Présentation 1. « A l’horizon d’un amour infini »

Quelle place un baiser tient-il dans le trajet d’une vie ? De quel voyage est-il la partance ou le terme ? De quelle parole est-il le silence émerveillé ?

Trois personnages se croisent, dans ce roman du désir déçu et de la rêverie sensuelle.

Le malentendu, le mal-être, le mal-aimé…des variations du malaise peut naître l’extase lorsque, soudain, les visages se rapprochent, tandis que s’éloigne l’horizon d’un amour infini.

Lucile, Guillaume et Astrid se rebellent contre une existence aux couleurs carcérales. A la banalité, ils opposent une quête du ravissement, sans mièvrerie, avec violence parfois. Cherchant la délivrance dans l’insoumission, ils s’affranchissent du langage convenu de la séduction. Le baiser n’est pas le point rose que l’on met sur l’i du verbe aimer ; il n’est pas davantage l’arme à faible portée d’un arsenal pour stratégie amoureuse. Il est le grand bouleversement de tous les sens dans les sursauts de la beauté convulsive.

A l’ombre de la routine et d’un quotidien étriqué, s’épanouit alors le songe d’un paysage, « celui où les fleurs ne poussent jamais, seulement des enfants que l’on caresse, avec leur visage de fruit inconnu ».

Présentation 2. « A l’horizon d’un amour infini »

Avec A l’horizon d’un amour infini, Laurence ZORDAN écrit sur l’amour, après nous avoir livré la cruauté de ses pages sur la torture dans son premier roman : Des yeux pour mourir.

Elle y met la même ferveur, le même style ardent anime un texte qui irradie jusqu’au plus profond de la sensibilité du lecteur. Ce n’est pas le goût de la belle phrase, mais la transe poétique donnant à chaque personnage une voix.

Roman à trois voix, A l’horizon d’un amour infini révèle des protagonistes qui ne sont pas simplement dotés d’une psychologie, mais possèdent aussi une vie, perçue comme l’ombre de l’amertume, tandis qu’ils sont en marche vers un ailleurs sans lieu, l’utopie d’une émotion.

Il y a une étrange alliance entre les descriptions concrètes d’aspects prosaïques de la vie ordinaire, et les frémissements de pur lyrisme qui marquent l’élan d’une confession plus tournée vers l’avenir que vers le passé. Même s’ils sont au début persuadés de la portée rétrospective de leur quête, Lucile, Guillaume et Astrid ne parlent pas, en réalité, pour retrouver un mot ou un geste perdus qui auraient valeur rédemptrice s’ils pouvaient le prononcer ou l’esquisser. Ils expriment plutôt la sensation d’une béance: un trou s’est ouvert sous leurs pas, et ce n’est pas le puits sans fond d’un passé douloureux, mais l’infini des possibles prompts à faire basculer une existence en quelques heures. Leur parcours est scandé par le vertige de tout ce qu’il peuvent faire pour ne pas être ce qu’ils sont et devenir ce que l’on n’aurait jamais imaginé d’eux.

La pulsion d’anéantissement est une singulière renaissance permanente : au lieu de stériliser le rêve, elle le déploie. La frontière entre optimisme et pessimisme est brouillée : il y a de la désespérance sans désabusement et de la joie sans jubilation. Examen de conscience sans introspection, intrigue sans rebondissements artificiels : les péripéties qu’ils connaissent trouvent leur source dans les actes les plus anodins, accomplis par tout un chacun ; en ce sens, ils sont proches de nous. Mais le sentiment de familiarité qu’ils pourraient nous inspirer se teinte soudain de mystère et leurs aveux risqueraient de nous dérober l’essentiel, si leurs déclarations en trois scènes ne montraient l’unité d’une même trajectoire.

Esprit du Prix du Style (fondé par Antoine Buéno)

Le Prix du Style (le plus désirable de TOUS les Prix !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!)

Créé par le label littéraire Plume et plomb, le Prix du Style fondé par le sensationnel jeune écrivain Antoine Buéno (à lire absolument !)  a vocation à récompenser, pour sa qualité stylistique, un livre écrit par un auteur vivant, d’expression francophone, paru dans l’année écoulée. Pour sa troisième édition, le Prix du Style sera remis fin novembre 2007, par un jury prestigieux, au restaurant-club Le Lup (2, rue du Sabot, 75006 Paris).

Composition du jury du Prix Marguerite Audoux

Le Prix Marguerite Audoux (http://www.prix-litteraires.net/prix/571,prix-marguerite-audoux.html)

Le Prix Marguerite Audoux récompense un ouvrage de langue française dont l’auteur peut être considéré comme proche de la personnalité de Marguerite Audoux, prix Fémina en 1910 pour Marie-Claire. En 2004, Xavier Houssin a été couronné avec 16, rue d’Avelghem. En 2005, ce fut le tour de Henri Raczymov avec Avant le déluge : Belleville années 50 et en 2006 celui de Françoise Henry avec Le rêve de Martin.

Composition du jury du Prix Fémina

 Le Prix Fémina (http://www.prix-litteraires.net/femina.php)

Le Prix Fémina a été fondé en 1904 par une vingtaine de femmes journalistes de la revue « Vie heureuse » (qui deviendra « Fémina ») pour rendre plus étroite les relations de confraternités entre les femmes de lettres. Il est décerné à une œuvre d’imagination par un jury composé de douze femmes. Le lauréat est annoncé fin octobre ou début novembre à l’hôtel parisien Crillon, quelques jours avant ou après le Prix Goncourt.
Il a notamment récompensé Roland Dorgelès pour Les croix de bois en 1919, Georges Bernanos pour La joie en 1929, Antoine de Saint-Exupéry pour Vol de nuit en 1931 et Marguerite Yourcenar pour L’œuvre au noir en 1968. Le Prix Fémina 2006 a été attribué à Nancy Huston pour son roman Lignes de faille.

Hugo Marsan salue « Des yeux pour mourir » dans Le Monde des Livres

zordan2.JPGSous les pavés, le vide
 
Quatre jeunes écrivains talentueux en prise directe avec la sinistrose de notre temps
(…)
Des yeux pour mourir, premier roman de Laurence Zordan, raconte crûment la destinée d’un moudjahidin, narrateur d’un récit terrifiant. L’auteur abandonne toute subjectivité, s’abandonne, yeux grands ouverts, à l’évocation d’une histoire aux antipodes de la sienne. Son récit cruel, souvent insupportable, nous suffoque – hélas ! – par son esthétisme.
Rythme et écriture, parfaitement cohérents, nous entraînent là où nous refusons d’aller, en Afghanistan, à l’écoute d’un tortionnaire. Il raconte son enfance fusionnelle avec sa mère, leur séparation (le père tranche d’un coup de poignard le sein auquel l’enfant n’en finit pas de s’abreuver d’un unique amour), et son rejet définitif des femmes.
Il s’immerge dans la violence des hommes, conscient de sa monstruosité, dans une double fidélité paradoxale à ses parents : « Je faisais comme ma mère qui m’ouvrait délicatement les lèvres pour y glisser son mamelon ; à ceux que je torturais, je prenais délicatement la tête pour que ma douceur les ouvre à la cruauté. »

Patricia Lemariey écrit sur « Des yeux pour mourir » dans La Dépêche du Midi

zordan5.JPGLu pour vous
Des yeux pour mourir
10.02.05
Publié aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque, Des yeux pour mourir est le premier roman de Laurence Zordan dont Patricia Lemariey a souhaité vous parler cette semaine.
 
« Venge-moi ! Quitte pour cela à user tous tes ongles, à perdre tous tes doigts ! Oui, c’est la traduction de ce cri, compréhensible de moi seul. C’est à moi que s’adresse le râle du supplicié. Vous vous étonnez de ce qu’un bruit de gorge, aussi peu articulé, soit une phrase construite et logique, presque élégante. Pour vos oreilles si charitables de défenseurs des Droits de l’Homme, seules les majuscules de la pitié sont audibles et pas ce minuscule message de haine, échappé péniblement d’une bouche à l’agonie. Je suis le seul à percevoir la grandeur de la scène que vous avez cru enfermer dans une cassette vidéo clandestine. L’homme torturé était un taliban et j’étais son tortionnaire. Il n’appelle pas à la vengeance contre moi, mais par moi. Je suis son légataire universel, son exécuteur meurtrier et son exécuteur testamentaire. »
 
« Telles sont les premières lignes de l’ouvrage de Laurence Zordan, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ena, agrégée de philosophie, heut fonctionnaire et spécialiste des questions de sécurité et de géostratégie » présente Patricia Lemariey, professeur d’histoire et géographie.
 
Publié aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque, le décor de ce premier roman est rapidement campé. Les paysages sont beaux, l’homme l’est aussi. Dans cet ouvrage qui se déroule en Afghanistan, ce pays, comme la torture, y sont décrits et vécus avec passion par un personnage de récit vraiment peu ordinaire. Celui qui parle ainsi est moudjahidin. De son amour quasi fusionnel avec sa mère en passant par ses choix politiques, cet homme, le narrateur, semble jouir de tout dans une violence exacerbée. »
 
« Je faisais comme ma mère qui, dit-il, m’ouvrait délicatement les lèvres pour y glisser son mamelon ; à ceux que je torturais, je prenais délicatement la tête pour que ma douceur les ouvre à la cruauté. »
 
« Terrible non ?, interroge Mme Lemariey. Par delà le plaisir de faire et voir souffrir, le narrateur veut faire ressentir au lecteur l’inhumanité de la cruauté, via l’écriture belle et pourtant féroce de Laurence Zordan qui nous interpelle et nous pousse ainsi au plus loin de nos retranchements en faisant reculer régulièrement les limites du supportable » commente notre lectrice.
 
« Je suis le guetteur, le Guetteur de l’Abomination. Je vais vous raconter l’histoire de mon regard, de mes paupières et nous passerons un marché en nous regardant face à face » invite le narrateur.
 
« Difficile de résister à cela. Sans morale, cet ouvrage est pourtant très bien écrit« , constate Mme Lemariey. Des yeux pour mourir touche forcément et captive malgré nous. D’une manière ou d’une autre, il nous concerne. On aimera ou on détestera. On ne pourra peut-être pas aller au bout de ses 174 pages. Mais c’est un livre qu’il faut avoir lu si on veut comprendre l’histoire du monde et le rôle, c’est selon, que les hommes ont joué et y jouent encore, malheureusement.
 
 

« Les Notes bibliographiques » remarquent Laurence Zordan (07.02.05)

Zordan Laurence.
Des yeux pour mourir
Ce premier roman très troublant a été écrit par une énarque, haut fonctionnaire, spécialiste des questions de sécurité et de géostrategie. C’est la vie d’un moudjahidin, « tortionnaire de talent » pendant la guerre d’Afghanistan, racontée par lui-même. Issu d’une terre torturée par le vent et le froid, séparé avec barbarie d’une mère fusionnelle au sein de laquelle il a bu la haine, éduqué par un père cruel, il est d’un érotisme empêché et exacerbé et commet des sévices d’un raffinement diabolique. Au terme du récit de son itinéraire et de ses choix politiques, il conclut : « je m’exerce, par le verbe, à l’ablation de votre sens critique. » Comme il le fait de l’ablation des paupières.
 
Dans l’ambiguïté où se côtoient horreur et esthétique, en deçà de toute éthique, ce livre, presque insupportable, d’une belle écriture, « poésie de la cruauté », exprime, plus qu’il ne dénonce, l’indicible réalité. D’une puissance troublante, c’est un génial hurlement d’alarme qui force à garder les yeux grands ouverts sur les perturbations mentales de toute une société. Plus efficace que de longs discours. (FR)

La Croix (AFP Paris) 2005 repère les Premiers romans français

Enarque spécialiste de géostratégie, Laurence Zordan a écrit Des yeux pour mourir (176 pages, 18 euros). Ce livre onirique et violent paraît aux éditions Des femmes, créées en 1974 par Antoinette Fouque.
 
C’est l’histoire d’un tortionnaire afghan, un « guetteur de l’abomination » doué d’une grande sensibilité, ce qui l’humanise alors qu’on aimerait le haïr. « Je faisais comme ma mère qui m’ouvrait délicatement les lèvres pour y glisser son mamelon : à ceux que je torturais, je prenais délicatement la tête pour que ma douceur les ouvre à la cruauté », écrit le narrateur. Revendiquant le terme de « poésie de la cruauté », l’auteur ne tombe jamais dans le sordide et use d’une troublante absence d’émotion pour relater l’horreur.