Philippe Boyer a lu pour la Tribune l’essai de John Karp et Rémy Peretz

Pour Noël, offrez des NFT par Philippe Boyer dans la Tribune

HOMO NUMERICUS. Nombre d’artistes et de collectionneurs -et peut-être un jour le grand public- parient déjà sur les NFT. Ces « jetons non fongibles » permettent de certifier l’authenticité d’objets virtuels ou réels. Simple évolution technologique ou future vraie révolution d’usage ? Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.

Photo d’illustration: le 30 septembre dernier, le public se presse devant « Hold onto your Bitcoin ». Cette oeuvre de l’artiste Gustav Szabo, plus connu sous le nom de Szabotage, sera ensuite convertie en NFT et mise aux enchères en ligne chez Sotheby’s, à la Digital Art Fair de Hong Kong (Chine). (Crédits : Reuters)

Et si, en guise de cadeaux disposés au pied du sapin, les traditionnels paquets avaient cédé leur place à de simples attestations numériques certifiant que nous sommes les heureux propriétaires d’objets virtuels? En clair, plus besoin d’ouvrir ses paquets pour, sans attendre, essayer la dernière paire de baskets à la mode, ou admirer, en l’exposant sur son mur, la peinture d’un artiste connu. À la place, nous nous contenterions d’une attestation numérique, preuve irréfutable que nous sommes bien le propriétaire d’un produit ou d’une œuvre fabriquée en quantité très limitée, voire en un exemplaire unique.

Cette vision « originale » pourrait être celle d’un futur Noël lorsque marques et clients auront cédé aux sirènes de la propriété d’objets virtuels rendue possible par l’apparition des NFT.

Le jeton non fongible, contre le « copillage » des œuvres

Un NFT (3 lettres pour signifier « non-fungible token », en français, « jeton non fongible ») est une technologie qui pourrait transformer des industries à l’instar des médias, du monde des jeux vidéo, de la mode, des loisirs ou encore celui du marché de l’art. Pour faire simple, les concepteurs des NFT sont partis d’un constat qu’il fallait protéger les créateurs d’œuvres d’art numériques, ceux-ci régulièrement dépossédés de leur travail du fait que leurs œuvres, exposées sur internet, pouvaient être très facilement dupliquées et copiées, à l’infini. Les NFT ont vocation à mettre fin à ce « pillage systématique » grâce à un procédé d’encryptage d’une œuvre sur la blockchain, registre commun de transactions réputé inviolable. À l’instar d’un acte notarié, un NFT s’apparente à une preuve électronique infalsifiable et inaltérable qui permet de savoir qui est à l’origine de quoi et qui possède quoi.

Pour être concret, et appliqué au marché de l’art (qui représente 70% de l’activité des NFT), John Karp, co-auteur de « NFT Révolution – Naissance du mouvement Crypto-Art [1] » cite l’exemple de la Joconde :

« Il n’y en a qu’une sur terre, signée Léonard de Vinci. Ce tableau est au Louvre, mais n’importe qui peut en obtenir une photo, une image, donc une copie. Posséder un NFT signifie que tout le monde convient que vous possédez l’original d’une œuvre, même si n’importe qui peut en obtenir une copie et que l’artiste en détient toujours les droits d’auteur »

Art, industrie du luxe, jeux vidéo… les NFT gagnent du terrain

Outre le marché de l’art qui s’est engouffré dans la brèche NFT (au mois de mars dernier, une œuvre d’art 100% numérique de l’artiste Beeple s’est adjugée 69,4 millions de dollars via l’émission d’un titre de propriété NFT [2]), d’autres secteurs s’y intéressent. Il y a quelques jours, Nike a racheté la marque de mode digitale RTFKT (prononcez «Artéfact») qui conçoit des articles de prêt-à-porter virtuels. Chaque pièce créée (chaussures, lunettes, vêtements…) étant associée à un jeton numérique certifié et traçable sur la blockchain, qui fait de son propriétaire le détenteur unique d’un objet qui n’existe pas « dans la vraie vie » mais qui trouve toute sa valeur auprès des collectionneurs ou importé dans l’univers du jeu vidéo, demain dans le Métaverse [3].

Dans le secteur de la mode, les grandes maisons parient, elles aussi, sur les NFT: Balmain [4], Balenciaga [5], Louis Vuitton [6]… se sont lancées via des collections hybrides (physiques et virtuelles) ou d’autres initiatives originales (jeux)… le tout permettant de tracer le cycle de vie des produits, de la fabrication en passant par la vente et la revente sur le marché de la seconde main, sans oublier l’acte d’achat en lui-même.

Selon le site Nonfungible.com, le marché des NFT (chansons, gifs, mèmes, vidéos, photos, cartes de jeu, objets physiques et/ou numériques…) devrait atteindre près de 10 milliards de dollars d’ici à la fin 2021, contre à peine 200 millions l’année dernière [7].

Il est difficile à dire si ce phénomène NFT s’apparente à une nouvelle bulle spéculative ou si l’on se trouve en présence d’une vraie révolution tant ce phénomène est encore récent, et cela dans un contexte où l’essentiel des opérations sont encore de faibles montants : les trois-quarts des transactions étant inférieures à 10 dollars et 1% supérieures à 1.600 dollars [8].

Une prochaine « révolution NFT » ?

Bien que le nombre d’acheteurs de NFT soit encore limité et que ces derniers se retrouvent plutôt autour du marché de l’art, le fait est que les FNT ne cessent de progresser, et cela grâce aux millions de gamers qui, pour enrichir leur expérience de jeux n’hésitent pas à acheter et à revendre des compléments numériques qui s’acquièrent via l’acquisition de jetons non fongibles.

À terme, et si cette « révolution NFT » devait advenir, il n’est pas fantaisiste d’imaginer que nombre de chaînes de valeur économiques pourraient s’en trouver bousculées dans un contexte où monde réel et monde virtuel seront de plus en plus proches l’un de l’autre, jusqu’à vivre de nouvelles expériences immersives ponctuées d’objets et d’univers hybrides (à la fois numériques et réels).

En attendant cette période où, au pied de son sapin (virtuel), chacun recevra un message l’informant qu’il est devenu l’heureux propriétaire de jetons non fongibles, on se contentera, plus classiquement, d’ouvrir ses paquets ; ceux-là bien réels, et d’apprécier le détournement de circonstance de ces 3 lettres « NFT » pour signifier : « Noël, Famille, Trinquons »… Joyeux Noël !

NOTES

1 https://www.thebookedition.com/fr/nft-revolution-naissance-du-mouvement-crypto-art-p-386785.html

2 https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/03/11/une-uvre-numerique-se-vend-69-3-millions-de-dollars-chez-christie-s-un-record_6072801_3246.html

3 https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/le-web-est-mort-vive-le-metaverse-891558.html

4 https://www.voguebusiness.com/fashion/exclusive-why-balmain-is-betting-big-on-nfts

5 https://www.vogue.fr/vogue-hommes/article/balenciaga-fortnite-collaboration

6 https://cryptoast.fr/louis-vuitton-lance-jeu-mobile-nfts/

7 https://nonfungible.com/blog/q2-2021-nft-report

8 https://www.nature.com/articles/s41598-021-00053-8

Michelle Gaillard consacre son émission à « La Chambre de Léonie » d’Hélène Waysbord sur Fréquence Protestante

Réécouter l’émission ici : https://frequenceprotestante.com/diffusion/clin-doeil-du-17-12-2021-2/

Ancienne professeur de lettres, Hélène Waysbord va relire Proust alors qu’elle est en Normandie pendant le confinement. Les correspondances qui vont alors s‘établir avec ses douleurs d’enfance – la disparition de ses parents à Auschwitz -, lui font écrire une leçon de littérature avec un livre inclassable : « La chambre de Léonie » paru aux ed. Vistemboir.

Hélène Waysbord fut aussi conseillère de François Mitterrand pour les grands projets, et présidente de la Maison des enfants d’Izieu.

L’écrivain Sophie Marie L recommande « Métamorphose » d’Anne-Cécile Hartemann

Les ami(e)s, bientôt Noël et une formidable opportunité de se faire plaisir en offrant ce petit guide lumineux et merveilleux témoignage d’une métamorphose, à vos proches, ainsi qu’à vous-même.
J’ai rencontré Anne-Cécile, il y a quelques semaines, lors de son passage parisien. Invitée à un atelier découverte à l’hôtel La Louisiane pour la signature de ce petit bijou grâce à notre fée Guilaine Depis. Je dis petit bijou, car il ne s’agit pas là d’un énième texte traitant de développement personnel. Mais d’un livre qui offre de nombreuses clés et étapes d’accès à une reconstriction durable. Comment sortir de la dépression? D’un gouffre de douleurs vertigineux d’une vie qui soudain s’écroule? D’une situation actée par des événements sur lesquels nous n’avons aucune prise, aucun contrôle? Comment décider d’une métamorphose et accepter de relâcher le passé pour vivre dans l’instant et la lumière? Quels outils? Quelles procédures? Quand on sait que le mental devient le pire des monstres quand on tente de se battre contre lui et le faire taire. Anne-Cécile est thérapeute, enseignante de Hatha Yoga, et animatrice de cercles philosophiques. Son texte est précis, trois parties, simples, une méthodologie, des explications intelligibles, l’expérience d’une femme inspirante. Il n’y a pas de mystère mais un miracle initié de l’intérieur qui demande constance et engagement dans cette vie. Notre seule certitude étant l’impermanence, chaque instant délivre un champ infini de possibles pour se redécouvrir, et se reprogrammer. Comme nous avons besoin chaque jour d’une douche pour laver notre corps, nous avons besoin de ce nettoyage mental qui conduira à la métamorphose. Je ne vous en dirai pas plus. Simplement de vous donner un peu d’amour, et de lire ce texte que vous ne manquerez pas de partager à votre tour.
et pour en finir, ces quelques mots du grand Kabir “Wherever you are is the entry point.”

Louis Daufresne consacre sur Radio Notre Dame une superbe émission à la démocratie (avec Dominique Motte)

Le Grand Témoin 7h30

Émission du 15 décembre 2021 : La démocratie, un modèle démocratique trop peu connu (réécouter l’émission ICI)

Dominique MOTTE, entrepreneur franco-suisse. Auteur de De la démocratie en Suisse (La route de la Soie)

A bien y regarder, la France se compare assez peu avec ses voisins, et surtout elle s’inspire très peu de ce qui se passe chez eux. Finalement, la culture qui déteint le plus sur nous est celle importée ou imposée par l’Amérique, à travers ses produits de masse et ses réseaux de communication. Certes, on a toujours un œil sur l’Allemagne, parce qu’au fond, on en a peur. Mais voit-on ce qui se passe en Suisse, pays francophone, de culture germanique ? A plusieurs reprises, je me suis aventuré sur ce terrain, avec une question : pourquoi en Suisse, ça tourne ? Il n’est pas sûr qu’Emmanuel Macron en parle ce soir au cours de son allocution télévisée. La démocratie en Suisse fonctionne sur un schéma inverse du nôtre. Les institutions, le sens du travail, l’esprit civique, l’esprit de village, de vallée, y subsistent encore, et ne sont pas incompatibles avec un niveau de vie élevé. La commune et le canton sont au cœur de l’organisation démocratique, avec pour maître-mot : référendum et subsidiarité.

Le Philosophe Emmanuel Jaffelin sur Radio Notre Dame

En Quête de Sens

Émission du 13 décembre 2021 La joie est-elle à la portée de tous ?

réécouter l’émission : https://radionotredame.net/emissions/enquetedesens/13-12-2021/#

Emmanuel Jaffelin, philosophe du bonheur et auteur de « Célébrations du bonheur » (Michel Lafon)

Père Xavier de Verchere, Aumônier général des scouts et guides de France. Il publie « Toi qui cherches le bonheur » (Salvator)

Les hommes et les femmes ne sont pas « faits » pour vivre ensemble ? (sur « Le Diable est une femme »)

Gérald Wittock, Le diable est une femme

Ce roman en quatre « actes » écrit par un bébé né « les pieds devant » est une fiction à réminiscences autobiographiques. L’auteur se situe dans « sept villes » comme les sept collines de Rome ou les sept branches du chandelier avant de s’ouvrir « aux antipodes » en évoquant un arabe « chétif » (de Sétif ?) né dans les quartiers nord de Marseille et tombé amoureux à 15 ans de son copain devenu fille, pour opérer sa « mutation » de « troisième type » avant de découvrir par un enfant que le diable est une femme. Ce qu’on savait depuis la Genèse.

C’est brillant, étincelant de jeux de mots, expert en six langues avec des phrases entières en italien, flamand ou anglais, avec cette manie du naming des quartiers, des rues, des boutiques ou des célébrités. Un inventaire de noms qui dispense de décrire, comme le « voilà » des ignares médiatiques, impuissants à user des mots pour le dire. C’est que l’auteur adore revenir à la ligne, sauter d’un sujet à l’autre, passer très vite sur ce qui aurait pu être intéressant à creuser. Mis en pension à 11 ans chez les curés à Bruxelles, il se contente du très conventionnel qualificatif accolé à tout prêtre catholique depuis le rapport Sauvé : ils sont « avides de chair fraîche » – mais aucun exemple concret ni stratégie de contournement ne sont évoqués. Comme si c’était le décor : voilà. Le souffle est un peu court et la sauce trop délayée pour ambitionner de gagner au prix qu’on court.

Un roman sur un air de chansons pour toute culture, avec « discographie » à la fin. Il est vrai que l’auteur se présente comme « auteur-compositeur » de musique à la mode pour les pubs ou les clips, mais faut-il en faire un livre ? Composé de morceaux accolés sans trop de cohérence (en fait quatre nouvelles publiées préalablement en autoédition), ce kaléidoscope rend compte de l’esprit zappeur et inquiet d’une génération jamais à sa place nulle part, interconnectée à tous mais amie avec personne, virevoltant de ville en ville, de métier en métier, de femme en femme, transgressant les codes avec délices, se découvrant au fond sans genre parce que les femmes (diaboliques) auraient pris le pouvoir. Pauvres petits gamins paumés, laissés entre deux couples… Dans ce contexte zemmourien, découvrir « l’âme sœur », cette vieille scie romantique, est mission impossible.

Les yeux se décillent : les hommes et les femmes ne sont pas « faits » pour vivre ensemble mais chacun pour soi. Après tout, le Dieu de la Bible a créé l’homme ; la femme n’a été qu’un produit dérivé issu du désir du mâle de ne pas être seul. Mais il avait avant Eve toutes les démones pour se faire plaisir, pourquoi en vouloir toujours plus ? Comme les filles vivent désormais leur vie sans entraves avec la pilule, l’avortement et l’arme du « viol » comme sésame sacré, la soi-disant « âme sœur » n’a plus vocation à être féminine. Les mâles entre eux sont bien plus heureux… Peut-être est-ce le message dépressif et suicidaire de ce brûlot des valeurs bourgeoises catholiques (belges), publié par provocation sous une couverture « vieille peau » empruntée à Gallimard ? (…)

Gérald Wittock, Le diable est une femme, Vérone éditions, 2021, 418 pages, €25.10

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com