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Le songe premier ou l’enfance comme dernier territoire de libertéConte poétique illustré par deux enfants, méditation philosophique sur l’imagination, fable politique sur la dépossession du sensible, Alphonse et le songe premier d’Othman Ihraï appartient à cette lignée rare de livres qui semblent simples parce qu’ils sont profonds, et lumineux parce qu’ils sont graves. Sous les traits d’un petit singe poète, c’est toute une conception du monde qui se joue : celle d’un refus obstiné de l’aliénation moderne et d’une fidélité radicale à l’enfance du regard.

Othman Ihraï est poète et musicien, installé à Auray, dans le Morbihan. Né à Casablanca en 1982, il s’installe à Nice en 2000 pour y mener des études de droit, avant de rejoindre la Bretagne en 2018 « pour retrouver l’océan qui a bercé ses nuits d’enfants ».
Il publie cette même année Demain n’existe pas, recueil de poèmes illustré par Mehdi Maiez, suivi de Nocturnes Arabesques (2023), illustré par Fabienne Léon.
Entre 2021 et 2023, il signe la trilogie romanesque Algorythme, satire du monde contemporain où l’absurde côtoie le sarcasme, revendiquant explicitement une filiation avec Fabcaro, John Kennedy Toole et l’héritage dialogué de Michel Audiard.
Mais Alphonse et le songe premier, publié en 2025 aux éditions Fine Pluie, marque un tournant. Le livre est illustré par ses deux filles, Romane (10 ans) et Louise (7 ans).
Othman Ihraï le dit lui-même : « J’ai toujours été très touché par leurs dessins et ceux des enfants de manière générale. Quelle qu’en soit la qualité, ils sont empreints d’une fragilité poétique, d’une naïveté touchante qui m’évoque le son d’une douce mélodie. »
Le projet est intégralement familial : écrit par le père, illustré par les filles, mis en page par l’épouse, édité par une maison cofondée avec sa mère. Cette genèse n’est pas anecdotique : elle est le cœur même du livre.
Alphonse est « un petit singe poète qui vient d’atteindre l’âge de raison ». Avec le temps, « le dixième de son âme s’est évaporé », celui qui lui permettait de « parler aux astres et de tutoyer l’éternité ».
Cette idée rappelle immédiatement Novalis (Friedrich von Hardenberg, 1772-1801), poète et philosophe allemand du premier romantisme, pour qui « le monde doit être romantisé », c’est-à-dire rendu à son mystère. Novalis pensait que la poésie et le rêve sont des moyens d’accéder à la vérité et que le monde moderne avait perdu son sacré. Sa phrase célèbre signifie qu’il faut retrouver le mystère derrière l’utilité et voir l’infini dans le quotidien.
Dans Alphonse, le petit singe est incontestablement novalisien : il refuse le monde désenchanté, cherche le songe premier et incarne l’imagination comme une vérité indémontrable, fidèle à l’héritage de Novalis.
Alphonse et le songe intérieur rappelle également Walter Benjamin, qui écrit dans Enfance berlinoise, que l’expérience enfantine est un rapport au monde non encore colonisé par l’utilité.
Refusant cette perte, Alphonse part à la recherche du songe premier, « la mère de toutes les muses », dans une ville où « les hommes se forcent à être malheureux, parce qu’ils ne savent pas faire autrement ».
Le conte rejoint ici la tradition des récits initiatiques : de Candide de Voltaire au Petit Prince de Saint-Exupery , de La Conférence des oiseaux d’Attâr aux fables de La Fontaine, où l’animal dit ce que l’homme n’ose plus penser.
La ville d’Alphonse et le songe premier est dominée par le Métronomique, machine symbolique qui cadence les existences. Le temps n’y est plus vécu, il est compté.
On songe à Hartmut Rosa et à sa Critique sociale de l’accélération, ou encore à Max Weber, lorsqu’il évoque la « cage d’acier » de la rationalité instrumentale.
Les « hommes vêtus de noir », automates de l’ordre, incarnent cette société de contrôle où la fête elle-même apparaît réglementée, filtrée, conditionnelle. Le carnaval – espace bakhtinien par excellence (Mikhaïl Bakhtine, 1895-1975, philosophe et théoricien russe de la littérature ; cf. L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et à la Renaissance) – n’est toléré qu’à condition d’être surveillé.
Bakhtine y montre un carnaval qui n’est pas seulement une fête , c’est en premier lieu un moment de subversion où les hiérarchies s’inversent, où les puissants sont ridiculisés, où le corps, le rire et l’excès reprennent leurs droits, où le monde officiel est suspendu .
Cela signifie qu’il mélange sérieux et grotesque, efface momentanément les classes sociales et laisse triompher le vivant sur la norme.
Dans Alphonse, le carnaval, Félix le squelette dansant, la foule débordante et les hommes vêtus de noir dissous dans la liesse sont profondément et explicitement de fait bakhtiniens car l’ordre mécanique des grandes personnes s’effondre et la vie reprend le dessus.
Figure inoubliable du livre, Félix – « un squelette avec un trou dans ses chaussettes » – surgit comme un héritier direct des danses macabres médiévales et de François Villon, pour qui la mort n’est jamais séparée de la farce.
Mais Félix est aussi un personnage profondément philosophique. Il rappelle à Alphonse : « Rêver, ce n’est pas perdre son temps, mais en faire bon usage. » On est pas loin de la réflexion de Gaston Bachelard, pour qui l’imagination n’est pas un luxe, mais une fonction vitale de l’esprit, une « puissance de dépassement ».
Contre l’art sans âme : machines, automates et illusion du progrès. Le moment le plus sombre du livre survient lorsque les grandes personnes tentent de fabriquer l’émotion. Le chant du singe automate et de l’ange du Métronomique échoue : « Musique sans souffle, rêverie sans imagination, art sans âme, sans joie ni chagrin. »
Difficile de ne pas entendre ici une critique radicale de l’illusion technicienne, telle que formulée par Jacques Ellul, pour qui la technique finit toujours par se substituer à la vie qu’elle prétend servir.
La fin du livre n’est ni un retour naïf, ni une fuite. Alphonse revient transformé. Son cœur a changé. Il a aimé, souffert, compris. Il a grandi.
« Ce n’est pas tout à fait le même cœur qu’avant. C’est un cœur d’adulte. »
Mais un adulte qui n’a pas trahi l’enfant. Cette tension rappelle Rainer Maria Rilke, dans Lettres à un jeune poète, lorsqu’il écrit que la maturité consiste à « redevenir enfant, consciemment ».
Alphonse et le songe premier n’est pas un livre clos. Son adaptation en spectacle musical et théâtral est en cours, portée par Afrasonic y El Globish Poetry Orchestra, trio fondé par Othman Ihraï avec Manu Cacerès et Gregory Lampis.
Le projet mêle poésie, musique, théâtre et vidéo, dans une continuité évidente avec l’univers du conte. Comme le groupe lui-même, cette œuvre se tient « au carrefour d’identités multiples », mêlant rumba, pop, dub, électrochill et chanson française.
Voici la part irréductible du rêve : Alphonse et le songe premier peut être lu comme un conte pour enfants.
Il peut aussi être lu comme une fable philosophique, une critique du monde moderne, un manifeste poétique contre la dépossession du sensible.
Mais surtout, c’est un livre né d’un geste d’amour, et qui rappelle, avec une douceur obstinée, cette vérité simple et redoutable :
La vérité poétique est indémontrable. Et c’est précisément pour cela qu’elle est indispensable.
Caroline Gutmann évoque « Après la Shoah » d’Emmanuelle Friedmann lors de son émission du 3 février sur RCJ

Léa Moscona invite Marianne Vourch sur Radio J
A revoir ici :
Lise Gutmann invite Emmanuelle Friedmann sur Radio J pour « Après la Shoah »
Pour télécharger la version PDF des argumentaires littéraire et musical sur Alphonse, merci de cliquer ICI et ICI


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Jean-Jacques Dayries dans Saisons de culture
Responsable des affaires en Asie du groupe PECHINEY, il a ensuite travaillé dans la banque d’investissement en Europe et aux Etats-Unis à la Compagnie de SUEZ puis au CREDIT LYONNAIS avant de créer AEW Europe, dont il a été administrateur et directeur général. Cette société gère aujourd’hui €40 milliards d’actifs immobiliers à partir de dix filiales dans les principales capitales européennes. Au cours de sa carrière, M. Dayries a été administrateur de nombreuses sociétés, cotées comme non cotées. Il est devenu écrivain.
Jean-Jacques Dayries, vous avez successivement été administrateur et directeur général dans des entreprises très prestigieuses, où vous avez toujours réussi. Depuis quelques années, vous vous lancez à corps perdu dans l’écriture. Fort de cette double expérience pensez-vous que la littérature est un domaine plus difficile pour être reconnu à sa juste valeur ?
La vie est faite de plusieurs phases. La grande phase de la vie active est essentielle. Ce sont les quelques décennies où l’on s’investit dans un projet qui est plus ou moins personnel, plus ou moins imposé. Enfant d’expatrié, je n’ai jamais imaginé vivre dans mon coin, mais plutôt continuer à explorer le monde. En travaillant à l’international, vous avez cette possibilité. Cette chance. Le poète Henri Michaux a écrit quelque part : ‘surtout ne pas crever sans avoir fait le tour de sa prison’. Elle peut être petite ou très grande. J’ai préféré qu’elle soit la plus grande prison possible ! La maxime s’applique à ma vision de la littérature. Au bout du parcours professionnel, avec ses succès et ses difficultés, vous pouvez décider de vous mettre en pause ou non. Lecteur compulsif depuis toujours, j’ai décidé d’une nouvelle phase, celle de la création littéraire ‘à ma façon’. Une ‘prison’ à explorer, en quelque sorte pour citer Michaux à nouveau. Au bout de mes nombreux mandats d’administrateur de sociétés, j’ai consacré de plus en plus de temps à mon travail littéraire. J’ai écrit six livres dont quatre ont été publiés. Cette phase de vie est pleine de liberté. Vous n’avez plus des équipes aux quatre coins de la planète mais votre table de travail, solitaire et exigeante. Des thèmes à explorer, des intrigues à construire, des héros qui vivent et vous habitent. C’est un travail d’entrepreneur, tout à fait passionnant.
La question de la valeur est importante. C’est bien sûr essentiel d’avoir des lecteurs qui partagent votre vision ou bien qui sont émus par ce que vous leur proposez. Dans la vie des affaires, la notion de valeur se mesure vite et facilement dans un résultat annuel ou un cours de bourse. Dans le monde de la littérature et de l’édition, la valeur est une notion plus subjective et le succès ne garantit pas l’estime, comme l’inverse ! Se faire connaître et partager son travail me semble beaucoup plus aléatoire et difficile. Même avec l’aide des réseaux sociaux.
Vous avez évolué dans des milieux brassant beaucoup d’argent. Vous découvrez un monde où 99% des écrivains sont ultra pauvres, ne vivent pas de leur plume, appartenez-vous à ceux qui rêvent de changer le monde afin que les auteurs puissent naturellement vivre de leur art et de leur créativité, ou estimez-vous que le privilège et le charme de la vie d’artiste – y compris les écrivains qui créent de la beauté avec des mots – sont aussi dans cette bohème, cette précarité ?
C’est un fait. Terrible et dérangeant. Toute la chaîne est en difficulté : les libraires, les distributeurs, les éditeurs, les auteurs. En décidant de consacrer de plus en plus de temps à l’écriture, je n’avais pas l’objectif d’en vivre. Je souhaitais simplement raconter des histoires intéressantes, avec des héros attachants. Ecrire est un grand plaisir. Le partager est une grande joie. Mon travail est toujours l’occasion de faire pénétrer le lecteur dans un milieu social, une entreprise ou un métier qu’il aurait peu de chance de voir de l’intérieur. Je m’adresse à un public qui souhaite lire autre chose que de la littérature de gare, des romans policiers, ou les romans pour jeunes femmes qui sont si diffusés. Jamais de sordide ou de misérabilisme, des héros positifs, comme dans la vraie vie. Avec une écriture qui a de la tenue. Sinon, j’aurais honte ! Comme je ne suis pas obligé de faire de la copie alimentaire (dommage pour mon éditeur), je peux essayer de garder un objectif de qualité. Sans l’ambition de révolutionner la littérature. En restant honnête.
Dans la finance, il faut savoir prendre des risques. En littérature, diriez-vous aussi qu’il faut savoir se mettre en danger pour récolter le succès ?
Le premier défi, c’est que brusquement, vos amis et vos relations d’affaires vous voient différemment ! Vous pratiquez un sport difficile dans lequel ils ne se lanceront jamais. Ne serait-ce que parce qu’il faut faire un investissement personnel important. Avec régularité, vous devez retourner à votre table de travail. Un roman de 200 pages, c’est au moins 600 heures de travail. Un investissement d’une année, à condition d’être rapide. Comme pour n’importe quel investissement, ‘no risk, no return’. Vous devez risquer cette aventure pour obtenir un résultat… qui peut être décevant. Être la risée de vos amis. Comme pour toute entreprise, il y a une certaine ivresse à tenter le pari. Car au-delà du succès, c’est totalement gratifiant d’aller à la rencontre de ses lecteurs… une fois le risque pris.
Votre œuvre est constituée jusqu’ici de plusieurs romans « Jungle en multinationale », « Quatuor », « Un être libre » … pour en citer quelques-uns. On devine que vous y avez mis beaucoup de vous, néanmoins en imaginant des personnages et des histoires romancées. Est-ce un moyen de préserver votre vie privée ?
Dans un roman, l’intention peut être autobiographique, c’est trop souvent le cas, ou bien totalement détachée du vécu de l’auteur. Il n’y a pas d’interdit. Ce qui m’intéresse est de peindre un milieu social et des situations réalistes. Des lieux ou des évènements qui me sont familiers. Des personnages qui sont plausibles. Je transmets beaucoup de ce que je sais de la vie des affaires, de l’économie politique, et même de la cuisine ou de la navigation à voile. A travers une histoire romanesque qui me semble plus captivante qu’un étalage nombriliste. Etaler sa vie privée, c’est manquer d’idées ou d’ambition. Quoique… certains ont eu le Prix Nobel en choisissant cette voie.
Schopenhauer disait : Un écrivain doit se fourrer tout entier dans son œuvre ; pensez-vous qu’il a tort, ou bien encore que ce soit possible de se fourrer tout entier dans son œuvre sans faire de l’autofiction ?
Je crois qu’il y a une forme d’engagement dans l’écriture. C’est un sport de haut niveau. Il faut y mettre toute son énergie et mobiliser tous ses atouts. C’est ainsi qu’il faut lire ce propos. Cela ne signifie pas qu’il soit nécessaire de se répandre sur ses propres malheurs ou de se vanter d’exploits improbables. L’autofiction est peut-être un moyen commode de soigner un malheur intérieur. Je n’ai pas de goût pour les gens qui se plaignent. Mon admiration va aux êtres positifs, courageux. Ceux qui ont une vision à partager.
Un écrivain doit-il être pudique sur ses blessures intimes ?
La beauté de l’exercice d’écriture réside dans la liberté qu’il offre. La page est blanche pour tout un chacun. La noircir est un privilège. Il n’y a de contraintes que celles que vous acceptez. Stendhal ne s’exprimait pas sur ses blessures intimes. Proust en a fait son fonds de commerce. Il n’y a pas d’obligation. Tout est permis. Seul compte un résultat que des lecteurs apprécieront à sa valeur. Sans garantie !
L’écrivain est-il là pour rendre son lecteur heureux lors d’un moment de divertissement ou bien pour carrément influer sur le cours de sa vie, chambouler ses certitudes, le faire grandir ?
C’est la plus grande ambition possible : un lecteur qui prend plaisir à lire un texte que vous avez créé avec plaisir. Ce texte peut être ardu et sérieux. Il peut être simplement amusant. Peu importe. Ce plaisir, le lecteur le garde en mémoire. Il peut l’accompagner pendant de longues années. Il y a ceux qui ont lu ‘Cent ans de solitude’ ou ‘Les trois mousquetaires’ et les autres. Quelle responsabilité pour l’auteur !
Votre œuvre comporte de la beauté, mais des fulgurances tragiques (« Quatuor ») ; les drames en littérature sont-ils là pour nous aider à davantage apprécier par contrastes les moments paisibles de la vie ?
Le drame n’est pas nécessaire. Quand on est en manque d’idées, il est facile de créer un accident comme de faire disparaître un personnage. La littérature est pleine de ces facilités. C’est une manière de ‘faire de la copie’. Le tragique doit être justifié par l’histoire qui est racontée. Sinon, on sent la manipulation plus ou moins racoleuse.
On dit souvent que les écrivains sont des écorchés vifs… Etes-vous un homme serein ?
Certainement pas. Mais pas torturé non plus. Seulement désireux d’explorer le monde bravement. Avec un peu d’humour et d’humilité.
En dehors de vos enfants, avez-vous l’impression d’avoir accompli des choses dans votre vie qui vous survivront autant que vos livres ?
Le jour où l’on disparait, on survit dans le souvenir que certains garderont de vous. Les équipiers de Tabarly se souviennent toujours avec émotion du grand marin, timide et taiseux. Mes jeunes collaborateurs qui ont fait de belles carrières un peu grâce à moi, les entreprises que j’ai aidées à progresser, mon équipage familial, c’est ma trace personnelle. Avoir fait plutôt du bien. Mis dans ces livres un peu de ces expériences accumulées. Avec honnêteté.
Depuis peu, vous animez des ateliers d’écriture, que retenez-vous de cette expérience ?
Toujours l’idée de la transmission et du partage. J’essaye d’encourager. De dire que 600 heures pour écrire un roman, c’est finalement accessible. L’essentiel est d’éprouver sa liberté. De se faire plaisir !