Le 9 mai 2022, jour important pour la Russie, Sonia Mabrouk invitait de nouveau Christian Mégrelis à commenter l’actualité.
Revoir l’émission ici : https://www.cnews.fr/emission/2022-05-09/midi-news-du-09052022-1213365

Guilaine Depis, attachée de presse (Balustrade)
Rampe de lancement ! Appuyez-vous sur la balustrade !
Le 9 mai 2022, jour important pour la Russie, Sonia Mabrouk invitait de nouveau Christian Mégrelis à commenter l’actualité.
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Entretien avec Gérald Wittock : « Le féminisme a du bon pour autant qu’il respecte l’hominisme »Gérald Wittock est un auteur-compositeur. Né à Rome en 1966, il voyage depuis son plus jeune âge, ce qui lui permet de parler couramment six langues. En 1992, il crée sa maison d’édition et de production audiovisuelle. En 2005, il monte son propre label, NO2 Records. En 2011, il s’installe à Marseille et il se consacre à l’écriture, après avoir parcouru le monde. Je l’ai rencontré au Petit-Benoît, à la place habituelle de Marguerite Duras. On a discuté de son premier roman, Le Diable est une femme (Editions Vérone, 2022), ce qui nous a entraîné sur les pentes dures de l’idéologie néo-féministe actuelle, et de cette curieuse époque de revendications en tout genre et de diabolisation.
Votre livre est un roman divisé en quatre nouvelles, et dont le titre est pour le moins cocasse, et surtout un brin provocateur, Le Diable est une femme. On imagine sans mal le clin d’œil à l’idéologie dominante et néoféministe, qui cherche systématiquement à discréditer le « mâle blanc dominant de cinquante ans » auquel on affuble tous les maux modernes. Pourquoi ce choix ?

Gérald Wittock : Je ne me retrouve pas dans cette société qui fait progressivement marche-arrière et qui anéantit les avancées importantes des idées progressistes et libertaires que nos parents ont défendues à coups de pierres en mai 68. Sans faire de la philosophie politique, que je laisse aux spécialistes du genre, bien plus érudits que moi, je me bats, avec comme arme le second degré et la légèreté de ma plume, contre l’autoritarisme de l’État et d’une Presse à sens unique, qui le sert en épousant et promouvant l’idéologie d’une minorité bienpensante, au mépris de la majorité silencieuse.
Le féminisme a du bon, pour autant qu’il respecte l’hominisme. Je rejoins Joseph Déjacque dans son pamphlet De l’Être-Humain mâle et femelle – Lettre à P.J. Proudhon publié en 1857 : « L’émancipation ou la non-émancipation de la femme, l’émancipation ou la non-émancipation de l’homme : qu’est-ce à dire ? Est-ce que – naturellement – il peut y avoir des droits pour l’un qui ne soient pas des droits pour l’autre ? Est-ce que l’être-humain n’est pas l’être-humain au pluriel comme au singulier, au féminin comme au masculin ? Est-ce que c’est en changer la nature que d’en scinder les sexes ? Et les gouttes de pluie qui tombent du nuage en sont-elles moins des gouttes de pluie, que ces gouttes traversent l’air en petit nombre ou en grand nombre, que leur forme ait telle dimension ou telle autre, telle configuration mâle ou telle configuration femelle ? ».
Je me sens néo-féministe, au sens strict du terme, mais pas pour ses dérives qui conduisent à la haine des hommes et desservent les femmes, puisque j’accepte les différences biologiques entre les sexes, et que je vénère leur complémentarité plutôt que de prôner une quelconque égalité ou supériorité d’un sexe sur l’autre. Je pourrais également me qualifier de néo-antiraciste, puisque je respecte les différences biologiques entre les races, et que j’épouse leurs richesses culturelles et sociales plutôt que d’imposer une illusoire et appauvrissante supériorité de couleur.
Mais je ne cherche nullement à discréditer qui que ce soit en général. Surtout pas le mâle blanc dominant de cinquante ans sur qui, effectivement, la société actuelle, hypocrite et bienpensante, n’hésite pas à tirer. Et pas à blanc, à boulets rouges, surtout quand il a été blessé. Les médias, et donc ceux qui les suivent et les font vivre, retrouvent un malin plaisir ancestral à le lapider sur la place publique. Pourquoi ne juge-t-on pas ces hommes, ou ces femmes, en respectant la présomption d’innocence, entre les quatre murs d’un Tribunal ? Pourquoi tant de publicité gratuite aux dépens des suspects, des coupables et, inévitablement, des victimes (qui parfois s’enrichissent de cette nouvelle et inespérée célébrité) ? Le bourreau, la Presse encouragée par ses lecteurs avides de cancans, ne devient-il pas criminel par la même occasion, en détruisant inutilement la vie d’un homme (ou d’une femme) et de sa famille, en les jetant ainsi en pâture ?
Fort heureusement, je ne traite que de certaines individualités, qui se sont comportées en véritable diablesses, et sur qui je me permets de cogner, en respectant leur anonymat, par lâcheté ou bienveillance, avec des mots bien choisis, qu’elles seront les seules à savoir qu’ils leur sont adressés.
Vous m’avez dit que vous veniez de l’univers de la musique, ce qui se retrouve bien dans la musicalité de votre style, ainsi que le métier de votre personnage principal. Votre roman commence par les 7 vies des chats, ce qui vous permet d’introduire les 7 villes que traversera votre narrateur, de Rome à Paris, en passant par Anvers, Marseille ou encore Londres. Peut-on dire que votre roman soit autobiographique ?
Quel roman n’est pas autobiographique ? En écrivant Le Diable est une Femme, j’ai voulu parler de l’Amour, en latin, l’Amor. Et quand on pense, qu’on écrit ou l’on dit « Je t’aime. », on se met d’abord et inévitablement en avant. Autant le premier Acte s’attarde sur le « Je », la vie d’un héros qui me ressemble étrangement et qui porte mon prénom et son diminutif, autant le deuxième Acte est son contraire, axé sur le « t » apostrophe, le « toi » qui m’habite et que j’abrite, ou plutôt, l’image reflétée à travers son miroir. Un antihéros qui ne me ressemble pas et qui ne partage ni ma vie, ni ma religion, ni mes préférences sexuelles. Et pourtant, nous sommes complémentaires et nous nous allierons dans une cellule de la prison des Baumettes, à Marseille. C’est le yin et le yang. La complémentarité que l’on retrouve dans toutes les différences et que l’on essaye de porter en soi. Dans le troisième Acte, je recherche la fusion du mot « aime ». Je m’amuse à inverser les sexes, les complémentarités, afin d’essayer de mieux les unir et de comprendre l’être humain. Au bout du compte (et du conte), la femme n’est pas meilleure que l’homme. Ils s’attirent l’un à l’autre et se repoussent comme des aimants, comme des amants, en fonction de leur polarité du moment. La femelle et le mâle cohabitent sur terre, comme le bien et le mal. Enfin arrive le quatrième et dernier Acte. Il symbolise la souffrance et le diable. Le point final. La mort. La boucle est bouclée. Je(Acte I) t’ (Acte II) aime (Acte III) . (Acte IV).
Vous nous racontez les affres de l’amour rencontrés par votre narrateur avec Eva, ce qui rappelle inévitablement la première femme de l’humanité, mais d’autres femmes défilent dans ce récit. Les femmes et les villes alternent au point de croire que ce texte est une ode au féminin, n’est-ce pas ? Peut-on dire, que vous partagez la thèse de Romain Gary qui préférait le féminin au féminisme ?
Vous me flattez en me renvoyant à ce grand homme et à ce grand écrivain, l’unique à avoir remporté à deux reprises le prix Goncourt. Et vous avez mis le doigt sur la plaie. La tentation de la pomme qu’on ne peut refuser. La quête de l’amour en parcourant les femmes et donc forcément les villes, les métiers, les rôles et les vies. Oui, je préfère le féminin au masculin, le féminin au féminisme, le féminin envers et contre tout. Et mon obstination m’aura servi. J’ai fini par retrouver la Femme, celle de mes rêves.
Chercher l’amour, c’est chercher la vie, ou plus précisément, donner un sens à sa vie. Que l’on doit dès la conception, et pendant les neuf mois qui ont précédé notre naissance, à la Femme. Nous sommes en elles avant même d’avoir commencé à respirer. Pas étonnant que l’on cherche constamment à retourner en elles. Et le coup d’envoi, notre venue au Monde, n’est-il pas précisément orchestré et sifflé par la femme ?
Puisque l’homme est incapable d’enfanter, en cherchant l’âme sœur, ne cherche-t-il pas à revivre sa naissance, non plus en spectateur, mais en acteur ?
Dans ce récit, j’ai posé quatre actes qui ont tous débouché sur une multitude de rencontres amoureuses ou chargées d’émotions fortes, pour arriver enfin à accoucher de ce premier roman. Un autodafé autobiographique ?
Les hommes croient avoir le phallus quand les femmes croient en manquer, alors que personne ne le possède et que tous le désirent.
Les histoires d’amour se succèdent dans votre roman, mais sont sans lendemains, les femmes le sont tout autant. Cette recherche de l’âme sœur, désespérante et aporétique sur la fin, laisse songeur. Qu’avez-vous voulu nous dire ? Que la femme n’est que le plaisir phallocrate de l’homme, à l’image de cette phrase si célèbre de Lacan, qui disait que « La femme n’existe pas », lorsqu’on la mal comprise, ou plutôt que LA femme n’existe pas, quand on la confond avec la jouissance phallique, lorsqu’on a bien compris Lacan, puisque cliniquement la jouissance féminine ne peut s’y réduire. Est-ce là encore une ode à la femme, la femme introuvable pour l’homme qui se laisse enfermer dans une quête de la jouissance masculine ?
Dans cette quête de l’âme sœur, l’on ne peut parler uniquement d’aporie, car cette contradiction insoluble en apparence, la recherche de l’Amor, se résout, si ce n’est pendant la vie, inéluctablement à travers la mort. Pour Gérald, dans La Vie ne dure que 7 Villes, la chasse désespérée finit à Marseille, au bout de 25 ans, puisqu’il y retrouve son âme sœur. Mohammed, dans Antipodes, l’a très vite rencontrée dans les bras de son meilleur ami, mais il ne s’en est rendu compte que trop tard. L’on pourrait penser que tomber amoureux d’un transsexuel est à l’opposé de l’ode à la femme, introuvable pour Mohammed qui se laisse enfermer dans sa quête de la jouissance masculine, et se réduit à devenir un criminel, assassin de l’amour impossible, maculant de sang les draps de son bienaimé, comme le linceul enveloppant le fils de Dieu que nous, ses frères, avons crucifié. Dans La Mutation, c’est grâce à l’assassinat également, celui du leader des hoministes, que l’impossible trio formé par César, Fanny et Marius, pourra finalement exister. Le couple, Marius et Fanny, poursuivront ainsi l’œuvre de leur César chéri. Et dans le dernier Acte, Le Diable est une Femme, c’est cette même faucheuse qui sépare les deux amants en herbe, Gabrielle et Michel. Alors on est en droit de se poser la question : qui de la vie, cette quête désespérante de l’âme sœur, ou de la mort, est la plus aporétique ?
Effectivement, je rejoins le Docteur Jacques Lacan quant à la primauté du phallus parmi les autres signifiants. Mais cela ne fait pas de moi une personne phallocentrée ni un antiféministe. « Les hommes croient avoir le phallus quand les femmes croient en manquer, alors que personne ne le possède et que tous le désirent. » Le phallus est donc le signifiant du manque. Il ne doit pas être confondu avec l’organe, le membre qui pend bêtement entre nos jambes, et ne jamais être réduit à sa plus simple expression, le pénis. LA femme n’existe pas si on la confond avec la jouissance phallique. La femme et ses multiples jouissances sont bien plus complexes que notre coït binaire, et les résoudre au simple plaisir phallocrate de l’homme qui se croit supérieur, ne nous mène nulle part, et nous éloigne assurément de notre quête éternelle.
Le diable est une femme, ou LA femme, si l’on essentialise la femme, et que l’on compare son essence à la domination supposée de l’homme. Que pensez-vous des combats modernes des courants néoféministes, portées aujourd’hui par Alice Coffin, qui dit vouloir supprimer les hommes, dans son livre Le génie lesbien, (Grasset, 2020), ou Pauline Harmange, qui prétend détester les hommes, dans un livre qui porte le même titre, Moi, je déteste les hommes, (Seuil, 2020.) Ne pensez-vous pas que nous revivons-là un retour de la guerre des sexes ?
Ah bon, parce que vous pensiez réellement qu’elle était finie, cette guerre des sexes ? Ce serait comme affirmer qu’il n’y a plus jamais eu de guerre après la seconde guerre Mondiale. Faut-il qu’un Poutine reprenne l’Ukraine pour que tout d’un coup, l’on prenne conscience des différentes visions géopolitiques des uns et des autres ? Et les guerres en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, elles comptent pour des prunes ? Loin des yeux, loin du cœur, c’est ça ? Alors oui, une Alice Coffin est là pour nous rappeler que le diable peut également prendre la forme d’une lesbienne. Réduire le génie des femmes à une orientation sexuelle, est un crime de guerre contre les sexes et devrait être jugé devant le tribunal de Lahaie. Qui d’autre que Brigitte pourrait donner son avis éclairé sur la question ?
Plus sérieusement, je comprends la haine et la révolte endurée pendant de longues années par les femmes ou les hommes qui n’ont pas pu vivre librement leur amour, leur sexualité, condamnés par une société qui n’était pas à sa place, soucieuse du qu’en dira-t-on, et qui s’infiltre avec son venin mortel dans la sphère privée de l’individu. L’amour consentant ne regarde que les personnes concernées. Qui sommes-nous pour oser les juger ? Mais réduire le génie à une attirance ou à une préférence sexuelle me semble tout aussi débile que condamner cette même préférence ou attirance sexuelle.
Faut-il, comme le pense Pauline Harmange, défendre la misandrie en réponse à la misogynie ? La sororité serait-elle la seule réponse appropriée aux fraternités ou autres mouvements franc-maçonniques strictement limités aux hommes ? Ne serait-ce pas répondre uniquement par les armes ? Œil pour œil, dent pour dent : les américains nous ont montré, à Nagasaki et Hiroshima, comment cela allait finir. Notre monde politique et les médias qui donnent raison à ces ultra-féministes, veulent-ils vraiment la guerre nucléaire, cette fission qui viendrait définitivement séparer les hommes et les femmes ?
Lorsqu’on lit votre roman, désenchanté à propos de l’amour entre les hommes et les femmes, femmes peut-être trop libérées et rebelles aujourd’hui pour être réduites à l’âme sœur d’un homme en recherche d’un amour phallique, et, lorsqu’on observe la société moderne et ses nouvelles lunes féministes et obsessions androphobes, ne croyez-vous pas que nous vivons un séparatisme nouveau, un séparatisme qui verra les hommes et les femmes vivre face à face, alors qu’hier encore, ils vivaient côte à côte ? Est-ce le message que livre votre roman ?
J’espère que non. L’amour phallique est ancestral. Il remonte à la nuit des temps. Pour les hommes, il représente nos mères qui nous ont portés avant même notre naissance, et cet irrésistible besoin de retourner en elles. Pour les femmes qui ont accouché, l’énorme vide laissé en elles, et le besoin incommensurable de le combler. Dos à dos, face à face, côte à côte… peu importe la position qu’ils adoptent : les femmes et les hommes sont heureusement condamnés à vivre ensemble. Il faut l’union des deux pour créer la vie. Alors, tant qu’il y aura un phallus, un manque, ils chercheront à s’unir. Et comme on dit si bien dans le plat pays d’où je viens : « L’Union fait la Force ! »
Propos recueillis par Marc Alpozzo
Gérald Wittock, Le Diable est une femme, Vérone éditions, février 2021, 421 pages, 25 euros
Un Savoyard d’Entremont, homme de théâtre séduit par les auteurs russes, découvre Vassili Grossman. Ce journaliste de guerre sous Staline devenu auteur littéraire élabore une réflexion sur le pouvoir, la foi, la totalité russe. Juif, il n’est pas ethno-nationaliste comme le Kremlin l’exige ; le KGB censure ses livres à la fin de sa vie et confisque son manuscrit, « y compris les rubans de sa machine à écrire » ! Sa grande œuvre, Vie et destin, sera passée en microfilm en Occident par Andreï Sakharov et éditée à l’Ouest, avant que la Perestroïka de Gorbatchev ne l’autorise en Russie. L’auteur, qui avoue avoir découvert Grossman durant le confinement, c’est-à-dire il y a peu, s’immerge dans cette œuvre pour en faire un théâtre. Il tente d’y adjoindre une passion amoureuse avec une jeune Russe, découvrant que seule la bonté permet de résister à toutes les contraintes.
Assia invite Pierre, marié mais lassé, à Saint-Pétersbourg, loin de sa ferme cocon où il oublie le monde dans les livres, protégé par ses montagnes. Il doit jouer une pièce tirée de Grossman et faire passer son message. Les destins broyés sous le totalitarisme en miroir d’Hitler et de Staline, chacun imitant l’autre par construction (cité p.42), fascinent les intellectuels de la Russie moderne car Poutine les imite à son tour. Mais ils sont peu nombreux face à la masse russe, rurale et éloignée des centres. Le pouvoir du Vieux-blond (Vladimir Vladimirovitch) se mure de plus en plus dans la certitude, donc la répression. Le peuple ne suit pas ? Abolissez le peuple, par le trucage des élections, l’éradication par les balles, le poison ou la prison pour tous les opposants, par la propagande et la censure. L’œuvre de Pierre le petit est bien insignifiante face au pouvoir absolu des Organes. Sa pièce, Un amour aveugle et muet, ne fera l’objet que de trois représentations. Même à Moscou le refus est net, l’Alliance française ne voulant pas froisser le Kremlin, bien qu’Assia remue ses relations de petite-fille du général Tchouïkov vainqueur à Stalingrad et d’épouse de l’oligarque Markov monté dans la communication sous Poutine.
D’ailleurs, le mari se venge, vexé qu’un obscur Français fané soit préféré à lui-même, exemple de réussite et de jeunesse conservée. La domination du pouvoir accompagne la domination de l’oligarque pour réduire l’individu à presque rien. Grossman n’avait plus pour espérance, dans le totalitarisme de son époque qui désormais revient, que les actes personnels et la bonté inhérente au fond humain. Rousseauisme naïf issu du christianisme que Tolstoï avait porté en Russie et qui est aujourd’hui peu convainquant. Il est le ressort de la passion qu’éprouvent le Français et la Russe, séparés par deux cultures, la libérale et l’autoritaire, par deux paysages intérieurs, l’entre-soi des petites provinces et l’immensité russe.
L’auteur, homme de théâtre, n’évite pas le piège de l’empathie sans issue. Son personnage joue un rôle, il semble n’avoir aucune personnalité, bercé depuis l’enfance par l’amour de sa mère et de sa grand-mère, maquisarde des Glières. Il se laisse mener et ballotter par les femmes, dont Assia, se laisse vivre, porté par les œuvres dont il s’imprègne et les auteurs dont il emprunte la personnalité. Un coucou dans le nid d’un autre. Après de multiples masques, il est Grossman, donc jamais au présent puisque Grossman est mort en 1964. Il ne voit les villes que comme des lieux de mémoire, arpentant Saint-Pétersbourg ou Moscou à la recherche de son auteur adulé ; il ne voit les gens que par le prisme de Grossman, vieille babouchka ou milicien armé, des gens ordinaires. D’où cette impression d’essai intellectuel, de carnet de théâtre avant l’écriture des dialogues, plutôt que de roman littéraire. L’action est presque inexistante, engrenée par le pèlerinage grossmanien, soumise aux caprices d’Assia la Russe qui ne sait pas elle-même ce qu’elle pourrait bien vouloir.
La réflexion de l’auteur sur la Russie, dont il connaît principalement la part européenne et intellectuelle de Saint-Pétersbourg et Moscou, me paraît un peu courte. « Pourtant, au cœur brisé des enfants du marxisme, l’exaltation, la passion, le désir n’est pas mort. Cela, ils l’ont à l’âme comme une raison d’exister, un héritage, et le fond de ce trésor n’a pas été dilapidé sous l’absolutisme des tsars puis durant le communisme ». Échec de l’Homme nouveau certes, vitalité intacte comme pour tout vivant certes, mais encore ? L’exaltation n’est-elle pas plus forte et plus utopique lorsqu’elle est constamment réprimée, comme une cocotte minute qui monte en pression ? « Ce que nous dicte notre conscience », enjoint Grossman p.132. Mais l’intérieur qui ne peut s’exprimer reste un quant à soi qui n’en pense pas moins mais n’ose rien. La population soutient son despote parce qu’il représente la patrie et l’État qui la structure. « Tout progrès de démocratie et de transparence » est infime, d’où le refuge de Grossman dans l’être intérieur, qui ne dit mot. « Cette conscience réclamée par Grossman est source d’empathie, de bonté, d’attention aux autres et à la nature, elle dicte notre responsabilité à tous, qui que nous soyons » p.133. Mais elle est plus facile à un Français vivant en France sous la « dictature » Macron qu’à un Russe vivant en Russie sous la « démocratie » Poutine…
Reste donc la niaiserie chrétienne rousseauiste : « Face au mal qu’apporte un État à la société, à une classe, à une race, la bonté insensée pâlit-elle en comparaison de la lumière qu’irradient les hommes qui en sont doués ? Elle est cette beauté folle, ce qu’il y a d’humain en l’homme, elle est le point le plus haut qu’ait atteint l’esprit humain » p.200. Un acte de foi, pas un acte politique ; un refuge intérieur, pas un combat social. Dans les tragédies, les héros meurent à la fin.
Jean Winiger, Un amour aveugle et muet – Une passion française et russe, L’Harmattan 2021, 280 pages, €23.00
Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
Philippe Chauveau a fait un reportage pour le site WebTvCulture
A voir ici :
https://www.web-tv-culture.com/emission/prix-cazes-2022-la-86e-edition-53281.html

Le referendum d’initiative citoyenne (RIC) est l’un des tabous de la politique française. Réclamé notamment par les Gilets Jaunes, relayé sans succès par Marine Le Pen, il se heurte à la méfiance de la caste vis-à-vis de l’expression populaire directe.
Revoir l’émission ici : https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/05/03/le-referendum-dinitiative-citoyenne-un-contre-pouvoir-salutaire-pour-une-republique-declinante/
Dominique Motte nous rappelle comment il est utilisé avec succès en Suisse pour gouverner efficacement.
Il est très probable que l’introduction de ce referendum dans la Constitution permettra une importante réconciliation des Français avec leur caste politique.
Revoir l’émission de John Karp sur BFM Business du 2 mai 2022 :
Une clé pour relever le défi de la crise climatique !La COP 26 vient de se terminer. Une nouvelle fois, l’humanité doit affronter une multitude de défis pour limiter la hausse des températures et protéger la biodiversité de notre planète.
Parmi les secteurs jouant un rôle clé dans la crise du réchauffement climatique, la construction est au premier plan. De nos jours, 10 % des rejets de gaz à effet de serre sont directement liés à la fabrication du béton et de l’acier, principaux matériaux utilisés pour la construction neuve.
En 2021, nous sommes 7,8 milliards d’êtres humains sur terre et certaines prévisions annoncent que nous atteindrons un pic de 11 milliards à l’horizon 2060. La pression sur les besoins en logements, en infrastructures et en énergie va s’accroître de façon exponentielle dans les prochaines décennies. Notre génération de constructeurs doit donc créer des ruptures technologiques dans les filières de fabrication des matériaux de construction et dans la manière de bâtir.
Je porte un regard différent sur la situation.
Je poursuis la mission de promouvoir la réhabilitation de bâtiments pour protéger les ressources de la planète, tout en transmettant le patrimoine mondial aux générations futures.
La réhabilitation des bâtiments : deux enjeux majeurs
En France, il existe aux alentours de 35 millions de logements, dont 7 millions de passoires thermiques. Lorsque nous savons que la construction neuve ne renouvelle que 1 % de ce parc immobilier chaque année, nous comprenons à quel point la réhabilitation de bâtiments est un levier de développement extraordinaire. Elle permet en plus d’améliorer les capacités énergétiques des constructions existantes.
En 2021, j’ai décidé de créer la marque Rehearth. Elle regroupe l’ensemble des produits et services qui aident les porteurs de projet de réhabilitation à concrétiser leur vision. Le but de la marque est de développer une communauté de personnes qui pense et agit différemment. Des êtres humains désireux de protéger la planète, tout en contribuant à transmettre le patrimoine aux générations futures.
Nous sommes un cabinet d’assistance à maîtrise d’ouvrage et de conseils. Nous accompagnons les décideurs, les donneurs d’ordres, ceux que nous appelons couramment, en France, les maîtres d’ouvrage, de la phase conception à la réception clé en main de leur réhabilitation de bâtiments.
J’ai également écrit un livre intitulé Comment réhabiliter votre bien immobilier, à destination des investisseurs institutionnels, promoteurs privés, bailleurs, fonds d’investissement dans l’immobilier, ou propriétaires de patrimoine. Le lecteur apprend à développer sa vision et à bâtir son projet, pour réussir la réhabilitation de son patrimoine avec un haut standard d’excellence. Il découvre comment recruter, piloter et manager ses partenaires, qu’ils soient architecte, bureau d’études ou entreprise, pour déléguer, tout en maîtrisant la partie opérationnelle.
Je transmets également cette idée selon laquelle l’humanité doit retrouver l’esprit des anciens bâtisseurs. Ces êtres humains qui ont construit les pyramides en Égypte ou les cathédrales en Europe ont relevé des défis technologiques immenses pour leur époque. Ils étaient animés par ce que j’appelle une vision d’éternité. Une vision au-delà de leur propre existence. Ils recherchaient la postérité pour adresser une intention aux générations futures. J’estime que cet état d’esprit et ce mode de pensée sont indispensables à la survie de l’humanité face aux enjeux climatiques. Il ne s’agit pas de refaire ce qui a déjà été fait, mais plutôt de retrouver cette mentalité pour relever les défis de notre temps. Construire le monde de demain avec une vision d’éternité…
Je rêve d’un monde plus responsable et plus conscient des enjeux de notre époque. Je rêve de transmettre à mes enfants et à tous les enfants de notre planète cette idée de prendre appui sur l’héritage de nos anciens, pour nous propulser vers un avenir exaltant. Un futur où le mot environnement n’est plus synonyme de crise et d’anxiété, mais de sécurité et d’harmonie.
Guillaume MILLO
Pourquoi Macron a-t-il abandonné la Philosophie pour prendre le pouvoir politique ?Par Marc Alpozzo et Emmanuel Jaffelin
Tribune. La question peut surprendre, surtout lorsqu’on sait que les médias nous l’ont « vendu » comme un philosophe. Si l’on écoutait d’ailleurs les commentateurs (courtisans) ce n’était pas moins que Platon qui passait la porte de l’Élysée, en 2017, sous prétexte que le jeune énarque élu, avait soutenu un mémoire de D.E.A. de philosophie, et qu’il avait aidé le phénoménologue Paul Ricœur, dans le travail de son dernier ouvrage, en lui récupérant les livres qui lui manquaient à la Bibliothèque nationale. Les journalistes ont toujours été très forts pour faire de la mayonnaise avec des œufs durs !
Mais reprenons toutefois la question : pourquoi Macron a-t-il abandonné la philosophie pour prendre le pouvoir ?
Le jeune homme de moins de 40 ans, lors de sa première élection aurait donc fait le chemin inverse de Platon et Machiavel qui voulaient prendre le pouvoir et qui l’ont finalement abandonné pour faire de la philosophie. Or, parmi les philosophes, on ne compare pas Macron à Platon ou à mais à Marc Aurèle – l’empereur stoïcien qui, lui, s’est avéré profondément philosophe et très peu attaché au pouvoir. Sauf, que Macron, en se présentant à sa propre succession prouve, -et c’est le moins que l’on puisse dire – c’est qu’il n’est pas du tout un philosophe stoïcien au sens où on l’entendait à l’époque de Marc Aurèle[1] ( 121 apJC- 180 ap JC).
Mais reprenons la question : pourquoi Macron a-t-il abandonné la philosophie pour prendre le pouvoir ?
Réponse : par l’impuissance de son esprit. Il ne s’agit nullement d’un reproche ou d’une accusation. Il s’agit d’une évidence pour tout lecteur et disciple de Hegel. Mais pour comprendre, revenons à un point de sa biographie : Macron a raté son entrée à l’Ecole Normale Supérieure (E.N.S) où il aurait voulu continuer ses études en se formant pour devenir professeur de philosophie. Mais suite à cet échec, Macron changea d’horizon : il prépara et réussit l’ENA, devint haut fonctionnaire, puis cadre bancaire, puis ministre et enfin président de la République. Hourrah ?
Certains lui envient son parcours. On pourrait dire qu’il y a de quoi ! En ayant organisé un premier « hold-up » électoral en 2017 – créant un électrochoc dans la classe politique – il a brillamment renouvelé un exploit – nonobstant ce qu’en dit le leader de l’extrême gauche Mélenchon- en emportant l’élection avec un nombre de suffrages tout à fait honorable. Il y a aussi de quoi envier son parcours, car ce petit bourgeois de province, pas tout à fait un « insider[2] », a écrit son histoire politique, en plusieurs chapitres, inscrivant durablement sa marque dans le marbre de la Ve République, et se retrouvant, avec Mitterrand et Chirac, un des trois présidents de la République à avoir été reconduit par le suffrage universel à un second mandat.
Non ! Rien de l’histoire (que l’on connait pour l’instant, puisque nous écrivons au lendemain de sa réélection) de Macron ne vient montrer qu’il aurait démérité, et, même si nous ne sommes pas « macronistes », – comme si Macron l’était ! –, ce serait faire preuve de mauvaise foi que de ne pas le reconnaître.
Alors, quel est le problème ?
Eh bien voilà : entre cet échec et sa préparation au concours de l’ENA, Macron s’est mis au service du vieux philosophe protestant Paul Ricœur, qui avait 80 ans et venait de perdre son épouse, deux phénomènes qui le conduisaient à piétiner dans l’écriture de son dernier livre intitulé La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli[3]. Macron vint alors à point pour l’aider entre 1999 et 2000, discutant avec lui et lui remettant des notes et des commentaires. Puis Macron étudia à l’IEP de Paris pour préparer l’ENA qu’il intégra en 2004. Il devint alors haut fonctionnaire (inspecteur des finances) et, en 2008, quitta la fonction publique pour entrer dans une banque (Rothschild, où il finira associé-Gérant). Puis il se mit au service de François Hollande pour l’élection présidentielle de 2012. Hollande, élu président, le nomma Secrétaire Général adjoint de son Cabinet. Ensuite, Macron devint en 2014 ministre de l’Économie, puis il fonda en 2016 son parti politique nommé « En Marche » (référence à la dernière tirade du dialogue de Platon intitulé Ménon, et faisant références aux initiales de son nom, de quoi mêler la philosophie à une forme de culte de la personnalité). Il devint alors président de la République en 2017, puis il fut réélu en 2022. Vive la politique ! Et la philosophie, qu’est-elle devenue dans sa vie ?
Disons-le simplement : la philosophie fut oubliée, réduite au néant. Ce n’est pas qu’il y ait un conflit entre la politique et la philosophie ! Paul Ricœur définissait la politique comme une tension entre raison et violence. Ainsi, le problème patent qu’illustra Macron, et qu’il ne cesse d’illustrer d’ailleurs, c’est qu’en abandonnant la philosophie au bénéfice de la politique, il fit un gain social, c’est indéniable ! mais il réalisa surtout, également et d’abord, une perte de spiritualité !
Voyons cela :
Le philosophe allemand du dix-neuvième siècle, Hegel, admirateur de Napoléon à ses débuts, pourrait expliquer[4] qu’en préférant l’ENA à l’ENS, Macron régressa énormément. Hegel est un philosophe idéaliste qui considère que la réalité est un esprit qui se décompose en trois formes : l’esprit subjectif, l’esprit objectif et l’esprit absolu. L’esprit subjectif concerne l’âme qui mérite d’être étudiée par l’anthropologie et la psychologie. L’esprit objectif concerne une forme de vie rationnelle : la liberté. Quant à l’esprit absolu, il concerne le tout qui est esprit » et qui s’exprime sous la forme de l’art, de la religion et de … la philosophie, forme la plus élevée de l’esprit.
Or qu’en est-il du premier quinquennat de Macron ? La révolte des « Gilets jaunes » entre 2018 et 2020, avec son cortège de mains et d’yeux arrachés, ses petites phrases assassines comme « Jojo le gilet jaune », ou ces marques de mépris signées Macron comme « traverser la rue », « les gens qui ne sont rien », « j’ai envie de les emmerder », l’enfermement, les masques, les injonctions contradictoires, son persistant refus d’affronter l’adversaire et de défendre son quinquennat pendant la campagne présidentielle, le bilan est morose pour celui qui se voulait « jupitérien » en début de mandat, et « maître des horloges ». De révolutionnaire, il est devenu versaillais avant le Covid, empêtré dans ses petites phrases, son mépris pour les classes moyennes, l’« affaire Benalla », etc. Le philosophe-roi, que l’on pensait tout droit sorti de la République de Platon, a non seulement trahi l’esprit objectif qu’indiquerait Hegel, mais aussi l’esprit social du socialisme dont il se revendiquait sous l’ère Hollande, et dont il fut le ministre de l’Économie. Le « putain » lâché avec des Youtubers, la galipette dans les jardins de l’Élysée, le destructeur des régimes des retraites, l’esprit startupper qui « traverse la rue et […] vous trouve du travail », qui en a marre de mettre « du pognon de dingue dans les minima sociaux » et qui peste contre les « Gaulois réfractaires au changement », s’est prétendument remis en cause, après un quinquennat apocalyptique, alors qu’il n’en est « rien » ( voire le « Néant »).
Le Macron décolonialiste, woke, cancel culture & co, par ailleurs contre-révolutionnaire, coupable d’un endettement du pays à hauteur de 600 milliards d’euros, notamment avec le « Quoi qu’il (vous) en coûte ! », est responsable d’un bilan comptable en déséquilibre, de la faillite, d’un climat social explosif, d’une France qui n’a toujours pas retrouvé son P.I.B. de 2019, – loin s’en faut ! – et qui se retrouve frappée de plein fouet par les inflations dues à la période post-Covid, ainsi que la guerre en Ukraine ; dit autrement, ce père du « en même temps », qui a certainement accéléré de démoraliser les Français, est probablement le président qui est plus proche d’une enfant-roi couronné que du philosophe-roi conçu par Platon.
Certes, si depuis les années 80, le système politique s’est en grande partie grippé, – les dirigeants politiques ayant surtout servi leurs propres intérêts et ceux de leur parti (rappelons-nous les costumes de François Fillon, « l’affaire Bygmalion » entre autres), et que nous ne sommes évidemment plus sous la IIIe République, qui prétendait donner naissance à des citoyens libres et éclairés, à aucun moment cependant, Macron n’a montré la moindre « sagesse », le moindre souci de rééquilibrer les forces entre forts et faibles, riches et pauvres, « ceux qui ont réussi » et « ceux qui ne sont rien ». L’endettement abyssal, l’explosion de la violence aux personnes, l’effondrement de l’école et la difficulté des hôpitaux, la percée spectaculaire du Rassemblement national au second tour, et cette très grande partie de Français, – celle de la France périphérique, des perdants de la « mondialisation heureuse », celle des petits employés, cette France « bac pro » – tous ces phénomènes qui se manifestent par un vote contestataire et désespéré indiquent que le quinquennat Macron fut précisément le contraire de l’esprit absolu. Tandis que les 5 millions de cadres ont voté à 77% Macron, ainsi que les 3,4 millions de retraités gagnant plus de 3680 euros par mois (selon la DRESS en 2017), la France d’en bas, dite « France patriote » (ou « France moisie » par le politiquement correct) a porté au second tour une Marine Le Pen, considérée comme dangereusement d’« extrême droite », avec un courage et une témérité qui ne déshonorent pas, puisque ça s’est passé sous les crachats et les quolibets de l’intelligentsia et de la presse de gauche et macroniste, ainsi que sous celle du fameux « cordon sanitaire ». Marine ayant réalisé un score historique, avec ses 41,4 % de suffrages exprimées, donc ses 13 288 686 votants, contre 58,6 % suffrages exprimés en faveur de Macron, donc 18 768 639 votants. Elle a aussi montré, n’en déplaise aux bien-pensants, que le « foutriquet de la République »[5] n’a certainement pas fait gagner notre pays, ni en sagesse, ni en équilibre, et encore moins en liberté.
Conclusion (provisoire) : Macron a aboli l’ENA[6] ! Hegel, lui, s’occupa de IENA[7], une ville allemande, qu’il propulsa comme une puissance au rayonnement spirituel et universitaire. En fermant l’ENA, Macron prouvait ou illustrait la théorie hégélienne de l’Idée puisqu’il signalait que l’ENA n’était pas à la hauteur de ses exigences intellectuelles et spirituelles. Ainsi, « qui peut le plus peut le moins[8] » et en désirant être philosophe, mais en abandonnant ce projet, Macron se retrouva condamné à réussir à un niveau inférieur : celui de l’esprit objectif. Exit l’esprit Absolu ! Or, si la vie politique est morte, ce n’est hélas pas parce que la philosophie aurait réussi à faire primer l’esprit absolu sur l’esprit objectif dans la France de ce début du XXIe siècle ; c’est parce que l’économie, soit le cœur de l’esprit objectif, l’a emporté sur l’esprit Absolu ! Pour le dire autrement, si l’Esprit Absolu se divise chez Hegel en trois activités – l’Art, la Religion et la Philosophie, il va de soi que le monde du travail et de l’argent l’emporte sur celui de l’art et de la Religion, et donc a fortiori, sur la philosophie comme manifestation suprême de la raison. Business is business : un impératif socio-politique dont l’essence est économique règne depuis Hegel et de pire en pire dans nos sociétés.
Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres
Emmanuel Jaffelin
Philosophe, essayiste
Auteur de Célébrations du bonheur, Michel Lafon
[1]– auteur des célèbres et sublimes Pensées pour moi-même.
[2]– autrement dit un homme du sérail politique.
[3] Éditions du Seuil, 2000.
[4]– S’il était vivant, mais Hegel mourut en 1831.
[5]– Expression attribuée sous la Troisième République à Adolfe Thiers
[6]-Macron, en tant que président de la République et ancien élève de l’ENA, abolit cette école en avril 2021 et la remplace par une nouvelle école, la fameuse ou fumeuse ISP (Institut du Service Public).
[7]– Iéna est une grande ville allemande de la Thuringe qui est industrielle et universitaire et surtout hégélienne !
[8]– Expression populaire- Aux éditions du Seuil inspirée d’une formule d’Aristote.