Actualités (NON EXHAUSTIF)

Pandemic 4 « La nouvelle bourse » par Frederika Abbate

PANDEMIC 4
La nouvelle bourse

Chaque soir il égrène une longue série de nombres, debout, imperturbable, derrière un pupitre, endossant un costume qui semble un peu étroit aux entournures. Il énumère les nombres, accompagnés de lieux, d’une voix un peu neutre mais appuyée tout de même à certains moments pour que, sans que les consciences s’en rendent compte, quelque chose s’inscrive dans les esprits noir sur blanc. Que la mort rôde partout et qu’il suffit de se priver de liberté pour en être épargné. Sentence qui pourrait passer pour un vœu pieux s’il ne s’agissait d’une pure et simple flagornerie. Certains soirs, il profère aussi des promesses, des trains par exemple pour transporter des malades, des masques, des tests. Là, son ton devient emphatique, on croit même qu’il va s’envoler. Sous ses dehors de vautour, ou d’un quelconque oiseau rapace qui mange les morts, perce sa technicité toute professionnelle. Ne pourrait-il pas s’imaginer facilement, son crâne chauve recouvert de la coiffe pour cacher l’actant de l’acte odieux abhorré, donnant la mort en mettant en branle la guillotine  ? C’est évident qu’il fait plutôt penser à un bourreau.

Ces nombres qui s’égrènent, est-ce une nouvelle bourse  ? Car c’est bien le cours de la bourse qui aligne des nombres accompagnés de noms. Elle est en hausse, disait-on, elle est en baisse… Hier soir, il a même employé le verbe «  se solder  », pour déduire l’argent qui rentre de celui qui sort ou bien l’inverse  ? Non, ce n’était pas d’argent dont il s’agissait. Mais des personnes malades entrées à l’hôpital sur leurs deux jambes, ou à peu près, et des personnes qui en sont sorties à jamais allongées, direction la morgue. On fait l’opération mathématique et il en sort le verbe «  se solder  ». Là du moins, c’est clair.

Avant, les malfaisances se cachaient. Plus maintenant. Elles se produisent impunément. Elles sont même érigées en valeur. C’est pourquoi il est légitime de ne pas croire la porte-parole d’un gouvernement qui, lors de sa nomination, annonça qu’elle mentirait. Là, ce fut la dernière fois qu’elle disait la vérité. On peut étendre cette façon de faire à tous ses acolytes. Bientôt, on ne pourra plus s’en plaindre, c’est leur métier.

Des tests, des masques, des tests, des masques, c’est une véritable litanie… Où a-t-on vu un pays qui, par ailleurs donne des leçons de civilité à tout le monde, incapable de produire le nécessaire pour sa population  ? Où a-t-on vu une pharmacienne, transpirant tellement elle était gênée devant l’homme qui la suppliait de lui de commander des masques, sa femme étant malade et qui ne comprenait pas que cela était impossible, finir par lui dire qu’on avait envoyé les masques dont on disposait à la Chine  ? La France, pays du luxe. Certes, mais pas le luxe de faire mourir.

Hier soir, le bourreau-vautour a eu une pensée émue envers les confinés. Cela, dit-il, les empêche de voir leurs proches, cela bouscule leurs habitudes. Comme si cela n’était embarrassant que pour les habitus et le confort. On ne va tout de même pas se plaindre parce qu’on ne peut pas aller prendre le soleil, faire du sport, aller au cinéma ou au restaurant. En n’évoquant que cela, il nous traite d’enfants gâtés. Ce qu’il omet de mentionner, dans sa liste des inconvénients du confinement, ce sont les gens qui ne peuvent pas travailler, tous les commerces, restaurants, femmes de ménages, etc. Ils ne vivent pas de l’air du temps, l’aurait-il oublié  ? Et ce sont les plus vulnérables qui vont trinquer. Le confinement n’est pas embarrassant juste au niveau des habitudes. Mais cela, bien sûr, il se garde bien d’en parler. La catastrophe a pris toute son ampleur de catastrophe juste par laisser-aller, par la bêtise de la soumission à l’idéologie, la sacro-sainte valeur du libéralisme qui est le laisser-faire. Tout doit être ouvert, transparent et couler à flots. On ne doit pas se protéger, c’est mal. Pourquoi est-ce mal  ? Sinon pour garder toujours active la disponibilité à être soit marchandise soi-même soit consommateur  ? Il faut que ça circule continuellement et de toutes parts. Le résultat, c’est l’enfermement individuel. Piètre résultat en vérité. C’est d’une logique implacable. Chacun a commencé par se dénoncer soi-même, en se réduisant à sa sexualité, en devant proclamer «  je suis hétéro  », «  je suis homo  », je suis «  trans »… Et comme ça, tout le monde surveille tout le monde, on se fiche soi-même et pour le reste aussi. Maintenant, comme l’état a été incapable de protéger les populations, c’est chaque individu qui doit le faire pour lui-même. Les frontières, ce sont les murs des appartements…

Je ne sors plus, non pas parce que c’est interdit. Une heure par jour, d’ailleurs, j’ai le droit. Je ne sors plus parce que je ne supporte pas de me comporter à la fois comme une qui fuit les pestiférés et une qui peut être aussi considérée comme telle. Je ne sors plus parce que je ne supporte pas de devoir éviter les gens, de ne pas rêver, penser, observer la vie comme je le faisais toujours, et de devoir épier pour voir s’il n’y a pas des gens aux alentours. Il y en a aussi qui s’en fichent, et qui me foncent dessus. Ils sont tous des fusils potentiels. Alors je me mets à les haïr. Je ne veux pas haïr parce que je n’ai pas été mise au monde pour faire le jeu du pouvoir. Car par cette haine insidieuse, le pouvoir peut obtenir ce qu’il désire depuis toujours. L’individualisme effréné. Que les gens ne puissent plus s’unir pour s’en défendre. Ainsi, il pourra plus facilement encore les dominer. On ne ferme pas les frontières, elles sont individualisées. Or, Hannah Arendt l’a appris à ceux qui ont des yeux et des oreilles pour voir et entendre  : l’atomisation totale des individus et l’abolition des états-nations, c’est ce que veut le totalitarisme.

9 avril 2020 – 24ème jour de «  confinement  » quand les humains ne sont plus que de nombres.

Pandemic 3 « Pour un tribunal futur » par Frederika Abbate

PANDEMIC 3
Pour un tribunal futur

Actuellement est en train de se faire la collecte des témoignages des malades guéris, des thérapeutes, de tout le personnel soignant pour laisser une trace de ce qui se passe dans les hôpitaux de France face au virus. Cela servira à plusieurs choses. L’une d’elles, et non des moindres, sera de fournir les témoignages devant le tribunal. Car les responsables seront jugés, n’est-ce pas  ? Ne m’enlevez pas cette idée de la tête s’il vous plaît. La rage m’aide à me prémunir et renforce certainement mes défenses immunitaires, du moins je veux bien le croire et c’est déjà suffisant. Cela servira aussi de matériel à ceux qui, d’une manière ou d’une autre, en feront la chronique de diverses façons, par l’histoire, la sociologie, la philosophie, les récits oraux faits de personne à personne, l’art, le poème, le roman…

Ainsi, j’ai pris dernièrement connaissance du témoignage d’une infirmière. Une chose qu’elle dit est particulièrement frappante. Une chose terrible, dans tout cet amoncellement d’horreurs, à laquelle j’avais déjà pensée et que j’avais vite écartée de mon esprit tant cela me faisait horreur. L’infirmière est en première ligne face à la mort, dit-elle, c’est son métier mais là elle témoigne de l’inédit si douloureux de cette situation. Mourir du virus n’est pas mourir de n’importe quelle autre manière. Bien sûr, chaque manière est singulière, et c’est très important. Mais là, s’y ajoute une dureté toute spéciale, la personne meurt seule. Dans la solitude extrême qui est en train de l’absorber dans le trou du néant où personne d’aimé ne pourra venir avec elle, s’ajoute l’impossibilité de l’adieu, l’impossibilité de dire la dernière parole d’amour et d’accompagnement. Du fait de la contagion. Rejetée de la société, mise au ban et d’ailleurs souvent c’est bien cela qui arrive puisque dans ce pays qu’on prenait pour un pays nullement sous-développé, les personnes meurent faute de soins appropriés, non par manquement du personnel, il est compétent et dévoué mais certes en sous-nombre, mais faute de matériel. Comment arriver à accepter cela  ? Elle les voit, impuissante, sombrer dans une solitude radicale. Et comment vont se faire les deuils de gens qu’on n’a pas pu assister au moment de la mort, parce qu’ils étaient contagieux  ?  Et qu’on ne dise plus «  infecté  », où sonne par trop le mot «  infect  ». Or, infects, ce ne sont pas les malades qui le sont mais ceux qui laissent faire cela. Contagieux est plus approprié. Pourquoi on évite «  contagieux  »  ? Sinon pour nous empêcher de penser qu’aurait pu s’éviter la prolifération de quelque chose qui ne demandait qu’à se propager et tuer. Sans intentionnalité. Il n’y est pour rien, le virus. Il n’a pas fait une déclaration de guerre. Normal, ce n’est pas d’une guerre qu’il s’agit. Ou alors, ce n’est pas le virus l’attaquant… Mais les gens, on les a laissé se côtoyer au contraire.

Oui, il y a une guerre à mener. Mais pas contre un organisme privé d’intention, que celui qu’on appelle le président et ses complices n’ont de cesse d’anthropomorphiser. Comme si le virus pouvait avoir une face humaine et un passeport. Car énoncer qu’il n’a pas de passeport c’est justement le considérer comme un être humain, en le présupposant par la négative qu’il pourrait en avoir un, et donc responsable de ce qu’il fait. Toutes ces manœuvres sont faites à dessein. Pour une raison simple et hideuse  : détourner l’attention. Alors comme ça l’idée m’est venue que le confinement sert également à détourner l’attention. Il sert à masquer qu’en vérité l’état ne fait rien. D’ailleurs, où sont les masques, les tests, les machine respiratoires, le personnel hospitalier en plus grand nombre  ? Pourquoi avait-il d’abord refusé que les cliniques privées viennent prêter main forte  ? Pourquoi refuser une molécule qui soigne bien  ? Parce que le médecin qui la préconise a les cheveux trop longs  ? Ne serait-ce pas plutôt parce qu’elle est peu coûteuse et qu’elle ne fait pas le jeu des laboratoires pharmaceutiques et de leurs complices  ?

Si un martien venait sur terre, il dirait  : tiens, ils ont trouvé un moyen radical pour se débarrasser des pauvres et des vieux. C’est un peu cruel, mais du moins c’est radical.

La personne meurt sans qu’un proche lui tienne la main. Elle est déjà rejetée du monde des humains. L’un des traits qui caractérise l’humain, c’est qu’il peut être justement inhumain, dans le sens perfide et cruel. Là, sont inhumains les états et tous leurs complices qui font que se produisent ces monstruosités. Et les médecins, les infirmiers, les infirmières, tout le personnel pleurent. Un jour viendra, et malheureusement il est très proche, où l’univers sera fait de non-humains. La cruauté et la perfidie seront intégrées par tout le monde. Les autres, les humains, seront tous morts.

7 avril 2020 – 22ème jour de «  confinement  » où s’abat la mort inédite

Opération Coronavirus, la contribution de Oula Kelbocha

Propos d’un chat confiné

Je m’appelle Oula Kelbocha … et je suis un chat sacré de Birmanie de vingt et un mois.

En fait, mon vrai nom est Odin du Clos de Soliman. Mais Maman, en me voyant dans une exposition féline, s’est écriée « Ouhla … Quel beau chat ! »… et le nom m’est resté. Parfois, quand je l’entends, j’ai mal aux chevilles, mais je me suis habitué à l’admiration de Maman pour mon poil soyeux, ma frimousse de petit tigre blanc mes yeux bleu-foncé et ma queue en panache que même Henri IV m’aurait enviée.

Il paraît que je suis confiné depuis bientôt trois semaines. En fait j’ai toujours été confiné, car Maman m’interdit de sortir dans le jardin et de me balader dans les buissons ou autour de la piscine.

Maman a trop peur de me perdre. Ce qui a failli arriver récemment, depuis que ma Princesse, la belle Opium, ne veut plus que je l’honore. Elle était pourtant contente en janvier quand je lui faisais l’amour au moins dix fois par jour, quand elle feulait « viens mon bel amour ! » en langage chat… Mais brutalement, fin janvier, elle m’a rejeté.  Difficile de cumuler les soucis du chat en rut et de l’amant délaissé ! Alors j’ai commencé à manger de moins en moins… puis plus du tout. Maman s’en est émue et m’a fait torturer par une foule de vétérinaires. Malgré les comprimés immangeables qu’ils m’administraient, j’ai continué à déprimer. Mes petits bourrelets ont disparu, on sentait juste mes os. De 4,5 kg je suis descendu à 3,7 kg en un mois.

Et finalement ils ont trouvé et m’ont soigné. Opium ne veut toujours pas de moi, mais elle est maintenant très occupée avec nos enfants, qui viennent d’être délivrés d’un confinement dans son ventre. Elle était devenue si grosse que Maman disait qu’elle ressemblait à un poisson lune…

Opium est la mère de mes dix enfants, dont neuf vivants, car nous avons malheureusement perdu notre petite Plume à 7 jours, l’été dernier, trop faible pour survivre. Maman vient de raconter dans son livre « Tous les chats de ma vie »  notre histoire et celle des chats qui nous ont précédés.

Quand elle écrivait son livre, à Paris en février, elle restait souvent à la maison. Mais, depuis que nous sommes arrivés à Antibes début mars, je ne comprends plus Maman. D’habitude, elle disparaît une bonne partie de la journée, nous laissant nous chamailler, faire nos griffes sur les matelas et les tapis et voler des friandises en son absence. Mais quelques jours après son arrivée ici, son comportement a totalement changé. Elle est tout le temps sur notre dos. Elle ne quitte la maison qu’à peine une fois par semaine de préférence, de préférence tard le soir ou tôt le matin. Malgré la température presque estivale, elle sort avec un épais cache-nez blanc, de grosses lunettes noires et un bonnet de ski qui lui cache les cheveux et le reste du visage. Et, en arrivant à la maison, elle enlève ses chaussures. Avant-hier soir,  notre père adoptif est sorti pour aider Maman à décharger la voiture et est rentré sans se déchausser. Moi j’aime la bonne odeur de ses semelles et me suis vautré par terre… Maman était furieuse : elle m’a lavé !!! Et elle a mis sur le sol un produit qui pue le propre…

Je me demande si maman n’est pas en train de devenir folle. Et mon papa aussi. Hier, ils ont fait dix fois le tour du jardin dans le sens des aiguilles d’une montre, puis dix fois dans l’autre sens. Comme je fais le soir dans la maison en miaulant pour appeler ma chérie !

Tous les soirs à peu près à l’heure où je me réveille de ma sieste, ils allument un écran du salon où toujours le même type, que Maman surnomme « Bille de clown », prend un air de croque-mort pour débiter des chiffres. Il parle de milliers de morts, montre des lits d’hôpital, des gens avec des cache-nez comme ceux de maman…

Et ils regardent aussi un autre type, qui semble un grand chef. Il y a quelques jours, il avait une belle barbe noire, mais, de jour en jour, un côté de sa barbe commence à ressembler aux poils de nos congénères sacrés de Birmanie. Va-t-il muter ? Il ne sera en tous cas pas primé en exposition s’il y participe…

Je ne comprends pas non plus pourquoi Maman ne quitte quasiment plus la maison ou le jardin et ne rencontre plus personne. D’habitude, nous sommes souvent envahis pas une bande d’humains bruyants et agités qui cherchent tous à nous caresser, me forçant à trouver ma tranquillité sous le lit ou dans un placard. Or, depuis quelque temps, plus personne ne vient.

En revanche, Maman est suspendue une grande partie de la journée à un petit appareil noir auquel elle parle (alors qu’il n’y a personne dedans). Ce truc a un miaulement bizarre, aigu, il paraît que c’est une sonnerie.  Et quand elle lui parle, elle me gronde si je miaule !

Maman dit à son appareil noir plusieurs fois par jour « oui ça va, nous sommes confinés à Antibes ». Je suis jaloux de ce truc noir, car à moi elle ne parle guère que pour me gronder : « laisse Opium tranquille », « ne fais pas tes griffes sur les tapis »… Du coup, j’ai compris que pour attirer l’attention de Maman, je devais multiplier les bêtises et je ne manque pas de m’y employer !

La sédentarité de Maman a quand même un bon côté pour nous. Jamais je n’ai vu à la maison autant de réserves de pâtée et de croquettes. J’ai même trouvé où elle range le stock important de friandises et je me suis enfilé en douce ce matin quelques délicieuses bouchées au canard.

Elle a aussi un stock important de notre jouet préféré, le papier toilette, qu’elle a hélas mis sous clé. Il paraît que c’est très difficile d’en trouver en ce moment. Pourquoi nos humains n’utilisent-ils pas notre litière ? Maman vient d’ailleurs d’en stocker des kilos dans le garage… est-ce pour cela ?

Ma princesse, qui est une rebelle, a essayé de s’enfuir. Elle m’a dit qu’elle voulait que nos bébés soient des chatons libres … Moi, j’aime trop Maman et mes croquettes pour aller bien loin. Heureusement, Maman a vite récupéré ma princesse avant qu’elle ne franchisse le portail et lui a installé un nid douillet dans un grand tiroir, qu’elle partage avec nos bébés. J’ai proposé de me confiner avec eux mais ma princesse est une vraie mère juive et ne veut pas encore que j’approche les petits.

Heureusement je sais qu’un jour les oisillons quittent le nid, comme l’ont fait nos bébés précédents et que je retrouverai un jour ma jolie princesse pour moi seul. Mais, horreur…. Maman dit qu’elle veut me retirer les bijoux de famille dès que j’atteindrai de nouveau 4kg.

Alors je surveille attentivement mon poids sur la balance bébé qu’elle a louée et je n’oublie jamais de faire mon marathon quotidien dans la maison.

En regardant dehors, je rêve de la vie du chat des voisins qui n’est pas confiné et vient me narguer à la fenêtre. Maman dit que c’est un « chat de gouttière » mais je ne l’ai jamais vu sur le toit.

Je crois que le confinement rend Maman bizarre. Elle parle du virus de la bière, qui serait très dangereux, y compris pour les chats. Mais moi je ne bois pas de bière… 

Je suis quand même très inquiet car, si Maman mourait, qui achèterait mes croquettes et ma pâtée ?

 Nouvelle « Mon coronavirus au quotidien » par Michèle Makki

 MON CORONAVIRUS AU QUOTIDIEN par Michèle Makki

 Le chien fait des gaz. C’est un bouledogue français. Il s’appelle Caïpi, abréviation de Caïpirinha, le très bu cocktail. Cette race-là fait des gaz.

– Il faut le sortir, je dis.

Qui s’y colle ? Mon mari ou moi ?

Le chien c’est ma sauvegarde, mon passeport, mon visa pour une vie à risques. Je mets un masque, des gants, je deviens une aventurière et je m’engouffre dans l’ascenseur. En sortant de l’immeuble, je manque de m’étaler sur les marches du perron, car j’y vois à peine, les yeux coincés entre le capuchon de ma veste et le bord du masque, pendant que le chien tire sur la laisse.

– Bonjour !

Un Sans- Masque m’aborde, saluant et postillonnant, encore un peu et il me ferait la bise !

Cet individu-là n’a pas absorbé les consignes de distance sociale et se comporte anormalement, c’est -à- dire normalement pour une époque révolue.

Je m’enfuis comme Polanski au festival de Cannes et je m’en vais chanter l’Ave Maria dans la forêt. Pour les promenades hygiéniques du chien et de moi-même- il fait ses besoins, je respire l’air- j’ai choisi un bout de forêt qui survit entre deux immeubles, parcouru par un ruisseau qui n’en sait rien du coronavirus et continue sa vie coulante et murmurante. On fait le tour de la forêt qui sent le caca car tous les propriétaires de chien vont là, puis on rentre en évitant les voisins.

J’enlève mon équipement de pestiférée sur le balcon, je me désinfecte, je me vaporise de senteurs variées, je me lave les mains, je les passe au gel, au gel, au gel…

– Au prix où on l’a payé, tu devrais l’économiser, grogne mon mari.

S’il savait à quel prix j’ai payé les gants !

On s’assied devant la télévision pour le téléjournal, le chien à nos pieds, la fenêtre ouverte pour évacuer les mauvaises odeurs récurrentes provenant de Caïpi.

On se prépare pour le coup de massue, les nouvelles, qui nous écrasent d’une pesanteur visible. Le destin enfile les morts comme des perles dans le ruban des jours :  aujourd’hui tant de morts, bien plus qu’hier et bien moins que demain, nous sommes tous condamnés au confinement, à la solitude, même le pape dit la messe tout seul.  « Admirez la spiritualité du dépouillement », dit un intervenant.

L’Iphone de mon mari retentit : Il retentit tout le temps, la sonnerie est au maximum.

C’est Josette, ou Martine, ou Amélie, qui, en ces temps éprouvés, cherchent du réconfort auprès d’un ancien copain. Prétexte : donner des nouvelles du virus, qui comme le furet est passé par ici et repassera par là, mesdames. Envoyer des texto à un gars qu’elles n’ont pas vu depuis trente ans, quelle misère ! Est-ce qu’au moins elles se sont changées de pull depuis la guerre du Golfe ? Faire les fonds de tiroir existentiels même en période de peste, j’évite, préférant me défénestrer plutôt que de ramener à l’existence tous les vieux bouts de carambar de ma vie, poisseux, collants, recouverts de poussière, qui se collent à des post-it, à des feuilles de papier tachées, et à des reliquats de calepins hors- d’usage. Les souvenirs c’est une autre espèce de virus…

– Tu n’as pas le coronajaloux ? dit mon futur ex-mari, car comme tout le monde le sait, un mariage peut ne pas durer toute une vie, même si on n’est pas  Brad Pitt, Angelina Jolie ou le prince Charles…
Je hausse les épaules de dédain. Que va-t-il chercher ? Il m’attribue des pensées médiocres alors que je me repais uniquement d’idéal.

 Je m’absorbe, vexée, dans le documentaire qui passe à la télévision, tourné avant la pandémie, censé donner du courage aux téléspectateurs ou, plus modestement, censé leur changer les idées. Il y est question de femmes qui accomplissent des exploits en solitaire. En vrac, l’une a traversé le désert à moto, l’autre a vécu au fond d’une grotte souterraine pendant trois mois, la troisième, qui est chamane, jeûne deux jours sur trois et apprend aux gens à marcher pieds nus. Voyant cela, je me dis que je ne serai jamais célèbre et que je ne serai jamais invitée à une émission tv. Le seul risque que je prends, c’est de sortir le chien en période de pandémie.

– C’est mon tour ! dit mon mari.

Il prend la panoplie du survivaliste moins le fusil et s’en va, Caïpi sur les talons.

Point final.

Aussitôt qu’il est sorti, je m’installe devant mon ordinateur et j’écris à Jean- Jacques.

Un quart d’heure plus tard, j’ai sa réponse :

 » Qu’est-ce qui te prend ? Tu baisses ! C’est quoi cet article ? Je ne peux pas le donner à l’impression ! Je t’ai demandé du sérieux, du simple à comprendre, tu dois plaire à nos lecteurs… C’est quoi ce style pour Parisiens ? Notre lectorat est composé de régionaux.  Tu n’écris pas pour Paris- Match ! »

Jean- Jacques, c’est le rédacteur en chef de notre feuille de chou locale. Le télétravail avec lui, ça fait longtemps que ça dure. Est-ce qu’il cherche à me virer ? Il faut s’attendre à tout.  « Le journal traditionnel, c’est foutu ! » Clame-t-il à qui veut l’entendre. En attendant cette catastrophe annoncée, il m’a demandé d’écrire un papier sur le thème :  » Mon coronavirus au quotidien. » Apparemment, mon texte ne le séduit pas.

  » J’attends un nouvel article dans une heure, sinon on fera sans toi », précise-t-il en caractères Arial gras.

Bon, je vais lui résumer les infos, advienne que pourra.

J’éternue une fois, deux fois, trois fois dans mon bras replié. J’ai mal à la tête. Pourvu que je ne sois pas malade !

FIN

Michèle Makki

Genève, 3 avril 2020

Flash actualité : Le 21ème Salon Culture & Jeux mathématiques tiendra bon et sera placé sous le signe des transitions.

Flash actualité : Le 21ème Salon Culture & Jeux mathématiques tiendra bon et sera placé sous le signe des transitions.

Alors que plongée dans une guerre sanitaire inédite, la France entièrement confinée est en train d’annuler et de reporter la plupart de ses projets, les mathématiques sont là pour vous apporter une bonne nouvelle : l’îlot de résistance aux déséquilibres et angoisses planétaires sera le maintien – dans tous les cas du figure – du 21ème Salon Culture et Jeux mathématiques qui se déroulera aux dates annoncées du 28 au 31 mai 2020.

Loin de sombrer dans la sinistrose ambiante, le consortium chargé d’organiser ce superbe événement a pris la décision ferme de tenir bon et de saisir l’occasion que nous donne la terrible crise pour engager les transitions du Salon Culture et jeux Mathématiques. 

Avec la numérisation, le Salon Culture et Jeux mathématiques, si fréquenté et populaire à Paris, pourra s’exporter en province et ailleurs dans le monde francophone (Quebec, Afrique …). 

En 2020 cette crise sanitaire devient une opportunité pour partager avec le maximum de personnes, de tous âges et de tous coins géographiques.

La transition c’est aussi l’apport des mathématiques face aux enjeux climatiques qui sera l’un des thèmes principaux de cette édition porté par notre marraine Valérie Masson-Delmotte.

Les transitions seront donc à la fois environnementales et numériques.

Le consortium finalise un programme voué à avoir lieu Place Saint-Sulpice durant quatre jours comme traditionnellement. 

Parallèlement, nous préparons l’amorce de la numérisation de notre Salon. 

Cela permettra de :

1) dépasser largement les frontières du 6èmearrondissement pour son audience ; chaque enfant, chaque adolescent, pourra assister et participer de manière interactive à nos animations et divers jeux et concours depuis l’arrière de son écran 

et 

2) d’entièrement nous replier sur cette unique version virtuelle du Salon dans la probabilité pessimiste où notre Salon serait empêché en dernière minute par une prolongation de plus de dix semaines du confinement.

Bien sûr, le challenge est important en si peu de temps. Cela nous différencie des autres événements tous reportés en octobre où les embouteillages dans les agendas des professionnels, des particuliers et des scolaires seront légion, et de profiter de la situation pour espérer le plus grand succès pour notre Salon qui aura peu de concurrence en matière de sorties éducatives et récréatives à la fin du mois de mai.

Plus que jamais, le Salon Culture et Jeux mathématique sera le fer de lance des nouvelles technologies, à l’avant-garde du progrès et des formes de communication du futur.

Plus que jamais, nous avons besoin de vos participations enjouées à notre événement pionnier en matière de Salon numérisé pour vous permettre de nous retrouver tous ensembles. 

Communiqué officiel en version PDF à télécharger ici : com maths 2020

21èmeSalon Culture & Jeux Mathématiques

Du 28 au 31 mai Place Saint-Sulpice (Paris 6ème) – Entrée libre et gratuite

Le thème général sera “Les Maths : oui, ça sert.”

Avec une journée dédiée aux mathématiques pour le climat où la marraine, Valérie Masson-Delmotte, interviendra.

Actuellement responsable d’équipe au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, Institut Pierre-Simon-Laplace) – CNRS/CEA/UVSQ,

Valérie Masson-Delmotte est aussi depuis 2015 co-présidente du groupe 1 du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui étudie les principes physiques du changement climatique.

4 thèmes principaux en 2020 : jour 1 : climat + environnement ; jour 2 : modélisation + ingénierie ; jour 3 : santé ; jour 4 : numérique

Site officiel : http://salon-math.fr           Contact presse : guilaine_depis@yahoo.com           06 84 36 31 85

Le défi de l’édition 2020 de ce Salon à succès est de donner une autre image des mathématiques, en montrant que ces dernières sont vivantes, fascinantes, étonnantes et universelles.

Il s’agit à la fois de faire découvrir les mathématiques autrement, d’en présenter des applications ludiques autant que professionnelles et de les populariser en favorisant le dialogue entre science et société.

En 2020, le changement dans la continuité :Le Salon, porté jusqu’en 2019 par le Comité International des Jeux Mathématiques (CIJM), passe pour la première fois le flambeau à un consortium d’associations, fondations et sociétés savantes travaillant collégialement (Animath, APMEP, CIJM, Club Tangente, Femmes et mathématiques, Fondation Blaise Pascal , FSMP, Kangourou, MATH.en.JEANS, SMAI, SMF) qui assurera les très nombreuses charges liées à sa préparation, son organisation et sa mise en oeuvre opérationnelle.

Traditionnellement, le Salon Culture & Jeux mathématiques, c’est 60 à 70 stands animés, 2 espaces thématique/numérique, 1 espace rencontres/conférences pour une quinzaine d’événements, divers compétitions et concours, des speed dating avec les sociétés savantes, les grands centres de recherche…

Sans oublier la brochure Maths Express (15 à 16 articles) tirée à 10 000 exemplaires.

Depuis sa création, 410 000 visiteurs et 91 000 scolaires ont participé aux Salons.

Pour l’édition 2020, officiellement « année des mathématiques » selon le Ministère de l’Education nationale, nous attendons entre 20 000 à 25 000 visiteurs dont 3500 à 4500 élèves.

Kathya de Brinon revient sur Radio Notre Dame alerter sur l’inceste durant le confinement

En Quête de Sens

Podcasts

Émission du 3 avril 2020 : Est-il plus facile de vivre le confinement seul ou en famille ?

Kathya de Brinon : journaliste, elle s’ engage auprès des enfants violentés. À ce titre, elle a créé l’association SOS VIOLENFANCE

Marie-Françoise Terren : conseillère conjugale

Anne-Laure Buffet :  thérapeute (en consultations individuelles et familiales) formatrice spécialisée dans l’accompagnement des victimes de violences psychologiques et conférencière. Elle a créé l’association contre la violence psychologique et auteur de « Les prisons familiales. Se libérer et guérir des violences invisibles »

Stéphan Eliez :Le professeur Stephan Eliez reçoit depuis plus de vingt ans des parents d’enfants qui présentent des troubles graves du développement, auteur de « Être parents et s’aimer comme avant, la force de la mentalisation dans le couple » 

Dr. Xavier Emmanuellimédecin fondateur du Samu social, Xavier Emmanuelli, travaille actuellement à la création d’un numéro le 19: opérationnel dès vendredi soir, ce numéro d’écoute a pour objectif de répondre aux angoisses et aux questions des Français pendant l’épidémie de coronavirus

La prestigieuse revue « Histoire et civilisations » du Journal LE MONDE a sélectionné le roman de Michèle Makki

La prestigieuse revue « Histoire et civilisations » du Journal LE MONDE a sélectionné le roman de Michèle Makki au sein de son volumineux dossier « Pompéi » : c’est la reconnaissance du talent et du savoir historique de Michèle Makki, unique ROMANCIERE contemporaine citée dans ce dossier qui restera. Les autres auteurs cités par Virginie Girod sont des essayistes. Le roman de Michèle Makki« Pompéi, le sang et la cendre »est suffisamment exceptionnelpour compter à côté des « grands » apportant un éclairage sur cette époque. Le livre de Michèle Makki à travers sa fiction apporte une touche romantique et sensible à la compréhension de ce qu’était cette société.

 

Boulevard Voltaire interviewe Kathya de Brinon sur les dangers du confinement pour les enfants

Kathya de Brinon : « Le confinement accroît les risques pour les enfants en danger »

Kathya de Brinon est fondatrice et présidente de l’association SOS Violenfance (prévention de l’inceste et de la pédocriminalit). Une association beaucoup sollicitée via Facebook en cette période de confinement où l’alcoolisme et la proximité des adultes violents fait peser un risque énorme sur certains enfants.

Explications au micro de Boulevard Voltaire.

Le docteur Jacques Fiorentino est interviewé sur le Covid 19 par Medisite

Coronavirus : peut-il se transmettre par les billets de banque ?

Opération Coronavirus, la nouvelle de Gérard Muller : un voyage avec retour

Un voyage avec retour par Gérard Muller

Un halo. Un halo au fond de mes pupilles. Un halo qui grossit peu à peu, pour devenir moins flou. Je commence à discerner un tube, puis un autre tube, puis une machine électronique, et enfin une chambre blanche, sans aucun tableau sur les murs, nue comme une toile de Malevitch.

Un bruit. Un bruit régulier, comme une respiration de quelqu’un qui s’efforcerait à de larges inspirations. Je réalise alors que ce souffle vient de mes propres poumons. Mais je ne sens aucun mouvement d’air. Alors je porte ma main droite à ma bouche. Celle-ci est obstruée par quelque chose. Du plastique. Un masque ! Un masque prolongé par un tube. Un masque qui couvre mon orifice buccal et mon nez. Je respire dans cet appareil.

Alors mes neurones commencent à se connecter via mes synapses. Un travail de fond se réalise pour en relier des millions. Pour essayer de comprendre où je suis et ce que je fais là. Ma mémoire est sollicitée, comme un puits au fond duquel un récipient serait envoyé à maintes reprises. À force d’être interpellée, à force de ramener à chaque fois un peu d’information, un peu de ce liquide vital, un dessin prend forme. Lentement, mais avec de plus en plus de précision : je me trouve dans une chambre d’hôpital.

Cela me revient. J’ai été testé positif au corona virus. Cette saloperie. D’abord de la fièvre, des courbatures, un essoufflement qui accompagne le moindre mouvement. Et puis la toux, une toux sèche qui déchire les poumons. Le lendemain matin, d’horribles douleurs dans la poitrine. 40 °C. Tout va alors très vite : le SAMU, l’ambulance, l’hôpital où des soignants déguisés en cosmonautes m’accueillent, s’affairent autour de moi. Ils me branchent à de l’oxygène. Augmentent la pression et le débit toutes les heures. Prennent mon pouls. La quantité d’oxygène dans mon sang diminue comme le niveau d’eau dans un oued après la pluie. Soudain, c’est la panique. Six personnes autour de moi. Elles me soulèvent, me retournent, me perfusent, me parlent, mais je n’entends plus rien. Ma tête se vide. Et puis plus rien. Plus aucun souvenir. Ma vie s’est arrêtée là.

Où suis-je maintenant ? Aucune agitation dans les couloirs. Aucun bruit, sinon celui de ma respiration et du cliquetis envoyé par la machine à côté de moi toutes les cinq secondes. À travers la fenêtre, des nuages et le soleil qui joue avec les ombres. Dans le ciel, aucun avion. Seuls quelques oiseaux de passage.

Je commence à avoir faim. Et soif, mais je n’ose pas bouger, étant relié à trois perfusions. Sous les draps, un corps étranger. Je les soulève pour découvrir une sonde connectée à mon sexe. Au bout de mon index, une sorte de pince accolée à la machine. J’observe les cadrans lumineux. 78. Certainement la fréquence de mon pouls. 94. Le taux d’oxygène dans mon sang. À moins que ce soit l’inverse.

J’entame alors un bilan de ma santé corporelle. Plus de douleurs thoraciques. Apparemment plus de fièvre. Plus de gêne respiratoire. Un calme souverain dans mon esprit. Serais-je guéri ? Serais-je revenu de cet enfer ? Sauf si je suis drogué ! Ou déjà au paradis ! Non, il n’y a pas de perfusions au paradis !

La porte de la chambre s’ouvre. Une infirmière me sourit, malgré le masque qui recouvre son nez et sa bouche. Déguisée de pied en cape, elle observe les cadrans, vérifie le niveau des poches, soulève mon drap pour examiner ma sonde, avant de m’adresser la parole.

Je ne comprends absolument pas ce qu’elle me dit. Dans quelle langue me parle-t-elle ? S’il s’agit d’une langue ! Comme je plisse mon front pour lui signifier que ses propos ne sont pas décodés par mon cerveau, elle réitère ses propos. Toujours aussi impénétrables.

Ce n’est pas de l’anglais, j’aurais alors compris. De l’allemand ou une langue de cet acabit. Oui, cela doit être de l’allemand. Maintenant, j’en suis presque sûr. Je hausse légèrement les épaules pour lui signifier que je ne parle pas son dialecte. Elle semble me comprendre, et me fait signe qu’elle va revenir. Elle jette un dernier coup d’œil sur les appareils, pose la main sur mon front, et semble rassurée avant de quitter la chambre.

Où suis-je ? En Alsace, où les gens parlent encore un dialecte à base d’allemand ? Non, une infirmière parlerait le français. Alors en Allemagne ! Qu’est-ce que je fais dans ce pays, alors que j’ai été hospitalisé dans la banlieue parisienne ! La France aurait-elle été envahie une nouvelle fois ? Ai-je été le jeu d’une faille spatio-temporelle dont l’univers a le secret ? Ai-je été télétransporté à l’occasion d’une fluctuation quantique ?

Ces réflexions tournent en boucle dans mon cerveau, alors que la porte s’ouvre à nouveau. Mon infirmière réapparaît, toujours aussi souriante et masquée, en compagnie d’une autre femme plus âgée, mais autant harnachée.  Elle se dirige tout de suite vers moi pour m’annoncer :

— Comment allez-vous Monsieur Delponte ?

Il me faut quelques secondes pour comprendre qu’elle m’a parlé en français et qu’il s’agit bien de mon nom.

— Je me sens bien. Reposé, un peu fatigué mais serein, m’entends-je dire dans le plastique qui recouvre ma bouche.

Ma voix se perd dans l’oxygène, et je suis sûr que mon interlocutrice n’a rien entendu.

— Monsieur Delponte, j’ai le plaisir de vous apprendre que vous êtes guéri. Totalement guéri et que vous allez pouvoir rentrer chez vous dès demain matin.

 

Je lui fais signe que je souhaiterais lui poser quelques questions, mais que j’en suis empêché par le masque qui couvre mon visage. Elle se tourne vers l’infirmière qui, d’autorité, ôte l’objet en question. Une sensation de fraîcheur m’enveloppe instantanément, comme si je sortais pour la première fois dehors à la fin de l’hiver.

— Nous allons pouvoir vous entendre maintenant, m’annonce-t-elle.

D’une voix qui sort d’outre-tombe, tant elle est caverneuse et métallique, je me lance :

— Pourriez-vous me dire ce que je fais ici, en Allemagne ? Car je suis bien en Allemagne, non ?

Un rictus de satisfaction traverse le tissu qui abrite ses lèvres.

— Vous vous trouvez effectivement en Allemagne. À Heidelberg, plus précisément. Vous y avez été transféré en hélicoptère, il y a maintenant trois semaines, car votre hôpital était plein. Ceci s’est effectué dans le cadre d’échanges entre nos deux pays.

Un chiffre attire tout de suite mon attention.

— Trois semaines ! Mais qu’ai-je fait durant ces trois semaines ?

— Vous avez été plongé dans le coma et vous avez été sous respirateur artificiel. Mais vous vous en êtes sorti tout seul, et nous sommes très fiers de vous, car vous êtes le premier dans cette clinique à réaliser cet exploit !

 

Ses paroles cheminent lentement dans mes cortex cérébraux, avant que je ne saisisse toute leur portée. Trois semaines de coma artificiel ! Trois semaines de trou noir ! Comme si une divinité avait effacé pour toujours trois semaines de ma vie !

— Aurais-je des séquelles ?

— Vraisemblablement non. Regardez comment vous réagissez tout à fait normalement.

L’entière dimension de ce qu’elle vient de m’annoncer m’apparaît alors complètement.

— Je… Je remercie toute l’équipe qui a réalisé ce… miracle… Je ne sais pas comment vous remercier… Je…

Une larme profite de cet instant pour couler sur ma joue, ce qui entraîne par mimétisme un sourire ému sur le visage des deux femmes qui me font face.

— Nous n’avons fait que notre métier, Monsieur Delponte. Nous n’avons fait que notre devoir.

— Tout de même, je… murmuré-je alors que ma voix se perd dans un sanglot.

 

Comme nous prolongeons cet échange émotionnel, un homme entre dans la pièce, transportant une housse de vêtement. L’interprète se retourne vers moi pour m’annoncer :

— Voilà votre costume pour demain. Comme vous avez maigri de quinze kilos, nous vous en avons fait un sur-mesure.

— Un costume, mais pourquoi faire ? Ne m’avez-vous pas dit que je pourrai sortir demain ?

— Tout à fait. Mais avant cela, il y aura une petite fête.

Comme mes yeux semblent vouloir sortir de leurs orbites, elle m’annonce :

— Comme vous êtes le premier Français à sortir des soins intensifs en Allemagne, Madame Merkel et Monsieur Macron viendront demain nous visiter pour fêter l’événement. Événement dont vous serez la vedette, bien-sûr ! Événement qui symbolise l’amitié de nos deux peuples et leur collaboration dans ces moments difficiles.

 

L’énormité de ses paroles m’interpelle au point que je me demande s’il ne s’agit pas d’une farce. À la vue du sérieux qui s’empare des trois visages qui m’observent, je dois me rendre à l’évidence. Un doute s’immisce alors dans mes limbes :

— Mais comment vais-je rentrer en France ?

Un sourire de connivence accompagne sa réponse :

— Dans l’avion présidentiel, évidemment !