Actualités (NON EXHAUSTIF)

Jacques Benillouche évoque l’essai de Daniel Horowitz sur « Temps et Contretemps »

LEIBOWITZ OU L’ABSENCE DE DIEU
Un essai de Daniel HOROWITZ
Daniel Horowitz, né en Suisse mais ayant grandi à Anvers, est un ancien de l’industrie diamantaire. Au lendemain de sa retraite, il s’est installé en Israël pour se consacrer à l’écriture en tant que philosophe autodidacte. Le dernier ouvrage qu’il vient de publier, «Leibowitz ou l’absence de Dieu», est un véritable défi car il a décidé d’aborder les idées de l’une des personnalités les plus controversées pour ses avis tranchés sur la morale, l’éthique, la politique, et la religion. 
Leibowitz
 
            Yeshayahou Leibowitz, né le 29 janvier 1903 à Riga en Lettonie, alors dans l’Empire russe, était un chimiste, historien de la science, philosophe et moraliste israélien, considéré comme l’un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne. Plusieurs fois docteur, il fut rédacteur en chef de l’Encyclopédie hébraïque. Scientifique et philosophe, il maitrisait plusieurs langues et son savoir s’étendait à la physique quantique. 
          Il a émigré en Palestine en 1934, où il devint professeur de chimie organique à l’Université hébraïque de Jérusalem. Nommé professeur de biochimie en 1941, il est promu en 1952 doyen de la chaire de chimie organique et de neurologie. Il y enseigne également la biologie et la neuropsychologie jusqu’à sa retraite en 1973. Il avait donc une double casquette de scientifique et de penseur juif.

          Surnommé «le Prophète de la colère», il fut également une figure marquante dans le domaine de la pensée juive. Sa vision du judaïsme, très marquée par Maïmonide dont il était un grand admirateur, exprime non seulement un grand attachement à la pratique des mitzvots (les commandements requis par la Torah), mais aussi un puissant engagement envers le service de Dieu «désintéressé». Pour lui, la Kabbale et les mouvements religieux qui soumettent l’application de la Mitzvah à l’attachement émotif sont fallacieux et s’apparentent à l’idolâtrie.
            Il s’est distingué avec ses positions anticonformistes et son franc-parler sur le judaïsme au point de se faire de nombreuses inimitiés à cause de ses positions sur l’armée et sur la politique d’Israël. Il avait critiqué la politique israélienne et son système de gouvernement à base de coalitions de partis, ainsi que l’occupation de territoires arabes, arguant que «l’occupation détruit la moralité du conquérant». Il soutenait d’ailleurs les objecteurs de conscience qui refusaient de servir dans les territoires. A ce titre il a été adoubé par l’extrême-gauche qui en a fait son porte-drapeau parce qu’il accusait la classe politique de corruption, et militait contre la prolifération de l’arsenal nucléaire. Après l’invasion du Liban en 1982, il avait accusé les soldats d’avoir une mentalité «judéo-nazie».
 
            Mais il ne cessa de réaffirmer jusqu’à la fin de sa vie, par ses écrits et dans ses entretiens, sa foi dans la légitimité du sionisme. Devant ce paradoxe, Daniel Horowitz a donc essayé de comprendre le cheminement vers les extrêmes de celui qui ne se considérait pas comme pacifiste puisqu’il avait été officier de la Haganah pendant la guerre d’Indépendance d’Israël. L’étude de la pensée juive de Leibowitz était un bon moyen d’expliquer sans justifier ses dérives extrémistes.  
            Dès le prologue, Daniel Horowitz ne cache pas son parti pris puisqu’il «n’a jamais éprouvé de sentiment religieux»mettant dans le même sac superstition et religion mais le judaïsme fait partie de ses racines. En voulant cerner à fond la pensée de Leibowitz, il finit par s’identifier à lui au point «qu’il ne soit pas aisé pour le lecteur de déterminer qui parle».
            Parce qu’il n’est pas philosophe universitaire ni philosophe de «métier», Horowitz capte l’attention de celui qui n’ose pas ouvrir un livre de philosophie par complexe d’être ridicule, ou par crainte de ne pas comprendre le langage savant utilisé. Or l’auteur est clair dans ses démonstrations à la portée de tout lecteur profane en philosophie. Le livre reste sérieux car toutes ses affirmations sont étayées par des références aux textes sacrés. Et c’est là l’intérêt de l’ouvrage. Chacun peut faire de la philosophie comme monsieur Jourdain. Des thèses pointues deviennent de la vulgarisation pour ceux qui veulent comprendre comment ce grand philosophe, portant la kippa, fut en rupture avec la religion. Pour mener à bien la démonstration, Horowitz s’appuie sur les grands penseurs juifs pour faire de son livre une source de base sur le judaïsme et pas seulement à l’intention des Juifs.
Rav Kook
 
            En fait, Leibowitz est mal connu, ou du moins connu par une petite frange gauchiste israélienne, parce qu’il n’a jamais cherché à créer sa propre école de pensée à l’image du Rav Abraham Isaac haCohen Kook, lui aussi né en Lettonie, kabbaliste et penseur, figure éminente du sionisme religieux, notamment après la guerre de 1967 à partir de laquelle il inspira le mouvement de retour en Judée et en Samarie. Ou bien à l’image du Rav Menahem Mendel Schneerson, leader du mouvement Habad, qui fut à la tête de 4.600 institutions à travers le monde.
 
 
            Leibowitz a donc toujours vécu en solitaire, sans relais auprès des Juifs religieux ou laïcs et sans chercher à essaimer autour de lui à telle enseigne qu’il a peu publié sauf des textes puisés à partir de ses cours universitaires : «sa pensée relève d’un puzzle qu’il appartient à chacun de reconstituer pour en comprendre la cohérence». En revanche, il continua à enseigner jusqu’au jour de sa mort à 91 ans. 
            Dans un souci pédagogique, l’auteur pose d’abord les bases de sa démonstration en rappelant pour les néophytes quelques principes du judaïsme, de la Torah. Il a fait le choix de quelques noms illustres de philosophes juifs, Maïmonide (alias Rambam), Yéhouda Halévy et Baruch Spinoza, représentatifs du monde juif, pour mieux cerner son personnage principal et pour mettre en relief les différentes thèses de la pensée juive depuis l’orthodoxie en passant même par l’athéisme. 
Rambam-Maïmonide
 
            Leibowitz est «un commentateur pertinent et un disciple de Maïmonide malgré les siècles qui les séparent». Ce dernier, figure importante et incontournable du judaïsme religieux avec sa compilation monumentale de la loi orale, le «Michné Torah», «est un rationaliste qui réfute le surnaturel et la superstition». Maïmonide se retrouve avec Leibowitz quand il affirme que «l’idée d’une présence divine dans le monde relève de la superstition» ; presque un blasphème pour certains, d’autant plus qu’il brise un tabou religieux en affirmant «que la lecture attentive de la Torah révèle que chaque fois où il est question de dialogue avec Dieu, il s’agit de rêves ou d’hallucinations».  Dieu ne parle donc pas avec les humains.
            Mais «autant Leibowitz se situe dans le courant de pensée de Maïmonide, autant il est éloigné de Yéhouda Halévy, penseur et poète juif contemporain de Maïmonide». Malgré leurs différences, le rationalisme de Rambam et la mystique de Halévy n’ont jamais conduit à un schisme parce que les deux géants pratiquaient les Commandements. Mais le courant d’Halévy aux antipodes de celui de Leibowitz, est le courant spirituel le plus répandu aujourd’hui et il a été repris par les sionistes religieux incarné par le Rav Kook. Cela explique l’opposition politique de Leibowitz avec l’extrême-droite nationaliste et religieuse. Comment pouvait-il accepter que selon Kook «la différence entre un Juif et un Goy est plus grande que celle qui distingue l’être humain de la bête». Leibowitz a immédiatement qualifié ce point de vue «d’élucubration raciste» ce qui lui fait ranger «le mysticisme dans la catégorie des troubles mentaux». 
 
            Horowitz estime que Baruch Spinoza est fasciné par Maïmonide tout en critiquant sa pensée. Il y voit un mélange de raison et de compromission. Le philosophe hollandais estime que Dieu et Nature sont synonymes alors que pour Leibowitz si«Dieu a créé le monde, cela signifie par définition qu’il n’en fait pas partie». Il va jusqu’à avancer l’idée que la religion est aux mains du pouvoir pour «abuser le peuple et le mener au malheur en lui promettant le salut éternel». Il a été le premier philosophe à prôner la séparation de la religion et de l’État. Il estime que les interprétations de la Bible doivent tenir compte des époques où les textes qui la composent ont été écrits. Il reproche aux religieux de s’approprier les Écritures comme si elles reflétaient la parole divine. Dieu est une «escroquerie intellectuelle qui n’est qu’une tentative de préserver une religion qui ne résiste pas à la raison». On comprend mieux pourquoi Spinoza a été excommunié par d’obscurs rabbins hollandais.  
Baruch Spinoza
 
            Horowitz consacre ensuite plusieurs pages à l’idolâtrie «une obsession  ou une attention tellement excessive  qu’elle finit par obnubiler  la pensée et jugement critique».
            Une fois ces fondements historiques et théologiques posés, l’auteur aborde alors la pensée de Leibowitz et son cheminement pour s’éloigner du postulat que Moïse, ayant reçu la Torah de Dieu lui-même, toute tentative de l’abroger ou de l’amender est d’office proscrite. Sa pensée s’articule autour du concept de valeurs qui relèvent du psychique propre à l’être humain et qui font que l’homme dispose du libre arbitre : «Sans valeurs il n’y a pas d’humanité et sans humanité il n’y a pas de valeurs».
            Il est difficile de comprendre la foi de Leibowitz quand il pratique la Halakha avec rigueur tout en réfutant cependant l’idée d’une intervention divine. Dieu ne donne ni de récompenses et ni de punitions. Alors pourquoi est-il considéré comme pratiquant ? Pour lui il pratique les Commandements comme un art de vivre sans attendre de contrepartie, et la Halakha, la Loi juive, n’est rien d’autre qu’un mode de vie juif. Il ne connait aucune réalité sur l’au-delà et préfère accéder au salut de l’âme de son vivant sur terre. Leibowitz n’est pas enseigné dans les écoles talmudiques car sa foi est aux antipodes de la croyance populaire. C’est un renégat de la religion, un Juif qui a renoncé à «l’illusion de démontrer l’existence de dieu».
            Les Commandements ont aidé les rédacteurs du Talmud à éradiquer l’idolâtrie et la superstition en créant un Dieu insaisissable. Pour Leibowitz, suivi d’ailleurs par de nombreux intellectuels, la Torah n’a pas une grande valeur littéraire. Contrairement au judaïsme orthodoxe, il prône la participation des femmes à la lecture et à l’étude de la Torah et estime qu’elle doit faire partie de leur vie intellectuelle, scientifique et sociale.
            Puisque la Halakha a été élaborée en l’absence d’État ou de patrie, la religion et l’État doivent être séparés pour éviter que le judaïsme ne soit instrumentalisé par des dirigeants et finisse par muter en nationalisme. Il ne s’est pas beaucoup trompé puisqu’après sa mort sa théorie nationaliste est confortée en Cisjordanie sur ce point.
            Il trouve très cohérente l’analyse de Maïmonide et foncièrement cohérente avec son attitude personnelle : Juif très orthodoxe, extrêmement pointilleux sur la pratique des commandements : «Le problème, c’est le peuple juif. Le peuple juif, qui est-il aujourd’hui ? Je vous le répète, je ne sais pas répondre empiriquement à cette question, et il n’existe ni personne, ni instance autorisée, capable de la poser et d’y répondre sur une base normative».
Ouvrage traduit en hébreu
 
            Cet ouvrage est à conseiller à ceux qui n’ont jamais osé aborder la religion parce qu’elle est compliquée à appréhender, difficile à critiquer sans être traité de mécréant, unique alors qu’il existe différentes écoles de pensée contradictoires, figée dans ses dogmes datant du premier temple. Dieu n’est pas complice des humains et Leibowitz «était horripilé par cette manie qui pousse de nombreux croyants à dire à tout bout de champ et à tort et à travers B’’H avec l’aide de Dieu». Les religieux autant que les laïcs trouveront leur intérêt dans l’ouvrage quitte à ébranler certaines de leurs certitudes. Ce n’est pas un ouvrage contre la religion mais pour toutes ses interprétations par des grands philosophes qui ont souvent été bannis. Il explique ainsi les dérives de ceux qui s’appuient sur des textes vieux de deux mille ans pour justifier des décisions politiques actuelles. 
                        
Éditions de l’Harmattan
5-7 rue de l’École Polytechnique
75005 PARIS 19€
TEMPS et CONTRETEMPS. Ce site publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d’articles exclusifs. =============> Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps. Françoise Sagan

Le Journal des Deux Rives diffuse les nouvelles des auteurs de Balustrade

Alain Llense, auteur du roman jubilatoire Emmanuel, Brigitte et moi  inspiré par l’histoire des Macron transposée dans l’univers de la haute gastronomie Nouvelle Louise et Louis

Si la lumière est là c’est que bientôt ils seront là aussi, Paul, Virginie, les jumeaux, ils ne sont pas de ceux qui se rendent aux nuages fussent-ils noirs, aux épidémies fussent-elles mortelles, aux locataires provisoires fussent-ils armés d’amour et d’insouciance. Ils vont rentrer bientôt retrouver leurs vies de carte postale, leur appartement de magazine déco, rentrer pour reprendre leur vie et fabriquer des souvenirs qui rempliront ensuite leurs foutus cadres photos. D’ici là, il faudra être partis, retrouver les rives opposées de la Seine et une vie où Louise et Louis n’auront plus rien à se dire puisqu’il n’y avait qu’une fois, que c’était celle-là, que c’était cette nuit et qu’à cette aube tout s’achève.
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Alain Schmoll, auteur du roman politique et sentimental La Tentation de la vague Nouvelle La coronotentation d’un vague vaccin

Il faut dire que j’avais été bien inspiré, le mois dernier, de téléphoner à Camilo, à La Havane. Nous avions été très copains, une quinzaine d’années plus tôt, lorsque nous combattions côte à côte pour la révolution mondiale voulue par Fidel Castro. Les temps avaient changé. Fidel avait disparu, mais son esprit planait encore sur la mémoire des jeunes guérilleros de l’époque. (…) Mon vrai nom est Werner, pas Romain… 
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Christian de Moliner, auteur de Jasmine Catou détective Nouvelle Jasmine Catou et le Covid 19

Je m’étire voluptueusement sur notre canapé, en m’efforçant de reproduire au mieux une posture présentée dans l’émission de télévision, le chat, son maître et le yoga. Je me sens bien, détendue. Je savoure pleinement l’instant présent et le rayon de soleil qui réchauffe mon ventre. Ah ! Maman s’approche de moi en souriant. Ma récréation est terminée, je crois ; elle me saisit et m’affuble d’un drôle de masque, un cône blanc, avant de me porter jusqu’à ma cage de transport. Je savais que je devais sortir ce matin, mais ce déguisement ridicule me surprend et m’exaspère. Ma mère m’a avertie hier que nous étions attendues aujourd’hui dans un studio d’une radio parisienne pour présenter Les enquêtes de Jasmine Catou, le livre dont je suis l’héroïne.  (…) Le philosophe antique aurait été incapable d’interpréter les aboiements de Griffouille même s’il est aussi intelligent que moi. Le vétérinaire aurait eu raison de souligner que le présentateur confond allégrement humains et animaux. Mais il se tient coi pourtant, il est devenu prudent. Jasmine Catou tu as encore triomphé ! 
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Oula Kelbocha, Mascotte des Editions des Coussinets  Nouvelle d’Oula Kelbocha

La sédentarité de Maman a quand même un bon côté pour nous. Jamais je n’ai vu à la maison autant de réserves de pâtée et de croquettes. J’ai même trouvé où elle range le stock important de friandises et je me suis enfilé en douce ce matin quelques délicieuses bouchées au canard. Elle a aussi un stock important de notre jouet préféré, le papier toilette, qu’elle a hélas mis sous clé. Il paraît que c’est très difficile d’en trouver en ce moment. Pourquoi nos humains n’utilisent-ils pas notre litière ? Maman vient d’ailleurs d’en stocker des kilos dans le garage… est-ce pour cela ? 
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Gérard Muller, auteur du roman écologique Daintree, la forêt intelligente(link is external) Nouvelle Un voyage avec retour

Cela me revient. J’ai été testé positif au corona virus. Cette saloperie. D’abord de la fièvre, des courbatures, un essoufflement qui accompagne le moindre mouvement. Et puis la toux, une toux sèche qui déchire les poumons. Le lendemain matin, d’horribles douleurs dans la poitrine. 40 °C. Tout va alors très vite : le SAMU, l’ambulance, l’hôpital où des soignants déguisés en cosmonautes m’accueillent, s’affairent autour de moi. Ils me branchent à de l’oxygène. Augmentent la pression et le débit toutes les heures. Prennent mon pouls. La quantité d’oxygène dans mon sang diminue comme le niveau d’eau dans un oued après la pluie. Soudain, c’est la panique. Six personnes autour de moi. Elles me soulèvent, me retournent, me perfusent, me parlent, mais je n’entends plus rien. Ma tête se vide. Et puis plus rien. Plus aucun souvenir. Ma vie s’est arrêtée là. 
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Michèle Makki, auteure d’un roman historique sur Pompéi Pompéi, Le Sang et la cendreNouvelle Mon coronavirus au quotidien

Je m’absorbe, vexée, dans le documentaire qui passe à la télévision, tourné avant la pandémie, censé donner du courage aux téléspectateurs ou, plus modestement, censé leur changer les idées. Il y est question de femmes qui accomplissent des exploits en solitaire. En vrac, l’une a traversé le désert à moto, l’autre a vécu au fond d’une grotte souterraine pendant trois mois, la troisième, qui est chamane, jeûne deux jours sur trois et apprend aux gens à marcher pieds nus. Voyant cela, je me dis que je ne serai jamais célèbre et que je ne serai jamais invitée à une émission tv. Le seul risque que je prends, c’est de sortir le chien en période de pandémie. 
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« des nouvelles qui se lisent avec bonheur » selon Argoul

Christian de Moliner, Les exploits de Jasmine Catou

La chatte détective poursuit ses enquêtes dans l’actualité la plus immédiate, le salon des mathématiques qui se tient chaque année en juin à Paris et le confinement Covid.

Pas sûr que le salon, cette fois-ci, soit physique – mais les mathématiciens concurrents se livrent une lutte à mort pour gagner le prix. Et celui qui l’emporte ne l’emporte pas en paradis. Quoique : Who done it ? comme disent les vieilles anglaises, expertes en intrigues mortelles : Qui l’a fait ? Malgré ses talents d’observation aiguë pour tout ce qui bouge, Jasmine la chatte n’est pas sûre – mais après tout, si c’était vrai ? Si son hypothèse audacieuse était la bonne ? Reste le problème fondamental de tout chat : comment communiquer ce qu’elle sait à un humain ?

Quiconque côtoie de près ces petits félins adaptés à l’homme depuis des millénaires sait très bien que le chat communique. Mais pas avec les instruments humains. Si son miaulement se module selon ce qu’il ressent et ce qu’il veut, c’est surtout par son attitude et sa mimique faciale qu’il s’exprime. Mais ce ne sont que des réactions simples de plaisir, de requête et d’amour – rien de sophistiqué. Dès lors, comment « dire » ce que l’on a compris d’une question qu’il faudrait poser ou d’un indice à examiner ?

C’est pourquoi l’auteur qui fait agir la chatte est ingénieux. Le lecteur est surpris à chaque fois a de constater que dire ce qu’on sait est possible, même quand on est une chatte devant des humains raisonneurs. La logique fait-elle partie de l’organisation mentale d’un chat ? En tout cas, la relation directe de cause à effet est indispensable aux prédateurs, dont les félins sont les plus affûtés.

Un seul mort dans ces trois nouvelles qui renouvellent les exploits de Jasmine la chatte. L’auteur se sert de la vie de sa maitresse, l’attachée de presse parisienne Agathe, pour mettre en scène des intrigues. Une recette de cuisine d’une autrice qui va sortir un second tome de son best-seller se retrouve malencontreusement livrée à la presse concurrente. Par qui ? l’amant d’Agathe qui a utilisé son ordinateur à son insu soi-disant pour envoyer un mél ? Par un stagiaire de la chaîne de production de l’article prévu pour dans quelques jours ?

Covid-19 relate une émission de radio qui a réellement eu lieu… avec Jasmine Catou en vedette. Mais elle est transposée aujourd’hui, sous le confinement pandémique. Un vieux professeur arrive avec son chien philosophe, Agathe avec sa chatte fourrée détective ; leur sont confronté un vétérinaire rationaliste que l’anthropomorphisme systématique appliqué aux bêtes agace. Un test : il a perdu son portable, Jasmine sera-t-elle capable de le retrouver ?

D’un ton léger, d’un style agréable, ces nouvelles policières à la manière de dame Agatha, se lisent avec bonheur. De quoi en faire tout un recueil pour éditeur policier.

Christian de Moliner, Les exploits de Jasmine Catou, 2020, Les éditions du Val, 97 pages, €6.50 e-book Kindle €3.00

Les exploits précédents de Jasmine Catou sur ce blog

« Un bon roman d’entreprise qui sonne comme une vérité vécue » selon Argoul

Paula Marchioni, N’en fais pas une affaire personnelle

Publié le 2 juin 2020 par argoul

Ecrit au présent par une autrice qui l’a vécu, ce roman « vrai » un brin arrangé pour les besoins de la clause drastique de non-concurrence après séparation, donne le ton du management dans les sociétés multinationales. Notamment les françaises qui imitent servilement le modèle américain sans bénéficier du même écosystème de liberté d’entreprise. Au lieu de faciliter l’innovation et l’efficacité par le meilleur, le management de la peur conduit les egos surdimensionnés à révéler leur perversité narcissique pour manipuler à leur profit (et non à celui de la firme) inférieurs et sous-traitants.

Ce n’est pas nouveau, ayant débuté dans les années 1990 avec l’ouverture à la mondialisation yankee, mais l’apprentissage du « modèle » est difficile car il doit entrer de force dans le carcan mental, bureaucratique et juridique français pour avoir la possibilité de se mesurer aux grands du monde. Nous ne sommes pas formatés pour ça comme aux Etats-Unis depuis l’enfance. La formation par les maths ou le droit n’a rien à voir avec le laisser-faire sportif yankee selon lequel le (ou la) meilleur gagne. L’université américaine est moins un lieu où l’on apprend qu’un lieu où l’on révèle ses instincts, alors que les écoles de commerce en France sont un lieu de diversité où l’on cumule les expériences – mais seulement après une sélection sur les connaissances.

La narratrice, qui se surnomme Bobette, se retrouve en fin de carrière dans la même agence de pub, appelée Chabadabada qui a pour client principal une sorte de L’Oréal ou de Clarins appelée la National Cosmectic Company (en abrégé NCC). Le danger d’avoir un gros client fait qu’on en devient dépendant et, au lieu de stratégiquement tenter d’en acquérir un autre comme contrepouvoir, on en vient à désirer se soumettre totalement à tous ses désirs. D’où le stress, les changements par caprice, les engueulades perpétuelles, les exigences folles, le burnout. L’autrice abuse des mots anglomaniaques car telle est la loi de la pub : la soumission au modèle ultime qui est américain. La France n’est pourtant pas trop mal placée dans le luxe et les cosmétiques, pourtant ! Mais comme devant Allah, il faut effectuer la grande prosternation cinq fois par jour devant le Maître du monde, en abdiquant sa propre personne humaine…

Rien d’étonnant à ce que se perde le sens du travail, que la saine émulation devienne harcèlement et que l’effort devienne paranoïa égoïste. Ladite Super Power, qui représente NCC auprès de l’agence de pub, presse le citron – qui se laisse faire. Elle manifeste sa toute-puissance par des demandes impossibles et contradictoires, des changements de cap in extremis, des hésitations sans fin, une inflation de l’absurde… Le lecteur se dira avec bon sens : à métier inepte, pratiques ineptes d’un modèle inepte. Car il s’agit d’exploiter la nature pour crémer belles et bellâtres, de profiter de l’image du naturel pour faire vendre ce qui ne sert à rien, de manipuler le mythe de la pureté originelle comme une vulgaire religion au service du fric. Pourquoi donc se lancer dans la pub, cette activité inutile à l’existence, nocive à ceux qui y travaillent, mauvaise pour la planète ? Paula Marchioni n’analyse pas le pourquoi de ce choix, ou très peu. Elle donne pourtant en contre-modèle son père, Guy Marchioni, décédé à 86 ans, qui était ingénieur, donc dans le concret, et qui a vécu une carrière en humaniste, n’hésitant pas à dénoncer les egos nocifs lorsqu’il n’était encore que stagiaire. Mais il était d’une autre génération.

Ni la rentabilité, ni l’exigence d’efficacité n’exigent la perversion : ce sont bien les hommes qui gouvernent, pas les choses. La gestion de la pandémie Covid-19 le confirme à l’envi : les incapables sont au pouvoir depuis Hollande, malgré les mesures prises par les gouvernements qui précédaient après le premier SRAS en 2003. Nous étions pourtant bien dans la même « idéologie néo-libérale » comme on le dit un peu vite pour évacuer toute analyse sérieuse. Il est contreproductif d’accuser on ne sait quel « capitalisme » ou « néolibéralisme » des maux auxquelles on se soumet trop volontiers, évitant ainsi notre propre implication. Les jeunes le montrent, qui évitent soigneusement les entreprises toxiques dont l’image se dégrade : ils souhaitent rejoindre une société où ils contribuent à rendre le monde meilleur. Les plus de 50 ans croient ne pas avoir le choix, mais aux Etats-Unis ils le prennent. La mentalité fonctionnaire d’Etat-providence, qui nous a été inculquée depuis tout-petit dès la génération Mitterrand (née vers 1980), n’encourage pas à se prendre en main, hélas, contrairement à la génération précédente (née vers 1960) et la quête boucs émissaires est commode pour se dédouaner de toute responsabilité… La bourse le montre pourtant : les sociétés familiales sont les mieux gérées, les plus durables et font le plus de profits dans le temps. C’est qu’elles tiennent à l’humain et pas aux mots fumeux à la mode comme c-llectif, co-entreprise, co-décision, co-développement – en bref conneries du green washing – pour rester dans le ton américano soumis !

Le récit romancé de Paula Marchioni, tiré de son expérience professionnelle de pub dans l’agroalimentaire, la cosmétique ou le service, reste à ras du présent, se développe en histoire – ô combien classique – de la Brune qui remplace la Rousse, éjectée à la demande de la Cliente pour reprendre une équipe épuisée et désorientée de « chatons » tout juste pubards (entre 20 et 30 ans) et tenter d’avancer dans le flou. Avec humour et un recul salutaire, la narratrice sait s’entourer : Petit Papa décédé qui lui parle au-delà, Nounours son mari chéri (qui se fera virer lui aussi), Psychiatre préféré qui l’aide à se connaître, la Coach qui la motive, Retors la Belle son avocate, « la » médecin du travail, l’atelier d’écriture. Il ne faut en effet pas se laisser bouffer, ni par le boulot qui boulotte la personne, ni par les exigences paranoïaques des clients exigeants (au moindre coût) qui ne veulent pas reconnaître le travail de qualité. Il faut résister : les pervers narcissiques en sont tout étonnés (j’en parle d’expérience). Bobette réussira à livrer ses contrats et certains seront plébiscités ; elle sera remise en concurrence par pur plaisir pervers de rabaisser les talents de l’équipe mais, pour une fois, son patron ne se laissera pas faire malgré les conséquences ; son agence perdra son gros client et elle sera virée mais non sans avoir pu recaser ses « chatons » sans dommage.

Cette fiction réelle est prenante et se lit agréablement. Ecrite en style très familier au ras du terrain et du vocabulaire branché de la pub (un vrai dépaysement), elle parlera à beaucoup de ma génération qui a vécu cela depuis les années 1990 (l’affairisme servilement imitateur des Yankees sous Mitterrand II) et il faudra probablement que celle qui arrive aujourd’hui se débarrasse de tous ces inadaptés au management moderne qui trustent les places au sommet malgré leur incompétence avérée, donc leur peur que cela se sache, donc leurs exigences sans bornes et leur mépris anxieux pour tous ceux qui pourraient leur faire de l’ombre dans les étages immédiatement inférieurs. Un bon roman d’entreprise qui sonne comme une vérité vécue.

Paula Marchioni, N’en fais pas une affaire personnelle, Eyrolles collection Roman, 2020, 319 pages, €16.00 e-book Kindle €7.99 

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Guy Vallancien, invité à parler de l’intelligence artificielle sur Radio Notre Dame

Du lundi au vendredi de 9h à 10h, émission animée par Marie Ange de Montesquieu

La vie, l’amour, la foi, le monde, les autres, la société,  l’argent, l’homme, ses paradoxes, la mort, etc…

Marie Ange de Montesquieu et ses invités (professionnels, médecins, psychothérapeute, sociologues, experts, prêtres, témoins…) vous emmènent chaque  jour pour 1 heure d’enquête sur… le sens des choses dans ce monde si complexe ! Et  Dieu sait qu’il en faut des clés pour comprendre ce drôle de siècle qui est le nôtre !

Guy Vallancien, chirurgien, membre de l’académie nationale de médecine et auteur de « J’aime donc je suis » (L’Harmattan)

Rasmus Michau, professeur associé à Sciences Po et auteur des « Robots n’auront pas notre peau ! » (Dunod)

Réécoutez l’émission ici https://radionotredame.net/emissions/enquetedesens/01-06-2020/

Diane Vandermolina, passionnée par le livre de Thierry Caillat sur RMT news international

http://www.rmtnewsinternational.com/2020/05/camille-une-vie-de-roman-ou-le-roman-dune-vie/

Camille, une vie de roman ou le roman d’une vie

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Il est des livres que dès l’incipit, ici du prologue, l’on savoure, ou que l’on dévore, selon notre appétit. « Camille » du Lorrain Thierry Caillat, urbaniste, amoureux de l’architecture des villes, amateur de café serré et de ballades en vélo, est de ceux-là. Pourtant il s’agit là d’un roman et non d’une énième biographie sur Camille Claudel.  Sa vision de Camille. Sa Camille Claudel, la dentellière du marbre.

Centre hospitalier de Montfavet dans les années 1910. Photo libre de droit.

La lente gestation d’une œuvre

Les amoureux de littérature apprécieront le style de l’auteur, sensible et délicat- voire sensuel quand il décrit le travail de la statuaire-, l’emploi d’un vocabulaire fouillé et recherché, l’usage de tournures de phrase joliment ciselées, l’alternance d’une écriture plus en retenue, à la précision quasi chirurgicale –notamment dans les dialogues vifs et concis-, et la peinture lyrique, émouvante, presque romantique de ses œuvres, avec ses deux points de vue –auteur/narrateur- qui parfois n’en font qu’un, se mêlant au sein d’un même paragraphe.

Ce roman est le fruit d’un travail de documentation au long cours et l’auteur fait montre d’une humble érudition, avec un sens innée du détail dans ses descriptions, convoquant pour appuyer son propos les critiques de l’époque ayant écrit sur les œuvres de l’artiste lors de ses trop rares expositions. Il aura fallu trois à quatre longues années pour achever ce roman qui n’aurait pas vu le jour s’il n’était pas allé, poussé par la curiosité, voir l’exposition consacrée à l’artiste à Montfavet.  C’était en 2013, étonnamment, ce fut une révélation …

De son propre aveu, il ne connaissait pas Camille Claudel (il n’a même jamais vu le film éponyme de Bruno Nuytten qui la sortit de l’oubli à la fin des années  quatre-vingt ndlr) mais il était intrigué par la découverte d’un lieu d’internement, l’Hôpital de Montfavet, un sujet qu’il souhaitait aborder pour un deuxième roman. Et voilà qu’il découvre Camille, sa vie… « Une vie de roman », pense-t-il en découvrant l’histoire de la statuaire : il espérait écrire sur sa période d’internement, mais découvrit qu’elle avait cessé de sculpter pendant ces longues années d’enfermement.  

Il a alors fait le tour des musées français où étaient exposées les sculptures de Mademoiselle Claudel, également visité le récent musée dédié à Camille à Nogent, « pas le meilleur » de son avis, saisi par la beauté de certaines œuvres  moins connues, à l’image de « La Sirène ou joueuse de Flûte », une de ses préférées découverte dans un petit musée en région.  Ainsi fasciné par l’œuvre de l’artiste, il s’est inscrit à des cours de modelage, s’astreignant à copier les sculptures de Camille, afin de mieux saisir le processus de création à l’œuvre : il dépeint par ailleurs avec brio les milles sensations en jeu dans le travail de la glaise ou du marbre dans les petits chapitres brefs et vifs, consacrés chacun à une œuvre de Camille, qui émaillent son roman.

Camille Claudel, « L’Âge mûr », 1899, bronze, fonte Frédéric Carvilhani, après 1913 (?), Musée Rodin, Paris, France. Photo libre de droit.

Portrait sans concession d’une femme artiste à l’esprit revêche et rebelle, écrasée par le poids d’une société sexiste

Thierry Caillat au cours de ses recherches a beaucoup lu les critiques de l’époque, cherchant à comprendre derrière les éloges ce qui était en jeu : le sexisme. Il dévoile dans son roman l’incroyable machisme accepté de et par tous qui régnait dans le monde de l’art et les difficultés pour une femme d’être reconnue pour son talent. Ce dont Camille souffrait, elle qui avait dépassé le maître mais restait dans son ombre. Citons ici Mirbeau « surpris par cette beauté d’art qui nous vient d’une femme » à propos de « la Valse » et de « Clotho », avant de continuer ainsi « Instruite par un tel maître, vivant dans l’intellectuelle intimité d’un tel frère, il n’est point étonnant que Mademoiselle Camille Claudel (…) nous apportent des œuvres qui dépassent par l’invention et la puissance d’exécution tout ce qu’on peut attendre d’une femme ». D’édifiants sous-entendus que nous retrouvons dans les écrits mêmes des soutiens de l’artiste !

La condition féminine contrainte à la « belle époque » -la place de la femme est celle de mère ou de courtisane- est ici fort bien décrite : l’auteur montre comment le machisme ambiant a contribué à aliéner l’impétueuse et exubérante Camille dont il reconnait qu’elle avait de base un caractère impossible. Elle était tyrannique  voire méchante dans ses jeunes années – ses pages en début de roman sur la façon dont elle traitait sa gouvernante ou son frère sont éloquentes. Il nous avoue même s’être demandé  en cours d’écriture pourquoi il continuait d’écrire sur elle, tant il en était venu à la détester…  Une anecdote qui en dit long sur la complexité du rapport que nous pouvons entretenir en tant qu’auteur avec nos personnages, en tant que spectateur avec les artistes que nous admirons. La question de la différenciation entre l’être et l’artiste se pose ici. Mais tel n’est pas l’objet de ce roman à proprement parler.

Il s’agit plutôt de comprendre comment une femme aussi forte et douée qui avait une haute opinion d’elle-même en est arrivée à être enfermée plus de la moitié de sa vie dans un Asile d’aliénés. « Analyser la psychologie des personnages » lui tenait à cœur, bien plus que l’aspect descriptif qui le rebutait et dans lequel il excelle néanmoins. Et c’est là un autre point intéressant du roman : l’attention portée à la famille de son héroïne, ses relations avec sa mère qui la détestait, son père qui ne l’aimait pas (à l’époque, l’amour maternel et paternel n’étaient pas la norme sociale du moment que les parents pourvoyaient à l’éducation de leur progéniture) mais il la soutenait dans son art –il croyait en son talent -, son frère sur lequel elle avait un fort ascendant mais qu’elle admirait aussi, sa sœur honnie et.. . bien entendu, Rodin ! Ah Rodin, ce voleur qu’elle traitait de tous les noms d’oiseaux, ce lâche qui n’a jamais osé quitter sa Rose…  Bien qu’il ne soit pas l’homme qu’elle aurait voulu qu’il soit, il a jusqu’à sa mort continué à l’aider et ce, quand bien même il était devenu l’objet de sa haine.  

L’auteur est ici sans concession vis-à-vis de son personnage principal, la montrant tel qu’il la voit en prise avec ses démons, entre débordements caractériels et effusions créatrices, mais ni ne la condamne, ni ne la disculpe. Admiratif du génie de l’artiste qui était une véritable perfectionniste réalisant elle-même ses marbres (Rodin ne faisait que signer les siens), il évite dans ce roman de tomber dans le piège ou écueil du manichéisme. En demi-teinte, il écrit l’histoire d’un personnage complexe dont la folie ou plutôt paranoïa latente a été exacerbée par plusieurs facteurs enchevêtrés.  Ceux-là même d’une société machiste et misogyne qui ne pouvait reconnaître le talent de la Femme, d’une passion destructrice pour un Homme lâche sur lequel elle a cristallisé toute sa haine et sa rancœur, du décès d’un Père accablé qu’elle adorait, de l’Absence de soutien familial, surtout de son petit Paul, sans oublier un élément dont on parle peu : le tarissement de son Inspiration.

La Valse. Grès flammé H. 41,5 cm • L. 37 cm • Pr. 20,5 cm Origine : Achat à Reine-Marie Paris en 2008 N° d’inventaire : 2010.1.11 Copyright : musée Camille Claudel, Marco Illuminati

L’éphémère (de la) puissance créatrice

Lorsque nous l’avons rencontré, Thierry Caillat, désormais incollable sur l’artiste, nous explique avec un luxe de détail le lent assèchement de son inspiration, citant la « Niobide Blessée », une énième variation de « Sakountala ». Car in fine, aussi créative et douée qu’elle fut sur deux décennies avec en point d’orgue les premières années post-Rodin et son « Age mûr », celle qui réalisa les plus belles œuvres sculpturales de la fin du 19ème siècle, n’a sculpté qu’un tiers de sa longue vie avec une fin d’existence en pointillé, que retrace brièvement l’auteur en quelques phrases éparses, entrecoupées de courts extraits de ses échanges avec sa mère et de quelques pensées relatives à son internement, pages desquelles s’exhale un sentiment de tristesse infinie, clôturant ainsi ce roman sur une note à la saveur « douce-amère ».

Et pourtant, le sujet de ce livre est d’actualité : la salle où ses œuvres sont présentées dans le musée Rodin a été baptisée ‘L’entourage de Rodin’ et non salle ‘Camille Claudel’. « Folle qu’elle était … » d’avoir voulu être, exister en tant que femme artiste. Il nous plonge en toile de fond dans une réalité sexiste qui perdure encore de nos jours, mais il nous entraine surtout dans l’art passionné de la sculpture avec ses petits chapitres tels des respirations pendant lesquelles le temps est suspendu à l’acte créatif, nous décrivant avec précision et magnificence la beauté d’une œuvre que l’écriture rend ici palpable.

Ecrire ce roman fut un pari audacieux selon son auteur mais c’est avant tout une magnifique déclaration d’amour à l’œuvre d’une artiste et à son art qu’il méconnaissait complètement. Un très bel ouvrage littéraire que nous vous recommandons que vous soyez ou non amoureux de l’artiste, passionné ou non de sculpture, amateurs ou non de belles lettres. Diane Vandermolina

Camille de Thierry Caillat

Ed.  L’Harmattan Roman Aout 2019 23€ 251p

 

Images d’illustration

Centre hospitalier de Montfavet dans les années 1910. Photo libre de droit.

Camille Claudel, « L’Âge mûr », 1899, bronze, fonte Frédéric Carvilhani, après 1913 (?), Musée Rodin, Paris, France. Photo libre de droit.

 La Valse. 1889-1905. Grès flammé H. 41,5 cm • L. 37 cm • Pr. 20,5 cm Origine : Achat à Reine-Marie Paris en 2008 N° d’inventaire : 2010.1.11 Copyright : musée Camille Claudel, Marco Illuminati (recup pic 22 mars 2017 in bibliothèque)

 

En Une  Camille Claudel, photographie anonyme (avant 1883). Photo libre de droit. 

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