Actualités (NON EXHAUSTIF)

Sylvia Plath, lue par Catherine Deneuve (« Letters home »)

Catherine Deneuve lit

Letters Home de Sylvia Plath

Introduction lue par Madeleine Assas – Extraits 2 cassettes

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Catherine Deneuve lit
Letters Home
de Sylvia Plath

Coffret 2 Cassettes – 24,50 €

Américaine d’origine autrichienne, née dans le Massachusetts en 1932, Sylvia Plath mena aux États-Unis une carrière d’universitaire, parallèlement à sa vocation et à son travail d’écrivain, avant d’émigrer en Angleterre, à l’âge de 23 ans.

Elle avait à peine 18 ans lorsqu’en 1950 elle envoya la première de quelque sept cents lettres qu’elle devait écrire, principalement à sa mère – qui les a recueil-lies après sa mort.

Dès le commencement, le désir d’écrire va de pair pour elle avec la volonté de s’insérer dans l’Amérique des années 50, une Amérique où l’aspiration au bonheur se confond avec un idéal de réussite forcené.
Toute sa correspondance reflète cet écartèlement entre une vocation – écrire – et l’obsession constante, souvent douloureuse, d’atteindre à la perfection dans tous les domaines, au prix d’un travail inlassable.

D’exaltations en dépressions, de crises destructrices en élans créateurs, ces lettres éclairent les raisons qui ont poussé Sylvia Plath, peu après la parution de son roman La cloche de détresse, à se donner la mort, à Londres, dans la solitude où elle se retrouvait, séparée des siens, au cours d’un hiver difficile.

Marguerite Duras, lue par Catherine Deneuve (« Les petits chevaux de Tarquinia »)

Catherine Deneuve lit

Les petits chevaux de Tarquinia de Marguerite Duras

CD Les petits chevaux de Tarquinia.jpg1 CD – 71 mn – enregistrement réalisé en 1981

« Dans un petit village d’Italie, situé au pied d’une montagne au bord de la mer, dans la chaleur écrasante du plein été, deux couples passent des vacances comme chaque été : Gina et Ludi, Jacques, Sarah et l’enfant. D’autres amis sont là, dont Diana. Ils se baignent, se parlent, s’ennuient… Dans la montagne, au-dessus du village, un jeune homme a sauté sur une mine. Ses parents là-haut, veillent.

« Qu’est-ce qui manque à tous ces amis ? demande Diana.

 – Peut-être l’inconnu, dit Sarah. » »

Marguerite Duras

Duong Thu Huong, lue par Catherine Deneuve (« Les paradis aveugles »)

Catherine Deneuve lit

Les paradis aveugles de Duong Thu Huong – Extraits choisis par Phan Huy Duong – 1 cassette

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Duong Thu Huong
Les Paradis aveugles
Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong
Préface de Michèle Manceaux

398 p. – 23 € – 1991

Hang, l’héroïne des Paradis aveugles, travaille en URSS, comme beaucoup de Vietnamiens. Appelée à Moscou au chevet de son oncle maternel malade, elle se souvient de son enfance et de l’histoire familiale telle qu’elle l’a vécue et telle qu’elle lui a été racontée. Un passé meurtri afflue où elle se sent exilée. Son Viêt-nam natal lui revient en mémoire, avec ses odeurs et ses images, et par dessus tout la visage de sa mère.
Le passé de Hang et de sa famille, c’est un pan de l’histoire du Viêt-nam, avec ses soubresauts et ses cruautés, avec ses trouées de lumière, ses souvenirs de douleur, en cette terre russe :

“ Dans ma mémoire surgirent des centaines de visages, ceux de mes amis, ceux des gens de ma génération. Visages rongés par le souci, délabrés, effondrés, grimaçants, poussiéreux. Visages éperdus, craintifs. Visages de la peur… La peur de ne pouvoir acheter quelques marchandises, la peur de ne pouvoir les envoyer, la peur d’apprendre qu’un vieux père, qu’une vieille mère n’avaient pas résisté à la misère en attendant ces misérables subsisdes… La peur qu’un dignitaire de l’ambassade ne… Visages du calcul. Il fallait penser à tout, (…) Penser à sa vie, aux lendemains douteux, à un avenir de brume sur l’océan… Comment pourraient-ils se confondre, dans la rue, aux visages des humains, de ceux qui jouissaient tranquillement de la paix, du bonheur, de la liberté ?… Avoir vingt ans, et sentir les rides des années sur son front, les cernes de la misère autour de ses yeux (…) Et la honte, et le mépris de soi sous le regard des autres… Une déchirure sans fin…
Un petit paradis naissait dans mon âme, sous la grande voile d’un bateau. Tout m’était alors cher, la voile rapiécée, le marchand grossier, le visage indifférent du passeur, celui, humilié, de la femme aux lourds paniers de pommes de terre. C’était ma part de ce monde, un petit coin de paradis s’attardant dans les derniers soirs de l’enfance. Le vent glacé, le clapotis de l’eau, le crépuscule mauve descendant sur l’horizon, les cadavres blanchis des éphémères flottant à la surface de l’eau… J’avais une mère… paradis unique, merveilleux de l’enfance. ”

 » La Réforme agraire, comme un ouragan, avait dévasté champs et rizières, semé la désolation. La Section de rectification des erreurs fut naturellement incapable de recoller les morceaux. Elle réussit néanmoins à dégager un peu l’atmosphère sinistre qui étouffait le village. Ce fut un concert de rires, de pleurs, de soupirs. On se racontait publiquement les malheurs, les injustices subis. On invoquait à haute voix l’âme des innocents massacrés. Dans les demeures, les lampes à huile brûlaient toute la nuit. les maisons ouvraient leurs portes, les conversations roulaient, les réunions battaient leur plein… On réclamait le châtiment des délateurs, la réhabilitation de l’honneur bafoué, le règlement des dettes de sang… « 

Les Paradis aveugles a fait partie de la dernière sélection 1991 du prix Femina étranger.

Duong Thu Huong
 » Je voulais être chanteuse, mais je suis partie au front. C’était l’endroit le plus dangereux. J’ai toujours aimé le dangereux. « 
Duong Thu Huong, née en 1947, est une combattante. A vingt ans, elle se porte volontaire pour aller, avec le groupe  » Chanter plus haut que les bombes « ,
sur le front de Binh Tri Thien, dans la province du Viêt-nam alors la plus bombardée par l’aviation américaine. En 1979, elle se trouve parmi les premiers écrivains à la frontière septentrionale, lors de l’agression chinoise.
Elle ne voulait pas devenir écrivain.
 » Cela m’est arrivé par hasard à cause de la douleur. « , dira-t-elle à Michèle Manceaux qui l’a rencontrée en 1991.
Auteur de nouvelles, romans, pièces de théâtre, poésies, mais aussi d’articles, Duong Thu Huong est actuellement l’écrivain le plus populaire du Viêt-nam. Par son courage et sa générosité, elle a ouvert la voie à la  » renaissance de la littérature vietnamienne  » qui tente de restituer au langage son humanité.
Le 14 Avril 1991, les autorités vietnamiennes l’arrêtent. En France, une pétition signée par de nombreux intellectuels français et vietnamiens demande sa libération immédiate. Duong Thu Huong sera libérée en Octobre 1991.

Rainer Maria Rilke, lu par Catherine Deneuve (« Lettres à un jeune poète »)

Catherine Deneuve lit

Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke

CD Lettres à un jeune poète.jpgIntégral – 1 CD – 75 mn – Enregistrement réalisé en 1991

A la fin de l’automne 1902, un jeune homme de vingt ans, élève de l’Ecole militaire décide d’envoyer ses essais poétiques à Rainer Maria Rilke et lui demande de les juger.

Ce qu’il attendait sans trop y croire arriva, “ le prince ” répondit, et une correspondance s’établit entre les deux hommes. Dix lettres constituent ce recueil.
A la demande que lui fait le jeune homme, Rainer Maria Rilke ne répond pas.

 » Vous me demandez si vos vers sont bons… Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela qu’il ne faut plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il poussse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de la nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple « je dois », alors construisez votre vie sur cette nécessité », lui répond Rilke dans l’une des dix lettres qu’il lui adresse.

Dix lettres, dix manières d’apprendre à dire “ comme si vous étiez le premier homme ”.

Françoise Sagan, lue par Catherine Deneuve (« Bonjour tristesse ») + texte de Catherine Deneuve dans Le Nouvel Observateur (1987)

Catherine Deneuve lit Bonjour tristesse de Françoise Sagan

Prologue : Bertrand Poirot-Delpech – Texte intégral – 3 CD – Durée totale : 157′ – Enregistrement réalisé en 1986

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Françoise Sagan a dix-huit ans au printemps 1954 lorsqu’elle écrit Bonjour tristesse, qui lui vaut le prix des Critiques et fait d’elle l’enfant terrible des années 60.

Cécile, adolescente, met en oeuvre un drame qui coûtera la vie à Anne, maîtresse de son père. Quand celle-ci quitte leur maison de vacances, Cécile lui crie :
« Anne, Anne, ne partez pas, c’est une erreur, c’est ma faute, je vous expliquerai… Anne, nous avons besoin de vous ! Elle pleurait. Alors je compris brusquement que je m’étais attaquée à un être vivant et sensible, et non pas à une entité. Elle avait dû être une petite fille, un peu secrète, puis une adolescente, puis une femme. Elle avait quarante ans, elle était seule, elle aimait un homme et elle avait espéré être heureuse avec lui dix ans, vingt ans peut-être. Et moi… Le visage, ce visage, c’était mon oeuvre. J’étais pétrifiée, je tremblais de tout mon corps contre la portière. « Vous n’avez besoin de personne, murmura t-elle, ni vous, ni lui.« 

Message personnel par Catherine Deneuve (dans Le Nouvel Observateur, janvier 1987 )

Bonjour tristesse est la seconde cassette que j’ai enregistrée. La première, c’était Les Petits Chevaux de Tarquinia, que Marguerite Duras avait adapté spécialement pour une lecture à haute voix. Le côté très narratif m’avait fait penser à Antonioni, à cette lenteur inexorable des choses de la nature… J’ai eu un plaisir fou à lire Sagan. Je souriais souvent en la lisant. Sans doute parce que tout m’attendrissait, le côté Saint-Tropez, Jaguar et pieds nus, bref, les images des années 60, et des années Sagan, précisément. C’est un texte qui n’a pas vieilli, toujours aussi juste, exact, avec cette simplicité qui vous donne du plaisir. Pour moi, les deux livres – Les Petits Chevaux et Bonjour Tristesse – sont des livres cinématographiques, enfin je veux dire par là qu’ils s’approchent, dans leur ton et par leurs descriptions, davantage du cinéma que du théâtre. Mais en même temps le travail que l’on me demandait ressemblait un peu à celui qu’exige le théâtre. Et, on le sait, le théâtre est quelque chose qui me fait peur et qui m’attire. Alors ça m’enchantait, ce travail-là, c’était comme une manière d’apprivoiser le démon.

Enregistrer un texte, pour moi, c’est un exercice entre le sprint et la course de fond. Il faut se lancer. On lit d’une seule traite, comme s’il s’agissait d’une représentation. Tout doit passer par la voix. Je suis très sensible aux voix, elles évoquent des visages, ce sont des formes magiques, elles portent un message personnel. Grâce aux voix, l’intimité passe entre le lecteur et l’auditeur…

Le texte, il faut qu’il me parle à l’oreille, à l’oreille interne. Comme les mots de Sagan. Pour Bonjour Tristesse, j’ai pris des notes. Je voulais jouer plat, trouver un rythme, travailler les dialogues. Je relisais souvent des passages mais je ne les apprenais pas par coeur. Je n’avais pas le livre en mémoire, j’avais envie plutôt d’être empoignée par lui. Il y a encore une chose que je voudrais dire : lire de cette façon, ça me donne envie d’écrire. Il faut que je passe à l’acte, il le faut.

 

Le Nouvel Observateur, janvier 1987 

Catherine Deneuve : son indispensable livre de portraits aux éditions Des femmes

 Livre aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque

Catherine Deneuve, Portraits choisis
Catherine Deneuve, portraits choisis rassemble pour l’essentiel les photos exposées au Pavillon des Arts à Paris, en novembre 1990, à l’initiative de Studio Magazine. Répondant au souhait de Catherine Deneuve, les photographes ont cédé leurs droits en faveur de l’association Arcat-Sida.
 
« Le photographe essaie de vous deviner et de prendre en vous quelque chose qu’il sent ou qui correspond à l’idée qu’il se fait de vous. C’est pourquoi il est important de s’offrir au regard des meilleurs. » C.D.

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La Voix du Nord ébahie AUSSI devant Antoinette Fouque ! (18.12.09)

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Antoinette Fouque dirige les Éditions Des femmes qu’elle a créées en 73 parce qu’« après la parole, il fallait prendre le stylo ».

Antoinette Fouque : les 40 ans d’une femme libre

Antoinette Fouque fête les quarante ans du Mouvement de libération de la femme avec un livre, « Génération MLF 1968-2008 ». Rencontre avec cette femme de 72 ans, figure du MLF, qui, quarante années après, défend la liberté de la femme avec une force restée intacte.

PAR ANNE-SOPHIE HACHE ashache@lavoixdunord.fr

Chevelure noire embroussaillée à la Starsky, regard noisette, pas de fard. Antoinette Fouque n’est pas jolie, elle est séduisante : dans les yeux et la voix de cette femme de 72 ans, la fougue fait mentir un physique un peu sobre.

La polémique qui entoure la naissance du MLF – avec elle, à l’automne 68 ; en 1970 lors d’une manifestation féminine sous l’Arc de Triomphe dans les livres d’histoire – ? « Un débat entre les historiens et les témoins », répond-elle sans ciller. Elle oppose aux historiens « des actrices
de l’histoire », des femmes « qui pouvaient dire, moi j’y étais » et qu’elle fait témoigner dans son livre anniversaire Génération MLF. « L’événement que nous n’avons pas créé, c’est Mai 68, on en a bénéficié. On s’est aperçu que peu de femmes prenaient la parole.
Nous nous sommes revues cet été-là, on se disait que toutes les questions soulevées à La Sorbonne étaient intéressantes mais, et nous ? et nous ? les femmes ? (…) Dans le Quartier latin, il y avait partout des affiches : “Le pouvoir est au bout du phallus ou le pouvoir est au bout du fusil”. C’était une révolution viriliste et guerrière. On s’est dit : ça c’est pas nous. Nous, nous voulions entamer un combat, pas une guerre.
Ce n’était pas contre les hommes, mais contre une domination qui empêchait les femmes de tout faire. »

«On s’est battues pour avoir des droits ; aujourd’hui, il faut se battre pour les faire appliquer. »

« Cette génération, gentille héritière »

Quarante ans après, l’auteure d’Il y a deux sexes (Gallimard) est toujours au combat. « On s’est battues pour avoir des droits, aujourd’hui, il faut se battre pour les faire appliquer. » Pour cela, dit-elle, pas besoin d’entrer dans une action publique ou de militer au MLF « dont plus personne ne parle aujourd’hui », ni même d’être une féministe. « Je dis toujours que je ne suis pas féministe, tous les “ismes” paraissent suspects de fossilisation, ils portent ombrage à ma liberté. Le mot femme me plaît plus. » Pour Antoinette Fouque, être une femme « doit
d’abord être une prise de conscience, être une femme c’est se qualifier comme sujet pensant et désirant. C’est irremplaçable, intransgressable.» Aussi se doit-on de la défendre. Même s’« il y a moins d’écart entre ma mère, qui est pourtant née au XIXe siècle, et moi, qu’entre moi et ma fille », il reste « beaucoup à faire » pour la liberté féminine. Première ligne de combat : « Le chômage, la pauvreté, la misère des femmes abandonnées avec des enfants. 80 % des très pauvres dans le monde sont des femmes et des enfants. L’indépendance économique c’est le sol premier de la liberté. » Antoinette Fouque rêve d’un Grenelle de la femme. « Il faut que nos sociétés riches prennent
conscience que ce que la femme donne à l’humanité, c’est l’humanité elle-même ». Elle dit de son ton ferme que « cette génération, gentille héritière, ne lâchera pas ». Elle non plus. Sa voix déterminée l’affirme : « On ne déracinera pas la misogynie, mais il faut tenir les misogynes en respect. » 

 « Génération MLF 1968-2008 », Éditions
Des Femmes, 18 €.

HISTORIQUE : Antoinette Fouque répond à Caroline Fourest dans Le Monde !!!

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Une lettre d’Antoinette Fouque
LE MONDE | 13.12.08 | 13h19 • Mis à jour le 13.12.08 | 13h19

À LA SUITE de l’article intitulé « Le féminisme pour les nuls » (Le Monde du 10 octobre), nous avons reçu d’Antoinette Fouque la mise au point suivante :

Contrairement aux propos de Caroline Fourest auquels j’entends répondre, c’est bien un jour d’octobre 1968 que le MLF est né. Le 1er octobre, Monique Wittig, Josiane Chanel et moi-même, nous avons proposé pour la première fois une réunion entre femmes. Nous venions d’un comité d’action culturelle (le CRAC) créé en mai 1968 dans la Sorbonne occupée, nous étions de gauche, mais sans lien avec une quelconque organisation politique. Auparavant, il n’existait pas de groupes non mixtes indépendants. Cette non-mixité et cette indépendance politique programmées ont fondé l’identité du Mouvement de libération des femmes.

Plusieurs facteurs, économiques, politiques, culturels, ont rendu possibles cette rupture historique et ce saut qualitatif. Le mouvement n’a pas été « décrété » comme il est dit dans l’article, il n’y a pas de génération spontanée, mais il y a eu, assurément, un engagement fondateur.

D’octobre 1968 à mai 1970, date de sortie publique du MLF à l’université de Vincennes, il y a eu deux ans de réunions et d’actions à Paris et en banlieues, de voyages en Europe, de rencontres. Souvenirs, agendas, notes de réunions, tracts, photos, l’attestent. Les femmes qui ont vécu cette période sont pour certaines toujours là, archives vivantes, actrices et auteures de leur propre histoire.

Pourtant, dire cette réalité a été qualifié d' »OPA » dans l’article précité. Deux ans de vie y sont effacés, deux années de lutte éradiquées, pour faire de l’année 1970 l' »année zéro » du MLF. La reconnaissance du MLF par les médias – sa légitimation par la société du spectacle -, à l’occasion du dépôt d’une gerbe à la femme du soldat à l’Arc de triomphe, le 26 août 1970, est ainsi substituée à sa naissance réelle. Mais faire prévaloir le baptême sur la naissance revient à priver les femmes de leur pouvoir propre de création.

Ce coup d’éclat médiatique a été suivi en novembre 1970, en assemblée générale, de la distribution d’un tract « Pour un mouvement féministe révolutionnaire ». La proposition de remplacer « femmes » par « féminisme » et de supprimer le terme de « libération » a alors provoqué un débat houleux. Refusant la rupture de 1968, certaines tenaient à se situer dans la continuité d’un féminisme ancien et à se réclamer de la pensée du Deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir.

Le travail de Psychanalyse et Politique s’attachait, quant à lui, au contraire à déconstruire le féminisme comme idéologie et à faire émerger un sujet femme.

J’aurais encore décidé en 1979 d' »exploiter » le « sigle MLF ». A cette date le mouvement était menacé d’émiettement ou de détournement par les partis. Beaucoup de féministes avaient abandonné ce sigle. Nous qui l’avions toujours revendiqué avec une permanence irréfutable, nous avons réinscrit son existence en créant une association 1901. Et nous en avons protégé le nom, bien plus précieux qu’une marque.

Ainsi, le 1er octobre 1968 est né un puissant mouvement de civilisation qui a ouvert un champ nouveau de pensée. Les femmes sont passées de l’expérience à un savoir. Aujourd’hui, il y a une science des femmes, une féminologie. Tandis que d’autres sigles sont tombés dans l’oubli, MLF rayonne.

Article paru dans l’édition du 14.12.08.

Vendredi 5 décembre, sur France 5 : Empreintes d’Antoinette Fouque – Superbe entretien de Anne Andreu pour Télé Obs (27.11.08)

France 5 – 20h35, Empreintes Durée : 1 heure / Les rediffusions 08:55 – Dimanche 07/12 France 5
Sous-titrage malentendant (Antiope).
Stéréo

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Le sujet
Cofondatrice du MLF en 1968, psychanalyste, députée européenne et éditrice, Antoinette Fouque a dédié sa vie tout entière à la condition féminine.

Cofondatrice du MLF en 1968, créatrice des «Editions des Femmes», psychanalyste, mais également députée europénne, Antoinette Fouque a choisi sa voie. Depuis quarante ans, elle soutient en un engagement sans failles les différents combats que mènent les femmes à travers le monde, qu’il s’agisse d’excision, d’avortement, de violence conjugale ou de liberté d’expression. Confidences d’une personnalité hors du commun, intimement persuadée que les femmes sont le principal moteur pour faire avancer la justice et la démocratie dans le monde.

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20 h 35 FRANCE 5
Collection « Empreintes » : « Antoinette Fouque »

GUERRE D’INDEPENDANCE

Psychanalyste, créatrice du MLF et des éditions Des femmes, députée européenne, Antoinette Fouque revient sur ce qui fut le grand combat de sa vie : la condition féminine.

Propos recueillis par Anne Andreu

TéléObs.La création du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en 1968 renvoie pour vous à un engagement politique mais aussi à une expérience personnelle.
Antoinette Fouque. – En octobre 1968, quand nous avons créé le MLF, nous voulions nous engager dans ce qui nous tenait à coeur et à corps. Monique Wittig voulait libérer l’homosexualité et inventer un lesbianisme débarrassé du terme «femme». Moi, je voulais libérer la procréation : Mai-68 avait été une révolution politique, mais, dans ma vie, la déflagration intime, psychique, avait été la naissance de ma fille et l’expérience de la grossesse, cette expérience intérieure au plus réel, au plus charnel, comme l’expérience poétique. En créant le MLF, je voulais répondre à la question : qu’est-ce qu’une femme qui transmet la vie, en enfantant d’une fille qui va enfanter d’une fille ? Quand nous disions : «Un enfant si je veux, quand je veux», il ne s’agissait pas tant d’avortement que de droit à une fécondité sereine et maîtrisée, un accomplissement narcissique, le dernier stade de la maturation pour une femme. J’ai toujours voulu que les femmes puissent réaliser l’intégralité de leurs compétences, créer et procréer.

Aujourd’hui, on voit ressortir un vieux serpent de mer, l’idée d’un clash entre les mères et les filles.
– En levant les tabous, le mouvement a éveillé des phobies. Revoilà la serpente tentatrice, la Sphinge, la mère éternellement mauvaise; la mère bouc émissaire. Là est le crime patriarcal par excellence : diviser les mères et les filles pour régner. Avec le MLF, au contraire, nous avons créé une véritable solidarité entre les générations.

Lisez-vous dans la situation actuelle des signes de régression ?
– Avec la crise économique grave, le risque de régression sociale est réel. Ce sont les plus pauvres, les plus frappés par les discriminations, qui vont en faire les frais, et, au bas de l’échelle sociale, les femmes. J’ai publié, il y a plus de trente ans, «Femmes, race et classe», d’Angela Davis. Ces trois luttes sont les trois brins d’une même tresse qui veut un changement complet de structure politique. Il ne peut pas y avoir de libération des femmes sans indépendance à tous les niveaux. D’où la loi sur la parité, pour laquelle je me suis battue dès la fi n des années 1980, et mon insistance sur une laïcité qui intègre les droits des femmes. Le film présente un beau portrait de votre mère. – Ma mère était géniale : elle avait une force vitale qui lui faisait lire le monde comme elle ne savait pas lire un livre. Dans cette révolution qui vient, je souhaite que les femmes ne perdent pas, par une occidentalisation matricide et ravageuse, ce génie naïf, natif, que j’appelle la génitalité, la création première, cette énergie obscure qui a fait de nous des humains. Le réel doit rester au monde dans sa vivacité et sa prégnance. Je pense souvent à Joë Bousquet. Ce poète m’a accompagnée toute ma vie, et avec lui, je pourrais dire que «vivre est un enchantement». Il a montré que la non-motricité n’était pas l’absence de mouvement; il a été un résistant pendant la dernière guerre, comme il a été un résistant dans la vie. Les Américains qui viennent d’élire un président noir avaient élu à quatre reprises Roosevelt qui n’avait pas l’usage de ses jambes. La poésie fait voyager et le mouvement psychique peut mener très loin les révolutions.

Tout n’est pas gagné. Quel avenir voyez-vous pour la condition des femmes ?
L’élection de Barack Obama vient de nous faire franchir un pas symbolique immense. La libération des femmes aujourd’hui passe par cette brèche ouverte. Ici, dans les quartiers, partout, il faut que les femmes puissent apporter leur force, leur courage et leur capacité de résister à la catastrophe économique. L’ONU a souligné dès 1992 que les femmes n’étaient plus seulement les bénéficiaires de nouveaux droits, mais qu’elles étaient les actrices principales du changement. Il faut organiser un Grenelle des femmes pour que vienne le temps d’après la guerre, le temps de la reconstruction, de la vraie libération.

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Une présence au monde

Dans la foulée de Mai-68, avec deux amies, Antoinette Fouque fonde le MLF. Les premières images de manifestations colorées, chantantes et dansantes donnent d’emblée le ton de l’aventure. « Du réel, du vivant, voilà ce qu’était le début du Mouvement. C’était une sorte de performance, comme je vis, je nais, je jouis… » Le film, réalisé par Julie Bertucelli, a le mérite d’expliciter les fondements d’une philosophie de l’existence qui n’a pas toujours été comprise. Avec l’énergie et l’humour qui la caractérisent, Antoinette Fouque raconte comment elle n’a jamais admis qu’une femme soit un mâle imparfait. En quarante ans, en France, des droits essentiels ont été obtenus : l’IVG, la parité, la laïcité, tandis que le MLF affirmait une solidarité active pour l’engagement des femmes du monde entier. A travers des images d’archives, ce portrait témoigne d’une permanence, d’une présence au monde solidaire et chaleureuse qui recoupe l’histoire du siècle dont elle a profondément modifié le cours. Un film indispensable à l’usage des jeunes générations. A.A.