Interview Thérèse Clerc (www.capcampus.com)

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Thérèse Clerc : une femme d’exception !
Elle nous livre son regard sur la société , les jeunes et la mode du haut de ses bientôt 80 ans !

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Madame Clerc, après avoir créée la Maison des femmes, vous ouvrirez bientôt la maison des Babayagas. D’où et depuis quand vous est venue cette volonté de vous engager pour les femmes ?

Thérèse Clerc

Cela remonte à un bon moment maintenant. Mai 68 fut un vrai déclic pour moi. C’est à ce moment que j’ai véritablement pris mon avenir en main. Je n’étais pas heureuse dans mon mariage, alors après 20 années de vie commune, j’ai décidé de m’en aller. Ce fut une véritable libération pour moi. J’ai réalisé combien les femmes étaient oppressées, discriminées, dans une société qui ne les laissait pas vivre libres et dont le seul but était de prendre le contrôle sur leur corps.
Dès cet instant, je me suis plongée dans la lecture d’œuvres féministes, ai assisté à des débats et à des groupes de paroles de femmes. Je n’aimais pas l’école, reflet d’une éducation faite pour les hommes, alors je me suis formée toute seule

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En quoi consiste la maison des femmes, quels en sont les objectifs ?

Thérèse Clerc

Il s’agit d’une association d’aide aux femmes. Nous leur apportons un véritablement soutient moral et les aidons à s’insérer dans la société en leur apprenant les bases de la législation. Nombre d’entre elles sont issues de l’immigration et ne sont pas informées des démarches administratives les plus rudimentaires. Souvent il s’agit de femmes opprimées par leur mari et enfermées dans des croyances que l’on leur a imposées depuis des millénaires. Alors nous essayons tant bien que mal de leur ouvrir les yeux et de leur faire prendre conscience de leur place dans la société. Ce qui compte en priorité est qu’elles acquièrent la joie de leur corps.

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Vous n’êtes donc pas en accord avec leurs croyances ?

Thérèse Clerc

Pour dire simple, je déteste toutes les religions patriarcales. Il s’agit une fois de plus d’un moyen mis en place par les hommes pour prendre le pouvoir sur la Femme, et pour la rabaisser. Mais il n’y a pas que la religion ! Le pouvoir électoral en fait de même, ainsi que le corps médical. Tout est bon pour nous contrôler. Pour moi, le couple est le tombeau de la femme et la famille son cimetière.

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Quels types d’activités proposez-vous alors à ces femmes?

Thérèse Clerc

Il existe différents ateliers : des cours d’alphabétisation, de français, de droit, mais aussi des cours de théâtre, de sport, etc. Nous tenons tout particulièrement à permettre à ces femmes de mieux comprendre ce qui les entoure pour qu’elles puissent enfin se libérer. Ainsi, nous les emmenons chaque semaine visiter les institutions et administrations. Notre dernière sortie était à la poste où un employé à généreusement accepter de leur enseigner les bases pour ouvrir un compte, remplir un chèque, etc. Chaque visite est un émerveillement pour nous comme pour elles !

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Et n’importe quelle femme peut adhérer à votre association ?

Thérèse Clerc

Bien sûr ! Au début les femmes venaient peu nombreuses, aux environs de 3 ou 4. Aujourd’hui notre association a un tel succès que nous sortons parfois à 25 !

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Comment parvenez-vous à gérer votre vie de famille et votre vie privée ?

Thérèse Clerc

C’est vrai qu’entre les interviews, les associations et la création d’autres projets ça n’est pas évident. Je n’ai pas une minute de libre. J’ai 14 petits enfants et je ne les vois pas très souvent. Mais je sais qu’ils sont fiers de leur grand-mère. Récemment j’ai tourné un film sur la sexualité des vieux. Je décolle d’ailleurs la semaine prochaine pour Montréal où nous avons été sélectionné au festival. Alors que certains passent leurs journées devant leur poste de télé, de mon côté, j’ai à peine le temps de l’allumer.

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Mais à bientôt 80 ans, comment faites-vous pour être toujours si dynamique ?

Thérèse Clerc

C’est l’espérance qui me maintient en forme. J’ai l’impression que chaque jour est un pas de plus pour parvenir à mon rêve. Certaines choses me révoltent, comme les lois qui ne sont pas appliquées, et je me bats chaque jour pour que cela évolue.

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Que pensez-vous de la jeunesse d’aujourd’hui ?

Thérèse Clerc

Malheureusement je constate aujourd’hui un manque d’engagement certain chez les jeunes. Les intellectuels se font de plus en plus rares, les réflexions sont trop peu nombreuses ou mal orientées.

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Et les manifestations contre le CPE. N’était-ce pas là une forme d’engagement de la part des jeunes ?

Thérèse Clerc

Je pense que le débat sur le CPE n’a pas été assez mûri. Les jeunes ne se posent pas les bonnes questions. J’ai le regret de constater qu’ils s’accrochent à de vieilles lunes alors qu’il est grand temps qu’en arrive une nouvelle. Mille interrogations restent encore en suspend quand elles daignent être soulevées d’ailleurs. C’est pour cette raison que je souhaiterais créer un café intergénérationnel, qui ouvrirait le débat entre jeunes et seniors sur le travail, le temps choisi, les 35 heures, l’identité, la citoyenneté, etc.

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Et concernant les femmes plus particulièrement qu’en pensez-vous ?

Thérèse Clerc

Les femmes restent encore naïves face à leur environnement. Elles n’ont pas conscience d’être manipulées. C’est regrettable mais je ne perds pas espoir que cela change un jour.

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Et du point de vue de la mode quel regard y portez-vous ?

Thérèse Clerc

C’est un sujet qui me passionne. J’ai longtemps travaillé dans le textile et je pense que cela manque d’innovations. Pour nous les vieilles, il n’y a que très peu de choix et il en va de même pour les femmes rondes. Je réfléchis actuellement à travaillé sur de nouvelles matières plus amples. Le stylisme est un art qui m’intéresse véritablement. D’ailleurs nous organisons régulièrement des défilés de mode avec les femmes de l’association. Chacune vient habiller dans sa tenue traditionnelle. Cela donne lieu à de magnifiques défilés de boubous et djelabas. Un régal pour les yeux !

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Pour finir quel message souhaiteriez-vous délivrer à nos lectrices ?

Thérèse Clerc

Tout simplement : méfiez-vous des hommes. Sachez lire entre les lignes. La grammaire même est un signe de notre invisibilité. Combien de noms n’ont pas de féminins ? Souvent l’anonymat du langage est le reflet de l’effacement de la femme, et cela jusqu’aux comptes les plus populaires.

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