L’extraordinaire Damie Chad offre une lecture en conséquence de « Sylvie-Johnny » pour CHRONIQUES DE POUPRE

Chroniques de pourpre par Damie Chad

Cette semaine, à propos du roman SYLVIE JOHNNY LOVE STORY, Damie Chad écrit dans CHRONIQUES DE POURPRE ces lignes sublimes : « Ces pages sont à lire comme autant de monologues raciniens, Marie Desjardins use d’une écriture sans appel, un scalpel introspectif qui n’épargne rien, qui triture les chairs de l’âme, qui la met à nu, qui ne cèle rien, ni les non-dits, ni les mensonges que l’on se raconte, ni les rancœurs secrètes qui rancissent le cœur encore plus cruellement que les trahisons les plus éclatantes. »

SYLVIEJOHNNY
LOVESTORY
MARIE DESJARDINS
( Les Editions du Cram / 2016 )

Les livres consacrés à Johnny ne manquent pas. Certains adulent Hallyday et d’autres l’abhorrent. Pour ces derniers peut-être a-t-il vécu l’existence tourbillonnaire qu’ils auraient tant aimé vivre. A laquelle ils n’ont pas osé prétendre. Nietzsche nous a prévenus, nos conduites sont souvent filles d’un ressentiment dont nous refusons d’être conscients. Nos petits arrangements avec la vie – les citernes vides de notre si terne existence pour employer les mots qui disent au plus près nos inconséquences – grimacent comme autant d’ironiques miroirs brisés. Aujourd’hui Sylvie Vartan n’attise plus les mêmes adorations et les mêmes jalousies qu’autrefois. Certes elle fut la compagne de Johnny – il y a longtemps – mais elle n’était qu’une yé-yé, avec tout ce que ce terme induit de mépris et de condescendance. Qu’on lui en dénie ou reconnaisse le titre, au-delà de toute admonestation vitépurative ou récupération laudative, Johnny reste un rocker. Le rocker français par excellence. Le fondateur.
C’est du Canada neigeux que nous vient cette étrange chronique des amours tumultueuses de Sylvie et Johnny parue pour la première fois en 2010 chez Transit Editeur. Peut-être n’est-ce pas un hasard si elle provient de ce pays en même temps cousin et si lointain du nôtre. L’auteur n’est autre que Marie Desjardins, nous avons beaucoup apprécié voici quinze jours son Ambassador Hotel, La mort d’un Kenedy, la naissance d’une rock star, roman imaginaire d’un groupe de rock qui n’a jamais existé, hormis peut-être dans les égrégores – ces résidus psychiques – de l’inconscient collectif de tous les rockers du monde. Qui ne se tendent guère la main et ne s’unissent point davantage, mais ceci est une autre histoire. Tribus indiennes hautement bariolées toujours prêtes à déterrer la hache de guerre l’une contre l’autre.

Les passions humaines sont-elles comme ces soleils morts dont la lumière nous parvient encore des millions d’années après leurs extinctions. Existent-ils des brasiers incandescents qui jamais ne s’éteindront. Marie Desjardins s’est-elle voulue vestale sacrée chargée par les Dieux de rallumer le feu d’un foyer dévasté par les cendres oublieuses du temps passé qui toujours vole de l’avant, obstinément aussi immobile que la flèche cruelle de l’imparable Zénon, refusant de s’enfuir et renaissant éternellement dans la stagnance de sa propre présence ?
Dans les pages de garde de la rubrique  » Même auteur » Sylvie , Johnny love story est classé dans la rubrique de quatre romans écrits par Marie Desjardins. Nous en prenons acte, ce qui ne nous empêche guère de penser que nous inscririons plutôt ce texte dans la rubrique Poésie ( absente de cette bibliographie ), ou alors de l’entrevoir à la manière antique, comme ce talismanique Daphnis et Chloé, roman choral de Longus. A la mode de chez nous. De nos temporalités heurtées. Rien de pastoral ni de bucolique dans les amours tourmentées de Sylvie et Johnny.

Une histoire d’une banalité absolue, celle d’un couple qui se rencontre, qui s’aime, qui se déchire, qui divorce. Avec tout ce que ce dernier terme induit de conduites sociétales. De ces scansions indépendantes de notre seule volonté qui entremêlent en une même tresse nos inclinations atomiques les plus intimes avec les sanctions symboliques prévues par la loi grégaire du groupe. Nous y réfléchissons peu, mais à chaque moment nous subissons la manipulation prédatrice et insensible de nos congénères.
Avant d’ouvrir ce livre, l’on pourrait opérer un procès d’intentions en facilité à Marie Desjardins. Un ouvrage qui ne manque pas de pain. Facile à écrire puisque la documentation est pléthorique. Rien qu’avec les unes de France-Dimanche et les articles de Match, le volume n’est pas commencé qu’il est déjà écrit à moitié. Pour être gentil, parce que si l’on rajoute les biographies des deux principaux intéressés, les témoignages des principaux témoins de l’affaire, sans parler des nombreux ouvrages dévolus à l’exploration plus ou moins croquignolesques de la carrière de Johnny, ce sont les neuf dixièmes du bouquin qui sont performés avant même d’en avoir tapé le premier mot sur un ordinateur. Oui, mais Marie Desjardins ne mange pas de ces farines-là. Certes elle connaît son sujet, n’en ignore aucune anecdote, mais elle a refusé de se laisser envahir par les détails qui vous enlisent, avant de se vouer à cette tâche elle a soigneusement chassé de sa table de travail, vilains mots remplaçons-les par son espace – physique et mental – de création, toute oiseuse documentation. Je ne citerai qu’un seul exemple. Parmi mille autres possibles.

En juin 1973, le hit J’ai un problème squatte toutes les antennes de radio, les paroles sont de Jean Renard ( provinois notoire et grand-père de Shaké Mouradian dont nous chroniquâmes voici neuf ans le roman Jude R dans notre livraison 78 du 22 / 12 / 2011 ) elles mettent en scène les retrouvailles de Johnny et Sylvie, la énième assomption du couple qui bat d’une aile frénétique, à la télévision l’on aura droit  » en direct  » au baiser de réconciliation des deux amoureux – toute la France populaire émue en pleure de bonheur en ses chaumières – la bonne aubaine pour Marie Desjardins, un chapitre entier, au minimum vingt pages d’assuré, et en avant la musique, tous les dessous et tous les dessus de l’affaire révélés, analysés, scrutés en ses tréfonds les plus sordides. Ben non ! Pas une ligne. Pas un mot. Passé à l’as de pique. Vous n’en saurez rien. Marie Desjardins s’en désintéresse totalement. Ce n’est pas le sujet de son livre.

Vous tiquez. Comme un cheval qui n’en finit pas d’avaler de l’air en s’appuyant sur le rebord de son abreuvoir. Je suis désolé, mais ce qui va suivre renforcera votre angoisse. Qui voit-on dans cet ouvrage : Johnny et Sylvie – respirons c’est la moindre des choses – un soupçon de parents de Johnny, un petit peu plus ceux de Sylvie, David – l’enfant de l’amour – Carlos le secrétaire de Sylvie. Et puis c’est à peu près tout. Quelques noms de-ci de-là surnagent dans le désastre de cet anonymat collectif. J’oubliais la bruyante suite tapageuse non identifiée des copains de Johnny. A la cour du roi Johnny, plus on est de fous, plus on rit, plus on boit… Et puis plus rien. Marie Desjardins n’est pas une adepte du name-dropping. Ne donne pas dans ce genre de facilité. Si cela vous chante vous pouvez vous amuser à un super-jeu de société : ah oui, là c’est la scène avec Bidule… et ici c’est quand Schmoulefrite fait… Il est indubitable que Marie Desjardins ne participera pas à vos futiles amusements de Monsieur-je-sais-tout-de-Johnny ou de Madame-je-n’ignore-rien-de-Sylvie. Manifestement elle n’est pas une fanatique des triviales poursuites circonstancielles. Les noms ont ici pour ainsi dire fonction de couleur locale.

Certes vous avez le décor, les lieux, les endroits, les meubles, les objets, les couleurs. Ne décolle pas non plus de la trame chronologique, les pérégrinations familiales, les circonstances historiques de la cette première génération née durant la deuxième guerre mondiale et qui s’éveillera à l’aube des trente glorieuses, les entrechats du showbiz, l’enfance de nos héros, leur rencontre, leur attirance, leurs fiançailles, leur mariage, leur vie de couple, leurs carrières… Certes s’il avait été agent d’assurances et elle vendeuse dans une boutique de fringues… Rien ne se serait passé comme elle le raconte. Les modalités de votre existence influent sur votre personnalité, votre caractère, vos goûts, vos idées, votre pensée et vos sentiments, vos actes et vos volitions. Marie Desjardins n’oublie aucun de ces termes. Mais elle vise au plus intime. Ô insensé qui crois que je ne suis pas toi. Elle raconte Sylvie et Johnny en dehors de toutes les écorces mortes du vécu.
Comment notre vécu s’interpénètre-t-il avec notre sensibilité ? Comment l’extérieur influence-t-il notre intérieur. Comment le monde nous modifie-t-il, comment se sert-il de notre étendue psychique pour la modeler entre le pouce de la nécessité et l’index du hasard afin de nous transformer à sa guise, tel Descartes joue en ses Méditations avec la cire de l’étendue, et comment réagissons-nous à cette empreinte, comment parvenons-nous à y imprimer la marque indélébile de ce que nous sommes, ou de ce que nous croyons être, ou de ce que nous désirons être !

Là n’est-il pas le problème fondamental. Savoir exactement la puissance de notre opérativité, de notre efficience personnelle sur le monde. La réponse qu’en apporte Marie Desjardins n’est pas des plus optimistes. En apparence nos deux amoureux ne parviennent à n’interagir que l’un sur l’autre. Soyons négatifs : ils sont victimes, soyons positifs : ils sont porteurs de leurs propres êtralités, ils ont beau faire, ils ont beau dire, certes ils ont choisi leur vie, n’ont pas ménagé leurs peines et leurs joies en toute connaissance de cause des nécessaires implications artistiques et existentielles – tournées incessantes, éloignements impératifs – dans le but recherché d’assouvir et d’explorer les potentialités de leurs métiers respectifs. Jamais ils n’auront la force de surmonter, non pas leurs différences, non pas leurs divergences, mais leur trajectoire impulsive, cette course toute personnelle dans laquelle nous nous propulsons selon les affinités les plus électives de notre propre consubstantialité, par laquelle et en laquelle, à nos corps semi-défendant et semi-consentants, nous sommes happés en un engrenage pervers des plus étrangers, des moins maîtrisables.

Johnny et Sylvie se sont aimés. Ils auraient pu être heureux. Ils l’ont été. Par intermittences, ce qui est déjà beaucoup, mais le pire c’est qu’ils ne l’ont pas été, sinon aussi par intermittences. Unis par un sentiment d’incomplétude souveraine. C’est cela que s’attache à rendre visible Marie Desjardins, nous fait pénétrer dans l’âme esseulée et désertée de nos deux héros. Elle s’attarde davantage sur Sylvie, peut-être parce qu’elle est femme et qu’elle distingue mieux les affres et les pâmoisons féminines, sûrement parce que Johnny est plus secret, plus ténébreux et que toute une part de la psyché masculine reste pour elle un continent noir… peut-être parce que Sylvie a beaucoup plus souffert que Johnny, qu’elle était en attente de Johnny, alors que Johnny, grand amateur de chair féminine, ne s’interdisait la consommation d’aucun lot de consolation ou de conquête… Johnny le rocker, sex, drugs and rock’n’roll, Sylvie non pas l’épouse éplorée mais la femme de tête et de stratégiques concessions… Qui ne furent pas à perpétuité. Mais Marie Desjardins ne charge point plus fort l’un des deux plateaux de la balance, un fait reste indubitable : Johnny et Sylvie se sont aimés. Sincèrement, authentiquement. Une love story qui doit se terminer comme toutes les histoires, puisque par essence toute histoire a une fin. Une passion. Autrement dit, une tragédie ontologique. Un aérolithe tombé par mégarde destinale sur deux êtres humains qui n’étaient pas faits l’un pour l’autre, si on estime le phénomène selon les paramètres de la froide raison, un cadeau des Dieux destructeurs, trop grand pour être contenu dans deux misérables vies humaines, cause kaotique d’une irrémissible fracture initiale. A entendre Le cœur en deux de Johnny Hallyday je n’ai jamais pu m’empêcher de penser à la couverture de la première édition d’Au-dessous du Volcan de Malcolm Lowry ( dans Folio) , en tant qu’image tarotique de haute signifiance.

Dans ce livre Marie Desjardins s’est attachée à décrire les émois d’une passion, ses désirs, ses troubles jouissances car ne jouit-on pas davantage de soi-même que de l’autre au travers des étreintes les plus fougueuses comme les plus tendres, ses folies, ses cassures, ses débris, ses détritus, ses désespoirs, ses triomphes, ses victoires, ses défaites, ses incendies, ses extases, ses outrances, ses outrages. A foison le poison ! Ces pages sont à lire comme autant de monologues raciniens, Marie Desjardins use d’une écriture sans appel, un scalpel introspectif qui n’épargne rien, qui triture les chairs de l’âme, qui la met à nu, qui ne cèle rien, ni les non-dits, ni les mensonges que l’on se raconte, ni les rancœurs secrètes qui rancissent le cœur encore plus cruellement que les trahisons les plus éclatantes.
Un lied sauvage et mordoré à la Tristan et Yseult, mais à la fin duquel et Tristan et Yseult oublient de mourir. Point de mort dorée. Ne se termine pas bien. Mais ne finit pas mal non plus. Piteusement, serait-il le mot le plus adéquat ? Puisque nous avons en ce début de chronique cité Nietzsche, le forgeron philosophe, empruntons-lui les mots de la fin. Humain, trop humain.
Un beau livre. Un poème. Un pur poaime. Pas forcément rassurant. Une tenace menace. L’inconciliabilité naturelle des êtres.
Damie Chad.

 

 

Marie-Hélène Cossé met à l’honneur Anne Bouillon dans le site MidetPlus

De quoi s’agit-il ? De yoga et de philosophie… Le rapport me direz-vous ? Et bien allier une discipline de l’esprit, la philosophie, à une pratique physique, le yoga, afin de donner du sens à sa vie, se réconcilier avec soi-même et permettre de se transformer tant physiquement que spirituellement.

Rétablir l’équilibre entre le corps et l’esprit

Nous sommes incarnés et nous emmenons sur le chemin corps et esprit. Bien souvent nous connaissons mal notre corps et ne l’écoutons pas, ni ne le respectons. Quant à notre mental, comment faire pour arrêter son bavardage incessant, comment venir à bout de nos préjugés, croyances et superstitions ? C’est l’ignorance de soi-même qui génère la souffrance. La pratique conjuguée du yoga et de la philosophie permet justement de réconcilier l’équilibre entre corps et esprit.

Le yoga apporte quelque chose de plus qu’un sport, il demande un effort intérieur. Dès son origine, il fut une philosophie comprenant tout un versant théorique que le yogi se devait de ne pas ignorer. Yoga et philosophie prennent en charge les mêmes noeuds humains et s’intéressent en premier lieu à la connaissance de soi-même, le fameux « connais-toi toi-même » de Socrate. Rendre à notre époque de l’image où les réseaux règnent sans partage la philosophie au yoga semblait la moindre des choses.

De philosophe à gymnosophe

Anne Bouillon a suivi un entraînement physique intensif de 7 à 17 ans pour être gymnaste. Ses parents la poussant à faire des études, elle étudie la philosophie jusqu’au doctorat. « La philosophie m’aidait à identifier les mauvaises énergies, les comprendre, les analyser. » explique Anne. Puis elle enseigne pendant 10 ans à l’université. Platon, Spinoza, Nietzsche, c’est ce qu’Anne a trouvé le plus proche de la gymnastique sur le plan mental, une discipline d’esprit. Aujourd’hui reconvertie en gymnosophe (ou yogi philosophe), elle propose des cours et des ateliers de philo-yoga où, à chaque séance, une thématique est abordée qu’elle appelle le noeud philosophique du jour (se connaitre soi-même, comprendre son corps, de quel corps suis-je capable, quel est mon mental, etc.) sur lequel la pratique qui suit se concentre.

« Le but est de chercher des possibilités, pas de faire des choses impossibles. »

Nos vies trépidantes nous conduisent à dissocier corps et esprit. Partons à la recherche de l’équilibre en utilisant la sagesse directement héritée des gymnosophes. Nous en avons besoin plus que jamais !

Marie-Hélène Cossé

©Cours MargueriteAnne Bouillon, professeur de yoga et docteur en philosophie, annegymnosophe@gmail.com, Facebook, Instagram, lagymnosophe.com (à partir de décembre 2019).
Cours de yoga-philo Chez Marguerite Paris 14 avenue Victoria, Paris 1er, métro Châtelet, les lundi 11h15-12h30, jeudi 18h30-19h30, vendredi 18h30-20h00, €25 la séance. Cours particulier de yoga €60 (se déplace dans Paris). Atelier de yoga-philo de 2h30 €120.

« l’évolution sentimentale d’une jeune femme tout au long du parcours initiatique de « l’or du Rhin » au « Crépuscule des dieux » « selon Jean-Marie Lambert (Amazon)

Commentaire Amazon : Nombreux sont les romans et essais littéraires plus ou moins heureusement inspirés par Wagner (cf.l’excellente « toxicologie wagnérienne » de Philippe Berthier). »La défense d’aimer » de Domitille Marbeau Funck-Brentano nous fait partager une passion aussi intense qu’éphémère dont Bayreuth est le cadre idéal,pendant le cycle 1978 du Ring Boulez/Chéreau.
Ce roman traduit un amour sincère pour l’auteur de la Tétralogie, et il est rare de voir réussi comme ici l’exercice si difficile d’écrire sur et à propos de la musique.L’auteure le fait avec simplicité, sans apprêt, et avec une grande sensibilité.Son grand-père, qui lui a transmis son goût pour Wagner dès son plus jeune âge, est très présent tout au long du livre, qui nous montre avec beaucoup de finesse l’évolution sentimentale d’une jeune femme tout au long du parcours initiatique de « l’or du Rhin » au « Crépuscule des dieux », et l’attirance qu’elle éprouve pour « Fasolt » est subtilement décrite…amour et humour n’étant pas incompatibles. La scène se déroulant dans la cathédrale de Bamberg est très réussie, et l’on est touché par la qualité littéraire avec laquelle sont évoqués les méandres des pensées de la narratrice…le titre « la défense d’aimer »est particulièrement adapté, et de plus il est éminemment wagnérien.
L’on reconnaîtra sans peine en « Fasolt » Pierre-Jean Remy, auquel Domitille Marbeau rend ici le plus bel hommage qui soit.
« La défense d’aimer » est un livre émouvant, dont la qualité littéraire est réelle et ne le destine pas qu’aux seuls wagnérolâtres, loin de là.

La Bretagne célèbre Anne Bouillon sur le site Breizh info – merci à Christian de Moliner

Anne Bouillon rend au yoga la philosophie

 

Anne Bouillon est docteur en philosophie et est l’auteur de Gilles Deleuze et Antonin, l’impossibilité de penser, essai magistral sur deux êtres crucifiés par la vie, la maladie et le suicide. Elle a écrit également de nombreuses chroniques dans divers manuels scolaires, magazines ou sites Internet.

https://www.youtube.com/watch?v=MSZk-SHqidw&feature=emb_logo

Après dix années d’enseignement universitaire, elle a décidé de prendre des chemins de traverse, comme dirait Deleuze, et vient de fonder un nouvel art original et fécond, fusion entre le yoga et la philosophie qu’elle exerce donc sous le nom de Gymnosophie, inspiré par les Présocratiques, notamment Parménide, à qui Platon attribuait la paternité de la philosophie, Héraclite l’obscur et Hippocrate lui-même, celui au nom de qui les médecins prêtent serment. Anne Bouillon se fait fort d’apporter du mieux-être aux Parisiens qui pratiquent avec elle cette discipline renouvelée, au nom fort ancien dont Platon évoquait lui-même l’importance pour retrouver l’équilibre entre le corps et l’esprit, retrouver son unité.

Selon Anne Bouillon, tous les problèmes nouveaux sont en fait très anciens : yogis, philosophes, penseurs et sages de tous pays et de toutes cultures les ont déjà portés et ont fourni des éléments de réponse.

Le mot sanskrit  yoga signifie « relier » « unir ». Son contraire, la maladie, se nomme dans cette langue antique Roga. Yoga et Roga, on voit ainsi que la pensée indienne, à l’instar de la grande métaphysique occidentale, aime manier l’art du paradoxe, et pour y répondre, a développé l’idée du philosophe-médecin.

Fidèle à la tradition, Anne Bouillon nomme les asanas (postures de yoga) en sanskrit, car ces termes  sont plus signifiants, profonds, essentialistes, si l’on veut, moins pâles que leurs traductions en Français ou en Anglais ; néanmoins elle enseigne un yoga occidental, ne se prétendant pas gourou, initié ou guide spirituel, mais ayant à cœur la quête de plénitude de ses contemporains.

Cette nouvelle approche du yoga apporte bien plus qu’un sport : elle permet de se retrouver, de se ressourcer et de découvrir en soi-même sa part de sacré.

Connais-toi toi-même

Yoga et philosophie visent la même connaissance de soi, le connais-toi toi-même de Socrate étant mis en exergue. Mais pour cela, il faut s’offrir du temps pour soi, afin qu’unies, philosophie et yoga donnent un sens à la vie, autrement, permettent de retrouver son propre centre.

Les postures du yoga ne sont qu’un moment de cette discipline ; lire des textes philosophiques ou mythologiques, se les approprier, les questionner, élaborer sa propre pensée en font également partie. Par exemple, quand il est difficile de méditer, une citation que l’on aime ou un poème, peut dans un premier temps servir de support à la concentration (dharana) qui rend ensuite possible la méditation (dhyana). La classe de Gymnosophie donne donc des clés, des outils, des réponses.

Les guides spirituels d’Anne Bouillon sont non seulement Gilles Deleuze et Antonin Artaud, qui, avec Spinoza, lui ont fait se poser la question de savoir quelles sont nos possibilités physiques et psychiques propres : et la réponse du yoga lui a fait comprendre que l’on pouvait, plutôt qu’à partir de l’intellect (celui de l’exigent Doctorat de philosophie), aller du plus grossier, du plus apparent, le corps physique, vers le plus subtil, afin de mieux se connaître soi-même à défaut de répondre à l’inéluctable question « Qui suis-je ? » Et pourtant, c’est Nietzsche qui propose une synthèse de cette enquête anthropologique avec son « corps je suis tout entier » – et nous voilà entièrement présent sur notre tapis de yoga – bien choisir son tapis semble alors très important !

La séance comprend un temps dédié sans jugement aux questions et aux réponses, pour tirer la synthèse de cette « leçon ».

Anne Bouillon reçoit en petit comité (sept personnes maximum) dans un magnifique appartement parisien : Chez Marguerite, au 14 avenue Victoria (Châtelet) – www.chezmargueriteparis.com (horaires et réservations).

Son propre site sera en ligne courant décembre : www.lagymnosophe.com, et en attendant, vous pouvez la retrouver sur sa page Facebook – La Gymnosophe, sur Instagram, la_gymnosophe, ou lui écrire à cette adresse : annegymnosophe@gmail.com, pour les cours particuliers ou les cours en entreprise. Anne Bouillon se déplace partout dans Paris.

Christian de Moliner

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Res Musica place « La Défense d’aimer » parmi ses Clefs d’or – Merci à Jean-Luc Clairet

À EMPORTER, LIVRE, ROMANS ET FICTION

La Défense d’aimer ou lorsque quarante ans seront passés

« une beauté magistrale et une finesse incroyable » pour Bruno Van Mieghem (Amazon)

Commentaire Amazon : Nombreux sont les romans et essais littéraires plus ou moins heureusement inspirés par Wagner (cf.l’excellente « toxicologie wagnérienne » de Philippe Berthier). »La défense d’aimer » de Domitille Marbeau Funck-Brentano nous fait partager une passion aussi intense qu’éphémère dont Bayreuth est le cadre idéal,pendant le cycle 1978 du Ring Boulez/Chéreau.
Ce roman traduit un amour sincère pour l’auteur de la Tétralogie, et il est rare de voir réussi comme ici l’exercice si difficile d’écrire sur et à propos de la musique.L’auteure le fait avec simplicité, sans apprêt, et avec une grande sensibilité. Son grand-père, qui lui a transmis son goût pour Wagner dès son plus jeune âge, est très présent tout au long du livre, qui nous montre avec beaucoup de finesse l’évolution sentimentale d’une jeune femme tout au long du parcours initiatique de « l’or du Rhin » au « Crépuscule des dieux »,et l’attirance qu’elle éprouve pour « Fasolt » est subtilement décrite…amour et humour n’étant pas incompatibles. La scène se déroulant dans la cathédrale de Bamberg est très réussie, et l’on est touché par la qualité littéraire avec laquelle sont évoqués les méandres des pensées de la narratrice…le titre « la défense d’aimer »est particulièrement adapté, et de plus il est éminemment wagnérien.
L’on reconnaîtra sans peine en « Fasolt » Pierre-Jean Remy,auquel Domitille Marbeau rend ici le plus bel hommage qui soit.
« La défense d’aimer » est un livre émouvant,dont la qualité littéraire est réelle et ne le destine pas qu’aux seuls wagnérolâtres,loin de là.

Grand entretien dans Causeur pour Daniel Horowitz

Dans son livre Leibowitz ou l’absence de Dieu, Daniel Horowitz explore la pensée politique et religieuse – controversée en Israël – de Yeshayahu Leibowitz. En quoi consiste sa foi paradoxale? Entretien.


Causeur. Vous venez de publier Leibowitz ou l’absence de Dieu, un livre consacré à Yeshayahu Leibowitz, un scientifique et intellectuel israélien décédé il y a 25 ans, très controversé dans son pays et peu connu en dehors d’Israël. Pourquoi vous intéressez-vous à l‘homme et à sa pensée ? 

Daniel Horowitz. La pensée de Yeshayahu Leibowitz se situe au carrefour des deux questions les plus fondamentales que pose la condition humaine : comprendre commentle monde fonctionne d’une part, savoir pourquoi il fonctionne ainsi d’autre part. La science permet de trouver des réponses à la première de ces questions. La recherche scientifique est à la fois possible et infinie, parce que toute découverte ne fait au fond qu’ouvrir de nouvelles questions. Quant à comprendre le pourquoi du monde, ou plus simplement pourquoi il (et donc moi) existe, ou encore, en d’autres mots, à chercher à savoir si la vie a un sens, cette chose-là ne relève d’aucun savoir. Dès l’âge de raison j’ai compris qu’il était illusoire de s’en remettre à la religion pour tenter de résoudre cette énigme, parce que je savais intuitivement que le sens de la vie n’était pas une question à poser à qui que ce soit d’autre qu’à soi-même ; que la vie nous était donnée sans mode d’emploi ni sens, mais que nous pouvions lui en donner un à condition de le vouloir. Partant, l’homme a le devoir vis-à-vis de soi-même de se libérer de la contingence au moyen de sa volonté. C’est dans ce sens que le judaïsme de Leibowitz est un existentialisme et c’est pour cette raison que sa pensée m’intéresse et pourrait – je l’espère – intéresser d’autres. 

Vous inscrivez Leibowitz dans une continuité allant de ce que vous définissez comme le « projet juif initial » – le rejet de l’idolâtrie – en passant par la sublimation des sacrifices d’animaux par la prière et les déités par  monothéisme abstrait et aboutissant à l’athéisme. Pourriez-vous expliquer cette thèse ? 

Une déconstruction minutieuse du judaïsme démontre que la pensée juive des origines n’a jamais eu d’objectif autre que celui d’éradiquer l’idolâtrie. Sa fonction a été de graduellement remplacer les idoles par un Dieu transcendant, abstrait, absent, et finalement, selon moi, inexistant… C’est ainsi qu’existe dans le judaïsme une dialectique qui va de Moïse à Spinoza en passant par Maïmonide, dont l’aboutissement logique est l’athéisme. Cette conclusion n’est pas celle de Leibowitz – un juif croyant et pratiquant -, mais c’est néanmoins celle qui s’impose au travers de sa pensée si on pousse sa logique jusqu’au bout. 

C’est justement sa conception d’un Dieu extérieur et « indifférent » au monde qui n’apporte ni consolation ni réponse aux grandes questions de l’existence qui vous permet de s’en passer totalement. Cependant, une religion n’est pas uniquement une philosophie. En s’adressant à l’humanité entière (en principe) peut-elle faire l’impasse sur les besoins profonds – affectifs, psychologiques et sociaux – des croyants ? 

A la question de savoir si une religion peut faire l’impasse sur les besoins des croyants, la doctrine de Leibowitz est que non seulement elle le peut, mais qu’elle le doit.  Le judaïsme ne consiste pas à éluder les besoins des croyants mais à les transcender en leur faisant prendre conscience de la vanité de l’existence. Il n’est pas anodin de noter que parmi les 24 livres du canon biblique ce sont l’Ecclésiaste et Job qui figurent parmi les favoris de Leibowitz. La raison en est que l’absence de Dieu y est patente. 

Le Dieu de Leibowitz n’est ni complice des humains ni « pourvoyeur de services ». En tant que scientifique il défend une conception mécaniste du Cosmos et exclut toute intervention divine dans la Nature ou dans l’Histoire. Son Dieu est transcendant et ne fait donc par définition pas partie du monde qu’il créa, tout comme l’architecte ne fait pas partie de la maison qu’il construit. Leibowitz constate «qu’il n’existe aucune corrélation entre ce qui arrive [dans la vie] et le fait de pratiquer la religion. C’est une réalité empirique avec laquelle aucun être doué de raison ne peut être en désaccord ».

Pourquoi croyait-il donc en ce Dieu absent ? 

Parce que pour Leibowitz l’homme manifeste sa liberté ontologique en se défendant d’un monde contingent, absurde et dénué de signification. C’est pour cela que les 613 Commandements régissant la vie des Juifs ne servent pas à obtenir quoi que ce soit mais les pratiquer consiste en un art de vivre qui ne suppose aucune contrepartie, parce que c’est la pratique en elle-même qui est la contrepartie

Nous sommes confrontés à l’absurdité de l’existence, mais cette évidence nous interpelle, parce qu’il y a quelque chose d’incompréhensible dans le fait même que tout en faisant partie du monde, nous soyons en mesure de le trouver absurde. La matière inerte, le monde végétal ou animal trouvent-ils également le monde absurde ? Nous n’en savons rien, mais l’angoisse que nous éprouvons à l’idée même de l’existence est indissociable de notre humanité. 

Ainsi, ce n’est que quand l’homme parvient à la conviction que Dieu est absent du monde que se pose la question de la foi (on n’a pas besoin de croire dans l’existence du monde). Celle-ci est le fruit d’une décision, et non pas d’une Révélation (impossible par ailleurs car Dieu est extérieur au monde). Le paradoxe consiste en ce que la condition première qui fonde la foi est la certitude qu’il n’y a pas – et qu’il ne peut y avoir – de preuve de Dieu. C’est à partir de là, et de là uniquement, que la foi peut trouver une place dans la conscience humaine.

Pour vous Maïmonide, le scientifique et philosophe juif du 11-12e siècle a utilisé un double discours pour s’adresser au peuple d’un côté et a l’élite intellectuelle de l’autre. En conséquence, ses écrits « élitistes » et notamment le Guide des égaréssont ignorés par les écoles talmudiques et l’orthodoxie. Maïmonide avait-il tort de déguiser l’épouvantable vérité (la finitude et l’indifférence de Dieu) aux masses juives ? 

Maïmonide est un guide spirituel mais aussi un homme de pouvoir qui voit dans le monothéisme un rempart contre l’idolâtrie, en particulier pour les masses incultes. C’est ainsi qu’il enseigne que « la Torah invite le commun des mortels à croire certaines choses dont la croyance est nécessaire pour la bonne marche de la société, comme par exemple que Dieu est irrité contre ceux qui lui désobéissent, et qu’il faut donc le craindre, le respecter et s’abstenir de le contrarier. Il faut donc distinguer entre croyances “vraies” et croyances « nécessaires ». Afin que la foi des gens simples se maintienne, la Torah permet qu’ils observent les Commandements dans l’espoir d’une récompense et s’abstiennent de pécher par crainte de la punition ».

Que peut trouver un Français vivant en France 2020 dans la pensée de Leibowitz ?

Le mérite de Leibowitz est d’avoir fait un immense pas conceptuel en ménageant à Dieu un espace métaphysique en dehors du monde. Il rend donc à Dieu ce qui est à Dieu et au monde ce qui est au monde. Cette vision a des conséquences politiques : elle implique une séparation radicale entre État et religion. 

Pour Leibowitz l’Etat est un mal nécessaire qui n’a d’autre fonction que celle de régler les rapports entre citoyens. Il n’est pas là pour déterminer le bien ou le mal, le juste ou l’injuste, définir la morale ou décréter des valeurs. Par ailleurs Leibowitz estime que dans une démocratie il faut s’opposer à la censure sous toutes ses formes. Etant donné qu’il n’y a aucun moyen de déterminer qui est qualifié pour censurer quoi, à quel moment, et selon quels critères, la liberté d’expression doit être totale, y compris quand elle est heurte les âmes sensibles. Donner autorité à qui que ce soit de déterminer ce qui peut ou ne peut pas être dit ou montré est pour Leibowitz d’office et d’avance à exclure. 

Si on évoque sa pensée politique, il faut rappeler ses idées concernant ce qu’on peut qualifier de la « Nation ».   

Pour Leibowitz la notion du peuple relève d’une « conscience collective en référence à une continuité historique ». Un peuple est une entité intersubjective qui peut être une combinaison d’éléments ethniques, territoriaux, politiques ou linguistiques, mais n’a pas à argumenter de son aspiration à l’existence ni à s’en justifier ; il doit au contraire la défendre sous peine de disparaitre. 

A la manière leibowitzienne je dirais que la francité relève d’un sentiment d’appartenance à un peuple ancien pétri de grandeur et de souffrance, de magnificence et de déchéance, de conquêtes et de défaites, aussi bien sur le champ de bataille qu’au niveau de la pensée. Cette longue histoire a créé une conscience collective transmise de génération en génération par des Français de souche ou de nouveaux venus s’étant approprié la francité. A cela il faut ajouter que celle-ci est d’origine chrétienne, et que le nier serait l’équivalent de parler d’un triangle qui n’aurait pas trois côtés.