Isabelle Chazot nous éclaire sur le « backlash » dans le Marianne du 7 au 13 novembre 2009

DANS MARIANNE DU 7 au 13 NOVEMBRE 2009
PLUS FORT QUE LA PARITE, LE DECOLLETE ?
 
Dans la mode, dans l’entreprise, en politique… la crise valorise plus que jamais la séductrice vénale et fatale. Alors, avant de déplorer le come-back de cette vieille baudruche réactionnaire, interrogeons-nous un instant : et si la vamp avait tout bon ?
 
Par Isabelle Chazot
 
(…)
Le désastre de la minijupe
 
Ce n’est pas la première fois que les divas des podiums tentent d’érotiser des consommatrices récalcitrantes et de leur suggérer les atouts stratégiques de l’ultra-féminité. En 1947, l’industrie de la mode connaissait « un marasme épouvantable », rappelle la journaliste Susan Faludi dans son livre culte Backlash, les femmes ayant pris l’habitude de porter pendant les années de guerre des pantalons, des talons plats et des gros pulls. (dégaine à la Katharine Hepburn)
 
Backlash signifie « retour de bâton », celui qui, selon l’auteur, a suivi l’éphémère libération des femmes dans les années 70. Prix Sulitzer 1991, le livre est disponible en poche aux Editions Des femmes.

faludi2.jpgSusan Faludi
Backlash

La revanche contre les femmes
Traduit de l’américain par Lise-Eliane Pommier, Evelyne Chatelain, Thérèse Réveillé
Broché 576 p. – 37
Poche 748 p – 8

1993

« Etre femme aujourd’hui en Amérique, à l’approche du XXI° siècle, quelle chance extraordinaire ! » Les femmes ayant atteint l’égalité, le problème de leur statut ne se pose plus : pourquoi se pencher une fois encore sur cette question que les années 70 ont résolue pour toujours, telle est la mentalité actuelle qui prévaut, dans la rue ou au sein des sphères dirigeantes ou médiatiques, que ce soit outre-Atlantique ou en Europe…

« Et pourtant…  » : ces deux petits mots, ces trois points de suspension, contiennent en puissance la somme de travail effectuée par Susan Faludi depuis 1986, l’ampleur de son enquête, cinq cent pages d’analyses exhaustives et d’une honnêteté qui ferait croire que la déontologie journalistique n’est pas un vain mot, quatre années terribles passées à éplucher les statistiques triomphalistes, à décrypter les sous-entendus des discours prononcés ou des paroles  » en l’air « , à passer au crible les nouvelles modes vestimentaires, esthétiques, publicitaires ou juridiques, bref à chercher ce qui fonde aujourd’hui la mise au ban du problème majeur du statut de la femme au sein de la société contemporaine.

faludi.jpgQu’a donc découvert Susan Faludi pour que son livre, fondé sur l’analyse de ce problème que l’on proclamait caduque et résolu, touche à ce point l’opinion publique et devienne un best-seller aux États-Unis ?
En 1947, dans un film hollywoodien intitulé Backlash, ( littéralement  » le coup de fouet en retour », on dirait en français le  » retour de manivelle », un homme faisait accuser sa femme d’un meurtre qu’il avait lui-même commis.

Dès la première page de son livre, Susan Faludi nous livre la clef de l’énigme, qui est aussi le moteur de son ouvrage : « Derrière cette victoire des femmes américaines célébrée à grand bruit, derrière cette reconnaissance unanime et sans cesse réaffirmée du droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, un autre message se fait jour. Et il dit ceci aux femmes : vous avez conquis la liberté et l’égalité, mais pour votre plus grand malheur. »

L’auteur montre que ce  » constat de désespoir  » est faux de trois façon. Les femmes tout d’abord n’ont pas acquis l’égalité : une analyse des statistiques et de leur fonctionnement le démontre à tous les niveaux, que ce soit celui du quotidien et de la vie en commun, celui du travail, celui du pouvoir politique, administratif ou médiatique, celui de la culture. Ensuite, la liberté tant vantée n’est qu’un leurre — qu’on pense par exemple à la remise en question de l’avortement aux États-Unis, ou aux représentations traditionnelles de la  » féminité  » définie selon des critères masculins. Enfin, la femme libérée, active, diplômée, sans mari, sans enfant mais malheureuse n’est qu’un mythe, une façon pour certains hommes et certaines femmes de se venger de cette joyeuse liberté que des femmes, qui sont loin d’être la majorité ont effectivement acquise.

« La vérité, c’est que nous assistons depuis dix ans à une revanche, à une puissante contre-offensive pour annihiler les droits des femmes”, pour faire croire que “le chemin qui conduit les femmes vers les sommets ne fait que les précipiter, en réalité, au fond de l’abîme « .
L’ouvrage de Susan Faludi nous enseigne que l’esprit critique est l’une des valeurs fondatrices de la démocratie.

Susan Faludi est enquêtrice au Wall-Street Journal ; elle a reçu le prix Pulitzer pour Backlash.

Antoinette Fouque, « POUR » la Gestation pour autrui (dossier du Nouvel Obs du 05/11/09 par Doan Bui)

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5 au 11 novembre 2009
LE NOUVEL OBSERVATEUR
 
Notre époque
Question de bioéthique
MOI, C., MERE PORTEUSE
(enquête par Doan Bui)
 
Porter l’enfant d’un autre couple est une pratique illégale, à ce jour, en France. C’est pourtant le choix fait par celle que nous appelerons Caroline. Témoignage (…)
 
LES POUR
ELISABETH ROUDINESCO
« Comme d’habitude, dans les débats qui concernent la famille, les réactions sont  disproportionnées et violentes. Surtout que là, on touche au saint du saint : la maternité. J’ai l’impression qu’on ne parvient pas à sortir du cliché « la maman ou la putain ». Surtout quand j’entends les détracteurs de la GPA comparer cette pratique à de la prostitution… La société est en avance sur la loi : il faut s’adapter à ces nouvelles formes de parentalité, repenser les règles de la filiation. A partir du moment où on a commencé à toucher à la FIV et à la procréation assistée, on avait déjà ouvert la boite de Pandore. Assumons donc. Pour l’instant, le législateur devrait déjà autoriser la GPA dans certains cas médicalement justifiés. Quant à l’étendre aux couples homosexuels, on n’en est pas là, mais la question, dans l’avenir, se posera fatalement. » E.R.
 
Mais aussi… l’obstétricien François Olivennes, le professeur Israël Nisand, et également des féministes comme Antoinette Fouque, Elisabeth Badinter, l’anthropologue Maurice Godelier, des politiques comme Aurélie Filippetti ou Noël Mamère…

Dorothée Blancheton dans Psycho Enfants (novembre-décembre) écrit « Je joue donc je suis » – Entretien avec Sophie Marinopoulos

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Au-delà des plaisirs qu’ils procurent, les jeux en disent beaucoup sur l’équilibre psychique et psycho-affectif de nos enfants. Dans son nouveau livre

Dites-moi à quoi il joue. Je vous dirai comment ll va, Sophie Marinopoulos, psychologue, léve le voile sur le pouvoir qu’ils possèdent.

Entretien. Par Dorothée Blancheton 

PsychoEnfants : Pourquoi avoir écrit un livre sur le jeu ?

Sophie Marinopoulos : Parce que les jeux en disent long sur la santé psychique de nos enfants. Quand un enfant a de la fièvre, nous savons que quelque chose d’anormal se passe et nous allons consulter. La santé psychique, elle, n’a pas de visualisation. Cependant, en analysant la manière dont un enfant joue, il est possible d’établir des repères pour savoir ce qui se passe dans sa tête s’il se sent bien avec lui-même, s il a une estime de lm suffisante, si le rythme du quotidien lui convient.

PE. : De manière générale, qu’apportent les jeux à nos enfants ?

S. M. : Ils les aident à gagner en autonomie.

PE. : Est-ce aussi vrai pour le bebé ?

S. M. : Tout à fait. Dès la naissance, le bebe joue avec sa bouche pour decouvrir le monde et s’autonomiser. Le jeu lui donne la possibilité de sans faire sa curiosité. Le bebe fait ainsi ses premières expériences par lui-même. Cette découverte est possible par l’espace que ses parents lui laissent. 

PE. : Dans votre ouvrage, vous créez un ludomètre, De quoi s’agit-il ?

S. M. : II s agit d’un outil qui permet aux parents d’être plus attentifs à l’évolution psychique de leur enfant. A travers le ludometre, j’explique ainsi que pour grandir, un enfant doit passer par des stades de croissance mesurables par le jeu. Ces stades sont un peu nouveaux par rapport a ceux de la psychanalyse qui sont le stade oral de O a I an, le stade anal de I à 3 ans, le stade phallique de 3 a 5 ans Ici, les phases se succèdent et se superposent. 

PE. : Qu’est-ce que les enfants découvrent à travers ces stades ?

S. M. : De O a 8 mois l’enfant s’éveille essentiellement par la stimulation sensorielle les sons, les odeurs, le toucher, les paroles le nourrissent. Les tapis d’éveil, hochets, boîtes à musique sont donc à privilégier. II est aussi possible de fabriquer soi-même des jouets en faisant contraster les matières, les couleurs. De 8 a 20 mois, c’est la motricité qui prime L’enfant s’éloigne peu a peu du corps de ses parents pour explorer le monde qui l’entoure. Les cartes a tirer, les livres d’images ont du succès a cet âge. II faut opter pour des jeux avec une qualite de compréhension. L’enfant sera fier de pouvoir tenir son jouet tout seul.

PE. : Et au-delà de 20 mois ?

S. M. : De 20 mois a 3 ans, les enjeux affectifs sont plus compliqués. L’enfant se sent plus fort. II casse, crie, court et devient bruyant. Preuve évidente qu’il grandit. Les parents ont alors un rôle une fonction interdictrice à tenir. Ce qui, bien entendu, est épuisant puisque l’enfant désobéit. Celui-ci est encore trop petit pour intérioriser chaque règle, chaque non, chaque interdit. A cet âge, il a besoin de jouets solides, de pâte a modeler, de jeux d’eau. Les sorties au parc sont également importantes, elles canalisent son energie. Vers 4 5 ans, l’enfant devient plus calme. Il se construit des reperes et intègre davantage les interdits. Il aime ses jouets et veut les garder pour lui. Durant cette période, il découvre qu’il est un enfant sexué et comprend qu’il existe des jouets pour les garçons et des jouets pour les filles. C’est le début du triangle oedipien. Les petits garçons ont besoin de jouer avec leurs petites voitures et leurs circuits et les petites filles avec leurs poupées.  

PE. : Et pour les 5-6 ans ?

S. M. : Place au relationnel, aux invitations d’anniversaire, aux amitiés On joue à faire comme si, à faire semblant. On opte pour la dînette, les déguisements, la marchande. Au delà de 6 ans, les sports sont conseillés, ainsi que les soirées pyjama l’enfant peut commencer à dormir à l’extérieur de la maison. Cette période est aussi celle du savoir et des activités qui vont avec maquette, jeux de societe, labo de chimiste. Attention toutefois à ne pas cristalliser d’attente narcissique sur l’enfant, à ne pas trop exiger de lui. Il doit aussi grandir seul, à travers l’ennui et l’échec.

 PE. : Vous parlez du jeu du « cache-coucou » à partir de 12 mois. En quoi ce passe-temps est-il important ?

S. M. : Le « cache-coucou » a une fonction symbolique : Papa et maman se cachent derrière leurs mains pour reapparaître ensuite. Ce jeu permet à l’enfant de maîtriser son angoisse de la separation. Il lui donne l’impression de maitriser l’éloignement de ses parents et de mieux supporter leur distance. 

PE. : Les enfants jouent-ils toujours autant qu’autrefois ?Sophie Marinopoulos – LLL 1790 € 

S. M. : Ils joueraient autant si on leur laissait plus d’espaces et moins d’éc
rans. Les écrans annulent
la créativite et la curiosité. Face aux écrans, on n’est plus dans la rencontre avec un autre.

À lire…

Quand s’inquiéter ? Quand votre bébé ne repond pas aux stimulations sensorielles. Quand votre enfant manifeste une peur

excessive face au monde qui l’entoure. Quand votre enfant n’évolue pas dans ses activites ludiques. Quand votre enfant manifeste de fortes désorganisations d’ordre corporel.

S. M. : Ils joueraient autant si on leur laissait plus d’espaces et moins d’écrans. Les écrans annulent la créativite et la curiosité. Face aux écrans, on n’est plus dans la rencontre avec un autre.

À lire…

Le site de Elle publie à nouveau l’article de Catherine Robin (02/11/09)

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MLF : 40 ANS ET TANT A FAIRE sur www.elle.fr (02/11/09)

Elles étaient une quinzaine, âgées de 17 à 33 ans, bien décidées à ne plus s’en laisser conter. C’était en octobre 1968. Réunies dans un petit studio de la rue de Vaugirard, à Paris, elles posaient les bases d’un mouvement qui allait faire avancer les droits des femmes à pas de géant. Elles s’appelaient Antoinette Fouque, Monique Wittig… et venaient de fonder le Mouvement de libération des femmes. Quarante ans après, le MLF est toujours là en dépit des attaques et il a accompagné toutes les conquêtes des femmes : de l’IVG à la parité en passant par l’égalité au travail. « Nous avons plus fait en 40 ans qu’en 4 000 ans », déclarait récemment Antoinette Fouque. Aujourd’hui, la relève est-elle assurée ? « Oui, répond Jacqueline Sag, militante de la première heure. Mais c’est plus difficile. Les jeunes femmes qui ont bénéficié de nos acquis sont beaucoup moins politisées. Elles n’utilisent pas forcément les mêmes armes. En tout cas, il y a encore fort à faire. »

Catherine Robin

A lire : « Génération MLF » (Editions des Femmes). Sortie le 16 octobre.

La Quinzaine Littéraire remarque notre coffret Nathalie Sarraute (1er au 15 novembre 2009)

sarraute4.jpgsarraute.jpgLa Quinzaine Littéraire du 1er au 15 novembre 2009
Nathalie Sarraute
 
La librairie Des femmes-Antoinette Fouque a eu l’excellente idée d’éditer un coffret des oeuvres de Nathalie Sarraute. Les auditeurs peuvent ainsi écouter Nathalie Sarraute lisant elle-même ses propres textes. « Il y a dans ces enregistrements, dans ces lectures à voix haute, un échantillon de ce que j’ai ressenti en écrivant le texte, de ma lecture intérieure. » Pour lire Tropismes, Madeleine Renaud et Isabelle Huppert se sont jointes à l’auteur. L’ensemble publié en deux CD offre près de 15 heures d’écoute. Des femmes-Antoinette Fouque, 35 rue Jacob, Paris 6ème. Tél : 01.42.22.96.38

Le Dossier familial de novembre 2009 se penche sur Sophie Marinopoulos…

ditesmoi.jpgA lire « Dites-moi à quoi il joue, je vous dirai comment il va ».

Pour la premiere fois, un psychanalyste apprend aux parents à mesurer l’équilibre psychologique de leur enfant en le regardant jouer. A cette fin, l’auteur a conçu un « ludomètre », courbe de croissance ludique qui donne des repères par tranche d’âge.

Sophie Marinopoulos, éditions Les Liens qui libèrent, 17,90 €

 

 

 

Elisabeth Bing dans Le Journal des Psychologues (par Eva-Marie Golder, novembre 2009)

psychologue_fond.jpgLE JOURNAL DES PSYCHOLOGUES

NOVEMBRE 2009

DOSSIER INTIME DE L’ECRITURE

RECITS CLINIQUES ET ECRITS DE L’ANALYSTE

Par Eva-Marie Golder

Lorsque les représentations ne s’organisent pas en récit qui ait un sens, la pensée est effractée, l’écriture est suspendue, et c’est bien de sa propre inscription dans la réalité et de son sentiment d’appartenance dont il est question. L’histoire ne peut être écrite. (…)

Bibliographie : Bing E., 1976, Et je nageai vjusqu’à la page. Paris, Editions des femmes, 1993

nageai.jpgElisabeth Bing
et je nageai jusqu’à la page
320 p. – 22,50 € – 1982 – Réédition 1993, augmentée d’une postface

Le succès des ateliers d’écriture imposait la réedition de cet ouvrage publié une première fois en 1976, et qui a fait école…
Elisabeth Bing a choisi pour titre de son ouvrage l’expression enfantine petit François à qui l’écriture, labyrinthe mortel pour celui qui ne trouve pas sa voie, aura fini par apporter la paix et la confiance :  » je nageai jusqu’à la page où je m’endormis « . Car ceci n’est pas à un récit comme les autres…

Vaste poème où il s’agit de dire la différence et l’excès,  » texte oralisé « , recueil de créations enfantines, analyse des refoulements imposés dès leur plus jeune âge aux enfants qui ne correspondent pas à une norme d’éducation précise, témoignage, ni euphorique, ni pessimiste d’une femme qui a participé aux premiers ateliers d’écriture, plaidoyer pour une écoute de l’imaginaire, rêve intime d’une écriture de l’expression de soi, du voyage intérieur, d’une écriture-danse, travaillée, créatrice, libérée des tabous de l’âge adulte, telles peuvent être les mille et une façons d’aborder cet ouvrage.

 » Tout geste est de torture s’il est condamné de l’intérieur « . Comment renaître à l’expression, quand la norme vous a in/formé depuis votre plus jeune âge ? Rétablir une positivité du geste, offrir aux enfants bloqués la possibilité d’une course libre, d’une marche accordée avec leur être profond, montrer que l’écriture ne se confond pas avec les règles de la grammaire,  » créer un état de dérangement (…) pour que renaisse le désir « , tel est l’enjeu de ce livre sensible et émouvant.
Accorder la pulsion d’écrire à la pulsion du sang dans les veines, au rythme personnel des battements du coeur, au cheminement intérieur, « rétablir l’accord profond entre ce sang noir qui coulait de la plume et le rouge sang des veines « , c’est la démarche même d’Elisabeth Bing dans ce livre à la fois concret et poétique.
Au terme d’un parcours qui rappelle à chaque lecteur une relation oubliée entre son corps et sa parole, l’auteur nous aura appris à « oser l’impudence de faire écrire les autres «  ; à  » décontracter «  l’enfant (en nous) qui écrit, à libérer ses gestes, ses mots ; à suggérer que la vie est  » voix et corps « .

Du même auteur
Les Hommes de traverse

Elisabeth Bing a travaillé avec des enfants dits  » caractériels  » à partir de 1969. Elle a participé aux premiers ateliers d’écriture, et a poursuivi ses activités auprès d’adultes, à Paris comme à Aix-en-Provence.

Marina Da Silva revient sur Kateb Yacine dans Le Monde Diplomatique de Novembre 2009 (auteur aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque)

kateb-yacine2.jpgMarina Da Silva signe un dossier Kateb Yacine dans Le Monde Diplomatique de Novembre 2009

Des mots qui pratiquent des brèches

Kateb Yacine, l’éternel perturbateur

Mort il y a vingt ans, l’écrivain Kateb Yacine connaît toujours une popularité certaine en Algérie, où un colloque international vient de lui être consacré. En France, les hommages n’ont guère été médiatisés. Ce «poète en trois langues», selon le titre du film que Stéphane Gatti lui a consacré, demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustice, et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout.

«Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion .»

Romancier et dramaturge visionnaire, considéré grâce à son roman Nedjma comme le fondateur de la littérature algérienne moderne, Kateb Yacine était avant tout un poète rebelle. Vingt ans après sa disparition, il occupe en Algérie «la place du mythe ; comme dans toutes les sociétés, on ne connaît pas forcément son œuvre, mais il est inscrit dans les mentalités et le discours social ». Il reste aussi l’une des figures les plus importantes et révélatrices de l’histoire franco-algérienne.

Kateb, qui signifie «écrivain» en arabe, était issu d’une famille de lettrés de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien). Le 8 mai 1945 — il n’a pas encore 16 ans —, il participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l’indépendance. Arrêté à Sétif, il est incarcéré durant trois mois à la suite de la répression, qui fait quarante-cinq mille morts. Sa mère, à laquelle il est profondément attaché — c’est elle qui l’a initié à la tradition orale et à la poésie —, sombrera dans la folie. Cette date du 8 mai marquera l’existence, l’engagement et l’écriture de Kateb à tout jamais.

C’est en septembre de cette même année, à Annaba, qu’il tombe éperdument amoureux d’une de ses cousines, Zoulheikha, qui va inspirer Nedjma («étoile»), rédigé en français, œuvre fondatrice qui a totalement bouleversé l’écriture maghrébine. Dans cette histoire métaphorique où quatre jeunes gens, Rachid, Lakhdar, Mourad et Mustapha, gravitent autour de Nedjma en quête d’un amour impossible et d’une réconciliation avec leur terre natale et les ancêtres, la jeune fille, belle et inaccessible, symbolise aussi l’Algérie résistant sans cesse à ses envahisseurs, depuis les Romains jusqu’aux Français. La question de l’identité, celle des personnages et d’une nation, est au coeur de l’oeuvre, pluridimensionnelle, polyphonique.

Nedjma deviendra une référence permanente dans l’oeuvre de Kateb, amplifiée en particulier dans Le Polygone étoilé, mais aussi dans son théâtre (Le Cercle des représailles » et sa poésie. Pour Moa Abaïd, comédien qui l’admirait, il était « un metteur en scène génial, proche de la réalité, qui a vraiment travaillé sur la construction du personnage pour parler au public, sans camouflage ni maquillage. Son utilisation de la métaphore et de l’allégorie n’est pas un évitement, puisqu’il a toujours dit haut et fort ce qu’il pensait, mais provient du patrimoine culturel arabo-musulman ».
 
Aussi libre et libertaire, insolente et provocante, indéchiffrable et éblouissante que son oeuvre, fut la vie de Kateb. Militant de toute son âme pour l’indépendance, au sein du Parti populaire algérien, puis du Parti Communiste, il s’engage avant tout avec les « damnés de la terre », dont il est avide de connaître et faire entendre les combats : « Pour atteindre l’horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb. »
 
INVENTER UN ART QUI SE PARTAGE, ET « REVOLUTIONNER LA REVOLUTION »
 
Expatrié dès 1951, il vit dans une extrême précarité jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1954-1962), principalement en France, harcelé par la direction de la surveillance du territoire (DST), et voyageant beaucoup. Dans le bouleversement terrible et euphorique de 1962, il rentre en Algérie, mais déchante rapidement. Il s’y sent « comme un Martien » et entamera une seconde période de voyages – Moscou, Hanoï, Damas, New-York, Le Caire : « En fait, je n’ai jamais cru que l’indépendance serait la fin des difficultés, je savais bien que ça serait très dur. »
 
Lorsqu’il décide de rester plus durablement en Algérie, en 1970, il abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont Mohamed, prends ta valise, sa pièce culte, donnera le ton. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (ACT), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques… avec des moyens très simples et minimalistes – les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages – , le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration.
 
« Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (…) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle. »
 
L’engage
ment politique de Kateb détermina fondamentalement ses choix esthétiques : « Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie. » Pour lui, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge « vraiment essentielle dans l’expression de l’homme ». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. « Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (…) J’ai en tous cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié. »
 
« Un « pouvoir explosif » qu’il utilisera dans Le Cadavre encerclé, où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au coeur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective.
 
Kateb a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Dénonçant violemment le fanatisme arabo-islamiste, il luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait « révolutionner la révolution ».
 
S’il considérait le français comme un « butin de guerre », il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le tamazight (berbère) comme langues nationales. Surnommant les islamo-conservateurs les « Frères monuments », il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : « La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (…) S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde. »6
 
L’éventail et la radicalité de sa critique lui ont valu autant de passions que d’inimitiés. Aujourd’hui objet de toutes les appropriations, pour le meilleur comme pour le pire, il reste « l’éternel perturbateur » et, comme Nedjma, l’étoile inaccessible – en tous cas irréductible.
 
6 Entretien avec El Hassar Benali (1972) dans « Parce que c’est une femme », Editions Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2004

(Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique actuellement en kiosques.)

Marina Da Silva.

Xavier Lardoux rend compte du coffret Duras dans la revue ETUDES (novembre 2009)

duras.gifLa Mort du jeune aviateur anglais et Ecrire

Deux films de Benoît JACQUOT avec Marguerite DURAS (1993)

Editions Des femmes-Antoinette Fouque & Montparnasse (Coffret 1 DVD et 2 CD lus par Fanny Ardant)

En 1993, Jacquot tourne deux films autour de Duras, dont il fut l’ami et le jeune assistant (Nathalie Granger, India Song) : devant la caméra attentive et silencieuse du cinéaste, l’écrivain raconte d’abord la mort du jeune aviateur anglais. D’un nom sur une tombe d’un village de Normandie, elle tire peu à peu le canevas de l’histoire d’un Anglais de vingt ans, tué pendant la guerre par les Allemands. Bouleversée par cette mort qui lui rappelle le souvenir de son frère Paul disparu sans sépulture pendant la guerre du Japon, Duras cherche ses mots, dit que l’écriture ne peut rien ici et que seul le cinéma peut déchiffrer la douleur qu’elle ressent. Si elle invente peut-être de toute pièce cette histoire au fil de ses paroles, le film n’en est pas moins un poème sur l’innocence de la vie, un témoignage saisissant d’humanité sur « la mort de n’importe qui, ce qu’est précisément la mort ». Juste après ce film, Duras avoue à Jacquot qu’elle ne lui a pas tout dit : ils partent alors dans sa maison de Neauphle-le-Château tourner Ecrire. Le cinéaste interroge alors l’écrivain sur l’acte d’écrire et le film dévoile peu à peu les liens entre l’écriture et la solitude. «Il n’y a pas d’écrit sans solitude. Ecrire, c’est ne rien dire. Un écrivain, c’est muet. » La caméra rivée sur cette petite femme perdue au fond d’un fauteuil, Jacquot fait briller ses yeux malicieux, écoute, fait entendre sa voix rauque à la conquête de la simplicité et du silence. « Ecrire, dit encore Duras, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu’après…» Xavier Lardoux

Françoise Vergier rend présente Antoinette Fouque dans la Revue Aréa (automne-hiver 2009)

1272vergier_merebrune.jpgPRESSE NATIONALE
- “ L’énergie des principes” entretien avec Christine Jean, in « area », 120 femmes s’expriment, féminin pluriel,n°19/20 automne-hiver 2009, p 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77.
http://www.francoise-vergier.com/
 
Aréa Revue http://www.areaparis.com/ Entretien avec Christine Jean – Françoise Vergier
L’énergie des principes
La poésie comme règle, le sensible comme moteur et la responsabilité en tout. Les objets de Françoise Vergier sont animés, comme on pourrait le dire d’un fétiche chargé installant avec celui qui regarde une relation de fascination qui le rendrait auteur du monde.
 
(…)
A la question d’Alexis Rafael Krasolowsky :
 – Voyez-vous l’art comme un monde d’hommes ? Louise Bourgeois répondait :
 – Oui, c’est un monde où les hommes et les femmes essaient de satisfaire le pouvoir des hommes.
 – Pensez-vous qu’il y a un style particulier ou une part de style qui soit propre aux femmes ?
 – Pas encore. Avant que cela se produise, les femmes devront avoir oublié leur désir de satisfaire la structure du pouvoir mâle » (février 1971)
Louise Bourgeois disait cela il y a plus de trente ans, que diriez-vous aujourd’hui ?
 
Je lutte contre les valeurs du pouvoir patriarcal et je m’en défends maladroitement. Mon travail cherche à savoir qui je suis en tant que personne humaine et à  dire un sentiment du monde. Les sujets que j’approche sont liés à un principe féminin qui appartient autant aux hommes qu’aux femmes. Rien ne peut arrêter la matérialisation de ma parole, même si je rencontre des barrières, si l’on refuse de voir mon travail pour ce qu’il est : l’indication d’un apaisement réconciliateur. Les femmes sont encore un problème pour une bonne partie des hommes et énormément de femmes trouvent du plaisir à satisfaire la structure du pouvoir mâle. Celles qui réussissent en art et ailleurs sont l’arbre qui cache la forêt. Je suis en accord avec Antoinette Fouque lorsqu’elle dit que la gestation est une blessure narcissique pour l’homme.
L’universalité du mépris et de la dévaluation des femmes, la peur pure et simple du sexe féminin, la crainte de perdre le pouvoir ou le besoin d’asservir les compagnes le démontrent. Notre époque est en régression, mais la vague d’émancipation qui a eu lieu en Occident est irréversible. Lorsque Fabrice Hyber écrit sur un dessin, avant l’an 2000 « le XXIème siècle sera féminin ou ne sera pas » et qu’au premier jour de ce nouveau siècle, il note sur un autre dessin « le XXIème siècle sera féminin », il indique que nous ne pouvons pas ne pas faire un renversement des valeurs qui est vital pour notre humanité. Tout cela rejoint l’écologie nécessaire à notre planète, c’est-à-dire la recherche d’un équilibre respectueux envers tout ce qui compose nos vies de A à Z.