La quatrième de couverture de Ouest France !! (03.10.08)

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vendredi 03 octobre 2008
Antoinette Fouque, une vie de féministe

Diplômée de lettres modernes, psychanalyste, politologue, députée au Parlement européen de 1994 à 1999 (élue sur la liste Tapie), Antoinette Fouque a fondé la maison d’édition des Femmes en 1973, des librairies, un observatoire de la misogynie, un club de la parité en 1990. : Claude Stefan

Le 1er octobre 1968, dans un petit appartement de Paris prêté par Marguerite Duras, Antoinette Fouque et deux amies fondaient le MLF, le Mouvement de libération des femmes. Rencontre, quarante ans après, avec une sacrée « mersonnage ».
De la courte histoire du féminisme, à l’échelle des hommes, le grand public retient en général Olympe de Gouge la révolutionnaire, Flora Tristan l’initiatrice des clubs féminins en 1840, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, les combats de Gisèle Halimi pour le droit des femmes. Il cite moins Antoinette Fouque.

Sa bouille, pourtant, est reconnaissable entre mille: des yeux frondeurs sous un casque de cheveux désordonnés de la même façon depuis toujours. Mais son discours brillant est plus difficile d’accès : il faut connaître un peu la pensée de Roland Barthes avec qui elle a étudié, celle de Lacan qui l’a formée à la psychanalyse. Il est moins médiatique, en tout cas, ce discours, qu’une action coup d’éclat. Comme le dépôt de la gerbe « à la femme inconnue du soldat inconnu » sous l’Arc de triomphe, en août 1970, ou le slogan « Une femme est un homme comme les autres ».

Antoinette Fouque est une intellectuelle, une penseuse. Elle incarne un courant réformiste du féminisme. Elle ne prône pas un égalitarisme qui voudrait s’absoudre du naturel : pour elle, la femme a un utérus et c’est elle qui donne la vie, « si elle veut ». Cette battante n’a jamais brûlé de soutien-gorge, méthode de « militante américaine ». Mais elle sait remettre un académicien à sa place, en l’occurrence Maurice Druon, lorsqu’il refuse, en 1994, toute féminisation des mots sous prétexte que le masculin est le genre neutre de la langue française. « C’est oublier que le masculin a absorbé le neutre qui existait en latin, rappelle celle qui se méfie de la neutralité. Ceux qui se disaient neutres en politique, pendant la guerre, c’était surtout des collabos. »

Lire du Antoinette Fouque dans le texte est compliqué. L’écouter, beaucoup plus simple. Elle est née à Marseille, dans la chaleur populaire du Vieux Port, en 1936. Née d’un berger corse qui désirait un troisième enfant, et d’une mère calabraise, « analphabète mais poète à sa façon », qui le souhaitait moins. Elle s’est mariée en 1959, a eu une fille, Vincente, en 1964. Pas de machisme à la maison, pas de divorce, pas d’avortement mais elle a milité pour. Un petit-fils, Ezequiel, « en CE1, qui sait déjà tout de la différence garçon-fille ». Antoinette Fouque a mis davantage de temps à la ressentir…

« Fille de prolétaires de tradition catholique », instruite à l’école de la République , elle s’est toujours sentie l’égale de ses copains de la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence. La naissance de sa fille va tout bouleverser. La voilà mère, enseignante, en pleine période révolutionnaire. En 1968, elle est à la Sorbonne de l’aventure du Comité révolutionnaire d’action culturelle avec André Téchiné, Umberto Eco, Nathalie Sarraute… mais s’aperçoit vite que la révolution de Mai, la lutte des classes, « a surtout conduit à la libération des hommes ».

Octobre 68 sera celle des femmes. Antoinette Fouque et ses amies Monique Wittig et Josiane Chanel se retrouvent dans un petit appartement de la rue de Vaugirard, à Paris, prêté par Marguerite Duras. Leur petit groupe de discussion sur le corps, la sexualité des femmes, s’agrandit. Sans homme, au départ. « Il fallait que la parole se libère, sans le poids de la domination et du discours masculin. » Et la dure réalité jaillit. « Des viols, des mères battues par leur mari »… Le MLF est lancé, entraînant dans son sillage d’autres mouvements pour les droits des femmes.

« En quarante ans, elles n’ont rien lâché », observe la Marseillaise , fière du résultat. Fière aussi de sa méthode, humaniste et sans arme, contestée par des courants plus radicaux. « Le mouvement n’a pas basculé dans le terrorisme et les Françaises, aujourd’hui, sont celles qui ont le plus fort taux de natalité et qui travaillent le plus. »

Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. « Les femmes n’ont pas encore conquis les grands corps d’État et elles ne possèdent que 1 % de la richesse mondiale quand elles en produisent 80 % ». L’athée qu’elle est devenue observe aussi un retour du religieux. Elle l’analyse comme « une réaction violente à la libération des femmes de l’Occident », comme un soubresaut dans un mouvement en marche. « Le seul qui reste de 1968. »

La crise économique l’inquiète davantage. « Elle frappera d’abord et encore les plus faibles, c’est-à-dire les femmes. »

Ah !, encore deux ou trois choses sur Antoinette Fouque. Elle possède trois maisons, l’une sur la côte varoise, la deuxième sur une île du golfe du Morbihan (elle trouve les Bretons « courtois ») et la troisième à Paris, à Saint-Germain-des-Près. Elle adore causer avec une grande copine catholique, aristocrate et mère de douze enfants, de « sa fascination pour la procréation ». Elle est aussi très amie avec la créatrice Sonia Rykiel. Elle ne se maquille jamais.

Mercredi, c’était son anniversaire. 72 ans. Son petit chien est mort la veille. Elle est clouée sur un fauteuil roulant par une maladie invalidante. N’en parle jamais. Va jusqu’en Birmanie, soutenir la résistante Aung San Suu Kyi. « Tout va bien ». « Les femmes portent l’espèce humaine ». Et les nouvelles générations, croit-elle, en ont conscience.

Christelle GUIBERT.

Photo : Claude STEFAN.

40 ans du MLF. Un film de la série Empreintes, réalisé par Julie Bertuccelli, sera consacré à Antoinette Fouque le 10 octobre, à 20 h 35, sur France 5 (TNT, rediffusion le 12 à 9 h 30 sur les chaînes hertziennes). Le 16 octobre, sortie du livre Génération MLF, 1968-2008, aux éditions des Femmes. Rens. au 01 42 22 60 74 ou sur www.desfemmes.fr

Le site de Télérama évoque aussi Empreintes ! (02.10.08)

[France 5] Empreintes : Antoinette Fouque
Dans le cadre de la thématique « Empreintes », France 5 propose, vendredi 10 octobre 2008 à 20 heures 38, le documentaire réalisé par Julie Bertuccelli, d’après une idée d’Anne Andreu, « Antoinette Fouque ».

Co-fondatrice en octobre 1968 du MLF, psychanalyste, créatrice des éditions des Femmes, députée européenne, Antoinette Fouque est, depuis 40 ans, engagée aux côtés des femmes.

Elle soutient leurs luttes dans le monde entier, qu’il s’agisse de l’excision, de l’avortement, des femmes battues, de leur libre expression et de leur création.

Mi-corse, mi-italienne, Antoinette Fouque est née en 1936, d’une mère analphabète et d’un père militant actif du Front Populaire.

Ses origines puis la naissance de sa fille en 1964 lui insufflent la volonté de se battre, le goût de la justice sociale, le besoin de trouver sa véritable place.

Antoinette Fouque a apporté au mouvement des femmes la particularité d’allier action et pensée, inconscient et Histoire, psychanalyse et politique.

Son féminisme ne prône pas la guerre des sexes, bien au contraire.

Il s’appuie tout simplement sur une redéfinition du concept d’égalité en se concentrant sur la différence.

Elle n’a cessé de poser la question ‘ qu’est-ce qu’une femme ? ‘ en répondant ‘ une femme est une femme et elle est géniale ‘ car génitrice, donc créatrice.

Ce portrait offre un témoignage sans fard pour les jeunes générations et fait revivre, au travers des archives extrêmement riches et variées, 40 ans de féminisme.

A 70 ans, aux côtés de ceux qui l’accompagnent dans ses différents combats, Antoinette raconte comment le mouvement des femmes est toujours l’engagement fécond de sa vie, tant les femmes, aux avant-postes de la lutte contre les injustices car les plus exposées, sont le coeur battant de la démocratie.

Rediffusion : Dimanche 12 octobre 2008 à 09 heures 36

Jeudi 2 octobre 2008

TéléObs annonce Empreintes !

Vendredi, à 20 h 35 – France 5
Collection « Empreintes » : « Antoinette Fouque ».
Eternelle féminine

Elle ne parle plus aujourd’hui de « libération » mais de « démocratisation » de la femme.

Militante, féministe, éditrice, femme politique et théoricienne d’une psychanalyse critique fondée sur l’existence d’une « libido utérine », Antoinette Fouque racontée par elle-même.

Toute sa vie aura été guidée par trois mots : femme, psychanalyse et politique. C’est ainsi qu’Antoinette Fouque se raconte elle-même dans ce « portrait parlant », qu’elle occupe intégralement, sans laisser de place à aucun autre point de vue sur sa vie que le sien. Elle est née, dit-elle, « avec le Front populaire », en 1936. De son père corse et communiste, elle aura hérité la politique, et de sa mère italienne, la psychanalyse. De sa jeunesse à Marseille, elle aura gardé l’accent chantant du sud. Et de sa maladie orpheline, survenue à ses 16 ans, lui resteront le fauteuil roulant et les mains sans vie. Mais cette maladie, « elle n’a peut-être pas été inutile, estime t-elle, parce qu’elle m’a permis de développer d’autres compétences, d’autres qualités. Pas du côté de la motricité mais du côté du mouvement, du mouvement de la pensée ».

Cette pensée, elle se construit d’abord dans les cours de Roland Barthes sur les avant-gardes littéraires, puis dans le séminaire de Jacques Lacan. « Un délice », se souvient-elle, mais aussi « la pensée la plus misogyne qui soit », puisqu’elle part du postulat que « la femme n’existe pas », qu’il n’y a de libido que phallique. Elle, elle est convaincue du contraire. Cette libido des femmes dont elle se fait le chantre, elle lui donne un nom : « la libido creandi » ; une définition : « Nous sommes toutes des homosexuelles en puissance » car nous avons un « amour charnel pour la mère », et un slogan : « Si l’usine est aux ouvriers, l’utérus est aux femmes », à chanter dans les manifestations de Mai 68. « Nous avons la machine de production », « Nous créons la vie » et « C’est ce que vous nous enviez », lance t-elle alors en défi aux hommes.

Cette année-là, Antoinette Fouque participe à la création du Mouvement de Libération féminine, le MLF, où elle anime la branche « psychépo », qui se donne pour modus operandi de conjuguer psychanalyse et politique, action et pensée. Entre le MLF et la création, en 1989, de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie, elle franchit le pas de la maturité. Que ce soit pour Solidarnosc ou contre Pinochet, au Parlement européen où elle siège de 1994 à 1999, ou encore dans son travail d’éditrice, elle ne parle plus désormais de « libération » mais de « démocratisation » de la femme. Féministe, Antoinette Fouque ? Pas tout à fait : aux féministes, elle laisse l’apanage de la lutte pour l’égalité, elle, elle revendique aussi la différence.

Sarah Halifa-Legrand

Ce que recouvrent les trois lettres MLF (Le Parisien, 1er octobre)

Le mot du jour
MLF

Ce sont trois lettres souvent associées à un poing levé, brandissant un soutien-gorge (symbole d’entrave) ou une aiguille à tricoter (symbole d’avortement clandestin) dans les manifs des années 1970. Le MLF, pour Mouvement de libération des femmes, est né dans la foulée de Mai 68 d’un soulèvement de femmes contre la misogynie, l’oppression et les discriminations dont elles étaient victimes. L’écrivain Monique Wittig et l’intellectuelle Antoinette Fouque en sont, au départ, les têtes pensantes. Elles représenteront ensuite, chacune, deux courants distincts du « féminisme ». Le premier, radical, proclame « la femme est un homme comme un autre » et défend une féminité libérée de ces entraves constitutives (grossesse, allaitement…). Le second, plus réformiste, lutte pour faire reconnaître aux femmes leur place à part entière dans l’humanité et la primauté que leur vaut d’être celles qui mettent les êtres humains au monde.

Les acquis des femmes par le MLF (Le Parisien du 1er octobre)

CE QU’ELLES ONT ACQUIS DEPUIS QUARANTE ANS

1970. Abolition de la notion de puissance paternelle, remplacée par celle d’autorité parentale. Le congé maternité est indemnisé à hauteur de 90 % au lieu de 50 %.

1972. Loi sur la filiation : les enfants naturels ont les mêmes droits que les enfants légitimes. Première loi sur l’égalité de salaire entre hommes et femmes. Ouverture aux femmes des concours d’entrée des grandes écoles.

1975. Loi légalisant l’IVG dans c e r t a i n e s conditions. Choi x en commun du d omi c i l e conjugal, signature de la déclaration de revenus par les deux époux. Instauration du divorce par c o n s e n t ement mutuel. Interdiction de la discrimination à l’embauche. Obligation de mixité dans l’enseignement public.

1979. La loi sur l’interruption volontaire de grossesse devient définitive.

1980. Interdiction de licencier une femme enceinte. Congé de maternité porté à seize semaines.

1982. Remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale. Loi donnant des droits à la couverture sociale pour les conjoints d’artisans et de
commerçants (des femmes enmajorité).

1983. Ratification par la France de la convention des Nations unies pour « l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ». Loi sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes.

1985. Loi sur l’égalité entre époux dans les régimes matrimoniaux.

1987. Loi instaurant l’égalité des parents dans l’exercice de l’autorité parentale.

1992. Loi créant le délit d’entrave à l’IVG.

1994. Réforme du Code pénal : première reconnaissance légale du viol conjugal et du harcèlement sexuel.

1999. Loi créant le pacte civil de solidarité (pacs).

2000. Loi sur la parité dans les mandats électoraux et les fonctions électives. Loi autorisant la vente sans ordonnance de la pilule du lendemain,
gratuite pour les mineures.

2002. Loi permettant à la femme de transmettre son nom à son enfant.

2004. Loi qui simplifie les procédures de divorce et permet d’envisager l’éviction du conjoint violent du domicile conjugal.

2006. Nouvelle loi sur l’égalité salariale. Loi « renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ». L’âge légal du mariage
pour les femmes (15 ans depuis 1804) est aligné sur celui des hommes (18 ans). La répression des mutilations sexuelles s’étend à celles
commises à l’étranger sur une victimerésidant en France. Elle étend la circonstance aggravante aux viols conjugaux.

Télérama annonce Empreintes ! (01.10.08)

T. 20 h 35 France 5 Documentaire

Empreintes

Antoinette Fouque

Documentaire de Julie Bertucelli (France, 2008). 55 mn. Inédit.

« Il faut y aller. » Antoinette Fouque répètera cette phrase plusieurs fois au cours d’un document qui embrasse le destin exceptionnel d’une femme et l’évolution d’un mouvement social, politique et intellectuel. A 70 ans, droite dans son fauteuil, la parole aussi vive que le regard, Antoinette Fouque raconte quarante ans de combats : le MLF (Mouvement de libération de la femme) créé en octobre 1968, la fondation des Editions des femmes, la députation européenne, une lutte internationale pour les libertés individuelles.

Née en 1936 d’un père communiste, marin et berger, et d’une mère italienne, analphabète au tempérament indépendant, Antoinette a, de naissance, le sens de la justice sociale. Psychanalyste, elle suit les séminaires de Lacan, à la fois admorative et en colère contre cet homme qui unit « intelligence et misogynie ». En s’activant pour la légalisation de l’avortement, contre les violences conjugales et l’excision, en luttant pour que le viol soit reconnu comme un crime, elle ne revendique pas seulement l’égalité des sexes, mais se concentre sur leurs différences.

Ce document est à montrer aux jeunes générations pour leur rappeler que le combat pour la démocratie n’est jamais gagné.

Christine Ferniot
Rediffusion : 12/10 à 9 h 35

Le Parisien souhaite un bon anniversaire au MLF ! (01.10.08)

VIVRE MIEUX

40 ANS DU MLF

« GLOBALEMENT, LES FEMMES S’EN SORTENT BIEN »

Antoinette Fouque, cofondatrice du Mouvement de libération des femmes en 1968

Saint-Raphaël (Var), le 26 septembre. Antoinette Fouque, cofondatrice du MLF, estime qu’il faudrait aujourd’hui « un Grenelle des femmes, pour tout mettre à plat et traiter toutes les violences qui tombent sur elles : domestiques, économiques… » (LP/ANAIS BROCHIERO)

Il y a quarante ans, le 1er octobre 1968, quinze femmes de 17 à 33 ans se retrouvaient dans un petit studio de la rue de Vaugirard à Paris. Un studio vide, prêté par Marguerite Duras, où, assises à même la moquette et renvoyant fermement les garçons qui passaient le nez par la porte, ces intellectuelles et artistes ont décidé du lancement du Mouvement de libération des femmes. Une deuxième révolution, aprèsles pavés très masculins de mai, à laquelle les Françaises soivent aujourd’hui la plupart de leurs droits. A leur tête, discrète et passionnée, une prof de lettres à l’accent chantant, Antoinette Fouque. La cofondatrice du MLF a toujours refusé de réclamer, contrairement à son amie Monique Wittig, une égalité qui anéantirait la féminité. Refusé le mépris, la caricature, les clichés. Depuis sa maison face à la mer, où la maladie l’a clouée dans un fauteuil roulant au milieu des livres et des rêves encore pleins la tête, Antoinette Fouque fête aujourd’hui ses 72 ans. A quelques jours de la parution de « Génération MLF », un livre de témoignages de 616 pages publié aux Editions Des femmes, elle revient pour nous sur ces quarante années de conquêtes à la fois inouïes et inachevées.

Saint-Raphaël (Var) de notre envoyée spéciale

Quand vous avez lancé le MLF il y a tout juste quarante ans vous pensiez faire la révolution en un jour ?

Oh non, on a tout de suite su que ce serait la plus longue des révolutions ! Le MLF, c’est la partie qui émerge de l’iceberg, les combats médiatiques. Pour la majorité des femmes, c’était, c’est encore, violences, injustices, invisibilité… Mais on a fait plus en quarante ans qu’en quatre mille ans, et on peut être fières. En 1968, c’était terrifiant ! Pour tous ces gens qui renouvelaient la pensée, les femmes n’existaient pas. Nos seuls droits, c’étaient le droit de vote et la contraception. Tout ce qu’il a fallu combler au niveau juridique… A l’époque, je n’avais même pas de compte en banque à mon nom !

Ce sont donc quarante ans de victoires ?

Je considère qu’on a gagné. Les femmes d’aujourd’hui font des enfants désirés sans renoncer à leur désir d’exister dans le siècle, ni à leur indépendance économique. « S’acheter une paire de bas quand on veut », comme disait ma mère. Si on a voulu la parité politique, c’est aussi pouvoir entrer avec une poussette dans le métro. Il faut être 30% dans une assemblée pour commencer à être entendu ! D’énormes progrès ont été faits mais il faut rester vigilant pour faire appliquer les lois, et se battre pour les étendre. Je suis pour donner à toutes les femmes d’Europe les droits les plus élevés de chaque pays.

« Il est temps de donner un second souffle au féminisme »

Parmi ce qui n’a pas beaucoup évolué, il y a les violences conjugales…

Lors de notre première réunion en 1968, une des filles nous avait avoué que sa mère se faisait frapper par son père. Et, ça continue. Mais entretemps, on a fait connaître ces violences et maintenant, il y a des lois. C’est quand les droits sont acquis que les luttes commencent ! Il faudrait vraiment un Grenelle des femmes, pour tout mettre à plat et traiter toutes les violences qui tombent sur elles : domestiques, économiques…

Vous observez des régressions ?

C’est sûr que Sarah Palin, aux Etats-Unis, c’est le retour de la Mère Fouettard. C’est grave ! Et Halle Berry battue par son compagnon… Mais quand je vois Mélissa Theuriau qui se marie avec Jamel, Laurence Ferrari ou d’autres, il me semble que les femmes d’aujourd’hui gardent quand même l’essentiel des acquis récents. Elles vivent leurs contradictions sur un mode bénéficiaire. Globalement, elles s’en sortent bien.

Vous êtes amère quand le MLF est moqué par les hommes, renié par les trentenaires, ignoré par les plus jeunes ?

J’en ai tant attendu… On a été traitées comme les femmes sur les barricades de la Commune : on disait qu’elles retrouvaient visage humain une fois mortes ! On a été considérées comme des hystériques. Non, ce n’est pas bien de discréditer ce mouvement. Quand on voit tout ce qui reste à faire, c’est presque criminel. Moi, je n’ai jamais voulu que le mot « féminisme » recouvre le mot « femme ». Je pense que toutes les femmes ont vocation à exister en tant que femmes, mais toutes n’ont pas vocation à mener des combats féministes !

Vous êtes optimiste pour l’avenir ?

La seule chose qui reste de 68, c’est le mouvement des femmes. Cet anniversaire, c’est une opportunité : il est temps de lui donner un second souffle, sur les anciennes questions comme sur celles qui surgissent. On a conquis, pas trop détruit, c’est imparfait… Mais je suis persuadée que la masse des femmes ne s’est pas encore exprimée. J’attends tout des générations qui viennent. »

Propos recueillis par Florence Deguen

GENERATION MLF (sortie le 16 octobre 2008)

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EVENEMENT : CONFERENCE DE PRESSE D’ANTOINETTE FOUQUE MARDI 7 OCTOBRE A 18 H 30 A L’ESPACE DES FEMMES, 35 RUE JACOB, 75006 PARIS. Pour vous inscrire, appelez-moi au 06.84.36.31.85.

Nous nous sommes rejointes
chaque-une plurielle autant que mille,
cela fait combien à l’ infini ?

Antoinette Fouque, Hendaye 1975.

Le MLF a quarante ans. Ce mouvement original qui a su articuler le désir de révolution aux nécessités des réformes a imprégné l’ensemble de la société et transformé la vie des femmes et des hommes. « Notre corps nous appartient », disions-nous aux commencements. Et puis, il y a eu la loi autorisant puis remboursant l’IVG, l’abolition de la toute-puissance paternelle, les lois sur le viol et sur les violences, les lois sur l’égalité
professionnelle et sur la parité… Mais ces grandes victoires démocratiques que le MLF a initiées ne lui sont pas attribuées et il reste dans l’opinion ignoré, décrié, ou défiguré.

Nous nous revendiquons ici de ce mouvement qui a constitué l’événement le plus marquant de la seconde moitié du XXe siècle et qui a engendré une mutation de notre civilisation. Des femmes qui l’ont créé en 1968 témoignent ici avec d’autres qui les ont rejointes au cours des mois et des années suivantes, pour un engagement plus ou moins long, continu ou discontinu ; oeuvre ouverte aux témoignages à venir.
Dès les premiers temps du Mouvement, dans l’oralité des premières années, puis dans les écrits, nous qui étions en train de faire l’histoire et qui n’acceptions pas le clivage sujet/objet, nous sommes interrogées sur comment l’écrire et la transmettre.

Génération MLF a été élaboré sur un temps long, au rythme des réunions, rencontres, séminaires, universités d’été proposés, animés, dirigés par Antoinette Fouque.

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Quelques dates jalonnent ce chemin de maturation :

1978, rencontre à Saint-Rémy de Provence ;
1982, université d’été à Apt ;
1983, exposition Quinze ans de MLF à Paris ;
1989 et 1990, États-Généraux des femmes à la Sorbonne;
1992, université d’été à La Garde- Freinet ;
1992, thèse de doctorat d’Antoinette Fouque à Paris 8 : Une expérience du mouvement des femmes – 1968-1991 : De la libération
à la démocratisation ;
1993-1994, séminaires d’Antoinette Fouque dans le cadre du Département « Droit, économie, sociologie de la décision médicale », dirigé par André Demichel, où chacune a travaillé son itinéraire ; soutenance de quinze DEA sous la co-direction de Francine Demichel et d’Antoinette Fouque; 1994, conférences de l’Institut d’Etudes et de Recherches en Sciences des Femmes ou féminologie sur l’origénération mlf 1968-2008

Éditions Des femmes-Antoinette Fouque
Sortie en avant-première le 7 octobre
et en librairie le 16 octobre 2008
gine du vivant, du MLF, de l’écriture ; puis, en 1995, sur femmes et démocratie, parité,
homosexualité féminine, et en 1996, sur violences sexuelles, démographie, économie
politique ; 2004, livre-mémoire : Depuis 30 ans des femmes éditent… ; 2005-2006,
séminaires collectifs à Paris 8 sur l’histoire du MLF ; 2006, colloque à la Sorbonne
Femmes de mouvements, hier et aujourd’hui, pour demain ; 2006-2007, séminaires
réguliers de l’Institut en féminologie.
Aller au réel, à la recherche d’un savoir subjectif, pratique et savant, en laissant la place
au savoir inconscient ; ne jamais perdre le sujet pour que la subjectivité vienne altérer,
informer, enrichir la science historique ; approfondir ce qui, femme, résiste en chacune à
l’identité dérivée, phallocentrée, imposée… telle a été la pratique Psychanalyse et politique,
telle est notre ambition. Chacune selon sa singularité, et ensemble. Et nous avons été
confirmées dans notre démarche par le fait que la vérité historique de Shoah, le film
de Claude Lanzmann, sorti en 1985, composé uniquement de témoignages, n’est pas
contestée aujourd’hui. Les corps, les coeurs, sont des lieux de mémoire. Ce faisant,
nous avons retrouvé notre jeunesse, nos plus belles années. Des années d’affirmation,
pas de guerre, des années de création plus que de critique ; car la libération, c’est l’affirmation
de l’identité.
Les souvenirs ont été confrontés entre eux, confortés par une chronologie réalisée à
partir de multiples sources, dans le désir partagé d’arriver à une vérité historique, en
prenant le risque de nous tromper. Nous avons mentionné les actions marquantes de
celles qui, au Mouvement, se sont revendiquées de la tradition féministe.
Les femmes qui témoignent ici sont vivantes. Elles peuvent être consultées. Les témoignages
apparaissent l’année où, pour chacune, la rencontre s’est produite. Les documents
d’archives, nous les publions. Nous nous sommes situées moins du côté de ne
rien oublier que de celui de rectifier des erreurs, des omissions.
Témoins donc, nous avons aussi cherché à nous situer au plus près d’un travail d’historiennes
du temps présent, au service des historiens à qui nous espérons éviter des
erreurs, inconscientes ou délibérées. Notre souhait est de préparer les années à venir,
de susciter de nouveaux travaux pour que Mai 68 et le MLF ne soient pas « liquidés »,
c’est-à-dire vidés de leur contenu, annexés, trahis.
Dans les manifestations, nous portons toujours des banderoles MLF, à côté de celles
de l’Alliance des femmes, pour rappeler que c’est de ce mouvement que viennent les
libertés nouvelles.
Septembre 2008