous conte la vie d’Albert COSSERY dans ActuaLitté
À l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain
Cette année 2013 consacre le centenaire de la naissance de l’écrivain francophone Albert Cossery. Egyptien né au Caire, il s’installa à Paris dès 1945 pour continuer la carrière d’écrivain qu’il avait embrassée durant les années 30, croisant notamment la route d’Henry Miller. Avec Monsieur Albert Cossery, une vie (Éditions de Corlevour, 280 pages, 19,90 €), Frédéric Andrau nous permet de mieux appréhender la destinée de cet auteur disparu en 2008.
L’ouvrage, qui sortira à la fin du mois de février, rend hommage à l’écrivain égyptien qui obtint en 1990 le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre. Frédéric Andrau nous entraîne dans la peau d’un narrateur qui interroge l’auteur de Mendiants et orgueilleux. Le lecteur est alors plongé au cœur de Saint-Germain-des-Près, avec l’écrivain qui, en l’espace d’une vie, publia moins de dix livres.
L’argumentaire officiel de « Monsieur Albert – Cossery, une vie » de Frédéric ANDRAU
AUTEUR : FRÉDÉRIC ANDRAU
TITRE : MONSIEUR ALBERT
COSSERY, UNE VIE
Récit biographique 280 p
14,5×20,5 cm
ISBN : 978-2-915831-79-5
PRIX : 19,90 €
DATE DE PARUTION : 28 / 02 / 2013 (1er office de mars).
Diffusion : CDE / Distribution : SODIS Code SODIS : 7662508
Frédéric Andrau a collaboré pendant plusieurs années dans la presse écrite. Il est l’auteur de deux romans, À fleur de peaux (Le Sémaphore 2005) et Quelques jours avec Christine A. (Plon 2008).
Frédéric Andrau nous livre ici un récit biographique fourmillant de détails et d’anecdotes, à la fois libre et vivant, de l’écrivain Albert Cossery, l’une des figures littéraires les plus étonnantes du XXe siècle. Le narrateur s’adresse à Cossery qui lui raconte la vie qu’il a menée. Une vie faite de peu, immobile, à Paris, et, pour l’essentiel, au coeur de Saint-Germain-des-Prés, entre le jardin du Luxembourg, les brasseries Lipp, Flore et Les Deux Magots. Et, sur une vie longue de presque un siècle, seulement 8 livres… mais quels livres, dont le plus célèbre reste certainement Mendiants et orgueilleux.
Des quartiers populaires du Caire où Cossery est né en 1913, jusqu’à l’hôtel «La Louisiane», au cœur de Saint-Germain-des-Prés, où il vécut près de 60 ans dans la même sobre et petite chambre ; de l’école des Frères de La Salle aux cafés de Flore et des Deux Magots ; des virées nocturnes de fêtes et de dragues, avec, entre autres, Camus, au jardin du Luxembourg où il aimait contempler les jeunes et jolies femmes, des premières publications en revues aux hommages tardifs des prix littéraires, cet homme en marge, sans jamais un sou en poche — il s’est toujours refusé de travailler ! — mais toujours habillé avec une parfaite élégance, est comme ressuscité par Frédéric Andrau. Celui-ci nous relate dans le détail ses relations avec les écrivains de son temps, les hommes de théâtre et de Cinéma, son éditrice de prédilection, Joëlle Losfeld… Cossery était un solitaire qui ne manquait d’amis.
Frédéric Andrau n’idéalise pas pour autant son personnage : il pointe sans détour les caprices insupportables de l’écrivain, sa mauvaise foi, son manque de tact avec celle qui fut un temps son épouse, la comédienne Monique Chaumette — à qui est dédié le livre.
Ce livre, souvent drôle et touchant, se fait plus profond et émouvant encore quand vinrent les dernières journées, les dernières heures de Cossery.
2013 est le centenaire de la naissance de Cossery dont toute l’œuvre est disponible aux Editions Joëlle Losfeld.
Lancement du livre au Flore le 4 mars.
Attachée de presse : guilaine_depis@yahoo.com
portable 06 84 36 31 85
Rédaction : 26, Rue Alphonse Hottat B-1050 BRUXELLES Belgique
Siège social : 97, rue Henri Barbusse 92110 CLICHY France
Tél : 0032 473 89 84 01 / reginaldgaillard@aol.com
Site internet : http://www.corlevour.fr
Albert COSSERY, un livre pour le centenaire de sa naissance en 2013
À l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Cossery, figure essentielle de la littérature, en 2013 les Éditions de Corlevour publieront le 28 février un récit biographique de Frédéric Andrau :
Monsieur Albert
Cossery, une vie
D’origine égyptienne, Albert Cossery, ce grand écrivain singulier aux admirateurs très fervents avait entre autres obtenu en 1990 le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son oeuvre intégralement rééditée par Joëlle Losfeld.
Une soirée de lancement de Monsieur Albert – Cossery, une vie est d’ores et déjà prévue au Café de Flore à Paris le 4 mars, où les Éditions de Corlevour seront ravies de vous rencontrer.
Je mets également à votre disposition des photos © Laurent Vaulont en basse et en haute définition de mon auteur Frédéric Andrau dont l’ouvrage de 2008 sur Christine Angot chez Plon avait connu un fort succès médiatique.
Attachée de presse : guilaine_depis@yahoo.com
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Citation liminaire du livre de Frédéric Andrau sur Albert Cossery, dédié à Monique Chaumette
« Je suis un anarchiste aristocrate car je crois que l’humanité, à part les femmes, ne vaut pas grand-chose. Mais je serai toujours du côté des petits, jamais de celui des salopards et si, après avoir lu mes livres, vous ne savez pas qui sont les salopards, c’est que vous n’avez rien compris… »
Albert Cossery
« Albert Cossery, utopiste anarchiste » par Nadia Agsous (Le Huffington Post)
2013 est l’année du centenaire de la naissance d’Albert Cossery. Nouvelliste et romancier francophone d’origine égyptienne, l’auteur est né au Caire, 1913. Il est décédé en 2008 à Paris, dans sa chambre de l’hôtel La Louisiane, à Saint – Germain – Des- Près où il avait élu domicile depuis plus de 60 ans
En 1995, A. Cossery a reçu le Grand prix Audibert pour l’ensemble de son œuvre qui évoque la sérénité, la quiétude et la plénitude. Et nous entraîne dans un univers « misérable », « impitoyable, poussiéreux, poisseux et, pourtant, profondément humain et tendre, des quartiers populaires d’El Kahira, Oum El Dounia (la mère du monde). Ce vaste espace qui prend l’allure d’une « Cour des miracles » où des êtres que l’auteur a rencontrés et côtoyés vivent dans le dénuement le plus total.
L’écriture d’Albert Cossery met en perspective une philosophie et un « way of life » qui séduisent, déstabilisent, questionnent et viennent inévitablement bousculer les évidences et nos préjugés. La vision cossérienne incite à une remise en question des valeurs qui dominent notre monde et conditionnent nos représentations. C’est une incitation à « dépoussiérer » notre sens commun pour renouveler notre rapport au monde.
De roman en roman, l’auteur met en scène des personnages fragiles, sensibles, courageux, fascinants, attachants et libres. D’histoire en histoire, des êtres se rencontrent, se regardent, se reconnaissent, se lient d’amitié et s’unissent autour de valeurs et d’objectifs communs pour marquer leur opposition à un monde où le matériel est érigé en dogme.
Rafik (« les Fainéants de la vallée fertile »). Samantar (« Une ambition dans le désert »). Haykal. (la Violence et la Dérision). Medhat (Un complot de saltimbanques). Gohar (Mendiants et orgueilleux) et tous les personnages qui gravitent autour des héros cossériens sont décrits comme des êtres marginaux, indépendants et libres de tout engagement. Des êtres qui véhiculent la croyance selon laquelle « faire un métier, n’importe lequel, est un esclavage ». Non conformistes, autonomes, affranchis, ces personnages émergent comme des individus qui ont « une tête, c’est-à-dire une liberté et capables de calculs et de manipulations… ». Ils sont des acteurs à part entière qui définissent leurs propres valeurs et choisissent leur propre style de vie en déployant deux types de stratégie.
Gohar, Rafik, Galal, Hafez et bien d’autres vont recourir à la stratégie de la non-conformisation par l’oisiveté qui se décline sous forme de paresse et de sommeil. Aussi, loin d’être improductive et négative, la paresse, « cette oisiveté pensante » revêt sous la plume d’Albert Cossery une connotation positive puisqu’elle est appréhendée comme une forme d’oisiveté indispensable à la réflexion et à la maturité.
Cette posture est illustrée par Gohar, professeur de lettres et de philosophie à l’université. Après avoir pris conscience que son enseignement était basé sur le mensonge et l’hypocrisie, il décide de renoncer à son capital économique, social et culturel pour vivre dans la peau d’un « mendiant », dans un quartier pauvre du Caire. De temps à autre, il met son savoir-faire rédactionnel au service de Set Amina en écrivant des lettres aux femmes qui résident dans son bordel.
Gohar est fasciné par ce lieu qu’il assimile à un espace où « la vie se montre à l’état brut, non dégénéré par les conformismes et les conventions établies ». Pour ce personnage formidablement sympathique qui nous prend aux tripes, l’oisiveté est le symbole de la liberté. C’est le moyen par lequel il affirme son individualité et son choix de vie qui prend la forme d’une existence simple, sereine, authentique et dépouillée d’artifices et de faux semblants.
Le sommeil renvoie à l’idée du retrait de la société. Les personnages qui animent l’histoire des « Fainéants de la vallée fertile », Galal, Rafik, Hafez, considèrent le sommeil comme une « valeur suprême » car synonyme de refuge et de protection du monde des hommes. C’est un rempart contre l’ennui, l’exploitation, l’avilissement et l’esclavage.
Le second type de stratégie concerne la non-conformisation par l’amusement et la dérision. Samanta,r Heykal, Medhat, Heymour et Imtaz vivent dans la gaieté, la joie et la liesse tournant en dérisoire tout ce qui les entoure, et notamment la dimension oppressive des dirigeants qui les gouvernent.
A la lumière de cette approche, la dérision, cet « instrument » de non-violence et de plaisir poursuit un double objectif. Primo, elle prend le sens d’une attitude contestatrice et de remise en cause de l’ordre politique et social établi. Quelques-unes de leurs tactiques pour ridiculiser davantage le pouvoir oppressif du gouverneur concernent la rédaction de tracts à la gloire du gouverneur et le projet d’ériger une statue en son honneur.
Secundo, la dérision revêt une dimension positive dans le sens où c’est un moyen d’affirmation de soi et de développement personnel qui permet à ces individus de rire de tout, de se détacher du monde matériel, de se distraire, d’être soi-même et de vivre libres. Et à la lumière de cette conception, Samantar nous apparaît comme « l’homme du moment présent et des plaisirs terrestres », comme un homme qui « avait déjà fait sa révolution tout seul et jouissait avec orgueil de sa suprématie sur un monde d’esclaves ».
Heykal, Samantar. Rafik. Taher. Imtaz. Medhat. Gohar. Heymour émergent comme des personnages qui rient de la vie. Jouissent du présent. Conçoivent la dérision comme une alternative à la violence. Ces êtres ont fait le choix d’une vie marginale libérée des considérations matérielles et du poids du conformisme et de l’aliénation.
Les figures cossériennes ont fait leur propre révolution. Et nous incitent à notre tour à faire notre propre révolution. Car chaque protagoniste, chaque scène, chaque parole est une invitation à une remise en question du monde dans lequel nous végétons. C’est une incitation à une remise en question de soi afin de s’approprier le cours de sa vie, de son histoire et rompre avec la domination, les hypocrisies, les leurres, les faux semblants. Car pour A. Cossery, « un grand livre vous donne une puissance extraordinaire. Vous pouvez être pauvre, misérable, malade, désespéré, la lecture d’un grand chef-d’œuvre vous fait oublier tout ça ».
Alors, lisez et relisez A. Cossery ! Et laissez vous emporter par le flot des vagues du monde merveilleux de la sagesse orientale d’où se dégage un appel incessant et pressant à la libération. Notre Libération !
Albert Cossery par Bernard Fandre sur Culture & Revolver (2010)
Extraits du film de Sophie Leys « Une vie dans la journée d’Albert Cossery (2005)
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Paroles d’Albert Cossery décryptées :
Joëlle Losfeld, Frédéric Beigbeder, Georges Moustaki, Michel Piccoli (film de Sophie Leys, 2005)
Le G.R.E.C. présente Une vie dans la journée d’Albert Cossery
Un film de Sophie Leys (2005)
Joëlle Losfeld, éditrice (ses paroles dans le film, décryptage artisanal)
J’avais repris les éditions qu’avaient créées mon père, qui s’appelaient Le terrain vague, Eric Losfeld et j’avais décidé de reprendre toute l’oeuvre d’Albert Cossery, qui était alors vacante. Et je l’ai rencontré, je l’ai appelé à la Louisiane, où il était toujours et où il est toujours d’ailleurs, et puis nous nous sommes fixés rendez-vous au Flore, qui est un lieu qu’il affectionne particulièrement. Et là-bas, au Flore, je lui ai dit, très simplement « Voilà, je voudrais rééditer vos oeuvres. Je trouve qu’il ne faut pas que vos livres manquent dans les librairies, c’est impensable » et il m’a dit « Ben très bien, j’accepte volontiers » et on a signé les contrats sur un bout de table au Flore, on a signé un accord qui s’est concrétisé par des contrats. Voilà, ça a été d’une facilité absolument déconcertante avec nous. Ca a toujours été emblématique pour moi de publier Albert Cossery. Il y avait chez Albert une telle détermination à dire les choses, une telle exigeance et une telle écriture que quand j’ai refondé ma maison d’édition, j’ai tenu à ce que ce soit le premier auteur qui paraisse au sein de cette maison. Il y a quelque chose de très très consolateur dans la lecture d’Albert Cossery – je ne sais pas si ce n’est pas un néologisme ce mot consolateur, peu importe – et qui fait que ça donne beaucoup d’espoir aux jeunes. « Retirez-vous de la vie mondaine, retirez-vous des richesses, de l’appât des richesses, mais enrichissez-vous intellectuellement et sachez réfléchir » C’est vraiment quelque chose qui a séduit un jeune public, et qui séduit d’autres – pas qu’un jeune public, moi-même, c’est un discours qui me séduit beaucoup.
(…)
Il y a des gens qui rejettent l’oeuvre d’Albert Cossery. Et tant mieux qu’il n’y ait pas de consensus d’ailleurs sur l’oeuvre d’Albert. Je pense que ça le chagrinerait assez que certaines personnes aiment son oeuvre. Mais quand on aime l’oeuvre d’Albert Cossery, on n’en ressort pas de la même manière qu’avant. Il y a l’avant lecture d’Albert et l’après lecture d’Albert. Et c’est réconfortant dans la mesure où ça ouvre effectivement un champ d’ouvertures et de pensées énorme et que n’ont pas tous les écrivains – non, plutôt que les écrivains ont, et pas tous les romanciers.
Alores voilà une chose qui est particulièrement précieuse, en tous cas pour nous, c’est Une ambition dans le désert, c’est un manuscrit qui est assez extraordinaire. C’est vrai qu’Albert ne tape pas à la machine, et encore moins à l’ordinateur maintenant, et quand il a écrit Une ambition dans le désert on ne tapait pas à l’ordinateur de toute façon. C’est un cadeau qui m’émeut beaucoup parce que c’est un manuscrit, c’est un vrai manuscrit. Il vient signer à tous les salons du livre depuis très longtemps maintenant et il ne laisse personne indifférent quand il marche dans les travées, en tous cas je connais beaucoup d’éditeurs… Pour eux, c’est une espèce de bouée de sauvetage de se retrouver dans ce Salon du Livre, cet espèce de grand bazar, mais tout d’un coup, la personnalité d’Albert Cossery vient rendre sa dignité à ce grand bazar. Et pour eux c’est l’écrivain qui vient signer, et ce n’est pas tous ces gens qui ne sont pas écrivains, parce que ça s’est perverti comme ça, le Salon du Livre, mais au moins c’est le dernier écrivain de cette génération et c’est assez émouvant.
(…)
Sur son nouveau manuscrit, il y a deux mois à peu près, il m’a montré cinq pages de ce manuscrit. J’ai lu la première page, le premier feuillet.
Frédéric Beigbeder, écrivain (ses paroles dans le film, décryptage artisanal)
Entre Henri Miller et Albert Camus, je pense qu’on a deux parrainages qui expliquent l’importance de Cossery aujourd’hui, sans doute l’écrivain vivant en France pour moi le plus important, en tous cas depuis la mort d’Antoine Blondin.
(…)
Alors là je suis près d’une statue pharaonique, et ce qui est amusant c’est qu’on n’est pas du tout au Musée du Louvre, avec de vieilles momies. On est devant une statue assez kitsch rue de Sèvres et ça aussi, je trouve que ça ressemble bien à Albert Cossery. C’est à dire surtout pas de sérieux, pas de gravité, pas de prétention. Quand on doit le définir, on peut presque prendre tous les titres de ses romans et puis on a un portrait d’Albert Cossery, « un fainéant dans la vallée fertile », « mendiant et orgueilleux », c’est un peu lui. Il a une sorte de laconisme exotique, je ne sais pas comment on pourrait dire, un ton assez sarcastique parfois, et provocateur que j’aime bien. C’est vrai qu’il y a souvent des prostituées, il y a souvent des voleurs, il n’y a jamais de morale, il n’y a pas de jugement de valeur, ce sont des anti-héros, un peu comme justement le Meursault de l’Etranger. Dans un monde qui est de plus en plus un monde de consommation, de communication, de vitesse, de bruits, voilà un écrivain qui parle de tout le contraire. Qui parle de lenteur, de silence, de solitude, d’oisiveté, et au fond il nous donne un exemple. Je ne dis pas que ce soit un saint, mais c’est peut-être un modèle, en tous cas c’est peut-être un contre-exemple au monde tel qu’il va.
(…)
C’est quelqu’un qui a compris que le véritable hédonisme, le véritable plaisir de la vie, c’est de sélectionner ses besoins. Finalement, avec quelques livres, une ou plusieurs jolies femmes, un rayon de soleil et une chambre d’hôtel, on peut très bien se suffire à soi-même et passer une cinquantaine d’années tout à fait décentes sur cette terre.
Michel Piccoli, comédien (ses paroles dans le film, décryptage artisanal)
Il ne faut surtout pas rendre hommage à Albert Cossery de son vivant, parce qu’il est au-dessus des hommages. C’est un homme qui est tellement secret, tellement indépendant, tellement soit-disant solitaire. C’est peut-être le plus secret et l’homme dont on était tous le plus amoureux peut-être. Jamais aucune compétition avec lui, jamais d’affrontement, sauf quand il déteste les choses. Là, quand il se met à être virulent, violent, cet homme très élégant et très doux, ça peut aller très très loin. Il vit hélas très seul – je dis hélas pour ceux qui n’ont pas, comment je dirais ? je ne sais pas la grâce de l’avoir connu depuis très longtemps. Parce que si on fait sa connaissance de lui, maintenant, on ne peut pas comprendre à quel point c’est un homme de son vivant mythique, même quand il était jeune, un Égyptien mythique, un de plus. Il ne parle plus parce qu’il a été malade, mais il s’est habitué à ne plus parler, il sort des petits carnets et les personnes qui vivent très souvent avec lui le comprennent, parce qu’il y a des mouvements de lèvres et des sons qui apparaissent, qui sont tout à fait reconnaissables. Il vit dans un monde dans lequel il est né, il raconte la vie des personnages du monde dans lequel il est né. Il a vécu dans un autre monde et là il n’a jamais écrit sur le personnage dans lequel il vit. il vit dans une Alexandrie ancienne, dans une Egypte de rêve, dans une Egypte d’aristocratie, de tout le Moyen-Orient. J’aimerais beaucoup l’entendre parler égyptien. Pourquoi je le lui ai jamais demandé ?
Robert Solé, Edouard Baer, Luc Barbulesco, Salim Jay, Roger Grenier et Albert Farhi (film de Sophie Leys, 2005)
Le G.R.E.C. présente Une vie dans la journée d’Albert Cossery
Un film de Sophie Leys (2005)

Edouard Baer, comédien (décryptage artisanal de ses paroles)

Ca m’avait amusé quand j’avais vu « L’almanach de Saint-Germain des Prés » de Boris Vian où il le décrivait. Il y avait une photo de lui très étonnante, très sec, très jeune. Il y avait déjà un truc assez violent, assez dur dans le visage. C’est ça qui est étonnant : en lisant, on pourrait croire qu’il y a plus de douceur chez lui. Je suis fou du début des Fainéants dans la vallée fertile : le type qui regarde le jeune garçon en train de chasser, il est épuisé de l’activité déployée…. Enfin, c’est extraordinaire et alors en style c’est d’une écriture incroyable. Et maintenant il prétend que il a poussé l’art du « c’était mieux avant » à un truc qui est quasi poétique. « Le pain, le ciel c’était mieux avant » alors les jolies femmes étaient plus jolies. Il trouve un manque de grâce. Je me mets parfois en terrasse avec lui au Flore pour le convaincre qu’il y a quand même de jolies filles qui passent…
Ca m’enchante physiquement quand il passe du renfrognement, quand il y a un éclair, un souvenir, un sourire, qui réapparaît. Il a une façon de sourire, ça lui est tellement volé qu’il est presque fâché que ça lui ait échappé, il est assez irrésistible. Quand on finit par lui faire échapper un sourire ou un rire, il revient de très très loin celui-là, et on est très fiers.
D’ailleurs, il a une mise et tout ça, une tenue, une silhouette d’une élégance, c’est extraordinaire de le croiser dans la rue. C’est une expérience urbaine forte.
Luc Barbulesco, enseignant (décryptage artisanal de ses paroles)

Les personnages qui conduisent le récit sont des hommes, que ce soit Gohar ou d’autres, mais ils vont chercher auprès des femmes, qui sont souvent d’ailleurs des jeunes filles – que ce soit des petites filles comme celle à bicyclette ou des jeunes filles de 15, 16 ans. Ils vont les chercher comme une sorte de référence, comme une source de joie aussi, mais aussi comme une source de connaissance.
(…)
Et ses leçons d’humanité, on a peine à les percevoir parce qu’elles sont délivrées de façon très allusive, très énigmatique, comme tout ce qui a trait à l’Egypte, ici ce sont des chiffres, ce sont des énigmes. Donc à nous d’une certaine manière eh bien de déchiffrer des énigmes.
Salim Jay, écrivain (décryptage artisanal de ses paroles)

Albert Cossery, c’est d’abord une phrase, une phrase qui a la délicatesse et la netteté du trait d’un maître du dessin. C’est cela, le talent de Cossery : raconter, certes, parce que c’est un grand conteur, mais aussi faire naître une vérité qui est à la fois la vérité intérieure de l’écrivain, et la vérité mystérieuse, l’énigme humaine. On se comprend mieux soi-même en lisant Albert Cossery, on comprend mieux l’Orient s’il existe, on comprend mieux l’Occident s’il existe, on comprend mieux l’homme et la femme s’ils existent.
Roger Grenier, écrivain (décryptage artisanal de ses paroles)

C’était une sorte de calendrier vivant. Je trouvais Albert Cossery parce qu’il disparaissait tout l’hiver, puis quand on le voyait réapparaître à la terrasse du Flore sur le coup de midi ou de 2h de l’après-midi pour prendre son petit-déjeuner, on se disait « Ah ça y est, les beaux jours sont revenus ». Et puis il y avait cet hôtel qu’il a fini par rendre légendaire, l’hôtel de la Louisiane où il habitait toujours, c’était une période, ça n’a pas duré très longtemps, l’époque de Combat, ça s’est terminé en juin 47. C’était l’époque où vraiment le soir alors qu’on savait que le journal était condamné, on allait se consoler dans les boites de Saint-Germain des Prés dont c’était la naissance d’ailleurs, le Tabou et le Méphisto. Et Camus y allait presque tous les soirs et c’est dans ce quartier évidemment qu’il a connu Cossery. Et puis, Camus était toujours très sensible aux gens originaires d’Afrique du Nord. Bon, l’Egypte, c’est pas exactement le Maghreb, mais enfin ça fait rien, il y avait une fraternité.
Albert Farhi, écrivain, journaliste (décryptage artisanal de ses paroles)

Le Caire, où nous sommes tous nés dans le premier quart du XXème siècle était un pays qui était colonisé, et trois fois plutôt qu’une par les Turcs, par les Anglais et par la langue française. Mais la préférence allait au français, ce qui est un paradoxe. Il y avait – je ne vais pas vous faire un historique de la chose – il y avait sept quotidiens français au Caire, sept pour une population francophone qui à mon avis ne devait pas dépasser le demi-million. (…) Albert, ça n’a jamais été un ami comme ça. On l’aimait bien, mais on n’était pas intimes. Il portait des pochettes, il avait des cravates auxquelles il faisait deux doubles noeuds, il avait un côté venin comme ça, il m’a toujours paru beau comme un acteur de cinéma du noir et blanc, du début du parlant, toujours très bien coiffé, il portait un costume qui était usé aux manches mais très élégant. Moi, c’est l’image que j’en ai (croquis réalisé par Bib en 1931), longeant les trottoirs, cherchant que dévorer, mais un tout petit peu déplacé dans le temps, un peu à contretemps. Il n’était pas à la mesure des gens qui marchaient dans la rue européenne. Il était comme moi habillé normalement, il était un peu trop dandy. (portrait réalisé par El Telmessany en 1941) Jeune homme, c’est un miracle qu’il ait eu envie d’écrire. Ca aurait été un petit voyou qui aurait fini par se suicider par la drogue. Il était en partie dédoublé dans sa culture française, mais pas dans sa promiscuité égyptienne. Je dis « promiscuité » : il sait parler aux laveuses, aux putains, à celle qui lui avait repassé sa chemise, il savait parler. Je me suis toujours demandé si ses petits bonhommes verts qu’il nous décrits – la basse Egypte, l’Egypte la plus proche de la terre, des misérables – ne sont pas les hommes verts de l’avenir. C’est ça, l’humanité à venir. C’est ça, Starwars, ce sont ces personnages-là qui sont l’avenir, et ces personnages-là qu’on fait le terrorisme, et ces personnages-là dont on fait les martyrs, musulmans et autres – même les Juifs en Israël qui se tuent parce qu’on va les foutre à la porte de Gaza où je sais plus où. Ce sont ces personnages-là. Il a une vision en apparence baroque, mais c’est très sérieux. C’est beaucoup plus sérieux que ça. C’est pas des romans réalistes et baroques, du folklore égyptien, c’est une fiction d’une humanité à venir. Les vrais vivants, c’est ces types-là, c’est pas vous ni moi.
Les années où il a vécu en Egypte avant-guerre – moi je le voyais au Caire – il déambulait entre Soliman Pacha et la rue Fouad.



